{N}1,{/}1: Luc d\u00e9die son livre \u00e0 Th\u00e9ophile qui \u00e9tait peut-\u00eatre un chr\u00e9tien ais\u00e9. Selon les coutumes de l'\u00e9poque, o\u00f9 l'imprimerie n'existait pas, Luc lui confie son manuscrit pour qu'il en fasse plusieurs copies \u00e0 ses frais. Il d\u00e9diera de m\u00eame \u00e0 Th\u00e9ophile les Actes des Ap\u00f4tres.
Apr\u00e8s avoir tout \u00e9tudi\u00e9 depuis le d\u00e9but. Les deux premiers chapitres de cet \u00e9vangile sont, comme le d\u00e9but de l'\u00e9vangile de Matthieu, un r\u00e9cit de l'enfance de J\u00e9sus. Mais l'esprit est fort diff\u00e9rent. Matthieu utilisait sans scrupules des histoires qu'il n'avait pas v\u00e9rifi\u00e9es, mais bien dans la tradition des "enfances de saints" qui circulaient chez les Juifs, et il s'en servait pour montrer quelle serait la mission de J\u00e9sus. Luc aussi nous donne un r\u00e9cit qui est d'abord th\u00e9ologique mais bas\u00e9 sur des faits. Pour cela il utilise un tr\u00e8s ancien document que gardaient les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de Palestine. 
Nous trouvons donc 7 tableaux dans ces deux premiers chapitres:
L'annonciation de Jean 
L'annonciation  de J\u00e9sus
La visitation
La naissance de Jean
La naissance de J\u00e9sus
La pr\u00e9sentation
J\u00e9sus au Temple

{N}1,{/}5: Au temps d'H\u00e9rode. Cet H\u00e9rode, connu comme H\u00e9rode le Grand, \u00e9tait le p\u00e8re du "t\u00e9trarque" H\u00e9rode, celui  dont il est question en 3,1 et que J\u00e9sus a connu. Il a \u00e9t\u00e9 le dernier roi des Juifs, et \u00e0 sa mort la nation perd son autonomie.
Cet \u00e9vangile commence au Temple, et il finira au Temple. Tout ce premier livre de Luc se d\u00e9roulera donc dans un cadre strictement juif. C'est seulement dans son second livre, celui des Actes, qu'on verra l'extension de l'Evangile \u00e0 toutes les nations. L'oeuvre de Dieu commence chez des croyants simples, comme il y en avait beaucoup en Isra\u00ebl, ceux que les Psaumes appellent les "pauvres de Yahv\u00e9".
Zacharie \u00e9tait pr\u00eatre. Chez les Juifs on ne devenait pas pr\u00eatre en raison d'une vocation personnelle mais par h\u00e9ritage de famille. Il y avait un certain nombre de familles sacerdotales, les descendants d'Aaron, et tous les hommes de ces familles \u00e9taient pr\u00eatres de p\u00e8re en fils. A tour de r\u00f4le, ils avaient le privil\u00e8ge de remplir certaines fonctions dans le Temple de J\u00e9rusalem. Le reste du temps ils travaillaient comme n'importe quel autre dans leurs villes et villages.
Elisabeth \u00e9tait st\u00e9rile (7). Tout comme Sara, R\u00e9becca et Rachel, illustres anc\u00eatres du peuple d'Isra\u00ebl, ou encore Anne, la m\u00e8re du proph\u00e8te Samuel. Ce fait devait une fois de plus mettre en relief la bont\u00e9 et la puissance de Dieu envers les humbles et les m\u00e9pris\u00e9s (1Sam 2).
Ta pri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9e (13). Zacharie avait d\u00e9sir\u00e9 un fils, mais il ne l'attendait plus. Par contre, au Temple, il venait de demander le salut que Dieu promettait \u00e0 son peuple. Les deux choses lui sont promises \u00e0 la fois.
Il ne boira pas de vin. En Isra\u00ebl certains hommes se consacraient \u00e0 Dieu de la fa\u00e7on suivante: ils ne se coupaient pas les cheveux, ne buvaient pas d'alcool et se retiraient du monde pendant un certain temps (Nb 6). On les appelait nazirs. Mais le fils de Zacharie doit \u00eatre nazir d\u00e8s le sein de sa m\u00e8re et jusqu'\u00e0 la fin de sa vie comme dans le cas de Samson (Jg 13,3). Il aura pour mission de pr\u00eacher la p\u00e9nitence, et sa propre vie sera un mod\u00e8le d'aust\u00e9rit\u00e9 (Mc 1,6). En ceci il sera diff\u00e9rent de J\u00e9sus qui, \u00e0 part quelques exceptions comme le je\u00fbne dans le d\u00e9sert, vit comme tout le monde et n'exige de ses disciples aucun je\u00fbne particulier (Lc 7,33-34).
L'ange indique ensuite quelle sera la mission de Jean, fils de Zacharie: Il marchera avec l'esprit et la puissance d'Elie. Dans la Bible nous voyons qu'apr\u00e8s la disparition d'Elie enlev\u00e9 au ciel sur un char de feu (2R 2,11), les croyants se posaient des questions sur le sens de cet \u00e9v\u00e9nement extraordinaire. On en \u00e9tait venu \u00e0 penser que, de m\u00eame qu'Elie avait ramen\u00e9 le peuple \u00e0 la foi en un temps de crise, de m\u00eame il reviendrait du ciel pour r\u00e9tablir la fid\u00e9lit\u00e9 du peuple avant la venue du Dieu sauveur.
L'ange redresse cette esp\u00e9rance: il ne fallait pas penser qu'Elie reviendrait du ciel en personne (Mal 4,23); c'est Jean-Baptiste qui allait agir avec l'esprit d'Elie afin de r\u00e9concilier tous les fils d'Isra\u00ebl par la justice et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la Loi de Dieu.
Ainsi commence la Bonne Nouvelle dans un recoin du monde avec un couple de personnes \u00e2g\u00e9es et sans enfant; car rien n'est impossible \u00e0 Dieu

{N}1,{/}26: Le r\u00e9cit de l'Annonciation va nous montrer combien J\u00e9sus est sup\u00e9rieur \u00e0 Jean dans sa personne et dans sa mission.
{C}LA VIERGE MARIE{/}
Le nom de la vierge \u00e9tait Marie. Luc utilise le mot vierge deux fois. Pourquoi ne dit-il pas: une "jeune fille" ou une "jeune femme"? Simplement pour faire \u00e9cho aux proph\u00e8tes qui affirmaient que Dieu serait accueilli par la vierge d'Isra\u00ebl. Pendant des si\u00e8cles Dieu avait endur\u00e9 les infid\u00e9lit\u00e9s de son peuple et lui avait pardonn\u00e9 ses p\u00e9ch\u00e9s. Mais lorsqu'il est venu \u00e0 nous, le Dieu Sauveur voulait \u00eatre accueilli par un peuple vierge, un peuple qui soit neuf et tout \u00e0 lui. Au temps de J\u00e9sus, \u00e0 la lecture de la proph\u00e9tie d'Isa\u00efe 7,14, beaucoup pensaient d\u00e9j\u00e0 que le Messie na\u00eetrait d'une m\u00e8re vierge. Et l'Evangile nous dit: Marie est la vierge qui donne le jour au Messie.
Il fallait que soit vierge celle qui, d\u00e8s le d\u00e9but, avait \u00e9t\u00e9 choisie par Dieu pour accueillir son Fils dans un acte de foi parfaite. Celle qui allait donner \u00e0 J\u00e9sus son sang, ses traits h\u00e9r\u00e9ditaires, son caract\u00e8re, sa premi\u00e8re formation, devait avoir grandi \u00e0 l'ombre du Tout-Puissant, telle une fleur secr\u00e8te que nul n'avait poss\u00e9d\u00e9e, ayant fait de toute sa vie un don sans r\u00e9serve au Dieu vivant.
Comment cela se fera-t-il? L'ange pr\u00e9cise que l'enfant na\u00eetra sans l'intervention de Joseph: celui qui va na\u00eetre de Marie est le m\u00eame qui d\u00e9j\u00e0 est en Dieu, n\u00e9 de Dieu, Fils du P\u00e8re (Voir Jn 1,1).
La puissance du Tr\u00e8s-Haut te prendra sous son ombre. Les livres sacr\u00e9s parlaient de la nu\u00e9e ou de l'ombre qui remplissaient le Temple (1R 8,10), signe de la pr\u00e9sence divine qui couvrait et prot\u00e9geait la Ville Sainte (Si 24,4). En employant cette image l'Evangile indique que Marie devient la demeure de Dieu. L'Esprit Saint vient, non pas sur le Fils, mais d'abord sur Marie: elle concevra par l'Esprit Saint, sans intervention humaine. La conception de J\u00e9sus en Marie est la cons\u00e9quence et l'expression, sur le plan biologique, de cet acte de foi, unique dans l, par lequel elle a re\u00e7u sans r\u00e9serve la Parole unique et \u00e9ternelle du P\u00e8re.
C'est ainsi que l'Alliance entre Dieu et les hommes est enfin r\u00e9alis\u00e9e. Elle ne sera pas seulement "l'oeuvre" de J\u00e9sus: il est d\u00e9j\u00e0, lui-m\u00eame, l'Alliance \u00e9ternelle. Un enfant qui na\u00eet dans une famille appartient \u00e0 part enti\u00e8re \u00e0 la famille de son p\u00e8re et \u00e0 celle de sa m\u00e8re: il est l'alliance entre deux familles jusque-l\u00e0 \u00e9trang\u00e8res l'une \u00e0 l'autre. Ainsi J\u00e9sus, en naissant du P\u00e8re et de Marie, est l'Alliance entre Dieu et la famille humaine, et c'est l\u00e0 que s'enracine la foi de l'Eglise: "J\u00e9sus est vraiment Dieu et vraiment homme".
"Marie toujours vierge" est une affirmation de la tradition chr\u00e9tienne, laquelle ne fait jamais qu'approfondir le donn\u00e9 de l'Ecriture. Comment penser qu'apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ainsi aim\u00e9e, visit\u00e9e par Dieu pour qu'en elle se r\u00e9alise son alliance d\u00e9finitive avec l'humanit\u00e9, elle ait pu se replier sur un amour humain et se donner \u00e0 un autre, cet autre f\u00fbt-il Joseph, parfait serviteur de Dieu? Il est vrai que l'Evangile parle des "fr\u00e8res de J\u00e9sus": nous \u00e9clairons ce point en Mc 3,31.
C'est une autre question que de savoir si Marie avait eu avant la visite de l'ange un propos de virginit\u00e9.  L'Evangile n'indique rien d'autre \u00e0 ce sujet que les paroles de Marie: Je ne connais pas d'homme, ce qui dans la Bible signifie: "je n'ai pas de relations avec". Rappelons que Marie est d\u00e9j\u00e0 promise en mariage \u00e0 Joseph, ce qui, selon la loi juive, leur donne tous les droits du mariage (Mt 1,20). Ces paroles pourraient \u00eatre un artifice du r\u00e9cit pour amener la r\u00e9ponse de l'ange sur la conception de J\u00e9sus de par l'Esprit Saint, mais tout devient plus transparent si Marie s'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9serv\u00e9e pour l'Unique. Une telle d\u00e9cision \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9trang\u00e8re a la mentalit\u00e9 juive, mais il est \u00e9galement certain que lse manifeste par des d\u00e9cisions neuves et surprenantes, m\u00eame pour les croyants contemporains. 
{C}L'ANNONCIATION{/}
Seule Marie pouvait communiquer \u00e0 l'Eglise primitive le secret de la conception de J\u00e9sus. Mais comment aurait-elle d\u00e9crit une exp\u00e9rience si int\u00e9rieure et comment l'aurait-on rapport\u00e9e? L'\u00e9vangile va donc l'exprimer gr\u00e2ce \u00e0 des mots et des figures bibliques connues de ses lecteurs.
L'ange Gabriel. Gabriel \u00e9tait le nom d'un ange de premi\u00e8re cat\u00e9gorie qui, dans le livre de Daniel venait annoncer l'oeuvre du salut (Dn 8,16 et 9,24). l'Evangile veut donc nous dire que pour Marie tout a commenc\u00e9 avec la certitude qu'elle se trouvait \u00e0 l'endroit et au moment o\u00f9 le sort du monde se d\u00e9cidait.
R\u00e9jouis-toi. C'est l'invitation que les proph\u00e8tes adressaient \u00e0 la "fille de Sion", la communaut\u00e9 des humbles esp\u00e9rant la venue du Sauveur (So 3,14; Za 9,9).
Pleine de gr\u00e2ce. Le texte de l'Evangile dit de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise: aim\u00e9e et favoris\u00e9e. D'autres avaient \u00e9t\u00e9 aim\u00e9s, \u00e9lus, favoris\u00e9s, mais ici ce qualificatif devient comme le nom propre de Marie.
Marie \u00e9tait toute troubl\u00e9e de ces paroles. Il n'est pas question de peur, comme dans le cas de Zacharie (1,12), lorsque Marie se trouve plong\u00e9e dans le myst\u00e8re. Elle avait toujours \u00e9t\u00e9 consciente en effet de la pr\u00e9sence de Dieu qui inspirait toutes ses d\u00e9cisions. Mais elle est troubl\u00e9e en apprenant sa vocation unique.
Tu vas \u00eatre enceinte. Ici l'\u00e9vangile s'inspire de divers textes de l'Ancien Testament, les uns o\u00f9 est annonc\u00e9 l'avenir d'un enfant qui vient de na\u00eetre, les autres o\u00f9 Dieu donne une mission. Voir Gen 16,1; Ex 3,11; Juges 6,11. Nous avons d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9 Isa\u00efe 7,14, annon\u00e7ant celui qui serait Emmanuel, c'est-\u00e0-dire Dieu avec nous. Marie l'appellera J\u00e9sus ce qui veut dire: Sauveur.
Il r\u00e8gnera pour toujours sur le peuple de Jacob (c'est-\u00e0-dire le peuple d'Isra\u00ebl). J\u00e9sus sera le Sauveur, descendant de David, annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes: 2S 7,16; Is 9,6.
Il sera grand, tout simplement, et non pas grand serviteur du Seigneur comme on disait de Jean-Baptiste qui n'\u00e9tait qu'un homme (1,15). Fils du Tr\u00e8s-Haut et fils de David: ces deux termes d\u00e9signaient le Messie (2S 7,14; Ps 2,7). Pour cela il \u00e9tait important que Joseph soit de la famille de David: voir commentaire de Mt 1,20).
{C}LA SERVANTE DU SEIGNEUR{/}
Je suis la servante du Seigneur (38). Marie ne se rabaisse pas, elle exprime sa disponibilit\u00e9. D'elle na\u00eetra celui qui est \u00e0 la fois le serviteur annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes (Is 42,1; 50,1; 52,13) et le Fils (He 1).
Le mot servante pourrait \u00e9garer ceux qui voient Dieu utilisant ses serviteurs pour ses propres fins sans les avoir vraiment aim\u00e9s. Pour eux Dieu perdrait de sa grandeur s'il donnait \u00e0 Marie une vraie responsabilit\u00e9 dans l'incarnation de son Fils.
Mais ceci est tout \u00e0 fait contraire \u00e0 l'esprit de la Bible: Dieu n'avait pas besoin d'une servante pour donner \u00e0 son Fils un corps humain, mais il cherchait pour lui une m\u00e8re, et pour que Marie soit cette m\u00e8re, il fallait d'abord que le P\u00e8re l'ait regard\u00e9e et aim\u00e9e plus que toute autre cr\u00e9ature. C'est pourquoi elle est dite: pleine de gr\u00e2ce.
Nous appelons gr\u00e2ce ce pouvoir que Dieu a pour gu\u00e9rir notre esprit, pour le disposer \u00e0 croire, et pour que le geste d'amour vrai naisse spontan\u00e9ment de nous. Nous appelons gr\u00e2ce tout ce qui a son origine dans le Dieu vivant, mais doit germer sur notre terre: Is 45,8; Ps 85,11. Marie est vraiment pleine de gr\u00e2ce et J\u00e9sus est n\u00e9 d'elle conme il na\u00eet du P\u00e8re.
C'est la raison pour laquelle l'Eglise comprend que Marie occupe une place unique dans notre salut. Elle est la merveille unique que Dieu a voulu r\u00e9aliser au commencement d'une humanit\u00e9 refaite \u00e0 son image. A c\u00f4t\u00e9 du Christ, le nouvel Adam (Rm 5,14 et 1Co 15,45), Marie est la vraie m\u00e8re des hommes, celle qui s'oppose \u00e0 Eve p\u00e9cheresse.

{N}1,{/}39: {C}LES HUMBLES{/}
Le message de l'ange n'a pas laiss\u00e9 Marie seule avec ses probl\u00e8mes. L'ange a parl\u00e9 de sa vieille cousine Elisabeth; Marie va partager avec elle sa joie et son secret. Marie, toute jeune (avait-elle alors plus de quinze ans?), apprendra d'elle bien des choses que Joseph ne saurait lui dire. C'est alors que ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dit \u00e0 Zacharie s'accomplit: "Ton fils sera rempli de l'Esprit Saint d\u00e8s le sein de sa m\u00e8re".
Des ann\u00e9es plus tard, les foules juives iront chercher pr\u00e8s de Jean-Baptiste une parole du Ciel. Mais personne ne se demandera comment il a re\u00e7u l'Esprit de Dieu; nul ne saura que Marie, la toute humble, a mis le dessein de Dieu en marche en ce jour de la Visitation.
Heureuse parce que tu as cru! L'important n'est pas que Marie soit la m\u00e8re de J\u00e9sus selon la chair, et J\u00e9sus le redira: 11,27. Marie, devenue le Temple de Dieu, communique l'Esprit, et c'est l'Esprit de J\u00e9sus.
A propos du Cantique de Marie. Marie, si discr\u00e8te dans l'Evangile, et qui ne prendra pas part au minist\u00e8re de J\u00e9sus, proclame la r\u00e9volution historique d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e avec la venue du Sauveur:
- mis\u00e9ricorde de Dieu qui tient toujours ses promesses,
- renversement des conditions humaines.
Martin Luther King, l'\u00e9mancipateur des Noirs le rappelait: "On ne voit souvent l'Eglise que comme un pouvoir hostile \u00e0 tout changement; en fait elle pr\u00e9serve un puissant id\u00e9al qui pousse les hommes vers les plus hauts sommets et leur ouvre les yeux sur leur propre destin. Des recoins br\u00fblants d'Afrique aux quartiers noirs de l'Alabama, j'ai vu des hommes se lever et secouer leurs cha\u00eenes. Ils venaient de d\u00e9couvrir qu'ils \u00e9taient des fils de Dieu et, parce que fils de Dieu, il leur devenait impossible de se soumettre \u00e0 aucun joug."
Le Cantique de Marie exprime et exprimera toujours les sentiments les plus profonds de l'\u00e2me priante. Il y a un temps pour chercher la v\u00e9rit\u00e9, pour d\u00e9couvrir devant Dieu nos responsabilit\u00e9s. Il y a un temps pour implorer Dieu et le servir. Mais \u00e0 la fin nous comprenons que tout est gr\u00e2ce de Dieu, lequel cherche ce qui est pauvre et faible afin de le combler et de l'exalter. Il ne nous reste plus alors que l'action de gr\u00e2ces: nous sommes sauv\u00e9s au coeur du monde entier.

{N}1,{/}57: Que signifiait la circoncision? (voir Gn 17).
L'enfant v\u00e9cut dans des lieux retir\u00e9s (80), Luc pr\u00e9pare ainsi la manifestation de Jean Baptiste dans la r\u00e9gion du d\u00e9sert de Juda proche de J\u00e9richo (3,2).

{N}2,{/}1: C\u00e9sar Auguste ordonna un recensement. La petite nation juive \u00e9tait inclue dans l'Empire Romain qui englobait beaucoup d'autres peuples. La pr\u00e9cision donn\u00e9e par Luc n'est pas sans poser probl\u00e8me: Quirinius ne fut nomm\u00e9 gouverneur de Syrie qu'en l'an 6 de notre \u00e8re et J\u00e9sus avait alors une douzaine d'ann\u00e9es. On a \u00e9chafaud\u00e9 plusieurs hypoth\u00e8ses pour accorder le texte de Luc avec les donn\u00e9es de l'histoire; mais il para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable de penser que Luc a fait ici, comme en d'autres endroits (Actes 5,36-37), une erreur de chronologie: Luc n'est pas infaillible comme historien, mais comme t\u00e9moin du myst\u00e8re du salut..
Joseph et Marie quittent donc Nazareth peu de temps avant la naissance de l'enfant. Joseph, descendant de David, avait probablement de la famille \u00e0 Bethl\u00e9em. Il se peut que J\u00e9sus soit n\u00e9 chez un de ces parents.
La colline calcaire sur laquelle \u00e9tait construit le village de Bethl\u00e9em \u00e9tait creus\u00e9e de nombreuses grottes naturelles qui servaient d'habitations aux familles modestes. La grotte dans laquelle est n\u00e9e J\u00e9sus comportait deux salles s\u00e9par\u00e9es par une sorte d'\u00e9tranglement de la roche. La salle du fond servait tr\u00e8s probablement de remise et d'\u00e9table. A cause du manque de place dans la premi\u00e8re, Joseph et Marie s'installent \u00e0 l'endroit o\u00f9 se trouvent les animaux.
C'est ainsi que l'avait pr\u00e9vu le P\u00e8re. J\u00e9sus grandirait dans un vrai foyer o\u00f9 ne manquerait ni le travail, ni le pain; cependant, \u00e0 sa naissance comme \u00e0 sa mort il partagerait la condition des plus d\u00e9laiss\u00e9s.
Elle enfanta son fils, le premier-n\u00e9. Ce terme de premier-n\u00e9 soulignait les privil\u00e8ges d'un fils a\u00een\u00e9 qui, comme tel, appartenait \u00e0 Dieu (Ex 13,1; voir aussi Rm 8,29; Col 1,15). Il \u00e9tait tout aussi valable pour un fils unique.

{N}2,{/}8: L'ange annonce aux bergers la paix et la gr\u00e2ce. Les \u00e9tapes n\u00e9cessaires \u00e0 la formation religieuse de l'humanit\u00e9 sont maintenant termin\u00e9es, Dieu envoie son Fils sur terre pour nous mettre dans la v\u00e9rit\u00e9.
Voyez combien Dieu nous aime! Laissez-vous donc envahir par son amour et cessez de craindre. Ne comprenez-vous pas que Dieu s'est fait enfant et que d\u00e9sormais il sera toujours parmi nous comme un enfant silencieux et sans d\u00e9fense?
Voici son signalement. Ils reconna\u00eetront Dieu qui s'est fait pauvre pour nous afin de nous donner sa richesse.
Les bergers repartirent, chantant les louanges de Dieu (20). Alors que l'obscurit\u00e9 r\u00e9gne sur le monde, quelques bergers ont vu Dieu. Pourquoi ont-ils \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 la cr\u00e8che? Peut-\u00eatre tout simplement parce que Dieu prend son plaisir \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler aux pauvres; Marie et Joseph ont eu la joie de partager avec eux quelque chose de leur secret.
La naissance de J\u00e9sus marque le commencement des temps nouveaux (des "derniers temps", comme diront les ap\u00f4tres) o\u00f9, d'une part, on continue \u00e0 attendre le salut du monde et d'autre part, on commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 jouir de ce salut. Les bergers sont le mod\u00e8le de ceux que Dieu appelle \u00e0 une vie contemplative. Apr\u00e8s eux, l'Eglise ne se consacrera jamais totalement \u00e0 la pr\u00e9dication ni aux oeuvres de mis\u00e9ricorde ou de promotion humaine, mais avec le meilleur de son esprit, elle contemplera le Christ pr\u00e9sent en son sein, pour remercier et se r\u00e9jouir en Dieu.

{N}2,{/}18: Marie gardait le souvenir de ces choses, parce que chaque \u00e9v\u00e9nement de sa vie \u00e9tait pour Dieu le moyen de lui r\u00e9v\u00e9ler ses intentions, et plus encore maintenant qu'elle \u00e9tait pr\u00e8s de J\u00e9sus. Elle s'\u00e9tonnait, s'\u00e9merveillait, mais elle n'\u00e9tait pas d\u00e9concert\u00e9e parce que sa foi \u00e9tait sans faille.
Cependant, elle aussi, devait d\u00e9couvrir les chemins du salut, petit \u00e0 petit et dans la douleur. Elle m\u00e9ditait ces choses jusqu'au jour de la R\u00e9surrection et de la Pentec\u00f4te o\u00f9 tous les gestes et les paroles de J\u00e9sus devaient s'\u00e9clairer.

{N}2,{/}22: Pour accomplir le rite de la purification. En r\u00e9alit\u00e9, purification de la m\u00e8re et cons\u00e9cration \u00e0 Dieu d'un premier-n\u00e9: Ex 13,1; Lev 12,8.
Sim\u00e9on et Anne, comme Marie et Joseph, font partie du "petit reste d'Isra\u00ebl". Cette minorit\u00e9 du peuple de Dieu vit sa foi dans l'humilit\u00e9 et la fid\u00e9lit\u00e9 aux enseignements des proph\u00e8tes: pour elle Dieu sait toujours se rendre visible.
Quel est le sens de l'\u00e9p\u00e9e qui transpercera l'\u00e2me de Marie? Ce mot indique sans doute la douleur de Marie qui verra son fils mourir en croix; mais il indique aussi tout ce que Marie souffrira lorsqu'elle ne comprendra pas ce que fait son fils. L'amour le mieux partag\u00e9 n'emp\u00eachera pas que chacun reste Myst\u00e8re pour l'autre, et Dieu plus que quiconque. Dieu ne reste pas \u00e0 nous observer, lui aussi nous cherche (il nous "\u00e9prouve" au sens de: nous demande de nous r\u00e9v\u00e9ler). L'amour du P\u00e8re sera la croix de Marie comme il sera celle de J\u00e9sus
Le Christ est la lumi\u00e8re qui \u00e9claire et qui parfois aveugle et confond les peuples. Il est un signe qui divise les personnes et les collectivit\u00e9s. Il y a l\u00e0 un myst\u00e8re: ceux qui s'opposent \u00e0 lui ne sont pas toujours les mauvais. Certains qui sont mauvais se rangent aux c\u00f4t\u00e9s du Christ car ils ne voient pas que cette lumi\u00e8re les condamne. Et pendant ce temps, d'autres, qui sont bons, ne croient pas, car Dieu les guide par un autre chemin.

{N}2,{/}41: Au cours des ann\u00e9es \u00e0 Nazareth, J\u00e9sus d\u00e9couvre la vie comme n'importe quel enfant ou adolescent de son \u00e2ge. Il ne re\u00e7oit aucune formation sp\u00e9ciale et ne manifeste aucun don extraordinaire, si ce n'est son jugement parfait qui mesure tout selon le crit\u00e8re de Dieu: les versets 40 et 52 sont fort discrets.
Joseph lui transmet la foi d'Isra\u00ebl, la communaut\u00e9 de Nazareth, si insignifiante soit-elle, fait de lui un Juif observant, soumis \u00e0 la Loi. Mais que fut l'exp\u00e9rience profonde de J\u00e9sus, comment le Fils de Dieu s'est-il situ\u00e9 dans ce monde des hommes \u00e0 mesure qu'il le d\u00e9couvrait? Luc ne nous a rapport\u00e9 qu'un seul fait, qui lui a paru significatif comme il avait paru \u00e0 Marie elle-m\u00eame.
A douze ans, un adolescent devait observer les pr\u00e9ceptes religieux, entre autres le p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem pour les f\u00eates. Assis \u00e0 l'ombre des galeries du Temple, les ma\u00eetres de la Loi enseignaient aux groupes de p\u00e8lerins et dialoguaient avec eux.
C'est \u00e0 cette occasion que pour la premi\u00e8re fois J\u00e9sus d\u00e9concerte son entourage. Pourquoi nous as-tu fait cela? L'\u00e9vangile fait ressortir cette incompr\u00e9hension: reproche de Marie \u00e0 J\u00e9sus et reproche de J\u00e9sus \u00e0 ses parents. Puis il met en relief la conscience que J\u00e9sus a de sa relation privil\u00e9gi\u00e9e au P\u00e8re, et sa totale disponibilit\u00e9 pour sa mission.
Si la d\u00e9couverte du Temple, coeur de la nation, centre de la religion d'Isra\u00ebl, \u00e9veillait en lui des sentiments tout nouveaux, il aurait pu demander la permission ou pr\u00e9venir ses parents. Comment a-t-il pu rester deux jours sans penser que ses parents le cherchaient tr\u00e8s inquiets? Mais non, il a pens\u00e9 que cette souffrance \u00e9tait n\u00e9cessaire et il a conquis sa libert\u00e9 d'une mani\u00e8re radicale avant de rentrer avec eux. J\u00e9sus devait exp\u00e9rimenter toute la vie humaine, sauf le p\u00e9ch\u00e9; il a connu, \u00e0 sa mani\u00e8re, les \u00e9tapes du d\u00e9veloppement psychologique et il les a domin\u00e9es. Au lieu de parler de l'enfant perdu, il serait plus exact de dire que le jeune J\u00e9sus s'\u00e9tait d\u00e9couvert.
Il semblerait \u00e9trange que Marie n'ait pas pens\u00e9 dire un jour \u00e0 J\u00e9sus son origine et ce que Joseph \u00e9tait pour lui. Si l'on s'en tient \u00e0 ce r\u00e9cit, c'est J\u00e9sus qui devance Marie et Joseph et leur dit lui-m\u00eame de qui il est le Fils: Je dois \u00eatre chez mon P\u00e8re.
Ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. Marie avait entendu le message de l'Annonciation et elle savait se dire que J\u00e9sus \u00e9tait le Fils de Dieu. Mais elle n'avait jamais pens\u00e9 que d'\u00eatre Fils de Dieu serait cela m\u00eame que J\u00e9sus venait de faire. Cette incompr\u00e9hension n'\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 Marie et \u00e0 Joseph: nous aurons beau tout savoir de la foi, bien souvent l'action de Dieu nous \u00e9tonnera ou nous scandalisera.

{N}2,{/}51: Luc ne dit rien de plus sur la vie de J\u00e9sus \u00e0 Nazareth jusqu'\u00e0 ce qu'il ait trente ans, l'\u00e2ge o\u00f9 il commence \u00e0 pr\u00eacher. Il a \u00e9t\u00e9 l'apprenti de Joseph et \u00e0 la mort de celui-ci, il est devenu le charpentier de Nazareth. Joseph a d\u00fb mourir avant que J\u00e9sus ne se manifeste, car autrement Marie serait rest\u00e9e avec Joseph quand J\u00e9sus quitta la maison. Le fils de Marie a \u00e9t\u00e9 homme parmi les hommes, et la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de Nazareth a conserv\u00e9 longtemps des objets fabriqu\u00e9s par le charpentier, Fils de Dieu.

{N}3,{/}1: Luc donne des d\u00e9tails qui nous permettent de situer J\u00e9sus dans l'histoire. Nous sommes en l'an 27 ("apr\u00e8s J\u00e9sus Christ") et J\u00e9sus a entre trente et trente-cinq ans. Les Juifs ont perdu leur autonomie et leur pays est divis\u00e9 en quatre petites provinces. H\u00e9rode et Philippe, fils de l'H\u00e9rode mentionn\u00e9 au moment de la naissance de J\u00e9sus, gouvernent deux de ces provinces.
Ceux que les donn\u00e9es chronologiques int\u00e9ressent pourront se reporter aussi \u00e0 Jean 2,20.
Dans les deux premiers chapitres, Luc nous a montr\u00e9 comment le Fils de Dieu s'\u00e9tait ins\u00e9r\u00e9 dans l'humanit\u00e9. Comme le dit Paul dans la lettre aux Galates, il est "n\u00e9 d'une femme, soumis \u00e0 la Loi" (Ga 4,4), c'est-\u00e0-dire qu'il a voulu \u00eatre form\u00e9 par une culture, marqu\u00e9 par le temps, limit\u00e9 par le contexte humain de son temps. Maintenant nous allons voir qu'il n'a pas commenc\u00e9 sa mission par un coup d'\u00e9clat, par des miracles prodigieux, mais qu'il est entr\u00e9 avec beaucoup de simplicit\u00e9 dans un courant qu'un autre, Jean Baptiste, avait suscit\u00e9.
Ce premier paragraphe nous montre le morcellement de la Terre Sainte, un d\u00e9fi aux promesses de Dieu, et jusque dans le fait de plusieurs grand-pr\u00eatres en m\u00eame temps un m\u00e9pris des lois de Dieu, car le grand-pr\u00eatre l'\u00e9tait \u00e0 vie, et on l'\u00e9tait de p\u00e8re en fils. Dans cette situation humiliante, un \u00e9l\u00e9ment nouveau qui va secouer tout le peuple: la pr\u00e9dication de Jean Baptiste.

{N}3,{/}3: Ecoutez ce cri dans le d\u00e9sert. Le texte qui suit est une parole d'Isa\u00efe (40,3). Jean renoue la tradition des proph\u00e8tes apr\u00e8s quatre si\u00e8cles d'interruption, et, comme beaucoup d'entre eux, il va parler d'un jugement imminent. Affronter le jugement de Dieu, c'est quelque chose de redoutable, et Jean parle de retrouver le sens de la justice.
Jean parle de la Col\u00e8re qui vient. Ce mot signifiait pour les Juifs une grande \u00e9preuve \u00e0 l'\u00e9chelle nationale ou mondiale (Lc 21,23;1 Th 2,16), dans laquelle les croyants reconnaissent le jugement de Dieu. C'est alors que les mauvais re\u00e7oivent leur ch\u00e2timent, tandis que les justes, ceux qui ont mis\u00e9 sur Dieu, sont sauv\u00e9s (Is 1,24-27; Jo\u00ebl 3,1-5; Za 14). Jean r\u00e9veille donc l'attente d'un sauveur. Pour nous il est facile de dire qu'il s'agissait de J\u00e9sus et que le jugement de Dieu allait venir quelques ann\u00e9es plus tard avec la guerre qui d\u00e9truisit la nation juive, mais pour ceux qui l'\u00e9coutaient, il \u00e9tait diffi cile d'imaginer ce que serait ce sauveur.
Nous sommes les fils d'Abraham! Jean nous met en garde, comme l'avaient fait les proph\u00e8tes, contre le fanatisme national ou religieux: il ne suffit pas de prendre comme drapeau le Dieu d'Isra\u00ebl (ou l'appartenance \u00e0 l'Eglise) car beaucoup de ceux qui pr\u00e9tendent d\u00e9fendre sa cause ne sont que race de vip\u00e8res: lui demande la justice, et la r\u00e9paration du mal qu'on a fait. 
Voil\u00e0 donc Jean qui pr\u00eache sans avoir rien demand\u00e9 aux autorit\u00e9s religieuses, et de toutes parts le peuple vient en qu\u00eate de pardon. Les versets 12-14 nous disent que Jean ne rejetait personne: ni les prostitu\u00e9es, ni les collecteurs de l'imp\u00f4t romain. Mais \u00e0 tous il demandait de s'engager dans un mouvement de solidarit\u00e9. Quand la corruption est install\u00e9e, ou qu'on a perdu de vue l'Alliance de Dieu, ceux qui reconnaissent leur participation dans le mal qui affecte toute la soci\u00e9t\u00e9, doivent faire des gestes concrets vis-\u00e0-vis de l'argent et du d\u00e9sir de jouir, qui seront pour tous un signe et un appel \u00e0 la conversion. De tel signes doivent se multiplier aujourd'hui dans les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes et dans les mouvements qui cherchent \u00e0 purifier notre soci\u00e9t\u00e9
C'est l\u00e0 que le renoncement total de Jean et sa vie effrayante d'aust\u00e9rit\u00e9 prennent tout leur sens: il n'est pas question que tous l'imitent, mais ses sacrifices donnent un poids \u00e0 sa parole. Les chefs religieux et les Pharisiens qui se veulent des mod\u00e8les vont rester \u00e0 distance, peut-\u00eatre se moquer (7,30 et 33), mais le peuple vient demander le bapt\u00eame de Jean..

{N}3,{/}15: Etre baptis\u00e9 signifie: \u00eatre plong\u00e9 dans l'eau et en ressortir. Les Juifs du d\u00e9sert se faisaient baptiser \u00e0 l'occasion de certaines f\u00eates, pour montrer leurs d\u00e9sirs d'une purification quand le Sauveur viendrait. Jean, \u00e0 son tour, baptise ceux qui veulent rectifier leur vie en marquant leur engagement par un rite visible.
Ici l'Evangile compare J\u00e9sus et Jean, le bapt\u00eame de Jean et le bapt\u00eame chr\u00e9tien. Nous avons tous entendu des paroles comme celles-ci: puisque J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 quand il avait trente ans, on devrait \u00eatre baptis\u00e9 quand on est adulte. Mais ce raisonnement ne vaut pas puisqu'il ne s'agit pas du m\u00eame bapt\u00eame.
Bapt\u00eame avec de l'eau... Bapt\u00eame par le feu: Cette comparaison fait allusion \u00e0 une exp\u00e9rience commune. Avec de l'eau on enl\u00e8ve les taches sur le linge, mais ce qui est lav\u00e9 ne sera jamais comme le neuf; il y a m\u00eame des taches qui restent. Le feu, au contraire, purifie le m\u00e9tal rouill\u00e9, et le m\u00e9tal sort du creuset brillant comme le neuf. Mais aussi le feu peut d\u00e9truire \u00e0 la fois les taches et la chose tach\u00e9e.
Jean baptise avec de l'eau ceux qui veulent redresser leur vie. Pour eux, le bapt\u00eame est une mani\u00e8re d'exprimer publiquement leur engagement. Ces promesses pourtant sont faillibles, comme tout engagement humain, et elles ne suffisent pas \u00e0 d\u00e9raciner le mal qui est dans leur coeur.
J\u00e9sus au contraire demande \u00e0 ses ap\u00f4tres de baptiser ceux qui ont cru et qui s'incorporent \u00e0 l'Eglise. C'est alors que Dieu donnera son Esprit qui nous transformera int\u00e9rieurement.
Le bapt\u00eame de Jean faisait appel \u00e0 la volont\u00e9 de changer de vie, il ne pouvait donc s'adresser qu'\u00e0 des adultes. En revanche, le bapt\u00eame chr\u00e9tien puise sa force, moins dans l'engagement des baptis\u00e9s, que dans le don de Dieu qui fait de nous ses enfants. C'est pourquoi on peut faire baptiser ses enfants afin de leur communiquer ce don de Dieu, \u00e0 condition que la famille et la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne assument la responsabilit\u00e9 de leur d\u00e9veloppement dans la foi.
Je ne suis pas digne (16). La coutume voulait que celui qui baptise d\u00e9chausse celui qu'il allait baptiser, avant de l'aider \u00e0 se d\u00e9v\u00eatir. Jean dit simplement qu'il n'est pas digne de baptiser J\u00e9sus.

{N}3,{/}21: J\u00e9sus n'a besoin ni de se convertir ni d'\u00eatre baptis\u00e9 par Jean, mais, puisqu'il est le Sauveur, il d\u00e9sire \u00eatre avec ses fr\u00e8res p\u00e9cheurs qui cherchent le chemin du pardon. En recevant le bapt\u00eame de Jean, J\u00e9sus affirme que son chemin est le bon: rechercher la justice et r\u00e9former notre vie.
Depuis des si\u00e8cles il n'y avait plus eu de proph\u00e8tes. Dieu semblait muet et les Juifs disaient que "le ciel \u00e9tait ferm\u00e9". Mais, maintenant de nouveau Dieu parle, et J\u00e9sus prend la rel\u00e8ve des proph\u00e8tes. Le ciel s'ouvre: c'est-\u00e0-dire que J\u00e9sus re\u00e7oit une r\u00e9v\u00e9lation de Dieu (voir Ez 1,1 et Ap 4,1).
Tu es mon Fils (22). L'Evangile ne nous dit pas clairement qui a vu et qui a entendu cette voix (Mt 3,16; Mc 1,10; Jn 1,32). L'\u00e9tude des textes nous am\u00e8ne \u00e0 la conclusion suivante: J\u00e9sus a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d'une r\u00e9v\u00e9lation divine que Jean-Baptiste a peut-\u00eatre partag\u00e9e. Mais, pourquoi une telle manifestation? J\u00e9sus avait-il besoin de savoir qu'il \u00e9tait le Fils de Dieu?
N'oublions pas que l'expression fils de Dieu peut avoir plusieurs sens. Dans les ann\u00e9es avant J\u00e9sus, on appelait le roi d'Isra\u00ebl, fils de Dieu. On parlait aussi du fils de Dieu pour d\u00e9signer le messie attendu, choisi par Dieu pour sauver Isra\u00ebl.
J\u00e9sus est Fils de Dieu d\u00e8s le moment de sa conception, dans le sens de: Fils Unique du P\u00e8re. Et d\u00e8s ce moment il y a en lui la conscience d'\u00eatre le Fils de Dieu. En revanche c'est seulement quand J\u00e9sus est baptis\u00e9 par Jean que Dieu le fait "son Fils" au sens ancien de la Bible, \u00e0 savoir, proph\u00e8te et roi de son peuple. Disons que Dieu l'appelle \u00e0 commencer son minist\u00e8re de r\u00e9demption. C'est pourquoi au v. 22 nous lisons une parole du Psaume 2: Tu es mon Fils, aujourd'hui je t'ai engendr\u00e9, une parole de Dieu pr\u00e9sentant au monde son Messie. 
(Une bonne partie des textes anciens donne au v. 22 le m\u00eame texte que Mc 1,11).
Comme la parole de Dieu, si vraiment elle vient de Dieu, est toujours efficace et accomplit ce qu'elle dit, \u00e0 ce moment-m\u00eame J\u00e9sus re\u00e7oit la pl\u00e9nitude de l'Esprit qui consacre les proph\u00e8tes et fait des miracles. D\u00e8s sa conception J\u00e9sus jouissait pleinement de l'Esprit qui le liait au P\u00e8re dans un rapport unique. Maintenant, il re\u00e7oit une autre communication de l'Esprit afin d'\u00eatre le proph\u00e8te et le serviteur du P\u00e8re.
J\u00e9sus est consacr\u00e9 pour proclamer le r\u00e8gne de Dieu et pour y inviter les pauvres d'abord (4,18). A la diff\u00e9rence de tant de lib\u00e9rateurs qui n'ont \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s qu'en vue d'une mission d\u00e9termin\u00e9e, J\u00e9sus est sauveur dans toute sa personne. Contrairement \u00e0 nous, toujours pr\u00e9occup\u00e9s de nous m\u00e9nager une porte de sortie dans nos engagements, J\u00e9sus ne conna\u00eetra pas de repos jusqu'\u00e0 ce que sa parole et son t\u00e9moignage en faveur de la V\u00e9rit\u00e9 l'aient conduit \u00e0 la mort.

{N}3,{/}23: Ici, Luc nous donne une liste des anc\u00eatres de J\u00e9sus bien diff\u00e9rente de celle de Matthieu (Mt 1,1). Luc ne la fait pas seulement remonter jusqu'\u00e0 Abraham, mais il nous donne aussi une liste l\u00e9gendaire des anc\u00eatres d'Abraham qui remonte au premier homme, comme pour souligner que J\u00e9sus vient sauver toute l'humanit\u00e9. Il n'est pas seulement le Sauveur des chr\u00e9tiens, mais sa venue a un sens pour toute l'histoire; elle \u00e9claire tout l'apport des sages et des saints que Dieu a suscit\u00e9s dans d'autres parties du monde.
Pour la partie qui s'\u00e9tend de Joseph \u00e0 Abraham, on est tr\u00e8s loin de la liste donn\u00e9e par Matthieu. Les anc\u00eatres n'\u00e9taient pas les m\u00eames suivant que l'on comptait les parents naturels ou adoptifs: l'adoption \u00e9tait en effet une pratique fr\u00e9quente parmi les Juifs.

{N}4,{/}1: {C}LA TENTATION{/}
Dans l'histoire, au sens commun du mot, il ne s'agit que des hommes et de leurs conflits. Mais l'histoire sainte consid\u00e8re les choses d'un autre point de vue: le plan de Dieu s'accomplit, entrav\u00e9 par les entreprises subversives de l'esprit du mal, mais les hommes aussi participent \u00e0 cette lutte qui d\u00e9passe leurs propres projets. C'est pourquoi J\u00e9sus devait affronter l'esprit mauvais.
Nous parlons de tentation quand nous sentons la pression de nos mauvais instincts ou quand nous sommes pouss\u00e9s au mal par les circonstances. J\u00e9sus n'avait pas nos mauvais instincts, mais l'Esprit Saint l'a conduit au d\u00e9sert pour y \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 - tent\u00e9 et \u00e9prouv\u00e9 ont le m\u00eame sens - et c'est l\u00e0 que J\u00e9sus a ressenti le plus fortement les suggestions du d\u00e9mon pour le d\u00e9tourner de sa mission (voir aussi Mt 4,1).
J\u00e9sus, rempli de l'Esprit Saint, a commenc\u00e9 son minist\u00e8re en se soumettant \u00e0 une tr\u00e8s rude \u00e9preuve: quarante jours de solitude totale et de je\u00fbne. J\u00e9sus a voulu faire cette exp\u00e9rience, \u00e0 la fois de fragilit\u00e9 et de force, avant de s'engager dans l'inconnu. Il abandonnait la vie de Nazareth pour commencer la mission qui en peu d'ann\u00e9es le conduirait \u00e0 la mort.
Et c'est alors que parla en lui le Diable, ou Accusateur. C'est ainsi que le nomme l'Ecriture parce qu'il critique sans cesse. Il nous am\u00e8ne \u00e0 accuser Dieu et, quand il nous a fait succomber, c'est lui qui nous accuse, essayant de nous convaincre que Dieu ne nous pardonnera pas.
Si tu es Fils de Dieu (3). J\u00e9sus n'avait pas mis son pouvoir \u00e0 l'\u00e9preuve. Ne pourrait-il pas user de sa force divine alors que son corps \u00e9tait affaibli par le je\u00fbne? Ne pourrait-il pas non plus, un jour, descendre de la croix pour se sauver?
J\u00e9sus refuse de se servir: son but est plus \u00e9lev\u00e9. Alors le diable l'emm\u00e8ne plus haut. J\u00e9sus peut se dire que, les hommes \u00e9tant ce qu'ils sont, la seule fa\u00e7on de s'imposer est de transiger avec les armes du d\u00e9mon, lequel ne respecte ni la v\u00e9rit\u00e9, ni la libert\u00e9 des consciences. Alors il lui serait facile de r\u00e9gner sur les nations "au nom de Dieu", comme le font tant de gouvernants, puisque le d\u00e9mon les donne \u00e0 qui il veut.
Cependant J\u00e9sus a choisi de ne servir que Dieu. Le diable demande alors: "Pourquoi ne pas commencer ta pr\u00e9dication par quelque chose de spectaculaire, comme de te jeter du haut du rempart au milieu de la foule qui vient prier dans le Temple? Ne crois-tu pas que Dieu ferait un miracle pour toi?" Cette fois, le diable emploie les propres paroles de l'Ecriture: en les lisant, on pourrait penser que si la foi est grande, on sera toujours assur\u00e9 de la sant\u00e9 et du succ\u00e8s.
Mais J\u00e9sus nous pr\u00e9vient contre cette erreur d'une "foi" qui pr\u00e9tend supprimer la croix. J\u00e9sus ne demandera pas de miracle \u00e0 son P\u00e8re pour \u00e9viter les humiliations et le rejet, qui sont la part des messagers de Dieu. Ce serait mettre Dieu \u00e0 l'\u00e9preuve sous pr\u00e9texte d'avoir confiance en lui.
Le d\u00e9mon s'\u00e9loigna jusqu'\u00e0 nouvelle occasion. Dans la passion de J\u00e9sus, le d\u00e9mon fera que toute la m\u00e9chancet\u00e9 du peuple se retourne contre le Lib\u00e9rateur qu'il n'a pu s\u00e9duire: voir Jn 14,30
Voir le commentaire de Mt 4,1.

{N}4,{/}14: J\u00e9sus vient alors \u00e0 Capharna\u00fcm avec quelques disciples qu'il a rencontr\u00e9s aupr\u00e8s de Jean Baptiste. Il se loge chez Simon et Andr\u00e9, au bord du lac. J\u00e9sus commence \u00e0 pr\u00eacher dans les synagogues de Galil\u00e9e (Mc 1,39). Sa parole frappe  les auditeurs parce qu'il a la puissance de l'Esprit, c'est-\u00e0-dire qu'il enseigne avec autorit\u00e9 et ses miracles confirment ses paroles.
Il enseignait dans les synagogues des Juifs. Il n'y avait qu'un Temple en Isra\u00ebl, celui de J\u00e9rusalem dans lequel les pr\u00eatres offraient les sacrifices. Mais, dans chaque lieu o\u00f9 au moins dix hommes s'\u00e9taient inscrits, il y avait une synagogue. Les membres de la communaut\u00e9 y c\u00e9l\u00e9braient un service liturgique tous les samedis. Il \u00e9tait facile de participer aux lectures et commentaires, et J\u00e9sus se fait conna\u00eetre en participant au service du sabbat dans les synagogues de Galil\u00e9e, sa province.

{N}4,{/}16: Apr\u00e8s un certain temps, d\u00e9j\u00e0 connu, J\u00e9sus passe par Nazareth et il y est mal re\u00e7u. Dans son r\u00e9cit, Luc montre pourquoi J\u00e9sus attirait les gens et pourquoi, \u00e0 Nazareth au moins, il fut rejet\u00e9.
Il trouva le passage o\u00f9 il est \u00e9crit (17). Ce paragraphe vient d'Isa\u00efe 61,1-2. Le proph\u00e8te y parle de sa propre mission: Dieu l'a envoy\u00e9 aux Juifs exil\u00e9s pour leur annoncer qu'il les visiterait bient\u00f4t. Mais ces paroles s'appliquent encore mieux a J\u00e9sus qui apporte aux hommes la v\u00e9ritable libert\u00e9.
Les mots lib\u00e9rer ceux qui sont \u00e9cras\u00e9s ne se trouvent pas dans ce texte d'Isa\u00efe; Luc les a pris dans un autre texte du m\u00eame proph\u00e8te (Is 58,6) et les a plac\u00e9s ici, parce que le terme "lib\u00e9rer" r\u00e9sume mieux que tout autre l'oeuvre de J\u00e9sus.
Cette Ecriture est en train de s'accomplir. J\u00e9sus vient inaugurer les temps nouveaux o\u00f9 Dieu se fait pr\u00e9sent et r\u00e9concilie les hommes. Tous les cinquante ans Isra\u00ebl c\u00e9l\u00e9brait l'Ann\u00e9e du Jubil\u00e9, au cours de laquelle on pardonnait les dettes et les esclaves retrouvaient leur libert\u00e9 (Lv 25,10). De m\u00eame une ann\u00e9e de gr\u00e2ce du Seigneur commence. Le temps des promesses et des proph\u00e9ties est fini et Dieu commence \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler aux hommes tel qu'il est: J\u00e9sus r\u00e9v\u00e8le son P\u00e8re et le P\u00e8re r\u00e9v\u00e8le son Fils par les signes et les miracles qu'il accomplit.
Lib\u00e9rer ceux quie sont \u00e9cras\u00e9s. J\u00e9sus apporte la vraie lib\u00e9ration, parce que ses actions nous remettent tous dans la v\u00e9rit\u00e9: "Le Fils vous lib\u00e8re... la v\u00e9rit\u00e9 vous lib\u00e9rera..." (Jn 8,31). Bien entendu les Juifs aspiraient surtout \u00e0 une lib\u00e9ration nationale. Pourquoi J\u00e9sus ne l'a-t-il pas entreprise? Etait-ce parce qu'il ne s'int\u00e9ressait qu'\u00e0 "l'\u00e2me"?
En r\u00e9alit\u00e9 l'Ancien Testament n'avait jamais annonc\u00e9 le "salut des \u00e2mes" comme certains le font aujourd'hui. Ces croyants pensent qu'ils sauvent leur \u00e2me alors m\u00eame qu'ils sont les complices silencieux ou aveugles du p\u00e9ch\u00e9 de chaque jour qui p\u00e9n\u00e8tre toute la vie sociale et \u00e9conomique.
L'Ancien Testament avait annonc\u00e9 J\u00e9sus comme celui qui sauverait son peuple et sa race. Ses paroles et ses actions r\u00e9veillaient l'espoir des faibles et ouvraient le chemin d'une lib\u00e9ration humaine \u00e0 tous les niveaux. Mais c'\u00e9taient comme des graines et il fallait de la patience pour voir m\u00fbrir leurs fruits.
J\u00e9sus n'avait aucun d\u00e9sir de s'unir aux fanatiques et aux violents de son peuple pour imposer une souverainet\u00e9 nationale, aussi \u00e9crasante sans doute que la domination romaine. Il a port\u00e9 t\u00e9moignage \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, et pos\u00e9 les bases pour tout mouvement de lib\u00e9ration \u00e0 venir. De m\u00eame, de nos jours, on pourra parler d'\u00e9vang\u00e9lisation s'il y a des actes lib\u00e9rateurs.
Il m'a consacr\u00e9 pour donner aux pauvres une bonne nouvelle (18), voir commentaire de Lc 6,17.
Dans une seconde partie, Luc explique pourquoi les gens de Nazareth ont rejet\u00e9 J\u00e9sus:
- D'abord \u00e0 cause de leur orgueil: bien des gens s'enthousiasment pour un \u00e9tranger, mais ils n'acceptent pas que l'un d'entre eux puisse se distinguer ou devenir leur ma\u00eetre: Ce n'est que le fils de Joseph (voir commentaire de Mc 6,1).
- A cause de leur \u00e9go\u00efsme: ils n'acceptent pas que les bienfaits de Dieu aillent aux autres. Alors J\u00e9sus leur rappelle que les proph\u00e8tes anciens n'ont pas limit\u00e9 leurs bienfaits \u00e0 leurs seuls compatriotes (Voir 1R 17,7 et 2R 5).

{N}4,{/}31: Voir commentaire de Marc 1,21.

{N}4,{/}33: Pourquoi J\u00e9sus ordonne-t-il \u00e0 l'esprit impur de se taire? Il agit de m\u00eame en 4,41.
C'est que J\u00e9sus ne veut pas qu'on parle de lui en disant: c'est le Christ, ou le Messie, ou le Saint de Dieu (tous ces termes ont le m\u00eame sens de Sauveur, oint par Dieu). J\u00e9sus ne se reconna\u00eet pas dans le sauveur que les hommes esp\u00e8rent, et si les d\u00e9mons l'acclament, n'est-ce pas pour semer la confusion et l'accabler ensuite? J\u00e9sus n'\u00e9prouve que du d\u00e9go\u00fbt pour ces louanges provenant de l'esprit impur.

{N}4,{/}42: J\u00e9sus est le mod\u00e8le du missionnaire. D\u00e8s qu'il a r\u00e9uni quelques fid\u00e8les, ceux-ci cherchent \u00e0 le garder parce qu'ils voient en lui un vrai proph\u00e8te. Ils voudraient qu'il les instruise davantage, afin de former une bonne communaut\u00e9 sous sa direction.
Mais J\u00e9sus laisse \u00e0 d'autres la t\u00e2che de pasteur (dans le sens de guide d'une communaut\u00e9 particuli\u00e8re) parce qu'il pense \u00e0 tous ceux qui attendent encore l'Evangile.

{N}5,{/}1: {C}LES APOTRES{/}
J\u00e9sus s'invite sur la barque de Pierre, qui ne refuse pas de lui rendre ce service. Mais J\u00e9sus veut plus: beaucoup sont pr\u00eats \u00e0 l'aider, mais lui cherche ceux qui se donneront enti\u00e8rement \u00e0 sa t\u00e2che. Les auditeurs sont nombreux, mais J\u00e9sus a besoin d'ap\u00f4tres.
Les miracles sont une autre fa\u00e7on d'enseigner de J\u00e9sus. Ceci est donc parole de Dieu pour les futurs ap\u00f4tres. Jetez vos filets: Pierre ob\u00e9it bien qu'il pense ne rien prendre, mais... les filets commen\u00e7aient \u00e0 se rompre... 
Ce sont des hommes que tu p\u00eacheras (10). Pierre devient l'artisan d'une autre p\u00eache: rassembler dans l'unit\u00e9 les enfants de Dieu dispers\u00e9s (Jn 11,52).
Eloigne-toi de moi car je suis un p\u00e9cheur (8). Crainte soudaine de Pierre, qui pourtant croyait conna\u00eetre J\u00e9sus: il vient de sentir le passage de Dieu dans sa vie, on a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 au plus intime de lui-m\u00eame. C'est un premier acte de foi en la divinit\u00e9 de J\u00e9sus. Mais J\u00e9sus a besoin de p\u00e9cheurs pour sauver les p\u00e9cheurs.
Ils laiss\u00e8rent tout et le suivirent. Ils ne poss\u00e9daient pas grand chose, mais c'\u00e9tait toute leur vie: travail, famille et tout leur pass\u00e9 de p\u00eacheurs.
Ap\u00f4tre veut dire envoy\u00e9. C'est le Christ qui choisit ses ap\u00f4tres et les envoie en son nom, mais qui enverra-t-il si ce n'est ceux qui acceptent de coop\u00e9rer avec lui?
On commence \u00e0 \u00eatre ap\u00f4tre, ou du moins coop\u00e9rateur du Christ, quand on accepte de faire plus que de rendre des services dans une institution ou une paroisse, quand on accepte d'\u00eatre responsable des personnes: p\u00eacheur d'hommes.
Ici, Luc a peut-\u00eatre r\u00e9uni deux \u00e9v\u00e9nements diff\u00e9rents: l'appel des disciples bri\u00e8vement pr\u00e9sent\u00e9 dans Marc 1,16 et la p\u00eache miraculeuse. Jean rapporte aussi une p\u00eache miraculeuse (Jn 21) mais il la situe apr\u00e8s la r\u00e9surrection. Il existe de s\u00e9rieuses raisons de penser qu'il s'agit du m\u00eame miracle mais Jean a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l'associer \u00e0 l'apparition de J\u00e9sus ressuscit\u00e9 aux ap\u00f4tres, \u00e9v\u00e9nement qui a eu lieu plus tard sur les m\u00eames lieux.

{N}5,{/}12: Voir commentaire de Marc 1,40.
Offre le sacrifice ordonn\u00e9 par Mo\u00efse. La m\u00eame loi qui exigeait qu'un l\u00e9preux soit isol\u00e9 (Lv 13,45) pr\u00e9voyait qu'en cas de gu\u00e9rison il pourrait \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par les pr\u00eatres. La l\u00e8pre \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9e comme un ch\u00e2timent de Dieu, la gu\u00e9rison signifiait que Dieu avait pardonn\u00e9 le p\u00e9cheur; il devait exprimer sa reconnaissance par un sacrifice.

{N}5,{/}15: L\u00e0, il priait. Luc mentionne plusieurs fois la pri\u00e8re de J\u00e9sus (3,21; 6,12; 9,28...). J\u00e9sus ne se retirait pas pour \u00eatre tranquille mais parce qu'\u00e0 tout instant la pri\u00e8re - disons: la communication avec le P\u00e8re - s'imposait \u00e0 lui comme une n\u00e9cessit\u00e9.

{N}5,{/}17: Voir commentaire de Marc 2,1.
Il y avait l\u00e0 des Pharisiens et des ma\u00eetres de la Loi. Les Pharisiens et les enseignants de la Loi ne s'opposaient pas encore \u00e0 J\u00e9sus mais, du fait de leur formation religieuse, ils \u00e9taient les premiers \u00e0 s'interroger au sujet de ses pr\u00e9tentions: \u00e9tait-il seulement un croyant passionn\u00e9 pour les choses de Dieu, ou bien agissait-il comme le fondateur d'une nouvelle secte? J\u00e9sus profite de leur pr\u00e9sence pour d\u00e9montrer qu'il n'est pas un simple disciple de Mo\u00efse et des proph\u00e8tes, mais leur ma\u00eetre \u00e0 tous.
Il est facile de comprendre que les enseignants de la Loi soient choqu\u00e9s (voir com. de Mc 2,1). Mais ils ont aussi des raisons inavou\u00e9es: comment cet homme sans pr\u00e9paration ni dipl\u00f4me peut-il leur tenir t\u00eate et les enseigner? Ils esp\u00e9raient la venue d'un Dieu qui confirmerait leur propre enseignement et reconna\u00eetrait leurs m\u00e9rites. Or J\u00e9sus, un homme sans pass\u00e9, sans titres ni \u00e9tudes religieuses, ne cherche pas \u00e0 passer par eux. Ne pouvant se soumettre aux faits et croire, ils seront fatalement des opposants.

{N}5,{/}27: Voir commentaire de Mc 2,13.
Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9unis dans ce chapitre montrent comment J\u00e9sus se situe dans la soci\u00e9t\u00e9 et avec qui il entre en relation: quelques p\u00eacheurs seront les responsables de son nouveau mouvement; les l\u00e9preux et les malades viennent \u00e0 lui; il appelle ceux qui, comme L\u00e9vi, appartiennent \u00e0 un milieu d\u00e9consid\u00e9r\u00e9.

{N}6,{/}1: Ici, \u00e0 deux reprises, J\u00e9sus s'oppose \u00e0 tous les groupes religieux de son temps \u00e0 propos de l'observance du sabbat. Voir le commentaire de Marc 3,1.
N'oublions pas que le mot sabbat veut dire repos. Dieu avait demand\u00e9 qu'un jour par semaine soit sanctifi\u00e9, non pas tant par des assembl\u00e9es religieuses, que par le repos de tous (Ex 20,10). Car le Dieu Saint ne veut pas qu'un peuple saint se rende esclave de sa subsistance quotidienne ou de son travail.
Dans le premier cas, J\u00e9sus ne discute pas avec les Pharisiens pour qui le simple fait d'arracher quelques \u00e9pis et de les \u00e9grener est un travail. Il leur rappelle seulement que de grands croyants, comme David, ont parfois contourn\u00e9 les lois. Mais il ajoute ensuite: Le Fils de l'Homme est ma\u00eetre du sabbat. Pour qui J\u00e9sus se prenait-il? Personne, parmi les Juifs, pas m\u00eame le grand pr\u00eatre, ne pouvait dispenser de l'observance du sabbat. 
Dans le deuxi\u00e8me cas, J\u00e9sus aurait pu dire \u00e0 l'homme: Pourquoi me demandes-tu de faire quelque chose d'interdit le jour du sabbat? Reviens demain pour \u00eatre gu\u00e9ri. Mais J\u00e9sus pr\u00e9f\u00e8re un affrontement, parce que l'Evangile est une lib\u00e9ration et l'on est lib\u00e9r\u00e9 quand on reconna\u00eet qu'il n'y a aucun absolu dans la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si elle pr\u00e9tend imposer ses lois comme intouchables. La loi du repos (ou du "sabbat") est bien une des lois fondamentales de la Bible, mais cela n'emp\u00eache qu'il y a des cas o\u00f9, au lieu de lib\u00e9rer, elle opprime, et donc il faut passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il en va de m\u00eame pour les lois les plus sacr\u00e9es de l'Eglise : toutes, \u00e0 quelque moment, peuvent devenir un obstacle \u00e0 l'Evangile, et s'il en est ainsi, la conscience chr\u00e9tienne, \u00e9clair\u00e9e par l'Esprit Saint, doit trouver une solution pour le moment pr\u00e9sent.
Tant que les hommes sont soumis \u00e0 un ordre, \u00e0 des lois et \u00e0 des autorit\u00e9s pr\u00e9tendues sacr\u00e9s et que personne ne pense \u00e0 critiquer, ils ne sont ni libres ni vraiment enfants de Dieu (voir 1Co 3,21-23; 8,4; Col 2,20-23). Un respect de Dieu qui d\u00e9truirait notre esprit critique ne serait pas conforme \u00e0 l'Evangile; une religion qui nous emp\u00eacherait de rechercher la v\u00e9rit\u00e9 et de questionner tous les domaines de l'inqui\u00e9tude humaine ne serait pas la vraie. Etudier la Bible sans oser conna\u00eetre et consid\u00e9rer les apports de la science moderne, de peur que notre vision trop na\u00efve de l'histoire sacr\u00e9e ne s'\u00e9croule, serait p\u00e9cher contre l'Esprit.

{N}6,{/}12: J\u00e9sus porte dans sa pri\u00e8re ceux qu'il aime le plus. Avant la r\u00e9surrection, il ne peut pas porter \u00e0 la fois le monde entier dans sa pens\u00e9e d'homme, limit\u00e9e comme la n\u00f4tre; il se concentre sur ceux qui partagent sa vie et qui seront ses ap\u00f4tres. Le succ\u00e8s de sa mission d\u00e9pendra d'eux; la foi des autres reposera sur eux. J\u00e9sus ne veut pas que leur vocation vienne de lui: avant de les appeler il veut \u00eatre s\u00fbr, par sa pri\u00e8re, que telle est la volont\u00e9 du P\u00e8re (Ac 1,24). Ils seront \u00e9prouv\u00e9s de mille mani\u00e8res, simplement parce que J\u00e9sus les a choisis et les a charg\u00e9s de son Eglise (Lc 22,31). C'est pourquoi J\u00e9sus veut les prot\u00e9ger par la force de sa pri\u00e8re (Jn 17,9). La veille de sa mort il aura la consolation de penser qu' aucun de ceux que le P\u00e8re lui a donn\u00e9s ne s'est perdu. (Jn 17,12)

{N}6,{/}17: Voir le commentaire des B\u00e9atitudes dans Mt 5,1. Matthieu les a adapt\u00e9es pour les membres de l'Eglise de son temps. Luc, en revanche, les pr\u00e9sente ici comme J\u00e9sus les a proclam\u00e9es aux Galil\u00e9ens. Pour J\u00e9sus, les B\u00e9atitudes sont un appel et un message d'espoir adress\u00e9s \u00e0 tous ceux que ce monde oublie, en commen\u00e7ant par les pauvres de son peuple, h\u00e9ritiers des promesses de Dieu aux proph\u00e8tes.
Il y a mille mani\u00e8res de pr\u00e9senter J\u00e9sus et son oeuvre. Mais pour que cet enseignement m\u00e9rite le nom d'\u00e9vang\u00e9lisation (ou: proclamation de la Bonne Nouvelle), il faut que les pauvres puissent le reconna\u00eetre comme une Bonne Nouvelle. Si ce sont d'autres cat\u00e9gories sociales qui s'identifient \u00e0 cet enseignement, si ce sont elles qui sont invit\u00e9es en premier lieu, cela veut dire qu'il manque quelque chose, soit dans le contenu, soit dans la mani\u00e8re de proclamer un message qui rend justice aux d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s.
Les trois b\u00e9atitudes vont \u00e0 ceux qui n'ont pas ce qui est n\u00e9cessaire pour une vie pleinement humaine. C'est que Dieu est  de leur c\u00f4t\u00e9 et la venue du Royaume mettra fin \u00e0 leur pauvret\u00e9. Elles annoncent un renversement de la situation actuelle, comme dans le Magnificat (1,46), et les pauvres seront les premiers \u00e0 travailler \u00e0 l'oeuvre de salut du monde.
En contraste avec ces b\u00e9atitudes, Luc pr\u00e9sente des lamentations qui rappellent celles d'Isa\u00efe (65,13-14). Ce sont des lamentations, comme on en faisait pour les morts, non des mal\u00e9dictions. Car le riche oublie Dieu et il devient imperm\u00e9able \u00e0 la gr\u00e2ce (12,13 16,19. Ces lamentations sont un signe de l'amour de Dieu pour les riches, comme les b\u00e9atitudes pour les pauvres, car il les aime tous, mais de fa\u00e7on diff\u00e9rente. Il affirme aux premiers qu'il va d\u00e9truire les structures de l'injustice, et il donne un avertissement aux autres: la richesse apporte la mort.
Les b\u00e9atitudes ne parlent pas de la conversion du riche, et elles ne disent pas non plus que les pauvres sont meilleurs, mais elles promettent un renversement. Le royaume signifie une nouvelle soci\u00e9t\u00e9: Dieu b\u00e9nit les pauvres, mais non la pauvret\u00e9.
Malheureux, vous les nantis: On pourrait traduire aussi "les repus". Et imm\u00e9diatement se pr\u00e9senterait \u00e0 nous la s\u00e9quence interminable des publicit\u00e9s que nous voyons journellement: une exhibition de personnes satisfaites pour qui vaut la parole du psaume (49): "L'homme arriv\u00e9 ne pense plus \u00e0 rien, comme le b\u00e9tail il va \u00e0 l'abattoir". Malheureux, vous qui ne pouvez plus d\u00e9sirer Dieu!
Quand tout le monde parle bien de vous (1Co 4,8). Le contraste entre les pers\u00e9cut\u00e9s et les gens bien consid\u00e9r\u00e9s peut exister dans l'Eglise elle-m\u00eame. Bien des probl\u00e8mes peuvent \u00eatre bloqu\u00e9s, et la mission elle-m\u00eame, \u00e0 cause de groupes influents et de personnes qui ne manquent de rien et qui savent obtenir les b\u00e9n\u00e9dictions officielles. Et J\u00e9sus rappelle l'exemple des proph\u00e8tes.
Au temps de J\u00e9sus les saduc\u00e9ens, le parti des grands-pr\u00eatres, n'attribuaient plus qu'une autorit\u00e9 limit\u00e9e aux \u00e9crits des proph\u00e8tes, donnant toute l'importance aux livres de la Loi, centr\u00e9s sur le culte du Temple. J\u00e9sus dira \u00e0 ses disciples qu'ils sont les h\u00e9ritiers des proph\u00e8tes (Mt 13,17; Ac 3,25; Ja 5,10), et il rendra l'importance aux messagers sans aur\u00e9ole qui, \u00e0 l'int\u00e9rieur m\u00eame du peuple de Dieu, et souvent en contradiction avec les id\u00e9es dominantes, donnent des paroles de Dieu. Un chr\u00e9tien ne devra donc jamais \u00eatre surpris des faiblesses, pour ne pas dire plus, qu'il rencontrera dans l'E glise: qu'il se contente de lui \u00eatre fid\u00e8le, m\u00eame s'il y est pers\u00e9cut\u00e9.

{N}6,{/}27: Ici Luc ne pr\u00e9sente que quelques-unes des paroles de J\u00e9sus que Matthieu r\u00e9unit dans les chapitres 5 \u00e0 7 de son Evangile. Nous en avons d\u00e9j\u00e0 fait le commentaire.
Certains sont d\u00e9\u00e7us de voir que J\u00e9sus parle de changer notre vie au lieu de r\u00e9former la soci\u00e9t\u00e9. Ne reprochons pas \u00e0 J\u00e9sus de ne pas parler de r\u00e9formes sociales \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on n'en avait m\u00eame pas la notion. Mais la raison est ailleurs: J\u00e9sus va \u00e0 l'essentiel: la racine du mal se trouve en nous. Il est \u00e9vident que les structures injustes nous emp\u00eachent de vivre et nous d\u00e9forment; mais aucune r\u00e9volution, quels que soient les bienfaits qu'elle apporte, ne peut \u00e9tablir une soci\u00e9t\u00e9 moins oppressive si les hommes ne se transforment pas selon l'Evangile. J\u00e9sus nous enseigne le chemin de la maturit\u00e9 et de la libert\u00e9.
Tous ont besoin de se convertir aux paroles de J\u00e9sus. La pr\u00e9dilection \u00e9vidente de J\u00e9sus pour les pauvres et les opprim\u00e9s ne signifie pas qu'ils sont meilleurs mais que dans sa compassion, Dieu se montre plus mis\u00e9ricordieux l\u00e0 o\u00f9 la mis\u00e8re est plus grande; il offre l'espoir et la lib\u00e9ration totale l\u00e0 o\u00f9 l'espoir est le plus faible.
Les opprim\u00e9s ne sont pas des innocents: s'ils n'\u00e9taient pas paralys\u00e9s par la peur ou l'esprit de discorde, avides des avantages offerts par l'oppresseur, ils auraient d\u00e9j\u00e0 acquis une force morale capable de renouveler le monde. Les opprim\u00e9s ne seront lib\u00e9r\u00e9s que l\u00e0 o\u00f9 leur confiance en Dieu est grande; ils seront alors capables de s'accepter les uns les autres et d'accepter les risques d'un chemin de r\u00e9conciliation dans la justice.
Les paroles de J\u00e9sus qui viennent ensuite signalent les r\u00e9formes les plus indispensables de nos jugements et de nos attitudes.
Donne \u00e0 celui qui te demande (30). J\u00e9sus ne nous donne pas une r\u00e8gle imm\u00e9diatement applicable dans tous les cas: nous savons qu'il y a des occasions o\u00f9 nous ne devons pas donner parce que cela encouragerait de mauvaises habitudes. J\u00e9sus veut \u00e9veiller notre conscience: pourquoi refuses-tu de donner? As-tu peur de ne pas \u00eatre rembours\u00e9? Mais, n'est-ce pas le moment d'avoir confiance en ton P\u00e8re et de te d\u00e9faire de "ton tr\u00e9sor" (12,34)? Toi qui d\u00e9sires \u00eatre parfait, pourquoi \u00e9cartes-tu tant d'occasions de renoncer \u00e0 ta propre sagesse et de laisser Dieu s'occuper de tes int\u00e9r\u00eats?

{N}6,{/}32: Ici, (comme dans Matthieu 5,43), J\u00e9sus ne pense pas d'abord aux rancunes et aux inimiti\u00e9s personnelles mais aux oppositions d'ordre social, politique ou religieux: la distinction que nous faisons entre les gens de notre groupe ou de notre parti et ceux du parti oppos\u00e9. On aime et on respecte ceux de son propre groupe, et on ne soucie que tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9ment des droits des autres; ils sont probablement des p\u00e9cheurs, et dans le meilleur des cas, peu int\u00e9ressants.
J\u00e9sus nous invite \u00e0 surmonter de telles diff\u00e9rences: c'est la personne qui compte, et quand mon prochain a besoin de moi, je dois oublier sa couleur ou l'\u00e9tiquette qu'il porte.
Si vous pr\u00eatez...(34). Une fois de plus, il s'agit d'une attitude sociale: les hommes se cherchent leurs amis parmi ceux qui les aideront \u00e0 arriver, et ils \u00e9vitent ceux qui ne peuvent \u00eatre qu'une charge pour eux: Lc 14,2.

{N}6,{/}35: Voir le commentaire de Mt 7,1. 
Notre perfection consiste \u00e0 imiter le P\u00e8re. Sa fa\u00e7on d'\u00eatre Dieu est d'\u00eatre mis\u00e9ricordieux: il est capable de s'\u00e9mouvoir face \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 l'angoisse de ses cr\u00e9atures et il les comble de ce qu'il peut leur communiquer. L'attitude de celui qui se fait juge de ses fr\u00e8res est le contraire m\u00eame de la mis\u00e9ricorde.
On versera dans votre tablier (38). J\u00e9sus parle de la fa\u00e7on dont Dieu nous conduit d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent. Peut-\u00eatre croit-on plus difficilement en ses attentions aujourd'hui m\u00eame, dans les probl\u00e8mes concrets qui nous pr\u00e9occupent, que dans les r\u00e9compenses du ciel. Une culture rationaliste nous a bien souvent convaincus que Dieu laisse faire les lois de la nature et des hommes et reste spectateur passif. Mais le Royaume de Dieu, c'est Dieu qui aujourd'hui m\u00eame a toute libert\u00e9 pour retourner toutes les situations, m\u00eame si pour cela il a son propre calendrier.

{N}6,{/}43: Il n'y a pas de bon arbre... Nous avons d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 ces paroles dans Mt 7,15. Mais ici, Luc leur donne un sens diff\u00e9rent car il les applique \u00e0 la conscience droite. Nous devons purifier notre pens\u00e9e et notre esprit pour qu'ensuite, comme d'un bon arbre, sortent de bons fruits.

{N}7,{/}1: {C}LE POUVOIR DE DIEU{/}
Ce capitaine de l'arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re avait su m\u00e9riter l'estime des Juifs. Le plus \u00e9tonnant n'\u00e9tait pas qu'il ait contribu\u00e9 \u00e0 la construction de la synagogue mais que les Juifs aient accept\u00e9 sa contribution. Cet homme \u00e9tait certainement bon. Mais il connaissait les interdits de la Loi juive et n'osait donc s'adresser \u00e0 J\u00e9sus: ne partageait-il pas le nationalisme ombrageux de certains? R\u00e9pondrait-il \u00e0 la requ\u00eate d'un officier romain? C'est pourquoi il envoie \u00e0 J\u00e9sus ses amis juifs.
Mais cela ne suffit pas \u00e0 le tranquilliser: J\u00e9sus acceptera-t-il d'entrer chez un pa\u00efen et de "devenir impur" (Mc 7,14)? C'est pourquoi le capitaine va plus loin: alors que les autres malades exigent que le ma\u00eetre les touche, car pour eux J\u00e9sus a le pouvoir d'un gu\u00e9risseur, cet homme comprend que J\u00e9sus a le pouvoir m\u00eame de Dieu et qu'il n'a pas besoin d'\u00eatre pr\u00e8s du malade; il ne lui est pas plus difficile de donner de loin un ordre \u00e0 la vie qui s'\u00e9chappe.

{N}7,{/}11: Personne n'a jamais attribu\u00e9 \u00e0 un homme un pouvoir sur la mort. Seul J\u00e9sus triomphe de la mort, et avec quelle simplicit\u00e9! J\u00e9sus n'a connu ce jeune qu'\u00e0 travers sa m\u00e8re, et c'est pour elle qu'il l'a rendu \u00e0 la vie. Veuve et sans enfants: c'est pour la Bible le comble de la d\u00e9tresse (voir Ruth), et ce sera le sort de Marie.
Cette m\u00e8re repr\u00e9sente l'humanit\u00e9 qui souffre. Apr\u00e8s le premier p\u00e9ch\u00e9 il \u00e9tait dit: "Tu souffriras \u00e0 cause de tes enfants". L'humanit\u00e9 ne peut qu'accompagner ses fils \u00e0 la mort, et bien souvent apr\u00e8s leur avoir enlev\u00e9 les raisons de vivre.

{N}7,{/}18: {C}CEUX QUI DOUTENT{/}
J\u00e9sus et Jean-Baptiste. La situation s'est retourn\u00e9e. Jean faisait figure de grand proph\u00e8te, J\u00e9sus commen\u00e7ait dans son sillage sans avoir encore le m\u00eame impact (3,18-20). Maintenant Jean est en prison et J\u00e9sus a une aur\u00e9ole de gu\u00e9risseur.
Jean, dans sa prison, avait-il des doutes? Rien n'est impossible, m\u00eame s'il avait dit \u00e0 certains que J\u00e9sus serait son successeur.
Les disciples de Jean sont t\u00e9moins des gu\u00e9risons, mais les gu\u00e9risons ne sont pas tout, et J\u00e9sus ajoute: Une bonne nouvelle est annonc\u00e9e aux pauvres. Des proph\u00e8tes avaient donn\u00e9 ce signe de la venue du Dieu sauveur (Is 61,1).
Les aveugles voient, les \u00e9clop\u00e9s marchent... Les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9 ces signes (Is 35,5) vraiment nouveaux, car auparavant Dieu se manifestait g\u00e9n\u00e9ralement comme un puissant sauveur. Les gu\u00e9risons op\u00e9r\u00e9es par J\u00e9sus \u00e9taient un signe de la lib\u00e9ration qu'il apportait: non pas le ch\u00e2timent des mauvais (qui occupait une grande place dans la pr\u00e9dication de Jean-Baptiste), mais avant tout, une r\u00e9conciliation capable de gu\u00e9rir un monde de p\u00e9cheurs, de violents et de rancuniers.
Heureux celui qui me voit si ce n'est pas pour sa chute (23). Luc dit pr\u00e9cis\u00e9ment: "celui qui ne se scandalise pas (qui n'achoppe pas) \u00e0 cause de moi". Heureux ceux qui ne doutent pas du salut du Christ apr\u00e8s avoir vu les fruits de l'\u00e9vang\u00e9lisation. Heureux ceux qui ne disent pas: ce chemin est trop lent, c'est beau en paroles, mais le mal est le plus fort... L'Evangile d\u00e9montre sa richesse en faisant vivre les personnes, en rendant l'esp\u00e9rance \u00e0 ceux qui ont fait l'exp\u00e9rience de la faiblesse et du p\u00e9ch\u00e9. Il faut l'avoir vu, et avoir compris que c'est cela l'essentiel.
Peu importe si le monde semble continuer \u00e0 c\u00e9der aux forces du mal. La pr\u00e9sence de personnes lib\u00e9r\u00e9es force les autres \u00e0 choisir entre le bien et le mal; et c'est cela qui fait m\u00fbrir le monde.
C'est ainsi que J\u00e9sus r\u00e9pond aux disciples de Jean, qui veulent voir triompher la cause de Dieu. Sans doute leur d\u00e9sir de justice les absorbe-t-il \u00e0 tel point qu'ils ne peuvent reconna\u00eetre la mis\u00e9ricorde de Dieu \u00e0 l'oeuvre dans le comportement si discret de J\u00e9sus.

{N}7,{/}24: Lorsque les envoy\u00e9s de Jean furent partis. La plupart des disciples de Jean \u00e9taient rest\u00e9s avec lui et n'avaient pas reconnu J\u00e9sus. Il ne leur fait pas de reproches, mais il loue Jean et se situe par rapport \u00e0 lui.
Un proph\u00e8te et plus qu'un proph\u00e8te (26). Il \u00e9tait facile d'id\u00e9aliser les proph\u00e8tes du pass\u00e9; par contre, Jean \u00e9tait l'objet de bien des r\u00e9serves dans les bons milieux.
Personne parmi les fils de la femme (ce qui veut simplement dire: personne) n'est plus grand que lui. Le peuple consid\u00e9rait Jean comme le plus grand personnage de son temps. J\u00e9sus reconna\u00eet que Jean Baptiste portait en lui, et dans son message, tout le meilleur de l'Ancien Testament.
Le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui, en ce sens que les disciples de J\u00e9sus entrent dans le Royaume que Jean ne faisait qu'annoncer. Malgr\u00e9 sa saintet\u00e9, Jean n'a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la connaissance de Dieu qui resplendit en J\u00e9sus.  En r\u00e9alit\u00e9, J\u00e9sus veut souligner la sup\u00e9riorit\u00e9 de sa propre mission sur celle de Jean et non la sup\u00e9riorit\u00e9 personnelle de ses disciples sur Jean.
Jean disait que chacun devait redresser sa vie. En revanche J\u00e9sus affirme que tous nos efforts ne sont rien tant que nous ne croyons pas en l'amour du P\u00e8re. Les disciples de Jean je\u00fbnaient; ceux de J\u00e9sus sauront pardonner. Jean attirait au d\u00e9sert ceux qui savaient se d\u00e9tacher de leur confort; J\u00e9sus vit au milieu des hommes et gu\u00e9rit leurs blessures. Ceux qui demandaient le bapt\u00eame de Jean \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 abandonner leurs vices, tandis que le bapt\u00eame de J\u00e9sus donne l'Esprit de Dieu.
Ils font penser \u00e0 des gamins assis (32) Ils font tout \u00e0 contretemps. Ils reprochent \u00e0 Jean son aust\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 J\u00e9sus son manque d'aust\u00e9rit\u00e9. C'est qu'il n'y a pas "une" mani\u00e8re de servir Dieu, il n'y a pas "un" mod\u00e8le de saintet\u00e9, "un" style de vie chr\u00e9 tienne. Dieu agit de mille mani\u00e8res dans l, encourageant \u00e0 un moment donn\u00e9 ce qu'il reprochera plus tard ou dans un autre milieu. L'asc\u00e9tisme effrayant des ermites du d\u00e9sert ou des anciens moines irlandais a \u00e9t\u00e9 une richesse pour la chr\u00e9tient\u00e9; un christianisme \u00e0 visage plus humain n'a pas emp\u00each\u00e9 d'autres croyants de suivre J\u00e9sus jusqu'\u00e0 la croix.
J\u00e9sus allait plus loin que Jean, mais il avait besoin de lui: l'Evangile est \u00e9cout\u00e9 avec plaisir, mais non pris au s\u00e9rieux, l\u00e0 o\u00f9 l'on ignore le repentir et le sacrifice. Peut-\u00eatre le renouveau de la foi chez nous attend-il des proph\u00e8tes et des mouvements non officiellement chr\u00e9tiens, qui remettront en cause une culture et une soci\u00e9t\u00e9 devenues st\u00e9riles.

{N}7,{/}36: Le Pharisien Simon avait quelques principes religieux clairs et simples: le monde se divise en deux: les bons et les p\u00e9cheurs. Les bons sont ceux qui ob\u00e9issent \u00e0 la Loi, et les p\u00e9cheurs ceux qui commettent des fautes notoires. Dieu aime les bons, il n'aime pas les p\u00e9cheurs; il s'\u00e9carte d'eux. Simon est un "bon": il s'\u00e9carte des p\u00e9cheurs. Puisque J\u00e9sus ne s'\u00e9carte pas de la p\u00e9cheresse, ce n'est pas l'Esprit de Dieu qui le guide.
Simon \u00e9tait un Pharisien, et Pharisien veut dire: "s\u00e9par\u00e9". Ne le condamnons pas: tout un courant de la Bible invitait les justes \u00e0 se s\u00e9parer des p\u00e9cheurs, et l'on pensait que l'"impuret\u00e9" des uns contaminait n\u00e9cessairement les autres. J\u00e9sus montre que ce besoin de se s\u00e9parer, tout comme le d\u00e9sir de punir les p\u00e9cheurs, ignore \u00e0 la fois la sagesse de Dieu et la r\u00e9alit\u00e9 du coeur humain. 
Dieu sait qu'il nous faut du temps pour faire l'exp\u00e9rience du bien et du mal, et prendre notre orientation d\u00e9finitive. Nos erreurs ne sont pas le plus grave si en fin de compte nous savons mieux que nous sommes mauvais, et que c'est de lui que nous avons besoin. C'est pourquoi il oublie facilement nos p\u00e9ch\u00e9s et nos exc\u00e8s lorsque, malgr\u00e9 eux ou \u00e0 cause d'eux, nous parvenons \u00e0 l'amour authentique.
J\u00e9sus s'\u00e9tait allong\u00e9 comme les autres convives sur des coussins autour de la table, selon la coutume des gens riches (c'est pour cela que la femme arrivera par derri\u00e8re et versera le parfum sur ses pieds). Mais de quoi pouvait-il parler avec cet homme respectable qui croyait savoir les choses de Dieu et qui \u00e9tait incapable de les sentir? Et J\u00e9sus attendait l'arriv\u00e9e de cette p\u00e9cheresse.
Celui \u00e0 qui l'on pardonne peu (47). C'est une maxime, ce n'est pas une affirmation valable dans tous les cas. Beaucoup ont aim\u00e9 passionn\u00e9ment J\u00e9sus, qui n'\u00e9taient pas de grands p\u00e9cheurs. Mais J\u00e9sus ironise en s'adressant \u00e0 un homme "tr\u00e8s bien": Simon, tu penses que tu dois peu, c'est pourquoi tu aimes peu.
C'est pourquoi ses nombreux p\u00e9ch\u00e9s sont pardonn\u00e9s (47). Certains voient une contradiction entre le v.42, o\u00f9 l'amour est fruit du pardon, et le v.47 o\u00f9 c'est l'amour qui obtient le pardon. Mais c'est trop de logique. J\u00e9sus ne pr\u00e9tend pas dire si c'est l'amour o\u00f9 le pardon qui vient en premier lieu: les deux vont ensemble. J\u00e9sus oppose la religion des Pharisiens, qui est une sorte de comptabilit\u00e9 des fautes et des bonnes actions, et l'Evangile, o\u00f9 seule compte la qualit\u00e9 de l'amour et de la confiance. Et g\u00e9n\u00e9ralement, nous aimons dans la mesure o\u00f9 nous sommes conscients du pardon que Dieu nous a accord\u00e9.
Tes p\u00e9ch\u00e9s sont pardonn\u00e9s (48). Essayons de comprendre le scandale produit par de telles paroles. En effet, qui avait-elle aim\u00e9 sinon J\u00e9sus, et qui pouvait pardonner ses p\u00e9ch\u00e9s sinon Dieu? Il nous est facile, de loin, de prendre parti pour J\u00e9sus contre Simon et ses amis, mais mesurons-nous l'acte de foi qui leur \u00e9tait ainsi demand\u00e9?
Depuis les d\u00e9buts on s'est pos\u00e9 la question: quel rapport y a-t-il entre la "p\u00e9cheresse" de ce paragraphe, Marie de Magdala du paragraphe suivant, et Marie de B\u00e9thanie qui, au cours d'un autre repas, verse le parfum sur les pieds de J\u00e9sus (un geste tr\u00e8s \u00e9trange), en la maison d'un autre Simon, et pour se voir elle aussi critiquer? Sont-elles une, comme Jean semble le dire, ou deux, ou trois? L'\u00e9vangile ne permet pas d'y voir clair, d'autant que les \u00e9vang\u00e9listes n'h\u00e9sitent pas \u00e0 d\u00e9placer telle ou telle parole ou entretien de J\u00e9sus pour les mettre dans un contexte qui convient mieux \u00e0 leur r\u00e9cit.
Quoi qu'il en soit, il y a des liens entre ces divers \u00e9pisodes. Le scandale pour les gens religieux n'\u00e9tait pas qu'une fois J\u00e9sus se soit laiss\u00e9 approcher par une p\u00e9cheresse, mais que, d'une fa\u00e7on habituelle, des femmes faisant partie de ses disciples l'aient approch\u00e9. Et l'une d\u00b4elles, Marie de Magdala, n'avait pas d\u00fb \u00eatre un mod\u00e8le au temps de ses d\u00e9mons (8,2).

{N}8,{/}1: {C}JESUS ET LA CULTURE DE SON TEMPS{/}
Voir le commentaire de Mt 1,18 en ce qui concerne la situation d'inf\u00e9riorit\u00e9 des femmes au temps de J\u00e9sus, et tr\u00e8s sp\u00e9cialement dans la soci\u00e9t\u00e9 juive. Aucun ma\u00eetre spirituel n'aurait parl\u00e9 \u00e0 une femme en public: les femmes n'entraient m\u00eame pas dans les synagogues. 
Certaines femmes avaient interpr\u00e9t\u00e9 l'attitude et les paroles de J\u00e9sus comme un appel \u00e0 la libert\u00e9; elles all\u00e8rent jusqu'\u00e0 s'int\u00e9grer au groupe de ses disciples intimes, sans faire cas des bavardages. J\u00e9sus n'avait donc pas fait le moindre cas de pr\u00e9jug\u00e9s universellement admis: nous avons l\u00e0 un t\u00e9moignage exceptionnel de la libert\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique.
J\u00e9sus faisait partie d'une race et d'une culture: c'\u00e9tait un Juif de son \u00e9poque, et ses paroles, comme ses actes, s'inscrivent dans cette culture. Cependant J\u00e9sus n'a pas adopt\u00e9 les aspects inhumains de sa culture; il n'a pas accept\u00e9 les pr\u00e9jug\u00e9s des Juifs de son \u00e9poque envers les femmes, les p\u00e9cheurs, les pa\u00efens, etc... Son Evangile est un levain qui invite \u00e0 un discernement et interroge toute culture pour un plus grand respect de l'homme.
Marie de Magdala (Magdala \u00e9tait un village au bord du lac de Tib\u00e9riade) se trouvera au pied de la croix avec Marie, la femme de Cl\u00e9ophas, la m\u00e8re de Jacques et de Joset. Ces deux femmes, ainsi que Jeanne, recevront la premi\u00e8re proclamation de la r\u00e9surrection (Lc 24,10).

{N}8,{/}9: Voir le commentaire de Mt 13,1-23.
Voici le sens de la parabole. La comparaison (ou parabole) du semeur nous aide \u00e0 comprendre ce qui se passe autour de J\u00e9sus. Beaucoup s'enthousiasment au d\u00e9but mais s'\u00e9loignent au bout d'un certain temps. Quelques uns seulement pers\u00e9v\u00e8rent et il est permis de se demander: comment le Royaume viendra-t-il si personne ne s'y int\u00e9resse?
L'Evangile a gard\u00e9 l'explication de J\u00e9sus au sujet des terrains sur lesquels les graines sont tomb\u00e9es. Mais il restait encore bien des choses \u00e0 expliquer. D'abord ses auditeurs devaient \u00eatre surpris de sa comparaison du Royaume de Dieu avec quelque chose que l'on s\u00e8me. On avait abondamment sem\u00e9 tout au long de l'histoire sainte et les contemporains de J\u00e9sus avaient le droit d'attendre impatiemment la r\u00e9colte (voir Ap 14,15).
Comme les contemporains de J\u00e9sus, nous voulons faire la r\u00e9colte et profiter des fruits du Royaume de Dieu, c'est-\u00e0-dire: la paix sociale, la justice et le bonheur. Beaucoup s'\u00e9tonnent que les hommes se battent encore vingt si\u00e8cles apr\u00e8s le Christ.
Mais si le Royaume de Dieu est d\u00e9j\u00e0 parmi nous, cela ne veut pas dire que nous allons profiter de ses fruits. Le Royaume de Dieu est l\u00e0 o\u00f9 Dieu r\u00e8gne, et Dieu r\u00e8gne l\u00e0 o\u00f9 il peut \u00eatre P\u00e8re et o\u00f9 ses enfants peuvent accepter le projet qu'il a form\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard.
A partir de ce moment l\u00e0, les personnes m\u00fbrissent de mille mani\u00e8res et la conscience sociale se d\u00e9veloppe aussi. Les hommes prennent conscience de leur dignit\u00e9 et de leur destin commun, alors m\u00eame que le but leur para\u00eet plus difficile \u00e0 atteindre.
{C}ROYAUME DE DIEU OU REGNE DE DIEU{/}
J\u00e9sus parlait aram\u00e9en, une langue qui n'a qu'un terme pour d\u00e9signer trois choses diff\u00e9rentes: le "royaume", c'est-\u00e0-dire le lieu o\u00f9 Dieu est roi; le "r\u00e8gne", ou gouvernement de Dieu roi; la "royaut\u00e9", ou la dignit\u00e9 de Dieu souverain.
J\u00e9sus parle souvent du royaume: "Vous n'entrerez pas 'dans' le royaume". Mais dans certains cas le sens est discutable comme par exemple dans le Notre P\u00e8re. Doit-on dire "Que ton royaume vienne" ou "Que ton r\u00e8gne vienne"?
Dans ces paraboles que l'on appelle traditionnellement les paraboles du royaume, les deux sens vont ensemble. La grande nouvelle que J\u00e9sus proclamait \u00e9tait la venue de temps nouveaux tout \u00e0 fait diff\u00e9rents de ceux que les Juifs avaient connus. Evidemment, Dieu avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent dans toute l'histoire humaine et surtout dans celle d'Isra\u00ebl; mais maintenant il venait d'une autre mani\u00e8re. Maintenant seulement les hommes allaient le conna\u00eetre comme il est, et lui ferait d'eux ses enfants, par le Fils fait homme.
Le r\u00e8gne de Dieu est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 lorsque J\u00e9sus r\u00e9v\u00e8le le vrai visage de Dieu. Apr\u00e8s sa r\u00e9surrection, devenu Seigneur des vivants et des morts, il prendra en main personnellement l'histoire humaine.

{N}8,{/}19: Voir le commentaire de Mc 3,31.

{N}9,{/}12: Voir le commentaire de Mc 6,34.
Cette multiplication des pains se trouve dans les quatre \u00e9vangiles, ce qui est rare. En plus de ce r\u00e9cit, il y a une autre multiplication des pains dans Mt 15,32 et Mc 8,1.
Cette profusion de r\u00e9cits est due peut-\u00eatre au fait que la multiplication des pains est le miracle de J\u00e9sus qui d\u00e9montre le mieux son pouvoir absolu sur les lois de la nature (Voir commentaire de Mt 15,29). Elle est due aussi au fait qu'on y voyait l'annonce de l'eucharistie, comme le soulignera l'\u00e9vangile de Jean (ch.6).
Mais souvenons-nous aussi que les Juifs du temps de J\u00e9sus \u00e9taient un peuple pauvre, trop nombreux pour ce pays fertile mais limit\u00e9. Les Romains qui l'occupaient exigeaient une bonne partie des ressources; les hommes politiques, comme H\u00e9rode, imposaient beaucoup de taxes, en partie justifi\u00e9es par des projets grandioses qui absorbaient l'exc\u00e8s de main-d'oeuvre.
Beaucoup n'\u00e9taient pas assur\u00e9s de leur pain quotidien, comme c'est le cas aujourd'hui dans bien des pays; J\u00e9sus et ses disciples partageaient cette condition. En cet endroit d\u00e9sert, J\u00e9sus se sent responsable de tous ses fr\u00e8res qui sont ses invit\u00e9s (comme dans Lc 11,5), et il fait ce que sugg\u00e8re la foi. Dans la vie quotidienne, nombreux devaient \u00eatre ceux qui, \u00e0 cette \u00e9poque l\u00e0 comme aujourd'hui, partageaient leurs derni\u00e8res ressources avec quelqu'un de plus pauvre, confiant que Dieu le leur rendrait. J\u00e9sus, \u00e0 son tour, ne pouvait faire moins. Le miracle qu'il accomplit alors confirmera la foi de bien des croyants humbles, qui ne sont peut-\u00eatre pas gens d'Eglise, mais qui savent risquer pour d'autres tout ce qui leur reste.
Peu importe \u00e0 J\u00e9sus que son miracle \u00e9veille en eux un enthousiasme d\u00e9plac\u00e9 qui finira par diviser ses disciples (Voir Mc 6,45). Il ne les avait pas nourris pour les attirer \u00e0 l'\u00e9glise mais pour tenir les promesses faites aux pauvres par son P\u00e8re.

{N}9,{/}18: Ceci a lieu \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e de Philippe, ville situ\u00e9e tout au nord de la Palestine, au pied du Mont Hermon. J\u00e9sus n'\u00e9tait plus en s\u00fbret\u00e9 en Galil\u00e9e et s'\u00e9tait \u00e9loign\u00e9. Selon sa coutume, il avait envoy\u00e9 les Douze en avant de lui dans les endroits par o\u00f9 il passerait, afin qu'ils pr\u00e9parent son arriv\u00e9e.
Qui disent-ils que je suis? Et vous, que dites-vous de moi quand vous \u00eates parmi eux? Qui leur dites-vous que je suis? Pierre r\u00e9pond le premier, s\u00fbr qu'il ne se trompe pas en pr\u00e9sentant leur Ma\u00eetre comme le Messie, l'envoy\u00e9 de Dieu.
J\u00e9sus ne le nie pas, mais il leur d\u00e9fend de le dire d\u00e8s maintenant. C'est que, selon le peuple, le Lib\u00e9rateur doit \u00e9craser ses ennemis. Les ap\u00f4tres peuvent-ils utiliser un terme qui sera entendu de travers? J\u00e9sus d\u00e9j\u00e0 sait qu'il va \u00e0 un \u00e9chec.
Si nous comparons ce r\u00e9cit avec Mc 8,27 et Mt 16,13, nous arrivons \u00e0 la conclusion suivante: Matthieu a r\u00e9uni en un seul r\u00e9cit deux \u00e9v\u00e9nements diff\u00e9rents o\u00f9 Pierre a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 proclamer sa foi. Le premier \u00e9pisode est celui que Luc raconte ici. Dans le second, Pierre reconna\u00eet en J\u00e9sus le Fils de Dieu et il re\u00e7oit les promesses que Matthieu pr\u00e9sente. Cela a peut-\u00eatre eu lieu apr\u00e8s la multiplication des pains (voir Jean 6,66-69) ou peut-\u00eatre apr\u00e8s la r\u00e9surrection: voir Jean 21,15-17 o\u00f9 J\u00e9sus insistera, non pas sur la foi, mais sur l'amour qu'il voit en Pierre. Voir aussi Ga 2,7-8.

{N}9,{/}21: Pourquoi est-ce que J\u00e9sus pose les questions que nous venons de lire? L'Evangile le dit clairement: parce qu'il \u00e9tait temps que J\u00e9sus leur annonce sa passion. J\u00e9sus n'\u00e9tait pas seulement venu instruire les hommes, mais il leur ouvrait la porte qui conduit \u00e0 la r\u00e9surrection. Puisque ses ap\u00f4tres le reconnaissent comme le Sauveur promis \u00e0 Isra\u00ebl, ils doivent apprendre qu'il n'y a pas de salut si la mort n'est pas vaincue (1Co 15,25). Et J\u00e9sus remporte cette victoire quand il choisit librement le chemin de la croix: le Fils de l'Homme doit beaucoup souffrir et \u00eatre rejet\u00e9 par les autorit\u00e9s. 
Tout de suite apr\u00e8s, J\u00e9sus ajoute que nous devons tous partager sa victoire sur la mort, et que cela se verra dans l'orientation que nous donnons \u00e0 notre vie. Nous devons choisir entre servir et \u00eatre servis, entre nous sacrifier pour les autres ou profiter d'eux. C'est d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es que l'enfant est orient\u00e9 vers ce choix: il n'est pas le centre et le roi de la famille, avec ses parents pour esclaves, mais il doit apprendre \u00e0 servir et se donner.
Qu'il prenne chaque jour sa croix. Ici il s'agit de la croix que le Seigneur nous donne, et que nous n'avons pas \u00e0 choisir puisque nous la trouvons dans notre destin\u00e9e. Il ne s'agit pas de la porter malgr\u00e9 nous, ce qui la rendrait plus pesante encore, mais plut\u00f4t de l'aimer parce que le Seigneur l'a choisie pour nous. Combien d'enfants handicap\u00e9s auront fait de leurs parents des fils et des filles de Dieu, \u00e0 l'image de J\u00e9sus, par l'amour dont ils auront v\u00e9cu.
Celui qui veut se sauver lui-m\u00eame. J\u00e9sus revient \u00e0 l'orientation g\u00e9n\u00e9rale de notre vie. Il n'a rien \u00e0 voir avec ceux qui ne se pr\u00e9occupent que "d'\u00e9viter les p\u00e9ch\u00e9s" tandis qu'ils poursuivent leurs ambitions et cherchent \u00e0 profiter de cette vie au maximum. Le simple fait de vouloir vivre sans risque nous \u00e9loigne du chemin de Dieu.
Celui qui rougira de moi (26). Dieu nous demande encore de t\u00e9moigner de notre foi par une fid\u00e9lit\u00e9 concr\u00e8te aux exigences de l'Evangile. Cela nous conduira \u00e0 prendre des risques, ne serait-ce que la moquerie de nos coll\u00e8gues ou de nos voisins. Et dans les p\u00e9riodes de violence, les chr\u00e9tiens peuvent-ils se taire, se limiter \u00e0 des r\u00e9unions "spirituelles", ne faire aucun geste concret qui soit un signe de ce qu'eux-m\u00eames pensent et vivent?

{N}9,{/}28: J\u00e9sus a re\u00e7u une r\u00e9v\u00e9lation divine au d\u00e9but de son minist\u00e8re (Lc 3,21). Ce nouveau signe divin que J\u00e9sus re\u00e7oit dans la Transfiguration, annonce et pr\u00e9pare une nouvelle \u00e9tape: la passion.
Cela fait d\u00e9j\u00e0 deux ans que J\u00e9sus pr\u00eache, mais il n'y a gu\u00e8re d'espoir qu'Isra\u00ebl surmonte la violence qui am\u00e8nera sa ruine. M\u00eame les miracles de J\u00e9sus n'ont pas convaincu ses compatriotes. J\u00e9sus devra donc affronter les forces du mal; son sacrifice sera plus efficace que ses paroles pour \u00e9veiller l'amour et le don de soi en tous ceux qui dans l'avenir poursuivront son oeuvre de salut.
Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean. Ces trois occupaient une place privil\u00e9gi\u00e9e parmi les Douze (Mc 1,29; 3,16; 5,37; 10,35; 13,3), comme pour nous faire comprendre que les futurs "ap\u00f4tres" devaient dans l'ensemble r\u00e9agir fort lentement. Toute la patience et le savoir-faire de J\u00e9sus ne les faisaient pas avancer plus vite et ils n'\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 entrer dans la nu\u00e9e avec lui.
Il gravit la montagne pour prier. L'\u00e9v\u00e9nement que J\u00e9sus attendait dut avoir lieu au cours d'une nuit de pri\u00e8re. Cette transfiguration de J\u00e9sus a un sens pour lui d'abord. J\u00e9sus ne savait pas tout d'avance, et les doutes, les angoisses ne lui ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s. Il ne semble pas que le P\u00e8re se soit montr\u00e9 avec lui tr\u00e8s prodigue de ses faveurs: il a bien plut\u00f4t servi sans attendre de r\u00e9compenses c\u00e9lestes. Ce jour-l\u00e0, pourtant, il a re\u00e7u des certitudes sur la fin de sa mission.
Pour les ap\u00f4tres, c'est un t\u00e9moignage d\u00e9cisif, et qui les aidera \u00e0 croire \u00e0 la R\u00e9surrection. (La lettre dite "Seconde lettre de Pierre" ne se trompe pas quand elle insiste sur ce t\u00e9moignage de Dieu, m\u00eame si elle le fait d'une fa\u00e7on gauche (2P 1,17), parce qu'elle veut se faire passer pour \u00e9crite par Pierre lui-m\u00eame). De fait, bien des hommes ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s dans l'histoire comme des proph\u00e8tes, ou comme "le" proph\u00e8te, mais aucun d'eux n'a pr\u00e9tendu donner un tel t\u00e9moignage de Dieu en sa faveur. 
J\u00e9sus, pour sa part, s'est appuy\u00e9 sur des t\u00e9moignages, \u00e0 commencer par celui de Jean-Baptiste, car dans toute la r\u00e9v\u00e9lation biblique la foi s'appuie sur des t\u00e9moignages. Ici ce sont Mo\u00efse, le fondateur d'Isra\u00ebl, et Elie, le p\u00e8re des proph\u00e8tes, qui reconnaissent J\u00e9sus.
Luc nous dit que Mo\u00efse et Elie s'entretenaient avec lui de son d\u00e9part (en grec, c'est le mot "exode"). J\u00e9sus sera donc le nouveau Mo\u00efse qui fera passer le peuple de Dieu de ce monde d'esclavage \u00e0 la Terre Promise.
Celui-ci est mon Fils. Voir le commentaire de cette m\u00eame parole en 3,22. Ici, pourtant, J\u00e9sus appara\u00eet comme celui qu'attendaient Mo\u00efse et Elie, celui qu'ils n'ont fait que pr\u00e9parer, m\u00eame si, pour l'instant, ils peuvent le r\u00e9conforter, car il porte encore la faiblesse de notre condition humaine. Voir \u00e0 propos de cette Transfiguration de J\u00e9sus le commentaire de Mc 9,1.

{N}9,{/}46: Voir le commentaire de Mc 9,33.
Marc remarque que J\u00e9sus a pris un enfant dans ses bras: quelque chose de notable \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 les enfants ne comptaient pas et les ma\u00eetres en religion recommandaient seulement de bien les punir. Le mod\u00e8le de la religion semblait \u00eatre l'homme s\u00e9rieux qui ne rit pas, ne court pas et ne fait pas attention \u00e0 ceux qui sont moins respectables que lui, comme les femmes et les enfants.
J\u00e9sus ne r\u00e9pond pas \u00e0 la question des ap\u00f4tres: qui est le plus grand? Parce que ce qui importe n'est pas de devenir le plus grand, mais d'\u00eatre le plus proche du Christ, et pour recevoir le Christ, il faut l'accueillir parmi les plus petits.

{N}9,{/}51: Avec ce verset commence la seconde section de l'Evangile de Luc (voir l'Introduction au Nouveau Testament). Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les actions de J\u00e9sus en Galil\u00e9e, Luc entend nous transmettre de nombreuses paroles que J\u00e9sus avait prononc\u00e9es en diverses occasions, et pour garder une continuit\u00e9 \u00e0 son r\u00e9cit, il imagine que J\u00e9sus donne ces r\u00e9ponses au cours de son d\u00e9placement de Galil\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem, o\u00f9 se d\u00e9roulera la troisi\u00e8me partie de son \u00e9vangile.
Le premier paragraphe nous rappelle que la Samarie se trouvait entre les deux provinces de Galil\u00e9e et de Jud\u00e9e. Les Samaritains qui y demeuraient n'\u00e9taient pas des Juifs et les deux peuples se d\u00e9testaient cordialement. Lorsque les Juifs de Galil\u00e9e traversaient la Samarie pour se rendre en p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem, toutes les portes leur \u00e9taient ferm\u00e9es.
J\u00e9sus invite ses ap\u00f4tres \u00e0 \u00eatre moins impulsifs: les Samaritains qui refusent d'accueillir J\u00e9sus en cette occasion ne sont pas plus coupables que ceux qui ferment leur porte \u00e0 un Samaritain parce qu'il est "d'en-face".
Il semblerait que chaque fois que J\u00e9sus rencontre des Samaritains, c'est pour nous enseigner une nouvelle mani\u00e8re de regarder ceux qui ne partagent pas notre foi. Les religions ont \u00e9t\u00e9 souvent agressives, parfois tr\u00e8s violentes, tout sp\u00e9cialement celles qui se pr\u00e9sentent comme une r\u00e9v\u00e9lation du Dieu unique, et c'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas de l'Ancien Testament. J\u00e9sus n'entre pas dans ce fanatisme, il nous enseigne \u00e0 ne pas confondre la cause de Dieu avec la n\u00f4tre, ni avec les int\u00e9r\u00eats de notre communit\u00e9 religieuse: c'est un respect absolu pour ceux que Dieu m\u00e8ne par un autre chemin.
Quel contraste avec les l\u00e9gendes du pass\u00e9 que ce r\u00e9cit \u00e9voque au v. 54 (voir 2 R 1,9).

{N}9,{/}57: {C}RUPTURES ET LIBERTE{/}
Contrastant avec la compr\u00e9hension habituelle de J\u00e9sus envers la faiblesse humaine, nous le voyons ici tr\u00e8s exigeant pour celui qui veut le suivre: J\u00e9sus ne peut pas perdre son temps avec des disciples s'ils ne sont pas dispos\u00e9s \u00e0 tout sacrifier pour l'Evangile.
Le troisi\u00e8me de ces candidats esp\u00e9rait peut-\u00eatre secr\u00e8tement qu'au moment de prendre cong\u00e9, sa famille le supplierait de ne pas faire une telle folie et il resterait avec le m\u00e9rite de ses bonnes intentions: Je voudrais bien, mais...
Le second cas est diff\u00e9rent: Laisse les morts enterrer leurs morts: Devant ces paroles abruptes que nous rencontrons parfois dans l'Evangile, deux attitudes sont \u00e0 \u00e9viter. La premi\u00e8re consiste \u00e0 prendre ces paroles comme une r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, un pr\u00e9cepte qui s'adresserait \u00e0 tous sans nuances; la seconde, beaucoup plus fr\u00e9quente, consiste \u00e0 dire: "Cela n'est pas \u00e0 prendre au pied de la lettre, c'est une mani\u00e8re orientale de parler".
Mais pour J\u00e9sus il n'y a, ni disciple, ni entr\u00e9e dans le Royaume, sans une exp\u00e9rience de libert\u00e9, et il est difficile de penser qu'on est vraiment libre si l'on n'a pas \u00e9t\u00e9 capable de prendre \u00e0 contrepied ce que notre milieu comprend et ac cepte. Pensons \u00e0 Fran\u00e7ois d'Assise qui mendie dans sa propre ville apr\u00e8s avoir v\u00e9cu en fils de riche.
Que je puisse enterrer mon p\u00e8re. Cela signifie tr\u00e8s probablement qu'il voulait s'occuper de son p\u00e8re \u00e2g\u00e9 jusqu'au moment o\u00f9 il l'aurait enterr\u00e9 (Tob 6,15).
Toi, pars annoncer le Royaume de Dieu. Un appel de J\u00e9sus, s'il se pr\u00e9sente, c'est toute la volont\u00e9 de Dieu sur toi en ce moment pr\u00e9cis. Laisse l\u00e0 tes excuses; tes devoirs ne sont tels, peut-\u00eatre, que dans un monde de "morts".

{N}10,{/}1: Voir commentaire de Mt 10,5 et Mc 6,7.
Luc rapporte une mission des Soixante-dix (ou soixante-douze), apr\u00e8s celle des Douze (9,1). Il y avait douze ap\u00f4tres selon le nombre des tribus d'Isra\u00ebl. La mission des Soixante-dix (ce chiffre aussi avait une valeur symbolique et se rapportait aux nations pa\u00efennes comme aux soixante-dix anciens associ\u00e9s \u00e0 la mission de Mo\u00efse: Nb 11,16-17)  pr\u00e9figure la t\u00e2che qui sera celle de l'Eglise jusqu'\u00e0 la fin du monde: \u00e9vang\u00e9liser toutes les nations (Mt 28,19).
Pas de disciples qui ne soient missionnaires. J\u00e9sus ne les forme pas seulement en les instruisant, mais en leur donnant une t\u00e2che. Il est probable qu'il envoie les soixante-dix peu de temps apr\u00e8s les avoir appel\u00e9s, et aujourd'hui encore, les misssionnaires les plus enthousiastes sont souvent les nouveaux convertis.
Quand l'Eglise est pr\u00e9sente quelque part depuis un certain temps, nous avons tendance \u00e0 croire que tout le monde a eu l'occasion de recevoir l'Evangile et qu'une mission n'est pas n\u00e9cessaire ou qu'elle n'est plus possible: J\u00e9sus nous invite \u00e0 nous reposer la question.
Il les envoya deux par deux... Que demande J\u00e9sus? Qu'il y ait un t\u00e9moignage collectif, que notre rencontre de l'autre ne soit jamais notre petite affaire \u00e0 nous, mais une d\u00e9marche de communaut\u00e9, une d\u00e9marche d'Eglise.
Dites: Paix \u00e0 cette maison. Que notre rencontre soit un dialogue, un partage vrai avec l'autre. Alors et alors seulement, nous pourrons partager aussi cette foi qui nous fait vivre, certains que pour ceux que nous aurons rencontr\u00e9s ainsi en v\u00e9rit\u00e9, le Royaume de Dieu s'est fait tout proche.
Gu\u00e9rissez leurs malades: voir un peu plus loin.
Beaucoup ont accueilli avec joie ceux qui leur annon\u00e7aient la parole de Dieu, mais ne s'int\u00e9greront pas \u00e0 une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. Cela ne veut pas dire pour autant que les efforts des missionnaires ont \u00e9t\u00e9 inutiles. Ces m\u00eames personnes garderont peut-\u00eatre le souvenir de ce moment de gr\u00e2ce, et elles vivront avec plus de foi leur vie quotidienne. De toutes fa\u00e7ons, le Seigneur en aura touch\u00e9 quelques-uns qui seront un \u00e9l\u00e9ment nouveau dans son Eglise.
Vous n'irez pas saluer qui que ce soit (4). Les missionnaires perdraient vite leurs ailes s'ils restaient \u00e0 bavarder ou demandaient l'hospitalit\u00e9 \u00e0 des amis qui n'ont pas accueilli le Royaume. Qu'ils comptent plut\u00f4t sur la Providence du P\u00e8re qui leur ouvrira le coeur et la maison de l'un de ceux qui \u00e9coutent la Bonne Nouvelle.

{N}10,{/}8: {C}GUERIR LES MALADES{/}
J\u00e9sus dit: Gu\u00e9rissez les malades. J\u00e9sus n'\u00e9tait pas venu pour gu\u00e9rir tous les malades, mais pour apporter le salut. Parce que nous sommes p\u00e9cheurs, notre salut s'accomplit par la souffrance et par la croix. Les envoy\u00e9s de J\u00e9sus ne pr\u00e9tendent pas remplacer les m\u00e9decins. Ils ne proclament pas la foi comme le moyen de gu\u00e9rir: ce serait la diminuer. Ils offrent, cependant, la "gu\u00e9rison" \u00e0 tous ceux qui n'ont pas encore d\u00e9couvert que le Royaume de Dieu et sa mis\u00e9ricorde leur sont proches. J\u00e9sus ne veut pas que nous qu\u00e9mandions des signes, mais il en offre constamment dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne.
L\u00e0 o\u00f9 il y a une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, elle doit s'occuper des malades, leur rendre visite: elle manifeste ainsi qu'elle est la famille de tous, qu'elle s'int\u00e9resse \u00e0 tous. Dans l'exercice de ce "minist\u00e8re" aupr\u00e8s des malades, le chr\u00e9tien d\u00e9couvre chaque jour un peu plus que Dieu le pr\u00e9c\u00e8de. Ce n'est plus lui qui encourage et soutient le malade, mais c'est bien Dieu lui-m\u00eame qui parle et aime \u00e0 travers son t\u00e9moin. L'amour montr\u00e9 par les visiteurs met le malade sur la voie de la conversion et de l'accueil de la mis\u00e9ricorde de Dieu. Voir aussi Jacques 5,13.

{N}10,{/}17: Quelles sont ces choses que le P\u00e8re a r\u00e9v\u00e9l\u00e9es aux petits, sinon la capacit\u00e9 myst\u00e9rieuse de l'Evangile pour transformer les hommes et leur apporter la lumi\u00e8re? Les ap\u00f4tres s'\u00e9tonnent de cette force qui \u00e9mane du Nom de J\u00e9sus (Mc 16,17). J\u00e9sus souligne la d\u00e9faite de l'Adversaire, Satan, le p\u00e8re du mensonge, de la fausse libert\u00e9 et des cha\u00eenes dor\u00e9es.
Les sages et les intelligents pensent savoir, mais ils ne savent sans doute pas l'essentiel. Le Dieu dont ils parlent n'est souvent qu'une caricature du vrai Dieu et ils ne le reconnaissent pas en J\u00e9sus. Ils ne peuvent pas dire o\u00f9 va le monde tant qu'ils ne voient pas le pouvoir de Dieu \u00e0 l'oeuvre l\u00e0 o\u00f9 J\u00e9sus est proclam\u00e9.
Les petits par contre re\u00e7oivent maintenant la lumi\u00e8re. Peu de temps avant, ils se voyaient comme une g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e. De g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, les petits se sacrifient pour leurs enfants ou sont sacrifi\u00e9s par le pouvoir qui leur promet de rendre heureux leurs descendants. Maintenant les petits, c'est-\u00e0-dire ceux qui n'ont pas de titres, poss\u00e8dent tout s'ils poss\u00e8dent J\u00e9sus, car tout lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le P\u00e8re.
Les petits vivent leur foi dans de petites choses, mais ils savent qu'aucun de leurs actes d'amour n'est perdu. J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le le P\u00e8re, et quand nous le connaissons vraiment, nous partageons son pouvoir sur les \u00e9v\u00e9nements. Nos d\u00e9sirs et nos pri\u00e8res sont puissants parce que nous sommes arriv\u00e9s au centre d'o\u00f9 Dieu dirige les forces qui sauvent l'humanit\u00e9: nos noms sont inscrits dans le ciel en ce sens que d\u00e9j\u00e0 nous travaillons pour l'\u00e9ternit\u00e9 et nous y sommes entr\u00e9s.
Evang\u00e9liser ne veut pas dire faire de la propagande pour l'Evangile, mais montrer son pouvoir de lib\u00e9ration face au mal. Tout activisme est ici inutile, il nous faut admettre que de nous-m\u00eames nous ne pouvons rien dans ce domaine; nous devons plut\u00f4t rendre gr\u00e2ce \u00e0 Dieu qui nous rend capables de voir, d' entendre, et de transmettre son salut.
Heureux les yeux qui voient... Cessez d'envier les gens c\u00e9l\u00e8bres, les rois et les proph\u00e8tes du pass\u00e9! Vous qui vivez maintenant et qui n'\u00eates ni rois, ni proph\u00e8tes, vous avez re\u00e7u la meilleure part.

{N}10,{/}25: Qui est mon prochain? Le ma\u00eetre de la Loi s'attendait \u00e0 ce que J\u00e9sus fixe les limites pr\u00e9cises de ses devoirs. Qui devait-il secourir? Les membres de sa famille? Les gens de sa race? Ceux qui ne lui parlaient pas?
Le fait que J\u00e9sus termine son r\u00e9cit par une question toute diff\u00e9rente est significatif: lequel des trois s'est fait le prochain? C'est comme s'il disait: ne calcule pas qui est ton prochain, mais fais-toi prochain, proche de ton fr\u00e8re qui a besoin de toi, laisse-toi guider par cet appel que tu ressens. Tant que nous consid\u00e9rons le commandement de l'amour comme une obligation, nous n'aimons pas comme Dieu le veut.
L'amour ne consiste pas seulement \u00e0 s'\u00e9mouvoir devant la d\u00e9tresse d'autrui. Nous voyons que le Samaritain s'arr\u00eate dans un endroit dangereux; il paie et court d'autres risques lorsqu'il s'engage \u00e0 couvrir tous les frais n\u00e9cessaires. Il se risque sans r\u00e9serve, et pour un inconnu. Une fois, Martin Luther King remarquait que l'amour ne se limite pas \u00e0 soulager ceux qui souffrent: "Au d\u00e9but, nous devons \u00eatre le bon Samaritain envers ceux qui sont tomb\u00e9s le long du chemin. Mais un jour, nous devrons admettre que le chemin de J\u00e9richo doit \u00eatre refait pour que les hommes et les femmes ne continuent pas \u00e0 \u00eatre battus et vol\u00e9s pendant qu'ils s'acheminent sur les sentiers de la vie."
Dans cette parabole J\u00e9sus met en garde une fois de plus les professionnels de la religion et ceux qui croient respecter la Loi: dans la r\u00e9alit\u00e9, tr\u00e8s souvent ils ne savent pas aimer. Et c'est un Samaritain, l'homme d'un peuple peu sympathique et d'une religion b\u00e2tarde, qui s'occupe de l'homme bless\u00e9.

{N}10,{/}38: Beaucoup de choses semblent n\u00e9cessaires dans la vie de famille: nettoyer, pr\u00e9parer les repas, s'occuper des enfants. Mais si, avec tout cela, on n'a plus le temps d'\u00e9couter les autres, que vaut cette vie? Nous faisons peut-\u00eatre bien des choses n\u00e9cessaires au service de Dieu et du prochain; une seule chose n\u00e9anmoins est n\u00e9cessaire pour tous: \u00eatre disponible pour J\u00e9sus quand il est pr\u00e9sent.
Marthe n'a pas le temps d'\u00eatre avec J\u00e9sus. J\u00e9sus donne la paix: ceux qui ne le servent pas dans la paix ne le re\u00e7oivent pas. Il y a une mani\u00e8re f\u00e9brile de servir et de travailler qui nous laisse vides, que ce soit \u00e0 la maison ou dans la communaut\u00e9, alors que nous devrions trouver le Seigneur dans nos t\u00e2ches quotidiennes.
M\u00eame la pri\u00e8re peut \u00eatre une fa\u00e7on de s'agiter comme Marthe: on est tout \u00e0 la r\u00e9citation de ses pri\u00e8res, on multiplie les paroles pour pr\u00e9senter cent fois les m\u00eames inqui\u00e9tudes au Seigneur; le responsable de la c\u00e9l\u00e9bration s'\u00e9nerve et s'inqui\u00e8te de la perfection des hymnes ou du d\u00e9roulement de la c\u00e9r\u00e9monie,...
Prier, c'est prendre le temps d'\u00e9couter, de m\u00e9diter en silence la parole de Dieu, c'est faire taire nos d\u00e9sirs pour ne pr\u00eater attention qu'\u00e0 Dieu, secr\u00e8tement pr\u00e9sent, et pour nous couler dans sa volont\u00e9 \u00e0 lui  Comme c'est \u00e9trange! Dans certaines religions non chr\u00e9tiennes les gens apprennent \u00e0 trouver la paix et parviennent \u00e0 la v\u00e9ritable s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, alors que nous voulons entrer dans la pri\u00e8re avec toutes nos pr\u00e9occupations, et nous terminons la pri\u00e8re sans les avoir abandonn\u00e9es.
Marie s'\u00e9tait assise \u00e0 ses pieds. C'est l'attitude traditionnelle du disciple, aux pieds de son ma\u00eetre. Marie \u00e9coute avec ceux des disciples qui l'accompagnent. J\u00e9sus ne devait pas faire sans arr\u00eat de l'instruction religieuse, mais \u00e9tant lui-m\u00eame la Parole de Dieu, tout ce qu'il disait ou faisait portait   Dieu. Marie se sentait bien l\u00e0, et elle savait que sa pr\u00e9sence n'\u00e9tait pas pour d\u00e9plaire \u00e0 J\u00e9sus.
Marie a choisi la meilleure part. Elle n'a fait que suivre son instinct, mais J\u00e9sus voit plus loin: il ne sera pas l\u00e0 bien longtemps, et de toute fa\u00e7on, sa pr\u00e9sence parmi nous est toujours br\u00e8ve. Marie a su profiter de ces courts instants o\u00f9 J\u00e9sus pouvait \u00eatre \u00e0 elle, et elle est l\u00e0 pour lui, restant \u00e0 l'\u00e9couter.

{N}11,{/}1: Les ap\u00f4tres savaient d\u00e9j\u00e0 prier et ils priaient ensemble comme tous les Juifs, dans la synagogue et aux moments importants de la journ\u00e9e. N\u00e9anmoins, aux c\u00f4t\u00e9s de J\u00e9sus ils ont d\u00e9couvert une autre mani\u00e8re d'\u00eatre et de vivre ensemble, et ils \u00e9prouvent le besoin de s'adresser au P\u00e8re (voir Mt 6,9).

{N}11,{/}5: J\u00e9sus nous invite \u00e0 demander avec pers\u00e9v\u00e9rance, sans jamais nous fatiguer, mais plut\u00f4t fatiguant Dieu. Dieu ne nous donnera pas toujours ce que nous demandons, ni de la mani\u00e8re dont nous le demandons, parce que souvent nous ne savons pas ce qui nous convient. Mais il nous donnera un esprit saint, c'est-\u00e0-dire une plus claire vision de sa volont\u00e9, et en m\u00eame temps le courage de la r\u00e9aliser.
Frappez et l'on vous ouvrira (10). Une page du P\u00e8re Molini\u00e9 servira de commentaire \u00e0 ce verset. "Si Dieu ne nous ouvre pas imm\u00e9diatement, ce n'est pas parce qu'il prend plaisir \u00e0 nous faire attendre. Si nous devons pers\u00e9v\u00e9rer dans la pri\u00e8re, ce n'est pas parce qu'il faut un certain nombre d'invocations, mais parce qu'il faut une certaine qualit\u00e9, un certain ton dans la pri\u00e8re. Si nous \u00e9tions capable de l'atteindre d\u00e8s le d\u00e9but, notre pri\u00e8re serait imm\u00e9diatement entendue.
La pri\u00e8re, c'est le g\u00e9missement en nous de l'Esprit comme le dit Paul. Mais la r\u00e9p\u00e9tition est n\u00e9cessaire pour que ce g\u00e9missement s'ouvre un chemin \u00e0 travers notre coeur de pierre, comme le fait la goutti\u00e8re qui peu \u00e0 peu use les roches les plus dures. A force de r\u00e9p\u00e9ter le "Notre P\u00e8re" ou le "Je vous salue Marie", nous pouvons esp\u00e9rer qu'un jour nous parviendrons \u00e0 les dire en parfaite harmonie avec la volont\u00e9 de Dieu. Lui-m\u00eame attend ce g\u00e9missement qui est le seul \u00e0 pouvoir le toucher parce qu'en r\u00e9alit\u00e9 il vient de son propre coeur.
Tant que nous n'aurons pas atteint cette note, ou plut\u00f4t, tant que nous ne l'aurons pas extraite de nous-m\u00eames, Dieu ne pourra \u00eatre vaincu. Ce n'est pas que Dieu se d\u00e9fende, car il est pure tendresse, mais tant que quelque chose de semblable n'existe pas en nous, le courant ne passe pas entre lui et nous. L'homme se fatigue dans sa pri\u00e8re; pourtant, s'il pers\u00e9v\u00e8re au lieu de se d\u00e9courager, il se d\u00e9fera peu \u00e0 peu de son orgueil jusqu'\u00e0 ce que, \u00e9puis\u00e9 et vaincu, il obtienne beaucoup plus qu'il n'aurait pu d\u00e9sirer."
{C}LES SUPPLICATIONS - LES SAINTS{/}
J\u00e9sus nous invite \u00e0 demander avec pers\u00e9v\u00e9rance, non pas pour que Dieu exauce nos d\u00e9sirs, mais pour que nous p\u00e9n\u00e9trions mieux dans ses pens\u00e9es et ses d\u00e9sirs. La supplication fervente  cesse d'\u00eatre \u00e9go\u00efste et devient pri\u00e8re, c'est-\u00e0-dire qu'elle nous \u00e9l\u00e8ve et nous rapproche de Dieu.
J\u00e9sus ne dit rien au sujet de la pri\u00e8re adress\u00e9e aux saints. Tr\u00e8s souvent, ceux qui la font prennent le chemin oppos\u00e9 \u00e0 la v\u00e9ritable pri\u00e8re, cherchant \u00e0 obtenir une faveur pr\u00e9cise plut\u00f4t qu'\u00e0 d\u00e9couvrir la mis\u00e9ricorde de Dieu. Pour ces demandeurs, peu importe \u00e0 qui ils s'adressent, pourvu qu'ils trouvent un distributeur de bienfaits efficace et automatique. C'est alors que commence la chasse aux saints, aux sanctuaires et aux d\u00e9votions.
L'Eglise est une famille. De m\u00eame que nous demandons \u00e0 nos amis qu'ils prient pour nous, il convient aussi de le faire avec nos fr\u00e8res, les saints. Personne ne pourra nous critiquer si nous montrons notre confiance en leur intercession, surtout quand ce sont des saints que nous admirons parce que nous connaissons leur vie et leurs oeuvres. Mais cette supplication adress\u00e9e aux saints ne doit pas se confondre avec la pri\u00e8re pers\u00e9v\u00e9rante qui nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans le myst\u00e8re de Dieu. Marie, la m\u00e8re de Dieu, est la seule cr\u00e9ature qui puisse nous accompagner dans cette pri\u00e8re parce que Dieu nous l'a donn\u00e9e pour m\u00e8re, parce qu'il a d\u00e9pos\u00e9 en elle toute la mis\u00e9ricorde qu'il nous r\u00e9servait, et s'est uni \u00e0 elle de telle mani\u00e8re que, lorsque nous la contemplons, nous trouvons toujours la pr\u00e9sence de Dieu.

{N}11,{/}14: Voir commentaire de Mc 3,22 et Mt 12,23.
Par le doigt de Dieu (20). Dans Exode 8,15 cette expression sert \u00e0 d\u00e9signer le pouvoir de Dieu qui accomplit des miracles.

{N}11,{/}23: Qui n'est pas avec moi... Cette phrase semble contredire Lc 9,50: Qui n'est pas contre vous est avec vous. En fait, dans Lc 9,50 J\u00e9sus reconna\u00eet que sa famille spirituelle d\u00e9passe de beaucoup le groupe visible de ses disciples: ceux qui, sans appartenir \u00e0 l'Eglise, travaillent dans le m\u00eame sens, doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme amis.
Au contraire, dans Lc 11,23, J\u00e9sus parle de ceux qui refusent de prendre position face \u00e0 son message et pr\u00e9tendent rester neutres: ils ne le rejoignent pas, et plus tard ils le critiqueront.

{N}11,{/}24: Les Juifs croyaient que les esprits impurs recherchaient les lieux d\u00e9serts (Tob 8,3), que Dieu les y avait bannis. La maison dont parle J\u00e9sus est le peuple qui l'entoure: voir le commentaire de Mt 12,43.

{N}11,{/}27: Heureuse celle qui t'a port\u00e9! Cette femme envie la m\u00e8re de J\u00e9sus, elle est en admiration devant sa fa\u00e7on de parler. Mais elle se trompe si elle pense \u00e0 l'orgueil que les proches de J\u00e9sus peuvent tirer de lui, et elle perd son temps si elle admire la parole au lieu de la faire sienne. J\u00e9sus la renvoie donc au P\u00e8re, dont il donne la parole, et \u00e0 elle-m\u00eame que Dieu invite \u00e0 entrer dans la famille de ses enfants.
Quant \u00e0 Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, "celle qui a cru" (Lc 1,45), nous savons qu'elle "gardait toutes ces paroles en son coeur" (Lc 2,19).

{N}11,{/}29: Les Ninivites, qui \u00e9taient p\u00e9cheurs, n'avaient pas re\u00e7u d'autre signe divin que la venue de Jonas qui les invitait \u00e0 se repentir. Les contemporains de J\u00e9sus se croyaient "bons" parce qu'ils appartenaient au peuple de Dieu, et ils ne se rendaient pas compte que le moment de se repentir \u00e9tait venu \u00e9galement pour eux.
Les hommes de Ninive accuseront (32). J\u00e9sus reprend l'image traditionnelle d'un jugement collectif o\u00f9 chacun s'excuse en montrant que d'autres ont fait pire que lui. Mais il retient dans cette image une v\u00e9rit\u00e9 profonde: tout ce que Dieu a donn\u00e9 \u00e0 chacun de nous devait produire des fruits pour l'humanit\u00e9 enti\u00e8re.

{N}11,{/}37: Voir commentaire de Mt 23.
La Bible n'exigeait pas ces purifications rituelles dont Marc parle dans 7,3, mais les ma\u00eetres du temps de J\u00e9sus insistaient de plus en plus sur leur n\u00e9cessit\u00e9. J\u00e9sus proteste contre ces nouvelles obligations religieuses. Pourquoi ne se pr\u00e9occupent-ils pas davantage de la purification int\u00e9rieure?
A la suite, nous lisons des reproches que J\u00e9sus adressa aux Pharisiens en diverses occasions. Si Luc, comme Matthieu, a gard\u00e9 ces paroles si dures de J\u00e9sus, peut-\u00eatre \u00e9tait-ce une mani\u00e8re de rappeler que l'Evangile va beaucoup plus loin que ce que voyaient les Pharisiens, si attentifs au service de Dieu. Il y en avait dans la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, et ils \u00e9taient influents (Ac 15,5). Sans doute aussi l'attitude hostile adopt\u00e9e par le parti des Pharisiens dans les ann\u00e9es suivantes a-t-elle aid\u00e9 \u00e0 se rappeler ces reproches. Mais il y a s\u00fbrement plus.
De fait, toute communaut\u00e9 religieuse trahit ses principes: l'alliance nouvelle est grav\u00e9e dans les coeurs. Elle est une affaire de personnes et reste un don gratuit  pour celui qui la re\u00e7oit. Th\u00e9oriquement, c'est une gr\u00e2ce d'avoir une bonne connaissance de la doctrine, d'exercer un minist\u00e8re, ou de faire partie d'un groupe qui ne prend pas la pratique chr\u00e9tienne \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Mais de fait, tout ceci nous rend la v\u00e9ritable humilit\u00e9 beaucoup plus difficile et nous emp\u00eache souvent d'aller occuper la derni\u00e8re place, qui est la n\u00f4tre.

{N}11,{/}49: Je leur enverrai des proph\u00e8tes... Ceux qui ont mis par \u00e9crit cette phrase de J\u00e9sus avant Luc (nous la lisons aussi dans Mt 23,34), l'avaient fait pr\u00e9c\u00e9der de la formule: "La Sagesse dit", et c'\u00e9tait une mani\u00e8re de d\u00e9signer J\u00e9sus. En repla\u00e7ant ces lignes \u00e0 l'int\u00e9rieur du discours de J\u00e9sus, Luc a oubli\u00e9 de supprimer ces mots, ce qui aurait rendu le texte plus clair.
Voir le commentaire de Mt 23,24. J\u00e9sus affirme que les Pharisiens et les enseignants de la loi vont \u00eatre les premiers responsables de la pers\u00e9cution contre les Chr\u00e9tiens de la premi\u00e8re heure (contre ces ap\u00f4tres et ces proph\u00e8tes qu'il va envoyer). J\u00e9sus affirme aussi que le ch\u00e2timent m\u00e9rit\u00e9 par les pers\u00e9cuteurs retombera sur la pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ration, annon\u00e7ant ainsi la destruction de la nation juive en l'an 70.
L'avertissement de J\u00e9sus vaut \u00e9galement pour les institutions chr\u00e9tiennes et tous ceux qui, d'une fa\u00e7on ou d'une autre, guident la communaut\u00e9. Nous aussi peut-\u00eatre, nous construisons une Eglise d'\u00e9lites qui, inconsciemment, m\u00e9prise les pauvres et les petits. Et alors, bien vite, on en arrive \u00e0 paralyser ou \u00e0 \u00e9liminer les proph\u00e8tes.
Vous n'\u00eates pas entr\u00e9s et vous emp\u00eachez les autres d'entrer (52). N'est-ce pas une des raisons pour laquelle tant de gens simples sont all\u00e9s \u00e0 d'autres \u00e9glises ou se sont tourn\u00e9s vers les sectes?

{N}12,{/}1: Il n'y a rien de cach\u00e9 qui ne doive \u00eatre d\u00e9couvert: on peut interpr\u00e9ter de diverses mani\u00e8res ces mots de J\u00e9sus. Dans ces paragraphes, il s'agit de t\u00e9moigner courageusement de la foi. Ici  l'hypocrisie s'applique \u00e0 ceux qui refusent de se compromettre pour la v\u00e9rit\u00e9 ou la justice et dont le principal souci est de ne perdre aucune amiti\u00e9.
Ne craignez pas: voir commentaire de Mt 10,28.
Celui qui attaque en paroles le Fils de l'Homme (10): voir commentaire de Mc 3,29.

{N}12,{/}13: {C}LA CUPIDITE, LA PRODUCTIVITE{/}
Qui m'a \u00e9tabli juge entre vous? J\u00e9sus ne r\u00e9sout pas les diff\u00e9rends juridiques, comme faisaient les ma\u00eetres de la Loi; celle-ci d\u00e9cidait en effet des affaires civiles comme des questions religieuses. Cela lui permet de r\u00e9server son autorit\u00e9 pour l'essentiel: d\u00e9voiler la cupidit\u00e9 qui nous habite est plus important qu'examiner les droits de chacun.
Gardez-vous du d\u00e9sir de poss\u00e9der (15). Il n'est pas question de se r\u00e9signer \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 ou \u00e0 la mis\u00e8re, d'accepter que dix personnes dorment dans la m\u00eame pi\u00e8ce... Nous savons que tout cela emp\u00eache le d\u00e9veloppement d'hommes et de femmes conscients de leur dignit\u00e9 et de leur vocation divine. J\u00e9sus ne critique pas nos efforts pour obtenir une soci\u00e9t\u00e9 plus juste, puisque toute la Bible l'exige de nous.
Rechercher la justice, sans laquelle il n'y a ni paix ni communion est une chose, rester \u00e0 regarder ce que les autres poss\u00e8dent, tout aussi avides qu'eux de le poss\u00e9der, en est une autre. Aujourd'hui nous parlons de justice, mais demain nous ne penserons qu'\u00e0 avoir plus. La cupidit\u00e9 ne nous laissera jamais en repos et, d\u00e8s maintenant, elle nous ferme la porte du Royaume (Mc 10,23; 1Tm 6,8).
La vie n'en est pas assur\u00e9e pour autant. Que la pr\u00e9occupation d'obtenir ce qui te manque ne te fasse pas oublier ce qui te donnerait la vie d\u00e8s aujourd'hui. A cet \u00e9gard, nous devrions donner la parole \u00e0 d'innombrables fr\u00e8res et soeurs qui, tout en \u00e9tant plong\u00e9s dans la pauvret\u00e9, savent vivre dans le sens le plus fort du mot. Devons-nous avoir piti\u00e9 d'eux, ou les compter parmi ceux qui jouissent d\u00e9j\u00e0 du Royaume de Dieu? La cupidit\u00e9 est un des plus grands obstacles \u00e0 la lib\u00e9ration des hommes. Le jour o\u00f9 ils consentiront les sacrifices exig\u00e9s par les grands boycottages, ils seront plus forts que les trusts et les mafias, et ils commenceront \u00e0 vivre en tant que peuples.
Que vais-je faire? Le riche de la parabole projetait de plus grands greniers pour son seul profit, et J\u00e9sus le condamne. Nous aussi nous devons nous interroger sur ce que nous devons changer dans nos comportements pour que l'\u00e9conomie permette une meilleure r\u00e9partition des richesses du monde.
Celui qui accumule pour Dieu sait trouver le bonheur dans le moment pr\u00e9sent. O\u00f9 qu'il se trouve, il essaie d'\u00e9tablir un r\u00e9seau de relations sociales qui lui permettent de donner aux autres et de recevoir d'eux, au lieu de d\u00e9sirer et d'obtenir les choses d'une mani\u00e8re \u00e9go\u00efste.

{N}12,{/}32: {C}L'EGLISE PAUVRE{/}
N'aie pas peur, tout petit troupeau. Nulle part dans l'Evangile J\u00e9sus ne nous laisse croire qu'avec le temps la plupart des gens se convertiront. Nous savons que le monde non chr\u00e9tien est plus nombreux que le monde "chr\u00e9tien" et qu'il augmente plus rapidement. Quand, dans le monde "chr\u00e9tien", beaucoup abandonnent la pratique religieuse, nous comprenons mieux que l'Eglise est \u00e0 la fois un signe et un petit troupeau.
J\u00e9sus demande \u00e0 chacun de se d\u00e9tacher des choses de la terre, et le demande aussi au troupeau comme tel. Ce qui importe pour l'Eglise n'est pas de b\u00e2tir de puissantes institutions, ni d'obtenir des positions clefs dans la soci\u00e9t\u00e9 "pour la plus grande gloire de Dieu". Une Eglise qui attend le retour du ma\u00eetre se soucie avant tout d'\u00eatre pr\u00eate \u00e0 plier bagages, dans quelque domaine que ce soit, lorsque le Seigneur la renverra sur les routes, lui demandant de redevenir missionnaire.
Il a plu au P\u00e8re de vous donner le Royaume: comparez ceci avec Lc 10,23 et Mt 16,16. L'Eglise: le petit troupeau qui poursuit l'essentiel.
Vendez vos biens. Le peuple est-il convaincu que l'Eglise agit de cette fa\u00e7on? Les chr\u00e9tiens se r\u00e9jouissent quand leur \u00e9v\u00eaque ou leur pasteur condamnent l'injustice et rappellent les droits des ouvriers et des marginalis\u00e9s; mais il ne suffit pas de pr\u00eacher aux autres. Dieu demande \u00e0 tous la justice, et \u00e0 son Eglise la pauvret\u00e9. Notre appel \u00e0 la justice ne sera pas entendu tant que l'Eglise elle-m\u00eame n'acceptera pas l'Evangile dans sa totalit\u00e9.

{N}12,{/}35: J\u00e9sus d\u00e9veloppe la parabole du serviteur qui attend le retour de son ma\u00eetre. Ce serviteur s'oppose \u00e0 l'homme riche du paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent dont le seul souci \u00e9tait une vie longue et confortable. Ce serviteur accumule pour Dieu.
Heureux les serviteurs que le ma\u00eetre trouvera \u00e9veill\u00e9s (37). Eveill\u00e9s, c'est-\u00e0-dire en attente du monde nouveau que Dieu est en train de cr\u00e9er avec nous. Eveill\u00e9s signifie aussi vigilants et clairvoyants: nous refusons d'appeler le bien, mal, et le mal, bien; nous nous reconnaissons infid\u00e8les lorsque nous consentons au mal ou que nous restons silencieux.
Le Fils de l'Homme viendra... comme un voleur (39-40). Pourquoi penser seulement au jour de la mort, ou craindre le jugement de Dieu si nous vivons dans sa gr\u00e2ce? J\u00e9sus nous dit que le ma\u00eetre, au retour des noces, est si heureux qu'il renverse les r\u00f4les habituels et se met \u00e0 servir ses serviteurs. Nous servons Dieu depuis des ann\u00e9es peut-\u00eatre, comment n'arriverions-nous pas \u00e0 cette autre \u00e9tape de la vie spirituelle o\u00f9 Dieu se plaira \u00e0 nous combler et \u00e0 nous faire f\u00eate?
Pierre lui dit (41). Ce paragraphe est destin\u00e9 \u00e0 ceux qui ont une responsabilit\u00e9 dans l'Eglise.
Mon seigneur tardera (45). Les responsables peuvent trahir leur mission. Le plus souvent ils commettent l'erreur de ne voir que le bon fonctionnement des institutions et ils oublient le, ou les retours, du Christ.
Dieu vient \u00e0 chaque instant par des \u00e9v\u00e9nements qui bouleversent nos projets. L'Eglise ne doit donc pas trop compter sur la planification de ses activit\u00e9s: qui sait ce que Dieu nous r\u00e9serve pour demain? L'Eglise devrait plut\u00f4t se demander o\u00f9 en est sa pri\u00e8re et sa disponibilit\u00e9, pour que le Seigneur lui donne d'\u00eatre sur le bon pied quand il viendra secouer notre univers.
Soyez \u00e9veill\u00e9s: pour admirer, appr\u00e9cier et d\u00e9couvrir la pr\u00e9sence de Dieu et ses bienfaits qui \u00e9clairent notre vie.
UN \u00c9vangile incendiaire

{N}12,{/}49: Je suis venu jeter le feu. Le feu repr\u00e9sente-t-il quelque chose de pr\u00e9cis comme l'amour, l'Evangile ou le don de l'Esprit Saint? Restons-en \u00e0 l'image du feu qui purifie, qui br\u00fble tout ce qui est vieux, qui r\u00e9chauffe et favorise la vie; \u00e0 la fois l'Esprit, et le jugement de Dieu d\u00e9truisant tout ce qui ne peut pas se soumettre \u00e0 son action r\u00e9forma trice.
J\u00e9sus vient pour refaire le monde et pour tirer de leur gangue les pierres pr\u00e9cieuses qui dureront \u00e9ternellement. Les temps chr\u00e9tiens ne seront donc pas moins tragiques que ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s: voir l'Apocalypse.
Je dois passer par un bapt\u00eame... J\u00e9sus est \u00e0 la fois le chef et le premier de ceux qui vont affronter la mort comme le passage n\u00e9cessaire vers la r\u00e9surrection. Ce pas si "angoissant" pour J\u00e9sus comme pour nous est le bapt\u00eame du feu (voir Lc 3,16) qui nous introduit dans la vie glorieuse et \u00e9ternelle. Et c'est le vrai bapt\u00eame dont les autres, bapt\u00eames d'eau et d'esprit, ne sont que la pr\u00e9paration (Rm 6,3-5).
Je suis venu mettre la division. Ensuite viennent des paroles de J\u00e9sus capables de d\u00e9concerter ceux qui cherchent aupr\u00e8s de lui la tranquillit\u00e9. J\u00e9sus divise les nations (voir commentaire de Jn 10,14), les familles et les groupes sociaux.
On a souvent voulu faire de la religion le ciment de l'unit\u00e9 nationale ou de la paix familiale. Il est vrai que la foi est un facteur de paix et de compr\u00e9hension; mais elle s\u00e9pare aussi celui qui vit dans la v\u00e9rit\u00e9, de ses fr\u00e8res ou amis qui ne peuvent partager tout ce qui lui importe maintenant. La blessure et le scandale de cette s\u00e9paration sont \u00e0 l'origine de bien des pers\u00e9cutions.
L'Evangile ne m\u00e8ne pas ce monde \u00e0 un paradis terrestre, mais il le fait m\u00fbrir. La mort de J\u00e9sus met en pleine lumi\u00e8re ce qui \u00e9tait cach\u00e9 dans les coeurs (Lc 2,35); elle r\u00e9v\u00e8le aussi le mensonge et la violence pr\u00e9sents dans nos soci\u00e9t\u00e9s, comme c'\u00e9tait le cas pour la soci\u00e9t\u00e9 juive \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus.

{N}12,{/}54: Quand vous voyez le ciel couvert. Les signes qui se manifestent autour de J\u00e9sus sont suffisants pour faire comprendre qu'il s'agit des temps, annonc\u00e9s par les proph\u00e8tes, o\u00f9 les hommes sont appel\u00e9s \u00e0 se convertir. Isra\u00ebl devrait reconna\u00eetre son Sauveur: demain il sera trop tard (57-59).
Lorsque tu vas devant les autorit\u00e9s. Matthieu applique cette sentence de J\u00e9sus \u00e0 la r\u00e9conciliation fraternelle. Ici, Luc l'applique \u00e0 notre conversion. Notre marche vers le jugement de Dieu est compar\u00e9e \u00e0 une convocation devant les autorit\u00e9s; nous devons profiter du temps qui nous est accord\u00e9 pour nous mettre en r\u00e8gle. Ne perdons pas ce moment o\u00f9 nous pouvons \u00e9chapper au jugement par la foi au Christ.

{N}13,{/}1: C'est alors qu'on mit J\u00e9sus au courant. Un soul\u00e8vement des Galil\u00e9ens dans le Temple et l'intervention imm\u00e9diate des soldats romains stationn\u00e9s dans la forteresse voisine. Ils ont profan\u00e9 les lieux sacr\u00e9s strictement r\u00e9serv\u00e9s aux Juifs et ont fait couler le sang dans le lieu saint.
Ceux qui racontent cet incident attendent de J\u00e9sus qu'il manifeste sa solidarit\u00e9 nationale et religieuse apr\u00e8s le massacre de ses compatriotes et l'offense faite \u00e0 Dieu. Mais J\u00e9sus passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces consid\u00e9rations. Il laisse les hommes s'enflammer pour des causes plus humaines que divines, et il leur fait remarquer que ces patriotes galil\u00e9ens n'\u00e9taient ni meilleurs ni pires que les soldats romains, ou que les Juifs qui l'entourent \u00e0 cet instant. En ce moment Dieu les appelle tous \u00e0 une conversion dont d\u00e9pend leur survie. Car l'atmosph\u00e8re de violence est telle sous l'occupation romaine, que la seule issue est la foi qui rend possible le pardon.
{C}LES CHATIMENTS DE DIEU{/}
Dans ce passage J\u00e9sus met en cause l'id\u00e9e que nous nous faisons des ch\u00e2timents de Dieu. On ne peut pas croire en Dieu sans croire \u00e0 la justice. Chez les Grecs, qui avaient des dieux capricieux et peu honn\u00eates, la Justice \u00e9tait une force divine sup\u00e9rieure aux dieux. Mais on se fait toujours le centre du monde et on se croit toujours meilleur que les autres. Si le malheur tombe sur un autre, on pense que c'est juste, mais quand c'est notre tour, on demande: "Qu'est-ce que j'ai fait \u00e0 Dieu pour que cela m'arrive?"
L'Evangile appuiera sur plusieurs aspects de la question. Premi\u00e8rement, essayons de d\u00e9passer l'esprit de clan ou de parti (voir 6,32): le mal fait par nos ennemis n'est pas pire que celui que nous faisons.
Ensuite, la justice de Dieu d\u00e9passe de beaucoup la n\u00f4tre, elle ne se r\u00e9alise vraiment que dans l'autre monde (le cas de Lazare: 16,19).
Les malheurs qui nous apparaissent ici-bas comme des "ch\u00e2timents de Dieu" ne sont que des signes, des mesures p\u00e9dagogiques dont Dieu se sert pour nous faire prendre conscience du p\u00e9ch\u00e9: car Dieu dans son amour tire le bien du mal pour celui qui met en lui sa confiance. Et souvent Dieu convertit un p\u00e9cheur en lui faisant une gr\u00e2ce inesp\u00e9r\u00e9e (voir le cas de Zach\u00e9e: 19,1)
Pourquoi parle-t-on tellement des ch\u00e2timents de Dieu dans l'Ancien Testament? Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la Bible s'adressait \u00e0 un peuple encore bien ignorant. Ces croyants ne savaient rien de l'au-del\u00e0, et il fallait leur montrer des ch\u00e2timents de Dieu dans cette vie pour qu'ils croient en sa justice. De fait, Dieu continue de donner de tels signes, aussi bien pour les personnes que pour les collectivit\u00e9s. Il est bon de savoir les reconna\u00eetre, m\u00eame sachant que ce n'est pas l\u00e0 le dernier mot de la justice de Dieu.

{N}13,{/}10: Les Juifs employaient le terme d\u00e9lier pour dire qu'un p\u00e9ch\u00e9, une peine \u00e9taient pardonn\u00e9s. Mais d\u00e9lier, c'\u00e9tait aussi lib\u00e9rer un animal de son joug. J\u00e9sus est celui qui lib\u00e8re les hommes et nous invite \u00e0 suivre son exemple.
L'indignation du chef de la synagogue ne devrait pas nous surprendre. S'il ne s'\u00e9tait jamais pench\u00e9 sur le cas de cette soeur malade, il devait se sentir bless\u00e9 par le geste de J\u00e9sus. Et ce serait tout pareil pour nous. Mais il n'\u00e9tait pas venu \u00e0 l'id\u00e9e de J\u00e9sus de demander la permission aux autorit\u00e9s pour sauver quelqu'un.

{N}13,{/}18: Voir le commentaire de Mt 13,31.
Au moment o\u00f9 il termine son minist\u00e8re en Galil\u00e9e, J\u00e9sus invite \u00e0 l'esp\u00e9rance: les r\u00e9sultats sont peut-\u00eatre modestes, mais quelque chose a \u00e9t\u00e9 sem\u00e9 et le royaume de Dieu s'\u00e9tend.

{N}13,{/}22: Voir le commentaire de Mt 7,13.
Est-ce vrai que peu de gens seront sauv\u00e9s? Pour J\u00e9sus c'est une question inutile. il faut plut\u00f4t se demander si Isra\u00ebl a entendu l'appel de Dieu, et s'il suit le chemin \u00e9troit qui conduit au salut.
D'autres viendront de l'orient et de l'occident (29): des gens de toutes les nations se convertiront et entreront dans l'Eglise au cours des si\u00e8cles, alors que le peuple juif, dans sa majorit\u00e9, restera en dehors.

{N}13,{/}34: Voir commentaire de Mt 23,37.
Noter cependant une petite diff\u00e9rence: jusqu'au jour o\u00f9 vous direz (35). Pour Luc, disciple de Paul, c'est une certitude: le jour viendra o\u00f9 Isra\u00ebl reconna\u00eetra le Christ (voir Rm 11,25-32). Car J\u00e9sus est venu sauver Isra\u00ebl, c'est-\u00e0-dire donner un sens \u00e0 son histoire, et Isra\u00ebl sera sauv\u00e9. Et ce sera alors sans doute la fin pour les autres histoires.

{N}14,{/}7: J\u00e9sus d\u00e9veloppe ici un proverbe biblique qui invitait \u00e0 la modestie dans les activit\u00e9s sociales (Pr 25,6-7). C'est l'attitude qui convient aux enfants de Dieu. Dans n'importe quel domaine de l'activit\u00e9 humaine, n'envions pas ceux qui prennent les premi\u00e8res places en pi\u00e9tinant les autres. Dieu sait "\u00e9lever les humbles " et les placer l\u00e0 o\u00f9 cela lui convient.
Quand nous serons pass\u00e9s de ce monde aupr\u00e8s de Dieu, que de surprises! Il est possible qu'un pape, un \u00e9v\u00eaque ou un \u00e9minent "catholique" soit devanc\u00e9 par la vieille dame qui vendait des journaux ou le clochard qui mendiait \u00e0 la porte de l'Eglise.

{N}14,{/}12: Nous recherchons la compagnie de ceux qui sont au-dessus de nous parce que nous pensons plus int\u00e9ressant d'avoir des rapports avec ceux qui nous sont sup\u00e9rieurs qu'avec ceux qui nous sont inf\u00e9rieurs. Souvent m\u00eame on enseigne aux enfants \u00e0 se tenir \u00e0 l'\u00e9cart de leurs compagnons "moins bien \u00e9lev\u00e9s", ou, si nous \u00e9tions sinc\u00e8res, de ceux qui ne les aideront pas \u00e0 trouver une meilleure position dans la soci\u00e9t\u00e9.
Ces paroles de J\u00e9sus signalent une des principales causes de l'injustice. Nous sommes tous coupables quand nous d\u00e9cidons de nous lier \u00e0 ceux qui nous seront utiles; chacun essaie de s'\u00e9lever, laissant les plus faibles dans l'isolement et l'abandon.

{N}14,{/}15: {C}LES EXCUSES{/}
Dans l'ancien Testament il \u00e9tait souvent question d'un banquet que Dieu offrirait \u00e0 ses fid\u00e8les serviteurs, quand il viendrait \u00e9tablir son royaume. J\u00e9sus \u00e0 son tour d\u00e9veloppe ce th\u00e8me, parce que le banquet repr\u00e9sente la communion des saints (la communaut\u00e9 de ceux qui vivent du Royaume). Cette parabole ressemble beaucoup \u00e0 celle de Matthieu ch. 22.
Heureux celui qui prendra part au banquet dans le Royaume de Dieu, dit celui qui parle \u00e0 J\u00e9sus. Il ne soup\u00e7onne peut-\u00eatre pas que pour participer au banquet \u00e9ternel il faut r\u00e9pondre maintenant \u00e0 l'appel de Dieu qui nous invite \u00e0 b\u00e2tir un monde plus fraternel. Celui qui aujourd'hui se d\u00e9sint\u00e9resse de ses fr\u00e8res, ne partagera pas le banquet dans le royaume de Dieu.
On nous donne les motifs pour lesquels les invit\u00e9s ne r\u00e9pondent pas quand le Seigneur les appelle \u00e0 entrer dans un monde solidaire. J'ai achet\u00e9 un champ... Je viens de me marier... Toutes ces raisons sont bonnes, mais c'est ainsi que les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques de la famille viennent paralyser nos engagements communautaires et nous laissent \u00e0 la porte du banquet. 
Par ailleurs, le seul fait de participer \u00e0 la vie de l'Eglise et d'\u00eatre engag\u00e9 dans divers organismes, donne \u00e0 bien des chr\u00e9tiens d'origine modeste une culture plus \u00e9tendue et les am\u00e8ne \u00e0 nouer des rapports avec des gens de tous horizons. C'est tr\u00e8s bien. Cependant, si nous ne sommes pas tr\u00e8s exigeants envers nous-m\u00eames, nous serons vite pris par le jeu des relations sociales et nous cesserons de rechercher \u00e0 travers tout cela le Royaume de Dieu et sa justice.
Am\u00e8ne les pauvres... oblige-les \u00e0 entrer, force-les \u00e0 occuper la place qui leur revient dans la soci\u00e9t\u00e9 comme dans l'Eglise. Dieu compte sur les pauvres et les marginalis\u00e9s pour maintenir dans le monde le d\u00e9sir de droiture et de justice, pour r\u00e9veiller la conscience de ceux qui sont confortablement install\u00e9s.

{N}14,{/}25: J\u00e9sus pense \u00e0 ceux qui, apr\u00e8s s'\u00eatre enthousiasm\u00e9s pour lui et avoir abandonn\u00e9 leurs ambitions pour se consacrer \u00e0 l'Evangile, reviennent en arri\u00e8re, \u00e0 une vie plus "normale" et plus s\u00fbre, selon la mentalit\u00e9 commune. J\u00e9sus a besoin de disciples qui s'engagent une fois pour toutes.
Pourquoi cette comparaison avec un roi qui part en guerre? Parce que celui qui se lib\u00e8re pour le service de l'Evangile est en r\u00e9alit\u00e9 un roi, et que Dieu traitera royalement (Mc 10,30). Mais il doit savoir qu'il lutte contre le "gouverneur de ce monde", le d\u00e9mon, qui le bloquera par mille \u00e9preuves et ruses inattendues. S'il ne s'est pas compl\u00e8tement engag\u00e9, le disciple \u00e9chouera et sa situation sera pire que s'il n'avait rien commenc\u00e9.
Si on ne renonce pas \u00e0 tout (33). J\u00e9sus demande \u00e0 certains de s'\u00e9loigner des leurs et de leur probl\u00e8mes familiaux. A tous il montre que nous ne serons jamais libres pour r\u00e9pondre aux appels de Dieu, si nous ne voulons pas repenser nos liens familiaux, notre emploi du temps et tout ce que nous sacrifions pour vivre "comme tout le monde".
S'il n'est pas pr\u00eat \u00e0 sacrifier son p\u00e8re et ses enfants... Ceci se trouve dans Mt 10,37. Luc ajoute: sa femme.

{N}15,{/}3: {C}LA BREBIS NOIRE{/}
Pourquoi les Pharisiens se plaignent-ils? Parce qu'ils sont tr\u00e8s soucieux de la puret\u00e9 rituelle. Dans cette optique, qui est inscrite dans l'Ancien Testament, si deux personnes entrent en relation, celui qui est impur contamine l'autre. Comme, par d\u00e9finition les p\u00e9cheurs ne pensent pas \u00e0 se purifier des mille impuret\u00e9s de la vie quotidienne, J\u00e9sus passe pour un Ma\u00eetre qui accepte de se rendre impur \u00e0 chaque instant. J\u00e9sus parlera donc de la mis\u00e9ricorde de Dieu qui n'a pas ray\u00e9 de son horizon les p\u00e9cheurs.
Et puis il y a quelque chose de plus humain dans l'indignation des "bons": il faut tout de m\u00eame qu'on voie la diff\u00e9rence entre nous et les autres! Et J\u00e9sus de nouveau part en guerre contre la vieille id\u00e9e des m\u00e9rites qu'on acquiert et que Dieu doit r\u00e9compenser.
Heureuse la brebis que J\u00e9sus, laissant les quatre-vingt-dix-neuf autres, est all\u00e9 chercher! Malheur aux justes qui n'ont pas besoin du pardon de Dieu!
Aujourd'hui, dans les grandes villes, l'Eglise semble n'avoir gard\u00e9 qu'une seule brebis. Ne faut-il pas qu'elle sorte dans la campagne, c'est-\u00e0-dire, qu'elle abandonne ses immeubles, ses institutions us\u00e9es, le style d\u00e9cent et compass\u00e9 de ses assembl\u00e9es, pour aller \u00e0 la recherche des quatre-vingt-dix-neuf qui se sont perdues? Comment se lib\u00e9rer du petit nombre des fid\u00e8les sans probl\u00e8mes? Comment regarder au-del\u00e0 de nos liturgies renouvel\u00e9es et accepter d'\u00eatre critiqu\u00e9 comme J\u00e9sus l'a \u00e9t\u00e9, en allant vers ceux qui ne sont pas "des n\u00f4tres"?
Qui allume une lampe, balaie la maison et cherche avec soin, si ce n'est Dieu lui-m\u00eame? Mais, par respect pour Dieu, les Juifs de l'\u00e9poque de J\u00e9sus pr\u00e9f\u00e9raient ne pas le nommer; ils employaient des expressions comme les anges ou le Ciel.

{N}15,{/}11: {C}LE P\u00c9CH\u00c9 ORIGINEL - LE P\u00c8RE PRODIGUE{/}
Dans cette parabole il y a trois personnages: le p\u00e8re repr\u00e9sente Dieu; le fils a\u00een\u00e9, les Pharisiens. Mais qui est le fils cadet? Un p\u00e9cheur, ou bien "l'homme"?
On veut sa libert\u00e9 et on pense souvent que Dieu nous en prive. On s'\u00e9loigne du P\u00e8re dont on ne conna\u00eet pas l'amour et dont la pr\u00e9sence nous devient pesante. Apr\u00e8s avoir gaspill\u00e9 un h\u00e9ritage dont on ne sait pas appr\u00e9cier la valeur, on se d\u00e9shonore et on se fait esclave d'autres hommes et d'actions honteuses (les cochons sont des animaux impurs pour les Juifs).
Cependant le fils revient. Il a pris conscience de son esclavage, et il est certain que Dieu lui r\u00e9serve un meilleur sort. Il prend r\u00e9solument le chemin du retour. En arrivant, il d\u00e9couvre que le  P\u00e8re est tr\u00e8s diff\u00e9rent de l'id\u00e9e qu'il s'\u00e9tait faite de lui: le P\u00e8re l'attendait et court le retrouver, il lui redonne sa dignit\u00e9 et efface le souvenir de l'h\u00e9ritage perdu. Et l'on c\u00e9l\u00e8bre le banquet dont J\u00e9sus a tant parl\u00e9.
C'est alors que nous comprenons que Dieu est P\u00e8re. Il ne nous a pas mis sur terre pour accumuler des m\u00e9rites et des r\u00e9compenses, mais pour d\u00e9couvrir que nous sommes ses enfants. En effet nous sommes des p\u00e9cheurs: d\u00e8s le d\u00e9but de notre vie nous sommes sous l'emprise de nos sentiments et des pressions perverses de la soci\u00e9t\u00e9. Il y a plus encore: tant que Dieu ne prend pas l'initiative et ne se r\u00e9v\u00e8le pas \u00e0 nous, nous ne pouvons pas concevoir la libert\u00e9 autrement que comme une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de lui (voir commentaire de Gen 3: Le p\u00e9ch\u00e9 originel).
Nos fautes ne surprennent pas Dieu, puisqu'en nous cr\u00e9ant libres il a accept\u00e9 le risque de notre chute.  Dieu est avec nous dans nos exp\u00e9riences du bien et du mal jusqu'\u00e0 ce qu'il puisse nous appeler ses enfants, gr\u00e2ce \u00e0 son Fils unique, J\u00e9sus. Remarquons cette phrase merveilleuse: J'ai p\u00e9ch\u00e9 contre le Ciel et devant toi. Le p\u00e9ch\u00e9 va contre Dieu qui est v\u00e9rit\u00e9 et saintet\u00e9. Mais Dieu est aussi le P\u00e8re tout pr\u00e9occup\u00e9 de son fils; le fils a p\u00e9ch\u00e9 devant celui qui tire le bien du mal.
Tel est Dieu notre P\u00e8re, qui nous cr\u00e9e jour apr\u00e8s jour sans que nous nous en rendions compte, alors que nous suivons nos propres chemins; le Dieu qui recherche des p\u00e9cheurs pour les combler de ses richesses.
Mais le fils a\u00een\u00e9, l'homme sans faute mais dont le coeur est ferm\u00e9, n'a rien compris \u00e0 tout cela. Il sert dans l'espoir d'\u00eatre r\u00e9compens\u00e9, ou du moins, d'\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme sup\u00e9rieur aux autres. C'est pourquoi il est incapable d'accueillir les p\u00e9cheurs ou de participer \u00e0 la f\u00eate du Christ, parce qu'en r\u00e9alit\u00e9 il ne sait pas aimer.

{N}16,{/}1: J\u00e9sus ne se soucie pas de condamner la malhonn\u00eatet\u00e9 de l'intendant; il ne souligne que sa clairvoyance pour assurer son avenir: cet homme a compris \u00e0 temps que les amis durent plus que l'argent. De m\u00eame les enfants de lumi\u00e8re doivent enlever \u00e0 l'argent cette aur\u00e9ole de bien supr\u00eame. A tous il semble que l'argent bien plac\u00e9 est le moyen d'assurer notre existence et notre avenir. Au contraire J\u00e9sus nous dit de le d\u00e9penser et de l'\u00e9changer, sans h\u00e9sitation, contre un bien plus pr\u00e9cieux.
Nous ne sommes pas propri\u00e9taires, mais intendants de nos biens: nous devons les g\u00e9rer pour le bien de tous. L'argent n'est pas une mauvaise chose pourvu que nous nous en servions comme d'un moyen qui facilite les \u00e9changes. J\u00e9sus pourtant l'appelle injuste (nous employons le terme maudit ) parce que l'argent n'est pas le vrai bien (il ne nous rend pas justes c'est-\u00e0-dire tels que Dieu nous veut), parce qu'il est \u00e9galement impossible d'amasser de l'argent sans manquer de confiance envers le P\u00e8re et sans faire de mal \u00e0 notre prochain.
L'argent est une chose que l'on acquiert et que l'on perd; il ne peut pas s'int\u00e9grer \u00e0 notre personne; il ne fait donc pas partie des biens qui sont vraiment n\u00f4tres (12).

{N}16,{/}13: {C}LES RICHES{/}
Les Pharisiens se moquaient de lui. Plus que les autres \u00e9vang\u00e9listes, Luc montre que la d\u00e9marche chr\u00e9tienne est incompatible avec l'amour de l'argent. Les Pharisiens pouvaient justifier leur amour de l'argent en citant la Bible. En effet, au d\u00e9but, les Juifs consid\u00e9raient la richesse comme une gr\u00e2ce de Dieu. Il leur semblait qu'elle \u00e9tait la r\u00e9compense donn\u00e9e par Dieu \u00e0 ceux qui lui plaisent et qui savent comment agir en ce monde. Mais avec le temps, ils avaient compris que l'argent pr\u00e9sente des dangers et qu'il est souvent le privil\u00e8ge de ceux qui se d\u00e9tournent de Dieu (Ps 49; Job).
Il suffit parfois d'avoir une bonne situation pour se persuader qu'on a raison: c'est pourquoi les Pharisiens se sentaient autoris\u00e9s \u00e0 juger et \u00e0 d\u00e9cider des choses de Dieu. A leur suite, bien des chr\u00e9tiens appartenant \u00e0 des milieux influents ont voulu utiliser les ressources de l'argent et du pouvoir pour le service du Royaume de Dieu, et ils s'en sont vite consid\u00e9r\u00e9s les g\u00e9rants. Mais l'argent \u00e0 son tour poss\u00e8de ceux qui le poss\u00e8dent. On arrive vite \u00e0 approuver un ordre moral qui justifie ses propres privil\u00e8ges, et on oublie les valeurs \u00e9vang\u00e9liques de justice, d'humilit\u00e9 et de pauvret\u00e9. A la fin, c'est l'Eglise elle-m\u00eame qui est m\u00e9pris\u00e9e de ceux qui cherchent Dieu.
Pourquoi les croyants d'origine modeste se sentent-ils parfois inf\u00e9rieurs aux riches dans l'Eglise? 

{N}16,{/}16: {C}LA LOI{/}
Nous avons ici trois paroles de J\u00e9sus dont le seul point commun est qu'elles nous parlent de la Loi. La Loi voulait dire les lois que Dieu avait donn\u00e9es aux Juifs. Par ailleurs la Loi et les proph\u00e8tes \u00e9tait une mani\u00e8re de d\u00e9signer la totalit\u00e9 de la Bible. Ici, J\u00e9sus parle de "La Loi" pour d\u00e9signer le temps de l'Ancien Testament, tout ce qui a pr\u00e9par\u00e9 sa venue.
Pas un seul d\u00e9tail de la Loi ne tombera: c'est-\u00e0-dire, restera sans effet. Cependant J\u00e9sus affirme que le moment d\u00e9cisif est venu avec lui et que ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer sa venue ne sera plus observ\u00e9 comme avant (voir Mt 5,17-20).
Pour les Juifs qui observaient la Loi et en particulier pour ceux qui avaient suivi Jean-Baptiste, il fallait faire un nouveau pas pour croire en J\u00e9sus et faire effort pour atteindre ainsi le Royaume de Dieu (Lc 7,24). Malgr\u00e9 les apparences, il est beaucoup plus facile de suivre des pratiques religieuses, de se plier \u00e0 des lois et des je\u00fbnes, que de croire et de risquer l'inconnu en suivant J\u00e9sus crucifi\u00e9.

{N}16,{/}19: Cette parabole nous parle de l'ab\u00eeme qui dans le monde entier s\u00e9pare les riches des mis\u00e9reux. Une loi fatale de l'argent fait que les riches vivent \u00e0 part: logements, transports, loisirs, soins m\u00e9dicaux. Les murs que le riche construit volontiers dans cette vie, deviendra \u00e0 sa mort un ab\u00eeme infranchissable. Celui qui accepte aujourd'hui cette s\u00e9paration se retrouvera \u00e0 jamais de l'autre c\u00f4t\u00e9.
Un pauvre nomm\u00e9 Lazare: J\u00e9sus nomme le pauvre, mais pas le riche. Il renverse ainsi l'ordre social habituel qui traite "Monsieur X" comme une personne, mais pas le simple manuel. A sa mort, Lazare a trouv\u00e9 des amis: les anges, Abraham, p\u00e8re des croyants. En revanche, le riche nni amis, ni avocats pour arranger sa situation: l'enfer, c'est la solitude.
Certains voudraient savoir quel p\u00e9ch\u00e9 avait condamn\u00e9 le riche \u00e0 l'enfer. Peut-\u00eatre avait-il refus\u00e9 \u00e0 Lazare les miettes de sa table? L'Evangile ne le dit pas. Son p\u00e9ch\u00e9, c'\u00e9tait de ne pas voir Lazare couch\u00e9 devant sa porte. Souviens-toi que tu as re\u00e7u toutes tes bonnes choses pendant ta vie.
Le riche ne voyait pas Lazare \u00e0 sa porte. Le Lazare d'aujourd'hui est l\u00e9gion et d\u00e9j\u00e0 il est \u00e0 notre porte: il s'appelle tiers ou quart-monde. A l'\u00e9chelle mondiale les pays plus avanc\u00e9s et les minorit\u00e9s privil\u00e9gi\u00e9es se sont empar\u00e9s de la table \u00e0 laquelle tous avaient droit.: le pouvoir r\u00e9el, et la culture impos\u00e9e par les m\u00e9dias. Les industries nationales et les sources d'emploi ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits par un libre-\u00e9change affranchi de toute morale sociale, et des centaines de millions de Lazare s'enfoncent dans la marginalisation jusqu'\u00e0 ce qu'ils meurent de mis\u00e8re, ou par la violence n\u00e9e d'une vie d\u00e9shumanis\u00e9e. 
Lazare vit parmi les d\u00e9combres et les immondices: il devient prostitu\u00e9e, voleur \u00e0 la tire, jusqu'\u00e0 ce qu'une mort pr\u00e9matur\u00e9e lui permette de trouver quelqu'un qui l'aime: en compagnie d'Abraham et des anges. 
Entre temps le riche se donne beaucoup de peine, moins pour profiter de la vie que pour se convaincre qu'il a raison: il attend m\u00eame que l'Eglise le justifie. Et c'est cette perversion de son esprit qui le conduit en enfer quand parfois elle lui inspire haine ou m\u00e9pris pour tous ceux qui proclament les exigences de la justice telles que Mo\u00efse et les proph\u00e8tes, c'est-\u00e0-dire la Bible, l'enseignaient.
S'ils n'\u00e9coutent pas... La parabole de Lazare et du riche ne nous rappelle pas seulement les exigences de l'amour du prochain, elle nous dit encore l'importance unique de la parole de Dieu. Beaucoup de chr\u00e9tiens courent apr\u00e8s les visions, les apparitions, les miracles, et pendant ce temps d\u00e9laissent la parole de Dieu. Seule cette parole pouvait convertir les fr\u00e8res du riche et les sauver.

{N}17,{/}11: Les dix l\u00e9preux ont \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ris, mais \u00e0 un seul J\u00e9sus a dit: Ta foi t'a sauv\u00e9, parce que sa r\u00e9ponse \u00e0 lui venait du fond du coeur. Tandis que les autres ne se souciaient que de se faire r\u00e9int\u00e9grer par les pr\u00eatres, lui avait tout de suite voulu remercier Dieu l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 la gr\u00e2ce de Dieu l'avait rencontr\u00e9: telle est la foi qui nous sauve et nous transforme. Parmi tous ceux qui demandent des gu\u00e9risons ou des faveurs, combien sauront aimer Dieu?

{N}17,{/}20: Quand viendra le Royaume de Dieu? Il n'arrive pas comme une r\u00e9volution ou un changement de saison: il est \u00e0 l'oeuvre en ceux qui ont accept\u00e9 la Bonne Nouvelle. Ceux qui croient poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 le Royaume.
Ensuite, J\u00e9sus parle de la fin de J\u00e9rusalem et de son second av\u00e8nement (Mc 13,14). Les contemporains voyaient ce triomphe du Messie de fa\u00e7on tr\u00e8s mat\u00e9rielle, li\u00e9 \u00e0 une lib\u00e9ration du pouvoir romain. Pour ouvrir leurs esprits, J\u00e9sus propose deux comparaisons: l' \u00e9clair que l'on voit de partout et les vautours qui se dirigent infailliblement vers le cadavre. De m\u00eame, tous se rendront compte du retour du Christ, sans aucun doute possible.
Ce retour prendra au d\u00e9pourvu ceux qui ne l'attendaient pas (comme au jour de No\u00e9). Le jugement s\u00e9parera les \u00e9lus des condamn\u00e9s alors que rien ne les s\u00e9parait dans la vie quotidienne: de deux personnes travaillant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, une sera prise et l'autre laiss\u00e9e.
Lorsque Matthieu 24,17 parlait de "l'homme qui se trouve sur la terrasse", il s'agissait de la destruction de J\u00e9rusalem; cela voulait dire qu'il devrait s'enfuir rapidement. Dans ce texte-ci, le sens est diff\u00e9rent: quand la fin du monde viendra, il sera trop tard pour se soucier de sauver sa vie ou ses biens.
O\u00f9 donc cela aura-t-il lieu? (37): question d\u00e9plac\u00e9e, comme dans Lc 17,20, parce que le Seigneur ne viendra pas r\u00e9unir ses \u00e9lus dans un endroit mat\u00e9riel. Ce jour-l\u00e0, les bons seront amen\u00e9s en pr\u00e9sence de Dieu aussi s\u00fbrement que les vautours se rassemblent autour du cadavre.

{N}18,{/}1: Si Dieu est juste, pourquoi ne fait-il pas justice? (Ps 44,23 , Hab 1; Za 1,12; Ap 6,9). J\u00e9sus r\u00e9pond: Le d\u00e9sirez-vous vraiment, priez-vous comme il le faut pour que Dieu fasse justice? Vous attendrez, mais ne doutez-pas qu'il fera justice.
Un juge qui se moquait des gens: c'est ce que bien des gens pensent de Dieu quand ils voient l'injustice et les absurdit\u00e9s de la vie. Mais si nous prions avec pers\u00e9v\u00e9rance, nous d\u00e9couvrirons peu \u00e0 peu que tout n'est pas aussi absurde qu'il semblait et nous parviendrons \u00e0 reconna\u00eetre dans les \u00e9v\u00e9nements le visage du Dieu qui nous aime.
S'ils crient vers lui jour et nuit. J\u00e9sus, qui insiste tellement sur notre responsabilit\u00e9 envers le monde, est aussi celui qui nous invite \u00e0 prier Dieu jour et nuit. Pourquoi les gens se divisent-ils si facilement (ou les divisons-nous) entre ceux qui prient et ceux qui agissent?
Trouvera-t-il encore la foi sur terre? J\u00e9sus confirme une opinion que l'on trouvait d\u00e9j\u00e0 chez les Juifs de son \u00e9poque. Aux derniers jours avant le jugement, le pouvoir du mal sera si grand que l'amour se refroidira chez beaucoup (Mt 24,12).
De fait, au premier av\u00e8nement de J\u00e9sus, l'Ancien Testament semble s'\u00eatre termin\u00e9 par un \u00e9chec: bien peu ont cru en lui et, quarante ans apr\u00e8s sa mort, la plupart se sont laiss\u00e9 emporter par la confusion, les faux messies et la violence qui ont pr\u00e9cipit\u00e9 la chute de la nation.

{N}18,{/}9: Les Pharisiens observaient fid\u00e8lement la loi de Dieu: ils multipliaient les je\u00fbnes et les oeuvres de charit\u00e9. Beaucoup, malheureusement, s'attribuaient le m\u00e9rite de leur vie exemplaire: leurs bonnes actions obligeaient Dieu \u00e0 les r\u00e9compenser.
Le publicain, par contre, se reconna\u00eet p\u00e9cheur envers Dieu et envers les hommes: il ne peut que demander le pardon. C'est lui qui est dans la v\u00e9rit\u00e9 et il est en gr\u00e2ce de Dieu quand il rentre chez lui (le texte dit qu'il \u00e9tait justifi\u00e9, c'est-\u00e0-dire tel que Dieu voulait le voir).
J\u00e9sus parlait pour ceux qui se flattaient d'\u00eatre des gens bien (9). Le texte dit pr\u00e9cis\u00e9ment: "d'\u00eatre des justes", ce qui fait contraste avec justifi\u00e9 au verset 14. La Bible appelle justes ceux dont la vie est en ordre devant Dieu parce qu'ils observent sa Loi; ainsi dans Mt 1,19 et Lc 1,6 Joseph et Zacharie sont appel\u00e9s justes. Cependant, en bien des endroits, on accorde une grande importance aux actes ext\u00e9rieurs qui font l'homme "juste", et chez les pharisiens comme dans tout groupe religieux qui est en m\u00eame temps un parti, ou un groupe social, cela voulait dire qu'on \u00e9tait des gens bien.
J\u00e9sus nous invite \u00e0 l'humilit\u00e9 si nous voulons avoir la seule "justice" ou droiture qui compte aux yeux de Dieu, car il ne s'agit pas de l'acqu\u00e9rir \u00e0 force de m\u00e9rites et de pratiques religieuses, mais de la recevoir de Dieu comme un don qu'il fait \u00e0 ceux qui attendent de lui pardon et saintet\u00e9. Ce n'est pas par hasard que cette parabole se trouve dans Luc, le disciple de Paul, car justement Paul, le Pharisien converti, revient constamment sur ce qu'est la vraie justice du chr\u00e9tien. Ce que Dieu veut pour nous est tellement grand que jamais nous ne pourrons l'acheter par des pratiques religieuses ou des bonnes oeuvres: mais Dieu donne tout si on lui fait confiance (voir Rm 4).
Ce n'est pas non plus par hasard que J\u00e9sus nous offre un Pharisien qui ne sait que se comparer \u00e0 un autre pour se trouver meilleur que lui. C'est l\u00e0 que le d\u00e9mon attend toutes les personnes, et tous les groupes chr\u00e9tiens, qui se flattent d'avoir choisi un chemin de conversion. Partout o\u00f9 l'on voit l'Eglise divis\u00e9e, que les raisons soient politiques ou religieuses, il y a fort \u00e0 parier qu'on aime cette situation qui permet de se comparer aux autres. Et il est bien difficile de faire partie d'un groupe de "convertis" sans regarder avec une compassion charitable les fr\u00e8res chr\u00e9tiens qui n'ont pas pris le m\u00eame chemin.

{N}19,{/}1: {C}LE POUVOIR DE JESUS{/}
A J\u00e9richo Zach\u00e9e \u00e9tait catalogu\u00e9: comment cet homme, habitu\u00e9 \u00e0 des affaires louches, pourrait-il se convertir? Quel ch\u00e2timent Dieu devait-il lui r\u00e9server! Au lieu de cela, Dieu vient chez lui.
J\u00e9sus prouve que l'Esprit le guide lorsqu'il aper\u00e7oit Zach\u00e9e parmi la foule; il comprend au m\u00eame instant qu'il est venu \u00e0 J\u00e9richo ce jour-l\u00e0 pour sauver un homme riche.
Zach\u00e9e sait que les gens le d\u00e9testent et l'envient. Pourtant il n'est pas fonci\u00e8rement mauvais: m\u00eame s'il a les mains sales, il n'a pas perdu le sens du bien: il admire secr\u00e8tement le proph\u00e8te J\u00e9sus. Dieu le sauve \u00e0 partir de cette soif secr\u00e8te de lumi\u00e8re. La faveur que J\u00e9sus lui fait le force \u00e0 manifester tout ce qu'il y a de bon et d'humain enterr\u00e9 au fond de sa conscience.
Luc nous dit qu'il accueille J\u00e9sus avec joie: cette joie manifeste la transformation qui s'est d\u00e9j\u00e0 op\u00e9r\u00e9e en lui. Apr\u00e8s cela, il saura r\u00e9parer ses mauvaises actions. Le peuple est furieux, et en cela il imite les Pharisiens: le proph\u00e8te J\u00e9sus devrait partager leur cause et leurs rancunes! Mais J\u00e9sus n'est pas un d\u00e9magogue. L'incompr\u00e9hension de la foule ne lui importe pas plus que celle des Pharisiens. J\u00e9sus montre son pouvoir une fois de plus: il a d\u00e9truit le mal en sauvant le p\u00e9cheur.

{N}19,{/}11: Les Galil\u00e9ens vont \u00e0 J\u00e9rusalem pour c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que et J\u00e9sus monte avec eux. Il sait que la mort l'attend; eux par contre sont convaincus qu'il sera proclam\u00e9 roi et lib\u00e9rateur d'Isra\u00ebl.
Dans cette parabole, J\u00e9sus fait allusion \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement politique qui a secou\u00e9 le pays: la succession mouvement\u00e9e d'H\u00e9rode le Grand. J\u00e9sus fait de cet \u00e9v\u00e9nement une image pour inviter ceux qui l'\u00e9coutent \u00e0 attendre autre chose. Il r\u00e9gnera \u00e0 son retour d'un pays lointain (sa propre mort) \u00e0 la fin des temps. En attendant, les siens sont charg\u00e9s de faire fructifier les richesses qu'il leur a donn\u00e9es. Ils ne doivent pas rester les bras crois\u00e9s en attendant son retour, parce que ses ennemis profiteront de son absence pour lutter contre son influence. Les serviteurs de J\u00e9sus prendront part \u00e0 son triomphe dans la mesure o\u00f9 ils auront travaill\u00e9.
Cette page ressemble beaucoup \u00e0 la parabole des talents (Mt 25,14). Observons cependant deux diff\u00e9rences:
D'une part, dans l'introduction et dans la conclusion, J\u00e9sus fait allusion \u00e0 la vie politique de son pays. On d\u00e9pendait de l'Empire Romain, et les roitelets locaux devaient plaire \u00e0 Rome qui les prot\u00e9geait.
D'autre part, la parabole insiste sur la justice de Dieu: chacun re\u00e7oit selon ses m\u00e9rites (sans oublier que ces m\u00e9rites sont dons de Dieu). Le bonheur des cieux n'est pas quelque chose qui peut se distribuer d'une mani\u00e8re \u00e9galitaire. Chacun conna\u00eetra Dieu et partagera ses richesses dans la mesure o\u00f9 il aura \u00e9t\u00e9 capable d'aimer au cours de sa vie. 

{N}20,{/}27: Voir le commentaire de Mc 12,8.
Luc a ses propres expressions pour parler de la r\u00e9surrection dans les verset 34-36. C'est que dans les pays de culture grecque (et Luc \u00e9crit pour eux), beaucoup croyaient en l'immortalit\u00e9 de l'\u00e2me: elle leur semblait naturelle pour des humains. Pour eux, Luc pr\u00e9cise que la vie nouvelle promise par J\u00e9sus n'est pas quelque chose de naturel. C'est un don de Dieu pour ceux qui en sont trouv\u00e9s dignes.
Ils sont fils de Dieu, puisqu'ils sont n\u00e9s de la r\u00e9surrection (36). Le texte dit: ils sont "fils de la r\u00e9surrection", ce qui est une expression typiquement h\u00e9bra\u00efque. Cette r\u00e9surrection ne consiste pas \u00e0 revenir \u00e0 la vie que nous connaissons; elle est l'oeuvre de l'Esprit de Dieu qui transforme et sanctifie ceux qu'il ressuscite. C'est pourquoi les ressuscit\u00e9s sont fils de Dieu (comme on le disait des anges), plus authentiquement que ceux de ce monde: lib\u00e9r\u00e9s du p\u00e9ch\u00e9, ils renaissent de Dieu.
Tous vivent pour lui. Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 vivre quand Dieu les a trouv\u00e9s et appel\u00e9s, et ils ne pourront pas dispara\u00eetre parce que Dieu les a enlev\u00e9s de ce monde pour les faire entrer dans son propre monde.
La foi en la r\u00e9surrection contraste avec la doctrine de la transmigration o\u00f9 l'\u00e2me rena\u00eet dans un corps, avec une situation sociale correspondant \u00e0 ce qu'elle a m\u00e9rit\u00e9. Et le cycle se poursuivra tant qu'elle n'aura pas achev\u00e9 sa purification. C'est une th\u00e9orie tr\u00e8s puissante et qui s\u00e9duit aujourd'hui beaucoup de gens en occident. On pourrait dire qu'elle est commode et qu'elle m\u00e8ne \u00e0 l'irresponsabilit\u00e9 puisque tout pourra s'arranger. En fait les hindous semblent avoir habituellement un souci moral plus grand que le n\u00f4tre et ils ont h\u00e2te d'\u00e9chapper \u00e0 ces recommencements.
La diff\u00e9rence est ailleurs. Ce sont deux conceptions de l'homme. Dans l'une, l'\u00e2me est emprisonn\u00e9e dans un corps. Dans l'autre, le corps est anim\u00e9. Dans la premi\u00e8re on lib\u00e8re l'\u00e2me, dans la seconde on sauve l'unit\u00e9 indivisible. Le corps n'est pas un rev\u00eatement de l'\u00e2me, qui pourrait passer d'un vieillard \u00e0 un nouveau-n\u00e9, mais l'expression mat\u00e9rielle de la personne. C'est pourquoi l'esp\u00e9rance chr\u00e9tienne s'enracine dans la r\u00e9surrection du corps, c'est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 pour chacun de rena\u00eetre de Dieu en Dieu et de s'exprimer alors pleinement dans un corps "glorifi\u00e9"..

{N}20,{/}45: Ils d\u00e9vorent les maisons des veuves. De tout temps des veuves croyantes ont voulu aider ceux qui passaient pour des serviteurs de Dieu, et l'on sait qu'elles ont \u00e9t\u00e9 souvent exploit\u00e9es, par des sans scrupules ou par des sectes.

{N}21,{/}5: Voir le commentaire de Mc 13,1 et Mt 24,1.
Le pays conna\u00eetra une grande d\u00e9tresse (23). Luc annonce la destruction de la nation juive plus clairement que Matthieu et Marc.
Jusqu'\u00e0 ce que les temps des nations arrivent \u00e0 leur terme (24). Luc divise l'histoire en deux p\u00e9riodes. L'une correspond \u00e0 l'Ancien Testament: c'est l'\u00e9poque o\u00f9 l'Histoire Sainte semble se confondre avec l'histoire d'Isra\u00ebl. Ensuite, apr\u00e8s J\u00e9sus, viennent les temps des nations. La destruction de la nation juive et la dispersion de ses habitants inaugurent une nouvelle \u00e9tape o\u00f9 l'Histoire Sainte sera faite de l'\u00e9vang\u00e9lisation et de l'humanisation des nations par l'Eglise. Ce sera la p\u00e9riode du Nouveau Testament qui se terminera par la grande crise mettant fin \u00e0 l'histoire humaine.

{N}21,{/}34: Veillez sur vous-m\u00eames. Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de la fin imminente de J\u00e9rusalem (28-32), Luc parle du jour o\u00f9 l'histoire humaine prendra fin avec le retour du Christ Juge (34-36). Encore une fois il nous invite \u00e0 veiller et prier, \u00e0 rester \u00e9veill\u00e9s pour la pri\u00e8re de nuit.
Afin de pouvoir vous tenir debout. Afin d'\u00e9viter les erreurs et tromperies dans les grandes \u00e9preuves qui pr\u00e9c\u00e9deront l'av\u00e8nement du Christ (2Th 2,9; 1Th 3,13). Le Notre P\u00e8re exprime la m\u00eame pr\u00e9occupation pour ceux qui attendent la venue du Royaume: ne nous soumets pas \u00e0 la tentation.
En r\u00e9alit\u00e9, la pri\u00e8re de jour et de nuit fait mieux que pr\u00e9venir les chutes possibles: elle est une des formes de notre coop\u00e9ration au plan divin. Bien des fois dans l'histoire on en a vu l'efficacit\u00e9 pour h\u00e2ter des d\u00e9livrances; elle avance la venue du Seigneur.

{N}22,{/}7: O\u00f9 veux-tu que nous la pr\u00e9parions? Tel \u00e9tait le premier souci des p\u00e8lerins \u00e0 J\u00e9rusalem: trouver une maison o\u00f9 ils pourraient manger l'agneau sacrifi\u00e9.
Vous rencontrerez un homme. C'\u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement les femmes qui portaient les cruches d'eau; il \u00e9tait donc facile d'identifier un homme avec une cruche. J\u00e9sus savait que Judas le trahissait et il ne voulait pas indiquer \u00e0 l'avance le lieu o\u00f9 il c\u00e9l\u00e9brerait la c\u00e8ne: on aurait pu l'y surprendre. C'est pourquoi il se fie \u00e0 son intuition proph\u00e9tique: le lieu de la derni\u00e8re c\u00e8ne sera d\u00e9sign\u00e9 par le P\u00e8re. En effet, c'\u00e9tait la maison d'un disciple de J\u00e9sus \u00e0 J\u00e9rusalem, un homme riche. Cette maison est peut-\u00eatre celle o\u00f9 les ap\u00f4tres se sont r\u00e9unis apr\u00e8s la mort de J\u00e9sus et o\u00f9 l'Eglise a commenc\u00e9.

{N}22,{/}14: Voir le commentaire de Mc 14,12.
J\u00e9sus s'installe pour le repas. Le texte dit plus pr\u00e9cis\u00e9ment qu'il "s'allongea", selon la coutume dans les banquets: les invit\u00e9s s'allongeaient sur des coussins autour de la table.
Il est tr\u00e8s difficile de savoir si ce dernier repas de J\u00e9sus a commenc\u00e9 par le repas de l'agneau pascal, se terminant par l'eucharistie, ou si J\u00e9sus a simplement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l'eucharistie sans partager la P\u00e2que. De toute fa\u00e7on, l'Evangile veut nous enseigner que l'eucharistie sera pour l'Eglise ce que la P\u00e2que \u00e9tait pour le peuple d'Isra\u00ebl.
On lui passe une coupe. Celui qui pr\u00e9sidait le repas pascal prenait quatre coupes qu'il b\u00e9nissait et que les participants se passaient les uns aux autres.
Je ne boirai plus du produit de la vigne. D\u00e9j\u00e0 pour les Juifs, le repas pascal \u00e9tait une image anticip\u00e9e du banquet du Royaume de Dieu, ce qui devait se v\u00e9rifier d'une mani\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9ciale pour J\u00e9sus cette nuit-l\u00e0.
Ceci est mon corps (19). Est-ce que le pain consacr\u00e9 est le symbole du corps du Christ, ou bien le corps du Christ? Il y a eu \u00e0 ce sujet des controverses interminables entre catholiques et protestants. Les premiers affirmaient que le pain est vraiment le corps du Christ; les protestants maintenaient que le pain ne contient pas la pr\u00e9sence physique du corps du Christ et ils le consid\u00e9raient comme un simple symbole. De part et d'autre il y a eu un effort de compr\u00e9hension mutuelle.
L'Eglise catholique affirme que le pain consacr\u00e9 est \u00e0 la fois symbole et r\u00e9alit\u00e9. Il n'y a pas l\u00e0 seulement une image du corps du Christ. Cependant cette pr\u00e9sence n'est pas celle d'une r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle, comme si nous pouvions dire: "J\u00e9sus est \u00e0 deux m\u00e8tres de moi". Le corps du Christ est pr\u00e9sent, mais par le signe sacramentel du pain et du vin, et il est pr\u00e9sent dans la mesure o\u00f9 il est symbolis\u00e9. Le pain \u00e9tant aliment, le corps du Christ est pr\u00e9sent comme pain de vie. A la communion nous recevons le corps du Christ ressuscit\u00e9 (raison de plus de penser qu'il ne s'agit pas d'une pr\u00e9sence mat\u00e9rielle, mais d'une autre sorte, non moins r\u00e9elle mais diff\u00e9rente) pour qu'il soit en nous force et vie. Pour le croyant qui communie, sa pr\u00e9sence est une r\u00e9alit\u00e9 myst\u00e9rieuse et int\u00e9rieure. Le but essentiel de l'eucharistie est de signifier, de renouveler et de renforcer la communion entre J\u00e9sus et ceux qui participent \u00e0 la table du Seigneur.
Mon sang r\u00e9pandu pour vous (20). J\u00e9sus nous donne le sens de sa mort: il sera le serviteur de Yahv\u00e9 promis par Isa\u00efe (53,12) qui prend sur lui les p\u00e9ch\u00e9s de la multitude. C'est pourquoi, dans Matthieu et Marc, J\u00e9sus dit: "Mon sang r\u00e9pandu pour une multitude". Cette multitude d\u00e9signe en premier lieu les chr\u00e9tiens: c'est pourquoi nous lisons ici, vers\u00e9 pour vous, de m\u00eame que dans 1Co 11,24.
La nouvelle alliance: voir le commentaire de Mc 14,12.
Faites cela en m\u00e9moire de moi. Par ces mots, J\u00e9sus institue l'eucharistie que l'Eglise c\u00e9l\u00e9brera apr\u00e8s lui. En m\u00e9moire de moi, mais pas pour se souvenir d'un mort. A la P\u00e2que, les Juifs rappelaient l'intervention de Dieu qui les avait d\u00e9livr\u00e9s de l'Egypte: dans l'eucharistie nous rappelons l'intervention de Dieu qui nous sauve par le sacrifice de son Fils.

{N}22,{/}24: Apr\u00e8s avoir racont\u00e9 la c\u00e8ne (Mc 14,12), Luc cite quelques souvenirs de la conversation qui suivit le repas et au cours de laquelle J\u00e9sus dit adieu \u00e0 ses ap\u00f4tres. En r\u00e9alit\u00e9, J\u00e9sus se retrouve seul. Il semblerait qu'ils n'ont rien appris pendant tant de mois et, \u00e0 la fin de la c\u00e8ne qui \u00e9tait la premi\u00e8re eucharistie, ils n'expriment que des pr\u00e9occupations tr\u00e8s humaines.
Les ap\u00f4tres rivalisent pour avoir la premi\u00e8re place dans le Royaume: quelle id\u00e9e se font-ils encore du Royaume? Pourtant pendant le repas J\u00e9sus s'\u00e9tait comport\u00e9 comme le serviteur de la maison (Jn 13,1).
Vous si\u00e9gerez... J\u00e9sus partage tout avec les siens, avec ceux qui se sont engag\u00e9s dans son oeuvre. Les douze tribus d'Isra\u00ebl: c'est-\u00e0-dire tout le peuple de Dieu, nous tous qui, venant de toutes les nations, avons accept\u00e9 la foi des ap\u00f4tres.
Pierre croit que parce qu'il est le chef, il sera plus fort que les autres. J\u00e9sus par contre voit la future mission de Pierre et, malgr\u00e9 sa chute, il d\u00e9sire lui accorder une gr\u00e2ce sp\u00e9ciale afin qu'il puisse affermir les autres. C'est la mani\u00e8re d'agir de J\u00e9sus: il sauve ce qui \u00e9tait perdu et, ayant rencontr\u00e9 chez Pierre l'incurable faiblesse humaine, il se sert de lui pour donner \u00e0 l'Eglise une fermet\u00e9 \u00e0 laquelle aucune autre soci\u00e9t\u00e9 humaine ne pourrait pr\u00e9tendre. La continuit\u00e9 de l'Eglise tout au long des si\u00e8cles sera due en partie aux papes, les successeurs de Pierre.
A la fin J\u00e9sus dit de fa\u00e7on figur\u00e9e que la crise annonc\u00e9e tant de fois est proche: les ap\u00f4tres le comprennent mal et cherchent leurs \u00e9p\u00e9es.

{N}22,{/}39: Il semble que J\u00e9sus ait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la P\u00e2que dans une maison du sud-ouest de la vieille ville de J\u00e9rusalem. Il est descendu par une ruelle en escaliers conduisant \u00e0 la vall\u00e9e du Tyrop\u00e9on; il est mont\u00e9 jusqu'au quartier de l'Ophel, la vieille ville de David, pour redescendre vers le torrent du C\u00e9dron presque toujours sans eau. De l\u00e0, il a d\u00fb prendre le sentier qui gravissait le Mont des Oliviers. On l'appelait ainsi parce que son versant ouest \u00e9tait couvert d'oliviers. J\u00e9sus est entr\u00e9 dans le jardin de Geths\u00e9mani, un nom qui veut dire en aram\u00e9en "pressoir \u00e0 huile". Ce domaine appartenait peut-\u00eatre \u00e0 un des disciples de J\u00e9sus, puisque J\u00e9sus y \u00e9tait all\u00e9 bien des fois (Jn 18,2).
Une bonne part des anciens manuscrits de l'\u00e9vangile n'ont pas les versets 43-44: ils ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s semble-t-il parce que beaucoup \u00e9taient choqu\u00e9s par ce t\u00e9moignage de la "faiblesse" du Christ.
Il entra en agonie. J\u00e9sus a certainement ressenti comme nous tous, et plus encore peut-\u00eatre, l'horreur de la mort. Mais il a d\u00fb aussi \u00eatre assailli par une vision d\u00e9sesp\u00e9rante du p\u00e9ch\u00e9 du monde, par l'effet de la pr\u00e9sence du P\u00e8re Tr\u00e8s Saint. Si nous voulons comprendre un peu ce qui s'est pass\u00e9 \u00e0 ce moment, nous devons \u00e9couter les t\u00e9moignages des saints qui ont fait l'exp\u00e9rience de cette terrible \u00e9preuve, \u00e0 leur mani\u00e8re. 
Un ange du ciel (43). La Bible parle parfois d'un ange pour indiquer que Dieu intervient d'une mani\u00e8re myst\u00e9rieuse pour encourager, enseigner ou punir... Cet ange nous rappelle celui qui est venu encourager Elie (1R 19,4). Nous devons comprendre que Dieu a voulu donner \u00e0 J\u00e9sus une aide sp\u00e9ciale pour surmonter cette \u00e9preuve exceptionnelle. L\u00e0 encore il nous faudrait le t\u00e9moignage des saints pour comprendre un peu.
Sa sueur devint comme des gouttes de sang. Il s'agit d'un sympt\u00f4me que les m\u00e9decins connaissent, d\u00fb tout \u00e0 la fois \u00e0 l'anxi\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la souffrance.
L'heure et la forme de l'arrestation de J\u00e9sus sont bien celles qui convenaient \u00e0 leurs auteurs: ils faisaient le mal, pouss\u00e9s par le Pouvoir des t\u00e9n\u00e8bres. 

{N}22,{/}54: {C}POURQUOI L'ONT-ILS TU\u00c9?{/}
Pour les deux jugements de J\u00e9sus, l'un religieux, l'autre politique, voir le commentaire de Mc 14,53.
Le jugement et la condamnation \u00e0 mort de J\u00e9sus ne diff\u00e8rent pas tellement de ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 beaucoup de chr\u00e9tiens. Le simple fait de pr\u00e9f\u00e9rer les plus pauvres, d'instruire les gens du peuple pour qu'ils deviennent libres et responsables, n'est un crime dans aucun pays; pourtant, tout au long des si\u00e8cles il n'a pas fallu davantage pour s'attirer calomnies et pers\u00e9cution. Par ailleurs nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que J\u00e9sus pr\u00eachait dans des circonstances extr\u00eamement difficiles puisque sa nation \u00e9tait soumise \u00e0 la loi de l'occupant romain et que tout message de lib\u00e9ration sentait la subversion.
Les accusateurs et juges de J\u00e9sus avaient bien des raisons pour le d\u00e9tester. Cependant l'Evangile rapporte que les accusations se sont centr\u00e9es sur un point essentiel de son enseignement. On a condamn\u00e9 J\u00e9sus parce qu'il s'attribuait un rang divin: le Christ, le Fils de Dieu , celui qui si\u00e9gerait \u00e0 la droite de Dieu.
Les grands pr\u00eatres de l'\u00e9poque \u00e9taient choisis parmi quelques grandes familles qui luttaient pour ce poste; outre le pouvoir, il mettait entre leurs mains l'argent du Temple. Anne et ses fils (et son gendre Ca\u00efphe) sont connus pour avoir agi d'une mani\u00e8re scandaleuse, \u00e9touffant les protestations avec les b\u00e2tons de leurs gardes qui formaient une milice ill\u00e9gale. Depuis plus d'un si\u00e8cle, avec les Pharisiens et les Anciens, membres des grandes familles du pays, ils formaient le Sanh\u00e9drin ou Grand Conseil.

{N}23,{/}1: Pilate ne veut pas condamner J\u00e9sus, en partie parce qu'il d\u00e9teste les pr\u00eatres Juifs; c'est pourquoi il l'envoie \u00e0 H\u00e9rode. En rev\u00eatant J\u00e9sus d'un habit splendide, H\u00e9rode le traite comme un fou qui pr\u00e9tend \u00eatre roi.
A partir de ce jour-l\u00e0, ils devinrent amis (12): parce qu'en d\u00e9pit de leurs diff\u00e9rences, ils se rendirent compte qu'ils appartenaient \u00e0 la m\u00eame classe de ceux qui peuvent se permettre de jouer avec la vie d'un homme du peuple.

{N}23,{/}18: Barabbas \u00e9tait peut-\u00eatre un des terroristes qui harcelaient les oppresseurs romains. Les grands pr\u00eatres les d\u00e9testaient, car eux-m\u00eames voulaient \u00eatre en paix avec les Romains. Ce sont eux pourtant qui persuadent le peuple de demander la lib\u00e9ration de Barabbas. Quant au peuple qui d\u00e9teste ces pr\u00eatres, il se laisse convaincre: c'est ainsi qu'\u00e9choue le calcul de Pilate qui voulait rel\u00e2cher J\u00e9sus.

{N}23,{/}27: Que fera-t-on du bois sec? (31) J\u00e9sus avait enseign\u00e9 que le sacrifice accept\u00e9 donne des fruits; mais ici, il d\u00e9plore les souffrances inutiles d'un peuple qui a laiss\u00e9 passer l'heure et qui va se perdre par sa propre faute. 
Une foule nombreuse le suivait... surtout des femmes. Luc est le seul \u00e9vang\u00e9liste \u00e0 noter leur compassion. Contrairement \u00e0 Matthieu qui insiste sur la culpabilit\u00e9 du peuple juif, Luc veut signaler que beaucoup se sont \u00e9mus de la condamnation de J\u00e9sus.

{N}23,{/}39: Les chefs des Juifs ont plac\u00e9 J\u00e9sus \u00e0 l'endroit qui lui correspondait, puisqu'il avait d\u00e9cid\u00e9 d'assumer nos p\u00e9ch\u00e9s. Les deux hommes \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s regardent celui qui est venu partager leur sort et mourir avec eux._Aujourd'hui m\u00eame, tu seras avec moi dans le paradis. J\u00e9sus n'avait cess\u00e9 de rappeler l'absolue gratuit\u00e9 du salut,; il \u00e9tait venu appeler non pas les justes mais les p\u00e9cheurs. En cette heure d\u00e9cisive o\u00f9 il passe de ce monde \u00e0 son P\u00e8re, J\u00e9sus confirme sa parole de la fa\u00e7on la plus \u00e9clatante que l'on puisse imaginer. A ce condamn\u00e9 \u00e0 mort, qui va jusqu'\u00e0 reconna\u00eetre: pour nous c'est justice et qui n'a d'autre titre de recommandation que sa confiance humble et aimante, J\u00e9sus, du haut de sa croix, d\u00e9clare: aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. Ecoutons Bossuet: "Aujourd'hui: quelle promptitude! Avec moi: quelle compagnie! Dans le paradis: quel s\u00e9jour!". Qui apr\u00e8s cela peut encore douter de la mis\u00e9ricorde de Dieu, qui peut encore avancer ses m\u00e9rites?

{N}24,{/}1: Le Seigneur J\u00e9sus (3): avec ces mots, Luc nous dit que J\u00e9sus ressuscit\u00e9 est entr\u00e9 dans une existence diff\u00e9rente de celle d'ici-bas. N'oublions pas ce qui suit:
1) Aucun des \u00e9vangiles ne d\u00e9crit la r\u00e9surrection de J\u00e9sus: c'est un \u00e9v\u00e9nement qui \u00e9chappe au regard de l'homme.
2) Nous nous posons parfois cette question parce que nous oublions que J\u00e9sus est pass\u00e9 de la mort \u00e0 la Vie. Pass\u00e9 de ce monde aupr\u00e8s du P\u00e8re, J\u00e9sus \u00e9chappe au temps et aux distances: ne cherchons donc pas \u00e0 \u00e9tablir un itin\u00e9raire de J\u00e9sus ressuscit\u00e9. Il appara\u00eet d\u00e9sormais aux temps et aux lieux qu'il a choisis pour confirmer la foi de ceux qui vont \u00eatre ses premiers t\u00e9moins.
De ces apparitions diverses et multiples, chacun des \u00e9vang\u00e9listes retient celles qui lui semblent \u00e9tayer le mieux son projet. Apr\u00e8s avoir fait ce choix il les ordonne dans son texte en toute libert\u00e9, comme il le fait en regroupant les miracles ou les paroles de J\u00e9sus.
La pr\u00e9dication des ap\u00f4tres concernant la r\u00e9surrection repose sur deux faits: le tombeau vide et les apparitions (voir le commentaire de Mt 28,1).
3) Avant que les \u00e9vangiles ne soient \u00e9crits, la premi\u00e8re lettre de Paul aux Corinthiens donnait d\u00e9j\u00e0 une liste des apparitions de J\u00e9sus (voir 1Co 15,3).
4) Bien que les quatre \u00e9vangiles soient d'accord sur l'essentiel, il y a de grosses diff\u00e9rences quant \u00e0 l'ordre et au lieu des apparitions. Luc ne parle pas d'apparitions en Galil\u00e9e. Matthieu donne l'impression que tout ce qui \u00e9tait important a eu lieu en Galil\u00e9e et que c'est l\u00e0 aussi qu'a eu lieu l'Ascension. Paul mentionne d'abord une apparition \u00e0 Pierre, mais il ne parle pas des femmes (que valait d'ailleurs leur t\u00e9moignage pour des Juifs?).

{N}24,{/}13: Ces deux disciples rentraient chez eux et retournaient \u00e0 leur travail apr\u00e8s avoir perdu tout espoir; mais nous avons pris l'habitude de les appeler les p\u00e8lerins d'Emma\u00fcs. Nous remarquerons dans cette page d'Evangile avec quel soin Luc emploie tour \u00e0 tour les verbes: voir et reconna\u00eetre. En effet l'\u00e9vang\u00e9liste veut nous montrer qu'apr\u00e8s sa r\u00e9surrection J\u00e9sus ne peut plus \u00eatre vu avec les yeux du corps, il est pass\u00e9 de ce monde aupr\u00e8s de son P\u00e8re, et ce monde nouveau \u00e9chappe \u00e0 nos sens. Mais c'est avec ce regard nouveau, cette lumi\u00e8re de la foi, que nous le reconnaissons pr\u00e9sent et agissant en nous et autour de nous. Si l'histoire de l'Eglise est marqu\u00e9e de quelques visions exceptionnelles, de quelques apparitions du ressuscit\u00e9, le peuple des croyants, lui, est invit\u00e9 \u00e0 le reconna\u00eetre dans la foi.
Cl\u00e9ophas (18): il \u00e9tait mari\u00e9 avec Marie, la m\u00e8re de Jacques et de Joset (voir Jn 19,25 et Mc 15,40).
Cl\u00e9ophas et ses compagnons \u00e9taient p\u00e9lerins dans la mesure o\u00fa ils avaient suivi J\u00e9sus, portant les esp\u00e9rances de leur peuple, toujours en macrche vers les promesses de Dieu. Mais \u00e0 la fin il n'y avait rien eu d'autre que la mort de J\u00e9sus
J\u00e9sus lui-m\u00eame fait route avec eux: lorsque deux ou trois sont r\u00e9unis en mon nom, avait dit J\u00e9sus, je suis au milieu d'eux (Mt 18,20). Les p\u00e8lerins d\u00e9courag\u00e9s ne sont pas abandonn\u00e9s, J\u00e9sus en personne chemine avec eux, comme il le fait avec nous dans nos plus grands d\u00e9couragements. J\u00e9sus se manifeste donc \u00e0 eux et leur enseigne que l'on n'entre pas dans le Royaume sans passer par la mort.
Leurs yeux \u00e9taient emp\u00each\u00e9s de le reconna\u00eetre (16). Par cette expression qui rappelle Jn 14,19, Luc souligne qu'apr\u00e8s sa r\u00e9surrection J\u00e9sus ne sera reconnu que par ceux qui s'ouvriront \u00e0 sa vie. Ce n'est donc pas avec les yeux de leur corps que les disciples d'Emma\u00fcs, et apr\u00e8s eux tous les croyants, reconna\u00eetront J\u00e9sus, mais avec le regard nouveau de la foi.
En commen\u00e7ant par Mo\u00efse, et ensuite les proph\u00e8tes (27). Souvenons-nous que "Mo\u00efse et les proph\u00e8tes "est une fa\u00e7on de d\u00e9signer l'Ecriture. J\u00e9sus les invite donc \u00e0 passer de la foi d'Isra\u00ebl, ou de l'espoir d'un heureux avenir pour toute la nation, \u00e0 la foi en lui, acceptant le myst\u00e8re de son rejet et de sa passion.
Tout ce qui le concernait dans les Ecritures (27). J\u00e9sus n'a pas seulement rappel\u00e9 les textes annon\u00e7ant sa passion et sa r\u00e9surrection comme Is 50; Is 52,13; Za 12,11; Ps 22; Ps 69; mais aussi ceux qui montraient l'accomplissement du plan de Dieu par les \u00e9preuves et les humiliations.
Il en est de m\u00eame pour nous, croyants impatients qui nous plaignons si souvent. J\u00e9sus pourtant ne nous laisse pas seuls. Il est ressuscit\u00e9, non pas pour si\u00e9ger au ciel mais pour pr\u00e9c\u00e9der l'humanit\u00e9 en p\u00e8lerinage, et il nous attire vers ce dernier jour o\u00f9 il viendra \u00e0 notre rencontre.
L'Eglise fait alors pour nous ce que J\u00e9sus a fait pour les deux disciples. D'abord elle nous enseigne "l'interpr\u00e9tation des Ecritures": ce qui est important pour comprendre la Bible n'est pas de savoir beaucoup de textes par coeur, mais de d\u00e9couvrir les fils qui relient les divers \u00e9v\u00e9nements et de comprendre le plan de Dieu \u00e0 travers l'histoire des hommes. Au cours de sa premi\u00e8re le\u00e7on biblique, J\u00e9sus leur a enseign\u00e9 que le Christ devait souffrir.
L'Eglise ensuite c\u00e9l\u00e8bre l'eucharistie. Notons comment Luc s'exprime: il prit le pain, il le b\u00e9nit et, apr\u00e8s l'avoir rompu, il le leur donna; les croyants employaient ces quatre expressions pour parler de l'eucharistie. Nous pouvons nous rapprocher de J\u00e9sus en conversant et en m\u00e9ditant ses paroles; nous constatons sa pr\u00e9sence dans nos r\u00e9unions fraternelles, mais il se fait reconna\u00eetre d'une mani\u00e8re diff\u00e9rente quand nous partageons le pain qui est son corps.

{N}24,{/}36: D\u00e8s le jour de sa r\u00e9surrection, J\u00e9sus est retourn\u00e9 \u00e0 la vie glorieuse. S'il a voulu cependant rencontrer encore ses disciples \u00e0 plusieurs reprises, c'\u00e9tait pour leur faire comprendre que sa nouvelle condition n'\u00e9tait pas une vie diminu\u00e9e, mais bien au contraire l'entr\u00e9e d\u00e9finitive dans la "pl\u00e9nitude de la vie".
Dans ce chapitre nous mettons entre parenth\u00e8ses divers membres de phrase qui manquent dans une partie des plus anciens manuscrits et qui peut-\u00eatre ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s post\u00e9rieurement.

{N}24,{/}44: J\u00e9sus profite de ces rencontres pour expliquer \u00e0 ses ap\u00f4tres le sens de sa courte et fulgurante mission: il nous a sauv\u00e9s du p\u00e9ch\u00e9, ce qui veut dire aussi qu'il a r\u00e9organis\u00e9 l'histoire de fa\u00e7on \u00e0 ressusciter l'humanit\u00e9.
Il faut que s'accomplisse tout ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 mon sujet. Il fallait que s'accomplisse ce que les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9 d'un sauveur qui serait rejet\u00e9 et qui prendrait sur lui le p\u00e9ch\u00e9 de son peuple. Quel p\u00e9ch\u00e9? Les p\u00e9ch\u00e9s de tout le monde \u00e9videmment, mais aussi la violence de toute la soci\u00e9t\u00e9 juive \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus. C'est ce p\u00e9ch\u00e9 qui de fa\u00e7on plus imm\u00e9diate l'a conduit \u00e0 la croix.
En r\u00e9alit\u00e9 ce chemin de mort et de r\u00e9surrection n'\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus, mais aussi \u00e0 son peuple. A ce moment-l\u00e0 Isra\u00ebl, soumis \u00e0 l'empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions terrestres: autonomie, orgueil national, sup\u00e9riorit\u00e9 religieuse des Juifs par rapport aux autres peuples... pour rena\u00eetre comme peuple de Dieu dispers\u00e9 parmi toutes les nations et devenir t\u00e9moin actif du salut. Une minorit\u00e9 est entr\u00e9e dans ce chemin que J\u00e9sus indiquait et cela a \u00e9t\u00e9 le commencement de l'Eglise: pr\u00eachez en son nom \u00e0 toutes les nations.
Conversion et pardon en son nom. La conversion chr\u00e9tienne n'est pas comme passer d'un parti \u00e0 un autre, d'un groupe religieux \u00e0 un autre. Elle signifie une refonte de la personne. Mais les personnes font partie d'une soci\u00e9t\u00e9, d'un monde, d'une histoire. C'est pourquoi la pr\u00e9dication aux nations ne se limite pas \u00e0 proclamer le message de J\u00e9sus sauveur, elle signifie aussi l'\u00e9ducation des nations pour qu'elles retrouvent le plan de Dieu sur l'homme. Luc a parl\u00e9 des "temps des nations" (21,24), et d\u00e9j\u00e0 nous voyons se b\u00e2tir la communaut\u00e9 internationale. Cette \u00e9vang\u00e9lisation ne pouvait se faire en dix ou en cent ans.
De cela vous \u00eates t\u00e9moins (48). J\u00e9sus fait de ses ap\u00f4tres les t\u00e9moins officiels de son Evangile; ils seront les garants de la foi.
Restez dans la ville. Les ap\u00f4tres ne sont pas en mesure de commencer tout de suite la mission. Ils vont se consacrer \u00e0 renforcer les rapports fraternels et la ferveur de la communaut\u00e9, attendant le moment choisi par le P\u00e8re pour leur donner la puissance d'en haut.
Je vais envoyer sur vous ce que mon P\u00e8re a promis. J\u00e9sus ne pouvait pas affirmer avec plus de force son autorit\u00e9 divine et l'unit\u00e9 des trois personnes en Dieu.
C'est ainsi que se termine le premier livre de Luc. Les Actes des Ap\u00f4tres, \u00e9crits apr\u00e8s l'\u00e9vangile, commencent pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 cet Evangile prend fin.

