{N}1,{/}1: Tout au long du livre des Actes, les ap\u00f4tres affirment qu'ils sont "t\u00e9moins de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus" (2,32; 3,15; 5,32; 10,41; 13,31...) Ce t\u00e9moignage ne s'appuie pas sur de vagues sentiments ou des visions douteuses, mais sur les "preuves" que J\u00e9sus a donn\u00e9es \u00e0 ses ap\u00f4tres apr\u00e8s sa r\u00e9surrection et dont les \u00e9vangiles se font l'\u00e9cho.
La mention des 40 jours est importante. Inspir\u00e9 par les 40 semaines que l'enfant passe dans le sein maternel, le chiffre symbolique de 40 indique tout \u00e0 la fois le temps de l'\u00e9preuve et de la maturation; il est le temps de l'attente d'une naissance nouvelle. Durant 40 jours J\u00e9sus, au d\u00e9sert, s'est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 sa mission de Sauveur, durant 40 jours les ap\u00f4tres se pr\u00e9pareront \u00e0 l'effusion de l'Esprit et \u00e0 leur mission de t\u00e9moins.
C'est \u00e0 J\u00e9rusalem que les ap\u00f4tres vont recevoir le bapt\u00eame dans l'Esprit qui fera d'eux des cr\u00e9atures nouvelles. L'Esprit qui planait sur les eaux (Gn 1,2) au premier jours de la cr\u00e9ation, va venir sur eux et inaugurera les temps nouveaux. L'Eglise dont ils seront les "colonnes" sera d'abord et avant tout l'oeuvre de l'Esprit Saint. C'est dans l'Esprit que les ap\u00f4tres puiseront la force d'\u00eatre au milieu du monde, t\u00e9moins du ressuscit\u00e9.
Vous serez mes t\u00e9moins \u00e0 J\u00e9rusalem, en Jud\u00e9e, en Samarie, et jusqu'au bout du monde (8). Luc donne ici le plan g\u00e9ographique du livre des Actes (voir introduction aux Actes des ap\u00f4tres). Mais en m\u00eame temps, il nous montre comment toute la dynamique de l'Ancien Testament se retourne avec la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus. Depuis les premi\u00e8res pages de la Gen\u00e8se, nous savons que le ciel et la terre sont \u00e0 Dieu: il en est le Cr\u00e9ateur et tout lui appartient. Mais avec l'appel d'Abraham et la marche de Mo\u00efse, nous d\u00e9couvrons que dans cet univers, une terre est particuli\u00e8rement b\u00e9nie de Dieu, c'est la terre de la promesse; lorsque David s'empare de J\u00e9rusalem, cette ville devient Cit\u00e9 de David mais \u00e9galement Cit\u00e9 de Dieu. D\u00e8s lors le psaume peut le dire: "Dieu pr\u00e9f\u00e8re J\u00e9rusalem \u00e0 toutes les autres villes de Jacob" (Ps 87,2), et dans cette ville sainte, c'est sur la "montagne du Temple" que Dieu a sa demeure (1R 8,29). Ainsi, peu \u00e0 peu, au fur et \u00e0 mesure que Dieu marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son peuple, \u00e9clairant la route de sa parole, le regard se concentre sur J\u00e9rusalem et sur le Temple. Mais lorsque les hommes auront d\u00e9truit le Temple v\u00e9ritable (Jn 2,19), l'humanit\u00e9 du Fils en le clouant \u00e0 la croix, Dieu fera jaillir la vie de la mort, et d\u00e8s lors une dynamique nouvelle \u00e9clatera repartant de J\u00e9rusalem vers les autres contr\u00e9es de la Terre Promise (Jud\u00e9e et Samarie), et de la Terre Promise jusqu'aux extr\u00e9mit\u00e9s de la terre.
Chacun des \u00e9vangiles, \u00e0 sa mani\u00e8re, s'ach\u00e8ve sur un envoi en mission des disciples. De m\u00eame, d\u00e8s la premi\u00e8re page des Actes, J\u00e9sus rappelle \u00e0 son Eglise les exigences de la mission: lorsque l'Eglise, lorsqu'une communaut\u00e9 d'\u00e9glise cesse d'\u00eatre missionnaire, elle n'est plus l'Eglise de J\u00e9sus.
Il fut enlev\u00e9 sous leurs yeux (9). J\u00e9sus a multipli\u00e9 les "preuves" de sa r\u00e9surrection aupr\u00e8s de ceux qui auront pour vocation d'en \u00eatre les t\u00e9moins (1,3), mais il lui faut maintenant montrer \u00e0 ses disciples le but final de la r\u00e9surrection. En s'\u00e9levant vers le ciel dans cette derni\u00e8re apparition, J\u00e9sus leur r\u00e9v\u00e8le le sens de sa propre histoire: venu du P\u00e8re, il retourne vers le P\u00e8re, mais il n'y retourne pas seul, il entra\u00eene avec lui tout "un peuple de captifs" (Eph 4,8) qu'il arrache \u00e0 la puissance des t\u00e9n\u00e8bres pour les faire entrer dans son royaume de lumi\u00e8re (Col 1,13), il s'en va nous pr\u00e9parer une place afin que l\u00e0 o\u00f9 il est, nous y soyons nous aussi (Jn 14,2-3).
Pour le moment, les disciples sont encore dans le monde, au milieu duquel ils doivent t\u00e9moigner de la r\u00e9alit\u00e9 nouvelle du royaume de Dieu inaugur\u00e9 par J\u00e9sus: un royaume qui n'est pas comme ceux de la terre \u00e9tablis sur le pouvoir et sur l'argent (Lc 22,25-26), mais un royaume d'amour, de justice et de paix. Ce royaume n'est pas \u00e0 chercher dans les nuages, il est d\u00e9j\u00e0 au milieu de nous (Lc 17,20-21) et il grandit chaque fois que nous nous laissons guider par l'Esprit de Dieu.

{N}1,{/}12: Voici la premi\u00e8re communaut\u00e9 en pri\u00e8re, un groupe de cent vingt personnes (v.15) dans lequel les ap\u00f4tres ont une place \u00e0 part. Les femmes mentionn\u00e9es ici sont en premier lieu celles qui \u00e9taient venues \u00e0 J\u00e9rusalem avec J\u00e9sus (Lc 23,55). Comme Jean l'a fait en nous rapportant la parole de J\u00e9sus \u00e0 sa m\u00e8re pr\u00e9sente au pied de la croix (Jn 19,26), Luc nous r\u00e9v\u00e8le ici la maternit\u00e9 spirituelle de Marie: elle est l\u00e0, partageant l'attente des ap\u00f4tres. S\u00fbrement Marie a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif pendant ces jours o\u00f9 ils essayaient de repenser tout ce qu'ils avaient vu et appris de J\u00e9sus: elle seule pouvait parler de l'Annonciation et de la vie priv\u00e9e de J\u00e9sus, les aidant ainsi \u00e0 entrer dans le myst\u00e8re de sa personnalit\u00e9 divine. Mais de cela Luc ne dit rien: Marie maintenant s'efface. A la diff\u00e9rence des fr\u00e8res de J\u00e9sus qui aspireront au pouvoir dans l'Eglise, elle n'est plus qu'une pr\u00e9sence priante. D\u00e8s ce premier moment, l'Eglise a sa hi\u00e9rarchie, mais tous ceux qui vont recevoir l'Esprit sont membres \u00e0 part enti\u00e8re de cette communaut\u00e9 ou "communion".

{N}1,{/}15: Pierre agit ici en responsable de l'Eglise primitive. La mort de Judas a creus\u00e9 un vide dans le "coll\u00e8ge des ap\u00f4tres" dont le chiffre douze rappelle \u00e0 l'\u00e9vidence les douze fils de Jacob. De m\u00eame que l'ancien Isra\u00ebl n'a jamais pris son parti des divisions et des schismes qui l'ont priv\u00e9 d'une ou de plusieurs tribus, de m\u00eame Pierre ne peut prendre son parti de ce que le groupe des Douze soit amput\u00e9 de l'un de ses membres.
Et Pierre va faire appel au choix de Dieu. Cette d\u00e9signation par le sort nous surprend aujourd'hui, ne serait-ce pas une d\u00e9mission? N'oublions pas que l'\u00e9pisode se d\u00e9roule dans une communaut\u00e9 de culture religieuse o\u00f9 l'on accepte sans difficult\u00e9 les signes de Dieu. On a pos\u00e9 des conditions pour les candidatures et l'on en a retenu deux. Mais maintenant qui choisir? On prie Dieu de faire conna\u00eetre sa d\u00e9cision et l'on s'y tiendra. Cette forme d'\u00e9lection, dans la pri\u00e8re et l'abandon \u00e0 Dieu pour choisir entre deux hommes qui remplissent les conditions voulues, n'est-elle pas finalement aussi bonne que bien des votes au cours de l'histoire, o\u00f9 les calculs mesquins et int\u00e9ress\u00e9s l'ont emport\u00e9 sur les v\u00e9ritables enjeux de l'Eglise.
Remarquons encore dans ce passage les conditions mises par Pierre: avoir suivi le Seigneur J\u00e9sus depuis le bapt\u00eame de Jean jusqu'au jour o\u00f9 il nous fut enlev\u00e9. La pr\u00e9dication de Jean et l'Ascension seront le point de d\u00e9part et le terme de la pr\u00e9dication \u00e9vang\u00e9lique (Ac 13,14-31). A ce titre Marc repr\u00e9sente l'\u00e9vangile type.
Il n'est pas sans int\u00e9r\u00eat non plus de constater que comme souvent dans l'Ancien Testament (Jacob, David,...) Dieu choisit ici le second, et peut-\u00eatre le plus modeste: on \u00e9tale la "carte de visite du premier: Joseph, appel\u00e9 Barsabbas, surnomm\u00e9 le Juste (23) pour nous dire que c'est Matthias, sans autre nom ni surnom, qui est \u00e9lu par Dieu.

{N}2,{/}1: Neuf jours se sont \u00e9coul\u00e9s entre l'Ascension et la Pentec\u00f4te, neuf jours durant lesquels l'Eglise primitive \u00e9tait en pri\u00e8res; c'est de l\u00e0 que vient la pratique de la neuvaine. La neuvaine la plus importante est celle qui nous pr\u00e9pare \u00e0 la f\u00eate de la Pentec\u00f4te et durant laquelle nous supplions Dieu de nous donner son Esprit.
La Pentec\u00f4te \u00e9tait pour les Juifs l'une des plus grandes f\u00eates de l'ann\u00e9e. Elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'origine une f\u00eate agricole, mais dans les derniers si\u00e8cles de l'Ancien Testament on avait pris l'habitude d'y c\u00e9l\u00e9brer le don de la Loi \u00e0 Mo\u00efse sur le mont Sina\u00ef. A cette occasion, comme pour la f\u00eate de la P\u00e2que, beaucoup de Juifs venaient en p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem de tous les pays qui entourent la m\u00e9diterran\u00e9e. 
C'est durant la P\u00e2que juive qui rappelait la lib\u00e9ration de l'esclavage d'Egypte que J\u00e9sus avait apport\u00e9 \u00e0 l'homme la lib\u00e9ration de la mort et du p\u00e9ch\u00e9 par sa propre mort et sa r\u00e9surrection, c'est au jour o\u00f9 l'on c\u00e9l\u00e9brait le don de la Loi au Sina\u00ef, jour o\u00f9 Dieu avait fait alliance avec le peuple d'Isra\u00ebl, que Dieu donnait aujourd'hui son Esprit \u00e0 "l'Isra\u00ebl de Dieu" (Gal 6,16), \u00e0 l'Eglise. Ainsi dans l'Eglise comme en J\u00e9sus Christ, toutes les r\u00e9alit\u00e9s de l'Ancien Testament trouvaient maintenant leur accomplissement.
Chacun les entendait dans sa propre langue... Cette expression r\u00e9p\u00e9t\u00e9e trois fois (versets 6,8 et 11) nous indique que nous avons ici une des cl\u00e9s de ce r\u00e9cit. Le miracle de la Pentec\u00f4te ne r\u00e9side pas tellement dans le fait que les ap\u00f4tres, d'origine palestinienne, se mettent \u00e0 parler des langues \u00e9trang\u00e8res, que dans le fait que tous ces \u00e9trangers entendent dans leur propre langue proclamer les merveilles de Dieu: c'est l\u00e0 le signe de la Pentec\u00f4te. Bien d'autres textes du Nouveau Testament font allusion au "don des langues" (Ac 10,46; 19,6; 1Co 12; 14,2-19) mais ici est pos\u00e9 par Dieu lui-m\u00eame le fondement de toute \u00e9vang\u00e9lisation: ceux qui sont appel\u00e9s \u00e0 la foi n'ont pas \u00e0 renoncer \u00e0 leur langue ou \u00e0 leur culture pour entrer dans l'Eglise, comme devaient le faire les pros\u00e9lytes juifs. Bien au contraire, c'est par toutes les langues et toutes les cultures que Dieu veut \u00eatre lou\u00e9 et b\u00e9ni: ainsi sera rendue visible la diversit\u00e9 des membres dans le Corps du Christ (1Co 12,12-13), rendu visible aussi le rassemblement par J\u00e9sus et son esprit de tous les enfants de Dieu dispers\u00e9s (Jn 11,52).
Tout au long de son histoire l'Eglise est tent\u00e9e d'oublier ce signe de la Pentec\u00f4te en imposant sa langue et sa culture aux peuples nouveaux, comme aux milieux nouveaux qu'elle \u00e9vang\u00e9lise. Mais tout au long de son histoire aussi, l'Esprit Saint la met en garde contre cette tentation en suscitant des ap\u00f4tres p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de l'esprit de la Pentec\u00f4te.

{N}2,{/}14: C'est la premi\u00e8re proclamation de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus. Pierre une fois de plus, conscient de sa responsabilit\u00e9 dans le groupe des Douze, prend la parole au nom de tous. Il reprend les textes de l'Ancien Testament: Jo\u00ebl, les Psaumes, etc... et en montre l'accomplissement en J\u00e9sus Christ et dans l'Eglise naissante.
Je communiquerai mon Esprit...(17) Le P\u00e8re communique \u00e0 tous les hommes l'esprit de J\u00e9sus, il fait de tous les hommes ses proph\u00e8tes, ses t\u00e9moins.
Je ferai des prodiges dans le ciel... Pierre continue de citer le proph\u00e8te Jo\u00ebl qui annonce le jour de Yahv\u00e9, c'est-\u00e0-dire, dans l'Ancien Testament, le jour redoutable du jugement de Dieu. Il semble que dans le texte de Jo\u00ebl, seul le peuple d'Isra\u00ebl \u00e9chappe au ch\u00e2timent; mais Pierre \u00e9largit ce texte et affirme \u00e0 la fin de sa pr\u00e9dication (verset 39) que ce salut qui vient de Dieu est promis \u00e0 ceux qui sont proches comme \u00e0 ceux qui sont au loin, \u00e0 tous ceux qui sont ici repr\u00e9sent\u00e9s par les \u00e9trangers de toute origine.
Dieu l'a ressuscit\u00e9 (24). Pierre rappelle comment J\u00e9sus a multipli\u00e9 autour de lui les t\u00e9moignages d'amour durant sa vie publique: malgr\u00e9 cela, ou plus exactement \u00e0 cause de cela, il a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 aux mains des pa\u00efens: quel myst\u00e8re que celui du rejet de l'amour de Dieu par l'homme. Le proph\u00e8te Os\u00e9e en fait d\u00e9j\u00e0 le constat plus de 700 ans avant la venue de J\u00e9sus (Os 11,1-4) et J\u00e9sus l'annonce lui-m\u00eame dans la parabole des vignerons homicides (Mt 21,33-39). Mais Dieu, dont l'amour est plus puissant que notre p\u00e9ch\u00e9 (Rm 5,20) l'a ressuscit\u00e9 des morts et a fait de lui la source du salut pour tous les hommes (versets 33 et 36).
Convertissez-vous. Pierre reprend les paroles de J\u00e9sus au d\u00e9but de sa pr\u00e9dication (Mt 4,17) - l'Eglise se glisse dans les pas de J\u00e9sus -. Maintenant il ne s'agit plus de recevoir le bapt\u00eame de Jean-Baptiste qui n'\u00e9tait qu'un rite de purification, soulignant la sinc\u00e9rit\u00e9 du repentir. Il nous faut recevoir le bapt\u00eame "au nom de J\u00e9sus". Par ce bapt\u00eame, nous sommes plong\u00e9s dans la mort du Christ et nous renaissons \u00e0 une vie nouvelle (Rom.6,4), don gratuit de Dieu.
Trois mille personnes...(41) Ce chiffre nous \u00e9tonne parfois. Certes l'arrestation et la condamnation de J\u00e9sus ont \u00e9branl\u00e9 les foules, mais tous ces gens qui avaient suivi J\u00e9sus en Galil\u00e9e ou \u00e0 J\u00e9rusalem ne s'\u00e9taient pas envol\u00e9s d'un seul coup. M\u00eame si l'image de J\u00e9sus qu'ils avaient d\u00e9couverte avait \u00e9t\u00e9 ternie par les calomnies et la haine de ses ennemis, le feu couvait encore sous la cendre et la pr\u00e9dication ardente et convaincue de Pierre ranime ce feu de la foi.

{N}2,{/}42: Luc nous donne ici les quatre points forts de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de J\u00e9rusalem: quatre points forts sans lesquels il n'y a pas d'Eglise de J\u00e9sus Christ.
L'enseignement des ap\u00f4tres: l'Eglise que J\u00e9sus a fond\u00e9e pour \u00eatre t\u00e9moin de la nouveaut\u00e9 du Royaume est une Eglise apostolique, elle repose sur les ap\u00f4tres que Dieu a choisis et \u00e9tablis (Mc 3,13); elle se nourrit de leur enseignement, c'est-\u00e0-dire de cette parole de Dieu que l'Eglise seule peut nous donner dans sa pl\u00e9nitude. La communion fraternelle: la communaut\u00e9 d'Eglise doit \u00eatre le signe visible du rassemblement des hommes par J\u00e9sus Christ dans l'amour, et l\u00e0 encore il ne saurait y avoir d'Eglise ou de communaut\u00e9 d'Eglise sans v\u00e9ritable vie fraternelle. La fraction du pain: c'est par ce mot que l'Eglise primitive d\u00e9signait l'eucharistie: le sacrement de la communion au Christ, parole et pain de vie (Jn 6,34 et 51); les pri\u00e8res: comment ceux qui ont d\u00e9couvert en J\u00e9sus Christ l'amour du P\u00e8re pourraient-ils vivre autrement que dans la pri\u00e8re (Eph 6,18; 1Th 5,17)?
Ces quatre points que souligne ici Luc, sont les racines de toute communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. En effet l'Esprit de J\u00e9sus nous vient par sa parole et par l'eucharistie, source du dynamisme de l'Eglise. Mais par la parole, nous ne voulons pas dire simplement l'\u00e9tude de la Bible pour conna\u00eetre la Bible. La Bible nous aide \u00e0 voir comment Dieu continue \u00e0 parler dans les \u00e9v\u00e9nements actuels, que ce soit dans notre propre vie, notre communaut\u00e9 ou dans le monde.
Joie et simplicit\u00e9 de coeur t\u00e9moignent du changement qui s'op\u00e8re dans la vie des premiers chr\u00e9tiens et de l'authenticit\u00e9 de leur communion fraternelle: ils sont vraiment r\u00e9concili\u00e9s.
Il ne s'agit pas de la joie na\u00efve que l'on voit parfois dans certains groupes de chr\u00e9tiens qui ne se pr\u00e9occupent pas du tout des probl\u00e8mes du monde. Ni les premiers disciples, ni leurs ennemis ne pouvaient oublier le fait que J\u00e9sus avait affront\u00e9 les probl\u00e8mes de r\u00e9conciliation nationale. Ils jouissaient de l'estime de tout le monde qui voyait en eux des personnes concern\u00e9es par la vie de leur temps et responsables.

{N}3,{/}1: La gu\u00e9rison de l'infirme \u00e0 la porte du temple, par Pierre et Jean, souligne comment, avec la R\u00e9surrection et la Pentec\u00f4te, les temps nouveaux sont maintenant commenc\u00e9s. Les infirmes, consid\u00e9r\u00e9s comme impurs par la loi juive, \u00e9taient exclus du service du Temple (Lv 21,16-24), mais le 2\u00e8me livre de Samuel donnait une explication de l'extension de cette loi: aucun infirme n'entrait dans le Temple (2Sam 5,6-8). D\u00e9sormais il n'y avait plus d'impurs ou d'exclus, ou plus exactement la mission de l'Eglise \u00e9tait d'apporter \u00e0 tout homme le salut au nom de J\u00e9sus, la gu\u00e9rison au nom de J\u00e9sus, pour qu'il puisse prendre sa place dans le nouveau peuple de Dieu.

{N}3,{/}12: La pr\u00e9dication de Pierre va souligner le sens du miracle, du signe, qui vient d'\u00eatre donn\u00e9 \u00e0 tous ces gens venus prier au temple. Le Nom de J\u00e9sus d\u00e9signe le pouvoir, la puissance divine de J\u00e9sus. C'est elle qui a rendu la sant\u00e9 \u00e0 cet homme sous vos yeux \u00e0 tous (16) De m\u00eame ce Nom, ce pouvoir divin, devient source de gu\u00e9rison et de vie pour tout homme qui croit en lui. Pierre appuie sa pr\u00e9dication sur l'image du Serviteur et sur la promesse faite \u00e0 Abraham, et renouvel\u00e9e \u00e0 Mo\u00efse.
Il est int\u00e9ressant de remarquer que la premi\u00e8re image attribu\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus, par l'\u00e9glise primitive, apr\u00e8s sa r\u00e9surrection est celle du Serviteur (Ac 3,13; 3,26; 4,27; 4,30). C'est en effet dans ces quatre po\u00e8mes d'Isa\u00efe (42,1-9; 49,1-7; 50,4-11; 52,13-53,12) que nous trouvons l'annonce de ce Saint Serviteur de Dieu qui apporte \u00e0 tous les hommes le salut par ses souffrances et sa mort, en prenant sur lui leurs p\u00e9ch\u00e9s (53,4).
En rappelant la promesse faite \u00e0 Abraham, et renouvel\u00e9e \u00e0 Mo\u00efse, Pierre souligne comment tout l'Ancien Testament trouve son plein accomplissement en J\u00e9sus et en son Eglise dont Pierre est en ce jour le porte-parole. La haine et l'injustice des hommes ne peuvent faire obstacle de fa\u00e7on d\u00e9finitive au plan de Dieu, et c'est celui-l\u00e0 m\u00eame qui a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par son peuple, que Dieu donne comme Sauveur \u00e0 tous les hommes.
C'est donc vers lui que toutes les familles de la terre (3,25) doivent se tourner aujourd'hui.

{N}4,{/}1: Les chefs des Juifs jugent Pierre et Jean. Mais le Saint-Esprit juge les chefs des Juifs.
Ces chefs croyaient poss\u00e9der la v\u00e9rit\u00e9 parce qu'ils \u00e9taient instruits et d\u00e9tenaient l'autorit\u00e9. Il leur est impossible de reculer devant des hommes ordinaires qui r\u00e9futent leurs affirmations. En attendant, Pierre leur fait remarquer qu'il est \u00e9trange d'\u00eatre arr\u00eat\u00e9 pour avoir gu\u00e9ri un malade (8).
Ces chefs \u00e9taient des Saduc\u00e9ens: ils ne croyaient pas en la r\u00e9surrection des morts (Ac 23,6).
Ce texte sugg\u00e8re que nous pouvons tous \u00eatre t\u00e9moins du Christ et de sa v\u00e9rit\u00e9 si nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 nous engager. Peut-\u00eatre restons-nous paralys\u00e9s par la peur de nous retrouver seuls devant les oppositions, au lieu de compter sur la promesse du Christ (Mt 10,17-20).
Aucun autre nom sous le ciel n'a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux hommes (12). Pierre affirme ainsi de fa\u00e7on cat\u00e9gorique que J\u00e9sus est l'unique sauveur de tous les hommes, aussi bien de ceux qui l'ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 que de ceux qui viendront apr\u00e8s lui, de ceux qui le connaissent comme de ceux qui l'ignorent. Beaucoup de chr\u00e9tiens pensent que ceux qui pratiquent d'autres religions seront sauv\u00e9s par ceux qu'ils v\u00e9n\u00e8rent. Bien s\u00fbr, nous devons respecter la sinc\u00e9rit\u00e9 de ceux qui pratiquent une autre religion que nous; mais nous ne devons pas confondre sinc\u00e9rit\u00e9 de l'homme et chemins de Dieu. Ainsi, ceux qui toute leur vie auront fid\u00e8lement suivi leur religion seront sauv\u00e9s bien s\u00fbr, mais ils le seront, comme les chr\u00e9tiens, parce que J\u00e9sus par sa mort et sa r\u00e9surrection les a d\u00e9livr\u00e9s du p\u00e9ch\u00e9 et leur a ouvert le chemin vers le P\u00e8re.
Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu (voir 1Jn 1,1-4).
Faisons-leur des menaces... (17), on les mena\u00e7a de nouveau... (21). Les paroles de Pierre et de Jean impressionnent les chefs des Juifs, ceux-ci craignent le peuple, t\u00e9moin de la gu\u00e9rison, alors comme tous les gens qui poss\u00e8dent le pouvoir et qui ne veulent pas perdre la face lorsqu'ils ont tort, ils brandissent les menaces pour imposer le silence.

{N}4,{/}23: La communaut\u00e9 est vraiment la nouvelle famille des croyants: c'est l\u00e0 qu'ils partagent leur vie et prient. Comme nous l'avons vu (Ac 2,42) leurs r\u00e9flexions sur ce qui vient de se passer, l'arrestation et le jugement de Pierre et de Jean, se fait \u00e0 la lumi\u00e8re de la Parole de Dieu (Ps 2,1-2). Puis la pri\u00e8re jaillit de tous les coeurs pour demander \u00e0 Dieu le courage de dire la parole avec assurance (19).

{N}4,{/}32: Comparer avec 5,4. Les versets 32-37 sembleraient indiquer que la mise en commun des biens \u00e9tait de r\u00e8gle dans la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, alors que 5,4 nous dit, par la bouche de Pierre lui-m\u00eame que Ananie et Saphire \u00e9taient libres de garder leurs biens. J\u00e9sus n'avait pas demand\u00e9 cette mise en commun mais bien des croyants la pratiquaient, inspir\u00e9s par le d\u00e9sir de supprimer toute barri\u00e8re entre fr\u00e8res, et en particulier celles que cr\u00e9e l'argent. Tout au long de son histoire l'Eglise conna\u00eetra de tels essais de pauvret\u00e9 volontaire et de partage.
Il est possible que cette mise en commun n'ait pas favoris\u00e9 l'ardeur au travail et qu'on ait mang\u00e9 tout doucement le capital sans penser \u00e0 gagner ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 la communaut\u00e9. Toujours est-il que Paul devra organiser des collectes dans les autres \u00e9glises pour venir en aide aux "pauvres de J\u00e9rusalem" (Gal 2,10; Rm 15,25; 2Co 8).

{N}5,{/}1: Dans notre enfance on nous a souvent cont\u00e9 les merveilles que Dieu avait accomplies dans le pass\u00e9, comme si Dieu n'avait agi que dans ce temps-l\u00e0. Les Juifs de l'\u00e9poque pensaient de la m\u00eame fa\u00e7on. La Bible racontait comment Dieu \u00e9tait intervenu pour foudroyer ceux qui s'opposaient \u00e0 Mo\u00efse (Nb 12,1; 16,1; 17,16). Mais voici que Dieu agit dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne et les croyants d\u00e9couvrent brusquement que Pierre, le p\u00eacheur, n'est pas inf\u00e9rieur \u00e0 Mo\u00efse. Voir Actes 13,11; 1Co 11,30.
Le p\u00e9ch\u00e9 du couple n'est pas de s'\u00eatre r\u00e9serv\u00e9 une partie de ses biens: personne ne les obligeait \u00e0 donner l'argent \u00e0 la communaut\u00e9. Mais ils ont voulu tromper les ap\u00f4tres et faire croire qu'ils donnaient tout, alors que ce n'\u00e9tait pas le cas.
Nous devons faire tr\u00e8s attention quand nous parlons des ch\u00e2timents de Dieu. Pour le chr\u00e9tien, le seul ch\u00e2timent est d'\u00eatre s\u00e9par\u00e9 de Dieu pour toujours: m\u00eame une mort subite n'est pas la preuve que Dieu veut nous punir. Pourtant cette mort d'Ananie et de Saphire sera un avertissement et un signe pour les autres.
Nous trouvons ici pour la premi\u00e8re fois le terme Eglise (11). Son sens exact est: l'assembl\u00e9e convoqu\u00e9e (par Dieu). Avant J\u00e9sus, les Juifs employaient ce terme pour d\u00e9signer la nouvelle communaut\u00e9 dont Dieu ferait le choix aux jours du Messie. Venus du Juda\u00efsme ou du Paganisme les croyants ont conscience d'\u00eatre cette nouvelle communaut\u00e9: ils sont les vrais Juifs, le v\u00e9ritable Isra\u00ebl. Peu \u00e0 peu l'Esprit Saint va les s\u00e9parer de la communaut\u00e9 officielle. L'Eglise ne d\u00e9signe encore que la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de J\u00e9rusalem. A mesure que d'autres communaut\u00e9s surgiront - d'autres \u00e9glises - l'Eglise commencera \u00e0 d\u00e9signer l'ensemble du peuple de Dieu. 

{N}5,{/}12: Une quantit\u00e9 d'hommes et de femmes s'ajoutent \u00e0 leur groupe (14). Tous les Juifs croyaient en Dieu qui avait parl\u00e9 par les proph\u00e8tes. Mais croire en J\u00e9sus comme le proph\u00e8te que Dieu avait envoy\u00e9 et qu'ils avaient rejet\u00e9, c'\u00e9tait tout autre chose. Le texte nous dit que croire au Seigneur et rejoindre la communaut\u00e9 sont deux d\u00e9marches ins\u00e9parables. On ne peut rejoindre J\u00e9sus sans rejoindre le peuple nouveau qu'il a fait \u00abna\u00eetre de l'eau et de l'Esprit\u00bb.
Les versets 15-16 n'ont pas peur de comparer Pierre \u00e0 J\u00e9sus.

{N}5,{/}17: Peut-on comparer cette confrontation entre les ap\u00f4tres et les chefs du peuple \u00e0 ce qui se passe de nos jours dans bien des endroits, lorsque l'Eglise d\u00e9nonce les violations des droits de l'homme?
Beaucoup diront: ce n'est pas pareil, les ap\u00f4tres \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9s parce qu'ils proclamaient J\u00e9sus, alors que maintenant ce sont des chr\u00e9tiens qui font de la politique. Mais ce n'est pas \u00e9vident.
En ce temps-l\u00e0 les Juifs \u00e9taient domin\u00e9s et divis\u00e9s, et J\u00e9sus parlait comme un homme libre; il enseignait un chemin de libert\u00e9 qui s'appellerait aujourd'hui, l'action non violente. Et les autorit\u00e9s se sont d\u00e9barrass\u00e9es de lui pour d\u00e9fendre la s\u00e9curit\u00e9 de leur nation (Jn 12,48) et leur propre politique. Croire en J\u00e9sus, c'\u00e9tait d\u00e8s lors reconna\u00eetre qu'on avait mal agi en le rejetant. Suivre le chemin que J\u00e9sus avait indiqu\u00e9, c'\u00e9tait condamner toute une politique fond\u00e9e sur l'orgueil du pouvoir et l'int\u00e9r\u00eat. (Lc 21,12-16).
Voyez comment les pr\u00eatres jugent Pierre et Jean: ils leur demandent de se d\u00e9solidariser d'un homme (J\u00e9sus) qu'ils ont condamn\u00e9 l\u00e9galement.
Proclamer J\u00e9sus signifie pr\u00eacher la r\u00e9conciliation universelle (Ep 2,14) qui se fait \u00e0 tous les niveaux de la vie humaine, y compris l'\u00e9conomie et la politique. L'Eglise ne proclamerait pas J\u00e9sus comme le seul Sauveur (5,3l) si elle fermait les yeux lorsque des nations enti\u00e8res sont condamn\u00e9es \u00e0 une mort lente par manque de travail, de nourriture, d'\u00e9ducation et de sant\u00e9. Cependant, d\u00e9noncer n'est pas juger, et ce serait inutile si nous ne savions plus annoncer le plan de salut de Dieu.
Gamaliel \u00e9tait l'un des plus renomm\u00e9s parmi les ma\u00eetres de la Loi. Nous voyons ici l'ouverture d'esprit et la foi de ce vieux ma\u00eetre juif qui sait que les voies de Dieu ne sont pas toujours les voies des hommes.
Si leur projet, ou leur activit\u00e9, vient des hommes (39). J\u00e9sus avait dit quelque chose d'analogue (Mt 15,13). Pourtant cela ne nous semble pas \u00e9vident: ne voit-on pas beaucoup de fausses doctrines qui durent? Mais, peut-\u00eatre que celles qui durent des si\u00e8cles doivent leur dur\u00e9e au fait que, malgr\u00e9 les erreurs et le mal qu'elles provoquent, elles contiennent des principes utiles ou n\u00e9cessaires pour un temps, ou pour certaines parties de l'humanit\u00e9. Peut-\u00eatre disent-elles des choses tr\u00e8s importantes que l'Eglise devait dire et n'a pas pu ou n'a pas voulu dire. 
L'exp\u00e9rience montre que la majorit\u00e9 des hommes ne reconnaissent pas dans la foi chr\u00e9tienne la v\u00e9rit\u00e9 qu'ils recherchent: Dieu les a-t-il abandonn\u00e9s pour autant? Si nous avons le Christ, nous pouvons dire avec certitude que tel ou tel n'est pas "le" proph\u00e8te. Mais peut-\u00eatre Dieu a-t-il voulu qu'il soit proph\u00e8te pour un groupe d\u00e9termin\u00e9, pour qu'il les aide dans une \u00e9tape de leur marche vers la lumi\u00e8re.
Gamaliel a \u00e9t\u00e9 le ma\u00eetre de Paul \u00e0 J\u00e9rusalem durant deux ou trois ans, un peu apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements (Ac 22,3). La conversion de Paul sera providentiellement pr\u00e9par\u00e9e par la fr\u00e9quentation de cet homme ouvert et sinc\u00e8re, tout autant que par la mort d'Etienne (7,54-60).

{N}6,{/}1: J\u00e9sus n'avait s\u00fbrement pas dit en d\u00e9tail \u00e0 ses ap\u00f4tres la mani\u00e8re dont ils devaient organiser l'Eglise. Mais voil\u00e0 que surgit un conflit entre deux groupes sociaux: les Juifs, appel\u00e9s H\u00e9breux parce qu'ils n'avaient pas quitt\u00e9 leur pays, et les Hell\u00e9nistes, qui avaient v\u00e9cu \u00e0 l'\u00e9tranger, dans des pays grecs. Ces Hell\u00e9nistes semblent proches du parti des Ess\u00e9niens: pour eux les grands pr\u00eatres ne sont pas l\u00e9gitimes, et ils s'abstiennent de prendre part aux c\u00e9r\u00e9monies du Temple. Le conflit entre H\u00e9breux et Hell\u00e9nistes am\u00e8ne avec le temps des heurts, et il devient n\u00e9cessaire de donner aux Hell\u00e9nistes une certaine autonomie. De fait, les ap\u00f4tres s'identifient plus facilement avec les H\u00e9breux, et les autres doivent avoir leurs propres responsables dans certaines activit\u00e9s.
La communaut\u00e9 choisit sept hommes. Il faut que leur autorit\u00e9 vienne du Christ, et donc elle doit leur \u00eatre transmise par les ap\u00f4tres.
Les candidats qui se pr\u00e9sentent doivent \u00eatre remplis de l'Esprit et de sagesse (3). C'est qu'ils ne sont pas l\u00e0 seulement pour des services mat\u00e9riels; et puis, m\u00eame s'il ne s'agissait "que" des finances, l'Eglise aurait bien \u00e0 souffrir d'administrateurs tr\u00e8s comp\u00e9tents \u00e0 qui il ne manquerait que l'esprit de l'Evangile.
Ces sept hommes \u00e9taient-ils les premiers diacres? Luc nous signale seulement qu'ils servaient, et "diacre" signifie: serviteur, habituellement un intendant. De fait, ce terme "diacres" va donner d\u00e8s le d\u00e9part le sens v\u00e9ritable de tout minist\u00e8re dans l'Eglise: il est un service (1Co 12,5). Ce qui importe, c'est la communaut\u00e9 rassembl\u00e9e par l'Esprit pour t\u00e9moigner au milieu des hommes du salut donn\u00e9 par J\u00e9sus. Tout au long des si\u00e8cles, les ministres de l'Eglise seront tent\u00e9s d'abuser de la charge qui leur est confi\u00e9e pour le bien de la communaut\u00e9, et d'en profiter pour se hisser au-dessus d'elle: ils se feront servir et honorer et n'h\u00e9siteront pas \u00e0 se faire appeler princes de l'Eglise. Ce qui est vrai pour ceux qui sont appel\u00e9s \u00e0 un rang \u00e9lev\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie l'est \u00e9galement pour tous ceux, pr\u00eatres ou la\u00efcs, \u00e0 qui sont confi\u00e9es des responsabilit\u00e9s moins importantes: tous devront se rappeler la parole de J\u00e9sus (Lc 22,24-27).

{N}6,{/}8: Etienne appartient au courant des Hell\u00e9nistes. Comme les pr\u00eatres de Qumran, au bord de la Mer Morte, il est moins attach\u00e9 au culte du Temple et aux traditions des rabbins que les Juifs orthodoxes: pour ces derniers il est un croyant suspect. Il est de ceux qui poussent l'Eglise \u00e0 se lib\u00e9rer des moules du pass\u00e9 et des liens avec la communaut\u00e9 juive.
Le long discours d'Etienne devant le Sanh\u00e9drin (le Grand Conseil) est un raccourci remarquable de l'Ancien Testament. Il souligne les initiatives incessantes de Dieu qui appelle, donne, promet, corrige et sauve, et en face de cet amour inlassable, la r\u00e9volte permanente d'Isra\u00ebl qui m\u00e9prise Dieu et rejette ceux qui lui sont envoy\u00e9s. D\u00e9j\u00e0 le proph\u00e8te Os\u00e9e, pr\u00e8s de huit si\u00e8cles avant le Christ, exprimait ce drame de l'amour de Dieu m\u00e9connu par son peuple: Os 11,1-4. Etienne le proclame de nouveau: ce drame a trouv\u00e9 son point culminant lorsque les hommes ont clou\u00e9 J\u00e9sus, le Fils de Dieu fait homme, sur la croix (Ac 2,23; 3,15; 4,10.

{N}7,{/}57: Comparer Actes 7,56 et Matthieu 26,64; Actes 7,60 et Luc 22,34. Saul, le futur Saint Paul, fait partie du groupe charg\u00e9 de lapider Etienne.

{N}8,{/}1: La pers\u00e9cution oblige les Chr\u00e9tiens (au moins ceux du groupe hell\u00e9niste) \u00e0 se disperser en Jud\u00e9e et en Samarie. Ainsi la perspective ouverte par J\u00e9sus au jour de l'Ascension commence \u00e0 se r\u00e9aliser. Ici comme en bien d'autres occasions, ce qui \u00e9tait promesse de mort devient promesse de vie. Le chapitre 8 nous donne quelques exemples de l'\u00e9vang\u00e9lisation en Jud\u00e9e et Samarie.
Quant \u00e0 l'attitude de Saul, voir ce qu'il en dit lui-m\u00eame dans Gal 1,13.

{N}8,{/}4: Les Chr\u00e9tiens dispers\u00e9s proclament leur foi, et ils fondent des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes en Samarie. L'\u00e9vang\u00e9lisation apporte la joie: Dieu s'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, et par son Esprit il gu\u00e9rit les corps et les coeurs. Tous sans doute ne se convertiront pas, mais la collectivit\u00e9 a connu un moment de joie et d'enthousiasme.

{N}8,{/}14: Philippe, l'un des Sept, baptise, mais ce sont les ap\u00f4tres Pierre et Jean qui viennent  communiquer le don de l'Esprit.
Le bapt\u00eame et l'imposition des mains apparaissent donc d\u00e8s le d\u00e9but comme deux \u00e9tapes de l'initiation chr\u00e9tienne et se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 deux aspects diff\u00e9rents de la vie dans l'Eglise. Le bapt\u00eame souligne le renouvellement d'une personne par la foi. L'imposition des mains montre la transmission de l'Esprit d'\u00e2ge en \u00e2ge, \u00e0 partir des premiers qui l'ont re\u00e7u au jour de la Pentec\u00f4te.
Cette imposition des mains (qui est devenue la confirmation dans l'Eglise d'aujourd'hui) \u00e9tait alors habituellement marqu\u00e9e par ces manifestations dont nous parlent les Actes (19,6) et Saint Paul (1Co 12 et 14). Ces dons, dont nous ne retenons souvent que l'aspect spectaculaire, faisaient partie d'une exp\u00e9rience globale que continuent de faire, d'une fa\u00e7on ou d'une autre, ceux qui se sont mis \u00e0 la disposition de l'Esprit.
Simon, un magicien, donne \u00e0 Pierre l'occasion de condamner une fausse interpr\u00e9tation des dons spirituels. Simon voit les ap\u00f4tres comme des magiciens plus puissants que lui et il veut acheter le pouvoir de faire certains miracles. Pierre nous laisse entendre que rechercher les miracles n'est sans doute pas la fa\u00e7on de se pr\u00e9parer \u00e0 recevoir l'Esprit. De toutes fa\u00e7ons, ces choses ne s'ach\u00e8tent pas.
Les manifestations de l'Esprit ne sont pas toujours celles qui sont mentionn\u00e9es dans les Actes: Dieu adapte ses dons aux besoins de l'Eglise.
Les communaut\u00e9s simples et pauvres re\u00e7oivent plus de dons de gu\u00e9rison pour les malades: comme les ressources normales leur manquent, Dieu se fait pr\u00e9sent. Les groupes de pri\u00e8re re\u00e7oivent le don de langues parce qu'il aide la confiance en Dieu et la pers\u00e9v\u00e9rance dans la louange. L\u00e0 o\u00f9 la foi repose sur la conviction de la justice divine et la crainte de Dieu, nous observons des pr\u00e9dictions et des r\u00e9v\u00e9lations des secrets du coeur. Au contraire, parmi ceux qui ont une formation plus rationnelle et intellectuelle, le proph\u00e8te se distingue souvent par le don de parler avec assurance et donner un \u00e9clairage de foi dans lequel la communaut\u00e9 comme les individus reconnaissent la voix de Dieu.
L'Esprit continue \u00e0 agir en beaucoup de croyants qui ne parlent peut-\u00eatre pas en langues et ne font pas de gu\u00e9risons, mais qui agissent sous l'inspiration de l'Esprit et qui produisent les fruits de l'Esprit (Ga 5,22-24). Ils sont donc des t\u00e9moins authentiques de J\u00e9sus.
Baptis\u00e9s au Nom du Seigneur J\u00e9sus (16). Voir \u00e0 ce sujet le commentaire de 19,5.

{N}8,{/}26: Remarquer comment l'Esprit conduit Philippe vers un homme qui n'est ni Juif, ni Samaritain, le premier homme d'une autre race \u00e0 recevoir l'\u00e9vangile.
L'Ethiopien est un adorateur de Dieu (27). On d\u00e9signait ainsi les personnes d'autres races qui avaient \u00e9t\u00e9 attir\u00e9es par la religion des Juifs et la foi en un seul Dieu. Sans observer toutes les coutumes juives, ils lisaient la Bible et aimaient prendre part aux c\u00e9r\u00e9monies juives. Ils joueront un r\u00f4le important dans les missions chr\u00e9tiennes parmi les peuples non juifs.
Tout commence avec un texte d'Isa\u00efe 53,7. Ce po\u00e8me parle d'un \u00abserviteur du Seigneur\u00bb injustement condamn\u00e9, qui par ses souffrances r\u00e9pare les p\u00e9ch\u00e9s de toute l'humanit\u00e9. Les ap\u00f4tres et l'Eglise primitive voyaient dans ce texte un des passages qui annon\u00e7aient le mieux le Christ: voir le commentaire de Mc 14,24 et 1\u00e8re de Pierre 2,24-25. Le po\u00e8me d'Isa\u00efe se termine par une r\u00e9f\u00e9rence voil\u00e9e \u00e0 la r\u00e9surrection du Serviteur du Seigneur.

{N}9,{/}1: C'est un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9cisif pour l'Eglise naissante. Le Christ vient personnellement conqu\u00e9rir le pers\u00e9cuteur le plus acharn\u00e9 des chr\u00e9tiens (Gal 1,13; Ac 22,4-5; 22,19; 26,9-11).
Ce serait une erreur de pr\u00e9senter Paul comme un m\u00e9chant homme qui trouve finalement le bon chemin. Comme nous le voyons dans Actes 22,3 -4; Gal 1,14 et Ph 3,4-11, d\u00e8s sa jeunesse, Paul \u00e9prouve le besoin de se consacrer au service de Dieu. C'est pour cela qu'il va \u00e0 J\u00e9rusalem pour \u00e9tudier la Loi, c'est-\u00e0-dire la religion, avec les meilleurs ma\u00eetres de l'\u00e9poque. C'est \u00e0 ce jeune homme digne de confiance que les Juifs avaient confi\u00e9 la t\u00e2che difficile d'\u00e9liminer de leurs communaut\u00e9s la nouvelle doctrine suspecte des chr\u00e9tiens. Paul est charg\u00e9 de la r\u00e9pression des disciples du Christ; il le fait s\u00e9v\u00e8rement, pour le bien de sa religion.
Pourquoi me pers\u00e9cutes-tu? Qui est ce Seigneur qui m'appelle pers\u00e9cuteur alors que ma seule ambition est de servir Dieu? Jusqu'\u00e0 cet instant, Paul se sentait bien, comme le pharisien de la parabole (Lc 18,9), il remerciait Dieu d'avoir fait de lui un croyant digne et actif dans sa communaut\u00e9. Maintenant, dans la lumi\u00e8re du Christ, il d\u00e9couvre que ses m\u00e9rites et ses services sont sans valeur pour Dieu; sa foi n'est que fanatisme; son assurance de croyant dissimule mal son orgueil. Paul se voit p\u00e9cheur, violent et rebelle, mais en m\u00eame temps il comprend que Dieu l'accueille, le choisit et lui pardonne: cet homme sera mon instrument de choix (15).
Paul n'est plus le pharisien de la parabole: il vient de se mettre \u00e0 la place du publicain. "Mon Dieu, prends piti\u00e9 de moi qui suis un p\u00e9cheur!" C'est la vraie conversion chr\u00e9tienne.
D\u00e9sormais, Saul (qui prendra le nom de Paul) sera un instrument de choix pour le Christ: il \u00e9tendra l'Eglise aux autres pays. Jusqu'alors, l'Eglise \u00e9tait rest\u00e9e en milieu juif, compos\u00e9e de Juifs, dirig\u00e9e par des Juifs. Paul aussi \u00e9tait Juif, mais il avait \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tranger. Il poss\u00e9dait la culture grecque ainsi que celle de sa propre race. C'est \u00e0 cause de cela et de sa personnalit\u00e9 exceptionnelle qu'il allait \u00eatre l'ap\u00f4tre des Grecs.
L'Eglise doit constamment se renouveler, porter l'Evangile \u00e0 de nouveaux peuples, \u00e0 de nouveaux milieux. Aux moments importants de l'histoire, le Christ appelle des hommes dont l'Eglise a besoin: Fran\u00e7ois d'Assise, et plus proche de nous, Jean XXIII.
Le Chemin: ainsi s'appelait le christianisme. On ne le voyait pas comme une nouvelle religion, mais plut\u00f4t comme une nouvelle mani\u00e8re de vivre \u00e9clair\u00e9e par l'esp\u00e9rance. On s'\u00e9tonne parfois du caract\u00e8re subit de la conversion de Paul, et l'on oublie que Dieu, dans sa sagesse, avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour que soit accueillie cette gr\u00e2ce: Paul avait \u00e9tudi\u00e9 "aux pieds de Gamaliel" (Ac 22,3), un des plus grands rabbins de l'\u00e9poque, connu pour son ouverture d'esprit (Ac 5,35-39); Paul avait en outre particip\u00e9 \u00e0 l'ex\u00e9cution d'Etienne (Ac 7,58) et il avait \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, l\u00e0, de la foi bouleversante et de la charit\u00e9 sans limites du premier martyr (Ac 7,59-60).

{N}9,{/}20: Pendant trois ans, Paul proclame sa foi et raconte sa propre exp\u00e9rience dans la province de Damas, que l'on appelle aussi Arabie (Gal 1,16; 2Co 11,32).
Paul suit d\u00e9j\u00e0 son propre chemin; mais il reste en lien \u00e9troit avec l'Eglise comme le montre son voyage \u00e0 J\u00e9rusalem o\u00f9 il se rend pour rencontrer les ap\u00f4tres. Cependant, en attendant l'inspiration de l'Esprit, il pr\u00e9serve son ind\u00e9pendance.

{N}9,{/}31: J\u00e9sus avait envoy\u00e9 ses ap\u00f4tres pour \u00eatre ses t\u00e9moins "\u00e0 J\u00e9rusalem, en Jud\u00e9e et en Samarie, et jusqu'aux extr\u00e9mit\u00e9s de la terre" (Ac 1,8). L'Eglise est n\u00e9e, s'est d\u00e9velopp\u00e9e et a connu sa premi\u00e8re pers\u00e9cution \u00e0 J\u00e9rusalem (Ac 1-7). Au chapitre 8 nous l'avons vue en Samarie avec Philippe, ici nous la retrouvons en Jud\u00e9e avec Pierre.
Une nouvelle fois, en rapportant la r\u00e9surrection de Tabitha comme un \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9surrection de la fille de Ja\u00efre (Lc 8,49-56), Luc souligne le lien indissoluble entre le Christ et son Eglise.

{N}10,{/}1: L'\u00e9pisode de la conversion de Corneille marque un nouveau tournant dans la vie de la jeune Eglise. Le lieu est riche de signification: b\u00e2tie sur la c\u00f4te de Palestine, regardant vers la M\u00e9diterran\u00e9e et vers Rome, la ville de C\u00e9sar\u00e9e-sur-Mer \u00e9tait depuis pr\u00e8s de 35 ans la capitale romaine de la province de Jud\u00e9e. Comme un promeneur qui s'avance jusqu'\u00e0 la c\u00f4te, Pierre, en arrivant \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, n'avait le choix qu'entre deux solutions: ou bien rebrousser chemin et enfermer l'Eglise dans les limites \u00e9troites de la Palestine juive, ou bien, avec l'Eglise, plonger dans cette mer qui s'ouvrait devant lui et se laisser porter jusqu'\u00e0 Rome, la capitale pa\u00efenne, "la nouvelle Babylone", incarnant tout le p\u00e9ch\u00e9 du monde (Ap 17,5). C'est ce dernier parti que va prendre l'Esprit Saint: il viendra sur ces pa\u00efens r\u00e9unis autour de Corneille, et Pierre se verra contraint de les baptiser (Ac 11,15-17).
Corneille est un Adorateur de Dieu comme l'ethiopien de 8,27, c'est-\u00e0-dire un \u00e9tranger qui croit au Dieu unique des Juifs.
C'est comme une tente de grand mod\u00e8le (11): allusion probable \u00e0 la tente de R\u00e9union lors de la vie au d\u00e9sert (Ex 25,8-9). Mais ici, la tente contient des animaux purs et impurs, et Pierre est invit\u00e9 \u00e0 immoler et \u00e0 manger, comme on le faisait dans les sacrifices de communion, de ces animaux impurs: c'est le scandale! Mais Pierre va comprendre, avec l'arriv\u00e9e des compagnons de Corneille, le sens de cette vision (Ac 10,28).
Il a fallu la manifestation de l'Esprit Saint sur ces pa\u00efens pour forcer la main de Pierre au bapt\u00eame. Aujourd'hui, dans bien des endroits, l'Eglise risque de se r\u00e9duire \u00e0 des groupes sociaux ferm\u00e9s et vieillis. Les papes et les \u00e9v\u00eaques nous invitent \u00e0 faire un pas en avant et \u00e0 dialoguer avec tous les hommes. Pourtant il semble, \u00e0 certains jours, que seule l'intervention d'un ange pourrait nous convaincre d'aller vers les autres et de les aider \u00e0 entrer dans l'Eglise.
Il a envoy\u00e9 sa parole (36). Cette courte pr\u00e9dication de Pierre est remarquable: il distingue ce qui est connu de tous: "Vous savez d\u00e9j\u00e0 cette affaire". La vie, la passion et la mort de J\u00e9sus sont connues de tous ceux qui ont ouvert les yeux sur ce personnage qui a fait parler de lui. Mais sa r\u00e9surrection appartient au t\u00e9moignage de la foi, au t\u00e9moignage de ceux que "Dieu a d\u00e9sign\u00e9s par avance". Comme J\u00e9sus, l'Eglise devra tout au long des si\u00e8cles t\u00e9moigner par ses oeuvres de l'amour du Dieu qui l'habite comme il habite tout homme; mais l'Eglise a comme mission particuli\u00e8re de dire au monde les paroles de la r\u00e9v\u00e9lation qui lui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e.
Le juge des vivants et des morts (42). Cette expression se r\u00e9f\u00e8re aux concepts religieux de l'\u00e9poque qui distinguent le jugement de ceux qui seraient t\u00e9moins du retour du Christ \u00e0 la fin du monde (les vivants) et de ceux qui seraient morts avant. Voir de m\u00eame 1Th 4,17.
On re\u00e7oit le pardon par son Nom. Par son Nom, c'est-\u00e0-dire par son propre pouvoir: ce qui confirme l'autorit\u00e9 divine de J\u00e9sus.

{N}11,{/}1: Que Pierre soit all\u00e9 baptiser un non-Juif nous semble \u00e0 nous la chose la plus normale du monde. Mais n'oublions pas que les Chr\u00e9tiens de J\u00e9rusalem restaient des Juifs, avec toute leur \u00e9ducation, leurs pr\u00e9jug\u00e9s et leur sensibilit\u00e9. Ils ne voyaient pas comment on pouvait entrer dans la famille de J\u00e9sus sans d'abord s'int\u00e9grer au peuple de Dieu qui pour eux restait le peuple juif. Pouvait-on devenir leur fr\u00e8re sans avoir d'abord re\u00e7u la circoncision?
L'avertissement qu'ils donnent \u00e0 Pierre est le premier t\u00e9moignage de la pression constante que les Chr\u00e9tiens de longue date vont exercer sur leurs pr\u00eatres et leurs \u00e9v\u00eaques tout au long de l'histoire. Toutes les fois que quelqu'un voudra ouvrir notre Eglise \u00e0 des gens d'un autre milieu ou d'une autre culture, un parti puissant voudra qu'on n'accepte que ceux qui voudront bien \u00eatre chr\u00e9tiens de la fa\u00e7on dont nous le sommes nous-m\u00eames.
Ces croyants de J\u00e9rusalem n'agissent pas de mauvaise foi et ils acceptent les explications de Pierre. Mais comme lui les dirigeants de l'Eglise auront besoin de courage pour r\u00e9pondre aux invitations de l'Esprit Saint, face aux pr\u00e9jug\u00e9s du groupe.

{N}11,{/}19: Antioche, \u00e0 500 kilom\u00e8tres au nord de J\u00e9rusalem, \u00e9tait la capitale de la province romaine de Syrie, pays pa\u00efen o\u00f9 l'on parlait grec, mais o\u00f9 il y avait une communaut\u00e9 juive importante. Luc ne nous dit pas qui a propos\u00e9 la foi chr\u00e9tienne aux pa\u00efens pour la premi\u00e8re fois, ni comment cela s'est produit: le ou les Chr\u00e9tiens d'origine juive qui l'ont fait m\u00e9riteraient une statue, ou mieux une f\u00eate dans notre liturgie. On a donc \u00e0 Antioche, pour la premi\u00e8re fois, une Eglise o\u00f9 se regroupent des Juifs et des non-Juifs: c'est l\u00e0 qu'\u00e9tait l'avenir de l'Eglise.
La communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem est la Rome de l'Eglise primitive. Elle est consciente de son autorit\u00e9, et tout de suite elle demande \u00e0 voir de plus pr\u00e8s cette grande nouveaut\u00e9: une Eglise o\u00f9 les Juifs acceptent de c\u00f4toyer des non-circoncis. La Loi de Mo\u00efse nelle pas ce genre de contacts?

{N}11,{/}27: Pour la premi\u00e8re fois le livre des Actes mentionne les proph\u00e8tes. C'\u00e9tait un titre donn\u00e9 par l'Eglise \u00e0 certains de ses responsables, mais elle ne faisait que reconna\u00eetre un don de l'Esprit, un de ceux que Paul mettra au premier rang. En diverses occasions, le proph\u00e8te re\u00e7oit de Dieu la connaissance de choses qui vont arriver, soit pour la communaut\u00e9, soit pour tel ou tel de ses membres. Mais surtout il a re\u00e7u une autorit\u00e9 quand il parle, un don de commenter l'Ecriture pour les besoins du moment pr\u00e9sent, et tous reconnaissent dans ses paroles un enseignement de Dieu.
Luc a retenu le premier geste d'aide fraternelle entre Chr\u00e9tiens de diff\u00e9rents pays. Ce paragraphe mentionne les anciens, ou "presbytres" (c'est le m\u00eame mot, mais en fran\u00e7ais nous en avons fait "pr\u00eatres": voir com. de He 9). C'est ainsi qu'on appelait les responsables de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, suivant en cela le mod\u00e8le juif.

{N}12,{/}1: Cette seconde pers\u00e9cution atteint toute la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de J\u00e9rusalem (voir 8,1). Jacques (le Majeur) \u00e9tait, avec Pierre et Jean, un des intimes de J\u00e9sus (Lc 9,28).
La seconde lib\u00e9ration de Pierre (voir 5,19), souligne la puissante intercession de l'Eglise pour son chef et la volont\u00e9 du Christ de mettre son Eglise \u00e0 l'abri du pouvoir du mal (voir Mt 16,18).
Faites-le savoir \u00e0 Jacques (17). C'est Jacques, "fr\u00e8re du Seigneur": il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme la t\u00eate de l'Eglise de J\u00e9rusalem.

{N}12,{/}24: Ici commencent les missions de Paul. La mission part de l'Eglise, comme il se doit: il n'y a mission que si l'on est envoy\u00e9 (c'est le sens de "mission"). Mais l'initiative vient de l'Esprit Saint, et elle r\u00e9pond \u00e0 la vie fervente de la communaut\u00e9 d'Antioche. Remarquer comment la communaut\u00e9 accepte le d\u00e9part de deux de ses cinq principaux animateurs; de leur c\u00f4t\u00e9, Paul et Barnab\u00e9 \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 prendre les risques de cette aventure. L'imposition des mains appelle la gr\u00e2ce de Dieu sur les deux missionnaires. Pour l'instant, Paul n'est encore que l'assistant de Barnab\u00e9.
Il est tr\u00e8s difficile de savoir comment l'Eglise s'organisait dans les d\u00e9buts. Elle n'avait pas cette hi\u00e9rarchie \u00e0 trois ordres que nous avons maintenant: \u00e9v\u00eaques, pr\u00eatres et diacres, totalement unifi\u00e9e sous l'autorit\u00e9 d'un pape. Ces trois ordres ne seront nettement \u00e9tablis qu'\u00e0 la fin du premier si\u00e8cle. Les Eglises de J\u00e9rusalem et d'Antioche ne se dirigeaient s\u00fbrement pas comme celles des petites villes.
La plupart du temps, les communaut\u00e9s choisissaient leurs anciens parmi les hommes les plus dignes de confiance. Il suffisait qu'ils soient reconnus ou \u00e9tablis par des ap\u00f4tres ou par quelque autre autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, et accept\u00e9s par les communaut\u00e9s voisines. Leur service de "pr\u00e9sidence" incluait le bapt\u00eame, la c\u00e9l\u00e9bration de l'eucharistie et l'onction des malades. Cette institution des Anciens (voir 14,23 et 11,30) \u00e9tait calqu\u00e9e sur le mode d'organisation des communaut\u00e9s juives.
Partout o\u00f9 il y avait des proph\u00e8tes reconnus comme tels (c'\u00e9tait le cas \u00e0 Antioche), ils jouissaient d'une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, assez proche de celle des ap\u00f4tres (l Co 12,28 et Ep 2,20).
Paul et Barnab\u00e9 ne sont pas encore consid\u00e9r\u00e9s comme des ap\u00f4tres, mais ce sont des proph\u00e8tes. Quant aux docteurs ou ma\u00eetres, ils sont capables, comme les ma\u00eetres de la Loi chez les Juifs, d'enseigner \u00e0 partir de l'Ecriture.

{N}13,{/}4: Cette premi\u00e8re mission commence d'une fa\u00e7on traditionnelle. Les Juifs pouvaient voyager dans tout l'empire romain: dans toutes les villes importantes ils trouveraient un quartier juif, ou une communaut\u00e9 juive. D'Antioche, Barnab\u00e9 et Paul s'embarquent pour l'\u00eele de Chypre, patrie de Barnab\u00e9.
La rencontre de Sergius Paulus a valeur de signe: l'Evangile ne convainc pas seulement les petites gens, mais aussi les autorit\u00e9s: Paul est conscient qu'il doit t\u00e9moigner devant "les rois et les gouverneurs" (Lc 21,12). Les dons proph\u00e9tiques de Saul se manifestent quand il rencontre Sergius Paulus. D\u00e9sormais le livre des Actes ne parlera plus de Saul mais de Paul: le gouverneur l'avait-il autoris\u00e9 \u00e0 emprunter son nom de famille? Pour Paul, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 citoyen romain (16,37), c'est un pas de plus pour s'int\u00e9grer au monde des non-Juifs.
Le groupe de Paul (13). D\u00e8s le d\u00e9but de la mission, Paul s'impose comme chef et Barnab\u00e9 passe au second plan. Quand ils arrivent sur le continent, dans la r\u00e9gion inhospitali\u00e8re de Perg\u00e9, Jean Marc les abandonne. Les plans audacieux de Paul lui ont sans doute fait peur; il savait un peu de grec, mais il se voyait mal entrer dans un pays o\u00f9 bien peu de gens connaissaient cette langue. Paul et Barnab\u00e9 entrent dans les montagnes de la Turquie actuelle et arrivent au coeur de la province de Pisidie - \u00e0 Antioche (qu'il ne faut pas confondre avec l'autre Antioche de Syrie).
Luc raconte en d\u00e9tail les \u00e9v\u00e9nements d'Antioche de Pisidie parce que, bien des fois dans la suite, la pr\u00e9dication de Paul am\u00e8nera les m\u00eames r\u00e9actions, chez les Juifs et chez les Grecs (c'est-\u00e0-dire les pa\u00efens).
Paul parle au cours de la r\u00e9union du samedi dans la synagogue (maison de pri\u00e8re des Juifs). Le culte se compose de psaumes et de lectures bibliques, de l'Ancien Testament bien entendu. Ensuite, un ou deux des responsables font des commentaires. Par d\u00e9f\u00e9rence envers Paul, qui est de passage et qui a d\u00e9j\u00e0 fait comprendre qu'il avait quelque chose \u00e0 dire, on lui demande de parler.
Le discours de Paul, cette reprise de l'histoire d'Isra\u00ebl, peut nous para\u00eetre sans grand int\u00e9r\u00eat, comme celui de Pierre (chapitre 2) et d'Etienne (chapitre 7). Mais c'\u00e9tait la mani\u00e8re juive de pr\u00eacher, et pour tous ces \u00e9migr\u00e9s, il n'y avait rien de plus int\u00e9ressant que d'entendre rappeler cette histoire qu'ils savaient par coeur et qui leur donnait leur identit\u00e9 au milieu des autres peuples. Paul pr\u00e9sente donc cette histoire, mettant en relief une s\u00e9rie de faits qui donnent un sens \u00e0 cette histoire et l'am\u00e8nent tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment au Christ. Il montre que les promesses de Dieu \u00e0 Isra\u00ebl se sont r\u00e9alis\u00e9es par la r\u00e9surrection du Christ.
Il y a l\u00e0 une fa\u00e7on de comprendre l'Evangile que nous ne devons pas perdre. Nous disons que la foi juive, et ensuite chr\u00e9tienne, est "historique". Cela veut dire d'abord que Dieu s'est bien r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans l'histoire: notre foi n'est pas une doctrine d\u00e9couverte par des penseurs, et elle ne part pas de l\u00e9gendes. Mais aussi cela veut dire que la r\u00e9surrection de J\u00e9sus marque le grand tournant de toute l'histoire humaine et que, d'ann\u00e9e en ann\u00e9e, l'histoire est en marche vers un terme o\u00f9 la seule issue sera le Jugement et le R\u00e8gne de Dieu. Nous ne pouvons pas simplement pr\u00eacher une doctrine toujours vraie, nous devons montrer comment l'Evangile et l'Esprit de Dieu sont \u00e0 l'oeuvre dans les \u00e9v\u00e9nements.
Le public r\u00e9agit de diverses fa\u00e7ons. Il y a l\u00e0, non seulement des Juifs, mais aussi les adorateurs de Dieu, et les pros\u00e9lytes (plus engag\u00e9s dans le juda\u00efsme) que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s avec l'Ethiopien (8,30) et Corneille: les Juifs les consid\u00e8rent comme des croyants de second rang.
D\u00e8s ses premi\u00e8res paroles, Paul les salue au m\u00eame titre que les Juifs. Ensuite, dans sa pr\u00e9dication, il n'insiste pas sur l'observance de la Loi que seuls les Juifs suivaient enti\u00e8rement et qui les mettait au-dessus des autres: au contraire, il d\u00e9clare que la Loi est d\u00e9pass\u00e9e (38). Paul souligne les promesses de Dieu qui s'adressent \u00e0 tous les hommes. Les "adorateurs de Dieu" s'enthousiasment pour un \u00e9vangile qui fait d'eux des croyants \u00e0 part enti\u00e8re.
A la sortie de la synagogue, Paul ne s'enferme pas dans le groupe des Juifs, mais tout de suite il attire \u00e0 lui un certain nombre d'adorateurs de Dieu. Le contact doit avoir \u00e9t\u00e9 assez percutant pour eux, puisque le samedi suivant ils am\u00e8nent avec eux tout un monde qu'on n'a encore jamais vu.
Une crise se produit alors. Les Juifs les plus fiers ont peur quand ils se voient entour\u00e9s de ces pa\u00efens impurs; ils s'opposent \u00e0 Paul et ne pensent plus qu'\u00e0 le mettre dehors. Des femmes riches et pieuses interviennent. C'est alors qu'une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne commence \u00e0 exister \u00e0 part de celle des Juifs.
Tout cela n'est-il pas actuel? Si nous ne voyons pas souvent de telles crises dans notre Eglise, c'est peut-\u00eatre parce que les ap\u00f4tres sont peu nombreux, comme au temps de Paul, et nous n'avons pas encore re\u00e7u la visite de celui qui se ferait entendre au del\u00e0 de nos murs.
Tous ceux qui \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 la vie \u00e9ternelle (48). Cette expression ne condamne pas ceux qui n'ont pas cru. Elle dit simplement que la venue \u00e0 la foi de quelques uns \u00e9tait pour eux un don: d\u00e9sormais Dieu entrait dans leur vie et faisait d'eux les porteurs d'un courant de vie divine appel\u00e9 \u00e0 transformer le monde (Jn 17,3).

{N}14,{/}1: Les choses se pass\u00e8rent de la m\u00eame fa\u00e7on \u00e0 Iconium. Paul et Barnab\u00e9 parlent pleins d'assurance. C'est un des signes du v\u00e9ritable ap\u00f4tre, inspir\u00e9 par l'Esprit Saint. Cette assurance est importante pour d\u00e9cider la conversion des auditeurs, mais elle n'est pas un don naturel. C'est Dieu toujours qui inspire \u00e0 la fois la parole de l'ap\u00f4tre et la r\u00e9ponse de foi de l'auditeur, tout sp\u00e9cialement dans les circonstances difficiles (Voir 1Th 2,2 et 2Co 12,10).
A propos de ces pers\u00e9cutions contre Paul, voir Ga 5,11.

{N}14,{/}8: Une fois sortis de la ville d'Iconium, o\u00f9 le grec \u00e9tait parl\u00e9 par beaucoup de gens, rien ne facilitait le contact: d'abord le probl\u00e8me de la langue. Il y avait ensuite le poids de la religion traditionnelle. Il nous semble parfois que ce devait \u00eatre plus facile de pr\u00eacher la foi dans un monde o\u00f9 tous avaient une religion, et donc une certaine croyance en Dieu. C'est une erreur. Avoir une religion, c'\u00e9tait se soumettre \u00e0 l'autorit\u00e9 indiscutable des coutumes et traditions sociales li\u00e9es \u00e0 cette religion, c'\u00e9tait vivre enferm\u00e9 dans un syst\u00e8me de relations int\u00e9ress\u00e9es avec les dieux, o\u00f9 l'on ne pouvait m\u00eame pas imaginer une r\u00e9action d'homme et de personne libre face \u00e0 Dieu. 
Paul vit qu'il avait la foi pour \u00eatre gu\u00e9ri. Cet homme devait \u00eatre encore tr\u00e8s loin de la foi qui reconna\u00eet J\u00e9sus, Christ et Fils de Dieu, mais c'\u00e9tait la m\u00eame foi de bien des miracul\u00e9s de l'Evangile. Dieu n'appelle pas seulement des th\u00e9ologiens, m\u00eame s'il en faut dans l'Eglise; les autres, le "pauvre monde", devraient se sentir tout autant qu'eux la substance de l'Eglise.
Le malentendu qui suit la gu\u00e9rison de l'impotent est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible. Pers\u00e9cut\u00e9s par les Juifs, Paul et Barnab\u00e9 ont quitt\u00e9 la grande route romaine, cherchant refuge dans ces villages o\u00f9 la culture et la langue grecques ont peu p\u00e9n\u00e9tr\u00e9: seules les quelques autorit\u00e9s du village ont compris Paul, mais la foule qui ne sait que le Lycaonien , la langue locale, n'a vu que le miracle et, pour les pa\u00efens qu'ils sont, Paul et Barnab\u00e9 sont des dieux descendus sur la terre (11 et 12). Ils veulent donc leur offrir un sacrifice en signe de reconnaissance (13). C'est alors que le malentendu tourne au drame: les Juifs arrivent au moment m\u00eame o\u00f9 les choses semblaient s'arranger. 
La pr\u00e9sence des Juifs en toute cit\u00e9 de l'Empire, les communications \u00e9troites entre leurs communaut\u00e9s faisaient d'eux des ennemis redoutables d\u00e8s le moment o\u00f9 ils avaient avec eux les autorit\u00e9s centrales de J\u00e9rusalem. Les Juifs allaient pers\u00e9cuter les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, et indisposer contre eux les autorit\u00e9s romaines, jusqu'\u00e0 la Guerre Juive des ann\u00e9es 66-70 qui vit la ruine de leur nation.
En fait, les difficult\u00e9s de Lystres ont aid\u00e9 Paul \u00e0 pr\u00e9ciser ses objectifs: il ne se risquera plus dans les campagnes dont il ne conna\u00eet pas la langue et o\u00f9 il lui est donc difficile de se faire comprendre. D\u00e9sormais il \u00e9vang\u00e9lisera les villes situ\u00e9es sur les grands axes, ainsi que les ports, et il laissera \u00e0 d'autres, aux nouveaux chr\u00e9tiens de la r\u00e9gion, le soin de propager l'Evangile plus \u00e0 l'int\u00e9rieur.

{N}14,{/}21: Derb\u00e9 est la fin de la mission. Paul et Barnab\u00e9 rentrent par le chemin qu'ils ont pris pour venir, visitant les communaut\u00e9s qu'ils ont \u00e9tablies sur le continent. Ils prennent ensuite le bateau pour Antioche sans retourner sur l'\u00eele de Chypre.
L'Eglise de l'\u00e9poque n'avait ni paroisses, ni clerg\u00e9, ni institutions, ni livres. L'ap\u00f4tre doit donc organiser l'Eglise de telle fa\u00e7on qu'elle puisse continuer. Tout comme les communaut\u00e9s juives avaient des leaders appel\u00e9s anciens (ou presbytres), les chr\u00e9tiens auront des anciens qui dirigeront la communaut\u00e9 et pr\u00e9sideront l'eucharistie. (Voir le commentaire de 13,1). Lors de ces assembl\u00e9es chacun partage avec tous ses propres dons spirituels (voir 1Co chapitres 12-14). 
La communaut\u00e9 a pour livres ceux de la Bible juive: l'Ancien Testament. Les proph\u00e8tes de l'Eglise (Ac.13,1) tirent de ce livre de nouvelles le\u00e7ons: ils y d\u00e9couvrent une annonce du Christ. De temps en temps, des ap\u00f4tres ou des proph\u00e8tes venant d'ailleurs visitent les communaut\u00e9s.
Nous comprenons ainsi qu'une mission n'a atteint son but que lorsqu'elle a r\u00e9ussi \u00e0 former des communaut\u00e9s de personnes adultes, avec leurs propres leaders et la participation de tous leurs membres.

{N}15,{/}1: Nous voyons ici le premier grand d\u00e9bat de l'Eglise. Paul en fait le r\u00e9cit dans Ga 2,1-10.
Depuis d\u00e9j\u00e0 deux ou trois si\u00e8cles, les Juifs \u00e9migr\u00e9s dans les pays de langue grecque avaient attir\u00e9 \u00e0 leur foi de tr\u00e8s nombreux pa\u00efens. Mais ceux-ci devaient pratiquement s'int\u00e9grer au peuple juif, puisque la Bible - l'Ancien Testament - demandait sans distinction la foi au Dieu unique, la circoncision, la fa\u00e7on juive de s'habiller, le respect des tabous alimentaires du peuple juif...
Un bon nombre des chr\u00e9tiens de J\u00e9rusalem ne voyaient pas diff\u00e9remment l'entr\u00e9e dans l'Eglise; ceux d'entre eux qui sont pharisiens expriment leur point de vue de fa\u00e7on plus cat\u00e9gorique (5), alors que Jacques le fait de fa\u00e7on plus nuanc\u00e9e: les pa\u00efens sont sauv\u00e9s par la foi au Christ, mais celle-ci reste li\u00e9e \u00e0 l'observation de la Loi. Cela signifie que pour ces chr\u00e9tiens, sans qu'ils en soient bien conscients, la foi est une int\u00e9gration au peuple de Dieu, mais ce peuple de Dieu reste identifi\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl.
Les missions de Paul ont cr\u00e9\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment nouveau: des communaut\u00e9s sont n\u00e9es en pays grecs qui sont compos\u00e9es en majorit\u00e9 de non-Juifs, et Paul n'a mis aucune condition \u00e0 leur bapt\u00eame. Pour eux, le peuple de Dieu, c'est la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne.
L'Eglise va-t-elle se diviser? Paul va-t-il se faire l'initiateur d'une autre Eglise "chr\u00e9tienne" plus radicale dans l'appr\u00e9ciation du salut par la seule foi au Christ? La rencontre de J\u00e9rusalem est un effort de toute l'Eglise pour pr\u00e9ciser sa foi et sauvegarder son unit\u00e9.
La fa\u00e7on de r\u00e9soudre le conflit met en relief l'aspect communautaire de l'Eglise. Les anciens, responsables de l'Eglise-m\u00e8re de J\u00e9rusalem se r\u00e9unissent avec les ap\u00f4tres qui sont l'autorit\u00e9 supr\u00eame de l'Eglise. Simon Pierre leur rappelle son exp\u00e9rience avec Corneille (chapitre 10), et il ouvre le chemin de la libert\u00e9 totale par rapport \u00e0 la religion juive.

{N}15,{/}13: L'intervention de Jacques, le tr\u00e8s conservateur leader de l'Eglise de J\u00e9rusalem, insiste sur des mesures visant \u00e0 ne pas scandaliser les chr\u00e9tiens d'origine juive. M\u00eame si la Loi n'est pas obligatoire, on demandera aux chr\u00e9tiens d'origine pa\u00efenne de s'abstenir de certaines choses qui r\u00e9pugnent trop aux Juifs. Le probl\u00e8me du sang (le boudin!) et de la viande non saign\u00e9e, d'abord, et puis les mariages entre proches et les viandes provenant des sacrifices pa\u00efens.

{N}15,{/}22: Si l'on relit le chapitre 2 de Galates, puis Actes 21,25, on peut penser que Luc a joint ici deux \u00e9v\u00e9nements: d'une part, la rencontre de J\u00e9rusalem, d'autre part, une d\u00e9cision de Jacques prise un peu plus tard pour les Eglises qui d\u00e9pendaient plus directement de J\u00e9rusalem et o\u00f9 les Juifs d'origine formaient la grande majorit\u00e9. Cela aiderait \u00e0 comprendre le d\u00e9cret qui suit.
La d\u00e9cision finale du "Concile" de J\u00e9rusalem, telle qu'elle est pr\u00e9sent\u00e9e ici, est sans doute ce que les ap\u00f4tres et l'Esprit Saint pouvaient faire de mieux sur le moment. Mais il faut reconna\u00eetre que l'arrangement ne pouvait \u00eatre que provisoire et n'avait pas de justification doctrinale. Imposer les lois juives, c'\u00e9tait p\u00e9naliser les non-Juifs, c'\u00e9tait aussi une fa\u00e7on de dire que l'Eglise n'\u00e9tait pas capable de se maintenir dans la nouveaut\u00e9 de l'Evangile, libre du pass\u00e9, libre des disciplines religieuses. De fait, quelques ann\u00e9es plus tard il n'\u00e9tait plus question de ces lois, du seul fait que l'Eglise s'\u00e9tait lib\u00e9r\u00e9e de la communaut\u00e9 juive, tout autant qu'elle avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e par elle.
On aura remarqu\u00e9 les expressions suivantes: Les ap\u00f4tres, les anciens et toute la communaut\u00e9... il a paru bon \u00e0 l'Esprit Saint et \u00e0 nous (28): la d\u00e9cision de la communaut\u00e9 unie \u00e0 ses ap\u00f4tres est la garantie de l'Esprit Saint. A plusieurs reprises dans l'histoire, des d\u00e9bats semblables se sont pr\u00e9sent\u00e9s, mais alors il ne s'agissait plus de lib\u00e9rer l'Evangile des lois de l'Ancien Testament: c'\u00e9taient les lois et coutumes de l'Eglise qui \u00e9taient devenues le joug impossible \u00e0 porter (15,10) pour une grande part de l'humanit\u00e9. Mais seul un d\u00e9bat largement ouvert, comme fut celui de J\u00e9rusalem, permet de mettre le doigt sur ces obstacles et ces tabous eccl\u00e9siastiques; aussi longtemps que des organismes centraux \u00e9touffent la libert\u00e9 d'expression, la mission s'\u00e9tiole et l'Eglise s'enferme dans une client\u00e8le traditionnelle de jour en jour plus r\u00e9duite.

{N}15,{/}35: Nous sommes en l'an 50. Cela fait treize ans que Paul a rencontr\u00e9 le Christ sur la route de Damas, et une nouvelle \u00e9tape de sa vie commence. Les ap\u00f4tres et l'Eglise de J\u00e9rusalem ont officiellement reconnu la mission que le Christ lui avait donn\u00e9e le jour de sa conversion: il sera l'ap\u00f4tre des nations pa\u00efennes qui forment le monde romain (Ga 2,7-9; Ep 3,8-9). Il va mener la mission comme seul responsable. 
La violente rupture de Paul et de son ami Barnab\u00e9 ne doit pas nous \u00e9tonner: la foi ne d\u00e9truit pas notre personnalit\u00e9. Mais, le temps et la gr\u00e2ce att\u00e9nuent les asp\u00e9rit\u00e9s. Quelques ann\u00e9es plus tard, Marc sera pr\u00e8s de Paul qui est prisonnier (Phm 24 et 2 Tm 4,11).

{N}16,{/}1: Il ne suffit pas \u00e0 Paul d'avoir \u00e9tabli des anciens dans chaque communaut\u00e9, il veut aussi des assistants qui, comme lui, visitent et renforcent les communaut\u00e9s existantes, et en fondent de nouvelles. Timoth\u00e9e est le premier de ces assistants. L'ap\u00f4tre tient compte du bon t\u00e9moignage que les croyants donnent de lui: apr\u00e8s Paul, quand il s'agira de trouver des dirigeants pour l'Eglise, on tiendra le plus grand compte de l'opinion de la communaut\u00e9 (voir 1Tm 3,7 et Tt 1,6).
Un d\u00e9tail nous r\u00e9v\u00e8le que Paul \u00e9tait capable de transiger. Il ne veut pas que les pa\u00efens soient circoncis: ce rituel n'a aucun sens pour un chr\u00e9tien. Mais puisque Timoth\u00e9e est de m\u00e8re juive, il le circoncit afin d'\u00e9viter les probl\u00e8mes avec les croyants djuive, pour qu'il puisse mieux exercer son apostolat.
Luc ne donne que peu de d\u00e9tails d'un voyage qui a probablement dur\u00e9 deux ans. Les lettres de Paul nous font entrevoir le genre de travail pers\u00e9v\u00e9rant auquel il devait se consacrer pour former les croyants et leurs responsables: une mission, ce n'est pas seulement amener du monde l\u00e0 o\u00f9 l'on donne la parole; il faut encore \u00e9veiller et convertir ceux qui feront que la communaut\u00e9 vive par elle-m\u00eame et aille en se d\u00e9veloppant.
A deux reprises, le Saint-Esprit emp\u00eache Paul de s'attarder dans la province romaine d'Asie. Il lui faut aller plus loin en Mac\u00e9doine, la plus proche province d'Europe. Ainsi se confirme la volont\u00e9 de Dieu: l'Evangile doit atteindre le centre de l'empire. Paul, si dynamique et entreprenant, se laisse guider par l'Esprit Saint.

{N}16,{/}8: Sans avertissement le texte dit nous, ce qui indique que Luc commence \u00e0 raconter ses propres souvenirs. Il faut en d\u00e9duire qu'\u00e0 Troas, Paul et Silas ont rencontr\u00e9 Luc, un ex-m\u00e9decin d'Antioche, qui les attendait. Il \u00e9tait peut-\u00eatre arriv\u00e9 par mer tandis que les deux missionnaires parcouraient l'int\u00e9rieur.

{N}16,{/}16: D\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9tape, l'Evangile montre sa force lib\u00e9ratrice et fait atterrir les ap\u00f4tres en prison. Paul lib\u00e8re une fille qui pr\u00e9disait la bonne aventure. Ce don, car la Bible semble reconna\u00eetre qu'il ne s'agit pas n\u00e9cessairement d'une fraude, est condamn\u00e9 dans l'Ancien Testament. Il semble li\u00e9 aux forces obscures qui nient la ma\u00eetrise absolue de Dieu sur la destin\u00e9e de ses fils (Col 2,15; 1Co 2,8) : chercher \u00e0 savoir son avenir, c'est toujours, en fait, douter de Dieu.
Les ma\u00eetres de cette fille fournissent un argument qui veut impressionner les autorit\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les coutumes sont sacr\u00e9es - le m\u00eame argument que les Juifs ont utilis\u00e9 et utiliseront contre Paul, et que dans la suite bien des soci\u00e9t\u00e9s "chr\u00e9tiennes" utiliseront contre les vrais croyants: ces gens-l\u00e0 introduisent des usages que nous ne pouvons pas accepter (21).
Dans les prisons romaines, il y avait une salle principale;  au centre du dallage une grille fermait l'ouverture par laquelle on poussait les prisonniers les plus dangereux dans un cachot souterrain. C'est l\u00e0 que l'on met Paul et Silas. Libres malgr\u00e9 leurs cha\u00eenes et leurs blessures, ils ont le coeur \u00e0 louer Dieu, et dans le silence de la nuit les autres prisonniers les \u00e9coutent.
Dieu \u00e9coute aussi: les grilles s'ouvrent. Que d'\u00e9pisodes du m\u00eame genre, partout o\u00f9 un t\u00e9moignage de libert\u00e9 chr\u00e9tienne a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au risque de la vie et de la libert\u00e9!
Nous qui prenons le temps, et avec raison, pour pr\u00e9parer un bapt\u00eame, peut-\u00eatre serons-nous surpris de ce bapt\u00eame si rapide de toute une famille. On pourra dire que tout le monde n'est pas Paul, que le cas \u00e9tait assez sp\u00e9cial... Il faut ajouter que c'\u00e9tait un monde diff\u00e9rent du n\u00f4tre, o\u00f9 les personnes n'avaient pas la m\u00eame capacit\u00e9 qu'aujourd'hui pour une d\u00e9marche personnelle de la foi.

{N}17,{/}1: Dans cette mission, il faut noter le cas de Thessalonique, capitale de la Mac\u00e9doine. La plupart des Juifs font de l'opposition. La communaut\u00e9 chr\u00e9tienne commencera avec des hommes d'origine grecque, des adorateurs de Dieu que Paul a rencontr\u00e9s dans la synagogue, et avec d'autres pa\u00efens grecs. Les quelques Juifs convertis (4) en seront probablement les cadres et les \u00e9ducateurs: c'\u00e9taient eux qui savaient manier la Bible, qui avaient des psalmodies pour les psaumes, qui avaient quelque id\u00e9e d'une liturgie communautaire, qui avaient plus de lucidit\u00e9 dans les principes moraux. Paul veillera toujours \u00e0 ce que les Juifs ne ram\u00e8nent pas les convertis \u00e0 une religion de commandements, mais c'est chez eux qu'il trouvera, pour un temps, les \u00e9l\u00e9ments les mieux pr\u00e9par\u00e9s.
La pers\u00e9cution emp\u00eache Paul de rester plus de deux mois. Une Eglise si nouvelle, \u00e9tablie dans de telles conditions, allait-elle r\u00e9sister? De fait elle a pers\u00e9v\u00e9r\u00e9: voir les Lettres aux Thessaloniciens.

{N}17,{/}16: Ath\u00e8nes \u00e9tait la ville la plus c\u00e9l\u00e8bre du monde grec. M\u00eame priv\u00e9e de tout pouvoir politique, elle continuait d'\u00eatre le centre culturel du monde romain. Paul arrive \u00e0 Ath\u00e8nes, donnant toujours la priorit\u00e9 aux grands centres et aux ports, d'o\u00f9 les communications sont plus faciles et les nouvelles - l'Evangile - se transmettent rapidement par voie de mer.
On lui offre la possibilit\u00e9 de parler devant les philosophes et les notables d'Ath\u00e8nes, et il accepte. Pour ces intellectuels il met en forme son message, mais c'est un \u00e9chec. Il fallait peut-\u00eatre s'y attendre. Viennent \u00e0 la foi, d'habitude, ceux que leur vie rapproche du Christ. Eux ne s'int\u00e9ressaient qu'aux nouveaut\u00e9s, c'\u00e9taient des ma\u00eetres et Paul n'avait aucun titre.
Paul avait situ\u00e9 la foi chr\u00e9tienne face aux religions, montrant que pour tous les peuples c'\u00e9tait le moment d'entrer dans un nouvel \u00e2ge du monde. Une premi\u00e8re partie pr\u00e9sentait le fait de la pluralit\u00e9 religieuse: ce n'\u00e9tait qu'une premi\u00e8re \u00e9tape dans le plan de Dieu. Puis venait l'Evangile: une r\u00e9unification de l'humanit\u00e9 et un jugement de Dieu. C'\u00e9tait l\u00e0 sans doute qu'il voulait et pouvait donner son propre t\u00e9moignage, mais ils ne le laissent pas terminer son discours.
A la diff\u00e9rence de ce que faisaient souvent les Juifs (voir encore Sagesse 11-15), il ne s'en prend  pas aux images et aux honneurs qu'on leur rend. Paul sait que dans toutes les religions, bien des gens mettent les images \u00e0 leur v\u00e9ritable place et ne confondent pas le Dieu vrai et unique, dont ils ont une certaine intuition, avec les images et les rites traditionnels.
Paul veut seulement montrer que ce Dieu est bien au-del\u00e0 des figures que nous lui attribuons, et aussit\u00f4t il affirme l'unit\u00e9 de l'homme dans le destin de Dieu. Il avait tir\u00e9 d'un m\u00eame sang toute la race humaine (26). Ne reprenons pas les discussions d\u00e9mod\u00e9es pour savoir si Paul condamne ou non les th\u00e9ories d'une apparition de l'homme \u00e0 partir de divers individus. Paul affirme que la race est une dans le plan de Dieu: le premier d'entre eux, le mod\u00e8le, le fr\u00e8re a\u00een\u00e9, n'est pas le lointain anc\u00eatre, mais le Christ, Fils de Dieu.
Il leur fallait chercher l'\u00eatre divin, peut-\u00eatre le trouveraient-ils. Affirmation \u00e9tonnante d'une humanit\u00e9 \u00e0 qui Dieu n'a pas tout dit et qui doit avancer \u00e0 t\u00e2tons, donc avec bien des erreurs. Dieu l'a voulu et le veut ainsi, nous laissant toujours \u00e9tonn\u00e9s et \u00e9merveill\u00e9s de son infinie patience. Paul ici ne condamne pas les philosophes qui n'ont pas la foi, ou dont les th\u00e9ories ont bien des aspects n\u00e9fastes.
Voil\u00e0 des ouvertures bien int\u00e9ressantes: pouvons-nous condamner sans plus notre monde en crise? Jamais l'humanit\u00e9 n'a connu un tel bouleversement de ses conditions de vie, de tels d\u00e9fis \u00e0 surmonter, de tels changements \u00e0 accepter dans la vie de tous les jours. Il est normal qu'on soit d\u00e9boussol\u00e9, qu'on cherche \u00e0 t\u00e2tons, avec d'\u00e9normes erreurs, et cela fait partie du plan de Dieu. L'Eglise tr\u00e8s souvent serait bien incapable de dire quel est le meilleur parti: les chr\u00e9tiens ne sont-ils pas l'Eglise? Et ils sont divis\u00e9s. Dieu n'a pas l'habitude de donner des proph\u00e8tes pour penser et savoir \u00e0 la place des autres. Nous ne pouvons donc que r\u00e9affirmer ce qui est notre foi et certitude: tout doit aboutir \u00e0 un jugement, et le jugement se fera face au Christ. Les peuples se sauvent et se condamnent selon qu'ils acceptent ou non ce Dieu qui s'est fait l'un de nous, et l'un de ceux qui ob\u00e9issent.

{N}18,{/}1: Corinthe, premier port de Gr\u00e8ce et capitale de la province d'Acha\u00efe, une des grandes m\u00e9tropoles de l'Empire. C'est un centre religieux, commercial et culturel. La ville est c\u00e9l\u00e8bre pour son luxe et sa corruption. Paul y restera dix-huit mois jusqu'\u00e0 la fin de l'ann\u00e9e 52. Nous avons l\u00e0 un rep\u00e8re pr\u00e9cis: l'histoire a enregistr\u00e9 que Gallion (v.12) \u00e9tait gouverneur d'Acha\u00efe durant l'ann\u00e9e 52.
Aquila et sa femme Priscille venaient d'arriver \u00e0 Corinthe. Ils \u00e9taient peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 chr\u00e9tiens, mais les juifs chr\u00e9tiens n'\u00e9taient pas diff\u00e9rents des autres devant le d\u00e9cret de l'empereur.
Aquila et Priscille se mettent simplement \u00e0 la disposition de Paul. Ils l'aideront \u00e0 plusieurs reprises (Rm 16,3) avec la disponibilit\u00e9 naturelle de ceux qui ne se sentent pas li\u00e9s \u00e0 une ville ou un pays.
Une vision (9): elles n'abondent pas dans ce livre. Peut-\u00eatre Paul se demandait-il s'il ne vaudrait pas mieux se retirer pour un temps comme il avait d\u00e9j\u00e0 fait et comme J\u00e9sus l'avait conseill\u00e9 en cas de pers\u00e9cution (Mt 10,23)? Le d\u00e9mon multiplie les obstacles si lp\u00e9n\u00e8tre dans son domaine, de peur de perdre son pouvoir: dans ce centre de corruption, la gr\u00e2ce l'emportera.
Les Juifs le tra\u00een\u00e8rent au tribunal (13). Nous avons ici un nouvel exemple des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par Paul dans les grands centres romains. Divers peuples coexistent et bien des conflits se r\u00e8glent \u00e0 l'int\u00e9rieur de chaque communaut\u00e9 selon ses propres lois et coutumes. Gallion, le gouverneur romain, ne veut pas se laisser entra\u00eener dans la jungle des traditions et disputes, surtout avec les Juifs, qui depuis pr\u00e8s de cent ans b\u00e9n\u00e9ficiaient de privil\u00e8ges religieux \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'empire romain. Ceux-ci sont furieux de voir le succ\u00e8s de Paul qui s'appuie comme eux sur la parole du Dieu unique, et ils craignent que les imprudences des chr\u00e9tiens n'attirent une r\u00e9action des pa\u00efens dont eux-m\u00eames seraient aussi les victimes.
Tous se mirent \u00e0 frapper Sosth\u00e8ne (17). Il est plus que probable que ce Sosth\u00e8ne est celui qui est nomm\u00e9 en 1Co 1,1. M\u00eame s'il \u00e9tait l\u00e0 comme figure marquante du groupe chr\u00e9tien, il est douteux que les Juifs s'en soient pris \u00e0 lui devant les autorit\u00e9s: c'est plus probablement une foule de badauds qui se laisse tomber sur un Juif connu.

{N}18,{/}18: Dans ce court paragraphe, Luc r\u00e9unit la fin du second voyage et le commencement du troi si\u00e8me.
Paul ne reste pas \u00e0 Eph\u00e8se, capitale de la province d'Asie. Il est press\u00e9 de rentrer apr\u00e8s deux ans et demi de mission. Il monte \u00e0 J\u00e9rusalem et retourne \u00e0 Antioche, la premi\u00e8re des Eglises du monde pa\u00efen. C'est l\u00e0 que Paul vient se reposer et se renouveler apr\u00e8s chaque voyage. La vie de cette communaut\u00e9 nombreuse, avec des ann\u00e9es d'exp\u00e9rience, le contact avec ses ap\u00f4tres, l'aident \u00e0 voir o\u00f9 est l'avenir de l'Eglise.
Paul avait fait un voeu. Il se rase la t\u00eate comme pr\u00e9vu dans les Nombres 6,5. Tout ce que Paul \u00e9crit pour d\u00e9tourner les pa\u00efens convertis des pratiques de la Loi, ne l'emp\u00eache pas lui, Juif de formation, de se sentir \u00e0 l'aise dans les formes traditionnelles de la pi\u00e9t\u00e9 juive. Il sait que seule la foi sauve, mais il a voulu marquer par un voeu quelque accord secret qu'il avait fait avec le Seigneur.
Quand il repart, Paul rend visite aux Eglises \u00e9tablies lors de sa seconde mission. Cela lui demande plusieurs mois et il ne r\u00e9appara\u00eet \u00e0 Eph\u00e8se qu'en 54. Dans l'intervalle, une Eglise y a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie.

{N}18,{/}24: En l'absence de Paul, Aquila, Priscille et d'autres ont repris les premiers contacts qu'il avait \u00e9tablis dans la communaut\u00e9 juive. Un succ\u00e8s important: l'int\u00e9gration d'Apollos qui sera l'un des missionnaires les plus valables (1Co 3,6; 4,6; 16,12).
Apollos, nous dit-on, connaissait quelque chose du Chemin, mais en \u00e9tait rest\u00e9 au bapt\u00eame de Jean. Le Chemin (26). Nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 ce terme qui d\u00e9signait le christianisme: non plus vraiment une religion, ni seulement une foi ou une morale, mais tout cela \u00e0 la fois et plus encore. Apollos, comme ces douze hommes cit\u00e9s en 19,1-7, s'\u00e9tait probablement trouv\u00e9 quelque temps en Palestine lorsque J\u00e9sus y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 connu. Mais sa parole n'avait pas encore abouti \u00e0 un vrai mouvement et n'avait pas obtenu le retentissement de la pr\u00e9dication de Jean-Baptiste aupr\u00e8s de qui on prenait des engagements en se faisant baptiser.

{N}19,{/}1: Cela faisait trois ans que Paul voulait \u00e9vang\u00e9liser Eph\u00e8se: une des plus belles et des plus grandes villes de l'empire.
Luc a voulu nous conter le bapt\u00eame de ces douze disciples de Jean-Baptiste. Comme nous venons de le dire, ils connaissaient en partie l'enseignement de J\u00e9sus, mais pour se dire ses disciples, il leur manquait le plus important: ils n'avaient pas re\u00e7u l'Esprit Saint.
Alors l'Esprit Saint vient sur eux (6). Voir Actes 8,14. Il ne faut pas oublier que le langage chr\u00e9tien est encore h\u00e9sitant en ces d\u00e9buts. On sait que l'Esprit Saint est beaucoup plus que ces manifestations qui accompagnent l'imposition des mains. De l\u00e0 ces mots: Nous n'avons pas entendu dire "qu'il y ait Esprit Saint"; d'autres textes disent: "qu'on re\u00e7oive l'Esprit Saint". L'imposition des mains veut confirmer le changement op\u00e9r\u00e9 au bapt\u00eame par une exp\u00e9rience des dons de l'Esprit (1Co 12,7). Bien des chr\u00e9tiens aujourd'hui s'\u00e9tonneront s'ils n'ont jamais eu cette exp\u00e9rience sensible de Dieu. Ne disons pas que cela n'est plus utile ou n'a plus lieu aujourd'hui. L'important, bien s\u00fbr, n'est pas de sentir mais de croire et de vivre sa foi. Mais l'exp\u00e9rience sensible faite \u00e0 certains moments de notre vie est souvent le choc qui fait refleurir la foi: elle nous montre comment Dieu est proche, et comment d\u00e9j\u00e0 il est ma\u00eetre de nos r\u00e9actions intimes. Peut-\u00eatre nos temp\u00e9raments si rationalistes et notre vie d'Eglise, si d\u00e9fiante de tout ce qui est expression personnelle, sont-ils un \u00e9teignoir pour les dons de l'Esprit, - \u00e0 moins que ce ne soit la pauvret\u00e9 de notre engagement vis-\u00e0 vis de J\u00e9sus.
Ils se font baptiser au Nom du Seigneur J\u00e9sus. Faut-il penser qu'au d\u00e9but le bapt\u00eame se faisait "au Nom de J\u00e9sus" et pas "au Nom du P\u00e8re et du Fils et du Saint-Esprit". Ce n'est pas certain. Au Nom de signifie: par le pouvoir de; il se peut que le bapt\u00eame au Nom du P\u00e8re et du Fils et du Saint-Esprit se soit appel\u00e9 "le bapt\u00eame au Nom de J\u00e9sus" pour le distinguer du bapt\u00eame de Jean et des bapt\u00eames d'autres religions. Il est aussi possible qu'au moment de recevoir l'eau au nom de la Sainte Trinit\u00e9, le baptis\u00e9 ait eu \u00e0 faire son invocation personnelle au Nom de J\u00e9sus.
Mais il n'est pas impossible non plus que dans les premiers temps on ait baptis\u00e9 au Nom de J\u00e9sus et que plus tard, l'Eglise ait modifi\u00e9 la formule pour se distinguer de groupes qui croyaient en J\u00e9sus mais sans le reconna\u00eetre comme le Fils de Dieu n\u00e9 du P\u00e8re. Ce changement n'a rien pour nous \u00e9tonner: l'Eglise des ap\u00f4tres avait donn\u00e9 la premi\u00e8re formule; la m\u00eame Eglise a donn\u00e9 la seconde formule attribu\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus dans Mt 28,19.

{N}19,{/}11: J\u00e9sus avait promis des signes \u00e0 ceux qui croiraient (Mc 16,15-18). Les m\u00eames signes sont donn\u00e9s aujourd'hui quand l'Eglise redevient missionnaire.
Les gu\u00e9risons nous impressionnent. Mais la conversion vraie de ceux qui confessent leurs pratiques de magie et br\u00fblent des livres extr\u00eamement chers n'est pas moins importante. Il semble qu'ils ne l'avaient pas fait au moment de leur bapt\u00eame: plus tard ils ont compris ce que la foi exigeait d'eux.

{N}19,{/}21: Le succ\u00e8s de l'\u00e9vangile est tel qu'il \u00e9branle l'idol\u00e2trie. Il se pr\u00e9sentait pourtant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de beaucoup d'autres religions. Le monde romain \u00e9tait rempli d'inqui\u00e9tudes religieuses; d'Asie en particulier venaient de nombreuses doctrines et cultes qui pr\u00e9tendaient lib\u00e9rer de la mort. Mais tout cela n'\u00e9tait que th\u00e9ories, secrets qu'on se passe de l'un \u00e0 l'autre - nous parlons aujourd'hui d'\u00e9sot\u00e9risme pour ces secrets vieux comme le monde -. Les ap\u00f4tres par contre donnaient leur t\u00e9moignage: un Juif nomm\u00e9 J\u00e9sus est ressuscit\u00e9, et nous l'avons vu ressuscit\u00e9.
Une \u00e9meute se produit. Les fabricants d'idoles d\u00e9fendent leurs int\u00e9r\u00eats. Les Juifs qui vivaient tranquilles parmi les pa\u00efens ont peur qu'on les confonde avec les chr\u00e9tiens, et ils veulent se mettre \u00e0 l'abri.

{N}20,{/}1: Paul est rest\u00e9 deux ans et demi \u00e0 Eph\u00e8se, et certains d\u00e9tails de ses lettres nous font voir que le r\u00e9cit de Luc est tr\u00e8s incomplet: la majeure partie de l'activit\u00e9 de Paul n'y est pas mentionn\u00e9e, en particulier l'\u00e9vang\u00e9lisation des villes voisines d'Eph\u00e8se par une \u00e9quipe qu'il animait: voir l'Introduction \u00e0 Eph\u00e9siens. Paul a beaucoup souffert; il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 (Introduction \u00e0 Philippiens). C'est durant cette p\u00e9riode qu'il a \u00e9crit sa lettre aux Galates et la Premi\u00e8re lettre aux Corinthiens.
Paul va en Mac\u00e9doine (o\u00f9 se trouve Thessalonique) et en Gr\u00e8ce (o\u00f9 il s'arr\u00eate quelque temps \u00e0 Corinthe). Il a toujours en t\u00eate de se rendre \u00e0 Rome, et de Corinthe il \u00e9crit sa lettre aux Romains.

{N}20,{/}7: Luc nous dit que la c\u00e9l\u00e9bration a lieu le lendemain du sabbat. C'est d\u00e9j\u00e0 notre dimanche: les chr\u00e9tiens se sont s\u00e9par\u00e9s des Juifs, rempla\u00e7ant le sabbat par le jour suivant, le premier de la semaine, jour de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus. Ils inscrivaient ainsi dans leur calendrier l'\u00e9v\u00e9nement majeur de leur foi.
La rencontre a lieu naturellement dans une maison particuli\u00e8re: voir les endroits o\u00f9 Paul parle de "l'Eglise qui se r\u00e9unit" dans telle ou telle famille (Rom. 16,5; 16,14 et 15). Et c'est le commencement de la r\u00e9union chr\u00e9tienne qui inclut les \u00e9changes, l'instruction, la pri\u00e8re, et se termine par l'action de gr\u00e2ces (ou eucharistie) avec la communion au Corps du Christ. 
Chacun a pu s'exprimer, mais Paul aussi, comme tout proph\u00e8te et ap\u00f4tre, a beaucoup de choses \u00e0 dire, pr\u00e9par\u00e9es ou inspir\u00e9es. Que peut-il bien dire?
- Il lit et cite les passages des Ecritures qui \u00e9clairent la mission de J\u00e9sus et prennent tout leur sens gr\u00e2ce \u00e0 lui.
- Il partage autant qu'il se peut, sa foi et sa soumission au Christ;
- il montre comment l'Esprit du Christ s'est manifest\u00e9 dans les divers incidents de sa mission.
Cette partie de la r\u00e9union s'est prolong\u00e9e: les proph\u00e8tes, m\u00eame Paul, ont parfois tendance \u00e0 s'\u00e9terniser. On ne pouvait pourtant pas se s\u00e9parer sans terminer avec la fraction du pain.
Avec la mauvaise chute d'un des jeunes de l'assistance, les participants sont t\u00e9moins du pouvoir de Dieu sur la mort (voir 10,36).

{N}20,{/}17: Paul retourne en Palestine. Il pressent ou il sait par une r\u00e9v\u00e9lation de l'Esprit Saint qu'une autre \u00e9tape de sa vie est sur le point de commencer: les ann\u00e9es d'emprisonnement et d'\u00e9preuves. Il veut donc faire ses adieux \u00e0 tous les responsables d'Eglise de la province romaine d'Asie. Il ne les conna\u00eet pas tous bien, car l'\u00e9vang\u00e9lisation de cette province a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par l'\u00e9quipe de ses assistants (20,4).
Ces responsables sont appel\u00e9s anciens au verset 17, et inspecteurs (ou "\u00e9piscopes", d'o\u00f9 est venu "\u00e9v\u00eaques") au verset 28. voir \u00e0 ce sujet com. de Phl. 1,1.
Paul donne son propre exemple et \u00e0 partir de l\u00e0 d\u00e9veloppe les obligations des pasteurs de l'Eglise (28). Ensuite il les invite \u00e0 ne pas s'enfermer dans le r\u00f4le de pr\u00e9sident ou d'administrateurs de la communaut\u00e9: ils doivent la pr\u00e9parer pour des temps difficiles. Il leur suffit de se comparer \u00e0 Paul pour voir les sacrifices que demande le travail apostolique: peuvent-ils se reposer sans plus sur un ap\u00f4tre, un autre qu'eux, bien s\u00fbr, qui lui, doit faire face aux crises?
Aux versets 33-35 Paul reprend le discours de d\u00e9mission de Samuel (1Sam 12,3): comme on arrive vite \u00e0 se faire servir, et \u00e0 se servir, dans n'importe quel travail apostolique ou assimil\u00e9!
Aux versets 28-30 l'annonce des divisions et h\u00e9r\u00e9sies dans l'Eglise: ce langage sera repris dans les Lettres Pastorales (2 Tim 3,1-9). Nous nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 voir les Chr\u00e9tiens divis\u00e9s. Pour Paul, c'\u00e9tait impensable. Quand il dit "les Eglises du Christ" (Rom. 16,4 et 16; 1Co 4,17; 11,16), il ne pense qu'\u00e0 des communaut\u00e9s qui communiquent entre elles et acceptent toutes sans discussion la m\u00eame foi et la m\u00eame tradition des ap\u00f4tres.
Paul fait allusion au sort qui l'attend: nous ne pouvons pas pr\u00e9tendre \u00e0 autre chose que de suivre le Christ, lequel s'est acquis son Eglise par son propre sang (28). Un responsable d'Eglise n'aura de vrai repos et retraite qu'au ciel: 20,32.

{N}21,{/}1: Paul fait sa "mont\u00e9e" \u00e0 J\u00e9rusalem, et les manifestations de l'Esprit se succ\u00e8dent. Etranges appels \u00e0 Paul pour qu'il ne monte pas, alors que justement il va encha\u00een\u00e9 par l'Esprit (20,22), c'est-\u00e0-dire, sans la possibilit\u00e9 de prendre une autre d\u00e9cision. C'est bien le moment de voir comment l'Esprit de Dieu ne fait qu'un avec l'esprit de celui qu'il inspire : ceux qui avertissent Paul savent et disent qu'il lui arrivera malheur, et ils ne le voudraient pas. Paul le sait, et il le veut.
L\u00e0 est l'important: celui qui renonce \u00e0 lui-m\u00eame et se donne \u00e0 Dieu voit l'Esprit de plus en plus actif dans sa vie, non pas par des visions et des merveilles, mais par une inspiration silencieuse. Il s'y habitue au point de ne pouvoir plus vivre sans elle. Il sait par exp\u00e9rience que lorsque la raison sugg\u00e8re un autre fa\u00e7on d'agir, cette inspiration int\u00e9rieure est la bonne.
L'Eglise primitive avait ses proph\u00e8tes, mais elle voulait que la communaut\u00e9 fasse un discernement pour juger s'il s'agissait vraiment d'un "esprit de Dieu" 1Co 14,29; 1Th 5,21; 1 Jn 4,1-3.
Le r\u00e9cit du voyage nous permet de sentir la capacit\u00e9 d'accueil de ces premi\u00e8res communaut\u00e9s: on avait soif de ces contacts avec les fr\u00e8res venus d'ailleurs en un temps o\u00f9 les communications \u00e9taient si limit\u00e9es. Et puis, aurait-on c\u00e9l\u00e9br\u00e9 une eucharistie avec des inconnus de passage sans leur demander au moins de se faire conna\u00eetre et de parler de leur Eglise? Mais c'\u00e9tait tout autre chose quand il s'agissait d'ap\u00f4tres ou de proph\u00e8tes, car alors on avait droit \u00e0 des manifestations de l'Esprit, \u00e0 une connaissance nouvelle de la Parole, avec des nouvelles de l'Eglise universelle.

{N}21,{/}17: Lorsque Paul arrive \u00e0 J\u00e9rusalem, les chr\u00e9tiens d'origine juive viennent le saluer, mais tout de suite ils s'en prennent \u00e0 lui. Le bruit court parmi eux que Paul non seulement n'impose pas la Loi juive aux Chr\u00e9tiens d'origine pa\u00efenne, mais encore qu'il invite les Juifs \u00e0 abandonner la Loi. Ils lui demandent donc de prouver sa fid\u00e9lit\u00e9 au pass\u00e9 en se faisant le parrain de quelques croyants qui ont fait un voeu - assez co\u00fbteux d'ailleurs - et si Paul vient de chez les Grecs, il doit avoir de l'argent et il peut bien payer!
Ils signalent l'importance de la communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem: des dizaines de milliers (20) pour faire respecter leurs exigences. Ces Juifs \u00e9taient peut-\u00eatre encore plus nombreux que les chr\u00e9tiens du monde pa\u00efen: Paul accepte pour le bien de la paix.

{N}21,{/}27: Il y a des points communs entre l'arrestation de Paul, celle d'Etienne et celle de J\u00e9sus quelques ann\u00e9es auparavant (voir 6,9). Les Juifs d'Asie produisent plusieurs accusations: la plus grave est que Paul a amen\u00e9 au Temple un non-circoncis. Il encourait donc la peine de mort. Cet homme pr\u00eache contre notre peuple, contre la Loi et contre le Lieu Saint. Les m\u00eames accusations \u00e9taient port\u00e9es contre le Christ et contre Etienne.
L'accusation est fausse. Cependant les Juifs n'ont pas tout \u00e0 fait tort: Paul forme des chr\u00e9tiens pour qui la foi au Christ remplace maintenant le culte du Temple; l'ob\u00e9issance \u00e0 la Loi fait place \u00e0 la soumission \u00e0 l'Esprit, et le nationalisme juif \u00e0 la fraternit\u00e9 universelle des chr\u00e9tiens.
Les troupes romaines d'occupation disposaient d'une forteresse attenant au Temple, d'o\u00f9 l'on surveillait constamment ce lieu particuli\u00e8rement critique. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, les soldats peuvent intervenir avant que Paul n'ait le m\u00eame sort qu'Etienne.

{N}22,{/}1: Paul donne ici son t\u00e9moignage personnel. Il insistera donc sur sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la religion de ses p\u00e8res: il n'a cependant pas pu emp\u00eacher le Christ, le Seigneur (nous savons que pour lui c'est comme dire: Yahv\u00e9), de s'imposer \u00e0 lui. Paul citera Gamaliel (Ac 5,34), puis un Juif chr\u00e9tien bien fid\u00e8le \u00e0 la Loi, Ananie (v.12).
La foule \u00e9coute. La r\u00e9action vient quand Paul laisse entendre que les pa\u00efens sont appel\u00e9s, eux aussi, \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des dons de Dieu tout comme les Juifs: les pa\u00efens, ce sont nos ennemis, des gens impurs et ennemis de Dieu! La m\u00eame affirmation avait aid\u00e9 \u00e0 condamner J\u00e9sus (Mt 21,42).

{N}23,{/}1: Pour comprendre les chapitres qui suivent et le proc\u00e8s de Paul, il faudra nous rappeler que la justice \u00e9tait tr\u00e8s bien organis\u00e9e dans l'empire romain. Le tribunal supr\u00eame \u00e9tait \u00e0 Rome: c'\u00e9tait le Tribunal de C\u00e9sar, et les citoyens romains qui craignaient une erreur judiciaire dans leur province pouvaient faire appel au tribunal de C\u00e9sar, c'est \u00e0 dire de l'empereur. Il y avait des gouverneurs (ou procurateurs) qui administraient la justice dans chaque province. Sur le territoire juif, pays occup\u00e9 par les Romains, ceux-ci se r\u00e9servaient les causes les plus importantes, mais ils laissaient le reste aux tribunaux juifs, surtout pour ce qui concernait les questions religieuses. Paul va compara\u00eetre devant plusieurs tribunaux, en commen\u00e7ant par le Sanh\u00e9drin, le tribunal religieux des Juifs. A la fin, il parviendra au tribunal de C\u00e9sar. 
Les paroles de J\u00e9sus confiant \u00e0 ses ap\u00f4tres la mission de le proclamer devant les autorit\u00e9s juives et pa\u00efennes (Lc 21,12), vont donc s'accomplir dans le cas de Paul.
Paul cherchera \u00e0 faire de la r\u00e9surrection du Christ le th\u00e8me de sa proclamation. Il y a eu un proc\u00e8s pour condamner J\u00e9sus. Maintenant Paul s'efforce d'int\u00e9resser les gouverneurs \u00e0 la cause de J\u00e9sus ressuscit\u00e9.

{N}26,{/}1: Pour Paul et son discours, ce n'est s\u00fbrement pas l'auditoire id\u00e9al. Il y a l\u00e0 un roi sans pouvoir, Agrippa, \u00e0 qui le gouverneur romain, la v\u00e9ritable autorit\u00e9, a voulu offrir une diversion. Festus a bien du mal \u00e0 entrer dans le conflit qui oppose Paul au Sanh\u00e9drin et il esp\u00e8re qu'Agrippa, Juif et descendant d'H\u00e9rode, l'aidera \u00e0 y comprendre quelque chose. Est l\u00e0 \u00e9galement la fameuse B\u00e9r\u00e9nice, soeur d'Agrippa, qui est sa concubine avant d'aller faire d'autres conqu\u00eates; et puis tous ceux qui sont venus prendre un moment de d\u00e9tente avant le coktail, y compris les officiers romains peu pr\u00e9par\u00e9s pour ce genre de choses. Voici donc un troisi\u00e8me r\u00e9cit de la conversion de Paul (voir ch. 9 et 22). Cette fois Paul situe sa conversion dans la tradition religieuse du peuple juif: elle n'a rien qui doive surprendre, elle met seulement en lumi\u00e8re ce que Dieu depuis longtemps promettait \u00e0 son peuple: la r\u00e9surrection des morts.
Je parlais de se convertir (20). C'est ce que disaient d\u00e9j\u00e0 les proph\u00e8tes. Il ne suffisait pas de se proclamer Juif, il fallait se remettre en cause. Et Paul, ici, peut se permettre d'insister devant cet auditoire qui ne brille pas par ses vertus morales, sauf sans doute le Romain Festus.
Le Messie devait ressusciter (23). Voici de nouveau le point d\u00e9cisif. D\u00e9j\u00e0 Festus l'avait compris en \u00e9coutant Paul (25,19). On sait que m\u00eame des Chr\u00e9tiens ne croient pas \u00e0 la r\u00e9surrrection des morts, peut-\u00eatre parce qu'ils la comprennent mal, peut-\u00eatre aussi parce que cela choque notre culture moderne.
Recevoir le Christ, c'est renoncer au totalitarisme de la raison. Elle est chez elle dans la d\u00e9marche scientifique, mais elle est myope face aux v\u00e9rit\u00e9s essentielles. Tant qu'on n'a pas cru en la r\u00e9surrection, on peut avoir une culture religieuse, mais on n'a pas fait le saut de la foi. Et m\u00eame si la devise de Saint Anselme nous choque, elle est vraie: "Croire pour comprendre".
Paul pense moins \u00e0 se d\u00e9fendre qu'\u00e0 convaincre son auditoire: il sait qu'il doit t\u00e9moigner "devant les peuples et leurs rois". Et pour que la Nouvelle coure, il n'est pas n\u00e9cessaire que les rois se soient convertis.

{N}27,{/}1: Paul est emmen\u00e9 \u00e0 Rome avec un groupe de d\u00e9tenus. Nous n'aurons pas de mal \u00e0 imaginer que m\u00eame si l'officier lui t\u00e9moigne beaucoup de bienveillance, sa situation n'est pas de tout confort. Cet officier a son autorit\u00e9 propre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle du commandant du bateau: les soldats savent que si un prisonnier s'\u00e9chappe, son gardien sera ex\u00e9cut\u00e9 (voir 12,19 et 27,42).
Ce r\u00e9cit est un document fort int\u00e9ressant sur la navigation en M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque. Luc a not\u00e9 bien des d\u00e9tails: quel contraste avec le r\u00e9cit de la temp\u00eate de Jonas, \u00e9crit sans doute par quelqu'un qui n'\u00e9tait jamais all\u00e9 en mer. On voit que Paul connaissait bien ce genre de voyages: dans 2Co 11,25, il dit avoir fait naufrage trois fois. La force d'\u00e2me de Paul domine le r\u00e9cit de la temp\u00eate: Paul sait qu'il rendra t\u00e9moignage devant le tribunal de l'empereur.

{N}28,{/}1: Paul a failli p\u00e9rir en mer; en abordant au rivage, il a failli se faire saigner sans plus par ses gardiens; et puis c'est l'\u00e9pisode de la vip\u00e8re: voir les promesses de J\u00e9sus dans Mc 16,17-18. Remarquer le premier geste de Paul en arrivant sur une terre o\u00f9 l'Evangile n'est pas encore parvenu: il va gu\u00e9rir les malades au nom du Christ. Nous le verrions bien faire la m\u00eame chose dans nos quartiers p\u00e9riph\u00e9riques o\u00f9 l'Eglise semble n'avoir pas encore d\u00e9barqu\u00e9.

{N}28,{/}11: A Rome, Paul est assez bien trait\u00e9. Au lieu d'\u00eatre mis en prison, on lui permet de rester en ville avec des menottes (son bras droit attach\u00e9 au bras gauche du gardien). Une de ses premi\u00e8res exp\u00e9riences sera celle de la fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne.

{N}28,{/}17: A Rome, Paul veut tout de suite rencontrer les autorit\u00e9s de la communaut\u00e9 juive. A ce moment, m\u00eame si le Juda\u00efsme rejetait habituellement la pr\u00e9dication chr\u00e9tienne, il n'y avait pas de condamnation officielle. Le christianisme restait pour eux une "secte", un parti, tout comme le pharisa\u00efsme ou les ess\u00e9niens. Sachant comme les nouvelles se transmettent d'une communaut\u00e9 \u00e0 l'autre dans le monde juif, Paul veut prendre les devants.
Il est tr\u00e8s important pour lui que les accusations qu'on lui a faites et le proc\u00e8s qui en d\u00e9coule, ne le fassent pas passer pour un tra\u00eetre \u00e0 son pays. Mais il veut plus encore attaquer de front le refus de croire en J\u00e9sus. La communaut\u00e9 chr\u00e9tienne a fait d\u00e9j\u00e0 ce qu'elle a pu parmi les Juifs de Rome, mais lui veut frapper un grand coup. 
Ici Luc a voulu terminer son livre par le r\u00e9cit de cette rencontre. Paul dit \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu'il disait lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9dication \u00e0 Antioche de Pisidie (13,46-47): l'Evangile doit \u00eatre proclam\u00e9 d'abord aux Juifs, mais s'ils le rejettent, cela n'emp\u00eachera pas la parole de Dieu d'\u00eatre annonc\u00e9e \u00e0 tous les autres peuples.
Paul resta deux ann\u00e9es enti\u00e8res dans ce logement, c'est-\u00e0-dire dans cette demi-captivit\u00e9: c'\u00e9tait le d\u00e9lai fix\u00e9 par la loi pour les d\u00e9tentions pr\u00e9ventives. Il est donc fort probable que tout se termina par un non-lieu. Quelques auteurs, press\u00e9s de consid\u00e9rer comme fables les \u00e9l\u00e9ments donn\u00e9s par les Lettres Pastorales sur une activit\u00e9 post\u00e9rieure de Paul, voudraient qu'il ait alors \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort. On ne voit pas pourquoi Luc l'aurait cach\u00e9, moins encore pourquoi il laisse entendre un changement de r\u00e9sidence.
Personne ne l'en emp\u00eachait (31). C'est le dernier mot: l'Evangile est parti pour vaincre, et nul ne l'arr\u00eatera (Ap 6,2).

