{N}1,{/}1: Le temps est proche: tout ce qui suivra s'adresse d'abord aux premiers lecteurs de Jean. Ne cherchons donc pas une description d'\u00e9v\u00e9nements actuels.

{N}1,{/}4: Jean salue ses lecteurs et leur souhaite la paix qui vient du P\u00e8re. Il nomme les trois Personnes divines, mais tout l'\u00e9loge est pour le Christ. C'est que la foi au Christ, Dieu entr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 humaine, \u00e9tait la nouveaut\u00e9 du message chr\u00e9tien et donnait \u00e0 l'Eglise sa force.
Les sept esprits signifient la pl\u00e9nitude de l'Esprit de Dieu, \u00e0 la fois un et multiple.
Celui qui est, Qui \u00e9tait et Qui vient. C'est la reprise du nom donn\u00e9 par Dieu \u00e0 Mo\u00efse: Je suis celui qui est (Ex 3). Le Dieu vivant est un Dieu qui vient.
Ensuite, le Christ est pr\u00e9sent\u00e9 comme le Messie et le Juge que les Juifs attendaient. Port\u00e9 par les nu\u00e9es. Au cours de son proc\u00e8s, J\u00e9sus avait fait allusion \u00e0 ce texte du proph\u00e8te Daniel (7,13).
Toutes les races de la terre se frapperont la poitrine. Voir cette annonce du Messie assassin\u00e9, celui qu'ils ont transperc\u00e9, dans Za 12,10.
L'Alpha et l'Om\u00e9ga: c'est-\u00e0-dire A et Z; Dieu de qui tout vient et \u00e0 qui tout retourne.
L'Apocalypse s'adresse \u00e0 des chr\u00e9tiens qui commencent \u00e0 souffrir \u00e0 cause de leur foi; elle leur montre le Christ comme le mod\u00e8le \u00e0 imiter, le t\u00e9moin de Dieu, et du P\u00e8re. N'oublions pas que martyr signifie "t\u00e9moin".

{N}1,{/}9: Certain jour du Seigneur: le jour saint des Chr\u00e9tiens, celui de la R\u00e9surrection, qui suit le sabbat des Juifs. L'\u00eele de Patmos o\u00f9 Jean a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9. C'\u00e9tait vers l'ann\u00e9e 95.
J'ai vu quelqu'un comme un fils d'homme. Le Christ appara\u00eet, v\u00eatu comme un pr\u00eatre, avec une ceinture d'or, comme un roi. Ses cheveux blancs symbolisent l'\u00e9ternit\u00e9. Ses pieds sont comme le bronze: c'est-\u00e0-dire qu'il ne sera vaincu par personne. Le Christ para\u00eet exactement comme Daniel repr\u00e9sente Dieu, le juge universel (Dn 7,9-13).
Je suis le premier et le dernier: cela m\u00eame que la Bible dit de Dieu (voir Is 44,6 et 12).
Celui qui donne les messages n'est pas un homme du pass\u00e9, mais le Seigneur qui tient le destin des Eglises. L'\u00e9p\u00e9e \u00e0 double tranchant qui sort de sa bouche est la parole de Dieu qui p\u00e9n\u00e8tre le fond des coeurs (He 4,12) et toujours s'accomplit dans les \u00e9v\u00e9nements. Elle sauve, et donne aussi la mort.
Il y avait plus de sept Eglises en Asie. Mais sept signifie la pl\u00e9nitude: les sept Eglises repr\u00e9sentent toutes les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Sept est le chiffre parfait et c'est la raison pour laquelle ce livre mentionne sept fois le nom du Christ, quatorze fois celui de J\u00e9sus et vingt-huit fois celui de l'Agneau (qui est le Christ). Il y a sept proph\u00e9ties de la victoire du Christ avec son peuple et sept b\u00e9atitudes comme celles de l'\u00e9vangile: Heureux ceux qui...
Les \u00e9toiles et les cand\u00e9labres repr\u00e9sentent sans doute la communaut\u00e9 avec ses responsables. Pour l'ange, n'oublions pas que dans les apocalypses, toute l'action se d\u00e9cide dans le ciel. L\u00e0 chaque collectivit\u00e9 est repr\u00e9sent\u00e9e par un ange.

{N}2,{/}1: Les sept messages qui suivent commencent tous par Je connais. Le Christ voit, conna\u00eet et aime les siens. Il souligne ce qui est positif et il r\u00e9primande ensuite. Les messages qui suivent nous r\u00e9v\u00e8lent les difficult\u00e9s que ces Eglises d'Asie affrontent:
-_D'une part, l'hostilit\u00e9 provenant des Juifs ainsi que des pa\u00efens: la pers\u00e9v\u00e9rance des croyants est mise \u00e0 l'\u00e9preuve.
-_D'autre part, la pr\u00e9sence de Nicola\u00eftes, des chr\u00e9tiens qui, par peur de rompre avec leur milieu, vont jusqu'\u00e0 participer avec d'autres aux banquets des temples pa\u00efens o\u00f9 ils mangent la viande sacrifi\u00e9e aux idoles: c'est une menace pour la foi (voir 1 Co, ch.8 et 10).
-_Il y a enfin l'\u00e9preuve du temps: l'amour se refroidit.

{N}2,{/}2: Eph\u00e8se vient en premier lieu parce que c'est l'Eglise-m\u00e8re. Paul y a pr\u00each\u00e9 pendant deux ans (Ac l9,8). Plus tard, Jean est venu y r\u00e9sider: \u00e9tendant ainsi son autorit\u00e9 sur les Eglises de la province romaine d'Asie.
Tu as perdu ton amour du d\u00e9but. Combien de d\u00e9tails - difficiles \u00e0 dire - nous font sentir la ferveur d'une communaut\u00e9, ou r\u00e9v\u00e8lent, au contraire, que l'essence de l'amour authentique, passionn\u00e9 et fid\u00e8le envers Dieu n'y est plus!
Je d\u00e9placerai ta lampe: peut-\u00eatre un changement dans la direction.
L'arbre de la vie voir Gn 2,9.

{N}2,{/}8: L'Eglise de Smyrne para\u00eet peu de chose dans cette ville riche. Mais elle est riche aux yeux de Dieu qui va la mettre \u00e0 l'\u00e9preuve afin qu'elle produise davantage.
Dix jours de pers\u00e9cution. Le chiffre dix caract\u00e9rise les temps o\u00f9 le mal triomphe. Ici c'est l'annonce d'une \u00e9preuve de courte dur\u00e9e.
La seconde mort. Voir Ap 20,14. C'est la condamnation \u00e9ternelle.
Ceux qui se proclament Juifs: parce qu'ils sont croyants et sont du peuple de Dieu. Les chr\u00e9tiens par contre, \u00e9tant les enfants authentiques d'Abraham sont les Juifs authentiques. Et si les autres s'opposent \u00e0 l'Eglise, leur synagogue devient celle de Satan.

{N}2,{/}12: Pergame a le privil\u00e8ge d'\u00eatre un centre important de culte pa\u00efen: c'est le tr\u00f4ne de Satan.
Tu n'as pas l\u00e2ch\u00e9 mon nom. Le nom du Christ est "Seigneur". C'est le moment o\u00f9 les empereurs romains d\u00e9cident de se faire appeler "Seigneur", for\u00e7ant ainsi les chr\u00e9tiens \u00e0 choisir entre le culte de l'empereur impos\u00e9 \u00e0 tous sous peine de ch\u00e2timent grave, et la fid\u00e9lit\u00e9 au Christ.
L'Eglise de Pergame a le privil\u00e8ge de compter parmi ses membres le premier martyr de la province: Antipas, mentionn\u00e9 ici. Son courage pour proclamer sa foi n'a pas emp\u00each\u00e9 qu'un courant pa\u00efen p\u00e9n\u00e8tre dans l'Eglise par les Nicola\u00eftes dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9: en prenant part aux c\u00e9r\u00e9monies des pa\u00efens et en revenant \u00e0 leur licence sexuelle, ils menacent de d\u00e9truire l'Eglise.
J'irai te trouver et je combattrai ces gens. Dans l'Eglise primitive, on assiste constamment aux interventions de l'Esprit Saint. Les proph\u00e8tes parlent, signalent le coupable, et les malheurs ne tardent pas \u00e0 se produire.
Le caillou blanc est signe de bonheur. Le nom nouveau (voir Is 65,15) signifie le renouvellement en profondeur du chr\u00e9tien: une nouvelle personnalit\u00e9 se d\u00e9veloppe en lui, qui appara\u00eetra clairement au ciel. La manne cach\u00e9e (17): le Christ est force et source de vie (Jn 6,48) pour ceux qui lui sont fid\u00e8les.

{N}2,{/}18: Dans la Bible, J\u00e9zabel est le nom de la femme impie (voir 1R 16,31); ici le nom s'applique \u00e0 une proph\u00e9tesse nicola\u00efte Ses amants et ses fils sont ses disciples.
Dans la Bible, l'idol\u00e2trie est appel\u00e9e souvent adult\u00e8re ou prostitution: les croyants appartiennent \u00e0 Dieu comme une femme \u00e0 son mari, et leur infid\u00e9lit\u00e9 est comme une prostitution. De fait, ceux qui adorent les idoles n'observent g\u00e9n\u00e9ralement pas la discipline sexuelle que la foi impose. Pour cela, dans l'Apocalypse aussi il faudra comprendre cette prostitution \u00e0 la fois comme idol\u00e2trie et immoralit\u00e9 sexuelle.
Pour qu'il les m\u00e8ne avec une baguette de fer. Le vainqueur partagera ainsi la victoire du Christ (voir Ps 2); il recevra l'\u00e9toile du matin, c'est-\u00e0-dire, le Christ lui-m\u00eame (voir Ap 22,16).

{N}3,{/}1: C'est un bref message \u00e0 une Eglise qui meurt. L'Eglise universelle a re\u00e7u la promesse de durer. Mais, les communaut\u00e9s, nos mouvements, et m\u00eame les Eglises dioc\u00e9saines peuvent dispara\u00eetre.
V\u00eatus de blanc. C'est une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure: \u00eatre rev\u00eatus du Christ (voir Ep 4,24). Dans toute l'Apocalypse, le blanc signifie la joie, la force, la victoire et la gloire \u00e9ternelle.

{N}3,{/}7: Un message de consolation et d'optimisme pour ceux qui coop\u00e8rent fid\u00e8lement avec l'Esprit Saint, m\u00eame quand ils se voient noy\u00e9s dans les mille difficult\u00e9s de leur minist\u00e8re.
Celui qui tient la clef de David (voir Is 22,22). Le Christ exerce un pouvoir absolu sur la maison de David, c'est-\u00e0-dire, son peuple. Il pr\u00e9pare un riche minist\u00e8re pour ceux qui ont \u00e9t\u00e9 capables de pers\u00e9v\u00e9rer dans les moments difficiles, et quand les fruits de leur labeur ne se voyaient pas.
Je viens d'ouvrir une porte devant toi (8). Comparer avec 1 Co 16,9. Un certain nombre de Juifs vont s'int\u00e9grer \u00e0 l'\u00e9glise. Jean affirme que ces Juifs qui viennent au Christ sont les seuls \u00e0 m\u00e9riter leur titre. Sans lui la synagogue ne sera plus celle de Dieu.

{N}3,{/}14: Tu n'es ni froid ni chaud. Ni l'incroyant qui ne peut partager la foi, ni le croyant qui prend l'amour de Dieu au s\u00e9rieux et qui s'engage. Il est facile d'imaginer cette communaut\u00e9 de gens sympathiques. C'est un groupe religieux de plus, mais ce ne sont pas des t\u00e9moins du Christ victorieux.
Laodic\u00e9e avait des sources thermales chaudes et froides. On y fabriquait aussi un collyre renomm\u00e9 pour am\u00e9liorer la vue.
Amen veut dire: c'est vrai, ou aussi: j'accepte cette voie. Le Christ est l'Amen du P\u00e8re. Son engagement envers nous est la r\u00e9alisation de ses promesses (voir 2 Co 1,20). Et parce que le Christ est l'Amen, il nous appelle \u00e0 un authentique engagement envers Dieu pour r\u00e9aliser son plan.

{N}4,{/}1: A la suite de ces messages aux Eglises d'Asie, nous trouvons les visions \u00e0 travers lesquelles se r\u00e9v\u00e8le le sens de l'histoire.
-_Dans les chapitres 4-11, Jean donne l'interpr\u00e9tation du pass\u00e9: il fait le bilan de l'histoire d'Isra\u00ebl jusqu'au moment de la proclamation de l'Evangile.
-_Dans les chapitres 12-21, il se tourne vers l'avenir: les premiers combats de l'Eglise ouvrent une nouvelle histoire: celle du Nouveau Testament.
Nous ne pouvons faire face aux \u00e9v\u00e9nements si nous ne savons pas o\u00f9 nous allons et pourquoi nous luttons. Ceux qui n'ont pas un but seront vite balay\u00e9s par les courants adverses. Donc, avant de d\u00e9velopper sa vision de l'histoire, Jean nous montre le centre inalt\u00e9rable o\u00f9 les choses et les \u00e9v\u00e9nements ont leur origine et auquel ils retournent.
Une porte \u00e9tait ouverte dans le ciel (1). Selon les id\u00e9es d'alors, au-dessus de la vo\u00fbte se trouvaient les "eaux d'en haut", d'o\u00f9 vient la pluie, et au dessus encore, les "cieux des cieux", le vrai ciel o\u00f9 Dieu demeure.
Au ciel se trouve un tr\u00f4ne et sur le tr\u00f4ne Quelqu'un. Ce quelqu'un d'invisible de qui proviennent la lumi\u00e8re et la vie est l'Etre divin contempl\u00e9 dans sa source, c'est-\u00e0-dire le P\u00e8re. Son visage est impossible \u00e0 d\u00e9crire, mais tous les \u00e9l\u00e9ments de la nature sont rassembl\u00e9s pour exprimer quelque chose de l'Etre divin: la puissance de la temp\u00eate, la fascination du feu, la puret\u00e9 et la fra\u00eecheur de l'eau.
Les Anciens sont les saints de l'Ancien Testament, lesquels repr\u00e9sentent l'ensemble du peuple fid\u00e8le (voir Is 24,23). Les quatre "\u00eatres vivants" sont des anges. Ils sont d\u00e9crits sous des traits qui expriment tout ce qu'il y a de noble, de fort, de sage et de rapide, ceux-l\u00e0 m\u00eame qu'avait vus le proph\u00e8te Ez\u00e9quiel (Ez 1). Leurs yeux sans cesse \u00e9veill\u00e9s restent fix\u00e9s sur le centre du myst\u00e8re divin, et ils r\u00e9pandent les \u00e9nergies de Dieu dans tout l'univers.
Ils ne cessent de r\u00e9p\u00e9ter: Saint, saint, saint (8). Voici le premier des hymnes de l'Apocalypse, repris d'Isa\u00efe. En ce centre d'o\u00f9 tout est sorti, il ne reviendra lorsque s'ach\u00e8vera la vie et l'histoire des hommes, que l'action de gr\u00e2ce au P\u00e8re. Qu'est-ce que nous ferons au ciel? Tout sera admiration, louange et d\u00e9couverte \u00e9tonn\u00e9e de l'infinit\u00e9 de Dieu.
Jean d\u00e9crit ici le myst\u00e8re de Dieu, en reprenant des images qui viennent d'Isa\u00efe 6 et d'Ez\u00e9quiel 1. Il reviendra souvent \u00e0 ces deux proph\u00e8tes. Quant aux quatre animaux, l'art chr\u00e9tien les emploie pour repr\u00e9senter les quatre \u00e9vang\u00e9listes: l'homme pour Matthieu; le lion pour Marc; le taureau pour Luc; et l'aigle pour Jean.

{N}5,{/}1: La vision qui suit introduit deux \u00e9l\u00e9ments nouveaux: le livre scell\u00e9 et l'Agneau: l'histoire d'Isra\u00ebl (qui remplit la Bible), et le Christ.
Les lecteurs de Jean avaient un livre saint: l'Ancien Testament. Pour ceux d'entre eux qui \u00e9taient d'origine juive, c'\u00e9tait leur histoire; mais c'\u00e9tait aussi le livre des autres chr\u00e9tiens et, dans un sens, il appartient \u00e0 l'histoire de tous les hommes puisque c'est l\u00e0 que le salut de tous se pr\u00e9parait.
La nation juive avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite environ vingt ans plus t\u00f4t, comme J\u00e9sus l'avait annonc\u00e9 (Mc 13), et les chr\u00e9tiens d'origine juive se demandaient: si J\u00e9sus est venu apporter le salut \u00e0 Isra\u00ebl, pourquoi son histoire a-t-elle fini dans de tels d\u00e9sastres? Et pourquoi les Juifs, form\u00e9s par la Bible, n'ont-ils pas reconnu leur Sauveur?
Ici, on leur r\u00e9pond que les \u00e9v\u00e9nements sont \u00e0 notre disposition dans le texte biblique, mais le livre est scell\u00e9. Sceller, c'est mettre un cachet qui ne permet pas d'ouvrir une lettre; en un sens figur\u00e9, un livre scell\u00e9 est un livre en langage cod\u00e9.
Personne ne peut comprendre le plan de Dieu qui s'accomplit dans l'histoire, et c'est pourquoi personne ne peut demander des comptes \u00e0 Dieu. Mais la vision nous montre celui qui r\u00e9v\u00e8le le myst\u00e8re de mort et de r\u00e9surrection \u00e0 l'oeuvre dans l'histoire.
Un Agneau debout, qui semblait avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9gorg\u00e9 (6). Cette vision nous transporte au moment de la r\u00e9surrection. Tandis que les \u00e9vangiles nous parlent de cette r\u00e9surrection de J\u00e9sus telle qu'on l'a connue sur terre, par le t\u00e9moignage de ses disciples, ici, nous sommes au ciel pour contempler le Christ ressuscit\u00e9 entrant dans le monde de la gloire. Il est debout apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9, glorieux, mais marqu\u00e9 \u00e0 jamais par sa passion et son passage parmi nous.
Les sept cornes et les sept yeux expriment la pl\u00e9nitude du pouvoir et de la connaissance du Christ ressuscit\u00e9. Ce jour-l\u00e0, face \u00e0 toutes les puissances de la terre et du ciel, il vient, avec autorit\u00e9, prendre le livre des mains de son P\u00e8re.
Lui, maintenant, peut lire le Livre de l'histoire et de la destin\u00e9e des hommes: puissance, richesse et sagesse (12). Le livre est maintenant \u00e0 lui; apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par Isra\u00ebl, qui \u00e9tait un "peuple de pr\u00eatres" (Ex 19,5), il forme pour Dieu son propre royaume et ses pr\u00eatres, l'Eglise (1 P 2,9) comme le dit le verset 10.
Remarquons qu'en ce jour de la r\u00e9surrection, les m\u00eames louanges r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 Dieu jusque l\u00e0, s'adressent maintenant \u00e0 l'Agneau: en ressuscitant, le Christ appara\u00eet dans la gloire qui lui revient: celle de Dieu.

{N}6,{/}1: L'Agneau brise les sceaux. Le Christ ressuscit\u00e9 d\u00e9voile les grandes forces qui animent l'histoire sainte. Au moment o\u00f9 Jean \u00e9crivait, l'Ancien Testament \u00e9tait termin\u00e9, puisque J\u00e9sus \u00e9tait venu et l'Eglise \u00e9tait n\u00e9e; et peu apr\u00e8s, \u00e7'avait \u00e9t\u00e9 la destruction de la nation juive. Il devenait possible et n\u00e9cessaire de faire un bilan.
Les quatre chevaux symbolisent les quatre grandes forces qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'oeuvre dans l'histoire biblique.
Celui qui monte le cheval blanc: c'est la parole de Dieu, qu'il communiquait \u00e0 ses proph\u00e8tes de l'Ancien Testament. Le Christ, Parole, ou mieux encore Verbe de Dieu, n'appara\u00eetra que plus tard, dans l'histoire chr\u00e9tienne (Ap 19,11). Il montera le m\u00eame cheval blanc (Ap 19,11).
Les trois autres chevaux repr\u00e9sentent la guerre, la famine et la peste. Ce sont les grands fl\u00e9aux qui assaillent l'humanit\u00e9 p\u00e9cheresse et lui font \u00e9prouver la n\u00e9cessit\u00e9 du salut de Dieu.
Le cinqui\u00e8me sceau nous fait d\u00e9couvrir une nouvelle force, secr\u00e8te celle-l\u00e0, qui fait avancer l'histoire sacr\u00e9e: la justice qu'exige le sang des martyrs. Ces martyrs d'avant le Christ partagent d\u00e9j\u00e0 sa victoire (c'est pourquoi ils portent un manteau blanc) mais ils doivent attendre d'\u00eatre rejoints par d'autres martyrs, les martyrs chr\u00e9tiens, pour que Dieu fasse justice (voir Mt 23,35).
Avec le sixi\u00e8me sceau apparaissent les signes et les fl\u00e9aux que les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9s pour le Jour du Seigneur et qui d\u00e9j\u00e0 se sont accomplis lors de la destruction de J\u00e9rusalem (Mc 13,14).

{N}7,{/}1: Ne frappez pas la terre, le temps que nous marquions les serviteurs de notre Dieu (3). Au moment de conclure cette r\u00e9capitulation de l'Ancien Testament, Jean dresse le bilan de ces si\u00e8cles de gr\u00e2ces et d'attentions de Dieu envers son peuple \u00e9lu.
En voyant comment les Juifs dans leur ensemble avaient reni\u00e9 J\u00e9sus, on pouvait penser \u00e0 un \u00e9chec total de l'Histoire Sacr\u00e9e. Mais Jean nous offre une vision beaucoup plus optimiste. Les anges font le compte des \u00e9lus, et ils sont douze mille pour chaque tribu. Nous savons que douze est le chiffre de la pl\u00e9nitude: le nombre des \u00e9lus ne pouvait donc pas \u00eatre plus \u00e9lev\u00e9, et Dieu n'est pas d\u00e9\u00e7u.
Qui sont ces \u00e9lus? D'une part, ce sont les Juifs qui ont suivi J\u00e9sus. Ce sont aussi ceux qui, sans faute de leur part, n'ont pas cru en lui; ils ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s par sa mort et sa r\u00e9surrection.
Mais apr\u00e8s ces cent-quarante-quatre mille \u00e9lus du premier peuple de Dieu, Isra\u00ebl, vient un autre d\u00e9compte:
Apr\u00e8s cela, j'ai vu une foule immense. Il s'agit du nouveau peuple de Dieu \u00e0 travers toutes les nations du monde, qui viennent rejoindre les croyants de l'Ancien Testament.
Une foule immense, impossible \u00e0 d\u00e9nombrer (9). Le salut de l'humanit\u00e9 sera un succ\u00e8s incroyable en d\u00e9pit des apparences qui souvent nous d\u00e9couragent: partout se fait le salut du peuple de Dieu.
Ceux-l\u00e0 nous viennent de la grande pers\u00e9cution (14). Parmi cette foule, tous ne sont \u00e9videmment pas martyrs, mais Jean les voit repr\u00e9sent\u00e9s comme des martyrs, car, pour tous les croyants, les martyrs sont des mod\u00e8les. De plus, Jean parle pour les chr\u00e9tiens \u00e0 la veille de la premi\u00e8re grande pers\u00e9cution.
B\u00e9n\u00e9diction, gloire et sagesse \u00e0 notre Dieu (12). Voici une autre hymne \u00e0 Dieu, notre Sauveur. Ceux qui chantent les louanges de Dieu avaient sans doute d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert durant leur vie que la sagesse, le pouvoir et la force ne viennent que d'en haut.

{N}8,{/}1: Quand il ouvrit le septi\u00e8me sceau. Nous venons de voir comment les foules entraient dans l'histoire sainte. Qu'arrivera-t-il ensuite? Jean l'ignore et le silence qui se produit \u00e0 ce moment recouvre sans doute bien des si\u00e8cles. C'est alors que les chapitres 8 et 9 nous parlent de grandes \u00e9preuves qui seront comme un avant go\u00fbt du jugement: invasion des puissances infernales, d\u00e9cha\u00eenement des fl\u00e9aux de la violence et de la guerre...
On attendait le jugement, mais \u00e0 ce moment pr\u00e9cis se termine cette premi\u00e8re vision du peuple d'Isra\u00ebl accueillant les foules baptis\u00e9es. Au chapitre 10 d\u00e9butera une seconde vision: elle partira de la venue du Christ et sera tout enti\u00e8re orient\u00e9e vers l'avenir. Alors nous aurons les luttes de Satan et de l'Eglise.
Les chapitres qui viennent mettent souvent en sc\u00e8ne des anges. Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que ces anges font partie des images employ\u00e9es dans la litt\u00e9rature des apocalypses: nous sommes ici devant un monde d'images.
Mais il faut dire aussi que Jean partage une conviction exprim\u00e9e dans toute la Bible: la cr\u00e9ation de Dieu est beaucoup plus vaste que ce nous en voyons et mesurons. Non pas seulement parce qu'elle s'\u00e9tend plus loin, mais parce qu'elle est le th\u00e9\u00e2tre d'une trag\u00e9die dont les hommes ne sont pas seuls acteurs. Les esprits serviteurs de Dieu ont une place dans les \u00e9v\u00e9nements de l'histoire et jusque dans nos relations avec Dieu (Ap 8,3). Rappelons ce reproche de Luc aux Saduc\u00e9ens, des mat\u00e9rialistes: "Ils ne croient ni aux anges, ni \u00e0 la r\u00e9surrection des morts" (Actes 23,8).

{N}8,{/}6: Avec les quatre premi\u00e8res trompettes, le ch\u00e2timent vient des forces de la nature qui se retournent contre les p\u00e9cheurs (voir Sg 5,20-23). Nos p\u00e9ch\u00e9s contre la cr\u00e9ation nous m\u00e8nent \u00e0 la mort, et les informations nous disent que des centaines de millions d'humains vivent d\u00e9j\u00e0 cette apocalypse.
La cinqui\u00e8me trompette annonce de terribles conflits; les images qu'elle en donne s'inspirent peut-\u00eatre de la terreur que les Parthes avaient sem\u00e9e en Palestine lorsque ces archers redoutables l'avaient envahie. D\u00e9j\u00e0 dans l'\u00e9vangile, les proph\u00e9ties concernant la fin de J\u00e9rusalem y voyaient une image de la fin du monde; ici de m\u00eame la sixi\u00e8me trompette annonce le ch\u00e2timent des peuples pa\u00efens.
Ce chapitre est un de ceux qui attirent le plus les curiosit\u00e9s et qui ont donn\u00e9 au mot "apocalypse" le sens que beaucoup lui donnent: tous les fl\u00e9aux \u00e0 \u00e9chelle mondiale. A toutes les \u00e9poques bien des personnes veulent y voir la description exacte de leur temps, tellement elles sont convaincues que Saint Jean n'a jamais pens\u00e9 qu'\u00e0 elles.

{N}10,{/}1: Encore une fois, on attendait la fin de tout avec la septi\u00e8me trompette. Mais, avant qu'elle ne r\u00e9sonne, tout d'un coup, sept tonnerres proclament une parole myst\u00e9rieuse pour les humains: Le plan myst\u00e9rieux de Dieu se r\u00e9alisera comme il l'a pr\u00e9dit (7).
Le message qu'il faut "sceller", c'est-\u00e0-dire coder, ou garder secret (4), est peut \u00eatre la nouvelle que le Verbe de Dieu s'est fait chair. C'est en tout cas le moment o\u00f9 est donn\u00e9 le petit livre qui vient prendre le relais de l'autre. Celui-ci contient une nouvelle histoire li\u00e9e \u00e0 la propagation de l'Evangile: m\u00eame si la venue du Christ a amen\u00e9 le ciel jusqu'\u00e0 la terre, elle n'a pas mis fin \u00e0 l'histoire.
Jean doit manger le livre, expression que nous avons d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9e dans Ez\u00e9quiel (2,8-3,4). Nous comprenons donc que l'histoire figur\u00e9e par le livre aux sept sceaux (5,1), n'est pas toute l'histoire sacr\u00e9e: le Nouveau Testament commence.

{N}11,{/}1: Voici donc venu le temps de l'Evangile. Au cours des quarante ans qui s\u00e9parent le d\u00e9part du Christ de la fin de J\u00e9rusalem, les t\u00e9moins du Christ le proclament dans tout le monde pa\u00efen. Ainsi commence la p\u00e9riode que Luc 21,24 appelle "le temps des nations", laquelle se caract\u00e9rise en Palestine, par des crises constantes. Dieu prot\u00e8ge ses vrais adorateurs (ceux qui sont mesur\u00e9s ou mis \u00e0 part), mais les pa\u00efens (les romains) pi\u00e9tinent de plus en plus la cour ext\u00e9rieure repr\u00e9sentant la majorit\u00e9 du peuple d'Isra\u00ebl qui n'est pas entr\u00e9e dans l'Eglise.
Cette page glorifie l'apostolat chr\u00e9tien: ses luttes, ses martyrs et sa r\u00e9compense.
Les deux t\u00e9moins repr\u00e9sentent les ap\u00f4tres chr\u00e9tiens de tous les temps. N'oublions pas que J\u00e9sus envoyait ses disciples deux par deux. Le fait qu'ils soient deux nous rappelle qu'il y a bien des fa\u00e7ons d'\u00eatre t\u00e9moin de J\u00e9sus, tout comme lui-m\u00eame a v\u00e9cu une parmi mille formes de vie qui lui auraient permis d'\u00eatre le t\u00e9moin de son P\u00e8re. Les deux t\u00e9moins sont aussi les deux ap\u00f4tres les plus c\u00e9l\u00e8bres, Pierre et Paul, tu\u00e9s tous les deux dans la grande ville, Rome, en 64-67: Pierre, le premier responsable de l'Eglise de J\u00e9sus, et Paul, l'ap\u00f4tre des nations pa\u00efennes.
Tout ce paragraphe est fait de citations de la Bible; ils sont pris particuli\u00e8rement dans l'histoire des grands proph\u00e8tes Mo\u00efse et Elie.
-_Ils doivent proph\u00e9liser (ils proclameront ma parole) v\u00eatus de toile \u00e0 sac. L'ap\u00f4tre pr\u00eache la p\u00e9nitence et une vie plus aust\u00e8re.
-_Mille deux cent soixante jours, c'est-\u00e0-dire, trois ans et demi, ce qui indique un temps d'\u00e9preuves.
-_Ce sont les deux oliviers, c'est-\u00e0-dire qu'ils sont pr\u00e9cieux aux yeux de Dieu: voir Za 4.
-_Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, comme Elie, c'est-\u00e0-dire le pouvoir de faire des miracles.
-_Quand ils auront fini de donner leur t\u00e9moignage. Les forces du mal ne les vaincront pas avant que Dieu ne le permette. C'est alors seulement que viendra le calvaire.
-_Apr\u00e8s trois jours et demi (encore le chiffre symbole des \u00e9preuves), ils \u00e9taient l\u00e0 debout. Ils sont d\u00e9j\u00e0 glorifi\u00e9s par l'Eglise qui les a comme ses m\u00e9diateurs au ciel. Ils partagent d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9surrection du Christ et leurs ennemis constatent qu'en tuant les t\u00e9moins du Christ, ils n'ont pas d\u00e9truit son oeuvre.
O\u00f9 meurent-ils? Les images sugg\u00e8rent \u00e0 la fois J\u00e9rusalem et Rome, les Juifs et les Romains. Au cours des quarante premi\u00e8res ann\u00e9es de l'Eglise. Etienne et Jacques ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par les Juifs; Pierre et Paul par les Romains, pour ne mentionner qu'eux.

{N}11,{/}15: Quand r\u00e9sonne la septi\u00e8me trompette, on annonce l'inauguration du royaume de Dieu dans le monde. Un temple c\u00e9leste remplace le temple de J\u00e9rusalem; une nouvelle arche figure la nouvelle alliance de Dieu avec les hommes de toutes les nations.

{N}12,{/}1: Ici commence la seconde partie de la vision de Jean. L'Eglise est sortie du monde juif et son horizon s'est \u00e9tendu. L'Eglise va aux nations en luttant contre le pouvoir du diable. Ici commence une s\u00e9rie de sept signes ou visions dans le ciel. Les deux premiers nous pr\u00e9sentent les deux grands r\u00f4les de l'histoire sacr\u00e9e, la Femme et le Dragon, le peuple de Dieu et le diable.
On a vu une femme. Elle appara\u00eet entour\u00e9e de gloire, mais elle souffre les douleurs de l'accouchement. Elle repr\u00e9sente l'humanit\u00e9. Au commencement de la Bible, elle \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par Eve, la femme qui a p\u00e9ch\u00e9. Maintenant, au contraire, nous voyons l'humanit\u00e9 telle que Dieu la d\u00e9sire: souffrant les douleurs de l'accouchement, parce que toute notre histoire est la pr\u00e9paration douloureuse de notre salut. Elle met au monde un gar\u00e7on qui est le Christ lui-m\u00eame. Le Sauveur est le fruit de l'amour de Dieu pour les hommes. Le salut vient \u00e0 la fois de Dieu et de l'humanit\u00e9.
La femme repr\u00e9sente l'humanit\u00e9 coop\u00e9rant aux plans de Dieu, mais aussi Marie qui donne naissance \u00e0 J\u00e9sus: c'est aussi l'Eglise qui fuit au d\u00e9sert, c'est-\u00e0-dire, qui vit spirituellement retir\u00e9e du monde et nourrie par la parole de Dieu pendant les pers\u00e9cutions: mille deux cent soixante jours, ou trois ans et demi (voir 11,11).
Le serpent est celui du premier p\u00e9ch\u00e9, except\u00e9 qu'il est mieux v\u00eatu. Les sept t\u00eates indiquent ses multiples inventions, les dix cornes (chiffre imparfait) indiquent que son pouvoir n'est pas invincible. Il a \u00e9t\u00e9 vaincu au ciel, mais dans sa chute il a entra\u00een\u00e9 un certain nombre d'anges (le tiers des \u00e9toiles ). Voir 8,10.
Quant \u00e0 l'enfant m\u00e2le, Satan se pr\u00e9parait \u00e0 l'an\u00e9antir sur la croix, mais en ressuscitant il a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la haine du serpent.

{N}12,{/}7: Le plan de Dieu pour le monde vient d'\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9: le Fils de Dieu doit se faire homme et ressusciter comme Sauveur de toute l'humanit\u00e9. Ce myst\u00e8re cause une double crise: dans le monde des esprits (les anges) et dans l'humanit\u00e9.
Les Juifs imaginaient les anges ou les pouvoirs spirituels comme une immense arm\u00e9e et ils appelaient son chef, Michel. Le diable est de m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9 comme le chef d'esprits rebelles, les \u00e9toiles tomb\u00e9es du ciel.
Les chapitres suivants montreront le diable \u00e0 l'oeuvre dans l'histoire. Il se sert de masques et a de nombreux rempla\u00e7ants. Cependant, ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 souffrir pour la v\u00e9rit\u00e9 le reconna\u00eetront: ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par leur courage pour proclamer le Seigneur (12,11).

{N}12,{/}13: Le p\u00e9ch\u00e9 et la r\u00e9volte contre Dieu ont commenc\u00e9 dans le monde des esprits. Une fois chass\u00e9 de l\u00e0, le diable attaque ceux qui gardent la parole de Dieu, en commen\u00e7ant par les meilleurs et les plus \u00e9minents de l'Eglise. Ce combat ne se terminera jamais. Ceux qui r\u00eavent d'obtenir ici-bas la paix oublient la pr\u00e9sence du Mauvais.

{N}13,{/}1: Le diable essaie de retarder la victoire du Christ: il veut convaincre les hommes que, dans la pratique, le Christ n'est pas le ma\u00eetre de la vie pr\u00e9sente. S'ils d\u00e9sirent vivre, il leur faut livrer leur libert\u00e9 et leur conscience \u00e0 un autre seigneur, qui est le pouvoir politique, l'empereur de Rome.
Les chr\u00e9tiens de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration vivaient dans l'Empire Romain qui, apr\u00e8s deux si\u00e8cles de conqu\u00eates et d'action organis\u00e9e, avait r\u00e9ussi \u00e0 unifier de nombreux peuples. Les gens s'\u00e9merveillaient de la paix romaine et de la prosp\u00e9rit\u00e9 qui l'avait suivie. Ils ignoraient les dangers d'une soci\u00e9t\u00e9 totalitaire, et Jean \u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 l'empereur Domitien vient d'imposer \u00e0 tous les sujets de l'Empire l'obligation de l'honorer comme un dieu.
Dans de telles circonstances, les chr\u00e9tiens avaient un choix terrible \u00e0 faire. En confessant le Christ, Seigneur de la vie, ils faisaient face aux pers\u00e9cutions. Jean indique leur devoir: demeurer fid\u00e8les au Christ et refuser d'adorer C\u00e9sar. Une poign\u00e9e de chr\u00e9tiens va donc affronter l'\u00e9tat totalitaire: l'Eglise vaincra par le sang de ses martyrs.
C'est ce qu'exprime la pr\u00e9sente vision avec les deux b\u00eates qui repr\u00e9sentent les deux pouvoirs unis au service du dragon, ou du d\u00e9mon, contre l'Eglise.
La premi\u00e8re b\u00eate ressemblait \u00e0 un l\u00e9opard (2). C'est le pouvoir romain qui va se faire pers\u00e9cuteur. Il est d\u00e9crit sous des traits provenant de Daniel 7,3-7. La b\u00eate surgit de la mer, ou de l'ouest, c'est-\u00e0-dire de Rome. La vitalit\u00e9 et la puissance de l'empire romain sont comme une caricature de la r\u00e9surrection.
J'ai vu une autre b\u00eate avec des cornes comme celles de l'Agneau (11). Cette b\u00eate vient du continent, c'est-\u00e0-dire de l'est, de l'Asie. Elle repr\u00e9sente les religions qui en ce temps sont en comp\u00e9tition avec le christianisme. Elles pr\u00e9tendent offrir un salut c\u00e9leste, mais elles ne condamnent pas les p\u00e9ch\u00e9s du monde romain, en particulier la corruption de la soci\u00e9t\u00e9.
Elle parlait comme le dragon. Ces religions asiatiques \u00e9taient utilis\u00e9es, comme bien des groupes religieux aujourd'hui dans le monde. C'est un fait que les agences de pression politique des pays riches d\u00e9pensent beaucoup dans le domaine religieux et, dans le Tiers-Monde, c'est tr\u00e8s souvent pour paralyser l'Eglise.
Faites donc une image de cette b\u00eate (14). Il y avait tout un mouvement religieux derri\u00e8re la divinisation de Rome et le culte \u00e0 l'empereur. Le culte de la personnalit\u00e9 n'\u00e9tait pas propre \u00e0 l'Empire  Romain: il a des racines profondes dans l'homme. Mais, quelle que soit sa forme, il menace autant la puret\u00e9 de la foi que l'esprit critique.
La tactique du diable consiste \u00e0 unir le pouvoir fort et efficace \u00e0 une id\u00e9ologie que les chr\u00e9tiens ne peuvent pas accepter: c'est ce que nous voyons dans tant de pays o\u00f9 ne sont pas respect\u00e9s les exigences les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la conscience. Harcel\u00e9s \u00e0 la fois par les dirigeants et par une opinion publique manipul\u00e9e par les techniques modernes de propagande, les croyants doivent faire face \u00e0 la pers\u00e9cution ouverte ou d\u00e9guis\u00e9e. Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques fournissent au pouvoir de nouveaux moyens de pression l\u00e0 o\u00f9 il peut faire perdre aux gens leur gagne-pain: il ne peuvent plus acheter ni vendre, ni obtenir du travail ni \u00e9tudier (17), s'ils ne sont pas marqu\u00e9s de la marque de la b\u00eate.
Six cent soixante-six: il \u00e9tait courant \u00e0 l'\u00e9poque d'attribuer une valeur num\u00e9rique \u00e0 chaque lettre de l'alphabet et d'obtenir ainsi le "chiffre" d'une personne. On a trouv\u00e9 bien des noms et groupes de mots qui font le compte; la solution la plus probable est: N\u00e9ron-empereur. Nous savons que six signifie quelque chose d'imparfait: celui qui essaie d'\u00eatre sept et qui n'y parvient pas.
Dans le pass\u00e9 certains pol\u00e9mistes anticatholiques ont voulu appliquer ce chiffre au pape. Cette application n'avait rien \u00e0 voir avec le sens de tout le paragraphe, mais elle ne co\u00fbtait pas cher. Quiconque sait les r\u00e8gles de ce jeu de chiffres peut l'appliquer avec un peu de patience \u00e0 qui il veut. M\u00eame \u00e9crit par l'ap\u00f4tre Jean, ce n'\u00e9tait qu'un jeu \u00e0 l'usage de ses lecteurs.

{N}14,{/}1: Face aux forces que Satan r\u00e9unit dans l'empire romain, se trouvent les forces du Christ. La b\u00eate doit profiter du temps qui lui est conc\u00e9d\u00e9, parce que le Christ r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 et le jugement qui mettra fin \u00e0 la pers\u00e9cution se pr\u00e9pare.
L'Agneau se tenait sur le mont Sion. Sion repr\u00e9sente \u00e0 la fois l'Eglise terrestre et l'Eglise c\u00e9leste. Le Christ r\u00e8gne dans l'Eglise parmi ceux qui sont pers\u00e9cut\u00e9s. La r\u00e9pression, les cha\u00eenes et la mort n'atteignent pas le temple secret de la personne, l\u00e0 o\u00f9 le Christ communique sa vie.
Les 144 000 d\u00e9signent les chr\u00e9tiens de l'empire romain qui se maintiennent fermes dans la foi. Ce sont les premiers sauv\u00e9s et ils repr\u00e9sentent les croyants des si\u00e8cles futurs.
Il y a des gens qui prennent tout au pied de la lettre, et ils affirment que seuls 144 000 seront sauv\u00e9s. Pourquoi ne lisent-ils pas 7,4-9 o\u00f9 144 000 est le nombre des \u00e9lus du peuple juif, et ensuite vient une foule immense provenant de tous les autres peuples?
Ils sont vierges. Dans 7,9, les chr\u00e9tiens sont repr\u00e9sent\u00e9s par des martyrs; ici, Jean dit vierges; et le terme a deux sens, comme le mot adult\u00e8re ailleurs: d'une part, ils n'ont pas ador\u00e9 la b\u00eate, et d'autre part, ils se sont lib\u00e9r\u00e9s de la tyrannie du sexe.
Ils chantent le cantique nouveau. Quand le Seigneur avait d\u00e9livr\u00e9 Isra\u00ebl \u00e0 la Mer Rouge, le peuple avait chant\u00e9 le cantique de Mo\u00efse (Ex 15,1). Mais maintenant les croyants et les martyrs chantent le nouveau cantique pour c\u00e9l\u00e9brer leur lib\u00e9ration de la haine, de leur propre faiblesse et de la crainte de la mort, gr\u00e2ce au Christ.

{N}14,{/}6: L'\u00e9vang\u00e9lisation pr\u00e9pare la chute de la ville et de ses idoles (8) annonc\u00e9e comme la bonne nouvelle d\u00e9finitive, mais pour le moment, c'est la r\u00e9pression contre les t\u00e9moins de J\u00e9sus (9).
Babylone: c'est l'empire pers\u00e9cuteur. Dans la Bible, Babylone signifie le pouvoir hostile \u00e0 Dieu, et sa ruine montre comment Dieu juge les structures injustes.
Quand des crises majeures ou des guerres atroces d\u00e9chirent le monde, beaucoup disent: c'est la fin du monde. Ainsi, quand trois cents ans apr\u00e8s Jean, l'Empire Romain s'est \u00e9croul\u00e9, beaucoup ont pens\u00e9 que c'\u00e9tait la fin de la civilisation. Mais, avec le temps, on s'est rendu compte que de nouveaux champs plus vastes s'\u00e9taient ouverts \u00e0 l'\u00e9vang\u00e9lisation.
Celui qui adore la b\u00eate (9). Ici, sont rappel\u00e9es les paroles les plus fortes de l'\u00e9vangile sur le devoir de proclamer sa foi (Mt 10,28-33).
Heureux ceux qui sont morts dans le Seigneur. Jean s'adresse aux martyrs et aux autres t\u00e9moins du Christ: ils jouissent d\u00e9j\u00e0 en partie du bonheur promis. Sur cette r\u00e9compense des croyants d\u00e8s leur mort, voir Ph 1,23 et 2 Co 5.

{N}15,{/}5: Nous revenons \u00e0 la chute attendue de Rome qui est vue comme un jugement de Dieu. Les "sept coupes" m\u00e9langent des images provenant des fl\u00e9aux d'Egypte et de diff\u00e9rents textes proph\u00e9tiques.
Har-Magu\u00e9don ou Montagne de M\u00e9guiddo (16,16), rappelait une c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9faite de l'histoire juive (2 R 23,29) et c'est une fa\u00e7on de pr\u00e9dire la d\u00e9faite de ceux qui s'assemblent l\u00e0. Jean annonce aux soci\u00e9t\u00e9s qui gouvernent le monde dans l'injustice, l'in\u00e9vitable jugement de Dieu et le moment de la destruction.

{N}17,{/}1: Viens, que je te montre le jugement... Dieu r\u00e9v\u00e8le la vraie valeur de la ville prosp\u00e8re et puissante qui pers\u00e9cute.
Pour tous les habitants de l'empire, Rome \u00e9tait la personnification de l'empire et de sa culture. Quand ils venaient \u00e0 la capitale, ils \u00e9taient \u00e9blouis par ses \u00e9difices, son animation, ses th\u00e9\u00e2tres, ses lumi\u00e8res, sa population immense. Il ne leur \u00e9tait pas difficile de v\u00e9n\u00e9rer Rome comme une d\u00e9esse.
Mais la dur\u00e9e de l'empire r\u00e9put\u00e9 invincible et divin n'est qu'une apparence, car la b\u00eate soutenue par le Mal, va dispara\u00eetre, \u00e0 la diff\u00e9rence de Dieu qui Est et qui vient. Jean d\u00e9crit Rome comme une femme poss\u00e9d\u00e9e. Le rouge \u00e9carlate, couleur des empereurs, et l'or, signe de leur richesse, recouvrent son impuret\u00e9 et sa cruaut\u00e9. En m\u00eame temps, elle conduit les hommes \u00e0 servir de faux dieux et \u00e0 assassiner les martyrs.
Jean parle de cette Rome en se servant de figures assez faciles \u00e0 interpr\u00e9ter. Tous ont entendu parler des sept collines de Rome. Les sept rois sont une fa\u00e7on de d\u00e9signer toute la suite des empereurs.
Les dix cornes sont les rois des peuples barbares alli\u00e9s de Rome. Ces nations satellites seront les instruments de Dieu pour d\u00e9truire Rome. Mais, prenant le pouvoir \u00e0 sa suite, elles continueront d'\u00eatre hostiles \u00e0 l'Eglise.
Ceux qu'il a \u00e9lus et appel\u00e9s partageront sa victoire (14). Le triomphe du Christ est aussi celui de ses t\u00e9moins (Lc 22,28).

{N}18,{/}1: Elle est tomb\u00e9e, Babylone la grande! (18,2). C'\u00e9tait le cri des proph\u00e8tes annon\u00e7ant la chute du pouvoir oppresseur (voir Jr 50 et 51). J\u00e9sus avait dit de m\u00eame: R\u00e9jouissez-vous... Lc 21,28).
Sortez-de chez elle \u00f4 mon peuple! (4). Vivez dans le monde sans \u00eatre du monde; faites l'impossible pour convertir cette soci\u00e9t\u00e9, ses  aspirations, sa culture, mais n'ali\u00e9nez pas votre \u00e2me. Et quand vient le jugement de Dieu sur des structures scl\u00e9ros\u00e9es, soyez pr\u00eats \u00e0 faire le vide et \u00e0 retourner au d\u00e9sert, \u00e0 la pauvret\u00e9, plut\u00f4t que de vous coucher parmi les morts de l'histoire (voir Ph 3,20).

{N}19,{/}1: {C}LA BABYLONE DE TOUJOURS{/}
Pour Jean la b\u00eate repr\u00e9sentait le pouvoir politique de l'Empire Romain, et il a annonc\u00e9 sa chute: et penser que durant des si\u00e8cles l'Occident chr\u00e9tien n'a cess\u00e9 de r\u00eaver \u00e0 ce monde perdu!
Le seul nom de Rome \u00e9voquait l'empire le plus prestigieux. Des peuples nombreux avaient \u00e9t\u00e9 conquis et int\u00e9gr\u00e9s sous une autorit\u00e9 forte soumise \u00e0 la loi et li\u00e9e \u00e0 un ordre moral. La "paix romaine" avait permis l'extension d'une culture dont nous sommes les h\u00e9ritiers, mais en revanche l'afflux des richesses du monde y engendrait la corruption. Tous ceux qui n'acceptaient pas la paix et les r\u00e8gles du jeu que la nation la plus d\u00e9velopp\u00e9e voulait leur imposer \u00e9taient d\u00e9truits sans m\u00e9nagements.
En faisant de l'affrontement de l'Eglise et de l'Empire le th\u00e8me de ces chapitres, Jean nous invite \u00e0 penser que cette lutte est une donn\u00e9e permanente de l'histoire: Rome morte, Babylone repara\u00eetra.
Beaucoup ont voulu l'identifier avec leurs adversaires politiques, mais le d\u00e9mon ne se range dans aucun camp. A c\u00f4t\u00e9 des pers\u00e9cutions sanglantes que l'Eglise conna\u00eet, il y en a une autre qu'on ignore parce qu'elle sait se dissimuler, et que des pays tout puissants m\u00e8nent avec d'\u00e9normes ressources.
Aujourd'hui encore le christianisme s'identifie en partie avec le monde occidental, lequel propage \u00e0 travers le monde des valeurs chr\u00e9tiennes, m\u00eame sans le vouloir. Mais en m\u00eame temps il se fait l'ap\u00f4tre d'un lib\u00e9ralisme \u00e9troitement li\u00e9 au r\u00e8gne de l'argent. C'est des pays r\u00e9put\u00e9s chr\u00e9tiens que se r\u00e9pandent les influences les plus corruptrices et pernicieuses pour la sant\u00e9 morale des peuples. Par ailleurs, leur sup\u00e9riorit\u00e9 technique leur permet de d\u00e9pouiller sans violence apparente les autres nations pendant qu'ils leur pr\u00eachent les principes qui conviennent \u00e0 leurs propres int\u00e9r\u00eats.
La Babylone du XX\u00ba si\u00e8cle ne s'identifie donc pas avec quelque pays m\u00e9chant et diabolique: elle se trouve l\u00e0-m\u00eame o\u00f9 les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes sont nombreuses, luttant et donnant leur t\u00e9moignage. Dans la mesure o\u00f9 l'Eglise regarde les hommes et le monde avec les yeux et le coeur des pauvres, elle ne peut attendre que la guerre de la part du Ma\u00eetre et des ma\u00eetres de ce monde.

{N}19,{/}6: Chants de triomphe dans le ciel. Une foule immense se r\u00e9jouit de la condamnation de la prostitu\u00e9e et chante l'All\u00e9luia tandis que se pr\u00e9parent les noces de l'Agneau.
Heureux sont ceux qui sont invit\u00e9s aux noces de l'Agneau (19,9). Jean parle de bonheur et de joie apr\u00e8s que se sont \u00e9teints le vacarme de Babylone et les lumi\u00e8res de ses f\u00eates. Ce sont les actions des saints -actes h\u00e9ro\u00efques ou humble service- qui maintenant brillent.
A la fin du paragraphe, Jean critique l'int\u00e9r\u00eat excessif pour les anges qui \u00e0 son \u00e9poque menace de remplacer le culte des dieux pa\u00efens; peut-\u00eatre est-ce une nouvelle mise en garde contre le culte de la personnalit\u00e9 dans l'Eglise m\u00eame (comparer 19,10; 22,8; Actes 10,26).
{C}FAUT-IL ETABLIR UN RAPPORT ENTRE LES APPARITIONS DE NOTRE DAME ET LA FIN DU MONDE? {/}
Nous avons essay\u00e9 de montrer que l'Apocalypse n'est pas une description des \u00e9v\u00e9nements qui doivent pr\u00e9c\u00e9der la fin du monde, mais qu'elle d\u00e9voile le sens de l'histoire, que nous soyons au commencement ou \u00e0 la fin.
Pourtant, l'acc\u00e9l\u00e9ration soudaine de la marche de l'humanit\u00e9 est un fait: plus de chemin a \u00e9t\u00e9 parcouru en un si\u00e8cle que durant les milliers de si\u00e8cles ant\u00e9rieurs, et plus en cinquante ans qu'au cours du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent.
Sur un autre plan, la compression des humains (5.000 millions d\u00e9j\u00e0!) et la multiplication du mat\u00e9riel qu'ils utilisent ont rendu la vie humaine de plus en plus complexe et tendue; chaque jour apporte des moyens plus efficaces pour faire le mal et le soumettre \u00e0 Satan.
Les importantes apparitions de Marie au cours de ce dernier si\u00e8cle sont pour certaines personnes un signe de plus de que nous arrivons \u00e0 la fin: faut-il chercher un tel lien?
A propos de l'Annonciation (Lc 1,26), nous avons montr\u00e9 la mission unique de Marie dans le plan du salut. A elle comme \u00e0 l'Eglise s'applique le signe de la Femme et du Dragon du chapitre 12. Il n'est donc pas \u00e9tonnant que la vierge Marie utilise la gr\u00e2ce qu'elle a re\u00e7ue du Seigneur et qu'elle intervienne de temps en temps en se manifestant aux pauvres.
Car le plan de salut est toujours en danger: les plus grands obstacles et les retards viennent de l'Eglise elle-m\u00eame, si souvent aveugle aux exigences de l'Evangile alors m\u00eame qu'elle veut \u00e9vang\u00e9liser. Pourquoi ces structures si lourdes, ali\u00e9nantes, qui finalement font de l'Eglise le bien des clercs, des gens instruits, et la ferment aux pauvres, ou tout simplement aux masses sur tous les continents?
Marie n'apporte pas un message nouveau ou les r\u00e9v\u00e9lations que beaucoup attendraient (c'est pourquoi on fabrique beaucoup de r\u00e9v\u00e9lations de ce genre et elles ont du succ\u00e8s). Mais elle redit les paroles de l'Evangile en leur donnant une force telle que les conversions se multiplient. Les apparitions soulignent l'\u00e9chec de l'Eglise: Marie vient au secours de ses enfants oubli\u00e9s. Et c'est un des canaux par lesquels s'exprime l'Esprit Saint qui n'a jamais fini de redire l'Evangile \u00e0 travers proph\u00e8tes et prodiges.
Si ses apparitions se sont faites plus fr\u00e9quentes, c'est peut-\u00eatre parce que l'Eglise est plus menac\u00e9e aujourd'hui; mais si Satan est plus actif, c'est probablement parce que la fin approche.

{N}19,{/}11: Nous avons ici la suite des chapitres 13-16 apr\u00e8s la parenth\u00e8se des chapitres 17 et 18. Les sept anges ont vers\u00e9 les coupes du ch\u00e2timent de la b\u00eate et l'on s'attend \u00e0 la rencontre d\u00e9cisive. C'est alors que le Christ para\u00eet.
On l'appelle le Verbe de Dieu (13). C'est l'enfant m\u00e2le n\u00e9 de la femme, qui r\u00e9gnera sur les nations avec un sceptre de fer (12,5). Verbe de Dieu: c'est sa personnalit\u00e9 divine que lui seul conna\u00eet. Voir Jn 1,1-14. Les arm\u00e9es du ciel le suivent, comme J\u00e9sus l'avait annonc\u00e9 plusieurs fois (Mt 16,27).
Verbe de Dieu, puissant pour vaincre, \u00e0 l'oeuvre pour sauver, fid\u00e8le pour accomplir les promesses de Dieu, celui qui fait une guerre juste. La guerre juste est celle que l'on m\u00e8ne contre le diable et ses alli\u00e9s: le pouvoir qui pers\u00e9cute (la b\u00eate) et les doctrines qui donnent l'opium au lieu du salut (le faux proph\u00e8te).
En lisant cette page qui visait plus directement l'Empire Romain, nous pouvons penser aux d\u00e9faites des invincibles arm\u00e9es romaines et \u00e0 l'effondrement de cet immense corps dont l'\u00e2me \u00e9tait la foi en la divinit\u00e9 de Rome et de son empereur, le "C\u00e9sar". Le Christ n'est pas venu livrer bataille contre les arm\u00e9es romaines: de nombreux soldats \u00e9taient des convertis, et beaucoup de jeunes chr\u00e9tiens engag\u00e9s dans l'arm\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 des missionnaires du Christ l\u00e0 o\u00f9 ils allaient: il y a eu bien des martyrs parmi eux.
La destruction du monde pa\u00efen n'en \u00e9tait pas moins la victoire du Christ et des martyrs qui, par leur sacrifice, avaient condamn\u00e9 la cruaut\u00e9, l'injustice et l'immoralit\u00e9 du monde pa\u00efen. La lutte quotidienne du croyant \u00e9tait la victoire du Christ, jusqu'au jour o\u00f9 est venu, clair comme le jour, le jugement du Seigneur: "Venez, mangez la chair des rois et des g\u00e9n\u00e9raux", des P.D.G. et des va-nu-pieds (18).

{N}20,{/}1: Ce texte a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreux commentaires et confusions. Certains ont pens\u00e9 \u00e0 un paradis terrestre de mille ans avant le ciel. Mais cela contredit tout l'enseignement clair du Nouveau Testament, lequel affirme (contre la croyance de nombreux Juifs \u00e0 l'\u00e9poque) qu'il n'y a pas d'interm\u00e9diaire entre la vie pr\u00e9sente et la vie \u00e9ternelle.
Cette vision est peut-\u00eatre une nouvelle mani\u00e8re de pr\u00e9senter notre histoire en soulignant ses aspects positifs et le succ\u00e8s de l'\u00e9vang\u00e9lisation. Ces mille ans peuvent \u00eatre une fa\u00e7on de pr\u00e9senter les temps pendant lesquels l'Eglise, lib\u00e9r\u00e9e de toute pers\u00e9cution, \u00e9vang\u00e9lise le monde.
Le pouvoir du diable est affaibli: il est encha\u00een\u00e9. Un courant de pens\u00e9e et d'action chr\u00e9tiennes va renouveler le monde. Pensons aux luttes contre les diverses formes d'esclavage, aux droits de la personne humaine, \u00e0 la lib\u00e9ration de la femme, \u00e0 la protection de la vie et de l'enfant.
J'ai vu les \u00e2mes de ceux qui furent d\u00e9capit\u00e9s (4). Ils partagent d\u00e9j\u00e0 le bonheur du Christ et, d'une certaine mani\u00e8re, ils participent \u00e0 son r\u00e8gne sur l'histoire; avec lui ils sont pr\u00e9sents dans la vie de l'Eglise terrestre. Pensons \u00e0 l'influence croissante, apr\u00e8s leur mort, de ceux qui se sont consacr\u00e9s \u00e0 une grande cause.
Au bout de ces mille ans (7). Nous ne savons, ni combien de temps le monde durera, ni \u00e0 combien de cultures et d'empires l'Eglise sera confront\u00e9e. Mais Jean nous parle d'une derni\u00e8re crise dans laquelle l'Eglise semblera submerg\u00e9e par les forces du mal (voir 2 Th 2,3). Jean a d\u00e9j\u00e0 assez parl\u00e9 de la lutte de l'Eglise contre les agents du diable pour que nous puissions nous faire une id\u00e9e de ce que sera cette derni\u00e8re crise.
Le feu du ciel tombe sur eux (9). Jean reprend les figures d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9es par les ch. 38 et 39 du livre d'Ez\u00e9quiel..

{N}20,{/}11: La terre s'enfuit ainsi que le ciel (11). C'est la fin de notre univers et le jugement qui met fin au temps: tout retourne \u00e0 Dieu et est transfigur\u00e9 en lui.
On ouvrait des livres (12). Reprenant des images de Daniel 7,10, Jean nous montre les hommes jug\u00e9s individuellement.
La Mort et le S\u00e9jour des morts furent jet\u00e9s... (14): c'est une fa\u00e7on de dire non seulement que la mort dispara\u00eet, mais qu'elle n'a jamais \u00e9t\u00e9 voulue par Dieu: elle n'est dans le monde que comme une cons\u00e9quence du p\u00e9ch\u00e9 (voir 1Co 15,26).
Ce dernier jugement du monde ne fait que r\u00e9capituler ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 propos du jugement de Dieu sur le monde juif ou romain, aussi Jean ne le mentionne-t-il que bri\u00e8vement. Il pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9crire la nouvelle J\u00e9rusalem qui vient de Dieu: c'est le sujet de ces deux derni\u00e8res visions.

{N}21,{/}1: Premi\u00e8re vision de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste: "l'oeil n'a pas vu et l'oreille n'a pas entendu ce que Dieu a pr\u00e9par\u00e9 pour ceux qui l'aiment" (1Co 2,9).
La Bible commen\u00e7ait par une vision de la premi\u00e8re cr\u00e9ation o\u00f9 Dieu venait converser avec l'homme, son ami, dans l'Eden. L'Apocalypse se termine par une vision encore plus merveilleuse o\u00f9 d\u00e9borde la joie d'\u00eatre avec Dieu.
Voici que je fais toutes choses nouvelles. La  cit\u00e9 des hommes, sainte et d\u00e9finitive, a \u00e9t\u00e9 construite.
Un ciel nouveau et une terre nouvelle. Le corps ressuscit\u00e9 du Christ \u00e9tait le principe de cet univers nouveau, spirituel et mat\u00e9riel, que nous attendions. Maintenant, la force de sa r\u00e9surrection a transform\u00e9 toute la cr\u00e9ation. Ce n'est pas un paradis pour des \u00e2mes isol\u00e9es, ni pour des anges: c'est une cit\u00e9 humaine dans laquelle tous sont totalement devenus enfants de Dieu: il sera pour moi un fils.
Il essuiera toute larme de leurs yeux. Dieu demeure parmi les hommes et leur ouvre son propre bonheur. Les souffrances qui ont rempli tant de vies, les tortures des martyrs, la souffrance int\u00e9rieure des p\u00e9cheurs repentis, tout cela est pass\u00e9. Dans le sein de Dieu se trouvent joie et paix comme on n'en peut trouver ni en jouir sur terre.
La seconde mort (8). Face \u00e0 ce bonheur, la condamnation \u00e9ternelle. L'\u00e9tang de feu est d'abord pour le diable et les forces de mort (19,20; 20,10; 20,14), mais il doit aussi recevoir ceux qui ont \u00e9t\u00e9 jusqu'au bout de l'option contre Dieu. La libert\u00e9 humaine est quelque chose de si r\u00e9el que Dieu ne peut pas la forcer. M\u00eame s'il nous en co\u00fbte de penser que quelqu'un ne puisse plus se repentir, nous sommes avertis \u00e0 bien des reprises: la trahison, le refus de la v\u00e9rit\u00e9, vont jusqu'au vide absolu.
La nouvelle J\u00e9rusalem est descendue de Dieu. Les hommes essayaient, souvent plus mal que bien, de construire la communaut\u00e9 humaine. Mais \u00e0 la fin de l'histoire, ils d\u00e9couvrent que Dieu a construit avec eux quelque chose de beaucoup plus grand.
C'est fait (6). C'est la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9finitive. Dans ce nouveau monde il n'y a pas de mer, car elle est le lieu des dangers, et elle repr\u00e9sente l'inqui\u00e9tude et l'agitation des hommes.
Dor\u00e9navant, Dieu, commencement et fin, donnera sans cesse l'eau de vie (Is 55,1; Jn Is 55,1; Jn 4,10). Notre \u00e9ternit\u00e9 en Dieu ne peut \u00eatre une immobilit\u00e9: elle aurait vite fait de nous ennuyer. Dieu est cr\u00e9ativit\u00e9 pure, et vivre en lui c'est \u00e0 la fois le poss\u00e9der et \u00eatre emport\u00e9 plus loin dans son myst\u00e8re.

{N}21,{/}9: Seconde vision de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste: le temple de Dieu.
Apr\u00e8s J\u00e9rusalem, nouvelle \u00e9pous\u00e9e, c'est maintenant la Ville Sainte, temple de Dieu. Les hommes n'ont plus besoin de temple lorsque Dieu est pr\u00e9sent parmi eux de fa\u00e7on permanente: la r\u00e9alit\u00e9 remplace les ombres.
Longueur, largeur et hauteur sont \u00e9gales (16). La ville est b\u00e2tie comme une parfaite pyramide: une forme d\u00e9finitive. Son mur, symbole de s\u00e9curit\u00e9: plus de crainte, m\u00eame pas la peur secr\u00e8te de tout homme lorsqu'il sent que la vie lui \u00e9chappe. L'\u00e9clat de la ville est celui du jaspe, et le jaspe recouvre ses murs: dans le chapitre 4, c'\u00e9tait la couleur attribu\u00e9e \u00e0 Dieu.
Des anges se trouvent aux portes, comme au jardin d'Eden: tout est enferm\u00e9 et gard\u00e9 au-dedans du myst\u00e8re divin. Le mur de saintet\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9 repose sur les ap\u00f4tres: la v\u00e9rit\u00e9 de ce monde nouveau se trouvait d\u00e9j\u00e0 dans le t\u00e9moignage des ap\u00f4tres de J\u00e9sus. La cit\u00e9 d\u00e9finitive est le but du long p\u00e8lerinage de toute l'humanit\u00e9: c'est \u00e0 elle qu'aspiraient les justes, les pauvres, les coeurs purs et ceux qui pleurent: les nations se dirigeront \u00e0 sa lumi\u00e8re.
Les hommes de l'Ancien Testament n'avaient cess\u00e9 de la chercher la source de vie qu'ils imaginaient cach\u00e9e au coeur de l'Eden. Ez\u00e9quiel la voyait sortir du nouveau temple, Isa\u00efe et Zacharie la promettaient au peuple lav\u00e9 de ses p\u00e9ch\u00e9, J\u00e9sus l'offrait \u00e0 la Samaritaine. Voici qu'elle jaillit du coeur de Dieu-Trinit\u00e9, du tr\u00f4ne de Dieu et de l'Agneau.

{N}22,{/}6: C'est moi, Jean, qui ai vu et entendu tout cela. Arriv\u00e9s \u00e0 cette derni\u00e8re page de la Bible, nous pouvons rappeler la parabole des ouvriers envoy\u00e9s \u00e0 la vigne du Seigneur (Mt 20). Ici se termine la t\u00e2che \u00e0 laquelle proph\u00e8tes et auteurs ont pris part tout au long d'une journ\u00e9e. Tout commen\u00e7ait avec la Gen\u00e8se et les premi\u00e8res visions qui nous pr\u00e9sentaient la raison d'\u00eatre du monde et la vocation divine de la cr\u00e9ature humaine. A la fin de cette journ\u00e9e Jean, apr\u00e8s avoir contempl\u00e9 la lumi\u00e8re du Christ, nous montre l'humanit\u00e9 se pr\u00e9parant \u00e0 partager la gloire de Dieu.
C'est la derni\u00e8re heure, et l'on attend le retour du Christ. Mais, nous savons que cette derni\u00e8re heure peut tarder et que l'\u00e9poux peut venir tard dans la nuit: le chr\u00e9tien veille, continue dans l'esp\u00e9rance, m\u00eame affront\u00e9 aux forces de la nuit.
Si quelqu'un a soif, qu'il approche. Nous avons d\u00e9j\u00e0 lu (21,6) ces paroles prises dans Isa\u00efe 55. L'enfant devient adulte quand il renonce \u00e0 ses d\u00e9sirs  illimit\u00e9s et accepte les limitations du monde r\u00e9el. Et Dieu nous renvoie \u00e0 l'enfance quand il fait na\u00eetre en nous le d\u00e9sir de l'infini. "Qu'il vous arrive comme vous avez cru", dit J\u00e9sus.
C'est avec le d\u00e9sir que Dieu nous pr\u00e9pare pour les grandes choses qu'il veut nous donner. Le d\u00e9sir est la premi\u00e8re manifestation consciente de son travail en nous. Mais le d\u00e9sir est comme les petites graines de la parabole: beaucoup se perdent \u00e0  peine sem\u00e9s. Nous nous chargeons de leur couper les ailes: Cela n'est pas pour moi, c'est assez et c'est plus s\u00fbr, de suivre l'exemple des bons chr\u00e9tiens ordinaires.
Oui, c'est plus s\u00fbr de vivre en limitant nos d\u00e9sirs, car le d\u00e9sir pourrait devenir une vraie soif.
Beaucoup ont \u00e9prouv\u00e9 le d\u00e9sir de Dieu, mais peu sont capables de le porter, car il vient bouleverser le jeu naturel de notre psychologie. Voyant cela, on parlera d'ennui, d'incapacit\u00e9 \u00e0 vivre avec les autres, et le rem\u00e8de que les gens de bonne volont\u00e9 nous offrent habituellement est de nous replonger dans l'activit\u00e9, ce qui est comme "retourner aux oignons d'Egypte" (Nb 11,15).
Pourquoi ne pas rester avec notre soif et la laisser grandir, m\u00e9prisant toute satisfaction qui est moins que l'infini de Dieu? Le temps viendra o\u00f9 il sera dit: Celui qui a soif, qu'il approche.

