{N}1,{/}3: D\u00e8s le d\u00e9but, Paul d\u00e9crit aux Corinthiens, un peu embourgeois\u00e9s, sa propre situation d'ap\u00f4tre du Christ: itin\u00e9rant, pers\u00e9cut\u00e9 et malade. Tandis qu'ils sont fiers de leur nombreuse communaut\u00e9 et recherchent de brillants pr\u00e9dicateurs (comme on le verra plus loin), lui partage la passion du Christ. Paul leur laisse entendre qu'eux aussi conna\u00eetront le vrai r\u00e9confort de Dieu lorsque ce sera leur tour de souffrir.
Le mot r\u00e9confort, ou "consolation" reviendra souvent dans cette lettre. Dieu ne se contente pas de nous enseigner la r\u00e9signation: le r\u00e9confort, c'est \u00e0 la fois l'exp\u00e9rience d'une pr\u00e9sence de Dieu, et les signes qui le montrent agissant avec nous. Les deux vont ensemble: J\u00e9sus disait de demander pour que Dieu r\u00e9ponde, et que ces r\u00e9ponses soient source de joie (Jn 16,24).

{N}1,{/}12: Les Corinthiens ont mal accept\u00e9 le fait que Paul ait recul\u00e9 la visite promise. Il se voit oblig\u00e9 de confesser qu'il a pass\u00e9 le stade d'un apostolat \u00e0 base de projets humains: il est un homme de l'Esprit, et il ne prend pas ses d\u00e9cisions comme font tant d'autres. L'esprit fait m\u00fbrir en lui les d\u00e9cisions et il sait qu'il ne va pas seul. Il ne sera donc pas de ceux qui prennent des d\u00e9cisions pr\u00e9cipit\u00e9es ou qui font marche arri\u00e8re parce qu'en r\u00e9alit\u00e9 ils n'\u00e9taient pas s\u00fbrs d'eux-m\u00eames.
Toutes les promesses de Dieu sont devenues un "oui" (20). En nous envoyant son Fils, Dieu a tenu ses promesses. Et J\u00e9sus n'a fait que ce que son P\u00e8re d\u00e9sirait: il a dit oui au projet de son  P\u00e8re. Paul en tire des conclusions pour les Chr\u00e9tiens. Au bapt\u00eame, nous disons notre premier oui au Christ. A chaque eucharistie, nous r\u00e9p\u00e9tons ce m\u00eame oui. Dans nos pri\u00e8res, Amen veut dire: oui, c'est vrai. L'inverse est le p\u00e9ch\u00e9 qui revient \u00e0 dire non \u00e0 Dieu.
Les premiers dons... (22). Paul dit plus pr\u00e9cis\u00e9ment: il nous a donn\u00e9 une avance de l'Esprit (voir commentaire d'Ep 1,14).

{N}1,{/}23: Ici, Paul rappelle les circonstances dont nous avons parl\u00e9 dans l'introduction. Il avait \u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment une autre lettre et il est tr\u00e8s probable qu'elle a \u00e9t\u00e9 jointe \u00e0 celle-ci quand, plus tard, les Corinthiens ont voulu garder les lettres de Paul.  Elle doit occuper les chapitres 10 \u00e0 13 de cette "2e Lettre". Comparer par exemple: Je ne cherche pas \u00e0 \u00eatre un dictateur de la foi (1,24) avec 10,5-6; de m\u00eame je ne voudrais pas avoir \u00e0 m'attrister (2,3): voir 12,21.
Remercions Dieu qui nous entra\u00eene (14). Paul fait allusion \u00e0 la f\u00eate du triomphe des g\u00e9n\u00e9raux romains victorieux: on tra\u00eenait derri\u00e8re leur char les prisonniers qu'on allait ensuite massacrer. Paul ici se reconna\u00eet comme le "prisonnier du Christ" (Ep 4,1): J\u00e9sus l'a pris de force et \u00e0 fait de lui son ap\u00f4tre (1Cor 9,16). Bien s\u00fbr, comprenons-le comme pour J\u00e9r\u00e9mie (20,7): cet appel irr\u00e9sistible de Dieu est en r\u00e9alit\u00e9 l'acc\u00e8s \u00e0 une forme sup\u00e9rieure de libert\u00e9.
Le triomphe \u00e9tait l'occasion d'offrir beaucoup d'encens: l'odeur \u00e9tait signe de gloire pour celui qu'on f\u00eatait un peu comme un dieu, signe de mort pour les prisonniers qui attendaient leur ex\u00e9cution. Cette comparaison permet \u00e0 Paul de repartir dans une autre direction: pour les uns, c'est une odeur de mort... (16). L'Evangile, divise les hommes. M\u00eame sans avoir approfondi le message, ils savent en appr\u00e9cier l'odeur, \u00e0 savoir le style de l'existence chr\u00e9tienne. Certains voient surtout les exigences de la vie chr\u00e9tienne, qui leur appara\u00eet d\u00e8s lors  comme une mort. D'autres, au contraire, envient la force myst\u00e9rieuse qui anime les croyants au milieu de leurs \u00e9preuves, et ils comprennent que l\u00e0 est la vie.
Qui est \u00e0 la hauteur d'un tel r\u00f4le? L'ap\u00f4tre se sent bien inf\u00e9rieur \u00e0 une telle mission. Il voudrait que chacun reconnaisse en lui l'image du Christ et le rayonnement de son amour; mais il en est bien loin. Quant aux faux ap\u00f4tres, ils ne pensent gu\u00e8re \u00e0 cela; ils cherchent \u00e0 \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s, entour\u00e9s, et dans ce but ils dissimulent  les exigences de la parole de Dieu, ou bien ils s'en font les trafiquants, car la religion souvent rapporte bien. Ces ap\u00f4tres-l\u00e0 sont renomm\u00e9s, et personne ne les pers\u00e9cute.

{N}3,{/}1: Les pr\u00e9dicateurs qui pr\u00e9tendaient rectifier le travail de Paul montraient des lettres de recommandation qui leur avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par une communaut\u00e9 ou un ap\u00f4tre. Paul ne s'appuie que sur sa propre autorit\u00e9, qui ne doit rien \u00e0 personne. C'est le Christ, et lui seul, qui l'a fait ap\u00f4tre, comme Paul le dit \u00e0 plusieurs reprises (Ga 1,1).
Les pa\u00efens de ce temps comblaient leurs pr\u00eatres d'honneurs et de consid\u00e9rations, et les Juifs faisaient de m\u00eame. Tout au long de la Bible, on rappelle quel honneur c'est d'enseigner la Loi de Dieu, et plus encore, le r\u00f4le unique de Mo\u00efse qui la re\u00e7ut de Dieu sur le Mont Sina\u00ef. Cependant, l'ap\u00f4tre du Christ les d\u00e9passe tous.
C'est un plus grand honneur d'apporter justice et saintete (9). Comme Paul l'a montr\u00e9 dans Rm 7,1-13, si l'on se contente d'enseigner la Loi, ce que faisaient les pr\u00eatres juifs, le profit est bien limit\u00e9 car les hommes, \u00e9tant p\u00e9cheurs, ne s'y soumettent pas. Finalement ils y auront gagn\u00e9 ch\u00e2timent et mort. En revanche, l'ap\u00f4tre \u00e9tablit une communication vivante entre les croyants et le Christ et son Esprit, pour qu'ils partagent sa vie. Le r\u00f4le des ap\u00f4tres et des ministres de l'Eglise est vraiment grand si leurs paroles et leurs actions transmettent aux hommes la vie nouvelle.
Aux versets 7-13, Paul fait allusion aux traditions de l'Exode (34,29-35). Ces souvenirs soulignaient la gloire de Mo\u00efse, mais Paul les reprend \u00e0 sa fa\u00e7on pour d\u00e9montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 des ap\u00f4tres du Christ. Apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 Dieu, rapporte-t-on, le visage de Mo\u00efse rayonnait. Mo\u00efse devait se couvrir d'un voile \u00e0 cause de l'\u00e9clat de son visage; mais Paul observe que tant qu'on a recours \u00e0 des voiles, c'est que le temps n'est pas venu de la r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9finitive.
Paul souligne au passage l'aveuglement des Juifs qui ne reconnaissent pas le Christ comme le Sauveur: pour lui ils ont perdu la cl\u00e9 de leur histoire et la Bible leur reste un livre ferm\u00e9 jusqu'au jour o\u00f9 Dieu, par le Christ, en livre le v\u00e9ritable sens (Lc 24,27; Ap 5,1). Toute cette histoire devait \u00eatre comprise comme un myst\u00e8re de mort et de r\u00e9surrection: pour entrer dans la nouvelle Alliance, il leur fallait accueillir le Christ sans plus penser \u00e0 leurs privil\u00e8ges, et se faire ses disciples avec les autres peuples
Ce n'est pas comme Mo\u00efse (13). Quelle affirmation os\u00e9e! Mo\u00efse \u00e9tait le fondateur du peuple juif, et l'autorit\u00e9 supr\u00eame de la Bible! Mais c'est un fait que le moindre des chr\u00e9tiens refl\u00e8te la Gloire du Seigneur \u00e0 visage d\u00e9couvert. Le chr\u00e9tien est lumi\u00e8re du Christ, et autrefois on appelait les baptis\u00e9s: "les illumin\u00e9s". 
Le Seigneur, c'est l'esprit. Paul le dit deux fois aux versets 17 et 18. Il ne confond pas le Seigneur, le Christ, avec le Saint-Esprit, mais il joue avec les mots "esprit" et "Esprit". Il rappelle que celui qui se retourne vers le Seigneur (16) d\u00e9passe une premi\u00e8re \u00e9tape de la foi (que Paul appelle "la lettre"), o\u00f9 il trouvait Dieu \u00e0 travers des lois et des pratiques. Et il entre dans l'\u00e2ge adulte de la vie spirituelle o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 l'Esprit de Dieu, nous nous connaissons nous-m\u00eames et nous agissons avec Dieu comme fils et comme personnes libres. Paul veut donc dire: Trouver le Seigneur, c'est recevoir l'Esprit et acc\u00e9der \u00e0 "l'esprit" (voir Rm 2,29).

{N}4,{/}1: Nous pouvons r\u00e9unir ici quelques traits du portrait de l'ap\u00f4tre \u00e9bauch\u00e9 par Paul:
-_Nous ne nous laissons pas abattre.
-_Nous ne cachons pas ce qui para\u00eet humiliant, et nous ne d\u00e9tournons pas la parole de Dieu.
-_Nous ne sommes que des serviteurs.
-_Que les hommes d\u00e9couvrent en nous la Gloire de Dieu qui resplendit sur le visage du Christ.
-_Nous portons la mort de J\u00e9sus afin que sa vie se manifeste aussi en nous.
-_Nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons.
Nous portons ce tr\u00e9sor dans des vases d'argile (7). C'est vrai que Dieu se sert g\u00e9n\u00e9ralement d'instruments tr\u00e8s limit\u00e9s pour accomplir son oeuvre. Mais ici Paul entend nous montrer que ceux que Dieu choisit pour un apostolat vraiment f\u00e9cond devront accepter une vie qui, humainement parlant, les d\u00e9truit.
Nous sommes livr\u00e9s \u00e0 la mort (11). Cette mort de l'ap\u00f4tre est n\u00e9cessaire pour que son oeuvre demeure: cette "mort" se manifestera sans doute de fa\u00e7on tr\u00e8s diverse pour les uns ou les autres; mais rien ne ressuscite sans passer d'abord par la mort.

{N}4,{/}16: Paul vient de r\u00e9affirmer sa foi; pour quelques instants il confie ce qu'il ressent en lui-m\u00eame, affront\u00e9 comme il l'est \u00e0 mille dangers et oppositions.
L'ext\u00e9rieur... l'homme int\u00e9rieur (16). Avec ces deux termes, Paul reprend ce qu'il a d\u00e9j\u00e0 dit dans Rm 8,10-11. L\u00e0, il opposait la chair \u00e0 l'esprit, comme ici: l'homme ext\u00e9rieur \u00e0 l'int\u00e9rieur. Mais ici il montre cette exp\u00e9rience \u00e9trange qui est la sienne: la d\u00e9couverte en lui d'une pr\u00e9sence de Dieu toujours davantage agissante, et en m\u00eame temps, une usure pr\u00e9coce.
Avec cela, Paul va-t-il durer assez pour voir le retour du Christ comme il l'esp\u00e9rait quelques ann\u00e9es auparavant (1Th 4,15)? Il avait tant d\u00e9sir\u00e9 que la demeure c\u00e9leste vienne recouvrir l'actuelle (5,2; voir 1Co 15,52)! Mais il en doute: de jour en jour il est plus probable qu'il va devoir passer par la mort qui lui fait horreur, partager le sort de ceux qui ont d\u00fb se d\u00e9pouiller de leur v\u00eatement de chair et attendent la r\u00e9surrection.
Nous allons sans peur (5,6). Aucune certitude de la foi n'emp\u00eachera d'avoir la mort en horreur, peut-\u00eatre m\u00eame lui donne-t-elle davantage de moyens pour se faire sentir: J\u00e9sus a connu une \u00e9trange agonie avant d'\u00eatre arr\u00eat\u00e9. Mais cette \u00e9preuve n'est que pour un temps et la foi reprend son assurance: Qui nous s\u00e9parera de l'amour du Christ? (Rm 8,35-39).

{N}5,{/}11: Chacun de nous est plus sensible \u00e0 tel ou tel aspect de la foi. Quant \u00e0 Paul, il voit le Christ comme le grand messager et artisan de la r\u00e9conciliation.
D'abord, il est certain qu'avec la mort du Christ une nouvelle \u00e9poque a commenc\u00e9 pour l'humanit\u00e9 divis\u00e9e. S'il est mort pour tous (\u00e0 la place de tous), n\u00e9cessairement tous sont morts: c'est-\u00e0- dire que l'histoire et la sagesse des hommes qui l'ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sont d\u00e9pass\u00e9es, et maintenant Dieu se sert d'autres moyens pour agir dans le monde.
Nous ne consid\u00e9rons plus les gens selon les crit\u00e8res humains (16). Paul confie quelque chose de sa vie affective. Autour de lui, on l'aime, m\u00eame si on lui cr\u00e9e des difficult\u00e9s, et dans l'Eglise, chacun a ses amis, ceux sur qui il peut compter. Paul les aime, bien s\u00fbr, mais sans doute pas de la m\u00eame fa\u00e7on. D'abord il regarde les hommes avec des crit\u00e8res diff\u00e9rents et ne se laisse pas guider - comme trop de Corinthiens - par les apparences des beaux parleurs (12). Et puis son affectivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e dans la mesure o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 pris par le Christ: il les aime tels que Dieu les aime et tels que Dieu voudrait qu'ils soient.
M\u00eame le Christ, si nous l'avons connu (16). (Paul dit: si nous l'avons connu selon la chair, ou, comme il \u00e9tait dans son humanit\u00e9.) Bien s\u00fbr il ne voit plus le Christ enferm\u00e9 dans le cadre de sa vie juive, mais dominant l'Histoire. Sans doute aussi fait-il allusion \u00e0 certains adversaires qui se croyaient sup\u00e9rieurs \u00e0 lui parce qu'ils avaient connu J\u00e9sus ou ap partenaient \u00e0 sa famille. Il leur dit: nous devons (c'est-\u00e0-dire: vous devez) le voir diff\u00e9remment: ne le regardez pas comme votre cousin!
Celui qui est dans le Christ est une cr\u00e9ation nouvelle (17): d'abord parce que les barri\u00e8res qui divisent et s\u00e9parent les hommes n'existent plus pour lui (voir Ga 3,28; Ep 2,14-16). Ensuite, parce que ce ne sont pas les d\u00e9sirs humains qui le guident, mais l'Esprit de Dieu qui le recr\u00e9e \u00e0 chaque instant (Ga 5,13-21).
Dans le Christ, Dieu r\u00e9conciliait le monde avec lui-m\u00eame (19). Beaucoup de gens aiment dire: J\u00e9sus est amour. C'est vrai, mais n'oublions pas que cet amour r\u00e9pond \u00e0 l'amour du P\u00e8re qui d\u00e9sire nous r\u00e9concilier avec lui: il nous faut en finir avec l'image d'un Dieu justicier que le Christ essaye d'apaiser (Rm 3,25).
Il nous confie l'oeuvre de la r\u00e9conciliation (18). Le chr\u00e9tien ne se contente pas de chanter les louanges de Dieu, et son aspiration supr\u00eame n'est pas de trouver une communaut\u00e9 sympathique. Il prend part \u00e0 la t\u00e2che de la r\u00e9conciliation universelle, ce qui suppose de d\u00e9noncer les injustices et le p\u00e9ch\u00e9, et d'essayer aussi de les surmonter. L'Eglise aujourd'hui nous dit beaucoup de choses \u00e0 ce sujet, pour que nous comprenions mieux notre mission dans ce monde, et dans les conflits et tensions qui d\u00e9chirent nos pays.
Nous sommes les ambassadeurs du Christ. Ceci ne s'applique pas seulement aux ap\u00f4tres et \u00e0 Paul, mais aussi \u00e0 nous quand nous rendons visite aux malades, \u00e0 ceux qui souffrent; quand nous nous rapprochons de nos fr\u00e8res, cherchant \u00e0 \u00e9tablir un climat de confiance et de relations fraternelles entre les hommes.
Il ne connaissait pas le p\u00e9ch\u00e9 (21). Il est difficile de traduire bien les mots de Paul: "Il a fait p\u00e9ch\u00e9 celui qui ne connaissait pas le p\u00e9ch\u00e9", car visiblement Paul parle ici selon la culture h\u00e9bra\u00efque o\u00f9 le m\u00eame mot d\u00e9signe \u00e0 la fois le p\u00e9ch\u00e9 et la victime qui porte sur elle le p\u00e9ch\u00e9. Paul rappelle le myst\u00e8re de la croix: la r\u00e9conciliation ne s'obtient pas sans victimes volontaires qui prennent sur elles la haine et le p\u00e9ch\u00e9 des hommes.

{N}6,{/}3: Un signe distinctif de l'ap\u00f4tre du Christ: le contraste entre le tr\u00e9sor qui lui est confi\u00e9 pour les autres, et sa propre existence si peu enviable et envi\u00e9e. Comme J\u00e9sus, il est signe de contradiction. Paul rappelle ce qu'il doit endurer, mais il ne cache pas son orgueil et sa conviction: nous faisons beaucoup de riches et nous poss\u00e9dons tout.
L'\u00e9loquent appel qui commence aux versets 11-13 continue en 7,2-16. C'est l\u00e0 que nous trouverons le commentaire.

{N}6,{/}14: Ce passage interrompt le fil du discours. La suite de 6,13 est \u00e0 7,2. Que veut dire cette brusque invitation \u00e0 ne pas se m\u00ealer aux incroyants?
Dans sa "premi\u00e8re" lettre aux Corinthiens (1Co 5,9), Paul rappelait un message ant\u00e9rieur dans lequel il leur demandait de ne pas avoir de contacts avec ceux qui vivent dans l'immoralit\u00e9. Il est possible que ce paragraphe, que quelqu'un aura ensuite intercal\u00e9 ici, provienne de cette toute premi\u00e8re lettre.  Paul lui-m\u00eame interpr\u00e8te ces lignes quand il dit: "Je ne vous ai pas dit d'\u00e9viter les p\u00e9cheurs de ce monde (parce que dans ce cas vous devriez sortir du monde), mais d'\u00e9viter ceux qui ont repris leurs coutumes pa\u00efennes" (1Co 5,10).

{N}7,{/}2: R\u00e9servez-nous une place. Ici encore se r\u00e9v\u00e8le le c\u00f4t\u00e9 affectif de Paul. Cet infatigable missionnaire, jamais vaincu ni d\u00e9courag\u00e9, \u00e9tait cependant tr\u00e8s sensible. Paul rappelle ici l'incident dont nous avons parl\u00e9 dans l'Introduction. Suite \u00e0 la lettre de Paul, qui devait \u00eatre tr\u00e8s dure, les Corinthiens s'\u00e9taient repentis, ils avaient suivi Paul et remis en place ceux qui l'avaient offens\u00e9.

{N}8,{/}1: Au cours de l'ann\u00e9e 48, il y eut une famine en Jud\u00e9e et \u00e0 J\u00e9rusalem (Ac 11,28) en raison de la mauvaise r\u00e9colte de l'ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, ann\u00e9e sabbatique durant laquelle les Juifs n'ensemen\u00e7aient pas la terre pour la laisser reposer.
Sachant cette situation de p\u00e9nurie, une aide \u00e9conomique fut organis\u00e9e au profit des chr\u00e9tiens de J\u00e9rusalem. Plus tard, \u00e0 l'occasion du "premier concile" de J\u00e9rusalem, Paul promit de ne pas oublier les fid\u00e8les de J\u00e9rusalem dans ses missions parmi les pa\u00efens (Ga 2,10). Ici, il invite les Eglises de Corinthe et de la province \u00e0 faire cette collecte qu'eux-m\u00eames avaient d\u00e9cid\u00e9e.
Dans ces chapitres, Paul n'emploie pas le mot collecte. Il parle de richesse et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans le don, de service, oeuvre b\u00e9nie. C'est une gr\u00e2ce plus grande pour celui qui donne que pour celui qui re\u00e7oit. Paul fait tr\u00e8s attention \u00e0 ce que la collecte se fasse comme il se doit car il s'agit de sommes importantes. Elle doit se faire sous la surveillance et le contr\u00f4le de ceux qui jouissent de la confiance de la communaut\u00e9.

{N}9,{/}1: Paul reparle de la collecte comme s'il ne l'avait pas fait au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent. Certains pensent qu'en m\u00eame temps que Paul \u00e9crivait aux Corinthiens pour les encourager \u00e0 \u00eatre g\u00e9n\u00e9reux (chap. 8), il \u00e9crivait un autre message destin\u00e9 aux Eglises d'Acha\u00efe (c'\u00e9tait la province de Corinthe). Ce second message a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 ici plus tard parce qu'il s'agissait du m\u00eame sujet.
Au chapitre 8,18, Paul fait sans doute allusion \u00e0 Luc: il est probable qu'il n'avait pas encore publi\u00e9 son Evangile, mais il est probable aussi que sa pr\u00e9dication annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 le troisi\u00e8me Evangile. 

{N}10,{/}1: Les chapitres 10-13, dont la violence ne correspond gu\u00e8re \u00e0 la r\u00e9conciliation dont il \u00e9tait question jusqu'ici, viennent probablement de la lettre que Paul avait envoy\u00e9e auparavant, \u00e0 la suite de la r\u00e9bellion de certains membres de la communaut\u00e9 de Corinthe.
Dans cette page extraordinaire, quelques mots situent imm\u00e9diatement le d\u00e9bat.
Certains membres de la communaut\u00e9 attaquent l'autorit\u00e9 de Paul, se sentant soutenus par ceux qui n'ont pas su arriver (14). Qui sont-ils? Certainement des gens qui ont rang d'ap\u00f4tres (donc en principe des  fondateurs de communaut\u00e9s), mais qui ont le chic pour arriver quand d'autres ont fait le travail (15). On compare les "ap\u00f4tres" entre eux, et Paul, qui ne s'est jamais fait servir, qui n'a pas jou\u00e9 au grand orateur ni au "ma\u00eetre en religion" appara\u00eet comme un homme de faible personnalit\u00e9: Ses lettres sont s\u00e9v\u00e8res mais, quand il est ici, il n'a pas de pr\u00e9sence, et ce n'est pas un orateur (10,10).
Que je n'aie pas \u00e0 faire preuve d'autorit\u00e9 (10,2). Paul se situe comme l'ap\u00f4tre de la communaut\u00e9, celui qui les a amen\u00e9s \u00e0 la foi et leur a communiqu\u00e9 l'Esprit Saint: cela, nul ne pourra le nier.
Paul parle de son pouvoir et de ses armes d'une mani\u00e8re mena\u00e7ante. La puissance qui d\u00e9truit les forteresses est certainement la Parole de Dieu, quand elle est annonc\u00e9e avec puissance (1Th 1,5). C'est la Parole de Dieu qui fait na\u00eetre les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes et c'est elle qui leur donne la force de demeurer unies face aux oppositions. L'Evangile est "force de Dieu": Rm 1,16.
Dans le cas en question, il s'agit aussi des pouvoirs spirituels de l'ap\u00f4tre Paul. Il appartient aux ap\u00f4tres et aux proph\u00e8tes de menacer parfois au nom de Dieu, et Dieu leur donne raison en intervenant d'une mani\u00e8re \u00e9vidente (Ac 5).
Paul entend bien d\u00e9truire raisonnements et orgueil qui se dressent contre la connaissance de Dieu. On pourrait ne voir ici qu'une rivalit\u00e9 de personnes, mais Paul sait ce qui g\u00eane beaucoup d'entre eux dans sa fa\u00e7on de les mener: il ne fait pas le jeu de leurs petits int\u00e9r\u00eats et il les fait vivre dans la v\u00e9rit\u00e9. Si on n'a pas le courage de continuer ainsi, on ne sera qu'un groupe religieux parmi d'autres: on aura perdu le chemin de la connaissance de Dieu.
La foi est une ob\u00e9issance (Rm 1,5): nous nous soumettons \u00e0 un enseignement de Dieu. Mais toujours cela va de pair avec une ob\u00e9issance dans le concret de la vie. Si Dieu nous a voulus en Eglise, n\u00e9cessairement il a voulu l'ob\u00e9issance \u00e0 une hi\u00e9rarchie et \u00e0 un ordre \u00e9tabli. C'est cette ob\u00e9issance que Paul exige. Mais attention: ce droit \u00e0 \u00eatre ob\u00e9i a pour fondement l'appel du Christ qui l'a fait ap\u00f4tre, et le travail que l'Esprit a fait par lui: quand on voit la multitude de pr\u00e9dicateurs qui partent en mission, chacun pour sa propre Eglise, on a parfois le droit de demander qui les a envoy\u00e9s. Et de m\u00eame il faut rappeler qu'il ne s'agit pas pour Paul de r\u00e9gner sur cette communaut\u00e9 ou sur plusieurs: le voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 parti plus loin pour \u00e9vang\u00e9liser (15-16).

{N}11,{/}7: Dans les chapitres 11 et 12 Paul va se comparer aux "ap\u00f4tres" qui ont su se faire appr\u00e9cier des Corinthiens et dont se r\u00e9clament les opposants. Il n'est pas question pour lui de les traiter d'\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal: il est conscient de ce qu'il est, il peut les juger. Position bien dangereuse, m\u00eame pour quelqu'un qui se croit tr\u00e8s inspir\u00e9 par Dieu! Et pourtant, voir 1Co 2,14-15.
Tout d'abord, Paul est s\u00fbr de son appel direct par le Christ: ce contact avec le ressuscit\u00e9 a install\u00e9 en lui la pr\u00e9sence transformante du Christ. Il sait que ses crit\u00e8res, ses d\u00e9cisions, ses intuitions proph\u00e9tiques \u00e9chappent \u00e0 ses adversaires. Et c'est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il a atteint un niveau sup\u00e9rieur de la vie dans l'Esprit qu'il se sent libre vis-\u00e0-vis des "obligations religieuses" qui toujours tiennent une bonne place, parfois la premi\u00e8re, chez ses adversaires: comparer le paragraphe 11,4-6 avec Ga 2,6-10 et 5,7-12; voir aussi Ph 3,2-11. Leur attachement aux observances de la Loi juive ne vient pas d'abord d'une vue diff\u00e9rente et l\u00e9gitime des choses de la foi: ils s'y attachent parce que, dans leur propre vie, ils n'ont pas trouv\u00e9 le meilleur de l'exp\u00e9rience chr\u00e9tienne. D\u00e9j\u00e0 J\u00e9sus le laissait entendre dans le cas des Pharisiens (Mc 7,6). Celui qui a l'exp\u00e9rience de la vie dans l'Esprit choque sans le vouloir bien des gens "religieux", et c'\u00e9tait le cas de Paul dans l'Eglise.

{N}11,{/}22: En 11,22-30, Paul parle de ses travaux, des risques qu'il a affront\u00e9s, des pers\u00e9cutions qu'il a connues. Il ne le fait pas pour qu'on lui en sache gr\u00e9: il veut montrer, et se rappeler \u00e0 lui-m\u00eame qu'il est porteur d'une gr\u00e2ce exceptionnelle. Tous sont appel\u00e9s \u00e0 suivre J\u00e9sus et \u00e0 porter sa croix, tous sont appel\u00e9s \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser. Mais pourquoi, en fait, y en a-t-il si peu qui fassent le vrai travail d'\u00e9vang\u00e9lisation chez "ceux qui sont loin", comme l'ont fait J\u00e9sus et Paul? C'est que cela m\u00eame est une gr\u00e2ce, et faute de l'avoir re\u00e7ue, on ne voit pas les appels et les occasions. Paul entend rester inimitable, non par gloriole, mais par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la voie sur laquelle le Christ l'a plac\u00e9.

{N}12,{/}1: Ici Paul fait une br\u00e8ve allusion aux extases qui l'ont totalement transform\u00e9. Le mot d'extase semble \u00e0 beaucoup de gens un peu farfelu, pour d'autres il ne convient qu'\u00e0 des contemplatifs vivant tr\u00e8s \u00e0 l'\u00e9cart du monde. Il est bien exact que l'extase, si elle est vraie, se trouve sur les chemins de la vie contemplative. Mais qu'est-ce que la contemplation?
Par contemplation, nous entendons souvent le temps consacr\u00e9 \u00e0 m\u00e9diter sur les choses de Dieu et \u00e0 d\u00e9couvrir sa pr\u00e9sence dans notre vie. Dans ce sens, nous opposons la contemplation \u00e0 l'action, ou nous disons que les deux doivent aller de pair. Mais le mot contemplation signifie aussi - et plus justement - un nouveau rapport plus direct entre notre es prit et Dieu.
Dans cette contemplation, ce n'est pas nous qui d\u00e9couvrons Dieu ou qui nous \u00e9tablissons dans le silence: c'est Dieu qui impose sa pr\u00e9sence, et c'est lui aussi qui fait na\u00eetre en nous la r\u00e9ponse. La contemplation est un don de Dieu, c'est un chemin, une fa\u00e7on de conna\u00eetre Dieu, d'\u00eatre guid\u00e9 et transform\u00e9 par lui, assez diff\u00e9rente de ce que la plupart des chr\u00e9tiens connaissent. Elle n'est pas pour autant exceptionnelle. L'action transformante et souveraine de l'Esprit y est plus efficace, aboutissant toujours au m\u00eame but: l'individu ne s'appartiendra plus.
Cette contemplation peut \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 ceux qui se sont retir\u00e9s dans des couvents afin de r\u00e9pondre \u00e0 un appel de Dieu; elle peut \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 ceux qui vivent une vie ordinaire, parfois avant m\u00eame qu'ils ne se soient convertis; elle est donn\u00e9e aux ap\u00f4tres. A la diff\u00e9rence des pratiques de m\u00e9ditation transcendantale et de recueillement qui nous viennent d'orient, elle \u00e9chappe \u00e0 nos efforts; ce qui la caract\u00e9rise, ce n'est pas qu'on m\u00e8ne une vie plus active ou plus retir\u00e9e. L'essentiel est que Dieu y prend possession de notre libert\u00e9: voir Jr 1,5.
Si Paul a \u00e9t\u00e9 l'ap\u00f4tre que nous savons, s'il a eu une intelligence exceptionnelle du myst\u00e8re chr\u00e9tien, c'est parce qu'il a \u00e9t\u00e9 un grand contemplatif, au sens que nous avons dit. Les extases dont il parle dans ce chapitre, celle de sa conversion et celle dans le Temple (Ac 22,17), qui cor respondent aux premi\u00e8res ann\u00e9es apr\u00e8s sa conversion, sont caract\u00e9ristiques d'une \u00e9tape d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9e de la vie contemplative, mais non la derni\u00e8re qui est l'union totale et constante avec Dieu. 
Une \u00e9pine a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e dans ma chair (7). On a \u00e9mis bien des hypoth\u00e8ses sur ce que pouvait \u00eatre cette \u00e9pine: une maladie peut-\u00eatre (2Co 1,8; Ga 4,13) dont les rechutes impr\u00e9visibles le r\u00e9duisaient \u00e0 l'impuissance? Ou bien des tentations de la chair, contrecoup d'une premi\u00e8re \u00e9ducation morale aussi rigide que les commandements de la Loi? Ce qui est certain, c'est que nous aspirons tous \u00e0 un \u00e9tat de paix o\u00f9 nous nous sentirions s\u00fbrs de nous-m\u00eames, mais Dieu pour sa part, quelle que soit la richesse de ses dons, se refuse \u00e0 nous la donner (1Co 2,5; 4,7).

{N}12,{/}14: Paul termine sa lettre en r\u00e9affirmant son autorit\u00e9. J\u00e9sus avait parl\u00e9 d'un t\u00e9moignage venant \u00e0 la fois des ap\u00f4tres et de l'Esprit Saint, c'est ainsi que Paul met fin \u00e0 sa d\u00e9fense et en appelle \u00e0 un discernement qui sera l'oeuvre de l'Esprit: v\u00e9rifiez, examinez, reconnaissez (13.5). Sans doute devrait-il en \u00eatre de m\u00eame dans l'Eglise \u00e0 tous les niveaux: nous ne pouvons pas r\u00e9soudre les conflits ou d\u00e9cider nos orientations seulement par des arguments ou des votes. N\u00e9cessairement il faudra, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9flexion, des temps de silence, de pri\u00e8re vraie et d'\u00e9coute, face \u00e0 la parole de Dieu.
Remarquer la formule "trinitaire" de 13,14.

