{N}1,{/}1: Paul, mis \u00e0 part pour servir la Bonne Nouvelle. A l'\u00e9poque le terme \u00e9vangile, qui signifie bonne nouvelle, avait le sens de victoire. Paul se pr\u00e9sente comme celui qui proclame le message de lib\u00e9ration destin\u00e9 \u00e0 toute l'humanit\u00e9.
O\u00f9 est la bonne nouvelle? Le Fils de Dieu est venu sur terre, il a partag\u00e9 la condition commune \u00e0 tous les hommes, puis il est entr\u00e9 par sa r\u00e9surrection dans la gloire qui lui correspondait.
D\u00e9sign\u00e9 comme le Fils de Dieu (4). On pourrait aussi traduire: "constitu\u00e9", ou "reconnu" comme le Fils de Dieu. Cela ne veut pas dire que J\u00e9sus n'\u00e9tait pas le Fils de Dieu avant sa r\u00e9surrection, mais il \u00e9tait si r\u00e9ellement l'un de nous que rien n'en transparaissait. Au jour de la R\u00e9surrection, l'Esprit de Dieu a envahi et transfigur\u00e9 sa nature humaine: il est d\u00e9sormais pr\u00e9sent et agissant dans notre histoire comme le Fils de Dieu.
Paul r\u00e9serve g\u00e9n\u00e9ralement le terme Dieu pour le P\u00e8re, source de l'\u00eatre divin et de toutes les initiatives divines: avec le Fils et l'Esprit, tout le myst\u00e8re de la vie divine s'accomplit, et dans cette vie s'enracine la vocation du chr\u00e9tien. Paul mentionnera constamment les noms des trois personnes divines.
Ap\u00f4tre mis \u00e0 part et appel\u00e9. Les douze ap\u00f4tres avaient \u00e9t\u00e9 choisis et form\u00e9s par J\u00e9sus, et l'Esprit Saint les avait confirm\u00e9s dans leur mission le jour de la Pentec\u00f4te. Paul n'est pas moins ap\u00f4tre qu'eux: il a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 par J\u00e9sus lui-m\u00eame sur la route de Damas.
Que nous ayons un \u00e9change mutuel dans la foi_(12). Comme le croyant, l'ap\u00f4tre a besoin de partager ses inqui\u00e9tudes, ses espoirs et sa foi: l'Eglise est une communion, et nul d'entre nous ne grandit droit sans cette communion avec nos fr\u00e8res.

{N}1,{/}16: Je n'ai pas honte... (16). Le Sauveur que Paul proclame est un Juif crucifi\u00e9, un charpentier inconnu. Combien de fois les gens se sont-ils moqu\u00e9s de Paul quand il leur parlait de ce condamn\u00e9 ressuscit\u00e9 d'entre les morts, futur juge de toute l'humanit\u00e9!
C'est une force de Dieu... (16). Des miracles accompagnent la proclamation de l'\u00e9vangile, mais ce ne sont que des signes. Dieu intervient de fa\u00e7on autrement plus puissante pour transformer les hommes et l'histoire partout o\u00f9 l'Evangile est proclam\u00e9.
Justifie... justice... juste... (17). Le mot "justice" utilis\u00e9 par Paul signifie aussi bien justice que droiture. Par ailleurs, quand il parle de la "justice" de Dieu, le plus souvent il ne s'agit pas de dire que Dieu est juste: sa justice signifie son intervention pour remettre le monde en ordre. Et de fa\u00e7on plus sp\u00e9ciale, la "justice" de Dieu fait que l'homme soit "juste", c'est-\u00e0-dire droit \u00e0 ses yeux. Ce qui importe, c'est de comprendre que ces mots \u00abjustice\u00bb et \u00abjuste\u00bb avaient pris un sens tr\u00e8s large dans le vocabulaire chr\u00e9tien et finissaient par d\u00e9signer simplement tout ce qui est bien, nous dirions: une vie telle que Dieu veut. Le "juste" est un peu un saint, au sens o\u00f9 nous l'entendons aujourd'hui, ou pour \u00eatre plus modeste, il a \u00e9t\u00e9 remis en ordre par Dieu.
C'est pourquoi nous traduirons aussi "Dieu nous justifie" par: Dieu nous fait justes et saints, ou: Dieu nous donne la vraie droiture.
Les Juifs pensaient, comme beaucoup d'autres, que l'homme devient bon par ses propres efforts. Paul r\u00e9plique que la justice (ou droiture) qui int\u00e9resse Dieu est tout autre chose: elle va bien au-del\u00e0 de ce que l'homme peut par lui-m\u00eame. Nous sommes justes et amis de Dieu quand il nous fait approcher de lui et nous sanctifie par gr\u00e2ce.
Les ap\u00f4tres proclamaient l'Evangile \u00e0 deux cat\u00e9gories de personnes:
-_les Juifs que Dieu avait pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 recevoir un Sauveur,
-_les Grecs (c'est-\u00e0-dire ceux qui parlaient grec). Pour un Juif, tous les autres sujets de l'empire romain \u00e9taient des Grecs. Ces peuples ne connaissaient pas la parole de Dieu et n'esp\u00e9raient rien de lui.
Mais Paul montre que tous, m\u00eame les Juifs, ont besoin de l'Evangile: tous vivent dans le p\u00e9ch\u00e9.

{N}1,{/}18: Dans ces paragraphes Paul s'adresse au monde pa\u00efen des Grecs: ils repr\u00e9sentent cette grande majorit\u00e9 des hommes qui n'ont pas re\u00e7u la parole de Dieu. A vrai dire, Dieu n'est pas absent de leur conscience et, pendant des si\u00e8cles de civilisation et de recherche religieuse, ils ont essay\u00e9 de conna\u00eetre Dieu et la v\u00e9rit\u00e9. Mais Paul d\u00e9montre l'\u00e9chec d'un tel effort humain; l'ignorance et l'immoralit\u00e9 sont plus r\u00e9pandues dans les pays o\u00f9 Dieu n'a pas parl\u00e9 comme il l'a fait pour les Juifs. Nous pourrions nous demander de m\u00eame o\u00f9 nous en sommes apr\u00e8s un ou deux si\u00e8cles o\u00f9 l'on se faisait fort de forger les consciences en taisant Dieu.
Ils connaissaient Dieu et ne lui ont pas rendu honneur. Il faut comparer ce texte \u00e0 un autre du livre de la Sagesse (ch. 13) et au discours de Paul dans Actes 17,27-29. Ils nous disent que tous peuvent conna\u00eetre Dieu. Celui qui contemple le monde ou r\u00e9fl\u00e9chit sur l'existence, y trouve ais\u00e9ment des signes de la pr\u00e9sence de Dieu. Mais quand on vit dans le p\u00e9ch\u00e9, on \u00e9touffe la v\u00e9rit\u00e9 par le mal.
Les hommes ont toujours ador\u00e9 un Dieu, mais ils le connaissent avec bien des obscurit\u00e9s. Toute erreur sur Dieu est cause d'erreurs concernant la personne humaine et la civilisation. La foi n'est pas une mati\u00e8re \u00e0 option, ou un luxe, comme si on pouvait vivre tout aussi bien sans elle. Bien s\u00fbr, une majorit\u00e9 de la plan\u00e8te s'en passe tr\u00e8s bien. Mais si l'on retirait tout ce qui vient de la foi dans notre culture et notre vie, le monde mourrait faute d'esp\u00e9rance, comme c'est d\u00e9j\u00e0 le cas pour les peuples ou les hommes qui l'ont reni\u00e9e.
Dieu les a livr\u00e9s \u00e0 des passions honteuses (26). Paul insiste sur le fait des relations homosexuelles. Dans le monde grec, les relations homosexuelles \u00e9taient accept\u00e9es et m\u00eame lou\u00e9es par les plus grands philosophes. Paul dit: ce n'est pas le signe d'un esprit plus ouvert ou plus libre, c'est la preuve d'une ignorance de Dieu.
Cette condamnation, qui ne fait que reproduire celles de l'Ancien Testament (Lv 20,13), semble d\u00e9su\u00e8te aujourd'hui en des pays dont la vraie religion est le lib\u00e9ralisme: tout est permis, tout est bon, \u00e0 la mesure de l'argent et de la sant\u00e9 dont on dispose. Le sexe n'est plus charg\u00e9 d'aucune responsabilit\u00e9 et la convenance mutuelle est une justification sans appel. Lorsque des cr\u00e9atures, animaux ou choses fabriqu\u00e9es, ont pris de fait la place de Dieu, m\u00eame des chr\u00e9tiens lui feront dire que tout est bien si eux-m\u00eames l'ont voulu ainsi: on ignore sa Gloire, et l'obscurit\u00e9 remplit les esprits (21).
De fait les relations homosexuelles sont une forme d'idol\u00e2trie de son propre corps. Il ne s'agit pas, bien entendu, de condamner ceux qui sont enclins \u00e0 l'homosexualit\u00e9, que ce soit par nature ou, bien plus souvent, par d\u00e9formation culturelle.

{N}2,{/}1: Donc, tu n'as plus d'excuse... Paul s'adresse aux Juifs qui attendent le jugement de Dieu sur le monde, convaincus que pour avoir la vraie religion ils ne seront pas condamn\u00e9s. Paul leur rappelle ce que nous savons nous-m\u00eames: plus on a de connaissances religieuses, plus on a d'arguments pour justifier ses fautes.
Dieu donnera la vie \u00e9ternelle... la gloire et l'honneur (10). Paul vient de condamner l'injustice et le mal du monde pa\u00efen. Il reconna\u00eet maintenant que beaucoup vivent de fa\u00e7on droite bien qu'ils n'aient pas la vraie religion. Il affirme deux choses dans ce paragraphe:
-_Dieu jugera chacun selon les crit\u00e8res dont il disposait: sa conscience ou la Loi.
-_Dieu a aussi des fils et des filles parmi ceux qui ne croient pas: il les jugera tout comme il fait pour nous, tenant compte de la voie sur laquelle il les avait plac\u00e9s.
Paul oppose en diff\u00e9rents endroits lettre et esprit (27-29). La lettre d\u00e9signe les commandements \u00e9crits que le Juif s'efforce d'observer mais qui lui restent ext\u00e9rieurs; ces commandements avaient pour but de l'amener \u00e0 une conversion du coeur: c'est l'esprit. Deux familles de mots s'opposent dans les lettres de Paul: chair, ancienne alliance, commandements, Loi, lettre... et Esprit, nouvelle alliance, promesse, esprit... 

{N}3,{/}1: Nous avons d\u00e9montr\u00e9 que tous sont soumis au p\u00e9ch\u00e9 (9). C'est la phrase centrale du paragraphe. Comme les autres, les Juifs doivent adopter une attitude de foi et se convertir. Mais c'est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu'ils ont du mal \u00e0 comprendre puisqu'ils ont \u00e9t\u00e9 instruits par Dieu et ont toujours \u00e9t\u00e9 croyants. Ils pensent \u00eatre sauv\u00e9s parce qu'ils ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s dans leur chair par la circoncision.
Quel est l'avantage du Juif? (1) C'est la question que les Juifs posent \u00e0 Paul quand il parle d'un salut offert \u00e0 ceux qui ne connaissent pas la Loi, c'est-\u00e0-dire la religion enseign\u00e9e par Dieu. C'est la m\u00eame question que se sont pos\u00e9e les chr\u00e9tiens des temps modernes \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils ont cess\u00e9 de croire que tous ceux qui  vivaient sans le Christ et l'Eglise iraient en enfer. Dans ce cas, quelle chance si nous \u00e9tions comme eux: nous serions sauv\u00e9s sans avoir eu \u00e0 suivre une morale chr\u00e9tienne qui nous p\u00e8se!
Dieu leur a confi\u00e9 ses paroles. Paul invite les Juifs - et nous aussi par cons\u00e9quent - \u00e0 consid\u00e9rer plut\u00f4t le don extraordinaire que Dieu leur a fait en se r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 eux par sa Parole et en faisant d'eux les t\u00e9moins de ses merveilles.
C'est ainsi que notre bapt\u00eame nous int\u00e8gre \u00e0 une minorit\u00e9 qu'on appelle "peuple de Dieu", \u00e0 qui Dieu confie une mission dans le monde, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de beaucoup d'autres qui vont \u00e0 Dieu sans conna\u00eetre ses secrets et son Christ. Le bapt\u00eame n'est pas une assurance qui nous donnerait le droit de nous sentir meilleurs.
Le paragraphe 3,4-8, difficile, est comme une parenth\u00e8se qui coupe le discours: la suite de 3,3 est dans 3,9. Paul a d\u00e9vi\u00e9 parce que ce qu'il a dit en 3,3 lui rappelle deux choses:
- une v\u00e9rit\u00e9 qu'il enseigne: Dieu tire le bien, m\u00eame de nos p\u00e9ch\u00e9s;
- l'interpr\u00e9tation m\u00e9chante qu'en tirent ses adversaires: plus besoin d'observer les lois de Dieu, il en sera tr\u00e8s content.
Et Paul veut simplement dire que l'un n'entra\u00eene pas l'autre.
En 3,4 le mot menteur doit \u00eatre pris dans le sens h\u00e9breu: celui qui fait le contraire de ce qu'on attendait de lui (en 3,7 nous l'avons traduit ainsi).
La Loi, c'est la d\u00e9couverte du p\u00e9ch\u00e9 (20). La Loi juive, ou Loi de Mo\u00efse d\u00e9signe l'ensemble des lois religieuses, liturgiques, morales et sociales gouvernant le peuple d'Isra\u00ebl (voir 7,4). Mais, dans les lettres de Paul, la Loi d\u00e9signe parfois la Bible, et parfois la religion juive. De nombreux Juifs croyaient m\u00e9riter leur salut parce qu'ils observaient la Loi, mais Paul dit que nous n'arriverons pas \u00e0 \u00eatre justes, c'est-\u00e0-dire comme il faut au regard de Dieu, par nos propres efforts: il faut renoncer \u00e0 l'id\u00e9e d'une r\u00e9compense qui nous est due.

{N}3,{/}21: Jusqu'ici Paul a d\u00e9velopp\u00e9 deux points: le monde entier est soumis au p\u00e9ch\u00e9; observer la Loi ne suffit pas pour obtenir le salut. Maintenant il pr\u00e9sente la Bonne Nouvelle: Dieu est venu nous sauver par le Christ.
Tous sont priv\u00e9s de la gloire de Dieu. Dieu n'accepte pas l'\u00e9tat actuel de l'homme, m\u00eame si ce dernier se satisfait de sa condition m\u00e9diocre. Dieu nous appelle \u00e0 partager sa Gloire, c'est-\u00e0-dire toute sa profondeur, tout ce qui le rend myst\u00e9rieux, grand, heureux et \u00e9ternel. Dieu nous a cr\u00e9\u00e9s pour que nous entrions en communion avec lui, et comme il est hors d'atteinte, c'est lui qui nous tend la main et nous fait justes (21). Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit (1,17) que ce justes signifie: droits et refaits de la fa\u00e7on que Dieu veut.
Maintenant, \u00e0 ceux qui se croient des m\u00e9rites parce qu'ils ont observ\u00e9 les commandements, Paul d\u00e9clare que la vraie perfection nous vient d'en-haut et nous est donn\u00e9e. La seule fa\u00e7on d'\u00eatre bien, tels que Dieu nous veut, c'est de partager la perfection et l'amour qui sont en Dieu.
Paul a du mal \u00e0 exprimer le myst\u00e8re du salut en usant les mots du vocabulaire religieux, lesquels, bien souvent, ont du mal \u00e0 se lib\u00e9rer des images d'un Dieu violent. Il vient de parler de la justice de Dieu, mais cette justice consiste avant tout \u00e0 remettre en ordre la personne humaine. Il a parl\u00e9 de la "col\u00e8re" de Dieu, son indignation devant le mal, mais le r\u00e9sultat de cette col\u00e8re est la venue du Sauveur. Il nous dit que Dieu a fait du Christ la victime dont nous avions besoin pour r\u00e9parer nos p\u00e9ch\u00e9s. Mais il ne faut pas penser que Dieu en col\u00e8re exige la souffrance d'un innocent. C'est Dieu qui, en se donnant lui-m\u00eame, donne la victime, et la venue de J\u00e9sus exprime l'immensit\u00e9 de l'amour du P\u00e8re. Donc Paul donne \u00e0 ces termes un sens radicalement nouveau: le salut chr\u00e9tien est quelque chose d'absolument neuf, que les religions pa\u00efennes ne connaissaient pas. Dieu obtiendra la justice, l'ordre vrai, non pas en condamnant mais en sauvant. Dieu triomphe du mal par l'amour, et ceux qui ne connaissaient pas l'amour seront sauv\u00e9s.
Nous avons l\u00e0 de quoi remettre \u00e0 leur place, aussi bien "la Loi" (v. 31) que les autres religions. Dieu s'est servi d'elles pour sauver les hommes, mais elles ne leur ont jamais donn\u00e9 d'\u00eatre pleinement en paix avec lui.

{N}4,{/}1: Paul demande alors \u00e0 ses fr\u00e8res juifs de remonter aux sources de la r\u00e9v\u00e9lation. Bien avant la Loi de Mo\u00efse, il y a la foi d'Abraham: cela signifie que la foi est quelque chose de beaucoup plus fondamental, plus universel, tandis que la "Loi" est une forme de religion propre aux Juifs, et seulement valable pour une p\u00e9riode de leur histoire. Il demande: comment Abraham est-il devenu l'ami de Dieu et le mod\u00e8le des croyants? Est-ce parce qu'il a cru aux promesses de Dieu ou parce qu'il s'est circoncis? Cun peu comme demander \u00e0 un chr\u00e9tien: Qu'est-ce qui est important: croire au Christ, ou \u00eatre baptis\u00e9?
La r\u00e9ponse est claire: nous devenons les amis de Dieu en croyant en ses promesses. Le rite du bapt\u00eame a confirm\u00e9 le don de Dieu et la r\u00e9ponse de notre foi.
Sa foi n'a pas faibli; il a oubli\u00e9 que son corps \u00e9tait comme mort (19). La foi d'Abraham \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 celle du chr\u00e9tien: foi en un Dieu qui ressuscite les morts et pour qui rien n'est impossible.
La foi n'a plus aucun sens (14). Ici Paul met le doigt sur un point capital qui souvent nous \u00e9chappe. Croire \u00e0 un Dieu qui r\u00e9compense le bien et l'ob\u00e9issance \u00e0 ses lois, c'est d\u00e9j\u00e0 la foi: voir H\u00e9breux 11,6. Cependant cette foi qui se cache dans le respect et l'instinct de justice est bien loin de l'attitude confiante d'un Abraham qui ne doute pas de la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu apr\u00e8s que Dieu lui a fait une promesse. Dans toute religion il y a quelque chose de la foi, mais pour un chr\u00e9tien, la foi est tout: nous voici pris dans un jeu de fid\u00e9lit\u00e9 mutuelle.

{N}5,{/}1: Dans ce paragraphe, Paul s'appuie sur sa propre exp\u00e9rience pour nous aider \u00e0 d\u00e9couvrir ce qui change dans notre vie \u00e0 partir du moment o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 la foi, l'ordre vrai (la "justice") a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli en nous.
D'abord, un sentiment de paix: nous sommes en paix avec Dieu (1). Nous nous sentions peut-\u00eatre tr\u00e8s bien auparavant, nous n'avions pas conscience de p\u00e9ch\u00e9 ni de dettes. Mais la paix que nous d\u00e9couvrons alors nous r\u00e9v\u00e8le un vide qui nous habitait, une agressivit\u00e9 en nous qui, inconsciemment, nous fermait \u00e0 Dieu. C'est alors seulement que nous en prenons conscience. En quoi croyons-nous? Nous croyons en l'amour de Dieu, et nous le voyons en J\u00e9sus mort et ressuscit\u00e9 pour nous.
Par lui nous avons acc\u00e8s \u00e0 cet \u00e9tat de gr\u00e2ce (2). Nous appelons \u00e9tat de gr\u00e2ce ce don ou cette gr\u00e2ce que Paul mentionne. Il n'est pas n\u00e9cessaire de le sentir pour s'y trouver, et ce serait une erreur d'\u00eatre \u00e0 la recherche d'un groupe o\u00f9 nous "sentirons" Dieu: c'est encore une fa\u00e7on de se satisfaire soi-m\u00eame, et telle n'est pas la voie des vrais amis de Dieu. Il n'est pas question d'abord de voir ou de sentir, mais de croire ce que Dieu fait. Pourtant, en mille occasions, nous reprenons conscience de cette pr\u00e9sence de Dieu en nous. Paul, qui a tant lutt\u00e9 pour le Christ, nous dit que c'est dans l'\u00e9preuve qu'on d\u00e9couvre le mieux la force du Christ qui agit en nous et nous fait m\u00fbrir (2 Co 12,9).
Nous devenons assez hardis pour esp\u00e9rer la Gloire de Dieu (2). La grande esp\u00e9rance chr\u00e9tienne, ignor\u00e9e de ceux qui n'ont pas rencontr\u00e9 le Christ, la certitude d'un but qui d\u00e9passe tout ce qu'ont pens\u00e9, esp\u00e9r\u00e9, exp\u00e9riment\u00e9 les plus grands sages et mystiques de toutes les religions. La communion totale en Dieu lui m\u00eame..
L'esp\u00e9rance ne sera pas d\u00e9\u00e7ue (5). A la diff\u00e9rence du peuple de l'Ancien Testament qui restait toujours dans le provisoire en attendant la v\u00e9rit\u00e9 et la justice d\u00e9finitives, les chr\u00e9tiens font d\u00e9j\u00e0 l'exp\u00e9rience de ce qu'ils vivront un jour pleinement. Un avant-go\u00fbt ou un parfum de la divinit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu dans notre coeur (5), et c'est la paix que Dieu nous accorde quand son Esprit vient \u00e0 nous.
Le Christ est mort pour nous quand nous \u00e9tions encore p\u00e9cheurs (8). Nous savons que le Christ est mort pour nos p\u00e9ch\u00e9s, mais souvent cela nous touche peu parce que son sacrifice semble trop lointain et peu r\u00e9el. Mais lorsque, par la gr\u00e2ce de Dieu, nous le comprenons, alors l'amour surgit en notre coeur. Correspondre \u00e0 l'amour par l'amour, telle est la vraie conversion.
Par son sang nous sommes devenus tels que Dieu nous voulait (9). Le texte dit exactement: "Nous avons \u00e9t\u00e9 fait justes". Fallait-il le sang du Christ? Nous avons dit \u00e0 propos de 3,25 que Paul d\u00e9pend du vocabulaire religieux de son temps: le pardon des fautes chez les Juifs s'obtenait par le sang des victimes sacrifi\u00e9es. Les proph\u00e8tes d\u00e9j\u00e0 avaient dit que les ruisseaux de sang du Temple ne valaient rien sans l'ob\u00e9issance \u00e0 Dieu. Puis certains avaient compris que le vrai sacrifice qui r\u00e9concilie le monde, ce sont les souffrances et humiliations de la minorit\u00e9 fid\u00e8le du peuple de Dieu (Is 52,13). Quelle que soit l'explication qu'on en donne, le salut du monde passe par les souffrances et la mort des innocents, et le peuple de Dieu doit accepter de faire partie de ces victimes de la violence. C'est ainsi que la mort violente et le sang vers\u00e9 par J\u00e9sus sont partie du langage de Dieu, comme ils sont partie de l'exp\u00e9rience humaine. Paul le savait tr\u00e8s bien, lui qui avait particip\u00e9 au meurtre d'Etienne (Ac 22,20).

{N}5,{/}12: Essayons de suivre la pens\u00e9e de Paul, car il se lance ici sur une nouvelle piste.
Dans les deux premiers chapitres il a montr\u00e9 que sans la foi au Christ les hommes vivaient dans le p\u00e9ch\u00e9, y compris les Juifs qui avaient re\u00e7u la parole de Dieu. Puis il a affirm\u00e9 que le salut ne se trouvait pas dans l'ob\u00e9issance \u00e0 une loi, mais dans la foi. Seulement ainsi nous sommes r\u00e9concili\u00e9s avec Dieu et nous entrons dans une relation d'amiti\u00e9 avec lui qui nous achemine vers le but de toute vie humaine, qui est de partager la "Gloire" de Dieu, sa vie d'\u00e9ternit\u00e9.
Mais maintenant Paul \u00e9largit l'horizon. J\u00e9sus n'est pas venu seulement pour r\u00e9concilier des p\u00e9cheurs, beaucoup de p\u00e9cheurs, mais pour sauver l'humanit\u00e9 comme un tout. En termes modernes on dirait qu'il est venu sauver l'histoire humaine. En termes bibliques,  il est venu sauver \u00abAdam\u00bb.
Pour Paul, comme pour les Juifs de son temps, Adam est \u00e0 la fois le premier homme cr\u00e9\u00e9 par Dieu, et l'humanit\u00e9 enti\u00e8re. Les \u00abfils d'Adam\u00bb ne font qu'un avec celui dont ils portent le nom (ou qu'on a appel\u00e9 de leur nom). D\u00e8s le d\u00e9but de l'humanit\u00e9 jusqu'\u00e0 nos jours c'est le m\u00eame Adam m\u00e9fiant, rebelle et violent.
Un seul homme a fait entrer le p\u00e9ch\u00e9. Paul se r\u00e9f\u00e8re au r\u00e9cit de la Gen\u00e8se, mais non pas pour insister, comme d'autres l'ont fait apr\u00e8s lui, sur l'importance d'un p\u00e9ch\u00e9 commis par le premier homme. J\u00e9sus a oubli\u00e9 de nous parler d'une telle faute qui nous conduirait \u00e0 l'enfer, et ce que disait la bible avant lui est tr\u00e8s nuanc\u00e9 (voir Sag 10,2; Si 49,16). Ici Paul entend montrer que nous sommes pris dans une double solidarit\u00e9: en Adam tous les hommes sont p\u00e9cheurs, dans le Christ tous sont r\u00e9concili\u00e9s. Dieu a cr\u00e9\u00e9 le monde et l'a visit\u00e9 pour sauver la race humaine comme un seul tout, unie dans le Christ. C'est la raison pour laquelle Paul oppose l'un \u00e0 l'autre le premier p\u00e8re des r\u00e9cits anciens, et celui qui est premier dans le plan de Dieu.
Mais m\u00eame si le r\u00f4le d'un premier anc\u00eatre reste fort myst\u00e9rieux, Paul nous affirme nettement que l'humanit\u00e9 n'est pas naturellement en paix avec Dieu, et qu'elle ne peut pas atteindre son but si elle n'est pas sauv\u00e9e par le Christ.
Ne disons pas qu'elle est mauvaise: Dieu l'a cr\u00e9\u00e9e. Peut-\u00eatre faut-il rappeler que l'histoire d'Occident a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9e aux 16 e et 17 e si\u00e8cles par les discussions sur le p\u00e9ch\u00e9 et la gr\u00e2ce. On a dit alors de telles \u00e9normit\u00e9s (Dieu aurait condamn\u00e9 tous les hommes \u00e0 l'enfer \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9 d'Adam!) que la r\u00e9action est venue sous la forme d'un ath\u00e9isme agressif: on voulait se d\u00e9barrasser d'un tel Dieu capricieux et mauvais. Et c'est alors que Rousseau a affirm\u00e9 avec d'autres que l'homme \u00e9tait bon, et seulement la soci\u00e9t\u00e9 le rendait mauvais.
Les ap\u00f4tres maintiennent que l'humanit\u00e9 est dans un \u00e9tat d'ali\u00e9nation. Pour nous en parler, Jean se sert de deux expressions: \u00able monde\u00bb, et: \u00able gouverneur de ce monde\u00bb, qui est le d\u00e9mon (voir com. de Jn 3,16 et 1Jn 2,15). Paul, pour sa part, va nous parler du \u00abp\u00e9ch\u00e9\u00bb.
Dans ces paragraphes, le P\u00e9ch\u00e9 signifie l'ensemble des forces qui emprisonnent une humanit\u00e9 port\u00e9e au mal. Nous ne sommes pas totalement responsables de p\u00e9ch\u00e9s que nous commettons souvent sans les vouloir  vraiment (7,16-24), et c'est bien la preuve de notre esclavage ou ali\u00e9nation. Et le P\u00e9ch\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 dans notre difficult\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 juger selon la v\u00e9rit\u00e9: nous ne sommes pas enfants de Dieu de naissance.
Cet Adam \u00e9tait l'ombre d'un autre \u00e0 venir... (14). A la vision du destin humain que nous pro pose la Gen\u00e8se (ch. 2 et 3), Paul oppose une autre image, celle du Christ crucifi\u00e9. A la sc\u00e8ne du p\u00e9ch\u00e9 pr\u00e8s de l'arbre d\u00e9fendu, Paul oppose celle de la r\u00e9demption accomplie sur l'arbre de la croix. Il y avait trois personnages dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne: l'homme (Adam), le p\u00e9ch\u00e9 (le serpent) et la mort. Dans la seconde il y en a quatre: l'homme (le Christ), le p\u00e9ch\u00e9, la mort et la justice (ou la vie r\u00e9-ordonn\u00e9e par Dieu).
La gr\u00e2ce de Dieu se multiplie plus encore (15). Les effets du p\u00e9ch\u00e9 n'ont fait qu'augmenter. Nous nous sentons aujourd'hui \u00e9cras\u00e9s et impuissants  face aux plaies de notre soci\u00e9t\u00e9, face aux zones de violence. Mais Paul voit la grandeur du don de Dieu: tandis que l'humanit\u00e9 s'accro\u00eet et que le p\u00e9ch\u00e9 dispose de moyens plus puissants pour s'imposer, Dieu appelle plus de personnes \u00e0 se lib\u00e9rer de la servitude du mal.
Il y a plus dans ce paragraphe un peu compliqu\u00e9: Paul affirme que la r\u00e9demption du Christ ne se limite pas \u00e0 corriger nos fautes. Dieu ne se contente pas de nous aider \u00e0 sortir du mal: il nous appelle \u00e0 lui et, en m\u00eame temps qu'il rel\u00e8ve les hommes, il les invite \u00e0 r\u00e9gner, c'est-\u00e0-dire, \u00e0 partager sa propre gloire.
Il y aura un r\u00e8gne de vie pour ceux qui recoivent l'abondance de la gr\u00e2ce (17). Le Christ nous r\u00e9unit; il nous rassemble par son sacrifice et devient le nouveau chef de l'humanit\u00e9. Paul pensait d'abord au salut de ceux qui \u00e9coutent l'\u00e9vangile, croient au Christ et entrent dans l'Eglise. Mais il insiste sur le fait que le Christ sauve un monde de p\u00e9cheurs. Le Christ est le nouvel Adam: il n'est donc pas seulement le chef des croyants, mais de toute l'humanit\u00e9. Tous continuent d'\u00eatre entra\u00een\u00e9s par le courant du mal n\u00e9 de la chute d'Adam. Mais tous sont sauv\u00e9s ensemble par le Christ, dans la mesure o\u00f9 ils se font solidaires de son oeuvre: qui ne prend pas sa part dans cette t\u00e2che de relever ses fr\u00e8res, se fait \u00e9tranger \u00e0 cette oeuvre du salut, car il ne s'agit pas de "mon" salut mais du salut d' Adam.
La Loi est venue et du coup le p\u00e9ch\u00e9 a \u00e9t\u00e9 partout (20). C'\u00e9tait une erreur que de voir dans la Loi le grand cadeau de Dieu (l'Ancien Testament le dit pourtant!) Ou bien disons que gr\u00e2ce \u00e0 elle les Juifs d\u00e9couvraient beaucoup plus vite que les autres peuples \u00e0 quel point ils avaient besoin d'\u00eatre sauv\u00e9s. Son premier r\u00e9sultat \u00e9tait de multiplier les p\u00e9ch\u00e9s, parce que d\u00e9sormais ils savaient quel \u00e9tait leur devoir et ils ne le faisaient pas.

{N}6,{/}1: Pour le p\u00e9ch\u00e9 nous sommes devenus des morts (2). Quand on dit que la Loi est d\u00e9pass\u00e9e, on risque toujours d'\u00eatre mal compris. Mais cela ne signifie pas qu'on suivra d\u00e9sormais ses instincts: on s'est d\u00e9gag\u00e9 d'une situation o\u00f9 la Loi semblait tout r\u00e9gir, mais en fait le p\u00e9ch\u00e9 trouvait une complicit\u00e9 en nous: l'agressivit\u00e9 ou la distance vis-\u00e0-vis de Dieu. Morts pour le p\u00e9ch\u00e9: cela veut dire qu'il ne trouve plus de r\u00e9ponse en nous. "Morts", c'est bien le mot: le pas est d\u00e9sormais d\u00e9finitif et ce pas est intimement li\u00e9 \u00e0 la mort du Christ. Mourir avec lui pour ressusciter avec lui: c'est ce que signifie le bapt\u00eame.
Dans l'Eglise des premiers jours, on baptisait surtout des adultes: ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9vang\u00e9lis\u00e9s et ils s'engageaient dans la communaut\u00e9 du peuple saint de Dieu. Le bapt\u00eame accompagnait donc une conversion. Quand Paul dit "bapt\u00eame", il faut comprendre tout le chemin de la conversion, y compris le cat\u00e9chisme, l'initiation \u00e0 la vie chr\u00e9tienne... Sinon, le bapt\u00eame ne serait qu'un rite.
C'est dans sa mort que nous avons \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s (3). Le baptis\u00e9 s'est uni au sacrifice du Christ pour b\u00e9n\u00e9ficier de son entr\u00e9e dans la vie; c'est comme accepter un changement total de vie.

{N}6,{/}6: Vous devez donc penser que pour le p\u00e9ch\u00e9 vous \u00eates des morts (11). Il est \u00e9vident que le bapt\u00eame, m\u00eame re\u00e7u avec foi, ne nous rend pas imm\u00e9diatement parfaits. Allons-nous pour autant rester pench\u00e9s sur les commandements? La crainte des tentations et des fautes quotidiennes va-t-elle nous paralyser? Gare aux scrupules et complexes de culpabilit\u00e9! Paul nous propose une autre voie: il nous faut surtout croire que le p\u00e9ch\u00e9 n'a aucun pouvoir sur nous. Nous aurons les yeux fix\u00e9s sur le Christ, sachant que nous lui appartenons et que c'est lui qui nous transforme. Cette attitude d'union apparemment insouciante est plus efficace que la nervosit\u00e9. C'est la voie que sainte Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux sugg\u00e9rait \u00e0 ceux qui se sentent incapables de grandes choses.
Ne laissez pas le p\u00e9ch\u00e9 gouverner ce corps puisque c'est un mort (12). Bien que conscients d'appartenir au Christ, les fid\u00e8les commettent des p\u00e9ch\u00e9s tous les jours. Mais leurs p\u00e9ch\u00e9s ne les privent pas de l'essentiel, la confiance dans le P\u00e8re, ce qui leur permet de se relever apr\u00e8s chaque faute (1 Jn 2,1). Ils savent qu'ils sont et resteront des p\u00e9cheurs que Dieu pardonne, pourvu qu'ils essaient de se corriger et de devenir meilleurs. C'est jour apr\u00e8s jour que nous obtenons la libert\u00e9 en nous soumettant de bon gr\u00e9 aux exigences d'une vie meilleure.
A l'\u00e9poque de Paul, il y avait des esclaves qui passaient de ma\u00eetre en ma\u00eetre. Par ailleurs une personne libre endett\u00e9e pouvait se vendre \u00e0 son d\u00e9biteur pour payer ses dettes. Paul se sert de cette image pour nous enseigner \u00e0 \u00eatre dociles \u00e0 l'Esprit, comme des esclaves qui ne sont pas ma\u00eetres de leur sort. Cherchons \u00e0 discerner ce que l'Esprit nous conseille avant de prendre une d\u00e9cision.
Vue du dehors, la vie du chr\u00e9tien peut para\u00eetre un esclavage, mais le chr\u00e9tien se sent et se sait libre. On pourrait donner l'exemple d'une m\u00e8re qui ne quitte pas son enfant malade: elle est pourtant tr\u00e8s libre, n'ayant d'autre loi que son amour.
C'est un peu ce que Paul voudrait nous faire comprendre. On pourra penser que ses explications dans ces chapitres 6 et 7 sont bien th\u00e9oriques et peu claires. Mais c'est que Paul voudrait faire sentir ce qu'il y a d'extraordinairement neuf dans la vie chr\u00e9tienne, et il se doute bien que ceux auxquels il s'adresse ne peuvent pas sentir ce qu'il sent, n'ayant pas fait les m\u00eames exp\u00e9riences. Il leur est difficile de comprendre ce qu'est une vie o\u00f9 il n'y a plus d'obligations mais o\u00f9, pourtant, le p\u00e9ch\u00e9 n'a plus de place. Au verset 19, Paul dit gentiment: "Je prends ces comparaisons pour vous aider parce que vous n'\u00eates pas encore de grands spirituels et cela vous \u00e9chappe, mais cependant c'est ainsi: aspirez \u00e0 cette vraie libert\u00e9."

{N}7,{/}1: Le pr\u00e9c\u00e9dent chapitre montrait comment le Christ nous lib\u00e8re et devient notre seul ma\u00eetre. Les chr\u00e9tiens d'origine juive pouvaient alors se demander: Et la loi de l'Ancienne Alliance, est-elle sans valeur? N'\u00e9tait-ce pas Dieu qui l'avait ordonn\u00e9e?
Vous \u00eates morts \u00e0 la Loi (4). La Loi \u00e9tait quelque chose de provisoire: le temps de la Loi s'est termin\u00e9 avec la mort du Christ. Ici nous retrouvons une des grandes intuitions de Paul. La mort de J\u00e9sus n'a \u00e9t\u00e9 apparemment qu'un \u00e9v\u00e9nement mineur dans l'histoire si troubl\u00e9e du peuple juif sous l'occupation romaine. Et cependant elle est plus qu'un tournant, une rupture dans l'histoire du monde. Avant, ce sont les temps d'une humanit\u00e9 mineure; apr\u00e8s, les temps o\u00f9 Dieu peut agir et se faire conna\u00eetre en toute clart\u00e9 (Gal 4). La mort de J\u00e9sus, c'est la mort de l'histoire ancienne. En ce sens, la fa\u00e7on chr\u00e9tienne de compter les ann\u00e9es \u00e0 partir du Christ n'est pas un choix possible entre d'autres: elle r\u00e9pond \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9.
Les Juifs baptis\u00e9s ne sont plus oblig\u00e9s de suivre tous les commandements de cette Loi qui avait \u00e9t\u00e9 l'autorit\u00e9 supr\u00eame. Evidemment, dans de nombreux commandements il s'agit de justice et de mis\u00e9ricorde et il ne faut pas les n\u00e9gliger. Mais, m\u00eame dans ce cas, les chr\u00e9tiens n'en restent pas \u00e0 une religion de commandements: la foi en J\u00e9sus-Christ, seul Sauveur, inspire tous nos actes.
Nous sommes morts vis-\u00e0-vis de tout ce qui nous tenait captifs (6). La Loi de Mo\u00efse, le grand don de Dieu \u00e0 Isra\u00ebl, \u00e9tait l'affaire d'un temps o\u00f9 les hommes n'\u00e9taient pas compl\u00e8tement libres. Le chr\u00e9tien aujourd'hui voit dans les lois une indication de la volont\u00e9 de Dieu, mais il se r\u00e9serve le droit d'agir selon les crit\u00e8res de sa foi. Aucune loi, m\u00eame religieuse ne peut pr\u00e9valoir sur les exigences d'une conscience bien form\u00e9e: "Une vie bien ordonn\u00e9e cr\u00e9e plus de beaut\u00e9 qu'aucune r\u00e8gle religieuse ne pourrait faire."
Voir le m\u00eame th\u00e8me dans 2Co 5,14: "s'il est mort pour tous, alors tous sont morts."
Au d\u00e9part, il n'y avait pas de loi et je vivais (9). Ce serait une erreur de penser que Paul nous parle de lui-m\u00eame: il se met en sc\u00e8ne, parlant au nom de l'humanit\u00e9: voir le commentaire de 5,12-14. Les autres acteurs du drame sont le p\u00e9ch\u00e9, la Loi et la mort.
Pour les Juifs, la conclusion devra \u00eatre claire: la Loi et ses commandements sont sans pouvoir pour renouveler les personnes.

{N}7,{/}14: Paul d\u00e9crit la situation de celui qui conna\u00eet les commandements de Dieu, mais qui ne conna\u00eet pas son amour. Une telle personne n'est pas libre, mais divis\u00e9e: deux forces s'opposent en elle. D'une part, la Loi lui dicte son devoir; d'autre part elle est soumise \u00e0 une loi inscrite "dans sa chair", c'est-\u00e0-dire dans sa nature. Cette personne n'est pas vraiment libre.
L'homme a en lui une partie bien dispos\u00e9e: "l'esprit", et une autre qui s'oppose aux exigences du devoir: "la chair" (voir Mc 14,38). La chair ne veut pas dire le corps; ce terme d\u00e9signe ce qui est faible en nous devant le devoir et r\u00e9siste aux appels de Dieu: voir commentaire de 8,5.
Face au p\u00e9ch\u00e9 - il s'agit des forces qui emp\u00eachent l'humanit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 Dieu et d'entrer dans ses vues - notre libert\u00e9 est impuissante. En chacun de nous "la chair" se fait complice du mal: nous pouvons condamner la drogue, l'irresponsabilit\u00e9, la corruption..., en fait tout cela garde en nous-m\u00eames un point d'attache.
Dans ce chapitre, Paul continuera \u00e0 parler au nom de ceux qui ne connaissent pas encore le salut par le Christ: ils sont divis\u00e9s et asservis. Dans le chapitre suivant, il parlera de l'opposition esprit-chair chez ceux qui croient. Pour eux les conflits ont une solution et ils vivent en paix. Aussi Paul termine-t-il ici en s'\u00e9criant: Qui me d\u00e9livrera....Gr\u00e2ces soient rendues \u00e0 Dieu....

{N}8,{/}1: Apr\u00e8s avoir longuement montr\u00e9 les limitations d'une loi religieuse, en r\u00e9alit\u00e9, de toute religion qui met en valeur l'observance de pratiques, Paul va nous parler de la vie dans l'Esprit. Car pour lui la vie chr\u00e9tienne est d'abord cela. Il semblerait que tout ce qui suit est une longue discussion th\u00e9ologique: c'en est une, bien s\u00fbr, et Paul continue d'argumenter comme il a appris \u00e0 le faire dans les \u00e9coles rabbiniques. Mais si nous y regardons de pr\u00e8s, ce n'est pas le d\u00e9veloppement d'une th\u00e8se: Paul part d'une exp\u00e9rience spirituelle, la sienne.
Un chr\u00e9tien ne croit pas avoir re\u00e7u l'Esprit de Dieu simplement parce qu'on lui dit que la confirmation lui a donn\u00e9 l'Esprit. Si dans la vie chr\u00e9tienne il y a une exp\u00e9rience caract\u00e9ristique, c'est bien celle de l'Esprit de Dieu agissant en nous. Nous devrons toujours \u00eatre en garde contre la tentation de vouloir sentir les choses de Dieu au lieu de croire \u00e0 sa parole: cela n'emp\u00eachera pas qu'il y ait une exp\u00e9rience chr\u00e9tienne. Voir commentaire de Actes 21,5.
Paul, pour sa part, sait ce qu'est une vie conduite en permanence par l'Esprit: il a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la situation du p\u00e9cheur divis\u00e9 entre sa conscience et ses mauvaises habitudes, il s'est unifi\u00e9 dans la disponibilit\u00e9 \u00e0 Dieu. Il parlera donc sans h\u00e9siter d'une totale transformation de ceux qui croient au Christ, m\u00eame si par la suite il reconna\u00eet que la chose est peut-\u00eatre en train de se faire plus qu'elle n'est d\u00e9j\u00e0 faite.
Dieu a envoy\u00e9 son Fils (3). L'aurait-il envoy\u00e9 seulement pour nous parler, pour nous donner des lois, pour nous donner de grands exemples de l'amour divin? Le salut que Dieu nous donne est tout autre chose. Voyons ce qui se passe quand on veut aider des marginaux \u00e0 se relever: nous aurons beau donner et aider, ils ne deviendront pas responsables s'ils n'affrontent pas eux-m\u00eames leurs probl\u00e8mes.
Cela, Dieu le savait. Ce n'est pas lui qui a piti\u00e9 des p\u00e9cheurs et se dit: Pauvres petits! Si irresponsables!... Je vais les habiller en blanc et oublier leurs p\u00e9ch\u00e9s pour qu'ils aient une mine sainte et puissent s'asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Pour Dieu il ne s'agit pas de d\u00e9guiser la r\u00e9alit\u00e9 mais de recr\u00e9er l'humanit\u00e9. Il faut donc qu'un membre de la race humaine vienne \u00e0 bout du p\u00e9ch\u00e9, de la force de mort qui maintient l'humanit\u00e9 paralys\u00e9e, et lui donne acc\u00e8s \u00e0 la Gloire de Dieu (3,23; 5,2).
Il l'a rendu semblable \u00e0 cette chair li\u00e9e au p\u00e9ch\u00e9 (3). Semblable: J\u00e9sus, qui n'a commis aucun p\u00e9ch\u00e9, prend sur lui les p\u00e9ch\u00e9s des hommes (He 2,l4 et 4,l5). Apr\u00e8s le sacrifice de J\u00e9sus, son Esprit permettra aux croyants de vaincre la mort.
Par l'amour et le pardon, Dieu a cr\u00e9\u00e9 un monde nouveau o\u00f9 il n'y a ni rancoeur, ni d\u00e9sir de vengeance, ni remords cach\u00e9s dans notre conscience. Nous sommes en paix avec lui et nous sommes en paix les uns avec les autres.

{N}8,{/}5: La vie humaine du Christ a donc pr\u00e9par\u00e9 le don de l'Esprit \u00e0 ceux qui devaient \u00eatre adopt\u00e9s et, plus tard, divinis\u00e9s. Le Christ est venu d'abord, ensuite l'Esprit: Paul nous a d'abord parl\u00e9 de l'oeuvre de salut du Christ (chapitres 5 et 6); maintenant il nous parle de l'Esprit.
Ceux qui vivent selon la chair. Nous avons dit quelques mots sur le sens de ce mot chair \u00e0 propos de 7,14. Paul a bien en vue ici les conflits int\u00e9rieurs de chacun de nous, et la chair d\u00e9signe une r\u00e9alit\u00e9 animale dont nous sentons le poids. Mais nous ne trouvons jamais la nature \u00e0 l'\u00e9tat pur: la nature de l'homme du 20e si\u00e8cle, ses d\u00e9sirs instinctifs, ses fantasmes, ce dont il lui semble impossible de se passer, d\u00e9pend en bonne part de notre \u00e9ducation et notre culture. La tension que nous \u00e9prouvons entre la chair et l'esprit, c'est en partie la tension entre notre culture - actuellement la culture lib\u00e9rale avec sa recherche effr\u00e9n\u00e9e du plaisir et du toujours neuf - et l'esprit du Christ qui ne cherche que le service du P\u00e8re. Dans un tel contexte, ne nous \u00e9tonnons pas des "revendications" de libert\u00e9 sexuelle de certains groupes qui se veulent chr\u00e9tiens: ils parlent toujours de droits, comme si un chr\u00e9tien avait d'autres droits vis-\u00e0-vis du P\u00e8re que celui d'\u00eatre serviteur comme l'a \u00e9t\u00e9 J\u00e9sus, et de renoncer \u00e0 soi-m\u00eame.
Au v. 5 nous avons mis: vont aux choses de la chair; le verbe grec d\u00e9signe ce qu'on a en t\u00eate, ce qu'on d\u00e9sire et qu'on projette; le m\u00eame mot repara\u00eet aux vv. 6 et 7 o\u00f9 nous avons mis d'abord "d\u00e9sirs" et ensuite "projets". C'est \u00e0 la fois ce que d\u00e9sire d'instinct notre nature, et ce que nous projetons quand nous suivons sans plus les aspirations de nos contemporains.
Il n'y a que mort dans les d\u00e9sirs de la chair... les projets de la chair sont contraires \u00e0 Dieu... Voil\u00e0 des affirmations bien choquantes pour nous qui vivons en un monde \u00e9tranger \u00e0 la foi et dans lequel, cependant, tant de bonnes choses se font. Disons simplement que l'Esprit de Dieu travaille m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 on ne sait pas le nommer. Mais il n'y a de vie que l\u00e0 o\u00f9 l'on remet en cause les v\u00e9rit\u00e9s toutes faites. Pour plaire \u00e0 Dieu il faudra toujours \u00eatre, comme Abraham, en marge du monde, c'est-\u00e0-dire en garde contre la chair.
Ceux qui vivent selon l'Esprit (5). Devons-nous \u00e9crire "selon l'Esprit", ou "selon l'esprit"? Dans la culture biblique, l'esprit est \u00e0 la fois n\u00f4tre et de Dieu. L'esprit est ce que Dieu envoie \u00e0 l'homme; c'est aussi l'ouverture de l'homme \u00e0 l'action de Dieu. Dans ce paragraphe il convient parfois de dire "l'esprit", notre esprit visit\u00e9 par Dieu; d'autres fois il faudrait dire "l'esprit", une fa\u00e7on d'agir de Dieu en nous; d'autres fois encore "l'Esprit", Dieu-qui-se-communique.
Redisons-le: ce que Paul \u00e9crit ici n'est pas de la th\u00e9orie sur ce qui doit se passer "au fond de notre \u00e2me", mais vient directement de son exp\u00e9rience. L'Esprit qui lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 n'entra\u00eene habituellement qu'une partie de lui-m\u00eame, son esprit. Le reste, ce qu'il appelle la chair, (il faudrait dire: la r\u00e9alit\u00e9 vivante, tout le fond de sa psychologie), continue d'\u00eatre ce qu'elle \u00e9tait. Peut-\u00eatre m\u00eame se d\u00e9foule-t-elle plus librement maintenant, parce que lui, l'esprit, n'est pas tout le temps occup\u00e9 \u00e0 la r\u00e9primer pour la soumettre \u00e0 la Loi comme il essayait de faire auparavant (7,15-25). C'est qu'elle ne peut pas se soumettre, elle ne peut que d\u00e9sirer repos et nourriture, r\u00eaver de sexe et de bien-\u00eatre.
Paul assiste donc comme de l'ext\u00e9rieur \u00e0 ces d\u00e9sirs de la chair, mais il est solidement install\u00e9 dans l'esprit. Cet esprit est maintenant sous l'influence de l'Esprit de Dieu et conna\u00eet la joie de se laisser emporter. Paul continue donc de voir et sentir en lui des contradictions (2Co 12,7), mais ce n'est plus l'\u00e9preuve de force o\u00f9 il se meurtrissait: il assiste \u00e0 une victoire de l'Esprit.
Paul n'oublie pas que d'autres sont moins avanc\u00e9s que lui et doivent encore conqu\u00e9rir p\u00e9niblement leur libert\u00e9. Il ne leur dit pas que la chair est mauvaise, mais qu'il faut faire mourir les oeuvres du corps (13): c'est ce que nous appelons la mortification.
Un esprit de fils (15). Le texte grec peut se traduire: "esprit d'adoption", mais aussi "esprit de fils ayant tous les droits" (un peu comme pour nous un fils majeur: Ga 4,5). Paul ne veut s\u00fbrement pas marquer la diff\u00e9rence que nous faisons souvent, disant: "Jesus est fils unique, et nous, des enfants adopt\u00e9s". En parlant ainsi, nous mettons une barri\u00e8re, si faible soit-elle, entre Dieu et nous, et l'Evangile n'en veut pas, \u00e0 partir du moment o\u00f9 nous avons reconnu le P\u00e8re.
L'Esprit redit \u00e0 notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (16). Paul dit plus pr\u00e9cis\u00e9ment: "rend t\u00e9moignage \u00e0 notre esprit": c'est-\u00e0-dire qu'il nous le donne comme une assurance. Celui qui vit dans l'Esprit vit dans la lumi\u00e8re, et il en a conscience. Tant que nous gardons l'enseignement du Christ et que nous participons \u00e0 la vie de l'Eglise, l'Esprit nous donne une connaissance et une joie int\u00e9rieure pour les choses de Dieu. Chaque jour l'Esprit nous guide et nous inspire la mani\u00e8re de plaire \u00e0 Dieu.

{N}8,{/}18: L'Esprit est beaucoup plus que le "consolateur" des croyants: il ram\u00e8ne \u00e0 Dieu toute la cr\u00e9ation. Le croyant va d\u00e9couvrir que la transformation commenc\u00e9e en lui affecte le monde entier.
La Gloire qui doit se manifester. Bien que la pr\u00e9sence en nous de l'Esprit reste tr\u00e8s discr\u00e8te, nous attendons la transformation de tout notre \u00eatre. Maintenant, tout en ayant la paix du Christ, la souffrance et les tentations nous emp\u00eachent de jouir de la Gloire et d'\u00eatre pleinement libres. Par la transformation de tout l'\u00eatre (c'est ce que signifie ici l'expression r\u00e9demption de notre corps ), nous parviendrons \u00e0 la glorieuse libert\u00e9 des enfants de Dieu.
Il est impossible de consid\u00e9rer l'homme s\u00e9par\u00e9ment de l'univers dont il fait partie. Est-ce que d'autres \u00eatres intelligents existent ailleurs dans l'univers? La Bible ne nous en parle pas: elle nous dit seulement que toute la cr\u00e9ation est guid\u00e9e par le m\u00eame myst\u00e8re de mort et de r\u00e9surrection qui marque notre destin et que le Fils de Dieu est venu prendre sur lui.
Celui qui lui a impos\u00e9 ce destin (20). Est-ce Dieu, ou l'homme? Ici cela ne change gu\u00e8re le sens. Paul nous montre que le p\u00e9ch\u00e9 a d\u00e9truit l'ordre de la nature: quelques textes de l'Ancien Testament montraient la nature solidaire du p\u00e9ch\u00e9 des hommes (Jer 14; Jon 3,7 et 4,11.) Il est certain que l'humanit\u00e9 s'est d\u00e9velopp\u00e9e dans l'agressivit\u00e9 et la violence: de l\u00e0 la domination des femmes par les hommes, et l'esprit masculin belliqueux. De l\u00e0 le d\u00e9veloppement d'une science toute de conqu\u00eate: le p\u00e9ch\u00e9 d'Adam n'\u00e9tait-il pas de vouloir prendre de force la connaissance et le bonheur?
La Bible observe que les progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 entra\u00eenent habituellement exploitation et servitude. Les d\u00e9couvertes scientifiques ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour d\u00e9truire des millions de vies, et les progr\u00e8s du monde lib\u00e9ral maintiennent dans la marginalit\u00e9 plus de mis\u00e9rables qu'il n'y a de gens \u00e0 l'aise.
La science moderne a montr\u00e9 justement que l'homme est le sommet o\u00f9 tendait tout le courant de la vie. Mais il ne fallait pas oublier qu'il est fr\u00e8re et solidaire de tout ce qui vit.
La Bible ne nous invite pas \u00e0 r\u00eaver d'une nature ramen\u00e9e \u00e0 l'\u00e9tat d'un paradis terrestre dont pourraient jouir quelques riches. Elle ne demande pas de regarder les animaux comme des personnes ayant des droits. L'amour vrai respecte l'ordre de la cr\u00e9ation: l'"amour des b\u00eates" sera toujours peu de chose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l'amour responsable qui sait accepter et communier avec des personnes libres ayant comme nous vocation d'enfants de Dieu.
La nature toute enti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 remise \u00e0 l'homme pour qu'il la ram\u00e8ne \u00e0 Dieu, pour qu'il l'utilise et qu'elle l'aide \u00e0 devenir lui-m\u00eame une offrande \u00e0 Dieu (Rm 12,1 et 15,7). C'est l\u00e0 le sens des sacrifices d'animaux dans l'Ancien Testament. La r\u00e9flexion naissante du monde actuel sur les responsabilit\u00e9s de l'homme envers la cr\u00e9ation nous ouvre les yeux sur un aspect du p\u00e9ch\u00e9, mais aussi elle nous oblige \u00e0 nous demander o\u00f9 va notre histoire.
La cr\u00e9ation g\u00e9mit et souffre comme pour un enfantement (22). Nous voyons dans le monde plus de contradictions et de tensions que de progr\u00e8s paisible. En effet, cette terre n'est pas la demeure permanente des enfants de Dieu, mais un perp\u00e9tuel devenir; le temps des luttes et de la foi obscure nous pr\u00e9pare pour ce que nous attendons de Dieu: notre statut de fils (23).
La nature ne peut que participer avec nous \u00e0 cet enfantement (22) dont la passion de J\u00e9sus est le signe. Et elle participera \u00e0 la libert\u00e9 et la gloire des enfants de Dieu: il est difficile de penser que des personnes ressuscit\u00e9es ne soient pas situ\u00e9es dans un monde spiritualis\u00e9 et transfigur\u00e9.

{N}8,{/}26: Comment prier, et pour quoi? Nous ne le savons pas. Souvent nous pensons que nous prions seulement quand nous disons quelque chose ou quand nous demandons quelque chose. Paul nous montre que les mots ne sont pas importants: la pri\u00e8re est dans le profond et ardent d\u00e9sir de l'Esprit de Dieu en nous.
L'Esprit le demande pour nous. Il est bon de pr\u00e9senter \u00e0 Dieu nos probl\u00e8mes et nos inqui\u00e9tudes avec les mots que l'Esprit nous inspire. C'est encore mieux quand l'Esprit nous invite \u00e0 une pri\u00e8re en silence o\u00f9 Dieu nous communique sa paix.

{N}8,{/}28: Dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes, Paul a d\u00e9crit l'action de Dieu en nous par l'Esprit. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, la providence du P\u00e8re couvre tous les \u00e9v\u00e9nements de notre vie. Rien n'arrive dans le monde, dans notre famille ou notre vie, simplement par hasard, ou parce qu'il \u00e9tait \u00e9crit que cela devait arriver.
Ceux que Dieu a connus d'avance... Paul souligne l'attention personnelle du P\u00e8re pour chacun de nous. Dieu nous conna\u00eet dans le Christ depuis le commencement du monde: enfants connus avant qu'ils ne soient n\u00e9s, mais aussi marqu\u00e9s pour une place unique dans la cr\u00e9ation!
Il les a appel\u00e9s (30). Quelle que soit la mani\u00e8re dont nous avons connu le Christ, toujours il s'agit d'une invitation personnelle de Dieu qui nous appelait \u00e0 la foi.
Il les a faits justes et droits (30). Dieu nous a remis en ordre, dans l'ordre qui lui pla\u00eet. Cela va bien au-del\u00e0 d'une remise en ordre sur le plan moral pour ceux qui n'allaient pas trop droit - et d'ailleurs une telle remise en ordre ne nous garantit pas que nous irons toujours droit -. Mais plus profond\u00e9ment quelque chose a \u00e9t\u00e9 fait en nous, quelque chose a \u00e9t\u00e9 sem\u00e9 dans le monde: durant notre vie, ou quelques si\u00e8cles plus tard, une nouvelle conscience appara\u00eetra dans l'humanit\u00e9 \u00e0 partir de ces innombrables remises en ordre dont nous \u00e9tions les porteurs.
Ceux que Dieu a destin\u00e9s (30). Le mot est fort. Certains en ont conclu que nous n'\u00e9tions pas vraiment libres: ceux que Dieu choisit ou rejette sont automatiquement sauv\u00e9s ou condamn\u00e9s.
Mais c'est mal comprendre. Paul ne dit pas que certains sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre sauv\u00e9s et d'autres \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9s: il montre le d\u00e9veloppement de l'action de Dieu depuis son appel dans l'\u00e9ternit\u00e9, jusqu'au jour o\u00f9 nous nous perdrons dans sa Gloire. On pourrait traduire: Apr\u00e8s nous avoir destin\u00e9s, il nous appelle; apr\u00e8s nous avoir appel\u00e9s, il nous fait justes...
Ici, Paul ne pense sans doute qu'aux Chr\u00e9tiens \u00e0 qui il s'adresse, mais Dieu ne s'est pas enferm\u00e9 dans l'Eglise. Tous, en tous lieux, peuvent remonter jusqu'\u00e0 lui gr\u00e2ce \u00e0 l'oeuvre de salut de son fils (ou Verbe, ou Parole): le Sauveur est sauveur du monde (Jn 4,42).
Voir aussi le commentaire de 9,l4.
Qui sera contre nous? (31) Paul pense au mal qui nous entoure et qui souvent nous entra\u00eene. Il pense au jour du jugement o\u00f9 "l'accusateur", l'esprit du mal, nous rappellera toutes les fautes que nous avons commises. Il pense aux remords qui troublent notre conscience. Rien de tout cela n'est plus fort que l'amour du Christ. Le croyant ne doit, ni craindre ses fautes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, ni douter de l'amour de Dieu.

{N}9,{/}1: Paul vient d'affirmer que Dieu met tout en oeuvre pour le bien de ceux qu'il a choisis. Il lui faut pourtant reconna\u00eetre une r\u00e9alit\u00e9 particuli\u00e8rement douloureuse pour lui qui est Juif: le peuple juif n'a pas reconnu son Sauveur. S'ils \u00e9taient la nation \u00e9lue, pourquoi est-ce que si peu ont \u00e9t\u00e9 "pr\u00e9destin\u00e9s"?
C'est la m\u00eame inqui\u00e9tude des familles catholiques quand leurs enfants ne vont pas \u00e0 l'\u00e9glise ou que les adolescents d\u00e9clarent avoir perdu la foi. C'est la question que beaucoup se posent dans nos pays de vieille chr\u00e9tient\u00e9: toute notre histoire doit-elle se terminer sur un \u00e9chec?
Mais c'est que la foi ne se transmet pas de p\u00e8re en fils comme un h\u00e9ritage. Il y a bien eu des temps et des syst\u00e8mes culturels o\u00f9 tout un peuple avait la m\u00eame religion et apparemment partageait la  m\u00eame foi. Le livre des Actes nous montre en plusieurs occasions comment la conversion du chef de famille entra\u00eene le bapt\u00eame de toute sa maison: Ac 11,14; 16,33. Cela n'emp\u00eache pas que la foi est et sera toujours une gr\u00e2ce de Dieu, et lorsque des personnes qui ont acquis leur pleine autonomie vivent dans un monde o\u00f9 toutes les croyances se c\u00f4toient, la foi ne peut plus \u00eatre un bien de famille.

{N}9,{/}14: Dans ce paragraphe Paul sent venir l'objection: Si Dieu appelle qui il veut, sommes-nous vraiment libres de croire (v.19)? Cela est et restera toujours un myst\u00e8re. Paul ne pr\u00e9tend pas l'expliquer, il se contente de r\u00e9affirmer que Dieu accorde \u00e0 qui il veut la gr\u00e2ce de venir au Christ (voir Jn 6,44). Mais l'exp\u00e9rience de sa propre conversion, o\u00f9 Dieu a pris de force sa libert\u00e9, comme il fait avec les grands proph\u00e8tes, l'am\u00e8ne \u00e0  utiliser des mots tr\u00e8s forts et qui semblent nier notre libert\u00e9, surtout le v.22 qu'on pourrait traduire plus durement que nous ne l'avons fait: "Si Dieu a support\u00e9 des vases dignes de ch\u00e2timent, pr\u00e9par\u00e9s pour \u00eatre d\u00e9truits".
A ce sujet on peut faire deux remarques:
Paul utilise des textes d'Ancien Testament o\u00f9 Dieu parle de sauver ou d\u00e9truire le peuple d'Isra\u00ebl (v. 27), d'aimer Isra\u00ebl en lui donnant une belle terre, et de donner une mauvaise terre au peuple d'Esa\u00fc ou Edom (v.13), d'endurcir le caract\u00e8re de Pharaon pour l'amener \u00e0 un d\u00e9sastre (v.17). Ce sont des probl\u00e8mes d'\u00e9chec ou de salut historique, et Paul se sert de ces textes pour \u00e9clairer un fait historique: le peuple juif dans son ensemble n'a pas reconnu le Christ. On ne peut pas en tirer trop vite des conclusions sur la responsabilit\u00e9 de ceux qui croient ou ne croient pas. Et on ne ferait qu'augmenter la confusion si on voulait appliquer le texte, comme l'ont fait certains, \u00e0 ceux qui iront au ciel et \u00e0 ceux qui seront condamn\u00e9s. Paul n'avait s\u00fbrement pas en t\u00eate cette question. Conna\u00eetre le Christ est une gr\u00e2ce que Dieu donne \u00e0 qui il veut, mais il en donne certainement d'autres pour que les hommes soient sauv\u00e9s m\u00eame sans la connaissance du Christ.
Deuxi\u00e8me remarque: Tous les orateurs, m\u00eame Paul, disent \u00e0 l'occasion des paroles un peu excessives qu'ils rectifieront par la suite en montrant d'autres aspects de la r\u00e9alit\u00e9. Sachons regarder d'autres paroles de l'Ecriture qui r\u00e9tablissent l'\u00e9quilibre. Si Dieu nous appelle \u00e0 des relations d'amour et de fid\u00e9lit\u00e9 avec lui (Os 2,21), c'est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous sommes libres et responsables (Si 15,14). Si Dieu destinait quelqu'un \u00e0 l'enfer, comment pourrait-il l'appeler et lui demander de vivre une vie sainte? Ce serait la plus cruelle des plaisanteries, et on voit mal J\u00e9sus se pr\u00eatant \u00e0 ce jeu.
{C}LA PR\u00c9DESTINATION{/}
Il ne faut pas confondre deux id\u00e9es tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la Pr\u00e9destination.
Lorsque Paul parle de pr\u00e9destination, il parle d'un plan d'amour de Dieu d\u00e8s le commencement. C'est alors que Dieu a d\u00e9cid\u00e9 de faire rejaillir sur nous les richesses de l'amour qu'il avait pour son Fils. Voir commentaire de Ep 1,5.
C'\u00e9tait tout diff\u00e9rent au seizi\u00e8me si\u00e8cle pour Luther, Calvin, et avec eux beaucoup de th\u00e9ologiens catholiques. Ils pensaient que Dieu avait cr\u00e9\u00e9 l'homme sans s'inqui\u00e9ter de son p\u00e9ch\u00e9 possible, et sans pr\u00e9voir la venue du Christ. Par suite de la  faute d'Adam, la Justice de Dieu ne pouvait que condamner \u00e0 l'enfer tous ses descendants. Mais alors la Mis\u00e9ricorde de Dieu \u00e9tait intervenue pour en sauver quelques uns en envoyant J\u00e9sus. Il s'agissait d'une pr\u00e9destination apr\u00e8s la faute d'Adam, \u00e0 laquelle personne ne pouvait \u00e9chapper, que ce soit pour le salut ou pour l'enfer.
Quand Paul parlait de pr\u00e9destination, il se tournait vers Dieu pour lui en rendre gr\u00e2ces. Eux, au contraire, se repliaient sur eux-m\u00eames, doutant de leur propre salut: Dieu ne les avait-il pas destin\u00e9s \u00e0 l'enfer? Et Luther essayait d'\u00e9chapper \u00e0 ses angoisses en opposant au Dieu terrible, le mis\u00e9ricordieux J\u00e9sus.
Ce n'est pas par hasard qu'\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, face \u00e0 une religion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et d\u00e9sesp\u00e9rante, le Seigneur J\u00e9sus s'est manifest\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour demander que l'on honore son Sacr\u00e9-Coeur, rappelant ainsi qu'en lui tout est amour pour nous. Le Dieu qui nous aime n'est pas seulement J\u00e9sus: le P\u00e8re qui nous a pr\u00e9destin\u00e9s est amour tout autant que son Fils.
Pr\u00e9cisons donc ce que signifie pour un chr\u00e9tien la pr\u00e9destination:
-_Pour Dieu qui est en dehors du temps, il n'existe ni avant ni apr\u00e8s. Il voit et d\u00e9termine en m\u00eame temps le commencement et la fin de chacun de nous. Aucune vie n'\u00e9choue par la n\u00e9gligence de Dieu (Rm 8,28), moins encore parce que son amour ne serait pas sinc\u00e8re (Jc 1,13). Personne ne peut emp\u00eacher que son plan de salut ne s'accomplisse: Rm 8,15.
-_L'unique raison pour laquelle Dieu nous a cr\u00e9\u00e9s \u00e9tait son d\u00e9sir de nous combler de tout son amour et de toutes ses richesses en faisant de nous ses enfants adoptifs: voir Ep 2,7; 1Co 2,9; 1Jn 3,21 et les commentaires de Ep 1.
-_Notre salut est un don de Dieu. Nul ne peut croire s'il n'y est pas appel\u00e9: Rm 11,5. Nul ne peut plaire \u00e0 Dieu si ce n'est par gr\u00e2ce de Dieu: Ph 2,13. Nul ne peut se vanter de ses m\u00e9rites ou exiger une r\u00e9compense de Dieu: Ep 2,9; Ph 3,9.
-_Dieu fait tout en nous pourvu que nous soyons ouverts \u00e0 son action. Ceux qui refusent d'\u00eatre r\u00e9ceptifs sont les seuls responsables de leur condamnation. L'Eglise parle donc de pr\u00e9destination pour exprimer cette oeuvre de salut, mais elle n'a jamais parl\u00e9 de pr\u00e9destination en ce qui concerne l'enfer. Comparer Mt 25,34: le royaume pr\u00e9par\u00e9 "pour vous" et 25,4l: le feu "pr\u00e9par\u00e9 pour le diable".
Un reste sera sauv\u00e9. Au lieu de se plaindre, les Juifs qui ont cru au Christ devraient remercier Dieu de les avoir appel\u00e9s. Dieu sauve le monde en se servant de minorit\u00e9s, et m\u00eame au sein de l'Eglise, peu nombreux sont ceux qui prennent l'Evangile au s\u00e9rieux: parce que cela aussi est une gr\u00e2ce de Dieu.
Paul explique maintenant la raison pour laquelle les Juifs n'ont pas atteint le but de la Loi (31): parce qu'ils voulaient faire reconna\u00eetre par Dieu leurs propres m\u00e9rites. Et en cela, certains chr\u00e9tiens leur ressemblent: ils se sentent s\u00fbrs de leurs actions et satisfaits de leur vie. Cette pr\u00e9somption les emp\u00eache de se reconna\u00eetre p\u00e9cheurs.
Ils veulent \u00e9tablir leur propre perfection (10,3). De m\u00eame, beaucoup de chr\u00e9tiens voudraient s'approcher de Dieu les mains pleines, alors que le Christ les invite simplement \u00e0 recevoir. Ainsi nous venons recevoir les sacrements, non pas parce que nous en sommes dignes, mais les mains ouvertes comme des mendiants.
La pierre qui fait chuter: Voir Is 8,14 et 28,16.

{N}10,{/}1: Paul continue de d\u00e9velopper le m\u00eame th\u00e8me de l'incr\u00e9dulit\u00e9 d'Isra\u00ebl en se servant de la m\u00e9thode de discussion des Juifs de son temps. On notera comment il distingue dans la Bible diverses lignes de pens\u00e9e. C'est bien vrai qu'une grande partie des textes de l'Ancien Testament semblent ne conna\u00eetre que la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 mettre en pratique les commandements, mais d'autres textes mettaient d\u00e9j\u00e0 en valeur la gratuit\u00e9 du don de Dieu. Il nous montre une fois de plus qu'il n'y a pas "une" religion de la Bible et qu'il ne suffit pas de prendre au pied de la lettre tout ce qu'on y lit (ce qu'on appelle "fondamentalisme"). La Bible nous donne une suite de t\u00e9moignages o\u00f9 nous reconnaissons un chemin, et une p\u00e9dagogie de Dieu. Au long des si\u00e8cles et dans des cultures diff\u00e9rentes, juive puis grecque, il achemine son peuple vers la pleine v\u00e9rit\u00e9.

{N}11,{/}11: Nous nous sommes peut-\u00eatre habitu\u00e9s \u00e0 une vue "progressiste" de l'histoire, un peu comme si tout devait se d\u00e9velopper, ou rayonner \u00e0 partir de ce qui existe. Pourtant J\u00e9sus avait montr\u00e9 que les temps se suivent et ne se ressemblent pas. Si progr\u00e8s il y a, et dans un sens c'est \u00e9vident, il se fait \u00e0 travers des bouleversements et des renversements de perspectives. M\u00eame dans l'Eglise il y a eu bien des tournants au cours de ce si\u00e8cle. Il nous faut s\u00fbrement abandonner l'id\u00e9e d'une Eglise qui, \u00e0 partir de la chr\u00e9tient\u00e9 occidentale, s'\u00e9tendrait peu \u00e0 peu au reste du monde gr\u00e2ce aux missions: Paul invite ses lecteurs \u00e0 penser que le courant de la gr\u00e2ce peut d\u00e9serter des zones qu'il avait rendues riches pour porter des fruits sur d'autres terres. Mais il affirme qu'il n'y a pas l\u00e0 un caprice de Dieu: il s'agit pour lui de faire m\u00fbrir l'humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, et lui seul en sait les chemins. Notons pourtant comment il d\u00e9fend le r\u00f4le privil\u00e9gi\u00e9 du peuple juif: on pourrait en dire autant de nos vieux bastions chr\u00e9tiens: leur r\u00f4le, beaucoup plus effac\u00e9, reste s\u00fbrement d\u00e9cisif dans toute la mesure o\u00f9 la foi y est v\u00e9cue dans la fid\u00e9lit\u00e9.

{N}11,{/}25: Le destin du peuple juif nous int\u00e9resse au plus haut point \u00e9tant donn\u00e9 que leur anc\u00eatres sont aussi les n\u00f4tres. Les premiers chr\u00e9tiens n'ont jamais pens\u00e9 qu'ils se s\u00e9paraient de ce peuple (Act 13,26-32; 26,22): au contraire ils \u00e9taient ceux qui avaient accueilli le Sauveur attendu par toute leur race. Avec eux avait commenc\u00e9 un peuple nouveau (Ps 22,32), non pas un autre en r\u00e9alit\u00e9, car ils \u00e9taient le "petit reste d'Isra\u00ebl".
Notre foi s'enracine dans des \u00e9v\u00e9nements de l'histoire, aussi bien dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau, et c'est pourquoi les \u00e9vangiles ont mis en \u00e9vidence la catastrophe nationale et la destruction de J\u00e9rusalem en l'an 70, comme J\u00e9sus l'avait annonc\u00e9. Luc consid\u00e8re que cette trag\u00e9die du Sauveur rejet\u00e9 marquera le destin du peuple juif jusqu'\u00e0 la fin du temps des nations, c'est \u00e0 dire jusqu'\u00e0 la fin de l'histoire (Lc 21,24). L'Evangile ne dit pas plus.
Mais ici Paul nous demande de ne pas confondre deux choses. D'une part Dieu appelle qui il veut \u00e0 conna\u00eetre le Christ et \u00e0 croire en lui, o\u00f9 que ce soit dans le monde, et c'est \u00e0 ceux-l\u00e0 qu'il confie les plus grandes et les plus secr\u00e8tes de ses oeuvres. Il peut durant un temps multiplier ses appels dans un peuple donn\u00e9, comme il a fait durant dix si\u00e8cles en terre de chr\u00e9tient\u00e9, et ensuite le laisser hors du grand courant des conversions. Et en ce sens la masse du peuple juif a manqu\u00e9 la conversion \u00e0 l'Evangile. Mais cela ne peut annuler les promesses de Dieu au peuple juif: il en a fait un peuple \u00e0 part, charg\u00e9 d'une mission unique qu'il continue de remplir pour le salut du monde.
C'est une invitation \u00e0 repenser notre propre exp\u00e9rience de l'Eglise. M\u00eame si les chr\u00e9tiens conscients de leur appel par Dieu et de leur vocation \u00e9vang\u00e9lique ne sont pas tr\u00e8s nombreux, l'Eglise comme peuple chr\u00e9tien continue de remplir sa mission: elle est n\u00e9cessaire au salut du monde et "les forces de mort ne l'emporteront pas sur elle".

{N}12,{/}1: Paul commence ici la seconde partie de sa lettre: comme dans les autres lettres, elle veut \u00eatre plus pratique que la premi\u00e8re.
Offrez \u00e0 Dieu votre propre personne. Ce n'est pas seulement le dimanche qui appartient \u00e0 Dieu,  m\u00eame si l'eucharistie hebdomadaire est essentielle \u00e0 la vie chr\u00e9tienne. Et ce ne sont pas seulement des devoirs pr\u00e9cis qu'il nous faut accomplir: Dieu veut tout ce qui jaillit de notre personne.
Ne vous laissez pas fa\u00e7onner par ce monde. Nous sommes envahis par les propagandes, les modes, les chansons, sans compter le poids de toutes nos ch\u00e8res vieilles habitudes. C'est tout cela le monde, qui nous enserre dans ses logiques et ses pr\u00e9tendues n\u00e9cessit\u00e9s. Et nous qui devions \u00eatre libres pour que le coeur ne soit qu'\u00e0 Dieu! Toujours on s'habitue \u00e0 ce que tout le monde fait, et plus encore au doux esclavage de l'argent. Sans \u00eatre agressif ni pessimiste, le chr\u00e9tien ne pourra que contester ce monde.
Le renouveau int\u00e9rieur doit vous transformer (2). Avant d'adopter une r\u00e8gle de vie, il faut en avoir l'esprit: on n'imite pas d'abord saint Fran\u00e7ois en prenant un froc: il faut avoir \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par l'amour du Christ pauvre. Le renouveau chr\u00e9tien s'op\u00e8re \u00e0 partir de crit\u00e8res nouveaux, d'une vision nouvelle de l'existence, du monde moderne et de notre libert\u00e9. Le bapt\u00eame, qui nous fait cr\u00e9atures nouvelles, inaugure un renouvellement de notre esprit \u00e9clair\u00e9 par Dieu. Voir Ep 4,3.
Vous pourrez reconna\u00eetre ce que Dieu veut. (2). La pratique des meilleures r\u00e8gles ne suffit pas: nous devons constamment faire effort pour d\u00e9couvrir, m\u00e9diter et comprendre la volont\u00e9 de Dieu dans tous les \u00e9v\u00e9nements de notre vie.
Prenez l'exemple de notre corps. Voir 1Co ch. 12. Nous formons tous un seul corps et nous ne pouvons pas nous soustraire \u00e0 nos responsabilit\u00e9s. L\u00e0 o\u00f9 les chr\u00e9tiens sont tr\u00e8s minoritaires, ils comptent habituellement beaucoup sur la communaut\u00e9 et elle prend beaucoup de leur temps: Paul a donc en vue cette vie d'Eglise. Il souligne que chacun a sa fonction sp\u00e9cifique dans l'Eglise: nous sommes tr\u00e8s loin de la pratique religieuse o\u00f9 la messe a surtout des "auditeurs".

{N}12,{/}4: La mani\u00e8re dont Paul parle de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne nous laisse entendre que l'Eglise d'alors n'\u00e9tait pas organis\u00e9e comme elle l'est maintenant. Dans l'Eglise primitive, tout ne d\u00e9pendait pas de pr\u00eatres form\u00e9s \u00e0 part et envoy\u00e9s de l'ext\u00e9rieur aux communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Comme nous l'avons dit \u00e0 propos de Actes 12,24, la communaut\u00e9 nommait un conseil d'anciens ou presbytres (d'o\u00f9 vient: pr\u00eatres), approuv\u00e9s par les ap\u00f4tres. Parmi eux, les proph\u00e8tes \u00e9taient particuli\u00e8rement respect\u00e9s. Les Anciens qui gouvernaient l'Eglise pr\u00e9sidaient l'eucharistie.
La communaut\u00e9 savait pouvoir compter sur les dons de chacun de ses membres, et les minist\u00e8res ou services qu'ils assuraient dans l'Eglise \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des dons de Dieu. Voir Ep 4,11 et les commentaires de 1Tm 4,14.
Au cours de l'histoire, l'Eglise a d\u00fb constamment renouveler ses structures, et s'adapter aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s sociales comme au d\u00e9veloppement culturel.
Si tu es au service de l'entraide. Paul passe du bon exercice des minist\u00e8res au minist\u00e8re de l'amour du prochain.

{N}12,{/}9: Le passage 9-l3 pr\u00e9sente un programme de vie chr\u00e9tienne. Paul insiste sur des attitudes et des dispositions int\u00e9rieures plut\u00f4t que de recommander des actions pr\u00e9cises.
Ne rendez \u00e0 personne mal pour mal (17): l'exigence du pardon si souvent formul\u00e9e par J\u00e9sus. Une fausse sagesse nous conseille de rendre le mal pour le mal, mesquinerie pour mesquinerie... C'est une fausse sagesse aussi (16) que d'essayer de nous faire valoir en adoptant les coutumes d'une classe plus riche, ou de r\u00eaver d'une vie sans probl\u00e8mes mat\u00e9riels, ou d'avoir plus d'estime pour ceux qui pr\u00e9sentent bien.

{N}13,{/}1: Dans le monde o\u00f9 vivait Paul, beaucoup cherchaient dans la religion une \u00e9vasion de leurs t\u00e2ches familiales et de leurs devoirs sociaux (voir 2Th 3,6-12). Paul insiste sur l'aspect "mystique" de la vie chr\u00e9tienne, mais il ne veut absolument pas d'une telle \u00e9vasion, si contraire \u00e0 toute sa formation biblique. Il va donc insister sur l'ob\u00e9issance civique, dans le contexte d'une soci\u00e9t\u00e9 qui \u00e9tait fort loin de nos actuelles d\u00e9mocraties.
Ce texte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9figur\u00e9 dans le pass\u00e9 par les r\u00e9gimes autoritaires qui, ayant impos\u00e9 leur loi par la violence, voulaient ensuite \u00eatre ob\u00e9is comme s'ils \u00e9taient les serviteurs oblig\u00e9s de Dieu et du bien public. Il est encore d\u00e9figur\u00e9 aujourd'hui en bien des pays, colonies inavou\u00e9es de grands pays imp\u00e9rialistes; des services omnipotents se chargent d'y envoyer des pr\u00e9dicateurs qui inviteront les chr\u00e9tiens \u00e0 se taire devant l'injustice et le pillage \u00e9conomique, prenant argument de ce paragraphe. Il est bien vrai qu'en un sens ceux qui ont une charge sont des agents de Dieu et tiennent de lui leur autorit\u00e9. Mais n'est-il pas dit aussi dans la Bible que le diable donne le pouvoir \u00e0 ceux qui le servent (Lc 4,5-7; Ap 13,6-9; Jn 12,31 et 14,30)?
Paul et ses lecteurs vivaient dans un monde o\u00f9 presque personne ne mettait en doute la l\u00e9gitimit\u00e9 de l'autorit\u00e9 romaine. Et comme il n'existe, ni bien commun, ni paix, sans autorit\u00e9 et ob\u00e9issance, Paul d\u00e9clare que l'ob\u00e9issance aux autorit\u00e9s \u00e9tablies vient de Dieu. Quand il parle de ceux qui r\u00e9sistent \u00e0 l'autorit\u00e9, il pense \u00e0 ceux qui veulent imposer leurs int\u00e9r\u00eats ou l'int\u00e9r\u00eat du groupe. Ce qu'il  refuse, c'est une attitude asociale, un point que rappelleront_1P 2,13 et Tt 3,1 lorsque les chr\u00e9tiens commenceront d'\u00e9veiller la m\u00e9fiance des autorit\u00e9s.
Personne ne peut utiliser ces paroles pour condamner ceux qui r\u00e9sistent par motif de conscience. De toute fa\u00e7on, le chr\u00e9tien ne soumet sa conscience qu'au Christ. Quand les autorit\u00e9s exigent quelque chose qui va contre la v\u00e9rit\u00e9 et la justice, les chr\u00e9tiens r\u00e9sistent comme leur conscience le leur sugg\u00e8re, pr\u00eats \u00e0 endurer la r\u00e9pression pr\u00e9vue par les lois humaines et m\u00eame pr\u00eats \u00e0 donner leur vie. La plupart des martyrs que l'Eglise honore aujourd'hui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 leur \u00e9poque comme subversifs et ennemis de l'ordre social.
Ce sont des agents de Dieu qui t'aident \u00e0 faire le bien (4). Nous devons donc nous demander si les lois et les autorit\u00e9s nous m\u00e8nent au bien, ou favorisent des minorit\u00e9s: souvenons-nous de Is 5,8; 7; 10,1-3; Am 5,7-12. Le croyant ne reconna\u00eet qu'un seul Seigneur: il n'acceptera pas que certains magnats deviennent de vrais "Seigneurs", capables d'\u00e9liminer ceux qui s'opposent \u00e0 leur pouvoir absolu.
J\u00e9sus a refus\u00e9 de participer \u00e0 la politique (Mc 12,13), mais il n'a pas parl\u00e9 contre ceux qui font de la politique. Il a \u00e9t\u00e9 suffisamment libre pour d\u00e9noncer l'autorit\u00e9 et pour ne pas suivre les lois les plus sacr\u00e9es quand elles devenaient oppressives.
Au cours du si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9, l'Eglise nous a souvent rappel\u00e9 qu'aucune autorit\u00e9 ne peut priver un homme de ses droits, et que tous doivent travailler \u00e0 l'\u00e9lection de ceux qui serviront le bien de tous (Gaudium et Spes 93-98).

{N}13,{/}11: Comprenez-le, c'est le temps de nous r\u00e9veiller. Paul vient de rappeler les devoirs du chr\u00e9tien en ce monde, aussit\u00f4t il repart dans la direction oppos\u00e9e: il ne s'agit surtout pas de s'installer dans ce monde, un chr\u00e9tien est toujours en attente de la venue du Christ.
Pendant les trente premi\u00e8res ann\u00e9es de l'Eglise, tous s'attendaient \u00e0 un retour imminent de J\u00e9sus. Ensuite, quand il devint clair que l'histoire se prolongeait, l'attente pour chacun s'orienta vers son dernier jour: alors il rencontrerait le Christ. Nous savons pourtant que l'histoire est en marche et que, non seulement nous devons \u00eatre pr\u00eats pour notre derni\u00e8re heure, mais nous devons aussi travailler \u00e0 l'\u00e9vang\u00e9lisation du monde. Directement ou indirectement, l'Evangile est la force qui conduit l'histoire \u00e0 sa maturit\u00e9: en vivant d'une mani\u00e8re sainte et responsable, nous h\u00e2tons la venue du Royaume de Dieu.

{N}14,{/}1: Les auditeurs de Paul \u00e9taient-ils vraiment diff\u00e9rents de nous? Apr\u00e8s avoir entendu rappeler tant de grandes v\u00e9rit\u00e9s, seraient-ils capables de raboter les asp\u00e9rit\u00e9s qui rendaient si pesante la vie de la communaut\u00e9?
Soyez compr\u00e9hensifs avec celui qui n'a pas une foi solide. Les chr\u00e9tiens de Rome se recrutaient surtout parmi les \u00e9trangers. Juifs ou "Grecs", ils venaient de diff\u00e9rentes cultures et religions et n'avaient pas rejet\u00e9 en bloc leurs anciennes coutumes. Si les Juifs voulaient des viandes sp\u00e9ciales, les v\u00e9g\u00e9tariens venaient compliquer le probl\u00e8me. Si les Juifs avaient leur sabbat, d'autres avaient leurs jours "fastes" et ceux de mauvais pr\u00e9sage. Le premier jour, on \u00e9tait courtois les uns avec les autres; ensuite, l'orgueil aidant, on ne manquait pas de provoquer son prochain "par esprit de foi".
Paul nous rappelle ce que J\u00e9sus avait enseign\u00e9 (Mc 7,l9): il n'y a pas d'aliments ou de boissons interdits. Mais il repousse les discussions sur le sujet. Pourquoi critiquer ton fr\u00e8re? Celui qui a surmont\u00e9 les pr\u00e9jug\u00e9s doit respecter la conscience d'autrui. Chacun sacrifiera son propre go\u00fbt lorsque c'est n\u00e9cessaire pour le bien commun. Les m\u00eames difficult\u00e9s se pr\u00e9sentent aujourd'hui quand des chr\u00e9tiens diff\u00e9rents de culture et de race doivent vivre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te (ailleurs, c'est la diversit\u00e9 politique qui remplacera les "l\u00e9gumes" dont parle le texte, comme facteur de division): c'est l'occasion de se montrer respectueux les uns des autres.
Tout ce qu'on fait contre sa conviction est p\u00e9ch\u00e9 (23). Affirmation capitale sur la libert\u00e9 de la conscience. Peut-\u00eatre l'a-t-on souvent oubli\u00e9; mais saint Thomas d'Aquin lui-m\u00eame le rappelle: aucune loi ou autorit\u00e9 religieuse ne doit \u00eatre suivie contre notre conscience. La contrepartie, c'est que nous devons former notre conscience, laquelle risque toujours de glisser dans l'erreur. Nous devons former nos crit\u00e8res par la lecture, les \u00e9changes, la m\u00e9ditation biblique, en profitant de la lumi\u00e8re que l'Eglise nous donne de diverses mani\u00e8res.

{N}15,{/}14: Ici, nous constatons la d\u00e9licatesse de Paul. Il a l'autorit\u00e9 d'un ap\u00f4tre du Christ et il est capable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de l'Eglise de Rome. Mais, tout en ayant quelque chose \u00e0 leur enseigner, il prend grand soin de ne pas provoquer de divisions ou de rivalit\u00e9s: il montre son respect envers les fondateurs et les dirigeants de la communaut\u00e9 romaine.
Charg\u00e9 d'affaires du Christ, pr\u00eatre de l'Evangile de Dieu. (16). Ne pensons pas que Paul se consid\u00e8re comme pr\u00eatre au sens o\u00f9 nous parlons des pr\u00eatres de l'Eglise. Les premiers chr\u00e9tiens n'employaient pas le terme "pr\u00eatre" pour d\u00e9signer leurs ministres, car pour eux cela n'avait rien \u00e0 voir avec les pr\u00eatres juifs ou pa\u00efens, interm\u00e9diaires n\u00e9cessaires entre Dieu et les gens ordinaires. J\u00e9sus \u00e9tait le pr\u00eatre et l'interm\u00e9diaire (voir la lettre aux H\u00e9breux), et les baptis\u00e9s, \u00e9tant tous consacr\u00e9s \u00e0 Dieu, n'avaient pas besoin d'autres interm\u00e9diaires.
Mais ici, Paul se compare \u00e0 ces pr\u00eatres qui pr\u00e9sentent \u00e0 Dieu des victimes: son offrande \u00e0 lui, ce sont les pa\u00efens qu'il r\u00e9concilie avec Dieu. Tel est le culte nouveau et spirituel (12,1) que les ap\u00f4tres offrent \u00e0 Dieu.
Aujourd'hui encore existe le danger d'accorder trop d'importance aux c\u00e9l\u00e9brations liturgiques et d'oublier la t\u00e2che difficile - et souvent calomni\u00e9e - de r\u00e9concilier des hommes lib\u00e9r\u00e9s et conscients de leur dignit\u00e9. Ceux qui se consacrent \u00e0 cette \u00e9vang\u00e9lisation donnent son plein sens \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de l'eucharistie.

{N}15,{/}22: Le voyage en Espagne voulait dire aller plus loin que Rome, centre du monde que l'on connaissait \u00e0 l'\u00e9poque. Cela nous donne une id\u00e9e du z\u00e8le de Paul pour cr\u00e9er de nouvelles communaut\u00e9s partout dans le monde, sans attendre que celles qu'il venait d'\u00e9tablir soient parfaites. Aujourd'hui la mission n'est pas au-del\u00e0 de Rome ou des mers: toute communaut\u00e9 chr\u00e9tienne doit rapidement chercher au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du milieu "bien" o\u00f9 l'on se sent chez soi. Alors peut-\u00eatre on d\u00e9couvrira ces millions d'autres qui vivent tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et sont pourtant tr\u00e8s loin.
C'est l'aide aux saints qui me fait aller \u00e0 J\u00e9rusalem. Les initiatives de la communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem pour mettre les biens en commun (Actes 2,4) avaient termin\u00e9 sur un \u00e9chec. Paul alors organise une collecte dans toutes les communaut\u00e9s grecques pour les aider. Il esp\u00e8re que cette assistance fraternelle renforcera les liens entre les chr\u00e9tiens d'origine grecque et ceux d'origine juive.
Dans l'Eglise, il est souvent difficile d'\u00e9viter les tensions entre les groupes de cultures ou de classes diff\u00e9rentes. Il est m\u00eame souvent difficile de dialoguer. C'est alors que l'entraide, oeuvre de l'amour, peut mettre les coeurs d'accord quand les esprits ne peuvent pas se comprendre.

{N}16,{/}17: Prenez garde \u00e0 ceux qui cr\u00e9ent des divisions. Il n'y a gu\u00e8re de lettre de Paul qui ne mette en garde contre les fauteurs de division et contre ceux qui proclament un autre Evangile. La doctrine de l'Eglise est la doctrine des ap\u00f4tres, t\u00e9moins de J\u00e9sus. Il y a une hi\u00e9rarchie, un ordre l\u00e9gitimement \u00e9tabli, et Paul exige l'ob\u00e9issance pour tout ce qui concerne la foi.
La derni\u00e8re phrase est une pri\u00e8re d'action de gr\u00e2ces. Elle ressemble \u00e0 une autre pri\u00e8re plus d\u00e9velopp\u00e9e qui commence la lettre aux Eph\u00e9siens.

