{N}1,{/}1: Au commencement \u00e9tait le Verbe. Le vrai commencement n'est pas la cr\u00e9ation de l'univers. Car ce d\u00e9but du temps, de l'espace, de la mati\u00e8re et des existants n'explique rien mais au contraire demande une explication. Le vrai commencement est hors du temps. Jean ne dit pas qu'en ce commencement "\u00e9tait Dieu", car nous le savons. Mais il nous parle du Verbe. Nous gardons ce mot traditionnel, car le mot que Jean emploie dit plus que "parole". C'est \u00e0 la fois la pens\u00e9e et la parole qui dit ce qu'on porte en soi: nous devrions peut-\u00eatre traduire: "l'Expression" de Dieu.
Parler de ce Verbe ou Expression du P\u00e8re, ou bien encore de son Fils, c'est la m\u00eame chose. Dans d'autres pages il sera appel\u00e9 Splendeur (He 1,1) et Image (Col 1,15) du P\u00e8re. Le Fils n'est pas une partie du P\u00e8re, ni un autre Dieu puisqu'il n'a rien qui soit \u00e0 lui, mais tout ce qui est au P\u00e8re est aussi \u00e0 lui (Jn 16,15).
Jean nous rappellera que personne n'a vu Dieu (18). Le P\u00e8re, de qui viennent l'existence et tous les existants, est lui sans origine, et son jaillissement n'est connu que de lui seul. Mais Jean nous dit ici que pour lui, \u00eatre, c'est se communiquer, se dire, se donner. Dieu se dit lui-m\u00eame dans celui qui est \u00e0 la fois son Verbe et son Fils, et \u00e0 travers cette Parole unique, non cr\u00e9\u00e9e, qui l'exprime pleinement, il cr\u00e9e un univers qui est encore une fa\u00e7on de dire ce qui est en Dieu.
Ce qui a exist\u00e9 \u00e9tait vie gr\u00e2ce \u00e0 lui. Toute la splendeur de l'univers, la vie et les capacit\u00e9s infinies d'auto-d\u00e9veloppement qu'il rec\u00e8le, lui viennent de ce qu'il est comme une projection visible et mat\u00e9rielle du Verbe de Dieu.
Mais ce n'est pas encore assez pour satisfaire le besoin de Dieu de se communiquer. Comme le disaient d\u00e9j\u00e0 plusieurs textes de l'Ancien Testament (Pro 8,22 et 31 Sa 7,2-30) Dieu est entr\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 son Verbe, dans l'histoire des hommes. C'est lui que disaient \u00e0 leur fa\u00e7on tous les porteurs de la Parole, tous les proph\u00e8tes de la Bible, et aussi ceux des autres religions. Le Verbe \u00e9clairait tous les hommes, y compris ceux qui ne connaissaient pas Dieu; il \u00e9tait la conscience des justes de toutes les races et de tous les temps. Mais ce Verbe, Fils et Parole du P\u00e8re, est venu un jour nous donner la parole d\u00e9finitive \u00e0 travers sa propre existence, en devenant un homme parmi nous.
Que nous \u00e9tudions l'histoire de notre race depuis ses origines, ou que nous lisions l'ancien Testament, nous voyons comment le langage de Dieu s'est d\u00e9velopp\u00e9 parmi les hommes. Toujours c'\u00e9tait un langage humain, mais ce langage \u00e9tait habit\u00e9 par l'Esprit de Dieu, et de fa\u00e7on toute sp\u00e9ciale dans l'histoire d'Isra\u00ebl, c'\u00e9tait aussi la parole de Dieu. Nous allons retrouver cette parole vivante dans celui qui est le Fils fait homme, J\u00e9sus, mais d'une fa\u00e7on qui va nous d\u00e9concerter. Car l\u00e0 est le myst\u00e8re du Fils: il est bien Dieu comme le P\u00e8re, mais, ayant tout re\u00e7u, il est dans une attitude d'offrande: il se vide de lui-m\u00eame afin que le P\u00e8re l'exalte et le glorifie de nouveau.
Noter au v. 18 l'expression extraordinaire: Dieu Fils Unique. Le texte dit exactement: qui est "vers le sein" du P\u00e8re.
Un homme est venu, envoy\u00e9 par Dieu. Dans les deux strophes 6-8 et 15, l'auteur de l'\u00e9vangile, Jean, nous parle de Jean-Baptiste, pr\u00e9curseur de J\u00e9sus. Le Verbe a vraiment jou\u00e9 le jeu: il n'est pas venu avec \u00e9clat, il s'est fait introduire par une parole qui venait de lui, mais qui restait humaine, celle de Jean. Il \u00e9tait facile de rejeter ce t\u00e9moignage, et de fait il est venu chez les siens, dans le peuple d'Isra\u00ebl, et les siens ne l'ont pas re\u00e7u.
Le Verbe s'est fait chair (14). Jean emploie le terme chair pour souligner l'humilit\u00e9 totale de Dieu qui, bien qu'il soit esprit, se fait cr\u00e9ature avec un corps mortel. Jean dit: s'est fait et non pas "a pris l'apparence d'un homme" parce que le Fils de Dieu s'est vraiment fait homme.
Il a habit\u00e9 parmi nous (14). Jean utilise un verbe qui au d\u00e9but signifiait: "planter sa tente". De cette mani\u00e8re, il fait allusion \u00e0 la tente sacr\u00e9e qui servait de sanctuaire aux H\u00e9breux dans le d\u00e9sert et qui \u00e9tait la demeure de Dieu parmi eux (Ex 33,7-11). En r\u00e9alit\u00e9, J\u00e9sus, le Fils de Dieu fait homme est le vrai temple de Dieu au milieu de son peuple (Jn 2,21), un temple aussi humble et apparemment aussi fragile que la tente du d\u00e9sert: n\u00e9anmoins, c'est en lui que se trouve la pl\u00e9nitude de Dieu. Les ap\u00f4tres ont vu sa gloire \u00e0 certains moments de sa vie mortelle (Jn 2,11 et Lc 9,32). Ils ont vu sa gloire dans sa passion et sa r\u00e9surrection.
Comment le Verbe vient-il nous sauver? Jean ne dira pas tellement que J\u00e9sus nous tire de l'ab\u00eeme du p\u00e9ch\u00e9; il pr\u00e9f\u00e8re affirmer que J\u00e9sus nous introduit dans une situation inesp\u00e9r\u00e9e et hors de notre port\u00e9e: il leur a donn\u00e9 le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Nous sommes faits avec lui enfants de Dieu lorsque nous croyons en son Nom, c'est-\u00e0-dire en sa divinit\u00e9.
En lui tout \u00e9tait don d'amour et v\u00e9rit\u00e9 (12). La Bible nous dit que l'amour (ou faveur ou gr\u00e2ce) et la fid\u00e9lit\u00e9 (ou v\u00e9rit\u00e9) sont deux qualit\u00e9s essentielles de Dieu (Ex 34,6-7): elles reviennent comme un refrain dans le psaume 89. Jean veut donc dire que Dieu s'est donn\u00e9 pleinement en J\u00e9sus (Col 2,9).
Par Mo\u00efse nous avons re\u00e7u la loi (17). L'histoire biblique d\u00e9non\u00e7ait les p\u00e9ch\u00e9s d'Isra\u00ebl, mais elle annon\u00e7ait le moment o\u00f9 une loi inscrite sur des pierres ou dans des livres ne serait plus n\u00e9cessaire (Jr 31,31). Un jour Dieu changerait le coeur des hommes (Ez 36,26) pour que des rapports d'amour et de fid\u00e9lit\u00e9 r\u00e9ciproques s'\u00e9tablissent entre lui et les hommes (Os 2,21-22). Jean affirme que ce temps d'amour et de fid\u00e9lit\u00e9 (la religion parfaite) est arriv\u00e9 par J\u00e9sus Christ.

{N}1,{/}19: {C}L'AGNEAU{/}
Les autorit\u00e9s se demandent: "Qui est cet homme qui se met \u00e0 pr\u00eacher de sa propre initiative?" A l'\u00e9poque plusieurs groupes de Juifs "baptisaient" (plongeaient dans l'eau): c'\u00e9tait comme une sorte de purification pour h\u00e2ter la venue du Messie.
Je ne suis pas digne... (27). Cette parole signifie que Jean n'est pas digne de baptiser J\u00e9sus: voir commentaire de Lc 3,16.
En ce qui concerne la pr\u00e9dication de Jean-Baptiste, voir Lc 3,10.
Le Messie est le nom que les Juifs donnaient au Sauveur attendu. On parlait aussi de la venue du Proph\u00e8te, mais on ne voyait pas clairement si le proph\u00e8te serait un autre que le Messie. On croyait aussi que le proph\u00e8te Elie r\u00e9appara\u00eetrait avant la venue du Messie (Mc 9,11).
Voici l'Agneau. Dans la langue des Juifs, le m\u00eame terme peut signifier \u00e0 la fois serviteur et agneau. J\u00e9sus est le Serviteur de Dieu annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes, celui qui devait se sacrifier pour ses fr\u00e8res. Il est aussi l'Agneau authentique qui remplace l'agneau pascal (Mc 14,12).
Un homme vient apr\u00e8s moi (30). Dans l'histoire, J\u00e9sus appara\u00eet apr\u00e8s Jean, mais puisqu'il est le Verbe de Dieu, il existait avant toutes les cr\u00e9atures. Et il marche en t\u00eate de tous, y compris Jean-Baptiste.

{N}1,{/}35: {C}D\u00c9COUVRIR J\u00c9SUS{/}
Cet \u00e9vangile est l'oeuvre de Jean l'\u00e9vang\u00e9liste qu'il ne faut pas confondre avec Jean-Baptiste. Jean l'\u00e9vang\u00e9liste est un des deux premiers disciples qui suivent J\u00e9sus (39).
Jean, qui d\u00e9sire nous faire comprendre le sens profond des actions de J\u00e9sus, insiste sur des d\u00e9tails qui ne retiennent parfois pas notre attention. Par exemple, la Bible commence par un po\u00e8me de la cr\u00e9ation, r\u00e9partie en sept jours, et \u00e0 cause de ce r\u00e9cit de la cr\u00e9ation, l'\u00e9vang\u00e9liste nous donne en sept jours le commencement du minist\u00e8re public de J\u00e9sus, (sept \u00e9tant un chiffre parfait). Voir: 29; 35; 43.
Le premier jour Jean-Baptiste affirmait: Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas. Au cours de la semaine, Jean-Baptiste est le premier \u00e0 d\u00e9couvrir J\u00e9sus. Ensuite, c'est le tour de Jean, Andr\u00e9 et Simon. Le dernier jour de la premi\u00e8re semaine sera celui du mariage de Cana, o\u00f9 J\u00e9sus \u00e0 son tour leur d\u00e9couvre sa gloire.
Jean-Baptiste n'est pas jaloux. Il invite ses deux disciples \u00e0 suivre J\u00e9sus, et ce sont eux qui am\u00e8neront les autres. De la m\u00eame mani\u00e8re pour nous: les circonstances et les rencontres les plus impr\u00e9visibles arrivent \u00e0 point nomm\u00e9 pour nous mener au Christ.
Que cherchez-vous? Jean n'a pas oubli\u00e9 cette premi\u00e8re parole que J\u00e9sus leur avait adress\u00e9e. Nous voulons savoir qui est J\u00e9sus, mais lui nous demande ce que nous cherchons; cela ne nous sert \u00e0 rien de le rencontrer si nous sommes sans d\u00e9sir.
Ces deux hommes commencent \u00e0 vivre avec J\u00e9sus. Avec le temps, ils vont d\u00e9couvrir que J\u00e9sus est le Ma\u00eetre, le Messie, le Fils de Dieu. Et c'est la m\u00eame chose pour nous: nous avan\u00e7ons dans cette connaissance de J\u00e9sus-Christ \u00e0 mesure que nous poursuivons notre chemin.
Ces deux disciples ont reconnu J\u00e9sus. Il serait aussi exact de dire que J\u00e9sus a reconnu ceux que son P\u00e8re lui envoie. C'est ainsi qu'il a reconnu Nathana\u00ebl quand il \u00e9tait sous le figuier. C'\u00e9tait alors une fa\u00e7on de parler d'un ma\u00eetre de la Loi en train d'enseigner la religion, car ils le faisaient souvent sous un arbre feuillu comme le figuier. De la m\u00eame mani\u00e8re J\u00e9sus reconna\u00eet Simon, que le P\u00e8re a choisi pour \u00eatre la premi\u00e8re pierre de l(Mt 16,13).
Vous verrez le ciel ouvert (51). Voir Gn 28,12. J\u00e9sus est le pont entre Dieu et les hommes. C'est \u00e0 partir de lui que Dieu communique \u00e0 l'humanit\u00e9 ses richesses.

{N}2,{/}1: {C}LES SIGNES DE J\u00c9SUS{/}
Cette "semaine de la d\u00e9couverte" se termine par les noces de Cana. Oui, J\u00e9sus est venu \u00e0 la noce et il a amen\u00e9 ses disciples pour qu'ils participent aux chants, danses et boissons. Cette participation de J\u00e9sus sanctifie d'avance, non seulement le mariage, mais aussi nos f\u00eates et notre vie sociale.
J\u00e9sus n'a pas encore commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00eacher. Il va au Temple de J\u00e9rusalem qui est comme le coeur de la nation juive (Mc 11,12). Le peuple a besoin des pr\u00eatres pour offrir ses sacrifices, et le Temple est le lieu o\u00f9 affluent les offrandes et les dons de la communaut\u00e9. C'est pourquoi, en tout temps et en tous lieux "le Temple" a \u00e9t\u00e9 l'enjeu de bien des ambitions (voir Esd 4,1; 2M 1,13; 2M 4,7). D\u00e9j\u00e0 les proph\u00e8tes avaient stigmatis\u00e9 ces abus, et Zacharie avait annonc\u00e9 cette purification que J\u00e9sus accomplit \u00e0 sa mani\u00e8re (Za 14,21).
J\u00e9sus lui r\u00e9pond par une phrase qui, adress\u00e9e \u00e0 un \u00e9tranger, pourrait \u00eatre un reproche, mais destin\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re sur un ton diff\u00e9rent, souligne une familiarit\u00e9, une compr\u00e9hension r\u00e9ciproque qui d\u00e9passent les paroles. Apparemment J\u00e9sus ne pensait pas commencer de cette mani\u00e8re, ni \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais son esprit reconna\u00eet l'Esprit s'exprimant par sa m\u00e8re, et il lui accorde ce premier signe miraculeux.
Rappelons que Jean ne pr\u00e9sente que sept miracles de J\u00e9sus, et qu'il les appelle oeuvres ou signes. Ce sont des oeuvres du Fils de Dieu par lesquelles il manifeste son pouvoir. Ce sont aussi des signes, c'est-\u00e0-dire des choses visibles, adapt\u00e9es \u00e0 nous, qui nous orientent vers son oeuvre v\u00e9ritable: donner la vie et renouveler le monde.
C'est pourquoi Jean mentionne quelques d\u00e9tails de cet \u00e9v\u00e9nement, qui annoncent des r\u00e9alit\u00e9s spirituelles. J\u00e9sus prend part \u00e0 des noces, mais quel est le but de toute son oeuvre si ce n'est pr\u00e9parer d'autres noces, celles de Dieu avec les hommes? J\u00e9sus parle de son heure qui n'est pas encore arriv\u00e9e, mais en r\u00e9alit\u00e9 son heure sera celle de sa passion et de sa r\u00e9surrection.
Jean ajoute que J\u00e9sus s'est servi de l'eau que les Juifs utilisaient pour se purifier. Les Juifs \u00e9taient obs\u00e9d\u00e9s par la pr\u00e9occupation de ne pas se "souiller": leur religion multipliait les rituels de purification. Mais en changeant l'eau b\u00e9nite en vin, J\u00e9sus indique que la vraie religion ne doit pas se confondre avec la peur du p\u00e9ch\u00e9: le meilleur, et J\u00e9sus le donnera, c'est l'Esprit qui, comme un vin capiteux, nous fait oublier les r\u00e8gles \u00e9tablies et l'\u00e9troitesse de nos certitudes.
L'eau chang\u00e9e en vin: J\u00e9sus vient chez nous pour transfigurer notre vie de tous les jours avec sa routine et ses corv\u00e9es.
C'est ainsi que J\u00e9sus manifeste sa gloire \u00e0 ceux qui commencent \u00e0 le d\u00e9couvrir. Marie avait amen\u00e9 la gr\u00e2ce \u00e0 Jean-Baptiste (Lc 1,39); maintenant, elle intervient pour h\u00e2ter les commencements de l'Evangile. Elle n'aura plus rien \u00e0 dire dans l'\u00e9vangile et ses derni\u00e8res paroles sont: Faites tout ce qu'il vous dira.
Durant ces premiers jours apr\u00e8s le bapt\u00eame de Jean, J\u00e9sus est encore avec un groupe de parents et de compatriotes que l'\u00e9vangile appelle ses "fr\u00e8res": voir le commentaire de Marc 3,31.

{N}2,{/}12: Les noces \u00e0 Cana terminent la premi\u00e8re section de l'\u00e9vangile que nous avons appel\u00e9e la semaine de la d\u00e9couverte. Une autre section commence o\u00f9 J\u00e9sus se d\u00e9finit par rapport au monde juif et aux esp\u00e9rances des Juifs. Jean nous pr\u00e9sente quatre sc\u00e8nes:
-_J\u00e9sus dans le Temple: Les pr\u00eatres sont mat\u00e9rialistes et J\u00e9sus les juge s\u00e9v\u00e8rement.
-_J\u00e9sus et Nicod\u00e8me: Nicod\u00e8me exprime les inqui\u00e9tudes de la soci\u00e9t\u00e9 juive instruite et croyante.
-_La Samaritaine: C'est le dialogue de J\u00e9sus avec les gens du peuple, qui croient \u00e0 leur mani\u00e8re.
-_J\u00e9sus gu\u00e9rit le fils d'un fonctionnaire: J\u00e9sus remarque que la plupart de ceux qui viennent \u00e0 lui le recherchent pour ses miracles.

{N}2,{/}13: J\u00e9sus n'a pas encore commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00eacher. Il va au Temple de J\u00e9rusalem qui est comme le coeur de la nation juive (Mc 11,12). Le peuple a besoin des pr\u00eatres pour offrir ses sacrifices, et le Temple est le lieu o\u00f9 affluent les offrandes et les dons de la communaut\u00e9. C'est pourquoi, en tout temps et en tous lieux "le Temple" a \u00e9t\u00e9 l'enjeu de bien des ambitions (voir Esd 4,1; 2M 1,13; 2M 4,7). D\u00e9j\u00e0 les proph\u00e8tes avaient stigmatis\u00e9 ces abus, et Zacharie avait annonc\u00e9 cette purification que J\u00e9sus accomplit \u00e0 sa mani\u00e8re (Za 14,21).
Un amour jaloux pour ta maison me d\u00e9vore, les insultes de ceux qui t'insultent tombent sur moi: ainsi parle le psaume 69. En fait, c'est bien la haine des grands pr\u00eatres qui m\u00e8nera J\u00e9sus \u00e0 sa mort.
Les ap\u00f4tres ne pouvaient pas comprendre ces paroles: pour eux, \u00e0 ce moment-l\u00e0, il n'y avait rien de plus sacr\u00e9 que le Temple et les Ecritures. Plus tard ils sauront que la moindre parole de J\u00e9sus p\u00e8se autant que toute la Bible. Ils comprendront aussi que J\u00e9sus est le vrai Sanctuaire. Jusqu'alors on construisait des temples et l'on cherchait des endroits o\u00f9 rencontrer Dieu et obtenir sa faveur. Maintenant Dieu se fait pr\u00e9sent en J\u00e9sus: c'est lui qui nous livre toutes les richesses de Dieu.

{N}3,{/}1: {C}UNE NOUVELLE NAISSANCE{/}
Nicod\u00e8me \u00e9tait un homme religieux. Il voulait mieux conna\u00eetre les choses de Dieu et venait \u00e0 J\u00e9sus comme \u00e0 un ma\u00eetre en religion. Mais ce dont il avait besoin, ce n'\u00e9taient pas de nouvelles connaissances, c'\u00e9tait un renouvellement int\u00e9rieur. C'est la m\u00eame chose pour nous habituellement. Nous devons reconna\u00eetre notre impuissance, par nous-m\u00eames, \u00e0 renverser les barri\u00e8res qui nous emp\u00eachent de vivre d'une mani\u00e8re authentique. En d\u00e9pit de toute notre exp\u00e9rience et notre savoir (ou \u00e0 cause d'eux), nous sommes comme Nicod\u00e8me, des gens vieillis.
J\u00e9sus dit que nous devons na\u00eetre de nouveau et na\u00eetre d'en haut. L'\u00e9vangile utilise un mot qui peut dire indiff\u00e9remment l'un ou l'autre. Personne ne se donne la vie et, de m\u00eame que nous recevons d'autres personnes cette vie selon la chair, nous recevons de l'Esprit la vie des enfants de Dieu.
Tous disent qu'ils vivent: ils font des projets et ils jouissent de la vie. Pourtant, il ne s'agit peut-\u00eatre que de la vie de la chair, la vie d'une personne non encore \u00e9veill\u00e9e.
L'autre vie, n\u00e9e de l'Esprit, est plus myst\u00e9rieuse parce que l'Esprit est \u00e0 l'oeuvre au plus profond de notre \u00eatre. Nous voyons tout de l'ext\u00e9rieur; nous observons le visage et le comportement de l'autre, mais nous ne voyons pas ce que Dieu op\u00e8re en lui. Pourtant, un croyant attentif, guid\u00e9 par l'Esprit, d\u00e9couvre peu \u00e0 peu que ses raisons d'agir et ses ambitions ne sont plus les m\u00eames qu'avant. Il se sent bien avec Dieu et sans craintes pr\u00e8s de lui. Il d\u00e9couvre que ce n'est pas tellement lui qui dirige sa vie, c'est Un Autre vivant en lui, bien qu'il ne sache pas dire exactement ce qui se passe en lui.
J\u00e9sus compare l'action de l'Esprit au passage du vent que nous sentons, sans pouvoir le voir ou le saisir. Remarquons aussi que dans la langue de J\u00e9sus le mot souffle signifie aussi bien esprit que vent.
Nous devons tous na\u00eetre d'eau et d'Esprit: il y a l\u00e0 une allusion au bapt\u00eame. Ne pensons pas que l'on commence \u00e0 vivre selon l'Esprit par le seul fait d'avoir re\u00e7u l'eau du bapt\u00eame; on est plut\u00f4t baptis\u00e9 pour commencer \u00e0 vivre la vie de l'Esprit: les paroles de l'\u00e9vangile en cet endroit s'appliquent aux personnes adultes qui se convertissent et sont renouvel\u00e9es par la foi chr\u00e9tienne. Le cas du bapt\u00eame des enfants est diff\u00e9rent. Le bapt\u00eame agit en eux, mais il leur faudra un jour accepter la Parole et renoncer \u00e0 eux-m\u00eames pour \u00eatre port\u00e9s par l'Esprit.
Nicod\u00e8me \u00e9tait un homme religieux et croyant comme il y en avait beaucoup en Isra\u00ebl. Mais pourquoi est-il venu de nuit? Il ne voulait peut-\u00eatre pas risquer sa r\u00e9putation; peut-\u00eatre ne pouvait-il pas se m\u00ealer au bas peuple qui entourait J\u00e9sus. Une telle attitude ne correspond pas \u00e0 ceux qui naissent de nouveau: ceux-l\u00e0 sont lib\u00e9r\u00e9s des craintes qui paralysent: ils rencontrent J\u00e9sus avec joie dans une Eglise des pauvres.

{N}3,{/}11: {C}J\u00c9SUS R\u00c9V\u00c8LE LE PLAN DE DIEU{/}
L'\u00e9vangile de Jean est diff\u00e9rent des trois autres. Souvent, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 des paroles de J\u00e9sus, Jean ajoute une explication de la foi pour laquelle il s'appuie sur diverses d\u00e9clarations faites par J\u00e9sus en d'autres occasions. C'est ce qui se passe ici.
Nicod\u00e8me demande: Comment cela est-il possible? C'est que la vie de l'Esprit fait partie du plan myst\u00e9rieux de Dieu \u00e0 notre \u00e9gard. Personne ne peut parler de ces choses en v\u00e9rit\u00e9, except\u00e9 le Fils de Dieu: lui a vu les choses du ciel, la vie intime de Dieu; et il peut aussi parler des choses de la terre, ou du Royaume que Dieu nous apporte. Si les auditeurs de J\u00e9sus n'acceptent pas ce qu'il dit du R\u00e8gne de Dieu, ils feront encore moins de cas de ce qu'il r\u00e9v\u00e8le du myst\u00e8re de Dieu. J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le ce que nous ne pouvons pas d\u00e9couvrir par nous-m\u00eames. Ainsi, un chr\u00e9tien n'est pas seulement quelqu'un qui "croit en Dieu"; nous sommes chr\u00e9tiens parce que nous croyons au t\u00e9moignage de J\u00e9sus (11) sur Dieu et sur son plan de salut.
Il y avait dans ce plan quelque chose de difficile \u00e0 accepter: le Fils de l'homme devait mourir sur la croix et ressusciter (\u00eatre \u00e9lev\u00e9 fait allusion \u00e0 la croix comme \u00e0 la r\u00e9surrection). J\u00e9sus rappelle le serpent dans le d\u00e9sert. Cet \u00e9pisode de la Bible (Nb 21) pr\u00e9figurait le sort de J\u00e9sus, mais, bien entendu, les Juifs ne comprenaient pas le sens de ce message; en fait, ils laissaient de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui pouvait annoncer les souffrances de leur Sauveur.
Ils devaient aussi modifier leurs id\u00e9es sur un autre point. Les Juifs esp\u00e9raient que Dieu condamnerait le monde et punirait les m\u00e9chants. Mais voil\u00e0 que Dieu envoie son propre Fils \u00e0 la croix pour le salut du monde.
Dans d'autres passages du Nouveau Testament, on nous dit de ne pas aimer le monde, ce qui semble contredire ce que nous venons de lire: Dieu a aim\u00e9 le monde. C'est parce que le mot monde a plusieurs sens.
D'abord, le monde signifie toute la cr\u00e9ation, laquelle est bonne puisqu'elle est l'oeuvre de Dieu. Mais le centre de l'oeuvre de Dieu est l'homme, qui s'est soumis \u00e0 l'influence de Satan (8,34 et 44). Tout ce que cr\u00e9e l'homme p\u00e9cheur: richesses, culture, vie sociale - est influenc\u00e9, d\u00e9figur\u00e9 et utilis\u00e9 par le Mal. Alors, Dieu envoie son Fils pour que le monde soit sauv\u00e9.
Bien que la r\u00e9surrection du Christ ait inaugur\u00e9 son invincible pouvoir sur l'histoire, un puissant courant continue \u00e0 entra\u00eener tous ceux qui refusent de reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. C'est ce courant n\u00e9faste que nous appelons parfois le monde. Il serait plus exact de dire: ceux qui sont soumis au Ma\u00eetre du monde. Voir en Jn 15,19: vous n'\u00eates pas de ce monde.
Et par ailleurs, pour nous tous, il est tr\u00e8s difficile d'aimer le monde comme Dieu le voit: quelque chose qui nous ouvre \u00e0 lui et ne nous retient pas. C'est pourquoi il est dit aussi: N'aimez pas le monde (1Jn 2,15).

{N}3,{/}22: L'\u00e9vangile laisse entendre que bien des disciples de Jean-Baptiste n'avaient pas accept\u00e9 J\u00e9sus. Ces disciples \u00e9taient conquis par l'exemple de leur ma\u00eetre: homme rude et qui ne m\u00e2chait pas ses mots, tr\u00e8s rigoureux pour le manger, le boire ou le v\u00eatement. Sans doute \u00e9tait-il tr\u00e8s important pour eux que la justice de Dieu se manifeste par une punition exemplaire des m\u00e9chants. Comme beaucoup de militants de n'importe quelle cause, les disciples de Jean \u00e9taient trop attach\u00e9s \u00e0 leur mod\u00e8le pour accueillir autre chose. Pour devenir disciples du Christ il nous faut souvent d\u00e9passer nos proph\u00e8tes.
Lui doit grandir, et moi, diminuer, affirme le plus grand des proph\u00e8tes. Seul J\u00e9sus vient d'en haut et peut combler le coeur des hommes. En lui, rien de ce qui est bon ne se perd, puisqu'il contient tout.
Il reste avec le Dieu qui condamne (36). Le texte dit plus pr\u00e9cis\u00e9ment: La col\u00e8re de Dieu reste sur lui. Ceux qui n'acceptent pas le Fils de Dieu restent dans la situation o\u00f9 se trouvait l'humanit\u00e9 chass\u00e9e du paradis. S\u00edls ne sont pas capables de recevoir le t\u00e9moignage du Dieu-Fils, qui est dans le sein du P\u00e8re, ils ne pourront r\u00e9soudre les contradictions de leur vie et du monde o\u00f9 ils vivent.

{N}4,{/}1: {C}SOURCES D'EAU VIVE{/}
Les Juifs d\u00e9testaient cordialement les Samaritains. D'autre part, il \u00e9tait fort mal vu en ce temps-l\u00e0 de parler \u00e0 une femme dans un lieu public. Mais J\u00e9sus s'\u00e9l\u00e8ve au-dessus des pr\u00e9jug\u00e9s de race ou de soci\u00e9t\u00e9; il entame une conversation avec une Samaritaine. Il accueille en cette femme tout le peuple palestinien. La femme \u00e9tait d'une autre province avec une religion rivale, mais Samaritains et Juifs partageaient les m\u00eames promesses de Dieu et attendaient le Sauveur.
Premi\u00e8re pr\u00e9occupation de la femme: comment \u00e9tancher sa soif. Les anc\u00eatres du peuple juif allaient de source en source avec leurs troupeaux. Les plus connus d'entre eux (comme Jacob) avaient creus\u00e9 des puits autour desquels le d\u00e9sert commen\u00e7ait \u00e0 fleurir. C'est donc ici comme une parabole: les hommes cherchent partout \u00e0 \u00e9tancher leur soif, mais ils doivent travailler dur pour creuser et ce n'est jamais que de l'eau de puits. Heureux encore si leurs bassins ne sont pas fissur\u00e9s (Jr 2,13)! J\u00e9sus par contre donne l'eau vive, le don de Dieu pour ses enfants, c'est-\u00e0-dire l'Esprit Saint (7,37).
Quand il y a de l'eau dans le d\u00e9sert, m\u00eame si elle ne parvient pas \u00e0 la surface, on la reconna\u00eet par la v\u00e9g\u00e9tation plus dense. C'est la m\u00eame chose pour nous quand nous vivons vraiment: nos actions se font meilleures, nos d\u00e9cisions plus libres, nos pens\u00e9es s'orientent vers l'essentiel. Mais nous ne voyons pas l'eau vive d'o\u00f9 proviennent tous ces fruits: c'est la vie \u00e9ternelle contre laquelle la mort ne peut rien.
Seconde pr\u00e9occupation de la femme: O\u00f9 se trouve la v\u00e9rit\u00e9? J\u00e9sus lui dit: tu as eu cinq maris... Cela fait penser au destin de beaucoup: ils ont servi bien des ma\u00eetres ou "maris", sans jamais voir en qui reconna\u00eetre leur Seigneur. Et pour commencer, quelle est la vraie religion?
Les Samaritains avaient leur Bible, un peu diff\u00e9rente de celle des Juifs et, l\u00e0-m\u00eame, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du puits de Sichar, se trouvait leur temple qui avait rivalis\u00e9 avec celui de J\u00e9rusalem. J\u00e9sus maintient que la religion juive est la vraie: le salut vient des Juifs. Il ne partage donc pas l'opinion de ceux qui disent: "Peu importe l'Eglise \u00e0 laquelle nous appartenons, puisque Dieu est le m\u00eame pour tous." Cependant, m\u00eame si l'on a la chance d'\u00eatre dans la vraie religion, il faut toujours en arriver \u00e0 une connaissance spirituelle de Dieu (23). L'Esprit que nous recevons du Fils, nous permet d'adorer Dieu dans la v\u00e9rit\u00e9. Le P\u00e8re d\u00e9sire de tels adorateurs qui entrent en rapport intime et personnel avec lui.
Esprit et v\u00e9rit\u00e9 (24). Ce ne sont pas nos pri\u00e8res que Dieu cherche, mais la simplicit\u00e9 et la noblesse de notre esprit. L'Esprit de Dieu ne peut \u00eatre communiqu\u00e9 qu'\u00e0 ceux qui le cherchent en v\u00e9rit\u00e9 et qui vivent selon la v\u00e9rit\u00e9 dans un monde de mensonges.
Vu sous un angle diff\u00e9rent, le r\u00e9cit de la Samaritaine est comme une parabole de notre vie. Nous sommes tous cette Samaritaine. Cette rencontre au puits de Jacob est l'histoire de notre propre rencontre avec J\u00e9sus; les voies par lesquelles J\u00e9sus conduit cette femme \u00e0 le reconna\u00eetre et \u00e0 l'aimer sont les voies par lesquelles il accomplit notre conversion, pas \u00e0 pas. A la fin, la femme devient disciple de J\u00e9sus, et par sa propre exp\u00e9rience, elle devient aussi son ap\u00f4tre: "Beaucoup dans cette ville crurent en J\u00e9sus \u00e0 cause de cette femme" (39). Cette connaissance de J\u00e9sus est la source de l'apostolat. Evang\u00e9liser, c'est partager notre exp\u00e9rience avec autrui.
Encore quatre mois... (35) Les r\u00e9coltes qui m\u00fbrissent repr\u00e9sentent ceux \u00e0 qui J\u00e9sus s'adresse, qui doivent aussi arriver \u00e0 maturit\u00e9.
Le moissonneur re\u00e7oit son salaire: J\u00e9sus lance une affirmation qui a mille applications. Peut-\u00eatre au verset 36 faut-il entendre la joie partag\u00e9e du P\u00e8re qui a sem\u00e9 et du Fils qui r\u00e9coltera. Dans un autre sens, au verset 37, J\u00e9sus et ses disciples n'auront pas travaill\u00e9 inutilement. D'autres avaient pein\u00e9: J\u00e9sus fait allusion \u00e0 ceux qui l'ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9: les proph\u00e8tes, et en particulier Jean-Baptiste.

{N}4,{/}46: Voir Luc 7,1.
Tant que vous ne voyez pas des prodiges, vous ne croyez pas. Le reproche de J\u00e9sus ne s'adresse pas au fonctionnaire qui bient\u00f4t fera preuve d'une si grande foi, mais aux Juifs et \u00e0 nous. J\u00e9sus fait des miracles pour confirmer sa mission, mais il dit aussi que nous devrions le reconna\u00eetre rien qu'\u00e0 le voir et \u00e0 l'entendre. Est-ce que ceux qui s'aiment demandent des miracles pour se faire confiance? Est-ce que ceux qui s'enthousiasment pour un chef demandent des preuves irr\u00e9futables? Si nous sommes enfants de la v\u00e9rit\u00e9, nous devons la reconna\u00eetre quand elle se pr\u00e9sente \u00e0 nous.
Le second miracle de J\u00e9sus \u00e0 Cana conclut cette seconde partie de l'\u00e9vangile dans laquelle J\u00e9sus se d\u00e9finit par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 juive et \u00e0 ses esp\u00e9rances.
Une nouvelle section commence: J\u00e9sus proclame l'oeuvre pour laquelle il est venu sur terre; son P\u00e8re l'a envoy\u00e9 juger et donner la vie. Mais il nous faut d'abord croire en cet Envoy\u00e9 de Dieu. C'est le sujet des chapitres 5 et 6.

{N}5,{/}1: Pourquoi J\u00e9sus est-il all\u00e9 \u00e0 la piscine de B\u00e9thesda? On sait maintenant que cette piscine \u00e9tait un lieu pa\u00efen consacr\u00e9 \u00e0 Esculape, dieu de la sant\u00e9. Le bruit courait que de temps en temps les malades y gu\u00e9rissaient. Les Juifs pieux, scandalis\u00e9s de voir des gu\u00e9risons se produire en un lieu pa\u00efen, disaient qu'on n'y \u00e9tait pas gu\u00e9ri par Esculape mais par un ange du Seigneur. C'est ce qu'explique le v. 4 qui manque dans de nombreux manuscrits. Des croyants peu scrupuleux venaient donc chercher la gu\u00e9rison au temple des pa\u00efens. J\u00e9sus y alla aussi pour chercher le p\u00e9cheur qu'il voulait sauver.
Notons la premi\u00e8re r\u00e9ponse du malade. Dans ce lieu miraculeux beaucoup esp\u00e9raient la gu\u00e9rison, mais tr\u00e8s peu gu\u00e9rissaient; Je n'ai personne. Comprenons que l'homme seul ne peut pas se sauver. Il a besoin de J\u00e9sus.
J\u00e9sus dispara\u00eet aussit\u00f4t apr\u00e8s le miracle: certains auraient pu dire qu'il \u00e9tait \u00e0 l'aise dans un temple pa\u00efen ou qu'il gu\u00e9rissait les malades au nom des dieux pa\u00efens. J\u00e9sus se fera reconna\u00eetre dans le Temple du vrai Dieu, son P\u00e8re.
Les Juifs attaquent J\u00e9sus parce qu'il fait des miracles le jour du sabbat. Examinons de plus pr\u00e8s la r\u00e9ponse de J\u00e9sus: Mon P\u00e8re est encore au travail. C'\u00e9tait un sujet de discussion entre les ma\u00eetres de la Loi: Dieu est-il au travail dans le monde, s'il s'est repos\u00e9 apr\u00e8s la cr\u00e9ation? J\u00e9sus se prononce: il est bon d'observer un jour de repos pour rendre hommage \u00e0 Dieu, mais Dieu lui-m\u00eame ne se repose pas: il n'est jamais absent du monde. Etant Dieu-le-Fils, J\u00e9sus imite son P\u00e8re au lieu de se reposer comme font les hommes.
Ses adversaires qui l'entendent ne se trompent pas quant \u00e0 ses pr\u00e9tentions: ils veulent le tuer parce qu'il se fait \u00e9gal \u00e0 Dieu (18).
Ne p\u00e8che plus (13). J\u00e9sus fait remarquer au malade son manque de foi qui l'a conduit \u00e0 chercher la gu\u00e9rison dans un sanctuaire pa\u00efen o\u00f9 il a attendu inutilement pendant 38 ans, tout comme autrefois les Isra\u00e9lites \u00e9taient rest\u00e9s 38 ans dans l'oasis de Qadesh dans le d\u00e9sert avant de pouvoir entrer dans la Terre Promise. Jean note cette co\u00efncidence. Il comprend \u00e9galement que cette gu\u00e9rison dans la piscine est l'image du bapt\u00eame. La remarque de J\u00e9sus \u00e0 l'homme gu\u00e9ri s'adresse \u00e0 tous les convertis et \u00e0 tous les baptis\u00e9s: Ne p\u00e8che plus.
Apr\u00e8s ce r\u00e9cit nous trouvons une nouvelle pr\u00e9sentation de la foi chr\u00e9tienne (voir le commentaire de Jn 3,11). Ce discours occupe la fin du chapitre 5: 5,19-47, et il se termine dans le paragraphe 7,19-24 qui, nous ne savons pourquoi, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 dans l'\u00e9vangile.
Il convient de mentionner que dans tous ces "discours", Jean l'\u00e9vang\u00e9liste aime r\u00e9p\u00e9ter sept fois les mots-clefs du discours. Par exemple ici, nous trouvons le sabbat, J\u00e9sus, Mo\u00efse, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s chacun sept fois, et le P\u00e8re quatorze fois: Jean veut opposer la religion juive institu\u00e9e par Mo\u00efse, dont l'un des pr\u00e9ceptes essentiels est le repos du sabbat, \u00e0 la religion des temps nouveaux que J\u00e9sus inaugure en nous r\u00e9v\u00e9lant le P\u00e8re.

{N}5,{/}19: {C}LE FILS ET LE P\u00c8RE, LA R\u00c9SURRECTION{/}
Les adversaires de J\u00e9sus s'\u00e9tonnent de le voir violer la loi du repos sacr\u00e9; mais ce n'est que la premi\u00e8re intervention de J\u00e9sus: 7,21 (rappelons que la fin de ce discours s'est \u00e9gar\u00e9e en 7,18-24).  J\u00e9sus est plus qu'un r\u00e9formateur religieux, il est venu renouveler la cr\u00e9ation.
Les livres de l'Ancien Testament parlaient de Dieu comme d'un \u00eatre unique. Mais maintenant J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le un autre aspect de Dieu: Il est P\u00e8re et il a envoy\u00e9 son Fils compl\u00e9ter son oeuvre. Par tout ce qu'il fait, Dieu nous donne la vie; mais la r\u00e9surrection est sa plus grande oeuvre.
Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que "ressusciter" ne signifie pas "revenir \u00e0 la vie", mais commencer une vie nouvelle, transform\u00e9e. Naturellement les morts ressusciteront, mais on peut aussi parler de r\u00e9surrection dans la vie de ceux qui commencent \u00e0 croire. Une parole de J\u00e9sus accueillie avec foi nous donne la vie; elle s'enracine en nous et nous transforme. L'amour de Dieu qui engendre la vie nous parvient par la voix du Christ (25). Comparer v. 25 et v. 28.
Ainsi, J\u00e9sus n'est pas un homme comme nous, car tout en \u00e9tant humain il est aussi divin et nous r\u00e9v\u00e8le l'autre visage de Dieu. J\u00e9sus veut effacer en nous toute image d'un Dieu jaloux et paternaliste. L'\u00e9vangile nous montre le P\u00e8re donnant toute son autorit\u00e9 \u00e0 un homme, au Christ. Ceci s'accorde avec la psychologie moderne qui enseigne qu'une personne n'est vraiment adulte que lorsqu'elle se lib\u00e8re de l'autorit\u00e9 de ses parents; c'est ainsi que le monde contemporain rejette l'id\u00e9e d'un Dieu paternaliste.
Tr\u00e8s souvent J\u00e9sus se donne le nom de Fils de l'homme (en voir l'explication dans Mc 8,27). Mais ici Jean dit un fils d'homme (27) et il s'agit d'une expression juive qui veut dire un \u00eatre humain. J\u00e9sus est pleinement humain: il sauve l'humanit\u00e9 de l'int\u00e9rieur.
Quand J\u00e9sus se pr\u00e9sente comme le Fils, il joint ces deux affirmations:
-_tout ce que fait mon P\u00e8re, je le fais; tout ce qui est au P\u00e8re est \u00e0 moi.
-_Je ne peux rien faire de moi-m\u00eame.
Ainsi, J\u00e9sus est le mod\u00e8le des enfants de Dieu. Nous devons contempler le P\u00e8re pour qu'il nous enseigne ses oeuvres: il n'y a pas de vie chr\u00e9tienne sans la pri\u00e8re, c'est-\u00e0-dire sans une relation personnelle avec Dieu.

{N}5,{/}30: {C}LE T\u00c9MOIGNAGE{/}
Pour nous orienter dans la vie, il nous faut comprendre le monde et les hommes. Cette compr\u00e9hension nous vient en partie de la raison et de la science, mais nous sommes encore plus fr\u00e9quemment influenc\u00e9s et guid\u00e9s par le t\u00e9moignage des autres - par leurs paroles, leurs exemples et leurs qualit\u00e9s personnelles.
C'est ainsi que ceux qui s'aiment se d\u00e9couvrent et que les amis s'accueillent. C'est ainsi que l'on se d\u00e9cide pour une carri\u00e8re et que l'on prend un engagement religieux ou politique. C'est de cette mani\u00e8re encore que l'on d\u00e9couvre la Parole de Dieu. C'est pourquoi J\u00e9sus parle des t\u00e9moignages qui l'accr\u00e9ditent:
-_ses oeuvres, ou ses miracles.
-_le t\u00e9moignage de Jean-Baptiste qui l'a signal\u00e9 comme le Sauveur.
-_les paroles de la Bible qui s'appliquent \u00e0 lui.
Certains disent que, puisque la Bible est la parole de Dieu, ils n'ont pas besoin d'autre chose pour les guider; mais de m\u00eame que Dieu a parl\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements et les proph\u00e8tes, de m\u00eame il continue \u00e0 nous parler par l'interm\u00e9diaire des \u00e9v\u00e9nements actuels et des porte-parole de l'Esprit dans l'Eglise. C'est pourquoi J\u00e9sus d\u00e9nonce ceux qui pensent poss\u00e9der toute la v\u00e9rit\u00e9 parce qu'ils ont la Bible, mais qui ne croient pas en celui que Dieu leur envoie (38).
Dieu nous instruit \u00e0 sa fa\u00e7on. Dans notre vie et dans l'histoire des peuples, Dieu a dispos\u00e9 des appels et des avertissements pour ceux qui savent \u00e9couter. Il nous guide gr\u00e2ce \u00e0 une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, l'Eglise. Or il se trouve que nous y rencontrons des personnes qui vivent selon l'Esprit tandis que d'autres n'ont que l'apparence de personnes religieuses et droites.
Comment donc distinguer le vrai du faux? Comment reconna\u00eetre ceux qui parlent des chemins de Dieu \u00e0 partir de leur propre exp\u00e9rience? J\u00e9sus dit que ceux qui aiment la v\u00e9rit\u00e9 reconnaissent ceux qui la disent. Chacun appr\u00e9cie le t\u00e9moignage de ceux qui sont comme lui. Si nous voulons reconna\u00eetre les messagers de Dieu, nous ne devons pas \u00eatre de ceux qui se guident par la renomm\u00e9e qu'on se donne l'un \u00e0 l'autre (44), et qui se rendent ainsi esclaves de valeurs fausses. Celui qui recherche la v\u00e9rit\u00e9 et la mis\u00e9ricorde reconna\u00eetra la garantie, la gloire que Dieu accorde aux paroles et aux exemples de ses serviteurs.
Dieu aime que nous reconnaissions ses t\u00e9moins, et ce faisant nous lui rendons honneur. Mais il d\u00e9sire plus encore que tous honorent le Fils comme ils honorent le P\u00e8re. En croyant en son Fils, nous nous montrons dignes de sa confiance et nous devenons ainsi enfants de Dieu.

{N}6,{/}1: Voir Mc 6,30.

{N}6,{/}22: Dans les pages suivantes Jean d\u00e9veloppe les d\u00e9clarations de J\u00e9sus dans la synagogue de Capharna\u00fcm. J\u00e9sus n'a s\u00fbrement pas pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 ce point-l\u00e0 la doctrine de l'eucharistie en cette occasion (48-58). Cependant nous ne pouvons pas douter que J\u00e9sus s'est exprim\u00e9 d'une mani\u00e8re qui a scandalis\u00e9 ses auditeurs. Et qu'a-t-il pu dire si ce n'est que nous devons venir \u00e0 lui qui est le vrai Pain pour recevoir la vie \u00e9ternelle?
La plus grande partie de l'humanit\u00e9 a toujours travaill\u00e9 pour gagner son pain: sa premi\u00e8re pr\u00e9occupation est de se l'assurer pour le lendemain, car si l'on ne se nourrit pas, on cessera de vivre. L'homme ne poss\u00e8de pas la vie en soi: il doit constamment prendre de l'ext\u00e9rieur ce qui est n\u00e9cessaire au maintien de la vie. Mais malgr\u00e9 tout, la vie un jour lui \u00e9chappe parce qu'il n'a pas trouv\u00e9 la nourriture qui demeure (27).
En r\u00e9alit\u00e9 l'homme a besoin de beaucoup plus que de pain: quand il mange et boit, il est \u00e0 la recherche de quelque chose qui lui permette de ne plus avoir faim et soif. Ayant sa nourriture assur\u00e9e, il multipliera (ou la soci\u00e9t\u00e9 multipliera) les objets de son d\u00e9sir, sans rien trouver qui le rassasie. Nous ne serons satisfaits qu'au jour de la r\u00e9surrection, dans l'assembl\u00e9e de tous les saints, au ciel, o\u00f9 r\u00e8gneront la paix et l'unit\u00e9 totales et parfaites. Et c'est cela pr\u00e9cis\u00e9ment l'oeuvre du Fils de l'homme.
Le discours est amorc\u00e9 par une question des Juifs: Quelles sont les oeuvres que Dieu attend de nous? J\u00e9sus leur r\u00e9pond: L'oeuvre que Dieu attend de vous c'est de croire. Le P\u00e8re n'exige pas "les oeuvres" d'une loi religieuse, mais la foi. Dans le chapitre pr\u00e9c\u00e9dent J\u00e9sus affirmait que son oeuvre \u00e9tait de nous ressusciter. Ici il indique notre oeuvre \u00e0 nous: croire en celui que le P\u00e8re envoie.
Le mot-clef de ce discours est le pain. C'est pourquoi Jean le r\u00e9p\u00e8te sept fois dans chaque section de ce chapitre. Et l'expression qui est descendu du ciel appara\u00eet \u00e9galement sept fois dans ce chapitre.

{N}6,{/}28: Ici commence la premi\u00e8re partie du discours: J\u00e9sus devient notre pain lorsque nous croyons en lui.
Autrefois, lorsque les Isra\u00e9lites erraient dans le d\u00e9sert et manquaient de tout, Dieu leur avait donn\u00e9 un aliment providentiel, la manne. Mais si Dieu n'est que notre bienfaiteur, si nous allons toujours \u00e0 lui pour lui r\u00e9clamer quelque chose, nous finirons par ne penser qu'\u00e0 ce que Dieu nous donne; c'est \u00e0 peine si nous le remercierons, et nous recommencerons \u00e0 nous plaindre. C'est ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 avec les Isra\u00e9lites: apr\u00e8s avoir re\u00e7u la manne, ils s'\u00e9taient r\u00e9volt\u00e9s et ils \u00e9taient morts dans le d\u00e9sert; en effet les choses mat\u00e9rielles, m\u00eame lorsqu'elles nous viennent du ciel, ne nous rendent pas meilleurs: elles ne peuvent nous donner la vraie vie.
C'est pourquoi le don de Dieu est diff\u00e9rent. Le pain qui descend du ciel n'est pas quelque chose, mais Quelqu'un. Ce vrai pain nous communique la vie \u00e9ternelle, mais pour le recevoir il faut une r\u00e9ponse personnelle: croire au Christ.
Tout ce que le P\u00e8re me donne vient \u00e0 moi (37). Tous ceux qui se glorifient d'appartenir \u00e0 la vraie religion ne viennent pas pour autant au Christ. M\u00eame dans l'Eglise il y a des fid\u00e8les de toute sorte, et seuls ceux auxquels le P\u00e8re a accord\u00e9 cette gr\u00e2ce trouveront les chemins du Christ contest\u00e9 et humble. Quand nous aurons dit toute l'importance des sacrements et des bonnes oeuvres, il ne faudra pas oublier cette affirmation tr\u00e8s forte de J\u00e9sus: aucun de nos efforts ne peut remplacer l'\u00e9lection par le P\u00e8re, lequel nous appelle \u00e0 conna\u00eetre son Fils selon la v\u00e9rit\u00e9.
Il est le fils de Joseph (42). Les auditeurs de J\u00e9sus sont des Juifs qui croient en Dieu, et ils croient \u00e0 la Bible. Mais une chose est de croire aux proph\u00e8tes du pass\u00e9 honor\u00e9s apr\u00e8s leur mort, autre chose est de reconna\u00eetre les messagers contemporains et contest\u00e9s de Dieu, surtout lorsque le messager de Dieu est un simple charpentier. C'est toujours aussi vrai maintenant: nous devons surmonter nos doutes et \u00e9couter les messagers de Dieu. Beaucoup croient en la Bible ou au Christ, mais peu \u00e9coutent dans l'Eglise les voix qui appellent \u00e0 la pauvret\u00e9 et au refus des idoles.
Ne protestez pas entre vous (43). La Bible utilise le verbe "protester", ou "murmurer" dans l'Exode: les Isra\u00e9lites se m\u00e9fiaient de Dieu et critiquaient constamment les d\u00e9cisions de Mo\u00efse (Ex 15,24; 16,2; 17,3).
Tous seront enseign\u00e9s par Dieu (45). Divers textes des proph\u00e8tes montraient comment la religion juive allait se d\u00e9passer. L'alliance c\u00e9l\u00e9br\u00e9e au mont Sina\u00ef avait donn\u00e9 les lois et obligations religieuses qui devaient \u00e9duquer la conscience du peuple juif. Mais ensuite s'ouvriraient de nouveaux temps o\u00f9 Dieu enseignerait chacun de ses fid\u00e8les comme il l'avait fait avec les grands proph\u00e8tes (Is 54,13; Jr 31,34; Jl 3,1). J\u00e9sus rappelle ces promesses, mais il donne une pr\u00e9cision. Il ne s'agit pas de r\u00e9v\u00e9lations donn\u00e9es par Dieu un peu \u00e0 tout le monde, mais de l'appel myst\u00e9rieux qui nous conduit \u00e0 J\u00e9sus. Du P\u00e8re nous vient une attitude nouvelle: tout chercher en J\u00e9sus; et en J\u00e9sus, parfait miroir de Dieu, nous d\u00e9couvrons la volont\u00e9 du P\u00e8re sur nous. J\u00e9sus est "la" Parole de Dieu. En lui le P\u00e8re nous a tout dit et d\u00e9sormais les r\u00e9v\u00e9lations les plus authentiques ne peuvent que nous renvoyer \u00e0 lui.

{N}6,{/}48: {C}LA COMMUNION - LES SACREMENTS{/}
Seconde partie du discours: J\u00e9sus se fait notre pain quand nous mangeons sa chair dans l'eucharistie. L'eucharistie, c\u00e9l\u00e9bration de la C\u00e8ne du Seigneur, (la "messe", comme nous disons souvent) est l'expression la plus forte de notre union \u00e0 Dieu dans le Christ.
Comment peut-il nous donner de la chair \u00e0 manger? (52). Ainsi parlaient les Isra\u00e9lites qui se m\u00e9fiaient de Dieu dans le d\u00e9sert (Nb 11,4 et 18). Mais Jean qui aime les jeux de mots leur donne un sens diff\u00e9rent ici: pourquoi est-ce qu'un messager du ciel donnerait sa chair au monde quand nous avons besoin de quelque chose de spirituel? J\u00e9sus r\u00e9pond au verset 63: bien que cette chair paraisse un aliment terrestre, il s'agit vraiment de partager la vie du Christ ressuscit\u00e9 et transform\u00e9 par l'Esprit. C'est la raison pour laquelle elle nous donne la vie (6,63).
Par des gestes visibles, le croyant participe \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 invisible et entre en communion avec le Christ ressuscit\u00e9. L'Eglise d\u00e9finit un sacrement comme quelque chose de visible qui symbolise et produit une r\u00e9alit\u00e9 spirituelle. Quand nous prenons part aux sacrements dans la foi, nous rencontrons le Christ vivant qui renouvelle notre vie. Dans la C\u00e8ne du Seigneur (la messe), nous recevons vraiment le corps et le sang du Christ dans ce qui ne semble \u00eatre que pain et vin. Pour nous, le Christ ressuscit\u00e9 se fait la nourriture de la vie \u00e9ternelle. 
J\u00e9sus est le pain vivant ou actif. Quand nous mangeons du pain ordinaire, nous le dig\u00e9rons et l'assimilons, mais quand nous mangeons le pain de vie (le corps du Christ), c'est lui qui nous "assimile". Le Christ nous transforme; il nous donne sa vie et nous unit \u00e0 sa vie: celui qui me mange vivra aussi par moi.
Chair et sang Dans la culture h\u00e9bra\u00efque, chair et sang d\u00e9signent l'homme entier dans sa condition mortelle. J\u00e9sus veut que nous fassions n\u00f4tre tout son \u00eatre humain dans sa condition humble et mortelle, et lui nous communique sa divinit\u00e9. Il est \u00e9vident que la communion ne prend tout son sens que si elle se fait sous les deux esp\u00e8ces du pain et du vin; pour cela il n'y a eucharistie que si le c\u00e9l\u00e9brant, pour le moins, communie sous les deux esp\u00e8ces.
Une fois encore J\u00e9sus va "accomplir" ce que contenait l'Ancienne Alliance: accomplir, c'est-\u00e0-dire donner la r\u00e9alit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 l'on n'avait encore que l'ombre. Parmi les divers sacrifices que l'on offrait au Temple, il y avait ceux dits de communion: les fid\u00e8les mangeaient au cours d'un repas une part de la victime. Ils la mangeaient "devant Dieu" (Dt 12,18), s'unissant ainsi \u00e0 leur Dieu \u00e0 qui \u00e9tait consacr\u00e9e la meilleure part de la victime.
J\u00e9sus, le v\u00e9ritable agneau pascal (Jn 1,36), s'offre en sacrifice pour le p\u00e9ch\u00e9 du monde et par l\u00e0 porte \u00e0 leur accomplissement tous les sacrifices pour le p\u00e9ch\u00e9 de l'Ancien Testament (Heb 10,5-6). En se donnant lui-m\u00eame, corps et sang de sa personne ressuscit\u00e9e, en nourriture \u00e0 son peuple, il r\u00e9alise en lui et par lui l'union parfaite du Nouvel Isra\u00ebl avec le P\u00e8re.
Mais nous ne nous laissons pas facilement convaincre car nous voyons qu'il ne suffit pas de communier pour \u00eatre parfait. C'est la raison pour laquelle les paroles de J\u00e9sus nous d\u00e9concertent souvent: celui qui mange ma chair a la vie, celui qui ne le fait pas... Mais examinons les paraboles du Royaume de Dieu de plus pr\u00e8s: le don de Dieu, qu'il s'agisse de sa parole ou du corps du Christ est une graine si petite qu'elle se perd tr\u00e8s souvent et ne produit des fruits que pour ceux qui pers\u00e9v\u00e8rent.
Les sacrements que nous recevons font m\u00fbrir la vie de Dieu en nous; ils agissent au plus profond de notre \u00eatre. Nous nous d\u00e9courageons facilement \u00e0 la vue des nombreux d\u00e9fauts que nous avons encore, bien que nous recevions les sacrements. Nous ne comprenons pas que la transformation est quelque chose de tr\u00e8s profond qui ne se remarque pas \u00e0 premi\u00e8re vue.

{N}6,{/}59: Ce langage est dur \u00e0 accepter. Comment les auditeurs de J\u00e9sus pourraient-ils croire que le "fils de Joseph" est venu de Dieu? Et aujourd'hui, comment allons-nous croire que nous avons besoin de l'eucharistie? J\u00e9sus nous dit pourquoi il est venu: Le Fils de Dieu est descendu \u00e0 nous pour ensuite remonter o\u00f9 il \u00e9tait auparavant. Il est venu de Dieu pour nous donner la vie m\u00eame de Dieu qui nous ram\u00e8nera jusqu'au sein du P\u00e8re (Jn 14,12).
Comprenons que par la r\u00e9surrection du Christ, notre monde a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9. Le Fils de Dieu est remont\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait auparavant rev\u00eatu de notre chair transfigur\u00e9e par l'Esprit. Le Fils de Dieu est remont\u00e9 rev\u00eatu de notre humanit\u00e9. Le premier de notre race est arriv\u00e9 jusqu'\u00e0 Dieu. Quand le Fils de Dieu est entr\u00e9 dans la gloire du P\u00e8re, il portait sur ses \u00e9paules la cr\u00e9ation toute enti\u00e8re qu'il voulait renouveler et consacrer.
M\u00eame si en apparence la vie continue comme avant, nous devons croire qu'un autre monde, qui est le vrai, s'est fait pr\u00e9sent. L'Esprit est \u00e0 l'oeuvre \u00e0 l'int\u00e9rieur des tourbillons \u00e9normes qui agitent et secouent la masse humaine. Le Christ est \u00e0 l'oeuvre invisiblement pour consacrer ce monde; il fait que l'humanit\u00e9 atteigne sa maturit\u00e9 en passant par d'innombrables crises et d'innombrables morts qui pr\u00e9parent une r\u00e9surrection.
Les auditeurs de J\u00e9sus ne pouvaient pas comprendre (6,61) le myst\u00e8re du Fils de Dieu qui a voulu s'humilier et se d\u00e9pouiller de sa gloire divine. Il s'est fait homme et il est mort comme un esclave (voir Jn 1,14 et Ph 2,6) afin qu'ensuite le P\u00e8re le fasse remonter o\u00f9 il \u00e9tait auparavant. De m\u00eame, nous avons du mal \u00e0 croire en l'oeuvre divine qui se r\u00e9alise au milieu de nous: cette humanit\u00e9 si irresponsable et que Dieu aime, cette Eglise si indigne avec laquelle pourtant Dieu r\u00e9alise son plan; cette histoire si d\u00e9sesp\u00e9rante qui cependant pr\u00e9pare le banquet du Royaume.
La chair ne sert de rien (63). J\u00e9sus a parl\u00e9 de nous donner sa chair; il ne faut pas l'interpr\u00e9ter comme la continuation de la religion juive o\u00f9 l'on mangeait la chair des animaux sacrifi\u00e9s. Dans la culture h\u00e9bra\u00efque, chair et sang indiquent ce monde "d'en bas" o\u00f9 les hommes s'agitent et qui ne peut communiquer avec Dieu. L'eucharistie par contre contient le corps ou la chair du Christ ressuscit\u00e9. C'est une r\u00e9alit\u00e9 transform\u00e9e par l'Esprit, transfigur\u00e9e, et qui agit de fa\u00e7on spirituelle.
Seigneur, \u00e0 qui irions-nous? Beaucoup de disciples de J\u00e9sus s'\u00e9loignent de lui, mais au nom de ceux qui restent, Pierre lui promet fid\u00e9lit\u00e9 (voir aussi Mt 16,13).

{N}7,{/}1: J\u00e9sus force les gens \u00e0 se poser des questions sur son identit\u00e9. Mieux vaut se poser des questions que d'appartenir au groupe de ceux qui ne s'en posent pas, croyant d\u00e9j\u00e0 le conna\u00eetre: ainsi sont les fr\u00e8res de J\u00e9sus.
Tu dois te montrer au monde (3 et 4). Ces fr\u00e8res de J\u00e9sus \u00e9taient sa famille et ses compatriotes de Nazareth (voir Mc 3,31). Ils devaient entrer dans l'Eglise apr\u00e8s la r\u00e9surrection de J\u00e9sus, et alors ils se croiraient des gens importants du seul fait qu'ils faisaient partie des proches de J\u00e9sus. Mais lorsque J\u00e9sus pr\u00eachait, ils \u00e9taient encore tr\u00e8s loin de le comprendre. Ils voulaient que J\u00e9sus se rende c\u00e9l\u00e8bre par ses miracles, alors que J\u00e9sus enseigne ce myst\u00e8re de la mort qui conduit \u00e0 la gloire.
Mon heure n'est pas encore venue (8) J\u00e9sus oppose deux conduites diff\u00e9rentes: ceux qui vivent selon leurs propres plans, et ceux qui se laissent guider par l'Esprit. Les premiers n'ont pas d'heure parce qu'ils ne connaissent pas l'appel de Dieu; ils agissent comme et quand bon leur semble. Mais ceux que l'Esprit guide attendent l'heure de Dieu. Tout ce qu'ils entreprennent alors r\u00e9ussira pour la gloire de Dieu.
Les Juifs... (v.13,15, 35). On a de fortes raisons de penser que Jean a \u00e9crit son Evangile pour les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes d'au-del\u00e0 du Jourdain (10,40; 11,54), une province qui se sentait asez \u00e9trang\u00e8re au monde juif de J\u00e9rusalem et de la Jud\u00e9e. Cela explique sans doute que, s'identifiant \u00e0 ses auditeurs, Jean dit: les Juifs comme s'il n'\u00e9tait pas l'un d'entre eux. Mais aussi, dans ses communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, Jean affrontait un fort courant qu'on a appel\u00e9 plus tard les "jud\u00e9o-chr\u00e9tiens". Ceux-ci croyaient bien que J\u00e9sus \u00e9tait le Messie, mais ils ne voulaient rien faire qui puisse les opposer \u00e0 la communaut\u00e9 juive. Ils parlaient de "J\u00e9sus Fils de Dieu", mais ne donnaient pas \u00e0 ce mot toute la force qu'il a pour la foi chr\u00e9tienne. Aussi, lorsque Jean parle des Juifs qui croyaient en J\u00e9sus mais ne le comprenaient pas (8,31), nous devinons qu'il pense en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 ces jud\u00e9o-chr\u00e9tiens qui, trente ans plus tard, dominaient certaines \u00e9glises de Palestine.

{N}7,{/}19: Nous avons dit que le passage 7,19-24 est la conclusion du discours qui occupe le chapitre 5. Pour des raisons que nous ignorons, il se trouve ici hors de son contexte.

{N}7,{/}25: {C}LE SALUT - \u00c0 LA RECHERCHE  DE LA V\u00c9RIT\u00c9{/}
Qui est J\u00e9sus? Il est essentiel pour nous de le savoir parce qu'il ne nous offre rien de moins que de partager la vie de Dieu. Mais si J\u00e9sus ne vient pas de Dieu, que vaut cette promesse?
Il nous faut donc d\u00e9couvrir pour notre compte qui est J\u00e9sus, parce que c'est ainsi que nous trouverons le salut.
Sa personne nous attire mais ses paroles nous choquent. Quand il d\u00e9clare que le monde est d\u00e9j\u00e0 sauv\u00e9, que nous sommes d\u00e9j\u00e0 ressuscit\u00e9s et que nous sommes les enfants de Dieu, nous prenons cela pour de la litt\u00e9rature puisque la r\u00e9alit\u00e9 nous semble bien diff\u00e9rente. Nous avons besoin de temps, d'exp\u00e9riences et de souffrances pour modifier notre point de vue et nous \u00e9lever jusqu'\u00e0 l'endroit d'o\u00f9 nous d\u00e9couvrirons le monde et les hommes tels que J\u00e9sus les d\u00e9crit. Arriv\u00e9s \u00e0 ce point, nous reconnaissons que J\u00e9sus est le Sauveur, mais aussi nous sommes sauv\u00e9s parce que, gr\u00e2ce \u00e0 ce cheminement, nous sommes devenus capables de voir les choses comme Dieu.
Nous ne devons jamais l'oublier dans notre dialogue avec les incroyants: ce sont eux qui doivent parvenir, guid\u00e9s par l'Esprit Saint, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 qui leur manque. Ce sont eux qui doivent creuser en eux-m\u00eames pour arriver jusqu'\u00e0 l'eau.
Nous savons d'o\u00f9 il vient (27). Ces Juifs croient conna\u00eetre la Bible, mais celle-ci a bien des fa\u00e7ons de nous \u00e9chapper si nous ne savons pas \u00e9couter. Face \u00e0 eux J\u00e9sus se pr\u00e9sente comme l'Envoy\u00e9 de Dieu. Il utilise ce titre, non pas pour s'imposer, mais pour souligner qu'il d\u00e9pend du P\u00e8re tout autant qu'il le conna\u00eet.
Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas (34). C'est le m\u00eame avertissement que Dieu faisait par la voix des proph\u00e8tes (Jr 13,16). Une fois de plus, J\u00e9sus s'applique des paroles et des pr\u00e9rogatives que la Bible r\u00e9servait \u00e0 Dieu.

{N}7,{/}37: {C}LA COMMUNICATION DE L'ESPRIT{/}
A la f\u00eate des Tentes, au jour le plus solennel, une procession allait puiser de l'eau \u00e0 la piscine de Silo\u00e9; c'est alors que J\u00e9sus annonce le "don" (4,10), l'eau vive.
D\u00e9j\u00e0 avant la venue du Christ il \u00e9tait \u00e9crit: "L'Esprit de Dieu remplit l'univers" (Sg 1,7). Et c'est que Dieu n'a jamais cess\u00e9 de se communiquer, son Esprit p\u00e9n\u00e8tre notre esprit pour l'\u00e9veiller, lui donner force et vie: en tout temps il y a eu des penseurs, des artistes et des h\u00e9ros. Et l'Esprit agit dans les coeurs droits. 
Nous avons eu l'occasion de dire que le don de l'Esprit suit la venue de la Parole, qui est le Fils de Dieu. Et de m\u00eame que la Parole visite tous les humains, ils ont part aussi \u00e0 l'Esprit de Dieu. Mais ceci, qui est donn\u00e9 en tous temps et en tous lieux, nous laisse loin de la communication de l'Esprit a ceux qui ont accueilli le Christ. Ici, Jean pr\u00e9cise que les temps de l'Esprit ne pouvaient commencer avant que J\u00e9sus n'entre dans sa gloire.
On n'avait pas encore l'Esprit. De nombreux manuscrits ont cherch\u00e9 \u00e0 rendre plus claire cette affirmation: "l'Esprit ne se communiquait pas". L'Esprit est Dieu-qui-se-communique \u00e0 toutes les cr\u00e9atures de tous les temps. Il est en quelque sorte capable de se diviser, d'habiter dans chaque cr\u00e9ature par des dons diff\u00e9rents, pour les ramener ensuite \u00e0 l'unit\u00e9 en Dieu. C'est pourquoi nous lisons dans l'Ecriture soit "l'Esprit", soit "esprit" (Lc 1,15; Ac 6,3) ou m\u00eame "les esprits" (Ap 1,4; 3,1).
Des fleuves d'eau vive jailliront de son sein. Certaines traductions coupent la phrase au num\u00e9ro 38. On a alors: Celui qui croit en moi, dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive jailliront de son sein. Il s'agirait du croyant et ce serait une allusion \u00e0 Is 58,11. Mais cela ne cadre pas avec ce qui suit. Ici Jean nous renvoie \u00e0 des textes proph\u00e9tiques qui visaient le Messie, source d'eau vive: pensons \u00e0 l'eau jaillie de la roche (Ex 17; Nu 20,8) et au fleuve qui sort du Temple (Ez 47,1). Car le Christ est \u00e0 la fois la Roche et le Nouveau Temple.

{N}8,{/}1: Les plus anciens manuscrits de l'\u00e9vangile de Jean ne contiennent pas le passage 8,1-11. Certains pensent que ce passage vient d'autres sources. Peut-\u00eatre ce passage provient-il de l'\u00e9vangile de Luc et a-t-il \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9 plus tardivement dans le texte de Jean.
Si J\u00e9sus fait preuve de tant d'\u00e9gards pour cette femme et s'il refuse de la condamner comme le font les hommes, est-ce parce qu'il consid\u00e8re que son p\u00e9ch\u00e9 est sans gravit\u00e9? Non, il vaut mieux dire que Dieu se sert d'autres moyens pour conduire les p\u00e9cheurs au repentir et pour les purifier par la souffrance.
Il y a une \u00e9norme diff\u00e9rence entre dire \u00e0 quelqu'un que ses id\u00e9es ou actions sont mauvaises et le condamner. Souvent nous condamnons: nous ne laissons pas de marge pour le changement et la mis\u00e9ricorde. Dans cet \u00e9pisode J\u00e9sus est \u00e0 la fois exigeant et mis\u00e9ricordieux envers la femme.
Il semble que certaines pages de l'\u00e9vangile ne se trouvent pas dans l'ordre. Nous avons d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 que le passage 7,19-24 \u00e9tait la continuation du chapitre 5. Le discours 8,12-29 semble aussi \u00eatre la suite du miracle rapport\u00e9 au chapitre 9. Apr\u00e8s avoir gu\u00e9ri l'aveugle et prouv\u00e9 que les pharisiens sont spirituellement aveugles, J\u00e9sus d\u00e9clare: Je suis la lumi\u00e8re. Les paroles de J\u00e9sus: je viens de vous dire que vous mourrez avec vos p\u00e9ch\u00e9s (8,24) nous rappellent ce qu'il dit dans 9,41.

{N}8,{/}12: {C}LA LUMI\u00c8RE{/}
J\u00e9sus est la lumi\u00e8re pour tous les hommes de tous les temps. Dieu avait guid\u00e9 les H\u00e9breux dans le d\u00e9sert par un nuage lumineux; il nous guide par son Fils: qui suit J\u00e9sus ne marchera pas dans les t\u00e9n\u00e8bres.
La lumi\u00e8re est le symbole de beaucoup de bonnes choses: la lumi\u00e8re de l'aurore apr\u00e8s une nuit d'obscurit\u00e9; la lumi\u00e8re qui \u00e9claire nos foyers tandis que l'obscurit\u00e9 r\u00e8gne au dehors; les lumi\u00e8res de la rue qui brillent pour tout le monde, les riches comme les pauvres; la lumi\u00e8re qui triomphe des forces du mal et de l'ignorance. Le Christ est tout cela et plus encore pour ceux qui le suivent. Il est la lumi\u00e8re par laquelle nous vivons pleinement; sa lumi\u00e8re nous permet d'attribuer aux choses et aux activit\u00e9s humaines le lieu et l'importance qu'elles m\u00e9ritent.
C'est gr\u00e2ce \u00e0 la lumi\u00e8re du Christ que nous parvenons \u00e0 triompher de tout ce qui est obscur en nous. Nous ne sommes conscients que d'une petite partie de notre moi int\u00e9rieur, et \u00e0 chaque instant nos actions r\u00e9pondent \u00e0 des mouvements involontaires provenant de notre temp\u00e9rament et de notre nature. Nos intentions sont bonnes et notre coeur est pur (c'est du moins ce que nous pensons), et nous ne nous rendons pas compte que nous ob\u00e9issons \u00e0 l'appel de "la chair et du sang" comme le dit la Bible. Mais si nous vivons dans la lumi\u00e8re, peu \u00e0 peu la lumi\u00e8re envahira tous les recoins de notre coeur.
{C}JE SUIS{/}
Dans ce discours, J\u00e9sus t\u00e9moigne de sa propre divinit\u00e9. Il nous fait comprendre qu'il y a en lui un secret, un myst\u00e8re concernant son origine. Nous trouvons sept fois dans cette page l'expression Je suis: Jean nous fait comprendre que c'est une expression-clef du discours.
JE SUIS: c'est ainsi que Dieu s'\u00e9tait nomm\u00e9, parlant \u00e0 Mo\u00efse. Nous savons que les Juifs appelaient Dieu, Yahv\u00e9, ou Celui qui est, Celui qui fait tout exister. Mais J\u00e9sus d\u00e9clare: Je Suis, se r\u00e9clamant du Nom que l'on ne devait donner \u00e0 aucune cr\u00e9ature. Cette simple affirmation suffit \u00e0 r\u00e9futer certains "chr\u00e9tiens", Ariens d'hier ou aujourd'hui T\u00e9moins de J\u00e9hovah qui pr\u00e9tendent rabaisser le Christ. Ils disent que puisque Dieu est un, il est impossible que la vie divine se partage entre trois personnes. Tout en appelant le Christ, Fils de Dieu, ils n'acceptent pas qu'il soit Dieu, n\u00e9 de Dieu. Cependant J\u00e9sus EST, tout autant que le P\u00e8re, et sans se confondre avec lui. Il dit en effet: le P\u00e8re m'a envoy\u00e9 et encore: le t\u00e9moignage de deux personnes est digne de foi (d'apr\u00e8s la loi juive).
Vous mourrez dans vos p\u00e9ch\u00e9s (24) et: vous mourrez dans votre p\u00e9ch\u00e9 (21). Le p\u00e9ch\u00e9 ne consiste pas seulement \u00e0 faire le mal. Le p\u00e9ch\u00e9 est aussi de nous replier sur nous-m\u00eames et notre sagesse humaine, au lieu de nous ouvrir \u00e0 d'autres horizons, comme celui de Dieu.
Ici les hommes sont divis\u00e9s en deux groupes: ceux d'en haut qui d\u00e9sirent Dieu et ceux d'en bas qui se limitent \u00e0 leurs perspectives humaines. P\u00e9cher c'est refuser de na\u00eetre d'en haut comme J\u00e9sus le dit \u00e0 Nicod\u00e8me (3,3). Ces Juifs ne croient pas en J\u00e9sus parce que son mode de vie et son message r\u00e9v\u00e8lent un au-del\u00e0 de ce monde qui ne les attire pas. J\u00e9sus aurait perdu son temps \u00e0 discuter avec eux; la sagesse de Dieu allait se r\u00e9v\u00e9ler bien davantage par sa mort sur la croix (28).

{N}8,{/}31: {C}LA V\u00c9RIT\u00c9 - LA LIBERT\u00c9 - LE P\u00c9CH\u00c9{/}
J\u00e9sus dit aux Juifs qui croyaient en lui. Ils croyaient en J\u00e9sus \u00e0 leur mani\u00e8re et ressemblaient beaucoup \u00e0 ceux que Paul attaque dans Ga 3-4. Ces discussions avec ceux qui pr\u00e9tendent \u00eatre dans la vraie religion nous font deviner comment J\u00e9sus reprendrait beaucoup de ceux qui se vantent d'\u00eatre chr\u00e9tiens ou "catholiques", s'il se trouvait parmi nous aujourd'hui.
J\u00e9sus nous reprocherait moins nos p\u00e9ch\u00e9s que de continuer \u00e0 vivre dans le p\u00e9ch\u00e9. Les p\u00e9ch\u00e9s sont de mauvaises actions qui sont parfois excusables, et souvent nous les regrettons d\u00e8s que nous les avons commises. Mais "\u00eatre dans le p\u00e9ch\u00e9", c'est vivre dans le mensonge; c'est persister dans un certain orgueil, nous ent\u00eater dans notre propre jugement et sur nos propres droits: cette attitude nous emp\u00eache d'entrer dans les voies de Dieu, m\u00eame quand apparemment nous vivons honn\u00eatement et que nous proclamons notre foi.
J\u00e9sus n'est pas l'\u00e9tendard d'un groupe social, catholique ou autre, dont on pourrait se servir pour lutter contre d'autres groupes. Il vient comme le roi du royaume de la v\u00e9rit\u00e9. Ceux qui cherchent la v\u00e9rit\u00e9 lui appartiennent, quelles que soient leurs id\u00e9es, et plus encore ceux qui vivent dans la v\u00e9rit\u00e9.
Pour les Juifs, le monde se divisait en deux groupes: les enfants d'Abraham, c'est-\u00e0-dire eux-m\u00eames, et le reste. Ils se vantaient de leurs anc\u00eatres, oubliant que pour Dieu chacun est ce qu'il est.
J\u00e9sus se pr\u00e9sente \u00e0 eux comme le t\u00e9moin de la v\u00e9rit\u00e9 et sa seule pr\u00e9sence les force \u00e0 s'examiner. La v\u00e9rit\u00e9 dont J\u00e9sus parle n'est pas une doctrine que ses disciples doivent imposer par la force. Elle n'a pas besoin de propagandistes tout bard\u00e9s d'arguments et de citations bibliques, mais de t\u00e9moins qui parlent de leur exp\u00e9rience. J\u00e9sus dit: La v\u00e9rit\u00e9 vous lib\u00e9rera, mais aussi Le Fils vous lib\u00e9rera (32 et 36); "notre" v\u00e9rit\u00e9 consiste donc \u00e0 vivre selon notre vocation d'enfants de Dieu.
Le croyant qui se sait aim\u00e9 de Dieu et qui s'efforce d'\u00eatre vrai, est d\u00e9j\u00e0 dans la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame s'il garde encore certains pr\u00e9jug\u00e9s de son milieu, m\u00eame s'il est inconsciemment guid\u00e9 dans son mode de vie par bien des mensonges ou illusions.
J\u00e9sus parle aussi de libert\u00e9. V\u00e9rit\u00e9 et libert\u00e9 vont ensemble. Les individus, comme les nations, n'\u00e9pargnent aucun effort pour rompre leurs cha\u00eenes. Mais aussit\u00f4t lib\u00e9r\u00e9s, ils retombent rapidement dans d'autres formes de soumission, parce que la racine de l'esclavage se trouve en nous.
En faisant le mal on se fait complice du d\u00e9mon et m\u00eame sans le vouloir on tombe dans ses filets. Il est ensuite difficile de r\u00e9sister aux illusions et aux mauvaises influences gr\u00e2ce auxquelles le p\u00e8re du mensonge tient le monde en son pouvoir (44).
Tant que nous nous agitons sans penser \u00e0 notre vraie condition, nous ne sommes que des esclaves, m\u00eame si nous nous distinguons par nos richesses, nos connaissances ou notre rang. Nous grossissons les rangs du monde d'en bas toujours provisoire. Des g\u00e9n\u00e9rations d'esclaves se succ\u00e8dent et passent comme les vagues de la mer: les esclaves restent dans la maison pour un certain temps (34). Par contre le Christ nous fait entrer d\u00e8s maintenant dans un autre monde, celui d'en haut, o\u00f9 tout demeure (35). A partir du moment o\u00f9 nous sommes fils, tout ce que nous faisons donne des fruits pour l'\u00e9ternit\u00e9.
Avant qu'Abraham ne soit venu, moi Je Suis (58). C'est la septi\u00e8me fois qu'appara\u00eet "je suis" dans ce chapitre, et cette fois nous devons le prendre au sens fort qui ne convient qu'\u00e0 Dieu lui-m\u00eame, tel qu'il s'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse. Mais on ne trahirait pas le sens profond de cette d\u00e9claration en traduisant: "Avant Abraham, il y a Moi".

{N}9,{/}1: {C}CROIRE, C'EST VOIR{/}
J\u00e9sus est la lumi\u00e8re: l'aveugle voit la lumi\u00e8re du jour. J\u00e9sus est la lumi\u00e8re, mais les hommes se divisent \u00e0 son \u00e9gard. Certains s'ouvrent \u00e0 la lumi\u00e8re, d'autres restent aveugles et refusent de croire en ce messager de Dieu.
Il nous est loisible d'observer dans ce chapitre diverses r\u00e9actions face au miracle. Voyez l'homme aveugle qui comprend imm\u00e9diatement ce que sa gu\u00e9rison signifie, ses parents craintifs et opportunistes, les Pharisiens t\u00e9moins de la sc\u00e8ne qui ne savent que juger et ne se rendent pas compte qu'ils se condamnent eux-m\u00eames.
L'\u00e9vangile nous montre une autre mani\u00e8re d'interpr\u00e9ter le miracle: l'homme qui commence \u00e0 voir est le croyant (voir surtout v. 4 et 39-41).
Ma\u00eetre, qui a p\u00e9ch\u00e9, lui ou ses parents? (2). Mais J\u00e9sus refuse d'interpr\u00e9ter chaque malheur comme un ch\u00e2timent de Dieu.
J\u00e9sus gu\u00e9rit l'aveugle le jour du sabbat. Les t\u00e9moins se demandent si Dieu prendra le parti de la Loi qui interdit le travail ce jour-l\u00e0, ou celui de l'homme qui a fait cette bonne oeuvre. Les Pharisiens d\u00e9fendent la Loi, ce qui n'est pas surprenant de la part de gens qui se sentent proches de la parole \u00e9crite et qui restent plus loin de la mis\u00e8re humaine.
Vous ne savez pas d'o\u00f9 il vient? (30). Mais qui vit dans un monde ouvert \u00e0 Dieu? Il n'est pas \u00e9tonnant que les Pharisiens chassent l'aveugle, parce que la foi en J\u00e9sus s\u00e9pare n\u00e9cessairement les croyants de ceux qui n'acceptent pas la mani\u00e8re d'agir de Dieu.
L'aveugle voit: il d\u00e9couvre aussi le Christ et commence \u00e0 croire.
Beaucoup de gens pensent que la foi est une illusion, qu'elle est un voile jet\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 et que le r\u00e9el se limite aux choses mat\u00e9rielles, ce qui peut se voir, se toucher, se compter et se mesurer. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est autre: le croyant voit les m\u00eames choses que d'autres voient et connaissent; mais en plus il saisit quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 ceux qui n'ont pas la foi.
Il ne faut pas confondre la foi chr\u00e9tienne avec la croyance en un Dieu plus grand que nous. La foi est la capacit\u00e9 de conna\u00eetre \u00e0 la lumi\u00e8re du Christ ce qui est vrai: les fins et les moyens. C'est pourquoi nous ne devons pas penser que croire ou ne pas croire au Christ est de peu d'importance dans les luttes de la vie. M\u00eame si, sur des objectifs concrets, croyants et incroyants font une m\u00eame option, ils ne se rejoindront pas pour ce qui est le plus important.
La venue du Christ entra\u00eene un discernement (9,39): c'est-\u00e0-dire que les hommes doivent se d\u00e9finir par rapport au Christ. J\u00e9sus juge, ou plut\u00f4t nous nous jugeons nous-m\u00eames, selon que nous acceptons ou refusons J\u00e9sus.

{N}10,{/}1: {C}PATRIE SANS FRONTI\u00c8RES{/}
Avec la parabole de J\u00e9sus, nous pouvons imaginer un de ces enclos o\u00f9 les troupeaux de plusieurs bergers se rassemblent pour la nuit sous la surveillance d'un gardien. Au lever du jour chaque berger appelle ses moutons et les conduit dehors.
La Bible avait annonc\u00e9 le jour o\u00f9 Dieu, le Berger, viendrait rassembler les brebis dispers\u00e9es de son peuple pour les faire vivre en s\u00e9curit\u00e9 dans leur patrie. J\u00e9sus est le Berger et il vient accomplir ce qui \u00e9tait annonc\u00e9; mais il ne le fera pas comme on le pensait. Les Juifs pensaient que le Berger leur rendrait leur ancienne prosp\u00e9rit\u00e9: ils seraient une nation privil\u00e9gi\u00e9e parmi les autres nations.
Ici, J\u00e9sus dit clairement que son peuple ne se confond pas avec la nation juive. Seuls ceux qui croient lui appartiennent. Parmi les Juifs, il prendra ceux qui sont \u00e0 lui et il choisira aussi des brebis d'autres parcs \u00e0 brebis (16), c'est-\u00e0-dire venant de nations autres que la nation juive. Alors il prendra la t\u00eate de ce troupeau. Il ne l'enfermera pas dans une bergerie, il ne l'installera dans aucune soci\u00e9t\u00e9 ou nation de ce monde. Mais il le conduira l\u00e0 o\u00f9 lui seul sait. Le troupeau unique, l'unique Eglise, chemine au cours de l'histoire sans s'identifier \u00e0 une nation ou \u00e0 une civilisation, sans s'enfermer dans ses institutions.
Les pasteurs du peuple juif pensaient maintenir l'unit\u00e9 en cultivant l'orgueil national, en s'appuyant sur les classes plus instruites. J\u00e9sus par contre unit son peuple par la seule force d'attraction de sa personne. Tous ceux qui reconnaissent sa voix et croient en sa parole, sont \u00e0 lui.
L'histoire montre que les hommes se rassemblent autour de grands personnages, chefs ou saints. Mais la pr\u00e9sence d'un Pasteur ou d'un chef se fait plus pressante quand un peuple n'a ni fronti\u00e8res, ni armes, ni langue, ni lois pour se d\u00e9fendre des attaques de l'ext\u00e9rieur et des dissensions internes. La foi en J\u00e9sus nous unit mieux que la fid\u00e9lit\u00e9 aux traditions du pass\u00e9 ou la solidarit\u00e9 entre corr\u00e9ligionnaires. Le peuple du Christ n'est pas une masse, mais il est fait de personnes qui ont commenc\u00e9 avec J\u00e9sus une aventure de confiance et d'amour r\u00e9ciproques: Je les connais, et elles entendront mon appel (14 et 16).
Quand la Bible parlait de Berger, elle d\u00e9signait g\u00e9n\u00e9ralement Dieu lui-m\u00eame, seul Roi d'Isra\u00ebl, mais parfois aussi le Roi-Messie envoy\u00e9 par Dieu. J\u00e9sus ne mentionne qu'un seul Pasteur: tout en \u00e9tant diff\u00e9rent du P\u00e8re, il est un avec lui (30).
Vous \u00eates des dieux (34). Dans la Bible les anges sont appel\u00e9s parfois: fils de Dieu; J\u00e9sus observe que les dirigeants peuvent aussi y \u00eatre appel\u00e9s dieux au sens de personnages divins. C'est la raison pour laquelle J\u00e9sus ne voulait pas \u00eatre proclam\u00e9 fils de Dieu, car cela pouvait \u00eatre pris dans un sens figur\u00e9. Mais maintenant il se d\u00e9finit de la fa\u00e7on la plus forte en disant: Le P\u00e8re est en moi et moi dans le P\u00e8re (38). Mais en m\u00eame temps qu'il insiste sur son pouvoir divin (15, 18, 29, 38), il maintient aussi qu'il d\u00e9pend enti\u00e8rement du P\u00e8re. En ceci nous reconnaissons Dieu le Fils.

{N}11,{/}1: Voici le septi\u00e8me et dernier miracle de J\u00e9sus dans l'\u00e9vangile de Jean. Les premi\u00e8res paroles sont pour nous pr\u00e9senter l'homme malade. Lazare personnifie celui qui est bless\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9 et qui va \u00e0 la mort \u00e0 moins que J\u00e9sus ne le rappelle \u00e0 la vie.
Lazare revient \u00e0 la vie! N'envions pas trop Lazare qui eut la chance de vivre quelques ann\u00e9es de plus et la malchance de devoir mourir une seconde fois. Ce miracle ne fait qu'annoncer la vraie r\u00e9surrection, laquelle n'est pas un prolongement de la vie, mais la transformation de tout notre \u00eatre. La r\u00e9surrection est chose essentiellement spirituelle, m\u00eame si elle prend toute notre personne. Elle commence d\u00e8s que la foi nous fait \u00e9migrer de notre mode de vie pour nous ouvrir \u00e0 la vie de Dieu.
Tout comme Marthe (24), les Juifs croyaient en la r\u00e9surrection des morts au dernier jour. Mais ils pensaient \u00e0 une force divine qui viendrait \u00e9branler l'univers et ouvrir les tombes pour que les morts puissent en sortir. De fait, la r\u00e9surrection des morts \u00e9mane du Fils de Dieu, qui poss\u00e8de tout le pouvoir n\u00e9cessaire pour ramener \u00e0 la vie et pour transformer la cr\u00e9ation. Celui qui vit soumis au Christ est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 de la mort \u00e0 la vie (5,24) et par cons\u00e9quent, il ne mourra pas pour toujours (11,26).
C'est pour cela que J\u00e9sus est appel\u00e9 sept fois Le Seigneur. Toutes les personnes dont il s'agit ici appelaient J\u00e9sus, "Ma\u00eetre", mais Jean leur fait dire Seigneur. Il veut ainsi nous enseigner que ce miracle de Lazare rappel\u00e9 \u00e0 la vie est une image de la r\u00e9surrection glorieuse de J\u00e9sus, le Seigneur.
Les Juifs voulaient tuer J\u00e9sus (8), mais il leur \u00e9tait difficile de le faire arr\u00eater l\u00e9galement. Ils ne pouvaient le faire que dans la province de J\u00e9rusalem o\u00f9 leurs communaut\u00e9s religieuses et leur organisation politique \u00e9taient puissantes. Tant que J\u00e9sus restait de l'autre c\u00f4t\u00e9 du Jourdain, il \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9. La r\u00e9surrection de Lazare va pr\u00e9cipiter la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus.
Il faut douze heures (9). J\u00e9sus ach\u00e8vera les douze heures de sa journ\u00e9e, ou de sa mission, sans en craindre les risques. Ceux qui comme lui marchent le jour, c'est-\u00e0-dire selon le plan divin ne tr\u00e9bucheront pas; pour eux le Christ sera la lumi\u00e8re du monde.
Je crois que tu es le Christ (27). Quelle extraordinaire profession de foi que celle de Marthe! Elle ressemble \u00e0 celle de Pierre (Mt 16,16). Et d'ici peu, ce sera Marie qui annoncera la r\u00e9surrection aux ap\u00f4tres eux-m\u00eames. L'\u00e9vangile n'est vraiment pas machiste et ne glorifie pas non plus la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique.
P\u00e8re, je te remercie (41). Cette action de gr\u00e2ces est la seule dans l'\u00e9vangile de Jean, \u00e0 part la longue pri\u00e8re du chapitre 17 qui, sous une apparence de p\u00e9tition, est en r\u00e9alit\u00e9 la louange du P\u00e8re. Nous en avons une autre dans Luc 10,21. Ces actions de gr\u00e2ces attribu\u00e9es \u00e0 J\u00e9sus nous sembleront peut-\u00eatre bien peu si nous croyons que la gratitude est une attitude chr\u00e9tienne essentielle: mais J\u00e9sus exprime sa gratitude dans tout ce qu'il fait. Pendant toute sa vie humaine, il a renonc\u00e9 \u00e0 sa propre volont\u00e9 afin que le P\u00e8re puisse se servir de lui pour sa gloire (Jn 12, 27-28).
D\u00e9liez-le (44). Les Juifs bandaient les morts avant de les enterrer. Mais le terme "d\u00e9lier" veut aussi dire quelque chose d'autre: c'\u00e9tait le terme que l'Eglise primitive utilisait pour signifier le pardon des p\u00e9ch\u00e9s. Comme Lazare, ceux qui re\u00e7oivent le pardon reviennent \u00e0 la vie.

{N}11,{/}45: {C}L'\u00c9GLISE CATHOLIQUE{/}
Les paroles de Ca\u00efphe vont s'accomplir, mais pas dans le sens o\u00f9 il les avait dites. J\u00e9sus allait mourir pour rassembler dans l'unit\u00e9 les enfants de Dieu dispers\u00e9s (52).
Ce rassemblement d'une humanit\u00e9 que le plan de Dieu voulait dispers\u00e9e d\u00e8s ses d\u00e9buts devait \u00eatre l'effet de la r\u00e9surrection du Christ; J\u00e9sus dit \u00e9galement: "Quand j'aurai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de terre, j'attirerai tous les hommes \u00e0 moi" (Jn 12,32). Autrement dit, la croix et la r\u00e9surrection sont la source de la communion et de la fraternit\u00e9.
L'Eglise r\u00e9unit des croyants de toutes races et de toutes cultures: nous l'appelons "catholique" ou universelle. Mais elle n'est que le commencement et le signe de ce qui sera \u00e0 la fin des temps lorsque toute l'humanit\u00e9 sera r\u00e9unie dans le Christ.
Dans beaucoup de pays encore l'oppression des masses rurales et urbaines emp\u00eache les hommes de se r\u00e9unir pour discuter et comprendre leur situation. Cette violence inavou\u00e9e s'oppose \u00e0 l'unit\u00e9.
Les chr\u00e9tiens doivent \u00eatre les premiers \u00e0 se rendre compte que nous vivons dans un si\u00e8cle exceptionnel o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, tous les hommes partagent la m\u00eame histoire et doivent accepter le m\u00eame destin, de bon gr\u00e9 ou non. Les chr\u00e9tiens devraient \u00eatre les premiers \u00e0 favoriser la r\u00e9union des enfants de Dieu dispers\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 l'action non violente et \u00e0 l'esprit de r\u00e9conciliation. Ils ne peuvent pas d\u00e9penser toute leur \u00e9nergie dans les projets d'assistance aux pauvres.

{N}12,{/}1: Matthieu et Marc racontent aussi cet incident du repas o\u00f9 Marie montra son amour passionn\u00e9 pour J\u00e9sus. Elle l'aimait de toutes ses forces, et loin de l'aveugler, son amour lui faisait percevoir et respecter la myst\u00e9rieuse personnalit\u00e9 de J\u00e9sus. Tous les ap\u00f4tres ne comprirent pas son geste, car il leur restait beaucoup \u00e0 apprendre sur la fa\u00e7on d'aimer le Christ.
Souvent, comme Judas, nous parlons de donner aux pauvres. Pourtant le Seigneur ne nous commande pas de donner, mais d'aimer. Aimer les pauvres, c'est leur r\u00e9v\u00e9ler que Dieu les appelle et les aider \u00e0 se d\u00e9velopper comme personnes en surmontant leurs faiblesses et leurs divisions et en accomplissant la mission que Dieu leur a confi\u00e9e: \u00eatre t\u00e9moins de l'Evangile. Si nous ne vivons pas parmi eux, nous avons besoin de conversion et de pauvret\u00e9 authentique pour d\u00e9couvrir le Royaume avec eux. Il est tr\u00e8s difficile d'aimer v\u00e9ritablement les pauvres, et comment le pourrait-on sans aimer J\u00e9sus passionn\u00e9ment?
Six jours avant la P\u00e2que. Marc et Matthieu donnent l'impression que ce repas a eu lieu deux jours, et non pas six, avant la P\u00e2que (Mt 26,2). Les \u00e9vang\u00e9listes ne sont pas d'accord sur la date de la P\u00e2que. Tandis que Jean place la mort de J\u00e9sus \u00e0 la veille de la P\u00e2que, c'est-\u00e0-dire juste avant le repas pascal (Jn 19,14), les trois autres disent que la C\u00e8ne a eu lieu le jour o\u00f9 les Juifs mangeaient la P\u00e2que. Selon une tr\u00e8s ancienne tradition que plusieurs Eglises orientales maintiennent encore, J\u00e9sus aurait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la C\u00e8ne non pas un jeudi mais un mardi. Son proc\u00e8s aurait donc dur\u00e9 deux jours: mercredi et jeudi (Ceci est peut-\u00eatre plus vraisemblable, car il semble difficile que toutes les sessions du double proc\u00e8s de J\u00e9sus aient pu se tenir au cours de la seule matin\u00e9e du vendredi.) Naturellement, il serait mort le vendredi, comme tous les textes l'affirment.
L'explication de ces diff\u00e9rences pourrait \u00eatre la suivante: la P\u00e2que ne se c\u00e9l\u00e9brait pas \u00e0 une date fixe, mais par rapport \u00e0 la nouvelle lune qui n'\u00e9tait pas toujours facile \u00e0 d\u00e9terminer. Il est s\u00fbr que certaines ann\u00e9es, des groupes religieux la c\u00e9l\u00e9braient trois jours avant les autres. J\u00e9sus aurait pu c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que la veille du mercredi, tandis que la majorit\u00e9 la c\u00e9l\u00e9brait la veille du samedi.

{N}12,{/}20: Des \u00e9trangers (surnomm\u00e9s Grecs \u00e0 cause de leur langue) s'\u00e9taient convertis \u00e0 la foi des Juifs. Bien qu'ils n'observent pas les lois juives, on les admettait au Temple de J\u00e9rusalem o\u00f9 une cour diff\u00e9rente de celle des Juifs, leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e. L'int\u00e9r\u00eat manifest\u00e9 par ces \u00e9trangers donne \u00e0 J\u00e9sus l'occasion d'annoncer que son royaume s'\u00e9tendra au monde entier quand il aura \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 sur la croix.
Si le grain ne meurt pas. J\u00e9sus va mourir et l'Eglise universelle verra le jour. J\u00e9sus laisse mettre en terre son corps sans vie; quand il se rel\u00e8vera de la tombe, ce sera pour rassembler tous les croyants en son corps glorifi\u00e9.
Si le grain ne meurt pas. Telle est la loi de toute vie qui se veut f\u00e9conde (Mc 8,34). Les premiers croyants disaient d\u00e9j\u00e0: "Le sang des martyrs est une semence".

{N}12,{/}29: Cette page de Jean rappelle \u00e0 la fois la transfiguration de J\u00e9sus (Mc 8,34) et son agonie \u00e0 Geths\u00e9mani (Mc 14,26).
A ce moment une r\u00e9ponse vint du ciel (28). Tandis que J\u00e9sus passe au milieu de la foule bruyante, on entend quelque chose: message du ciel ou bruit inexpliqu\u00e9? Cet incident insaisissable pour l'historien, est comme la pr\u00e9sence fugitive du monde r\u00e9el sur la sc\u00e8ne illusoire o\u00f9 s'agitent les hommes. Peu importe que cette foule n'ait pas compris le message de J\u00e9sus, et qu'ensuite elle l'abandonne. J\u00e9sus voit plus loin. Il sait qu'il ne peut plus sauver sa nation d'un \u00e9chec historique, mais il comprend que sa mort va changer le cours de l'histoire: il sera vainqueur l\u00e0 o\u00f9 se joue le destin des hommes.
Depuis le commencement de notre histoire le ma\u00eetre du monde, l'esprit du mal, a voil\u00e9 en nous la capacit\u00e9 de reconna\u00eetre Dieu. Or Dieu avait pr\u00e9vu toute sa cr\u00e9ation comme un essor progressif jusqu'\u00e0 la mise au monde de l'Homme Nouveau. Maintenant, \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9, cette mise au monde sera caract\u00e9ris\u00e9e par la souffrance, le g\u00e2chis et la servitude. Le seul chemin de salut consiste \u00e0 revenir \u00e0 l'ob\u00e9issance, non pas "\u00e0 Dieu", mais au P\u00e8re. Et le Christ nous a ouvert la voie par son sacrifice: Je suis venu pr\u00e9cis\u00e9ment pour conna\u00eetre cette heure (27).
Nous oublions ais\u00e9ment que le but de notre vie est de glorifier Dieu. Ce n'est pas d'abord en construisant des temples, ou en chantant "Gloire \u00e0 Dieu!", que nous le glorifions, mais en acceptant de devenir nous-m\u00eames des offrandes agr\u00e9ables \u00e0 Dieu. Saint Ir\u00e9n\u00e9e, \u00e9v\u00eaque et martyr de l'Eglise primitive a \u00e9crit: "La gloire de Dieu est l'homme en pleine vie, mais pour l'homme, vivre c'est voir Dieu."
Glorifier Dieu, c'est donc accepter que Dieu nous donne la vie, qu'il nous fasse semblables \u00e0 lui et nous pr\u00e9pare \u00e0 rayonner sa propre gloire. Ceci suppose de notre part un vrai sacrifice, parce que Dieu nous fait passer par la mort pour parvenir \u00e0 sa vie. Par le chemin de l'ob\u00e9issance il nous d\u00e9pouille de notre \u00e9go\u00efsme et des limites de notre condition pr\u00e9sente et il nous conduit \u00e0 une autre mani\u00e8re d'\u00eatre qui sera d\u00e9finitive. Dieu est glorifi\u00e9 quand ses enfants parviennent \u00e0 la gloire, c'est-\u00e0-dire \u00e0 leur propre refonte par le feu et l'Esprit Saint.

{N}12,{/}39: {C}UN CHOIX IRR\u00c9PARABLE{/}
Ici nous avons la conclusion de la pr\u00e9dication de J\u00e9sus. Jean a du mal \u00e0 comprendre que le peuple \u00e9lu de Dieu ait pu demeurer aveugle face \u00e0 son Messie. Et il essaie d'\u00e9clairer ce refus par deux textes des proph\u00e8tes:
Le premier est un long po\u00e8me consacr\u00e9 au serviteur de Yahv\u00e9, victime consentante pour ses fr\u00e8res (Is 53,1). Il nous disait d\u00e9j\u00e0 qu'il est difficile pour les hommes d'accepter un Sauveur humili\u00e9.
Le second texte montre que l'\u00e9chec du Christ \u00e9tait pr\u00e9visible: on n'avait pas davantage \u00e9cout\u00e9 les proph\u00e8tes ant\u00e9rieurs. Mais en cela se r\u00e9alisait un plan myst\u00e9rieux de Dieu.
Jean souligne le p\u00e9ch\u00e9 de la majorit\u00e9: ils n'ont pas voulu prendre parti pour le Christ, alors qu'au fond ils le respectaient. Dans un certain sens le peuple juif soup\u00e7onnait que J\u00e9sus venait de Dieu, mais croire ce qu'il pr\u00e9tendait et demandait \u00e9tait autre chose.
Pour nous aussi croire en l'Evangile signifie prendre parti: nous ne pouvons pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l'Eglise que J\u00e9sus a fond\u00e9e et qui n'est que tr\u00e8s relativement transparente. Sa parole nous parvient au milieu de nombreuses pr\u00e9occupations et, le plus souvent, nous ne nous sentons pas oblig\u00e9s de donner une r\u00e9ponse: Je verrai plus tard. Et cette parole n\u00e9glig\u00e9e, nous pensons que ce n'est pas grave. Mais en fait c'est Dieu lui-m\u00eame et sa v\u00e9rit\u00e9 que nous avons rejet\u00e9 et nous n'aurons pas d'autre occasion de la recevoir. Toute l'\u00e9ternit\u00e9 se d\u00e9cide aujourd'hui m\u00eame.

{N}13,{/}1: Ici commence la seconde moiti\u00e9 de l'\u00e9vangile de Jean.
Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9, J\u00e9sus annon\u00e7ait au moyen de signes et de discours l'oeuvre qu'il allait accomplir dans le monde et la gloire qu'il recevrait apr\u00e8s avoir "\u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9". Maintenant l'heure de J\u00e9sus est arriv\u00e9e, l'heure o\u00f9 il va r\u00e9aliser tout ce qui \u00e9tait annonc\u00e9.
La seconde moiti\u00e9 commence par les discours d'adieu de J\u00e9sus apr\u00e8s la C\u00e8ne.
Dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, chacun des discours de J\u00e9sus s'appuyait sur un miracle. Ici les discours d'adieu des chapitres 14-17 ont comme point de d\u00e9part un geste surprenant, le "lavement des pieds". Ce geste nous enseigne deux choses:
-_Comment nous purifier avant de participer \u00e0 la C\u00e8ne du Seigneur.
-_Comment mettre en pratique le commandement de l'amour.

{N}13,{/}2: {C}LE RITE P\u00c9NITENTIEL{/}
Jean ne fait pas allusion \u00e0 l'eucharistie lorsqu'il raconte la C\u00e8ne (Mc 14,12), mais il d\u00e9veloppe le th\u00e8me du "lavement des pieds".
Il commence \u00e0 laver les pieds des disciples. Chez les Juifs, les pauvres marchaient pieds nus et les autres portaient des sandales. Un geste traditionnel de bon accueil \u00e9tait d'ordonner qu'un serviteur lave les pieds du visiteur (voir Gn 18,4). Cette coutume n'existait s\u00fbrement pas chez les ap\u00f4tres car ils n'avaient pas de serviteurs, mais cette nuit-l\u00e0, J\u00e9sus voulut \u00eatre leur serviteur.
J\u00e9sus ne le fait pas simplement pour la propret\u00e9 et le bien-\u00eatre physique de ses ap\u00f4tres. Ce lavement des pieds est une oeuvre sacr\u00e9e qui a valeur de purification comme dans le cas du bapt\u00eame. Les ap\u00f4tres \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 dans la gr\u00e2ce de Dieu: la parole de J\u00e9sus qu'ils avaient accueillie avec foi les avait purifi\u00e9s (15,3). Mais il leur fallait une pr\u00e9paration avant de partager le pain de vie \u00e0 la table du Seigneur. Aucune religion n'offre les choses sacr\u00e9es n'importe comment et \u00e0 n'importe qui. Les Juifs par exemple avaient des rites de purification avant de prendre part \u00e0 la P\u00e2que.
J\u00e9sus n'a pas \u00e9t\u00e9 moins exigeant: il a lav\u00e9 lui-m\u00eame les pieds de ses ap\u00f4tres. Il ne leur a pas demand\u00e9 d'abord de confesser leurs p\u00e9ch\u00e9s, mais ils ont d\u00fb accepter humblement que leur Seigneur leur lave les pieds.
Cette action nous rappelle \u00e0 la fois les sacrements du bapt\u00eame et de la p\u00e9nitence. Elle unit par des liens d'humilit\u00e9 et de mis\u00e9ricorde celui qui purifie et ceux qui sont purifi\u00e9s. Dor\u00e9navant les ap\u00f4tres feront ce que leur Seigneur a fait avant eux puisqu'il les enverra en son nom pour pardonner les p\u00e9ch\u00e9s. Mais ils ne devront pas agir comme des dignitaires ou des juges qui de haut accordent le pardon \u00e0 des coupables. Ils devront faire le premier pas sur le chemin de l'humilit\u00e9 et de la mis\u00e9ricorde, afin de purifier ceux qui s'approchent de la table du Seigneur.
Dans ce chapitre nous trouvons le terme Seigneur sept fois. Nous comprenons de ce fait qu'en lavant les pieds de ses ap\u00f4tres, J\u00e9sus a fait un geste significatif qui nous r\u00e9v\u00e8le, mieux que tout autre, qui est notre Seigneur et Dieu.

{N}13,{/}33: {C}L'AMOUR CHR\u00c9TIEN{/}
Je vous donne un commandement nouveau: c'est-\u00e0-dire un commandement qui correspond aux temps nouveaux qui commencent (1Jn 2,7-8). L'Ancien Testament parlait d\u00e9j\u00e0 de fid\u00e9lit\u00e9 int\u00e9rieure envers Dieu et de l'amour du prochain, mais ce message restait enfoui parmi les complexit\u00e9s de la Loi. Il y a d'autre part bien des fa\u00e7ons d'aimer: m\u00eame les fanatiques religieux pr\u00e9tendent aimer Dieu. Dans le Nouveau Testament J\u00e9sus d\u00e9clare que l'amour de Dieu est la loi primordiale, et l'exemple que le Seigneur nous a donn\u00e9 pendant sa vie ici-bas nous indique le chemin de l'amour.
L'amour selon Dieu vise \u00e0 lib\u00e9rer le prochain et \u00e0 lui permettre de d\u00e9velopper les talents qu'il tient de Dieu et d'amour qui imite l'amour du Christ respecte le myst\u00e8re du prochain et l'aide \u00e0 devenir ce que Dieu d\u00e9sire qu'il devienne, en passant par la mort et la r\u00e9surrection.
A mesure que nous p\u00e9n\u00e9trons davantage dans le myst\u00e8re de l'amour de Dieu manifest\u00e9 par J\u00e9sus, notre amour se transforme jusqu'\u00e0 se confondre avec l'amour \u00e9ternel de Dieu qui, \u00e0 la fin, agira seul \u00e0 travers nous. L'amour authentique provient de Dieu et nous ram\u00e8ne \u00e0 l'unit\u00e9 au sein de Dieu.
J\u00e9sus a rappel\u00e9 souvent l'importance unique de l'amour. Plus tard ses ap\u00f4tres (1Jn 4,7...) et l'Eglise r\u00e9sumeront son enseignement: l'amour de Dieu se manifeste dans notre amour pour notre prochain, et l'amour de notre prochain d\u00e9pend de notre amour de Dieu. Que signifie aimer Dieu? Ceux qui l'ont davantage aim\u00e9 nous disent que l'amour de Dieu n'est pas une question de "sentir Dieu", d'\u00e9prouver pour lui une certaine d\u00e9votion ou affection. L'amour chr\u00e9tien n'est pas une question de sentiments (m\u00eame si parfois nous \u00e9prouvons de tels sentiments, ce qui est fort bon); aimer Dieu c'est vouloir \u00e0 chaque instant que Dieu soit le premier, et ne vouloir que ce qu'il veut.

{N}14,{/}1: {C}LA VIE SPIRITUELLE{/}
Apr\u00e8s le lavement des pieds, Jean nous pr\u00e9sente trois discours d'adieu de J\u00e9sus \u00e0 ses ap\u00f4tres. Ceux qui ont partag\u00e9 sa vie pendant plusieurs mois devront bient\u00f4t d\u00e9couvrir une autre mani\u00e8re de vivre avec le Christ ressuscit\u00e9 et pr\u00e9sent, bien qu'invisible. J\u00e9sus dit: "J'\u00e9tais avec vous"; dor\u00e9navant, "Je serai en vous". Le premier de ces discours occupe le chapitre 14.
L'ascension de J\u00e9sus aupr\u00e8s du P\u00e8re n'est pas un exploit individuel: elle nous ouvre le chemin de notre maison qui n'est pas situ\u00e9e en haut, mais en Dieu. Il y a beaucoup de chambres, ce qui veut dire qu'il y a aussi une place pour nous. Cette chambre n'est pas une "propri\u00e9t\u00e9" o\u00f9 l'on s'enferme, elle signifie seulement que l\u00e0 Dieu se donne totalement: nous viendrons \u00e0 lui (24). Nous aurons tout en Dieu, et son rayonnement fera jaillir de chacun de nous la r\u00e9sonnance unique que lui seul peut donner. Chacun sera dans sa propre demeure et en communion avec tous.
Puisque nous savons maintenant quel est le but, nous devons nous acheminer vers cette communion d\u00e9finitive. Le Christ d\u00e9clare: "Je suis le chemin". Il s'est fait homme pr\u00e9cis\u00e9ment pour que nous voyions le P\u00e8re en lui. Il a suivi son chemin, si d\u00e9concertant pour nous, afin qu'en m\u00e9ditant sur ses actions nous avancions vers la v\u00e9rit\u00e9. M\u00eame si au d\u00e9but, nous ne comprenons pas bien sa pens\u00e9e, avec le temps nous d\u00e9couvrirons le Seigneur et nous comprendrons que son chemin est aussi le n\u00f4tre. En passant par la croix et la mort, nous conquerrons notre propre v\u00e9rit\u00e9 et nous parviendrons \u00e0 la vie.
Je suis dans le P\u00e8re et le P\u00e8re est en moi, et vous en moi (11 et 20) Le Christ nous fait entrer dans la famille de Dieu. Ne parlons donc plus de nous approcher de Dieu comme s'il \u00e9tait loin de nous. Il ne s'agit pas non plus d'\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui comme si Dieu gardait pour lui tout son myst\u00e8re. Nous entrons dans la vie myst\u00e9rieuse des Personnes divines qui partagent tout et qui sont le seul et unique Dieu. Les choses mat\u00e9rielles ne peuvent pas se p\u00e9n\u00e9trer l'une l'autre, mais cela est possible dans le domaine de l'esprit. Le Christ est dans le P\u00e8re et le P\u00e8re est en lui, et ils se font une chambre chez nous.
Dans l'introduction de son \u00e9vangile, Jean explique que toutes les actions de Dieu dans le monde doivent se comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re de la relation intime entre le P\u00e8re et le Fils. Il ajoute ici que la pr\u00e9sence de Dieu en nous se doit \u00e0 une autre personne, le Saint-Esprit. Ni le P\u00e8re seul que personne n'a vu, ni le Fils qui s'est manifest\u00e9, ne peuvent par eux-m\u00eames s'unir aux hommes. Mais ils peuvent le faire par l'Esprit que nous devrions appeler: Dieu qui se communique. C'est pourquoi nous appelons vie spirituelle tout ce qui se rapporte \u00e0 notre relation avec Dieu.
Le pr\u00e9sent chapitre d\u00e9veloppe les trois pas de la vie spirituelle:
-_garder les paroles de J\u00e9sus: les m\u00e9diter, les mettre en pratique et les laisser prendre racine dans notre \u00e2me.
-_ensuite, instruits par l'Esprit au sujet de ce que nous devons demander au nom du Christ, demander en toute confiance les choses qu'il d\u00e9sire lui-m\u00eame.
-_finalement, faire les m\u00eames choses que lui. Il n'a pas multipli\u00e9 les bonnes oeuvres, mais il a achev\u00e9 ce que son P\u00e8re lui demandait de faire, m\u00eame quand son ob\u00e9issance semblait un vain sacrifice.
Je demanderai au P\u00e8re de vous donner un autre Protecteur (16). J\u00e9sus se r\u00e9f\u00e8re au Saint-Esprit qu'il appelle le Paraclet. Ce mot grec a plusieurs sens. Ici nous traduisons: le Protecteur. L'Esprit donne aux croyants la confiance et inspire leurs pri\u00e8res pour qu'elles soient \u00e9cout\u00e9es de Dieu.
Le Protecteur (ou l'Interpr\u00e8te) se chargera de vous enseigner (26). L'Esprit nous permet de comprendre et d'interpr\u00e9ter les paroles de J\u00e9sus \u00e0 chaque \u00e9poque.
Jude lui dit. Ces trois interventions des ap\u00f4tres sont un proc\u00e9d\u00e9 de style utilis\u00e9 par Jean pour donner vie au discours de J\u00e9sus. Chaque fois on lui pose une question maladroite qui lui permet de pr\u00e9ciser le vrai sens de ce qu'il vient de dire, un peu comme avec la Samaritaine.
Seigneur, veux-tu te manifester \u00e0 nous et pas au monde? (22). Jude a compris que J\u00e9sus parlait de rencontres secr\u00e8tes: il ne s'agit pas de cela. J\u00e9sus voulait dire qu'il se manifesterait \u00e0 eux par son Esprit pour les instruire et leur donner la paix.
Vous avez appris ce que je vous ai dit (28). Rappelons que ce discours de J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 refait par Jean en pensant \u00e0 ses propres auditeurs; \u00e0 eux s'adresse ce: vous avez appris.
Le P\u00e8re est plus grand que moi (28). Cela ne contredit pas ce que Jean enseigne sur la divinit\u00e9 de J\u00e9sus tout au long de son \u00e9vangile. Il faut lire ces paroles avec ce que J\u00e9sus dit en 5,18; 10,30; 16,15 si nous voulons comprendre un peu le myst\u00e8re du Christ, "vrai Dieu" (Rm 9,5; Tt 2,13; 1 Jn 5,20).
D\u00e8s le quatri\u00e8me si\u00e8cle, le grand \u00e9v\u00eaque et d\u00e9fenseur de la foi, saint Hilaire de Poitiers, \u00e9crivait: "Le P\u00e8re est plus grand parce que c'est lui qui donne. Mais puisqu'il donne au Fils son \u00eatre propre et unique, le Fils n'est pas inf\u00e9rieur au P\u00e8re".
De plus, c'est le propre du Fils de se sacrifier par amour pour son P\u00e8re jusqu'\u00e0 ce que le P\u00e8re lui rende "la gloire qu'il avait avant" (17,5 et 6,62). C'est pourquoi les ap\u00f4tres qui l'ont vu homme parmi les hommes au temps de son humiliation, doivent se r\u00e9jouir de ce d\u00e9part.
L'Esprit Saint que le P\u00e8re vous enverra (26). Comparer avec 15,26: l'Esprit que je vous enverrai Le Saint-Esprit proc\u00e8de du P\u00e8re qui est la Source unique, mais le Fils donne cet Esprit qui pour lui n'est pas une chose re\u00e7ue: c'est son propre Esprit.

{N}15,{/}1: Dans ce second discours d'adieu, J\u00e9sus nous invite \u00e0 rester fermes au milieu du monde. Ce discours se compose de quatre parties:
-_la parabole de la vigne: "je vous ai envoy\u00e9s porter du fruit."
-_"le monde vous d\u00e9testera."
-_l'oeuvre de l'Esprit Saint.
-_"encore un peu et vous me reverrez."
D'abord la parabole de la vigne. J\u00e9sus utilise une image biblique, mais il en change le sens, comme il l'avait fait en parlant du bon Pasteur (Jn 10,1...). La vigne repr\u00e9sentait le peuple d'Isra\u00ebl. Faite de pieds choisis, soign\u00e9e par le Seigneur, elle aurait d\u00fb produire des fruits de justice (Mc 12,1...). Mais en venant parmi nous J\u00e9sus met fin \u00e0 cette p\u00e9riode de l'histoire o\u00f9 le royaume de Dieu s'identifiait au peuple juif.
Maintenant la vraie vigne a pouss\u00e9 ses racines. Le Christ en est le tronc d'o\u00f9 sortent les sarments, c'est-\u00e0-dire nous qui vivons par lui. Mais J\u00e9sus est aussi toute la plante, tronc et rameaux ensemble: les chr\u00e9tiens sont vraiment le corps du Christ.
La vigne \u00e9tait le peuple d'Isra\u00ebl, et ce qui semblait alors le plus important \u00e9tait que l'ensemble de la communaut\u00e9 r\u00e9ponde \u00e0 Dieu. Les individus importaient moins qu'Isra\u00ebl dans son ensemble. Maintenant J\u00e9sus ne dit pas: la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne est la vigne, mais: Je suis la vigne. Et l'important est que chacun de nous soit reli\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus par la foi, la pri\u00e8re et sa parole: comme au chapitre 10, ce sont les personnes qui comptent.
Nous devons tous porter des fruits, et J\u00e9sus ne pr\u00e9cise pas quels sont ces fruits: service, compr\u00e9hension, ou action pour la justice sociale, ou encore une vie consacr\u00e9e \u00e0 Dieu dans le silence. Il signale simplement que ces fruits doivent provenir de son Esprit et \u00eatre marqu\u00e9s de son propre sceau. La r\u00e9ussite de l'Eglise ne se mesure pas \u00e0 ses exploits mais au progr\u00e8s des personnes qui, en elle, approfondissent le myst\u00e8re du Christ et partagent sa croix et sa r\u00e9surrection.
Apr\u00e8s avoir sp\u00e9cifi\u00e9 que nous d\u00e9pendons totalement de lui, J\u00e9sus r\u00e9p\u00e8te son commandement: l'amour. Il y a un certain ordre pour b\u00e2tir une vie chr\u00e9tienne. Si nous commen\u00e7ons par dire: "Nous devons aimer notre prochain, c'est la seule chose importante", nous n'arriverons \u00e0 rien, puisque chacun comprend l'amour \u00e0 sa mani\u00e8re tant qu'il n'a pas fait sienne la pens\u00e9e du Christ. Il nous demande d'abord de partager sa pens\u00e9e: c'est le sens de l'expression: gardez mes commandements. Ainsi nous deviendrons ses amis; nous le conna\u00eetrons comme une personne qui nous aime et qui agit en nous. Et ensuite nous produirons le fruit authentique de l'amour dont le Christ est l'arbre unique.

{N}15,{/}18: Bien que J\u00e9sus retourne aupr\u00e8s de son P\u00e8re pour inaugurer une pr\u00e9sence plus efficace et universelle parmi les hommes, Satan continue \u00e0 agir par son pouvoir usurp\u00e9. L'Eglise et les croyants vont \u00eatre en butte \u00e0 la haine de ceux qui sont, le plus souvent inconsciemment, les instruments de Satan. Ce sont eux que l'\u00e9vangile de Jean appelle le monde.
Si vous \u00e9tiez du monde (19). C'est-\u00e0-dire: si vous \u00e9tiez un produit du monde, si vous \u00e9tiez de son bord, si vous \u00e9tiez \u00e0 lui.
Les croyants sont appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9test\u00e9s par le monde. Bien souvent, il suffit que quelqu'un commence \u00e0 vivre d'une mani\u00e8re plus chr\u00e9tienne et plus responsable, pour qu'il se heurte \u00e0 des oppositions ou des haines, jusque dans sa famille. C'est une haine dont personne ne saurait dire la raison, sauf le d\u00e9mon qui fait tout pour nous d\u00e9courager.
Jusque dans l'Eglise, peut-\u00eatre, nous trouverons cette pers\u00e9cution des vrais disciples du Christ. Dans la mesure m\u00eame o\u00fa certains, par ambition ou par devoir, s'identifient avec ce qu'ils consid\u00e8rent comme "les int\u00e9r\u00e8ts de l'Eglise", ils pourront pers\u00e9cuter, et parfois m\u00e9chamment, ceux qui regardent d'abord vers l'Evangile. Peut-\u00eatre est-ce parce qu'ils ne connaissent en r\u00e9alit\u00e9 ni le Christ ni son P\u00e8re.

{N}15,{/}26: {C}LE P\u00c8RE, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT{/}
En faisant de nous des enfants de son P\u00e8re, J\u00e9sus nous d\u00e9couvre le myst\u00e8re intime de Dieu. En Dieu, il existe une communion entre les trois Personnes: le P\u00e8re, le Fils et leur commun Esprit.
Nous parlons de leur commun Esprit parce que J\u00e9sus a dit: Le Protecteur que le P\u00e8re vous enverra (14,16), et aussi: Le Protecteur que je vous enverrai (15,26). Maintenant il d\u00e9clare: Il prendra ce qui est \u00e0 moi et vous l'annoncera: tout ce que le P\u00e8re a est aussi \u00e0 moi (16,15).
"L'Esprit" n'est pas une figure po\u00e9tique, mais Quelqu'un. Nous en avons d\u00e9j\u00e0 fait le commentaire (Jn 7,37; 14,1).
Depuis le jour de la Pentec\u00f4te, l'Esprit a agi dans l'Eglise, montrant ainsi qu'il \u00e9tait l'Esprit du Christ. Les Juifs qui n'avaient pas cru pensaient que Dieu \u00e9tait avec eux, mais en r\u00e9alit\u00e9 son Esprit n'agissait pas en eux de la m\u00eame fa\u00e7on. Il \u00e9tait donc clair qu'ils avaient p\u00e9ch\u00e9 (9) en ne croyant pas au Christ.
O\u00f9 est la justice (8). J\u00e9sus est le Juste, et il nous montre le chemin de la justice, ou saintet\u00e9, lorsqu'au terme de ses \u00e9preuves il va vers le P\u00e8re (10).
Les Actes des Ap\u00f4tres nous montrent l'action de l'Esprit parmi les premiers disciples de J\u00e9sus. L'Esprit guide les missionnaires; il leur donne force et charismes; il communique \u00e0 ceux qui se convertissent la connaissance de Dieu, des capacit\u00e9s nouvelles pour travailler, gu\u00e9rir, servir et secouer un monde endormi. Tout au long de l'histoire, l'Esprit fera surgir des hommes de foi, des martyrs, des proph\u00e8tes, et par eux, il transformera le monde. Ainsi le Sauveur, apparemment vaincu, sera justifi\u00e9: il deviendra alors \u00e9vident que le perdant est Satan qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 (11). L'esprit du mal, grand chef d'orchestre de la com\u00e9die humaine, est \u00e9vinc\u00e9 et son influence est limit\u00e9e. Une nouvelle force, l'Esprit, oriente l'histoire et nous guide vers la v\u00e9rit\u00e9 enti\u00e8re.

{N}16,{/}16: {C}J\u00c9SUS EST PARMI NOUS{/}
J\u00e9sus est parmi nous, et nous pouvons \u00eatre conscients de sa pr\u00e9sence m\u00eame si cela ne r\u00e9chauffe pas nos sentiments. Il le dit lui-m\u00eame: "Vous me verrez parce que vous vivez et que moi aussi je vis." Ce qui est important n'est pas de sentir sa pr\u00e9sence mais de pers\u00e9v\u00e9rer en suivant son chemin. Pour arriver \u00e0 une foi adulte, il faut que nous soyons priv\u00e9s du r\u00e9confort de sa pr\u00e9sence pour des temps plus ou moins longs: encore un peu et vous ne me verrez plus.
Pour ses disciples cela s'est v\u00e9rifi\u00e9 une premi\u00e8re fois au moment de sa mort: plus tard, ils l'ont vu ressuscit\u00e9 d'entre les morts. Cela se v\u00e9rifiera aussi \u00e0 la fin du monde, quand nous d\u00e9couvrirons le Christ glorieux que nous attendons dans la foi. Nous ne devons pas nous sentir trop s\u00fbrs de nous quand le Christ nous accorde de sentir sa pr\u00e9sence, comme par exemple apr\u00e8s une conversion. Quand tout semble facile, nous ne devons pas m\u00e9priser ceux qui semblent moins favoris\u00e9s que nous par le Seigneur. Encore un peu de temps peut-\u00eatre, et le Seigneur nous laissera dans l'obscurit\u00e9.
Apr\u00e8s la r\u00e9surrection du Christ, il s'\u00e9tablira entre lui et ses disciples une amiti\u00e9 authentique: il leur parlera clairement du P\u00e8re et ils demanderont en son nom.
Je vous parlerai clairement... La r\u00e9ponse na\u00efve des ap\u00f4tres (29) souligne par contraste ce que J\u00e9sus exprime au v. 25. J\u00e9sus ne voulait pas dire qu'il reviendrait visiblement pour enseigner alors sans paraboles. Il faisait allusion \u00e0 une connaissance spirituelle de lui et de ses paroles, que les disciples devaient recevoir de l'Esprit.
Vous demanderez en mon nom (26). Parce que les croyants conna\u00eetront J\u00e9sus spirituellement, ils sauront ce qu'ils doivent lui demander et il le leur donnera. Ils sauront aussi ce que Dieu ne veut pas donner, et par cons\u00e9quent ils ne le d\u00e9sireront pas et ne le demanderont pas.

{N}17,{/}1: {C}UNE ET SAINTE{/}
Beaucoup appellent pri\u00e8re sacerdotale cette pri\u00e8re o\u00f9, avant sa mort, le Christ offre en sacrifice sa propre vie: pr\u00eatre et victime \u00e0 la fois (19). Le terme sanctifier avait deux sens: le pr\u00eatre se sanctifiait, c'est-\u00e0-dire qu'il se pr\u00e9parait pour \u00eatre digne d'offrir le sacrifice, et il sanctifiait la victime (ou la rendait sainte) en la sacrifiant.
J\u00e9sus met fin au culte de l'Ancien Testament que les Juifs les Juifs rendaient \u00e0 Dieu dans le Temple (Heb 8,13; 10,9). Ce peuple \u00e9tait saint, c'est-\u00e0-dire mis \u00e0 part pour servir le Dieu Saint que, seul entre toutes les nations, il connaissait gr\u00e2ce \u00e0 un privil\u00e8ge sp\u00e9cial.
J\u00e9sus prie pour les siens afin qu'ils deviennent le nouveau peuple (Ps 102,19) saint, ou consacr\u00e9 \u00e0 Dieu dans la v\u00e9rit\u00e9 (17). Il r\u00e9pandra sur eux l'Esprit de la v\u00e9rit\u00e9 qui avait \u00e9t\u00e9 promis \u00e0 Isra\u00ebl et cet Esprit les instruira int\u00e9rieurement.
Garde-les en ce Nom (11). Autrement dit: garde-les dans le rayonnement de ton propre myst\u00e8re que tu partages avec ton Fils. C'est la pri\u00e8re de J\u00e9sus pour son Eglise \u00e0 laquelle il confie sa propre mission. Le premier devoir de l'Eglise sera de conna\u00eetre Dieu. (Le mot conna\u00eetre revient sept fois, ce qui indique clairement que cette connaissance est au centre de la pri\u00e8re de J\u00e9sus). Ce serait un christianisme bien court que celui qui ne saurait dire que: Amour, amour! Quelle que soit la situation de l'Eglise, sa mission propre et irrempla\u00e7able sera de pr\u00e9server et de proclamer la vraie connaissance du P\u00e8re et le commandement de son Fils.
J\u00e9sus veut aussi que chacun des siens connaisse Dieu: ce qui exige l'approfondissement de la parole de Dieu, la pers\u00e9v\u00e9rance dans la pri\u00e8re et la participation aux c\u00e9l\u00e9brations de la communaut\u00e9. En tout cela, nous b\u00e9n\u00e9ficierons de l'aide de l'Esprit Saint de qui viennent les dons de connaissance et de sagesse (Col 1,9). De cette connaissance viendront les bonnes oeuvres et l'amour: c'est le commencement de la vie \u00e9ternelle (3) o\u00f9 nous verrons Dieu tel qu'il est (1 Jn 2,3).
Le Christ a pri\u00e9 pour que son Eglise soit une, c'est-\u00e0-dire signe d'unit\u00e9 dans un monde divis\u00e9. Il ne suffit pas de proclamer le Christ; il faut aussi que les hommes voient l'Eglise une et unie parmi eux.
Eglise catholique, c'est-\u00e0-dire universelle, o\u00f9 personne ne se sente \u00e9tranger. Eglise une, gr\u00e2ce \u00e0 un m\u00eame esprit, avec l'unit\u00e9 visible de ses membres.
L'histoire de l'Eglise semble d\u00e9mentir la pri\u00e8re de J\u00e9sus et sa volont\u00e9 de fonder son Eglise sur la communaut\u00e9 des Douze, faisant de Pierre le chef visible du groupe apostolique et de toute l'Eglise. Mais, garder l'unit\u00e9 parmi des peuples de temp\u00e9raments et de cultures diff\u00e9rents exige beaucoup d'amour et de compr\u00e9hension.
D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es l'Eglise a vu des chr\u00e9tiens qui rejetaient la foi telle que les ap\u00f4tres l'enseignaient, et de l\u00e0 sont n\u00e9s divers groupes ou sectes.
Plus tard, pour des raisons historiques, les pays de l'empire romain se divis\u00e8rent en deux blocs: celui de l'Orient o\u00f9 survivait la culture grecque et celui de l'Occident (l'Europe occidentale) o\u00f9 la culture m\u00e9di\u00e9vale allait se d\u00e9velopper apr\u00e8s les invasions des peuples barbares. Le contact entre les chr\u00e9tiens de ces deux groupes devint de plus en plus difficile. Et comme ils vivaient la m\u00eame foi \u00e0 travers des traditions et des pratiques religieuses diff\u00e9rentes, ils commenc\u00e8rent \u00e0 penser que leurs religions \u00e9taient diff\u00e9rentes. C'est ainsi que les Eglises orientales, ou orthodoxes, se sont s\u00e9par\u00e9es de l'Eglise romaine.
Beaucoup plus tard, dans une Eglise qui se laissait gagner par l'esprit du "monde", la n\u00e9gligence de la hi\u00e9rarchie face aux abus persistants fut l'occasion qui poussa les protestants \u00e0 fonder de nouvelles Eglises appel\u00e9es "r\u00e9form\u00e9es". Cette s\u00e9paration avait d'ailleurs des motivations tr\u00e8s complexes, politiques, sociales et \u00e9conomiques. La crise culturelle que traversait la chr\u00e9tient\u00e9 obligeait les chr\u00e9tiens \u00e0 r\u00e9viser leurs attitudes concernant la Bible, la philosophie et la soci\u00e9t\u00e9. Selon la position que chacun prenait par rapport \u00e0 ces questions, il rejoignait les protestants ou restait dans l'Eglise catholique.
Aujourd'hui une bonne part de ces difficult\u00e9s pass\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 clarifi\u00e9es. Catholiques, protestants et orthodoxes multiplient leurs efforts pour r\u00e9unir les croyants. Mais en m\u00eame temps, de nouvelles fissures apparaissent \u00e0 l'int\u00e9rieur de chaque Eglise. Car face aux probl\u00e8mes actuels les plus conflictuels, les chr\u00e9tiens se divisent non seulement dans leurs choix politiques, mais aussi dans leur mani\u00e8re de comprendre le Christ, de proclamer son message.
C'est pourquoi l'oecum\u00e9nisme, c'est-\u00e0-dire l'effort de r\u00e9conciliation et de rapprochement des Eglises exige que nous surmontions \u00e9galement les nouveaux d\u00e9saccords qui menacent l'unit\u00e9 interne de l'Eglise. Nous devons faire l'impossible pour que l'unit\u00e9 de tous les chr\u00e9tiens se r\u00e9alise comme le Christ le d\u00e9sire, et par les moyens qu'il d\u00e9sire.

{N}18,{/}28: {C}LE CHRIST-ROI{/}
Ma royaut\u00e9 ne me vient pas de ce monde. Il faut se souvenir de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit au sujet de Lc 8,9. Dans l'\u00e9vangile, le m\u00eame mot veut dire: le royaume, c'est-\u00e0-dire le pays que le roi gouverne; le r\u00e8gne, ou le gouvernement du roi; la royaut\u00e9, ou la dignit\u00e9 et le pouvoir du roi. Dans la r\u00e9ponse de J\u00e9sus \u00e0 Pilate, le sens n'est pas royaume, mais royaut\u00e9.
De toutes fa\u00e7ons, il serait faux de comprendre: "Mon royaume est dans un autre monde et les probl\u00e8mes sociaux et politiques de ce monde ne m'int\u00e9ressent pas. Je suis venu apporter le salut spirituel, de fa\u00e7on individuelle, aux \u00e2mes croyantes".
De m\u00eame, il serait faux de comprendre cette phrase: Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais pas re\u00e7u d'en haut, comme si les autorit\u00e9s tenaient leur pouvoir directement de Dieu et que donc personne n'aurait le droit et le devoir de lutter pour les remplacer par d'autres moins corrompues, moins injustes ou plus capables. Voir le commentaire de Rm 13,1.
Les mains li\u00e9es, J\u00e9sus se comporte comme un roi devant le gouverneur Pilate, prisonnier de son poste et de ses propres ambitions. J\u00e9sus n'est pas un roi comme ceux de ce monde, parce qu'il n'a pas le pouvoir qui s'impose aux hommes. J\u00e9sus, le roi des Juifs, n'est pas venu restaurer la nation ind\u00e9pendante des Juifs, mais \u00e9tablir le r\u00e8gne de la v\u00e9rit\u00e9 que Dieu leur promettait depuis des si\u00e8cles. Et la v\u00e9rit\u00e9 ne progresse pas par la force des armes, mais gr\u00e2ce au t\u00e9moignage de ceux qui vivent dans la v\u00e9rit\u00e9. On peut pers\u00e9cuter les t\u00e9moins de la v\u00e9rit\u00e9, mais eux ne pers\u00e9cutent personne.
Ma royaut\u00e9 n'appartient pas \u00e0 ce monde. J\u00e9sus est diff\u00e9rent des autres autorit\u00e9s qui ont obtenu le pouvoir par la force ou par une \u00e9lection. C'est le P\u00e8re qui a envoy\u00e9 J\u00e9sus et l'a consacr\u00e9 roi.
Pilate au contraire avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par l'empereur de Rome: il devait sa carri\u00e8re autant \u00e0 sa propre ambition qu'\u00e0 plusieurs protecteurs. Comment un tel homme aurait-il eu pouvoir sur le Fils de Dieu et comment l'aurait-il fait crucifier par peur du peuple, si ce n'avait \u00e9t\u00e9 pour accomplir un d\u00e9cret d'en haut? En effet, pas m\u00eame un moineau ne tombe \u00e0 terre sans que le P\u00e8re le permette.
Dieu n'accepte pas que le destin de ses enfants soit bris\u00e9 par des cr\u00e9atures humaines, si puissantes soient-elles. Il se pr\u00e9occupe tellement de chacun de nous que m\u00eame les injustices commises contre nous devront servir le projet qu'il a \u00e0 notre \u00e9gard. Et parce que notre sort d\u00e9pend \u00e0 la fois du P\u00e8re et des autorit\u00e9s humaines, nous devons croire qu'il les guide en bien des circonstances, m\u00eame quand leur autorit\u00e9 est \u00abde ce monde\u00bb, c'est-\u00e0-dire d'une l\u00e9gitimit\u00e9 toujours discutable.
Pilate \u00e9tait coupable quand il condamnait J\u00e9sus. Comme il avait opprim\u00e9 et scandaleusement exploit\u00e9 les Juifs, il craignait leurs accusations aupr\u00e8s de l'empereur. N\u00e9anmoins, pour lui, la condamnation de J\u00e9sus ne signifiait que la mort d'un Juif de plus: il n'en portait pas toute la responsabilit\u00e9 puisque ce genre de justice provenait du syst\u00e8me colonial des Romains.
Ca\u00efphe par contre, le grand pr\u00eatre, avait livr\u00e9 J\u00e9sus apr\u00e8s avoir condamn\u00e9 ses actions et ses paroles en connaissance de cause: il \u00e9tait donc plus coupable (11).
Nous n'avons pas d'autre roi que le C\u00e9sar! (15). Ainsi criait la foule pouss\u00e9e par les dirigeants, en d\u00e9pit de sa haine pour les Romains et leur empereur (dans ce texte le mot C\u00e9sar ne d\u00e9signe pas celui que l'histoire conna\u00eet sous le nom de Jules C\u00e9sar, et qui \u00e9tait mort en 44 av J.C.; le "C\u00e9sar" ou empereur r\u00e9gnant \u00e0 l'\u00e9poque \u00e9tait Tib\u00e8re). En fait quelques ann\u00e9es plus tard les Juifs n'auront pas d'autre roi que le C\u00e9sar et c'est lui qui d\u00e9truira leur nation.
Pilate voulait sauver la vie de son prisonnier quand il le pr\u00e9sentait si d\u00e9figur\u00e9. Mais en pr\u00e9sentant un roi humili\u00e9, il offensait profond\u00e9ment le peuple opprim\u00e9: ils ne pouvaient que se rebeller.

{N}19,{/}25: {C}LA M\u00c8RE DES CROYANTS{/}
Eve \u00e9tait aux c\u00f4t\u00e9s d'Adam au moment de la chute de l'homme. Maintenant, au moment de la restauration, c'est-\u00e0-dire de la seconde cr\u00e9ation, une autre femme se trouve aupr\u00e8s du Fils de l'homme, le second Adam. Marie n'a ni mari ni enfants pour l'accueillir, et chez les Juifs c'est une mal\u00e9diction pour une femme que de rester seule. J\u00e9sus confie Marie \u00e0 Jean et Jean \u00e0 Marie. Jean t\u00e9moigne qu'il a entendu ces deux phrases. Remarquez qu'il \u00e9crit: J\u00e9sus dit \u00e0 la m\u00e8re et non pas \u00e0 sa m\u00e8re. C'est un autre geste symbolique de J\u00e9sus: Marie sera la m\u00e8re de tous les croyants.
Dans ce dernier geste de J\u00e9sus, l'Eglise a d\u00e9couvert quelque chose du myst\u00e8re de la vie chr\u00e9tienne. Les croyants font partie d'une famille spirituelle. Comme un enfant a besoin de son p\u00e8re et de sa m\u00e8re pour se d\u00e9velopper normalement, le croyant a besoin de Marie et du P\u00e8re c\u00e9leste. C'est une doctrine constante de l'Eglise qui ne pr\u00e9tend nullement mettre la cr\u00e9ature au m\u00eame niveau que le Cr\u00e9ateur. Non sans raison Dieu nous a donn\u00e9 une m\u00e8re: si c'est un malheur pour un enfant de ne pas avoir connu sa m\u00e8re, c'en est un pour le croyant lorsque sa religion ne s'exprime qu'en termes masculins.
Le croyant qui accueille Marie chez lui comme le fait Jean, ne sera ni un fanatique, ni un homme raisonneur de la foi. Il existe une forme d'humilit\u00e9, de joie et de paix int\u00e9rieure, de pi\u00e9t\u00e9 simple, caract\u00e9ristique de ceux qui, vivant dans l'Eglise catholique, ont su accueillir Marie sans pour autant rejeter leur Sauveur.

{N}19,{/}28: J'ai soif. J\u00e9sus est tortur\u00e9 par la soif; mais il a soif aussi de ce que le Royaume de son P\u00e8re s'\u00e9tablisse dans le monde. Il a soif de l'amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de ceux qui essayeront de partager ses sentiments et son angoisse et qui seront capables de le suivre jusqu'au calvaire.
Tout est accompli. J\u00e9sus a bu la coupe de la douleur et de l'humiliation jusqu'\u00e0 la derni\u00e8re goutte. Le P\u00e8re l'avait plac\u00e9e entre ses mains pour qu'il devienne le Sauveur dont nous avions besoin. Maintenant est achev\u00e9e l'oeuvre du Fils de Dieu fait homme: une nouvelle cr\u00e9ation du monde. L'existence terrestre du Fils de Dieu a pris fin, et de cette graine plant\u00e9e en terre surgira l'Homme Nouveau.
Maintenant sont achev\u00e9s les temps de pr\u00e9paration de la religion juive, o\u00f9 la Loi occupait la premi\u00e8re place, et la crainte due aux p\u00e9ch\u00e9s non pardonn\u00e9s ne disparaissait jamais. Maintenant se termine une \u00e9tape de l'histoire au cours de laquelle l'humanit\u00e9 se laissait dominer par ses craintes, consciente d'une fatalit\u00e9 qui \u00e9tait de fait sa d\u00e9pendance de l'esprit du mal.
Ainsi commence une nouvelle \u00e9tape de l'histoire, le temps de la Nouvelle Alliance de Dieu avec les hommes. L'Esprit va \u00eatre communiqu\u00e9 \u00e0 l'Eglise: c'est pourquoi Jean dit: il remit l'esprit, ce qui s'applique aussi au don de l'Esprit.

{N}19,{/}31: Au terme du r\u00e9cit de la Passion et de la Mort de J\u00e9sus, Jean ajoute le sceau personnel de son t\u00e9moignage trois fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Le Christ est mort. Le soldat donne le coup de lance, et du coeur transperc\u00e9 de J\u00e9sus jaillissent du sang et de l'eau. C'est pour Jean l'instant o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le le sens du drame.
C'\u00e9tait la pr\u00e9paration de la P\u00e2que, et en ce vendredi apr\u00e8s-midi, tout pr\u00e8s du lieu des ex\u00e9cutions, les Juifs descendaient la colline vers le temple pour l'immolation de l'agneau pascal. Dans ce rituel du sacrifice pascal, il fallait que pas une goutte de sang ne soit perdue. Cette ann\u00e9e, Jean ne s'est pas m\u00eal\u00e9 \u00e0 cette foule, il est l\u00e0, au pied de la croix avec Marie et quelques saintes femmes. Et voici que le soldat, comme le pr\u00eatre \u00e0 la m\u00eame heure au temple, saigne le Christ en croix jusqu'\u00e0 la derni\u00e8re goutte. Alors les yeux de Jean s'ouvrent: la parole prononc\u00e9e jadis par Jean Baptiste sur les bords du Jourdain s'illumine soudain: "Voici l'Agneau de Dieu, celui qui enl\u00e8ve le p\u00e9ch\u00e9 du monde" (Jn 1,29).
Le geste du soldat devient geste proph\u00e9tique d\u00e9voilant le myst\u00e8re de l'Agneau. Le sang r\u00e9dempteur est vers\u00e9, non plus sur l'autel du temple, mais sur la terre d\u00e9sormais renouvel\u00e9e, vivifi\u00e9e par le sang du Christ. Le sacrifice de l'agneau pascal inaugur\u00e9 par Mo\u00efse trouve aujourd'hui son accomplissement et sa transfiguration. Et comme le "sang et l'eau" de l'accouchement, le sang et l'eau jaillis du c\u00f4t\u00e9 du Christ annoncent aujourd'hui les temps nouveaux dont le bapt\u00eame et l'eucharistie sont les sacrements. Jean rappelle alors une autre prescription du rituel de l'agneau: Aucun de ses os ne sera bris\u00e9 (Ex 12,46).
Le coeur ouvert de J\u00e9sus nous invite \u00e0 d\u00e9couvrir le puissant et myst\u00e9rieux amour qui a inspir\u00e9 sa vie. Les disciples de J\u00e9sus qui ont partag\u00e9 sa vie de tous les jours, vont voir leurs souvenirs et leurs \u00e9motions s'att\u00e9nuer et dispara\u00eetre avec le temps. Mais ils vont d\u00e9couvrir aussi qu'il n'y a pas eu une parole, un geste, ou un silence de J\u00e9sus qui n'exprime son amour pour Dieu. Le coeur ouvert par la lance est \u00e0 l'origine de notre d\u00e9votion au Sacr\u00e9-Coeur de J\u00e9sus. Ne nous perdons jamais en consid\u00e9rations pour expliquer notre foi: contemplons plut\u00f4t l'amour de Dieu et laissons-le nous transformer.
J\u00e9sus vient de mourir entre deux bandits, et ce sont deux Pharisiens qui se pr\u00e9occupent de lui donner une s\u00e9pulture convenable. Joseph d'Arimathie intervint aupr\u00e8s de Pilate: parce que la situation sociale des disciples ne leur permettait pas d'approcher le gouverneur romain. Joseph et Nicod\u00e8me \u00e9taient disciples "en secret". Comme J\u00e9sus n'avait cess\u00e9 de s'identifier avec les gens du peuple, il \u00e9tait difficile pour ceux d'une situation sociale plus \u00e9lev\u00e9e de s'int\u00e9grer \u00e0 son groupe. Nous avons ici un exemple des cons\u00e9quences in\u00e9vitables de l'option pr\u00e9f\u00e9rentielle pour les pauvres.
Le lieu des ex\u00e9cutions \u00e9tait une carri\u00e8re abandonn\u00e9e pr\u00e8s des murs de J\u00e9rusalem. Des tombes avaient \u00e9t\u00e9 creus\u00e9es sur les c\u00f4t\u00e9s tandis que le fond de la carri\u00e8re rempli de terre \u00e9tait occup\u00e9 par des jardins (41). Au milieu se trouvait un rocher d'environ cinq m\u00e8tres de haut qu'on appelait le Calvaire (c'est-\u00e0-dire le Cr\u00e2ne), et c'est l\u00e0 que s'\u00e9levaient les croix.

{N}20,{/}1: Le deuxi\u00e8me jour apr\u00e8s l'enterrement, les disciples se trouvent devant le fait du tombeau vide, et aussit\u00f4t commencent les apparitions. La r\u00e9surrection a eu lieu le premier jour de la semaine, qui s'appellera dor\u00e9navant le Jour du Seigneur, ou dimanche.
Dans l'\u00e9vangile de Luc, apr\u00e8s sa r\u00e9surrection, J\u00e9sus aide ses disciples \u00e0 ranimer leur foi et leur esp\u00e9rance. Ici nous voyons des croyants qui contemplent en silence leur Seigneur ressuscit\u00e9. Le Christ appara\u00eet \u00e0 Marie-Madeleine qui ne le reconna\u00eet pas. Quand il se pr\u00e9sente parmi ses disciples, il doit leur montrer ses plaies pour leur prouver qu'il s'agit bien de lui, celui qui \u00e9tait mort. J\u00e9sus est parmi eux, mais son aspect est celui d'un \u00e9tranger.
Pierre arrive alors. Plusieurs textes indiquent que Pierre est \u00e0 la fois t\u00e9moin du tombeau vide et de J\u00e9sus ressuscit\u00e9 d'entre les morts (Lc 24,12 et 24,44; 1Co 15,5). Notre foi repose principalement sur le t\u00e9moignage des ap\u00f4tres, et d'abord sur le t\u00e9moignage de celui qui \u00e9tait \u00e0 leur t\u00eate.
Il voit les linges pos\u00e9s \u00e0 plat. Ces linges d\u00e9signent le drap d'environ 4 m\u00e8tres de long, plac\u00e9 sous le corps des pieds \u00e0 la t\u00eate, et ensuite, sur le corps, de la t\u00eate aux pieds. Elles d\u00e9signent aussi les bandes qui reliaient les deux pans du drap. Le visage du mort \u00e9tait envelopp\u00e9 dans un linge \u00e0 part, le suaire, passant sous le menton et sur la t\u00eate.
J\u00e9sus n'est pas revenu \u00e0 la vie dans son corps terrestre; tout s'est pass\u00e9 comme si ce corps s'\u00e9tait d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 dans cette naissance de l'Homme Nouveau. Lorsque nous parlons du corps ressuscit\u00e9 de J\u00e9sus, il s'agit d'une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle dont nous ne pouvons faire l'exp\u00e9rience sur terre. Ceux qui ont des r\u00eaves ou des visions de J\u00e9sus n'ont que des images de lui, mais ils ne l'ont pas vu dans sa gloire, except\u00e9 peut-\u00eatre dans le cas de quelques-uns des plus grands saints.

{N}20,{/}11: Ne me retiens pas, je ne suis pas encore remont\u00e9 vers le P\u00e8re (17). Avant sa mort, J\u00e9sus ne d\u00e9sapprouvait pas les sentiments et les actions passionn\u00e9es de Marie-Madeleine. Mais ce geste familier de la femme qui voudrait s'emparer de son Ma\u00eetre bien-aim\u00e9 ne convient plus.
J\u00e9sus est maintenant le Ressuscit\u00e9, et m\u00eame s'il accepte de se montrer \u00e0 ses disciples pendant quelques jours, il est d\u00e9j\u00e0 dans la Gloire du P\u00e8re. Ses disciples doivent renoncer \u00e0 cette pr\u00e9sence physique de J\u00e9sus qui jusque l\u00e0 \u00e9tait la source de leur force. D\u00e9sormais les croyants, ceux qui aiment J\u00e9sus, devront l'\u00e9treindre d'une mani\u00e8re secr\u00e8te et merveilleuse \u00e0 mesure qu'ils entreront dans l'\u00e9paisseur de la pri\u00e8re et de la foi. C'est alors que l'\u00e2me contemplative dont Marie-Madeleine est ici la figure, aura le Christ entier pour elle seule (voir Cantique 3,4).
Je ne suis pas encore remont\u00e9 vers le P\u00e8re. J\u00e9sus r\u00e9v\u00e8le le grand d\u00e9sir qui a rempli toute sa vie. Il est venu de Dieu et il doit retourner vers le P\u00e8re. C'est "le plus grand amour du monde". Tout l'amour que J\u00e9sus a pour nous n'est que le rayonnement de cet autre amour, car Dieu le P\u00e8re est la source et le but de tout amour.
Ce n'est pas par hasard que le mot Seigneur revient encore sept fois ici, Thomas le r\u00e9p\u00e9tant la derni\u00e8re fois: "Tu es mon Seigneur et mon Dieu". Telle est la foi de l'Eglise.
Peut-\u00eatre ne voyons-nous pas maintenant tout ce que signifiait pour les premiers chr\u00e9tiens ce terme de Seigneur appliqu\u00e9 au Christ. La Bible h\u00e9bra\u00efque utilisait presque toujours pour Dieu l'un de ces deux noms: Dieu ou Yahv\u00e9. Dans la Bible grecque qu'utilisaient Juifs et chr\u00e9tiens du monde romain, Dieu se traduisait en grec; quant \u00e0 Yahv\u00e9, qui \u00e9tait comme le nom propre de Dieu, il \u00e9tait remplac\u00e9 en grec par: Seigneur. Les ap\u00f4tres prirent tr\u00e8s vite l'habitude de r\u00e9server le nom Dieu pour le P\u00e8re, et ils gard\u00e8rent le nom Seigneur pour J\u00e9sus. Ce faisant, ils montraient clairement leur foi en la divinit\u00e9 de J\u00e9sus.

{N}20,{/}19: De m\u00eame que dans la premi\u00e8re cr\u00e9ation l'haleine de Dieu avait donn\u00e9 \u00e0 l'homme \u00e2me et vie, de m\u00eame le souffle de J\u00e9sus communique la vie \u00e0 la nouvelle cr\u00e9ation spirituelle. Le Christ, mort pour enlever le p\u00e9ch\u00e9 du monde, laisse maintenant aux siens le pouvoir de pardonner.
Ainsi se r\u00e9alise l'esp\u00e9rance du peuple de la Bible. Dieu les avait \u00e9duqu\u00e9s pour qu'ils d\u00e9couvrent la pr\u00e9sence universelle du p\u00e9ch\u00e9. Dans le Temple on offrait sans interruption des victimes pour apaiser Dieu. Mais ce fleuve de sang n'arrivait pas \u00e0 d\u00e9truire le p\u00e9ch\u00e9 et les pr\u00eatres eux-m\u00eames offraient des sacrifices pour leurs propres p\u00e9ch\u00e9s avant de prier Dieu pour les autres. Les c\u00e9r\u00e9monies et les rituels ne purifiaient pas le coeur et ne donnaient pas l'Esprit: voir H\u00e9breux ch. 7-10.
Mais maintenant, en la personne de J\u00e9sus ressuscit\u00e9, un monde nouveau vient de na\u00eetre. Certes les hommes restent p\u00e9cheurs, mais le premier d'entre eux, le "fr\u00e8re a\u00een\u00e9", partage d\u00e9j\u00e0 la vie sainte de Dieu.
Ceux qui avancent dans la vie spirituelle souffrent surtout de ne pas \u00eatre encore totalement lib\u00e9r\u00e9s du p\u00e9ch\u00e9. Ainsi, pour eux, le pardon des p\u00e9ch\u00e9s est le plus grand don fait \u00e0 l'Eglise. Le p\u00e9ch\u00e9 est beaucoup plus que nos fautes journali\u00e8res, dans lesquelles entre une grande part d'erreur et de faiblesse. C'est le refus ou la peur de nous perdre en Dieu, qui seul pourtant peut nous conduire \u00e0 une vie d\u00e9pouill\u00e9e de tout et totalement combl\u00e9e. Quand Dieu pardonne le p\u00e9ch\u00e9, il nous donne de nous perdre en lui.
La capacit\u00e9 de pardonner est la seule force qui puisse r\u00e9soudre toutes les tensions de l'humanit\u00e9. M\u00eame si le pardon a du mal \u00e0 conqu\u00e9rir notre coeur, il n'en est pas moins un pr\u00e9cieux secret et l'Eglise doit le consid\u00e9rer comme son bien propre. Qui ne sait pas pardonner ne sait pas aimer. En nous rendant conscients du p\u00e9ch\u00e9 et en nous en purifiant, l'Eglise nous aide \u00e0 manifester un amour plus authentique envers notre prochain.

{N}21,{/}1: De nouveau J\u00e9sus se manifeste, cette fois sur les bords du lac de Tib\u00e9riade. Ce r\u00e9cit qui sugg\u00e8re plus qu'il ne dit est rempli de la pr\u00e9sence du Christ ressuscit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 sur la rive du lac au lever du jour. Jean, le proph\u00e8te, reconna\u00eet J\u00e9sus dans ce visage \u00e9tranger.
Les ap\u00f4tres ram\u00e8nent dans leur filet cent cinquante-trois gros poissons. Ce chiffre avait une valeur symbolique: il exprimait pl\u00e9nitude et universalit\u00e9. Telle sera l'action de l'Eglise; les ap\u00f4tres de l'Eglise devront prendre au filet toutes les nations du monde pour les amener au Christ.

{N}21,{/}15: La triple question que J\u00e9sus pose \u00e0 Pierre r\u00e9pond au triple reniement de Pierre au cours de la passion de J\u00e9sus. Pierre, le pasteur des pasteurs, est lui aussi un p\u00e9cheur pardonn\u00e9. J\u00e9sus lui confie l'Eglise enti\u00e8re comme dans Mt 16,13. Est-ce que tu m'aimes? C'est la premi\u00e8re condition pour \u00eatre pasteur dans l'Eglise.
Le dialogue entre J\u00e9sus et Pierre exprime ce qu'\u00eatre chr\u00e9tien veut dire. Chaque jour J\u00e9sus nous demande si nous l'aimons d'une mani\u00e8re sp\u00e9ciale et exclusive: Est-ce que tu m'aimes plus qu'eux? Comme Pierre, nous r\u00e9pondons "oui" malgr\u00e9 nos faiblesses; alors J\u00e9sus nous invite \u00e0 nouveau \u00e0 le suivre par amour (22) et \u00e0 partager avec lui la responsabilit\u00e9 du peuple de Dieu. Il n'existe pas de meilleur moyen de suivre J\u00e9sus que de renoncer \u00e0 notre vie pour sa mission.
J\u00e9sus ordonne \u00e0 Pierre de s'occuper de son Eglise, et par l\u00e0 il nous commande d'ob\u00e9ir. Nous ob\u00e9issons en toute libert\u00e9, non pas parce que les pasteurs sont toujours capables et infaillibles, mais parce qu'ils exercent une fonction d'autorit\u00e9 n\u00e9cessaire. Nous croyons qu'historiquement ce sont les successeurs des ap\u00f4tres, et que pour cette raison, ils ont re\u00e7u de Dieu la mission de conduire le troupeau.
L'\u00e9vangile se termine en annon\u00e7ant une destin\u00e9e diff\u00e9rente pour Pierre et Jean. Pierre mourra martyr \u00e0 Rome en 66 ou 67. Jean vivait encore en 90. Jean \u00e9tait le dernier des t\u00e9moins du Christ et beaucoup pensaient qu'il ne mourrait pas avant le retour du Seigneur: c'est pourquoi l'\u00e9vangile souligne que J\u00e9sus n'avait pas fait une telle promesse..
Le dernier paragraphe a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 en conclusion par ceux qui se trouvaient avec Jean au moment de sa mort.

