{N}1,{/}1: On notera cette insistance de Paul sur le fait qu'il a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 et envoy\u00e9 directement par Dieu. Parlant d'ap\u00f4tres, il ne pense pas d'abord aux Douze de J\u00e9sus, qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par lui, mais \u00e0 d'autres qui avaient ce titre, envoy\u00e9s par l'Eglise et par Dieu, bien s\u00fbr, mais en fait choisis par des hommes.

{N}1,{/}6: Je m'\u00e9tonne que vous passiez si vite \u00e0 un autre \u00e9vangile. Il y a bien des fa\u00e7ons de pr\u00eacher l'Evangile qui en font un \u00e9vangile diff\u00e9rent, et non plus la Bonne Nouvelle donn\u00e9e par Dieu en J\u00e9sus. Chez les Galates, certains qui sont d'origine juive ne l'ont pas compris. Le style de vie plus religieux en apparence qu'ils cherchent \u00e0 imposer \u00e0 la communaut\u00e9 est, en fait, une fa\u00e7on de douter de J\u00e9sus, unique Sauveur
Autrement que vous ne l'avez re\u00e7u. Paroles \u00e9tonnantes pour nous qui sommes habitu\u00e9s \u00e0 confronter les points de vue: Paul \u00e9tait-il donc infaillible? Il savait qu'il \u00e9tait porteur, non seulement de la Parole de Dieu, mais de la v\u00e9rit\u00e9 de l'Evangile. De fait, la foi de l'Eglise a toujours \u00e9t\u00e9 la foi des ap\u00f4tres: nous croyons en J\u00e9sus tel que les ap\u00f4tres l'ont cru, compris et enseign\u00e9. Il est impossible de mettre ceci en discussion sans sortir de la foi chr\u00e9tienne. La doctrine re\u00e7ue des ap\u00f4tres et gard\u00e9e par l'Eglise, est ce que nous appelons la Tradition.

{N}1,{/}11: Les ennemis de Paul critiquent son autorit\u00e9: il n'est pas ap\u00f4tre comme ceux que J\u00e9sus a choisis. Paul va donc rappeler ici bri\u00e8vement son itin\u00e9raire: voir \u00e0 ce sujet Actes 9, 1-31.
Il a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en moi son Fils (16). Paul n'a pas seulement "vu" le Christ, il l'a d\u00e9couvert intimement pr\u00e9sent en lui. Le Christ ressuscit\u00e9, Verbe et Sagesse de Dieu, lui a donn\u00e9 dans une illumination unique toute la v\u00e9rit\u00e9 de la foi (non toutes les v\u00e9rit\u00e9s qui n'en sont que des aspects partiels et que nous voyons plus ou moins bien aux diff\u00e9rentes \u00e9poques de la vie).
Le cas de Paul, que le Christ a appel\u00e9 directement, est sp\u00e9cial. Pourtant, nous voyons que Paul ne s'est pas impos\u00e9 \u00e0 l'Eglise. Le Christ l'a envoy\u00e9 demander le bapt\u00eame \u00e0 Ananie. Ensuite il a vu K\u00e9phas (c'est le nom aram\u00e9en de Pierre), chef reconnu de l'Eglise, et Jacques, responsable de l'Eglise de J\u00e9rusalem. Cette "union" ou "communion" est indispensable pour agir au nom de l'Eglise.
Paul dit: Ils reconnurent la gr\u00e2ce que j'avais re\u00e7ue (2,9): ils reconnurent que l'Esprit de Dieu \u00e9tait \u00e0 l'oeuvre en Paul. Les responsables de l'Eglise n'imposent pas une politique personnelle, mais ils essayent de reconna\u00eetre les appels de l'Esprit Saint.

{N}2,{/}1: Cette rencontre de J\u00e9rusalem se trouve dans Actes 15, o\u00f9 elle est comment\u00e9e.
Les Juifs qui s'\u00e9taient fait baptiser continuaient \u00e0 observer la loi de Mo\u00efse: Ils y lisaient \u00e0 la fois les Dix Commandements, les rituels du culte et les coutumes nationales. Quand des peuples d'autres races se convertissaient au Christ, Paul exigeait qu'on ne les force pas \u00e0 observer la loi de Mo\u00efse. Bien entendu, ils devaient respecter leur prochain, ne pas voler, mais tout cela est inclus dans l'Evangile sans qu'il soit n\u00e9cessaire d'imposer la loi de Mo\u00efse.
Pour que la v\u00e9rit\u00e9 de l'Evangile reste intacte chez vous (5) Parce que l'Evangile lib\u00e8re les hommes de tout ce qui limite leur horizon. Dieu est pure libert\u00e9 et pur don: qu'on le voie (ce qui n'est pas faux) comme le fantastique cr\u00e9ateur du grand univers, ou (ce qui est plus vrai) comme l'unique Amour et Amant, p\u00e8re de tout ceux qui peuvent lui renvoyer son amour, il ne peut pas nous enfermer dans des rites ou des fa\u00e7ons particuli\u00e8res de s'habiller ou de se nourrir: le temps est venu du regard mutuel dans "la gr\u00e2ce et la fid\u00e9lit\u00e9" (Jn 1,17).
Nous nous pr\u00e9occupons, et avec raison, de la puret\u00e9 de la foi dans l'Eglise. Ici Paul nous montre que cette v\u00e9rit\u00e9 de l'Evangile n'est pas seulement dans les formules, ou le contenu intellectuel des dogmes: elle est dans la fa\u00e7on de vivre du chr\u00e9tien, libre vis-\u00e0-vis de tout ce qui n'est pas Dieu.
Leur situation ant\u00e9rieure ne m'importe pas (6). Pierre, Jacques et Jean n'avaient ni titre, ni argent, ni culture. Si certains chr\u00e9tiens de bon milieu les d\u00e9daignaient, Paul ne voyait en eux que les responsables de l'Eglise.

{N}2,{/}11: Paul se sent le devoir de reprendre publiquement "le premier pape": cette libert\u00e9 de pens\u00e9e et de langage fait partie de la v\u00e9rit\u00e9 de l'Evangile, et l'Eglise se porte mieux quand on ne la renie pas.
Les Juifs ne mangeaient pas avec les non-Juifs, car ce repas commun les aurait rendus "impurs". Mais comment accepter que dans l'Eglise ceux d'origine juive ne se m\u00e9langent pas avec les autres? Cela aurait fait des non-Juifs des fid\u00e8les de seconde classe; on les aurait press\u00e9s de suivre les pratiques juives et de se s\u00e9parer de leurs fr\u00e8res de race. Agir de la sorte, \u00e7'aurait \u00e9t\u00e9 admettre que l'Evangile \u00e0 lui seul ne suffisait pas. Cela, Pierre (ou K\u00e9phas en aram\u00e9en) le savait (Ac 11,4-17), mais il avait peur de choquer le vieux milieu chr\u00e9tien d'origine juive.
Ce probl\u00e8me est toujours d'actualit\u00e9, puisque souvent ceux qui donnent le ton dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne sont d'un certain niveau social. Mais cela ne veut pas dire que les autres doivent les imiter. Chacun dans l'Eglise vient avec son appartenance \u00e0 un milieu, avec sa culture et son langage: nous avons le droit d'\u00eatre choqu\u00e9s de ce qui ne cadre pas avec notre propre culture, mais ne pensons pas pour autant que cela n'est pas admissible dans une Eglise ouverte \u00e0 divers peuples.

{N}2,{/}15: Nous sommes n\u00e9s Juifs... Paul d\u00e9veloppe ici ce que contenait sa r\u00e9plique \u00e0 Pierre: tout le dynamisme de la foi chr\u00e9tienne venait de ce qu'on avait renonc\u00e9 aux m\u00e9rites gagn\u00e9s par la pratique des commandements, pour ne se fier qu'au salut op\u00e9r\u00e9 par le Christ. Si ensuite, par peur de scandaliser les Juifs, on renonce \u00e0 manger avec des chr\u00e9tiens d'origine non juive, on laisse entendre qu'on est all\u00e9 trop loin et qu'en fait la Loi est encore valable.
Si d'abord on supprime, et ensuite on r\u00e9tablit (18). C'est justement ce que les Galates sont en train de faire \u00e0 leur tour. Paul leur avait enseign\u00e9 \u00e0 se lib\u00e9rer des pr\u00e9jug\u00e9s de leur religion pa\u00efenne, tout comme des pratiques de l'Ancien Testament. Mais maintenant, sans ces pratiques, ils se sentaient d\u00e9sorient\u00e9s. La foi au Christ \u00e9tait-elle suffisante dans un monde o\u00f9 chacun avait une religion? Ce n'\u00e9tait gu\u00e8re agr\u00e9able de se faire circoncire, mais au moins cela vous donnait une identit\u00e9.
Nous avons ici en r\u00e9sum\u00e9 ce que Paul d\u00e9veloppera quatre ans plus tard dans les chapitres 2-8 de sa lettre aux Romains. Mais il ne faudrait pas que cette d\u00e9fense serr\u00e9e de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne, une chose qui \u00e9tait si neuve, et qui n'a pas fini de faire craquer les moules culturels et sociaux, nous cache ce que Paul voudrait transmettre avant tout. Le Christ vit en moi. Paul n'est pas un th\u00e9oricien; ce qui le fait \u00e9crire aujourd\u00b4hui et qui demain lui fera reprendre la mer ou traverser \u00e0 pied des montagnes inconnues, c'est un amour passionn\u00e9 de J\u00e9sus-Dieu. Il faudrait beaucoup d'audace pour commenter ce lien, cette habitation du Christ en ceux qu'il aime et qui l'aiment. Et il n'a rien fallu de moins que cet amour sans r\u00e9serve, pour faire surgir ce que la foi chr\u00e9tienne a b\u00e2ti de plus grand, et ce qu'on remarque le moins, le pardon et l'humilit\u00e9 entre autres: je suis crucifi\u00e9 avec le Christ.

{N}3,{/}1: Une bonne partie des chr\u00e9tiens de Galatie sont d'origine juive, les autres ont d\u00e9j\u00e0 quelques notions de l'Ancien Testament vu qu'on le lit dans les r\u00e9unions d'Eglise (le Nouveau Testament n'existe pas encore). Paul va donc partir de l'exp\u00e9rience qu'ils ont tous faite au bapt\u00eame, quand ils ont re\u00e7u l'Esprit, ensuite il l'interpr\u00e9tera en relisant l'Ancien Testament.
Vous avez commenc\u00e9 par l'Esprit et vous terminez par la chair (3). Ce contraste a une double signification. Les Galates ont d'abord fait l'exp\u00e9rience de l'Esprit et de ses miracles, et maintenant ils veulent recevoir la circoncision dans la chair. Dans un autre sens, ils ont commenc\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9 de Dieu qui \u00e9tait en J\u00e9sus: c'\u00e9tait l'esprit, la v\u00e9rit\u00e9 pure; maintenant ils retournent aux pratiques juives qui, bien s\u00fbr, venaient de Dieu, mais comme toute pratique religieuse, pouvaient en rester au niveau humain: la chair.
Ceux qui perturbent les Galates leur disent: "Vous appartenez au Christ, mais le Christ est un descendant d'Abraham et un Juif. Suivez donc Abraham, et faites comme font les Juifs: ainsi, avec le Christ, vous serez enfants d'Abraham." Paul leur r\u00e9plique que l'on n'est pas fils d'Abraham parce qu'on est de sa race: il d\u00e9veloppera cet argument dans Rm 4. Ne croyons pas que de tels pr\u00e9jug\u00e9s aient disparu. Certains pensent \u00eatre chr\u00e9tiens parce qu'ils ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s \u00e0 leur naissance: ils oublient que sans une foi et une conversion personnelle le bapt\u00eame n'a pas de sens.
La vraie droiture (3,8). Voir com. de Rm 1,17.

{N}3,{/}15: Nous savons que dans la Bible Testament et Alliance veulent dire la m\u00eame chose: l'Ancien Testament est la premi\u00e8re Alliance de Dieu avec son peuple. Ici, Paul compare Dieu \u00e0 quelqu'un qui fait son testament.
Dieu \u00e9tablit d'abord une alliance solennelle avec Abraham. Il n'exige rien de lui, mais il lui fait une promesse. Tout ce que Dieu demande pour sauver les enfants d'Abraham, c'est qu'ils lui fassent confiance. A la suite d'une telle initiative de la part de Dieu, la Loi que le Seigneur donne \u00e0 Mo\u00efse ne peut pas retourner la situation. Aussi Paul d\u00e9clare-t-il que la plupart des Juifs se trompent quand ils se pr\u00e9occupent tant d'observer la Loi, et si peu d'ouvrir leur coeur.

{N}3,{/}23: Dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent Paul a commenc\u00e9 \u00e0 montrer qu'il y avait diff\u00e9rentes \u00e9tapes dans l'histoire de la foi. Les Juifs d\u00e9j\u00e0 voyaient une progression dans la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu: ils distinguaient diverses alliances de Dieu avec Adam, No\u00e9, Abraham, Mo\u00efse. Mais pour eux, le progr\u00e8s, c'\u00e9tait que Dieu donnait une loi plus compl\u00e8te et que son choix allait en se r\u00e9tr\u00e9cissant et se pr\u00e9cisant jusqu'\u00e0 concentrer toutes ses promesses sur la petite communaut\u00e9 juive. Paul, nous venons de le voir, montre que le progr\u00e8s est ailleurs: Dieu vient de remplacer une religion o\u00f9 la foi pour beaucoup n'\u00e9tait que l'ob\u00e9issance \u00e0 une loi, par une foi qui est don de soi au Christ, une r\u00e9ponse \u00e0 Dieu de personne \u00e0 personne.
Mais ici Paul va plus loin: il montre qu'il y a une p\u00e9dagogie de Dieu dans cette succession. La Loi nous conduisait au ma\u00eetre (3,24): voil\u00e0 justement le mot p\u00e9dagogie: en grec il signifie "conduire l'enfant \u00e0 l'\u00e9cole". En ce temps on confiait les enfants de familles ais\u00e9es \u00e0 un serviteur appel\u00e9 "p\u00e9dagogue"; il menait l'enfant \u00e0 l'\u00e9cole mais il ne l'instruisait pas. Ici, Paul dit: la Loi \u00e9tait la servante, alors que le Christ est le ma\u00eetre.
Alors, pourquoi la Loi? (19). Paul posera la m\u00eame question dans Rm 3,1; 5,20; 7,7. Il donnera ici sa r\u00e9ponse en 4,1. Il note cependant le caract\u00e8re n\u00e9gatif de la loi, qui constamment d\u00e9nonce et condamne: L'Ecriture a tout fait rentrer dans la logique du p\u00e9ch\u00e9 (22). C'est bien que Dieu pour un temps nous garde le nez riv\u00e9 sur notre p\u00e9ch\u00e9, notre infid\u00e9lit\u00e9 et ingratitude vis-\u00e0-vis de lui, mais ce qui l'int\u00e9resse plus encore est de nous conduire \u00e0 un \u00e9tat o\u00f9 il y a communication vraie avec lui. Certains diront: Cette simplicit\u00e9 avec Dieu, nous l'aurons l\u00e0-haut. Mais ce n'est pas ce que Dieu d\u00e9sire: il a voulu que son royaume soit d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 parmi nous.
La Loi, c'\u00e9tait le moyen de mener le peuple juif \u00e0 une meilleure connaissance de ce qu'est l'homme vis-\u00e0 vis de Dieu, lui donner le sens du p\u00e9ch\u00e9. Elle \u00e9tait faite pour \u00e9duquer un peuple durant un temps.
Ceci nous permet de comprendre le sens de avec l'intervention d'un m\u00e9diateur (v.19). Pour Paul, la Loi n'\u00e9tait pas une chose divine et \u00e9ternelle dict\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame. Il pensait que Dieu avait laiss\u00e9 aux anges charg\u00e9s des diverses forces de l'histoire, le soin d'ordonner cette religion provisoire. Il fallait l'adapter \u00e0 un moment donn\u00e9 et \u00e0 un peuple particulier, et Mo\u00efse eut \u00e0 concilier les diff\u00e9rentes exigences (pr\u00e9sent\u00e9es par les anges) d'une bonne adaptation. La m\u00eame id\u00e9e se retrouve dans 4,3. En un mot, l'Ancien Testament contient la v\u00e9rit\u00e9 divine, mais elle nous parvient sous des formes qui tout en l'exprimant la limitent.
Pour chacun de nous il est n\u00e9cessaire d'avoir \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une loi, d'avoir appris \u00e0 ob\u00e9ir sans discuter durant nos premi\u00e8res ann\u00e9es. Cette premi\u00e8re formation est irrempla\u00e7able: ensuite nous saurons ob\u00e9ir \u00e0 notre conscience sans la confondre avec nos caprices. Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour le peuple de Dieu comme collectivit\u00e9: la Loi le menait \u00e0 la libert\u00e9 de l'Evangile (5,1). Conclusion: si le Christ a d\u00e9j\u00e0 enseign\u00e9, \u00e0 quoi bon retourner aux pratiques juives?

{N}4,{/}1: Tant que le fils est un enfant (4.1). Dieu a cr\u00e9\u00e9 l'homme libre, et \u00e0 l'image du Christ. Mais on ne na\u00eet pas adulte: il faut d'abord \u00eatre enfant. Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour l'humanit\u00e9: elle a d\u00fb passer par l'enfance. Elle a connu le temps des soci\u00e9t\u00e9s primitives, du regard  na\u00eff sur l'univers, des cultures simples et des religions provisoires. Les hommes restaient comme des enfants confi\u00e9s "aux  esclaves"; Paul les voit d\u00e9pendants des forces cr\u00e9\u00e9es qui gouvernent le monde. Pour lui les lois de la nature, tout comme les r\u00e8glements et les pr\u00e9jug\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s primitives, ne font qu'un avec les forces invisibles du bien et du mal (le mot que nous traduisons par r\u00e8glement signifie aussi "principe directeur": Ep 3,10; Col 2,15).
Maintenant, gr\u00e2ce au Christ, le champ de la v\u00e9rit\u00e9 nous est ouvert. Pour commencer, le Christ lib\u00e8re l'homme de la superstition religieuse et des croyances pa\u00efennes qui l'emp\u00eachaient de conna\u00eetre le P\u00e8re et de devenir son fils.
N\u00e9 d'une femme, n\u00e9 sous la Loi (4,4). Le Christ sauve les hommes parce qu'il est homme lui-m\u00eame. Le Christ est venu d'abord comme le Sauveur des Juifs, et pour les sauver il s'est fait l'un d'entre eux. Il a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par la Loi, c'est-\u00e0-dire dans le peuple et par la religion de l'Ancien Testament. Cette Loi \u00e9tait tout \u00e0 fait positive, mais le temps s'\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 et nous devions \u00eatre rachet\u00e9s du joug de la Loi pour recevoir la pl\u00e9nitude de la v\u00e9rit\u00e9 divine.
Nous devons voir l\u00e0 une disposition fondamentale du plan de salut qui a \u00e9t\u00e9 au centre des r\u00e9flexions sur le Christ dans les premiers si\u00e8cles de l'Eglise: Dieu nous sauve en se faisant l'un de nous. Puisque le salut n'est pas autre chose que passer en Dieu, nous ne sommes sauv\u00e9s que si Dieu vient nous rejoindre et entre dans notre existence r\u00e9elle. C'est la m\u00eame chose pour l'Eglise. Elle n'est pas l\u00e0 pour "donner quelque chose" ou "s'int\u00e9resser" \u00e0 telle ou telle cat\u00e9gorie de personnes. L'Eglise ne peut transformer un groupe humain en lui r\u00e9v\u00e9lant Dieu, que si elle accepte de partager les conditions de vie et de porter la croix de ce groupe humain. Tant que ce choix n'a pas \u00e9t\u00e9 fait, ne parlons pas de nouvelle \u00e9vang\u00e9lisation: les bureaux et les imprim\u00e9s ne sauraient remplacer l'Esprit de J\u00e9sus, qui ne tombe pas d'en-haut mais se l\u00e8ve de l'int\u00e9rieur.
Vous allez donc de nouveau en \u00eatre esclaves? (9). Nous nous fatiguons vite de la libert\u00e9, car elle nous complique toujours la vie. Ce serait bien plus simple qu'on nous dise: "Ceci est bien, cela est un p\u00e9ch\u00e9".
Paul disait aux Galates: "Vous appartenez au Christ, laissez-vous guider par son Esprit." Mais voulaient-ils vraiment assouplir leurs jugements tout faits, temp\u00e9rer la fiert\u00e9 qui permet \u00e0 quelqu'un de faire bonne figure dans la vie? Sans cela, pas d'Esprit. Aussi les Galates pr\u00e9f\u00e9raient-ils marcher sur des sentiers connus. Ils f\u00eataient certains jours et observaient des r\u00e8gles, tout comme les Juifs: ils se contentaient en fait d'une foi m\u00e9diocre et d'un amour qui ne d\u00e9range pas.

{N}4,{/}12: Ici, quelques lignes plus personnelles. Ces chr\u00e9tiens de Galatie aimaient Paul, et Paul les aimait, mais une certaine dimension de la foi leur \u00e9chappait. C'est pourquoi ils se trouvaient plus \u00e0 l'aise avec d'autres que Paul qui, eux, avaient le sens de "la religion" et ne manquaient pas d'en tirer profit.

{N}4,{/}21: Dans l'histoire de l'anc\u00eatre Abraham, Paul d\u00e9couvre l'image du conflit qui oppose le vrai croyant aux "Juda\u00efsants", c'est-\u00e0-dire \u00e0 ceux qui disent qu'on se sauve en observant religieusement des pratiques.
Au d\u00e9but de l'histoire sainte, nous avons la foi d'Abraham et la promesse que Dieu lui a faite. Mais cette promesse ne devait pas se transmettre comme un bien de famille qui se r\u00e9partit entre tous les enfants. La promesse n'ira pas \u00e0 Isma\u00ebl, n\u00e9 par le jeu de la chair, c'est-\u00e0-dire, selon les lois naturelles. Elle sera pour le fils de la promesse, Isaac, celui qui est n\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une intervention libre et miraculeuse de Dieu. Nous voyons donc d\u00e8s le commencement de la Bible qu'on ne re\u00e7oit pas l'h\u00e9ritage de Dieu par droit mais par gr\u00e2ce.
En s'accrochant \u00e0 leurs pratiques religieuses, les Juifs oubliaient qu'ils \u00e9taient avant tout le peuple de la promesse. Choisis par Dieu de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tous les autres peuples, ils avaient pour mission d'annoncer les promesses de Dieu qui finalement \u00e9taient pour tous les hommes. Leur tort \u00e9tait de penser: puisque nous sommes le peuple de Dieu, que tout le monde fasse comme nous et observe nos pratiques.
Paul explique la Bible (Gen 16,5) de fa\u00e7on figur\u00e9e comme on aimait le faire en son temps. Agar, l'esclave qui donne naissance \u00e0 Isma\u00ebl, l'anc\u00eatre des Arabes, devient ici l'image des Juifs, parce qu'ils ont re\u00e7u la Loi au mont Sina\u00ef en Arabie (c'est l\u00e0 qu'une tradition juive situait le Sina\u00ef): ils ne parviennent pas \u00e0 la vraie libert\u00e9, et ils ont pour capitale la J\u00e9rusalem terrestre.
En revanche, Sara, la femme libre avec son fils Isaac, n\u00e9 selon la promesse, repr\u00e9sente la nouvelle alliance de Dieu avec ceux qui croient en ses promesses. Ce sont les croyants lib\u00e9r\u00e9s, les chr\u00e9tiens, qui attendent la J\u00e9rusalem c\u00e9leste.
Isma\u00ebl pers\u00e9cutait Isaac et Abraham le chassa. Cela veut dire: si des Juifs mal convertis perturbent les Galates, que l'Eglise sache les rejeter.

{N}5,{/}1: Paul ne veut pas que les convertis se fassent circoncire. Voyez avec quelle fermet\u00e9 il leur parle: vous \u00eates d\u00e9chus du monde de la gr\u00e2ce. Pourquoi? Ce n'\u00e9tait pas un p\u00e9ch\u00e9, il pouvait tr\u00e8s bien le tol\u00e9rer sans l'encourager.
Mais pour Paul, on ne peut pas pr\u00eacher l'Evangile d'une mani\u00e8re authentique sans prendre ouvertement des positions qui bousculent. Encore une fois, la v\u00e9rit\u00e9 de l'Evangile n'est pas seulement dans les formules des dogmes: elle est aussi dans des prises de position qui montrent \u00e0 quel point nous sommes libres. Si l'Evangile est une lib\u00e9ration, les ap\u00f4tres doivent adopter, au moins sur certains points, des positions qui d\u00e9rangent et qui choquent. J\u00e9sus avait donn\u00e9 l'exemple en violant la plus sainte des lois, celle du sabbat, quand il n'y avait pas n\u00e9cessit\u00e9 de le faire.
Tout comportement authentiquement chr\u00e9tien appara\u00eetra un jour ou l'autre comme scandaleux; mais il ne sera jamais aussi scandaleux que la mort de J\u00e9sus sur la croix (voir 1Co 1,17). Sauver les hommes est d'une certaine mani\u00e8re, leur faire d\u00e9couvrir ce qu'ils sont face \u00e0 Dieu, et les amener par l\u00e0 \u00e0 affronter les forces qui les maintiennent soumis et ali\u00e9n\u00e9s.
Voil\u00e0 pourquoi Paul est si agressif en ce qui concerne les pratiques juives. A la mani\u00e8re de Paul, il convient de demander aujourd'hui: qui sont ceux qui se soumettent aux pr\u00e9jug\u00e9s et aux forces ali\u00e9nantes, et o\u00f9 sont les pers\u00e9cut\u00e9s? (5,11; 6,12).
Croyez-vous que je serais encore pers\u00e9cut\u00e9? (v.11). Celui qui \u00e9crit ces lettres est le m\u00eame Paul que les Juifs poursuivent de ville en ville. Et s'il a \u00e9t\u00e9 ainsi pers\u00e9cut\u00e9, ce n'est pas un hasard. Que son caract\u00e8re absolu lui ait attir\u00e9 bien des ennemis, c'est probable, mais cela n'explique pas le plus important.
Rappelons-nous que Dieu l'avait choisi comme ap\u00f4tre du monde gr\u00e9co-romain, et il \u00e9tait de fait impossible d'\u00e9vang\u00e9liser en quelques ann\u00e9es ce monde pa\u00efen sans s'appuyer sur les innombrables communaut\u00e9s juives qui depuis des si\u00e8cles s'\u00e9taient form\u00e9es dans toutes les villes de l'Empire. Durant les cinq si\u00e8cles ant\u00e9rieurs \u00e0 J\u00e9sus les immigrants juifs et leurs communaut\u00e9s avaient pr\u00e9par\u00e9 le chemin \u00e0 la diffusion de l'Evangile, tissant avec leur entourage des liens allant jusqu'\u00e0 la sympathie, et accueillant des convertis.
Paul devait donc partir de l\u00e0 et rencontrer dans ces communaut\u00e9s juives les premiers "Grecs" qui ensuite atteindraient les autres. Mais qu'arriverait-il si la majorit\u00e9 des Juifs, suivant l'exemple de ceux de Palestine, refusaient de croire au Christ? On pouvait alors chercher \u00e0 se maintenir sans heurter, se pr\u00e9senter discr\u00e8tement comme un courant juif attach\u00e9 \u00e0 la personne et \u00e0 l'enseignement de J\u00e9sus, essayer d'atteindre quelques non-Juifs sans offenser les Juifs. Bien que tr\u00e8s minoritaires, ces derniers disposaient d'une telle force dans l'Empire Romain qu'une hostilit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e pouvait attirer sur l'Eglise les p\u00e9rils les plus graves et suffirait \u00e0 museler l'apostolat chr\u00e9tien. Peut-\u00eatre devait-on compter avec le temps.
Mais justement Paul choisit le risque. Il presse les Juifs de se convertir, de reconna\u00eetre celui sans lequel ils perdent l'accomplissement des promesses de Dieu, et s'ils refusent de croire, il se s\u00e9pare d'eux. Cette rupture douloureuse sera \u00e0 l'origine des premi\u00e8res pers\u00e9cutions contre les Chr\u00e9tiens. Paul lui-m\u00eame en sera la victime. Mais c'est cette attitude d\u00e9cid\u00e9e et l'affirmation forte et claire de J\u00e9sus Seigneur et Sauveur qui donnera aux premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes leur dynamisme apostolique. M\u00eame si aujourd'hui nous avons pris conscience d'une certaine violence inclue dans cette pr\u00e9dication intr\u00e9pide, il faut avoir le courage de regarder en face le chemin que Paul a choisi: c'\u00e9tait celui de J\u00e9sus lui-m\u00eame.

{N}5,{/}13: Si les Galates sont \u00e0 la recherche de pratiques religieuses, c'est s\u00fbrement en partie parce qu'ils sentent que la foi doit s'exprimer de fa\u00e7on concr\u00e8te. Paul ici va leur rappeler que s'ils cherchent un terrain d'application, ils devraient bien jeter un regard sur leur vie de communaut\u00e9. Nous sommes tellement habitu\u00e9s \u00e0 un double langage: d'une part nous proclamons que nous sommes enfants de Dieu, nous parlons de la gr\u00e2ce, de vie spirituelle, et d'autre part nous sommes tellement ordinaires, souvent malhonn\u00eates et m\u00e9chants dans la vie quotidienne comme dans nos rivalit\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'Eglise.
Paul justement donne une petite liste des oeuvres de la chair et une autre des fruits de l'Esprit. Et il place c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te les p\u00e9ch\u00e9s tr\u00e8s scandaleux comme l'idol\u00e2trie, et les ambitions ou divisions si communes dans les milieux religieux et pratiquants. Il est clair que pour lui chair et esprit n'ont pas du tout le m\u00eame sens que corps et \u00e2me: la mesquinerie et l'attachement \u00e0 nos privil\u00e8ges sont aussi, pour Paul, des p\u00e9ch\u00e9s de la chair, c'est-\u00e0-dire de l'homme qui est rest\u00e9 \u00e9tranger \u00e0 l'Esprit (voir le com. de 3,3 et de Rm 7,16).

{N}6,{/}11: Au moment de prendre cong\u00e9, Paul revient encore une fois sur la crise de la communaut\u00e9: il n'y a pas seulement un probl\u00e8me de pratiques religieuses, il y a aussi certaines personnes qui, \u00e0 l'exemple des Pharisiens, veulent faire bonne figure, appara\u00eetre comme une \u00e9lite (voir Ph 3,2-11).
Ceux qui vous pressent de recevoir la circoncision: il s'agit de membres de la communaut\u00e9 qui tentent d'entra\u00eener des chr\u00e9tiens d'origine pa\u00efenne dans la pratique de la Loi. Paul y voit un double danger. C'est tout d'abord celui d'oublier ce qui a dynamis\u00e9 la foi de l'Eglise naissante: l'absolue gratuit\u00e9 du Salut. L'homme n'est pas sauv\u00e9 par ses pratiques si respectables soient-elles, mais par sa foi au Christ (Act 4,12). Par ailleurs le devoir qu'avaient les Juifs de lire et d'\u00e9tudier la Loi faisait d'eux au milieu de l'empire romain une communaut\u00e9 instruite, une \u00e9lite intellectuelle, raill\u00e9e peut-\u00eatre mais souvent envi\u00e9e et jalous\u00e9e. Paul craignait que le d\u00e9sir d'\u00eatre ainsi consid\u00e9r\u00e9s ne prenne le pas pour les chr\u00e9tiens sur l'appartenance \u00e0 un Christ crucifi\u00e9 (14).
Elle a crucifi\u00e9 le monde pour moi. Paul a choisi un chemin diff\u00e9rent. Il va errant, sans foyer, pers\u00e9cut\u00e9 par certains, m\u00e9pris\u00e9 par d'autres, redout\u00e9 par ceux qui ne peuvent supporter son exemple d'abn\u00e9gation totale, ni le fait qu'il rassemble tant de personnes que eux consid\u00e8rent comme inf\u00e9rieures. Mais c'est une fa\u00e7on d'\u00eatre crucifi\u00e9 pour le monde.
Les cicatrices de J\u00e9sus (17), et non celles de la circoncision. Paul fait sans doute allusion aux traces des blessures qu'il avait re\u00e7ues.

