{N}1,{/}1: Dans les versets 1 \u00e0 13, Marc nous donne en trois petits tableaux, trois grands axes de son \u00e9vangile:
- (1-7) Jean-Baptiste annonce la venue de l'Envoy\u00e9 de Dieu: ce J\u00e9sus dont nous parlera l'Evangile a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9, pr\u00e9par\u00e9 par tous les grands t\u00e9moins de l'Ancien Testament. En lui et par lui va s'accomplir le salut de Dieu.
- (9-10) J\u00e9sus descend dans le Jourdain pour ouvrir aux hommes les portes de la v\u00e9ritable Terre Promise: il est le Fils bien aim\u00e9 du P\u00e8re sur qui repose l'Esprit. J\u00e9sus vient r\u00e9v\u00e9ler le myst\u00e8re de Dieu, le myst\u00e8re d'amour du Dieu P\u00e8re, Fils et Esprit.
- (11-13) Comme le Messie annonc\u00e9 par Isa\u00efe (Is 11), J\u00e9sus est en paix avec les b\u00eates sauvages comme avec les anges. En lui et par lui va s'accomplir la r\u00e9conciliation de toute la Cr\u00e9ation avec son Dieu.

{N}1,{/}14: Dieu s'est fait homme. J\u00e9sus partage la vie du peuple de son temps, et comme les proph\u00e8tes il enseigne par ses paroles et ses actes.
Les d\u00e9lais sont accomplis: qu'est-ce que cela veut dire? les temps fix\u00e9s par Dieu sont arriv\u00e9s \u00e0 leur terme (Gal 4,4; Eph 1,10), le temps de la pr\u00e9paration est achev\u00e9 et la manifestation de Dieu, annonc\u00e9e par les proph\u00e8tes, est toute proche.
Convertissez-vous et croyez \u00e0 la Bonne Nouvelle: Dieu n'attend pas de l'homme des "oeuvres", mais il les appelle \u00e0 la foi. "D\u00e9pouillez-vous de tout ce qui vous encombre, de tout ce qui vous emp\u00eache de l'entendre et de le voir, et croyez  ! Croyez que c'est lui et lui seul qui peut vous sauver!"
Suivez-moi (17): J\u00e9sus appelle et embauche les hommes. Il est venu "pour rassembler dans l'unit\u00e9 les enfants de Dieu dispers\u00e9s" (Jn 11,52): le rassemblement des premiers ap\u00f4tres autour de lui en est le signe. De m\u00eame tout au long des si\u00e8cles le rassemblement des hommes dans l'unique Eglise de J\u00e9sus-Christ sera le signe de l'oeuvre du salut que Dieu r\u00e9alise par son Fils. J\u00e9sus lance une invitation pressante et exigeante \u00e0 travailler avec lui pour le Royaume.
Eux aussit\u00f4t le suivirent (1,18), c'est-\u00e0-dire qu'ils commenc\u00e8rent \u00e0 vivre avec lui, laissant leur famille et leur travail. Comme les ma\u00eetres en religion de son \u00e9poque, comme les rabbins, J\u00e9sus instruit ses premiers disciples et leur communique les enseignements qu'ils transmettront \u00e0 d'autres dans l'Eglise.
Simon, Andr\u00e9, Jacques et Jean. J\u00e9sus les connaissait d\u00e9j\u00e0: il les avait rencontr\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 Jean-Baptiste pr\u00eachait (Jn 1,35). Le premier noyau des disciples est ce groupe naturel de p\u00eacheurs du lac dont Pierre semble \u00eatre le leader. Des hommes sans doute jeunes, rest\u00e9s disponibles, dans un temps et une culture o\u00f9 l'on \u00e9tait moins esclave que nous ne le sommes des contraintes du travail. 

{N}1,{/}21: Au d\u00e9but de son minist\u00e8re, J\u00e9sus pr\u00eache dans les synagogues. La synagogue est la maison de pri\u00e8re des Juifs. Ils s'y rassemblent tous les samedis pour chanter les psaumes et y lire la Bible. Le responsable pr\u00eache et invite les autres \u00e0 prendre la parole. C'est l\u00e0 que J\u00e9sus se fait conna\u00eetre. Il n'est pas comme les autres ma\u00eetres de la loi qui r\u00e9p\u00e8tent, interpr\u00e8tent et s'appuient sur les opinions de quelqu'un d'autre. J\u00e9sus parle en son propre nom et avec autorit\u00e9, "En v\u00e9rit\u00e9, je vous dis..."

{N}1,{/}23: C'est avec la m\u00eame autorit\u00e9 que J\u00e9sus expulse les d\u00e9mons. Par ce geste, J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le qu'il est venu pour nous d\u00e9livrer de l'influence du d\u00e9mon lequel cherche \u00e0 ruiner dans l'homme l'image de Dieu.
A l'\u00e9poque de J\u00e9sus il y avait des personnes poss\u00e9d\u00e9es par le d\u00e9mon; il y en a aussi dans le temps de l'Eglise qui est le n\u00f4tre. Mais une chose est parler des d\u00e9mons, ces cas de possession o\u00f9 l'esprit du mal se cache dans un d\u00e9sordre mental, autre chose est parler du d\u00e9mon, cet esprit bien myst\u00e9rieux que Jean appelle le Gouverneur du Monde (Jn 14,30).
Qui y croit vraiment dans notre soci\u00e9t\u00e9 moderne? Car son triomphe est de se faire ignorer. Apparemment chacun de nous est assez grand pour faire le mal tout seul, mais nous tomberions peut-\u00eatre moins si nous savions que quelqu'un, beaucoup plus intelligent  que nous, et qui a le bras plus long, m\u00e8ne derri\u00e8re notre dos des affaires que nous croyons dominer.
Le d\u00e9mon est pr\u00e9sent dans toute la marche de l'histoire et \u00e0 tous les niveaux de l'activit\u00e9 moderne, afin de pervertir ce que nous cr\u00e9ons et de faire de tout progr\u00e8s un nouvel esclavage. Beaucoup ont parl\u00e9 du d\u00e9mon \u00e0 l'oeuvre dans les soci\u00e9t\u00e9s totalitaires: il n'est pas moins pr\u00e9sent dans nos soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales. On parlera des mafias, de l'exploitation du sexe, de l'argent-roi... D\u00e9j\u00e0 nous savons que tous les moyens humains sont impuissants pour y rem\u00e9dier si Dieu ne s'en m\u00eale pas. Ici J\u00e9sus nous montre, et il nous dira (3,15; 3,27), que le royaume de Dieu ne reste pas en paroles, mais qu'il est force.
Le d\u00e9mon voit imm\u00e9diatement ceux qui menacent son empire, et il essaye de les renverser ou de les aveugler: J\u00e9sus va donc le rencontrer \u00e0 chaque instant. 

{N}1,{/}29: Ici se manifeste la confiance toute simple de Pierre. J\u00e9sus est entr\u00e9 dans la maison et on lui parle de cette femme qui est alit\u00e9e. J\u00e9sus apporte la paix et la sant\u00e9, il nous montre comment rendre visite aux malades. Quoi de plus naturel que d'aller les visiter apr\u00e8s la messe? L'int\u00e9r\u00eat et l'amour de leurs fr\u00e8res dans le Christ attire sur eux les bienfaits de Dieu.
D\u00e8s que le soleil fut couch\u00e9. N'oublions pas que nous sommes au jour du sabbat, c'est-\u00e0-dire "du repos" hebdomadaire. Chez les Juifs les jours se comptent \u00e0 partir du coucher du soleil, et la nuit pr\u00e9c\u00e8de le jour, comme le dit Gen\u00e8se 1,5. Tout le monde observe le sabbat, et J\u00e9sus aussi bien entendu, et l'on a une telle h\u00e2te de lui amener les malades qu'on le fait d\u00e8s que le sabbat se termine, \u00e0 la tomb\u00e9e du jour.

{N}1,{/}35: Depuis leur enfance les ap\u00f4tres connaissaient Dieu et le priaient, mais lorsqu'ils commencent \u00e0 vivre avec J\u00e9sus, ils comprennent tout de suite qu'il y a quelque chose d'extraordinaire en lui. Ils sont particuli\u00e8rement frapp\u00e9s par l'intimit\u00e9 qui existe entre lui et Dieu.
En vivant avec J\u00e9sus, ils \u00e9prouveront le d\u00e9sir de mieux conna\u00eetre le P\u00e8re, un peu comme J\u00e9sus le conna\u00eet (Lc 11,1; Jn 14,8; 15,15).

{N}1,{/}40: {C}LES MARGINALIS\u00c9S{/}
_J\u00e9sus quitte Capharna\u00fcm pour annoncer la Bonne Nouvelle aux familles plus pauvres des campagnes. Il y rencontre les l\u00e9preux. La l\u00e8pre n'est pas seulement une terrible maladie, quand elle n'est pas soign\u00e9e, mais on la croyait tr\u00e8s contagieuse. C'est pour cette raison que les l\u00e9preux devaient vivre en dehors des villes, loin des agglom\u00e9rations. D'autre part, on regardait la l\u00e8pre comme un ch\u00e2timent de Dieu, de sorte que la religion juive d\u00e9clarait les l\u00e9preux impurs.
Par le geste de J\u00e9sus, la chair du l\u00e9preux redevient saine. J\u00e9sus a fait mieux qu'une simple gu\u00e9rison: le l\u00e9preux va \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9. A partir de ce moment-l\u00e0, il redevient un homme comme les autres, et on ne l'\u00e9vitera plus. La loi de Dieu et des hommes reconna\u00eetra sa dignit\u00e9.
La Bonne Nouvelle ne se limite pas \u00e0 des paroles, mais elle produit un changement. Avec elle il n'y aura plus de personnes marginalis\u00e9es.
N'en parle \u00e0 personne... (43) Tr\u00e8s souvent, en particulier dans l'\u00e9vangile de Marc, J\u00e9sus donne cet ordre \u00e0 ceux qu'il vient de gu\u00e9rir de leur mal ou de d\u00e9livrer du d\u00e9mon (1,25; 1,34; 1,44; 3,12; 5,43; 7,36; 8,26; 8,30). Cependant une remarque s'impose: d'une part J\u00e9sus ne donne pas cet ordre lorsqu'il est en dehors du territoire d'Isra\u00ebl; d'autre part cet ordre dispara\u00eet apr\u00e8s la transfiguration.
Si J\u00e9sus impose cette consigne de silence sur sa v\u00e9ritable identit\u00e9 durant toute la premi\u00e8re partie de la vie publique, c'est \u00e0 cause des pr\u00e9jug\u00e9s de la foule. En effet la conception d'un Messie guerrier et vengeur \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue; J\u00e9sus ne voulait pas qu'il y ait d'ambigu\u00eft\u00e9 sur la mission qu'il venait accomplir. Aussi J\u00e9sus attendra-t-il d'avoir suffisamment pris ses distances par rapport \u00e0 cette image populaire du Messie, pour commencer \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler, tout particuli\u00e8rement \u00e0 ses disciples, le myst\u00e8re de sa personne.
Pour cette m\u00eame raison, Marc utilise peu, \u00e0 la diff\u00e9rence de Matthieu, l'expression Fils de Dieu. Certes nous la trouvons sur la bouche de d\u00e9moniaques \u00e0 deux reprises - mais dans l'un de ces deux cas nous sommes hors du territoire d'Isra\u00ebl. Marc pr\u00e9f\u00e8re la r\u00e9server pour les moments privil\u00e9gi\u00e9s de la r\u00e9v\u00e9lation de J\u00e9sus aux hommes: le Bapt\u00eame et la Transfiguration, et encore, en conclusion de la passion sur les l\u00e8vres du centurion, comme dans le premier verset de son Evan gile, qui en est comme le titre.

{N}2,{/}1: Avec le miracle du paralytique gu\u00e9ri et pardonn\u00e9, J\u00e9sus apporte trois r\u00e9ponses en m\u00eame temps: au malade, \u00e0 ses amis et aux Pharisiens.
Quand il voit la foi de ces hommes. Tr\u00e9s probablement ce sont les amis du paralytique qui avaient convaincu leur compagnon d'aller trouver J\u00e9sus, et J\u00e9sus r\u00e9compense leur foi.
Mais J\u00e9sus dit tout de suite au paralys\u00e9: "Tes p\u00e9ch\u00e9s te sont pardonn\u00e9s". Etranges propos! Comment J\u00e9sus peut-il pardonner les p\u00e9ch\u00e9s, si l'homme n'est ni conscient d'avoir commis une faute, ni repenti, ni dans l'attente du pardon?
Il y a l\u00e0 s\u00fbrement quelque chose que l'Evangile ne dit pas: J\u00e9sus connaissait certaines angoisses de ce paralys\u00e9. Bien des textes de l'Ancien Testament soulignent les relations complexes entre le p\u00e9ch\u00e9 et la maladie; c'est souvent la maladie qui nous fait prendre conscience de notre \u00e9tat de p\u00e9cheur, et de son c\u00f4t\u00e9 J\u00e9sus ne veut pas gu\u00e9rir sans qu'il y ait une r\u00e9conciliation avec Dieu.
J\u00e9sus agit comme Dieu: il a regard\u00e9 le p\u00e9cheur, il a redress\u00e9 les complexes de culpabilit\u00e9, et il a pardonn\u00e9 avant de gu\u00e9rir.
Les Pharisiens sont scandalis\u00e9s par les paroles de J\u00e9sus: bien s\u00fbr, seul Dieu peut pardonner les p\u00e9ch\u00e9s. Les gens simples n'ont pas r\u00e9agi imm\u00e9diatement, mais l'indignation des Pharisiens et des ma\u00eetres de la Loi est tout \u00e0 fait justifi\u00e9e, puisque ni eux, ni les autres, ni les disciples ne peuvent en core savoir que J\u00e9sus est le v\u00e9ritable Fils de Dieu. Cependant J\u00e9sus les r\u00e9duit au silence: Si je gu\u00e9ris \u00e0 la mani\u00e8re de Dieu, pourquoi ne pardonnerais-je pas aussi \u00e0 la mani\u00e8re de Dieu?
J\u00e9sus d\u00e9concerte ceux qui s'interrogent sur son identit\u00e9. Mieux encore, il montre que lui seul peut sauver l'homme tout entier, corps et \u00e2me.
{C}LE PARDON DES PECHES{/}
Heureux celui qui est assur\u00e9 de son pardon par le regard et les paroles de J\u00e9sus! Dieu est celui qui voit et qui aime, et il nous faut le rencontrer les yeux dans les yeux pour que le pardon soit vrai. C'est pourquoi Dieu s'est fait homme. J\u00e9sus pardonne les p\u00e9ch\u00e9s parce qu'il est fils d'homme (Jn 5,27), et il d\u00e9sire que nous recevions le pardon de Dieu et des hommes au sein de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne.

{N}2,{/}13: {C}LES PUBLICAINS{/}
Pour entrer dans la famille de Dieu, nous devons changer notre regard sur les choses et sur les gens. Cette conversion n'est pas aussi visible que la participation \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies religieuses. Elle est bien plus difficile mais beaucoup plus pr\u00e9cieuse.
Nous devons d'abord nous lib\u00e9rer des jugements tout faits que nous portons sur les autres. N'allons pas \u00e9tiqueter les hommes et d\u00e9cider entre bons et mauvais; entre ceux que nous pouvons ou que nous ne pouvons pas saluer; entre ceux que nous aimons et que nous aidons, et les autres. Apprenons que Dieu ne rejette personne et que son plan mis\u00e9ricordieux de salut s'\u00e9tend \u00e0 tous.
L'Evangile parle des publicains ou collecteurs de l'imp\u00f4t. Rappelons que le pays de J\u00e9sus \u00e9tait sous la domination de l'empire romain: les collecteurs de l'imp\u00f4t \u00e9taient donc des Juifs qui travaillaient pour un pouvoir \u00e9tranger.
Les patriotes les consid\u00e9raient comme des tra\u00eetres. Les gens se rendaient compte qu'ils remplissaient leurs poches, et les mendiants eux-m\u00eames refusaient leurs aum\u00f4nes. Pourtant, J\u00e9sus ne les condamne pas puisqu'il prend l'un d'entre eux, L\u00e9vi, parmi ses ap\u00f4tres, alors que la plupart d'entre eux \u00e9taient des patriotes r\u00e9solus.
Les ma\u00eetres de la Loi \u00e9taient un peu comme les cat\u00e9chistes ou les professeurs de religion. Ils admiraient l'enseignement de J\u00e9sus, mais ils ne consid\u00e9raient pas les publicains et les autres p\u00e9cheurs (ceux qui n'observaient pas les pr\u00e9ceptes religieux) comme des fr\u00e8res.
L\u00e9vi est probablement l'ap\u00f4tre Matthieu (Mt 9,9) : dans ce cas, comme Simon surnomm\u00e9 Pierre par J\u00e9sus, L\u00e9vi aurait re\u00e7u le surnom de Matthieu, en h\u00e9breu Matta\u00ef, qui veut dire "don de Dieu".

{N}2,{/}18: Un grand nombre d'hommes religieux \u00e9prouvaient de la sympathie pour J\u00e9sus, ils auraient voulu le voir renouveler la ferveur de la nation. Mais la mission de J\u00e9sus n'est pas  de r\u00e9organiser le culte et de remplir les synagogues.
Pourquoi ne je\u00fbnent-ils pas? Le je\u00fbne, signe de p\u00e9nitence et de repentir, accompagnait les pri\u00e8res adress\u00e9es \u00e0 Dieu pour qu'il vienne lib\u00e9rer son peuple. Mais d\u00e9j\u00e0 Dieu est l\u00e0 en la personne de J\u00e9sus: la joie et la f\u00eate conviennent mieux que le  je\u00fbne. Les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9 les noces de Dieu avec son peuple au moment o\u00f9 il viendrait les visiter (Is 62,4-5); en se pr\u00e9sentant comme le mari\u00e9, J\u00e9sus annonce sa v\u00e9ritable identit\u00e9.
Quel est ce vin nouveau? C'est \u00e9videmment l'Evangile et l'ivresse de l'Esprit Saint qui pousse les disciples \u00e0 n'importe quelle folie pour r\u00e9v\u00e9ler l'amour du P\u00e8re et la libert\u00e9 qui leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Pour le comprendre, lisons les Actes des Ap\u00f4tres et les vies des saints qui ont marqu\u00e9 l'histoire de l'Eglise.
Vieilles outres. L'\u00e9vangile n'entre pas dans les formes traditionnelles de la religion - pas davan tage peut-\u00eatre en ceux qui s'y attachent \u00e0 tout prix.
Marc veut nous faire sentir la nouveaut\u00e9 radicale de ce qu'apporte J\u00e9sus. On vient de le voir accueillant les marginalis\u00e9s et les p\u00e9cheurs. Nouvel \u00e9tonnement: il ne se pr\u00e9sente pas comme les groupes religieux avec des pri\u00e8res et des je\u00fbnes. Bient\u00f4t il violera la tr\u00e8s sainte loi du sabbat. N'allons pas dire que J\u00e9sus condamne des formes vieillies de la religion, ou des gens qui seulement font semblant: ici il s'oppose m\u00eame \u00e0 Jean Baptiste. La r\u00e9alit\u00e9, c'est que l'Evangile  ne s'enferme pas dans une religion, il la transfigure de l'int\u00e9rieur (voir Dt 4,1 la note: Religion et Foi).
Si nous en restons \u00e0 la religion, quelle id\u00e9e nous faisons-nous de Dieu? Est-ce bien celui \u00e0 qui J\u00e9sus dit: "Papa"? Comme mon Dieu devient beau lorsqu'il ne se pr\u00e9occupe plus du genre de viande ou de vin qu'il y avait sur ma table, du nombre et du moment de mes pri\u00e8res et g\u00e9nuflexions! Il voulait me donner l'Esprit, et l'Esprit ne s'enferme pas plus dans des r\u00e8gles que dans des outres.

{N}2,{/}23: Tout le monde trouvait normal que les passants prennent des fruits et arrachent des \u00e9pis s'ils avaient faim. Mais les Pharisiens sont scandalis\u00e9s parce que les disciples de J\u00e9sus le font le jour du sabbat, jour o\u00f9 tout travail est interdit.
Le sabbat a \u00e9t\u00e9 fait pour l'homme. J\u00e9sus rappelle ici comme dans d'autres occasions (Mc 3,2-4; Lc 13,10-15) que toutes les lois m\u00eames les plus saintes n'ont qu'un but: la vie et le salut des hommes.
Le Fils de l'Homme est Seigneur du sabbat (28). Face aux Juifs pour qui le repos du sabbat \u00e9tait le pilier de l'ordre \u00e9tabli par Dieu, Marc met en relief la totale libert\u00e9 de J\u00e9sus: il n'est soumis \u00e0 aucune loi religieuse et il agit comme "Seigneur" de la loi de Dieu.

{N}3,{/}1: Ici, la pr\u00e9occupation premi\u00e8re de Marc n'est pas le miracle que J\u00e9sus accomplit en gu\u00e9rissant l'homme \u00e0 la main dess\u00e9ch\u00e9e: ce qu'il veut mettre en relief, c'est l'attitude de J\u00e9sus vis-\u00e0-vis du sabbat. Le d\u00e9but du chapitre 3 est donc une illustration du propos rapport\u00e9 \u00e0 la fin du chapitre 2.
Pour les Pharisiens, il \u00e9tait permis de manquer au repos du sabbat pour sauver quelqu'un en danger de mort; J\u00e9sus va \u00e9largir cette r\u00e8gle. Ne pas faire du bien, pour lui, c'est faire du mal, ne pas gu\u00e9rir c'est tuer. Le silence des Pharisiens est significatif: ils savent bien au plus profond d'eux-m\u00eames que J\u00e9sus a raison; mais dans leur orgueil de ma\u00eetres en religion, ils refusent de le reconna\u00eetre et se taisent.
Leur accord avec les H\u00e9rodiens pour perdre J\u00e9sus le confirme. En effet, en Galil\u00e9e, on ne pouvait obtenir la condamnation de personne sans la permission d'H\u00e9rode: il \u00e9tait donc important pour les Pharisiens de s'assurer l'appui des partisans du roi. Ici Marc met le doigt sur la mauvaise foi, n\u00e9e de l'orgueil, qui rend l'homme aveugle devant l'appel de Dieu \u00e0 la transformation int\u00e9rieure. Il n'est pas rare de voir des \u00e9lites qui, bien qu'oppos\u00e9es habituellement, se retrouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour \u00e9touffer la voix de celui qui d\u00e9nonce une injustice ou proclame une v\u00e9rit\u00e9 qui les d\u00e9range les uns comme les autres.

{N}3,{/}13: {C}LES DOUZE{/}
Dans la tradition biblique, la montagne est un lieu symbolique: le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu o\u00f9 Dieu confie \u00e0 un homme sa mission (voir Ex 19; 1R 19...). C'est sur la montagne que J\u00e9sus appelle ceux qu'il va associer de fa\u00e7on sp\u00e9ciale \u00e0 sa propre mission: ils seront avec lui, ils annonceront la Parole et chasseront les d\u00e9mons.
Marc nous dit ici en quelques mots d\u00e9cisifs ce qu'est l'Eglise: une communaut\u00e9 rassembl\u00e9e par J\u00e9sus et autour de lui, pour porter aux hommes la Parole de Dieu et les d\u00e9livrer de l'esclavage du d\u00e9mon.
Que savons-nous de ces douze qui allaient devenir les messagers de J\u00e9sus, les "colonnes" de son Eglise et les ma\u00eetres de la foi? La plupart d'entre eux sont p\u00eacheurs; mais avec eux il y a un collecteur d'imp\u00f4ts - Matthieu -, un ma\u00eetre de la loi - Barth\u00e9lemy -, et quelques autres encore dont nous savons seulement que J\u00e9sus les a choisis parmi le peuple.
J\u00e9sus est venu pour le salut de tous, mais il va commencer son oeuvre avec les pauvres. Certes J\u00e9sus n'appartient pas plus aux pauvres qu'aux riches; mais comme tous les hommes, il est le fils d'un milieu et d'une classe sociale particuliers.
Comme fils d'artisan, il a grandi parmi les gens simples de la campagne. Ensuite, il a pris une d\u00e9cision importante: il a choisi de continuer son travail manuel plut\u00f4t que de se former avec les ma\u00eetres de la loi. En effet les \u00e9coles religieuses acceptaient tout le monde.
J\u00e9sus aurait pu se pr\u00e9senter avec un titre de "ma\u00eetre" et il aurait certainement trouv\u00e9 des assistants parmi les ma\u00eetres de la Loi sinc\u00e8res, les pr\u00eatres ou les Pharisiens honn\u00eates. Mais non: il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se former par le travail manuel sans autre pr\u00e9paration religieuse que les enseignements de la synagogue, sans autre livre que celui de l'exp\u00e9rience quotidienne. C'est pour cela que, le moment venu, il choisira tout naturellement ses ap\u00f4tres parmi les gens du peuple, des hommes simples mais responsables.

{N}3,{/}20: Il est poss\u00e9d\u00e9 par B\u00e9elz\u00e9boul. Plus encore que les gu\u00e9risons, les exorcismes pr\u00e9occupent les Pharisiens et les ma\u00eetres de la Loi. Eux, qui sont les autorit\u00e9s religieuses, arrivent de J\u00e9rusalem pour voir J\u00e9sus de pr\u00e8s. Les Juifs du temps de J\u00e9sus \u00e9taient obs\u00e9d\u00e9s par la croyance aux d\u00e9mons et consid\u00e9raient la maladie comme une forme de possession. J\u00e9sus n'a pas cette obsession, mais il ne fait s\u00fbrement pas une distinction aussi tranch\u00e9e que nous entre maladie et possession. C'est qu'en r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9mon est derri\u00e8re toute la mis\u00e8re humaine.
B\u00e9elz\u00e9boul: c'est le nom d'une ancienne idole, un terme utilis\u00e9 par les juifs pour d\u00e9signer le d\u00e9mon.
Personne ne peut entrer dans la maison du Fort (27). Cet homme fort c'est le d\u00e9mon, et sa maison est la personne poss\u00e9d\u00e9e. Piller la maison signifie enlever au d\u00e9mon le pouvoir sur sa victime.
Tout sera pardonn\u00e9, p\u00e9ch\u00e9s et blasph\u00e8mes. Et Matthieu ajoute: "Celui qui parle contre le Fils de l'homme sera pardonn\u00e9" (Mt 12,32).
Alors que l'Ancien Testament demandait la peine de mort pour celui qui avait blasph\u00e9m\u00e9, pour sauver l'honneur de Dieu et \u00e9viter sa col\u00e8re sur la communaut\u00e9, le Dieu que conna\u00eet J\u00e9sus sait jusqu'o\u00f9 va la b\u00eatise humaine et il ne se sent pas offens\u00e9  par tant de propos ridicules ou blasph\u00e9matoires auxquels nos soci\u00e9t\u00e9s se sont habitu\u00e9es: il ne se d\u00e9fend pas \u00e0 la mani\u00e8re des grands de ce monde.
J\u00e9sus lui-m\u00eame accepte d'\u00eatre critiqu\u00e9 par ceux qui ne comprennent pas sa fa\u00e7on d'agir: c'\u00e9tait le cas de beaucoup de Pharisiens. Mais c'\u00e9tait tout autre chose que d'appeler mal ce qui visiblement \u00e9tait bien.
Blaspl\u00e9mer (ou calomnier) l'Esprit Saint, c'est attribuer \u00e0 l'esprit du mal une action qui vient de Dieu. Ceux qui attribuent syst\u00e9matiquement \u00e0 de mauvaises intentions les bonnes actions des autres, de l'Eglise ou d'autres partis, p\u00e8chent contre le Saint-Esprit. Ceux qui reconnaissent la v\u00e9rit\u00e9, sans croire en Dieu, sont en meilleure voie que ceux qui disent croire en Dieu mais qui ne reconnaissent pas la v\u00e9rit\u00e9.
Tirant la conclusion des exorcismes, J\u00e9sus dit: "Le Royaume de Dieu est venu jusqu'\u00e0 vous". En r\u00e9alit\u00e9, la victoire sur Satan se gagne chaque jour. Notre pri\u00e8re, la pri\u00e8re insistante des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, le t\u00e9moignage de vie et l'action courageuse des chr\u00e9tiens sont efficaces pour refouler la pr\u00e9sence d\u00e9moniaque dans l'argent, l'exploitation des autres, la drogue ou la fr\u00e9n\u00e9sie du sexe.

{N}3,{/}31: J\u00e9sus a perdu sa famille, mais il a trouv\u00e9 ses vrais fr\u00e8res et soeurs. Quand nous nous engageons dans l'oeuvre de Dieu, nous d\u00e9couvrons de nouveaux fr\u00e8res, de nouvelles soeurs et une m\u00e8re, Marie, dont l'Evangile dit: "Heureuse es-tu d'avoir cru que les promesses de Dieu s'accompliraient".
{C}LES FRERES DE JESUS{/}
L'Eglise n'a jamais dout\u00e9, ni de la virginit\u00e9 de Marie, ni du fait que J\u00e9sus ait \u00e9t\u00e9 son seul fils, comme il est le Fils unique du P\u00e8re (voir commentaire de Luc 1,26). Pourquoi donc l'Evangile parle-t-il des fr\u00e8res et des soeurs de J\u00e9sus?
D'abord, en h\u00e9breu, tout parent s'appelle fr\u00e8re ou soeur. Dans l'Ancien Testament on rel\u00e8ve plus de cinq cents exemples dans lesquels le mot "fr\u00e8re" marque une parent\u00e9 plus ou moins proche: appartenance \u00e0 la m\u00eame famille, au m\u00eame clan, \u00e0 la m\u00eame tribu, ou simplement au m\u00eame peuple d'Isra\u00ebl. Lorsqu'on veut souligner qu'il s'agit bien d'un fr\u00e8re au sens o\u00f9 nous l'entendons aujourd'hui, on emploie l'expression fils de sa m\u00e8re ou, s'il s'agit seulement d'un demi-fr\u00e8re, l'expression fils de son p\u00e8re (Dt 13,7; 27,22...).
D'autre part, dans la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, au moment d'\u00e9crire les Evangiles, il y avait un groupe important form\u00e9 par les parents de J\u00e9sus et ses compatriotes de Nazareth. On les appelait "les fr\u00e8res du Seigneur" et l'un d'entre eux, Jacques, est devenu l'\u00e9v\u00eaque de la communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem. On ne dit pas grand chose d'eux, sinon qu'ils ont tard\u00e9 \u00e0 croire en J\u00e9sus, bien qu'il ait v\u00e9cu au milieu d'eux durant plusieurs ann\u00e9es (Mc 3,21; Jn 7,3-5). Cependant, en parlant d'eux, l'Evangile leur donne le nom que la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne leur donnait, "fr\u00e8res du Seigneur" ou "un tel, fr\u00e8re de J\u00e9sus".
On entend dire parfois: "Si le mot "fr\u00e8re" d\u00e9signe souvent des cousins \u00e9loign\u00e9s, il peut aussi d\u00e9signer des fr\u00e8res au sens strict du mot." Regardons alors de plus pr\u00e8s qui sont ces fr\u00e8res de J\u00e9sus; ils sont nomm\u00e9s lors de la visite de J\u00e9sus \u00e0 Nazareth, ce sont: Jacques et Joset (Matthieu dit Joseph), Jude et Simon.
Or parmi les saintes femmes qui sont au pied de la croix, Marc mentionne une certaine Marie "m\u00e8re de Jacques le petit et de Joset". S'il s'agissait de Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, il serait bien \u00e9trange qu'\u00e0 cette heure l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment on ne la pr\u00e9sente que comme la m\u00e8re de Jacques et de Joset et non comme la m\u00e8re du condamn\u00e9. Il serait \u00e9trange \u00e9galement qu'elle ne soit mentionn\u00e9e qu'apr\u00e8s Marie de Magdala.
Il nous faut donc bien admettre que Jacques et Joset sont les fils de cette autre Marie, d\u00e9sign\u00e9e comme telle par Matthieu (Mt 28,1), qui faisait partie du groupe de femmes venu de Galil\u00e9e avec J\u00e9sus (Lc 23,55). Le texte parall\u00e8le de Jean semble bien nous dire qu'elle \u00e9tait la femme de Clopas, et la soeur de la Vierge, c'est-\u00e0-dire probablement -l\u00e0 encore - une proche parente de Marie. D\u00e8s lors Jacques et Joset ne sont au mieux que les cousins germains de J\u00e9sus, et Simon et Jude des cousins plus \u00e9loign\u00e9s encore: il serait impensable en effet que Jacques et Joset soient mentionn\u00e9s avant Simon et Jude si leur parent\u00e9 avec J\u00e9sus \u00e9tait plus \u00e9loign\u00e9e que celle de ces derniers.

{N}4,{/}1: Voir commentaire de Mt 13,1 et Lc 8,4.
Marc va maintenant nous pr\u00e9senter quelques unes des paraboles du Royaume de Dieu, car cette annonce d'un r\u00e8gne de Dieu qui commen\u00e7ait \u00e9tait la grande nouveaut\u00e9 du message de J\u00e9sus. On parlait bien de temps en temps, chez les Juifs d'alors, d'un r\u00e8gne de Dieu, mais c'\u00e9tait pour dire qu'il rendrait la libert\u00e9 \u00e0 son peuple sur la terre d'Isra\u00ebl et qu'il punirait tous les oppresseurs. J\u00e9sus par contre affirme que Dieu vient r\u00e9gner parmi nous: le royaume est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, \u00e0 notre porte.
Le semeur est sorti pour semer. On \u00e9tait impacient de r\u00e9colter les fruits de tant de souffrances et de sang r\u00e9pandu sous l'occupation romaine, et J\u00e9sus revenait aux semailles!  
Voil\u00e0 donc le grand paradoxe de l'Evangile, sur lequel nous continuons d'achopper: le Royaume est l\u00e0 et, avec lui, nous avons tout ce que Dieu peut donner en ce monde. Mais aussi, il est vrai que tout reste esp\u00e9rances (Rm 9,24). Apr\u00e8s vingt si\u00e8cles de christianisme, le Royaume est encore comme un champ qu'on vient d'ensemencer.
Une partie des graines donnent du fruit et se multiplient (8). Celui qui a des yeux pour voir ne peut pas ne pas voir combien de choses sont n\u00e9es de l'Evangile et naissent encore partout o\u00f9 il est re\u00e7u. Le Royaume se lit dans la vie et les exemples des saints, connus ou non reconnus. La culture occidentale peut renier l'Evangile, cela n'emp\u00eachera pas qu'elle soit n\u00e9e de son dynamisme. L'Evangile est derri\u00e8re tout ce qui a \u00e9t\u00e9 entrepris et est entrepris pour donner au monde l'unit\u00e9 et la paix.
Bien d'autres aspects encore de la dignit\u00e9 humaine ou de la responsabilit\u00e9 de l'homme nous ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par les paroles de J\u00e9sus; mais il fallait que tout cela m\u00fbrisse et se d\u00e9veloppe dans le coeur des hommes droits.

{N}4,{/}10: C'est \u00e0 vous qu'on a confi\u00e9 le myst\u00e8re du Royaume de Dieu. J\u00e9sus rappelle aux disciples que s'ils sont l\u00e0 avec lui, recevant de lui la parole de Dieu, ils le doivent \u00e0 une gr\u00e2ce de Dieu qui les a choisis pour recevoir et transmettre l'annonce du Royaume. Mais facilement, au lieu de nous arr\u00eater sur cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, nous prenons la phrase \u00e0 l'envers et nous demandons: "Dieu a-t-il donc voulu que les autres ne voient pas et ne comprennent pas?
Ce verset 12 est une citation d'un texte important d'Isa\u00efe (6,9) qui sera repris en Jn 12,40 et Ac 28,26. Mais, pour le comprendre, il faut se rappeler que le proph\u00e8te utilise une forme grammaticale propre \u00e0 l'h\u00e9breu et difficile \u00e0 traduire en fran\u00e7ais. Dieu dit \u00e0 peu pr\u00e8s ceci au proph\u00e8te: "Endurcis leur coeur, parle pour que m\u00eame en \u00e9coutant ils n'entendent pas." Mais cela devrait se comprendre : "Tu n'arriveras qu'\u00e0 endurcir leur coeur, tu parleras, et de fait ils \u00e9couteront mais ne voudront pas comprendre." En aucun cas Dieu ne veut que quelqu'un se trompe ou reste dans l'ignorance.
Ceux du dehors, tout leur arrive en paraboles. Ceux qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 rencontrer le Christ ou qui, ayant \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s, ont refus\u00e9, vivent dans un monde, celui du dehors, o\u00f9 ils ne sont pas sans la lumi\u00e8re de Dieu, mais elle leur arrive "en paraboles", c'est-\u00e0-dire \u00e0 travers bien des interm\u00e9diaires et des limitations humaines. Et Matthieu (13,13) dit: "Je leur parle en paraboles parce qu'ils regardent sans voir."
La parabole dont le sens profond leur \u00e9chappe n'est pas pour les punir: l'Evangile apporte une lumi\u00e8re m\u00eame \u00e0 celui qui ne croit pas. Mais Dieu s'adapte \u00e0 sa capacit\u00e9, puisqu'il vit dans un monde de demi-v\u00e9rit\u00e9s, et lui donne ce qui peut le faire avancer.
C'est \u00e0 vous qu'on a confi\u00e9 le myst\u00e8re.... A vous qui avez r\u00e9pondu \u00e0 l'appel de Dieu, et qui \u00eates entr\u00e9s dans le groupe des disciples, le ma\u00eetre r\u00e9v\u00e8le peu \u00e0 peu la fa\u00e7on d'agir de Dieu.

{N}4{/},13: Comment comprendrez-vous toutes les paraboles. En mettant ainsi l'accent sur l'inintelligence des ap\u00f4tres devant son enseignement, J\u00e9sus nous met en garde contre une vision simpliste: d'un c\u00f4t\u00e9 les disciples, de l'autre ceux du dehors. La compr\u00e9hension des myst\u00e8res du royaume n'est jamais chose acquise, l'homme n'est jamais propri\u00e9taire des dons de Dieu. La fronti\u00e8re entre disciples et gens du dehors passe au milieu de chacun d'entre nous; nous sommes tout \u00e0 la fois, selon les moments, l'un ou l'autre, l'un et l'autre. Dans la parabole de l'ivraie, J\u00e9sus se charge de nous le rappeler.

{N}4{/},14: Voir le commentaire de Matthieu 13,18.
La parabole du semeur vient en t\u00eate de toutes les autres paraboles. Ici, J\u00e9sus nous dit le but de sa mission: il est venu inaugurer un nouvel \u00e2ge de l'histoire des hommes: le royaume de Dieu est parmi nous maintenant.
Il nous semble parfois que l'Evangile n'a pas beaucoup de force pour transformer la vie, mais pourquoi avons-nous pi\u00e9tin\u00e9 tant de graines que le vent nous avait apport\u00e9es? Tout d\u00e9pend de nous.
J\u00e9sus nous parle de produire trente, soixante ou cent. La parole que nous \u00e9coutons transforme notre vie et donne efficacit\u00e9 \u00e0 nos efforts pour sauver le monde. Qui saurait dire tout ce que peut  faire quelqu'un qui est libre au sens de l'Evangile?

{N}4,{/}21: Que faites-vous de ce que vous entendez? J\u00e9sus attire notre attention: "Vous perdez votre temps si vous m'\u00e9coutez sans permettre que mes paroles portent leur fruit. La mesure dont vous vous servez pour mesurer servira \u00e0 mesurer ce que vous recevez, c'est-\u00e0-dire que si vous agissez selon ce que vous avez appris, vous recevrez des forces et des connaissances nouvelles de Dieu. Mais si vous ne faites rien, m\u00eame vos croyances religieuses ne vous serviront \u00e0 rien, pas m\u00eame \u00e0 vous pr\u00e9senter devant Dieu. Vous qui lisez mon \u00e9van gile, interrogez-vous avant d'aller plus loin."
Tout ce qui est cach\u00e9. La parole agit dans le secret du coeur mais, quand nous d\u00e9couvrons la transformation qu'elle am\u00e8ne dans notre vie, nous proclamons le Christ et nous r\u00e9v\u00e9lons le secret qui fait notre bonheur (Ep 2,3; Col 3,3; Ph 2,10).

{N}4,{/}26: Les hommes s'impatientent toujours. Est-ce que le r\u00e8gne de la justice arrivera bient\u00f4t? Est-ce que la violence et la corruption prendront fin? J\u00e9sus r\u00e9pond: des forces invincibles sont \u00e0 l'oeuvre en ce moment m\u00eame dans le monde: elles font m\u00fbrir le royaume.
{C}LES GRAINES{/}
Combien de graines jet\u00e9es au vent! Un nouveau style de vie, une nouvelle chanson, une invention, un programme de radio ou de T.V.... Quelques graines s'enracinent et poussent, jusqu'\u00e0 produire des courants qui mobilisent les masses. Mais sachons d\u00e9couvrir les humbles commencements de l'oeuvre de Dieu: la rencontre de quelques personnes de bonne volont\u00e9 pour r\u00e9soudre un probl\u00e8me de la communaut\u00e9; un geste amical dans un milieu ferm\u00e9 et froid; un premier effort pour sou rire \u00e0 la vie apr\u00e8s une grande d\u00e9ception. La graine se d\u00e9veloppe, et la personne qui a re\u00e7u la Parole prend de l'assurance sur le chemin que Dieu lui a trac\u00e9.

{N}4,{/}30: Voir le commentaire de Matthieu l3,3l.

{N}4,{/}35: Dans les deux derni\u00e8res paraboles, J\u00e9sus a montr\u00e9 la force et la croissance irr\u00e9sistible du Royaume, et comme pour en donner un signe visible, J\u00e9sus va passer sur l'autre rive du lac, c'est-\u00e0-dire sur la rive pa\u00efenne du lac de Galil\u00e9e. Les deux miracles qu'il va accomplir montreront que sa victoire sur le d\u00e9mon d\u00e9passe les fronti\u00e8res d'Isra\u00ebl.
Dans la mentalit\u00e9 juive, la mer est le symbole des puissances d\u00e9moniaques, un rappel quotidien du chaos primitif, c'est l\u00e0 que se remuent les monstres marins dont seul Dieu, car il est le Tout-Puissant, peut se moquer: B\u00e9h\u00e9mot, L\u00e9viathan et Rahab. En commandant \u00e0 la mer: Silence, tais-toi!" tout comme il fait avec les d\u00e9mons (Mc 1,25), J\u00e9sus affirme sa puissance divine sur les forces du mal.
Devant toutes les formes du mal qui les agressent, au milieu des temp\u00eates qu'elles soul\u00e8vent, les hommes se demandent parfois si Dieu ne dort pas. Or J\u00e9sus est l\u00e0. Il ne s'\u00e9tonne pas de la peur des disciples devant la temp\u00eate, mais de leur manque de foi; seule la confiance dans la victoire de J\u00e9sus, Fils de Dieu, sur les forces du mal, peut leur permettre de surmonter cette peur.
Mais \u00e0 l'instant m\u00eame o\u00f9 ils d\u00e9couvrent en J\u00e9sus cette puissance divine, les ap\u00f4tres sont saisis d'une grande crainte, comme Mo\u00efse au buisson ardent (Ex 3,1), comme Isa\u00efe lors de sa vision dans le temple (Is 6,5), comme tous ceux \u00e0 qui Dieu se manifeste d'une fa\u00e7on particuli\u00e8re: plus qu'un ami, plus qu'un ma\u00eetre, J\u00e9sus se r\u00e9v\u00e9lait \u00e0 eux dans la v\u00e9rit\u00e9 de son \u00eatre. Et cette crainte de d\u00e9couvrir Dieu si proche d'eux, se faisait plus forte que la crainte qu'ils avaient eue devant la temp\u00eate quelques instants plus t\u00f4t.

{N}5,{/}1: J\u00e9sus a dompt\u00e9 la mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e, il a fait taire les forces du mal, et en d\u00e9barquant sur la rive pa\u00efenne du lac, il affronte le d\u00e9mon. Ici les images s'accumulent pour d\u00e9peindre le combat victorieux que J\u00e9sus va livrer au d\u00e9mon. Le texte nous dit par trois fois que le poss\u00e9d\u00e9 habite dans les tombeaux, et par trois fois aussi, mentionne les cha\u00eenes avec lesquelles on a essay\u00e9, sans succ\u00e8s, de le lier. Rappelons que la triple r\u00e9p\u00e9tition \u00e9quivaut pour un Juif \u00e0 un superlatif, \u00e0 un absolu: c'est dire que le poss\u00e9d\u00e9 a partie li\u00e9e avec la mort et avec l'impuret\u00e9 qui y est attach\u00e9e (Nb 19,11); mais que personne, absolument personne, ne peut le ma\u00eetriser. Enfin ce poss\u00e9d\u00e9, comme les serviteurs des idoles (1R 18,28) se taillade avec des pierres, il fait couler son sang. Cependant cet adversaire s'est prostern\u00e9 reconnaissant ainsi la sup\u00e9riorit\u00e9 de J\u00e9sus, Fils de Dieu, le Tr\u00e8s-Haut, qui l'oblige m\u00eame \u00e0 dire son nom. L\u00e0 encore le nom est tout un symbole: l\u00e9gion: c'est-\u00e0-dire que cet homme est poss\u00e9d\u00e9 par un r\u00e9giment de d\u00e9mons.
C'est alors que J\u00e9sus va accomplir la lib\u00e9ration de ce poss\u00e9d\u00e9: les d\u00e9mons vont s'introduire dans les porcs et les porcs se jeter dans la mer. Qui se ressemble s'assemble dit le proverbe, Marc nous montre par l\u00e0 comment le d\u00e9mon, auteur de toute impuret\u00e9, est renvoy\u00e9 par J\u00e9sus dans son royaume: les porcs sont en effet, dans la tradition juive, le type m\u00eame des animaux impurs et la mer dans laquelle ils se jettent, le symbole de l'empire du mal comme nous l'avons vu dans l'\u00e9pisode de la temp\u00eate apais\u00e9e.
Mais J\u00e9sus ne le permit pas: "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais moi qui vous ai choisis" (Jn 15,16), c'est J\u00e9sus qui choisit ceux qui seront avec lui, c'est-\u00e0-dire les douze (Mc 3,13). Mais ce n'est pas pour autant que tous les autres, tous ceux qui ont rencontr\u00e9 J\u00e9sus et l'ont reconnu comme Fils de Dieu, n'ont rien \u00e0 faire: ils doivent t\u00e9moigner au milieu des leurs de ce que J\u00e9sus a fait pour eux et comment il a eu piti\u00e9 d'eux. Ainsi J\u00e9sus rappelle la diversit\u00e9 des vocations.

{N}5,{/}21: Les Juifs consid\u00e9raient cette femme impure \u00e0 cause de sa maladie (Lv 15,19). Elle rendrait impure toute personne qui la toucherait. C'est pour cette raison que la loi lui interdisait de se m\u00ealer aux autres, mais elle ose d\u00e9sob\u00e9ir et entrer dans la foule pour toucher le v\u00eatement de J\u00e9sus.
La foi de cette femme va la pousser \u00e0 violer un interdit plus grave encore. Les "franges" du v\u00eatement de l'homme sont un rappel de la pr\u00e9sence de Dieu et de sa Loi; les toucher en \u00e9tat d'impuret\u00e9 est un sacril\u00e8ge. Mais la femme, dans sa foi intr\u00e9 pide, dans sa confiance sans limite en J\u00e9sus et en son pouvoir, prend ce risque... et J\u00e9sus lui dira simplement: "Ta foi t'a sauv\u00e9e".
Bien des Chr\u00e9tiens, qui se croient instruits et form\u00e9s, regardent avec un certain m\u00e9pris de telles attitudes qui leur paraissent le fruit d'une "religiosit\u00e9 populaire" peu \u00e9clair\u00e9e. Mais J\u00e9sus ne juge pas selon les apparences, il a vu le geste de la femme et la foi qui l'anime: "Je te rends gr\u00e2ces, P\u00e8re, d'avoir cach\u00e9 cela aux sages et aux intelligents, et de l'avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux tout-petits" (Mt 11,25).

{N}5,{/}33: {C}LA FOI ET LES GUERISONS MIRACULEUSES{/}
Nous sommes souvent d\u00e9rout\u00e9s par les miracles. Nous avons peine \u00e0 croire, dans notre conscience "moderne et \u00e9clair\u00e9e", que le miracle soit possible. En fait, nous oublions que Dieu est pr\u00e9sent au coeur m\u00eame de la vie des hommes, nous oublions que Dieu a fait alliance avec les hommes et que rien dans notre vie ne lui est \u00e9tranger.
Alors dirons-nous, si Dieu fait des miracles, pourquoi n'a-t-il pas gu\u00e9ri un tel ou une telle, pourquoi n'a-t-il pas r\u00e9pondu \u00e0 ma pri\u00e8re, et ne m'a-t-il pas accord\u00e9 telle gu\u00e9rison? Qui sommes-nous pour demander des comptes \u00e0 Dieu, qui sommes-nous pour lui faire des sommations comme on le ferait \u00e0 un homme (Jdt 8,12-15).
Dieu agit quand il veut et comme il veut; cependant n'entendons pas cette parole comme l'expression d'un caprice souverain de la part de Dieu, mais au contraire comme le signe d'une sagesse et d'un amour qui nous d\u00e9passent infiniment. Quels parents n'ont pas refus\u00e9 \u00e0 leurs enfants bien des choses que ceux-ci leur demandaient. Etait-ce par manque d'amour? Ou au contraire, n'\u00e9tait-ce pas le signe d'un amour authentique et responsable? 
"Si vous ne devenez comme de petits enfants..." Notre confiance en Dieu nous conduit \u00e0 tout lui dire et \u00e0 tout lui demander, mais plus encore, \u00e0 nous en remettre totalement \u00e0 son amour et \u00e0 sa sagesse.

{N}5,{/}35: Ici, J\u00e9sus fait face \u00e0 la mort d'une fillette, appel\u00e9e \u00e0 vivre. Ja\u00efre \u00e9tait pr\u00e9sident de synagogue, c'est-\u00e0-dire un des responsables de la communaut\u00e9 locale juive.
Pourquoi encore d\u00e9ranger le ma\u00eetre? Nous aussi, nous demandons la gu\u00e9rison \u00e0 Dieu, mais nous n'osons pas lui demander de ressusciter les morts parce que nous consid\u00e9rons la mort comme quelque chose d'absolument irr\u00e9versible. Mais J\u00e9sus veut nous montrer qu'aucune "loi du destin" ou de la nature n'arr\u00eate l'amour de Dieu.
Les gens pleuraient et poussaient des cris. A l'\u00e9poque, la coutume voulait que l'on engage des pleureuses professionnelles et des musiciens pour les enterrements. Maintenant, aux enterrements, nous avons de longs discours et des c\u00e9r\u00e9monies: il nous faut \u00e0 tout prix cacher ou exorciser cette r\u00e9alit\u00e9 terrible pour qu'elle ne trouble pas notre paix apparente. Mais J\u00e9sus est venu pour nous conduire vers la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 commencer par la v\u00e9rit\u00e9 sur la vie et la mort.
La fillette n'est pas morte, mais elle dort (39). Bien s\u00fbr la fillette est morte, et c'est pour cela que les gens se moquent de lui; mais J\u00e9sus met tout ce monde agit\u00e9 dehors, et prend avec lui le p\u00e8re et la m\u00e8re: eux sont capables de comprendre, puisqu'ils sont venus \u00e0 lui dans une d\u00e9marche de foi.
L\u00e8ve-toi! D\u00e8s la premi\u00e8re heure, les disciples de J\u00e9sus ont utilis\u00e9 ce vocabulaire "dormir, se lever" pour parler de la mort et de la r\u00e9surrection. Ils affirmaient par l\u00e0 leur foi: J\u00e9sus, Fils de Dieu, avait, par sa propre r\u00e9surrection, vaincu d\u00e9finitivement la mort (1Co 15). Or certains sondages r\u00e9v\u00e8lent qu'aujourd'hui un grand nombre de chr\u00e9tiens ne croient plus en la r\u00e9surrection: on peut se demander si ce n'est pas le r\u00e9sultat d'une \u00e9ducation religieuse qui s'est faite \u00e0 partir de consid\u00e9rations morales, et non \u00e0 partir de l'\u00e9coute de la parole de Dieu.

{N}6,{/}1: {C}LA SAGESSE DE JESUS{/}
Les fr\u00e8res et soeurs de J\u00e9sus sont ses parents et ses connaissances de Nazareth: voir le commentaire de Mc 3,31.
"D'o\u00f9 lui vient tout cela?" Faut-il croire que J\u00e9sus \u00e9tait all\u00e9 au loin apprendre l'art de faire des miracles? Voir la r\u00e9ponse dans le commentaire de Mt 2,21.
Comme J\u00e9sus a toujours v\u00e9cu parmi eux et qu'il n'a jamais rien fait d'extraordinaire, ils s'\u00e9tonnent qu'en si peu de temps, il soit c\u00e9l\u00e8bre dans toute la Galil\u00e9e. En fait ils ne le connaissent pas: la plupart du temps on croit conna\u00eetre et on ne conna\u00eet pas ses proches.
Un proph\u00e8te n'est m\u00e9pris\u00e9 que dans sa patrie. S'ils ont v\u00e9cu si longtemps pr\u00e8s de lui et l'ont toujours trait\u00e9 comme n'importe quel autre, comment pourraient-ils maintenant mettre leur foi en lui?
Ce n'est pourtant que le charpentier! L'\u00e9vangile utilise un mot dont le sens est assez large, un artisan faisant les choses simples dont le peuple des campagnes a besoin. Mais les premiers chr\u00e9tiens de Palestine disaient d\u00e9j\u00e0 que J\u00e9sus avait \u00e9t\u00e9 charpentier. Il y a d'ailleurs une sorte de m\u00e9pris dans cette r\u00e9flexion: si J\u00e9sus avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'\u00e9cole des rabbins c\u00e9l\u00e8bres, on comprendrait! Mais que peut bien dire d'int\u00e9ressant ce simple artisan?
Il a re\u00e7u une \u00e9trange sagesse Beaucoup disent que parce que le Christ \u00e9tait Dieu, il savait tout. Mais la science divine n'est rien d'autre que Dieu lui-m\u00eame: tout y est pr\u00e9sent \u00e0 la fois dans un instant qui ne passe pas, c'est l'\u00e9ternit\u00e9. Les hommes, au contraire, pensent avec des id\u00e9es qui se d\u00e9veloppent dans le temps. La science de Dieu ne peut donc pas \u00eatre dans un homme s'il est r\u00e9ellement homme. J\u00e9sus a d\u00fb apprendre comme nous, exp\u00e9rimenter et d\u00e9couvrir. Mais d\u00e8s le premier instant il \u00e9tait conscient d'\u00eatre le Fils, m\u00eame s'il n'avait pas de mots pour l'exprimer.
J\u00e9sus a re\u00e7u sa formation humaine de Marie, de Joseph et de ses compatriotes de Nazareth. Il a re\u00e7u d'eux la Bible et la culture de son peuple. Mais aussi le P\u00e8re lui donnait son Esprit pour qu'il puisse juger comme Dieu fait, et reconna\u00eetre Dieu en toutes choses. Pour lui comme pour nous, l'important n'\u00e9tait pas d'accumuler les livres et les exp\u00e9riences, mais de pouvoir appr\u00e9cier tout ce qui se passe. Inspir\u00e9 par l'Esprit, J\u00e9sus d\u00e9couvrait un sens nouveau aux r\u00e9alit\u00e9s de la vie, et c'\u00e9tait l\u00e0 sa sagesse.

{N}6,{/}7: {C}LA MISSION{/}
Voir le commentaire de Mt 10,5; Luc 10,1; Mt 28,8. J\u00e9sus commence une troisi\u00e8me \u00e9tape de son minist\u00e8re en organisant une mission dans toute la r\u00e9gion. Jusque-l\u00e0 les ap\u00f4tres avaient accompagn\u00e9 J\u00e9sus, mais maintenant ils les envoie devant lui.
J\u00e9sus est un \u00e9ducateur. Non seulement il instruit ses disciples mais il les fait participer \u00e0 sa mission. Ses ap\u00f4tres doivent proclamer leur foi et accomplir des gu\u00e9risons comme leur ma\u00eetre. Ainsi, ils mettent en pratique ce qu'ils ont d\u00e9couvert du royaume de Dieu. Les disciples doivent \u00eatre les premiers \u00e0 croire ce qu'ils disent: Dieu s'est fait pr\u00e9sent. C'est pourquoi ils leur faut vivre au jour le jour, confiants dans la providence du P\u00e8re. Ils parleront sans crainte, toujours conscients de leur mission et de la force de Dieu.
On utilisait alors l'onction d'huile comme rem\u00e8de, mais J\u00e9sus lui donne un sens nouveau: au-del\u00e0 du simple bien-\u00eatre, les gu\u00e9risons sont le signe de la gu\u00e9rison de l'esprit, la r\u00e9conciliation de l'homme avec Dieu. J\u00e9sus se pr\u00e9occupe d\u00e9j\u00e0 de former des communaut\u00e9s de croyants. Il envoie ses disciples deux par deux pour que le message ne soit pas celui d'une seule personne, mais l'expression d'un groupe uni dans une seule mission. J\u00e9sus leur dit de rester dans une maison, avec une famille qui sera le centre d'o\u00f9 la foi s'\u00e9tendra.

{N}6,{/}14: Le roi H\u00e9rode respectait Jean (20), mais il \u00e9tait prisonnier de son milieu et de ses vices. Comme roi de Galil\u00e9e, son inconduite constituait un contre-t\u00e9moignage public.
Tout au long de la Bible, les proph\u00e8tes soulignent la responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re de ceux qui sont au pouvoir: s'ils ont \u00e0 conduire le peuple, ils doivent \u00eatre, d\u00e9j\u00e0 par la rectitude de leur vie, un exemple. Jean-Baptiste ne pouvait parler de justice, sans reprocher \u00e0 H\u00e9rode son infid\u00e9lit\u00e9.
Le roi H\u00e9rode. Il s'agit d'H\u00e9rode Antipas, l'un des fils d'H\u00e9rode-le-Grand qui r\u00e9gnait lorsque J\u00e9sus est n\u00e9.
On disait que Jean-Baptiste \u00e9tait ressuscit\u00e9 d'entre les morts (6,l4). Beaucoup regardaient Jean comme un martyr et pensaient qu'il reviendrait \u00e0 la vie pour punir H\u00e9rode. D'autres associaient J\u00e9sus \u00e0 Jean: J\u00e9sus faisait les miracles que Jean n'avait pas accomplis. D'autres faisaient courir des rumeurs: J\u00e9sus \u00e9tait une r\u00e9apparition de Jean.

{N}6,{/}30: La mission finie, les ap\u00f4tres ont besoin de se reposer et de faire le point sur leurs exp\u00e9riences. J\u00e9sus les instruit et les aide \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qu'ils ont fait et vu.
Tant de gens allaient et venaient (31). Apr\u00e8s le passage des disciples dans les villages de Galil\u00e9e, bien des gens voulaient conna\u00eetre celui qui les avait envoy\u00e9s: c'est alors que de vraies foules viennent \u00e0 J\u00e9sus.
Il se sent plein de compassion. L'Ancien Testament montrait la compassion de Dieu, P\u00e8re de son peuple, mais quelque chose manquait tant qu'il n'\u00e9tait pas venu partager tout avec nous.
Maintenant Dieu ne parle plus d'en-haut, mais en J\u00e9sus il se fait pauvre parmi les pauvres, communiant \u00e0 leur vie, \u00e0 leur souffrance et \u00e0 leur esp\u00e9rance.
Cette compassion de J\u00e9sus nous permet de comprendre que l'engagement chr\u00e9tien avec les pauvres n'est pas total tant que l'Eglise n'est pas enracin\u00e9e parmi les plus humbles.
Ils \u00e9taient comme des brebis sans berger (Nb 27,l7; Is 40,ll; Ez 34; Za ll,4-l7; l2,8). Il s'agit de gens qui n'ont pas encore trouv\u00e9 une v\u00e9ritable communaut\u00e9, et J\u00e9sus a piti\u00e9 d'eux.
Le proph\u00e8te Ez\u00e9quiel faisait reproche aux responsables d'Isra\u00ebl de se conduire en mauvais pasteurs, mais il pourrait aujourd'hui nous faire reproche de n'\u00eatre pas pasteurs et proph\u00e8tes au milieu de notre monde. Pourquoi attendons-nous si souvent que ce soient les pr\u00eatres, les religieuses ou quelques la\u00efcs tri\u00e9s sur le volet, qui prennent l'initiative de rassembler des communaut\u00e9s nouvelles? Pourquoi sommes-nous si timides pour proposer \u00e0 "ceux qui sont dehors" la lumi\u00e8re de la foi que nous avons re\u00e7ue gratuitement, et pour leur permettre de d\u00e9couvrir en \u00e9quipe, en communaut\u00e9, cette richesse?
Il se met \u00e0 les instruire longuement. Que leur dit-il? Tout ce qui constitue l'Evangile. P\u00e9n\u00e9trant les consciences de son regard, J\u00e9sus, comme les proph\u00e8tes de l'Ancien Testament, permet \u00e0 chacun de faire la lumi\u00e8re sur sa propre vie, de d\u00e9couvrir l'esp\u00e9rance \u00e0 laquelle Dieu l'appelle et la mission qu'il veut lui confier dans le monde, dans le milieu qui est le sien.
J\u00e9sus voit qu'ils sont accabl\u00e9s de difficult\u00e9s, mais il va les encourager en leur donnant des signes d'esp\u00e9rance. Dans n'importe quelle situation, nous pouvons faire quelque chose pour nous relever. De plus, avant tout effort de notre part, Dieu nous donne d\u00e9j\u00e0 des signes qu'il ne nous abandonne pas et que nous pouvons lui faire confiance.

{N}6,{/}35: La Bible dit que le pain sort de la bouche de Dieu et il en est de m\u00eame pour la parole dont nous avons besoin (Dt 8,3). En donnant le pain, J\u00e9sus r\u00e9v\u00e8le que ses paroles sont celles de Dieu. Dieu donne le pain \u00e0 son peuple (Ex 16; Ps 72,l6; Ps 8l,l7; Ps l32,l5; Ps l47,l4).
Ce qui sort de la bouche de Dieu (Dt 8,3; Sg 16,26; Mt 4,4).
A la lumi\u00e8re de l'Ancien Testament, ce r\u00e9cit nous permet de voir J\u00e9sus comme le Pasteur annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes.
Ils s'\u00e9tendent sur l'herbe verte (Ps 23) et ils y sont rassasi\u00e9s (Ps 78,29). La foule assise pour manger est l'image du Royaume, en ce jour o\u00f9 J\u00e9sus rassemblera l'humanit\u00e9 enti\u00e8re pour le banquet fraternel de Dieu (Lc 14,16).
Il l\u00e8ve les yeux vers le ciel (41). Par ce geste, J\u00e9sus exprime sa relation personnelle avec son P\u00e8re, au lieu de r\u00e9citer une pri\u00e8re comme les saints ou les proph\u00e8tes l'auraient fait en cette occasion.
J\u00e9sus est le pain dont les hommes ont besoin (Jn 6). Dieu a mis sur terre tout ce dont l'humanit\u00e9 a besoin pour se nourrir et se d\u00e9velopper, mais les probl\u00e8mes d'une distribution \u00e9quitable sont aussi complexes que la nature humaine elle-m\u00eame et nul syst\u00e8me ne peut en venir \u00e0 bout tant que nous ne saurons pas \u00e9couter la parole de Dieu. A ceux qui l'entendent, il donne la force de construire un monde de justice, de paix et de pain partag\u00e9.
J\u00e9sus a eu compassion de cette foule dont les dirigeants se pr\u00e9occupaient fort peu. Ils avaient \u00e9cout\u00e9 J\u00e9sus qui leur donnait la Parole, sans s'inqui\u00e9ter de ce qu'ils auraient ensuite \u00e0 manger. A son tour, \u00e9tant lui le Pasteur et le Pain de vie, il leur donne le pain et le partage.

{N}6,{/}45: J\u00e9sus obligea les disciples \u00e0 monter dans la barque. Pourquoi? L'\u00e9vangile de Jean nous l'explique (Jn 6,15). C'est parce que les gens, enthousiasm\u00e9s par le miracle, voulaient le proclamer roi et lib\u00e9rateur envoy\u00e9 par Dieu, et les ap\u00f4tres \u00e9taient d'accord avec la foule.

{N}7,{/}1: {C}LA TRADITION ET LES TRADITIONS{/}
Aucun groupe, pas m\u00eame l'Eglise, ne peut se maintenir sans traditions et sans coutumes. Mais, si bonnes soient-elles, ces traditions ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies par des hommes. Ainsi la mani\u00e8re de c\u00e9l\u00e9brer la messe, les f\u00eates, les neuvaines, etc. Tout ce qu'un pape, un \u00e9v\u00eaque, une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne a fait dans le pass\u00e9 peut \u00eatre chang\u00e9 par un autre pape, un autre \u00e9v\u00eaque, une autre communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. Et, puisque tout cela peut changer, nous comprenons bien que ce n'est pas l\u00e0 l'essentiel de la vie chr\u00e9tienne.
Il y a quelque chose d'essentiel qui ne change pas: l'enseignement de Dieu. O\u00f9 peut-on le trouver? Dans la Parole de Dieu. Cependant, il existe une fa\u00e7on de comprendre la Bible et J\u00e9sus comme les ap\u00f4tres l'ont compris. C'est ce que l'on appelle la Tradition des Ap\u00f4tres, et l'Eglise fond\u00e9e par les ap\u00f4tres pr\u00e9serve cette tradition, c'est-\u00e0-dire l'esprit des ap\u00f4tres.
Ne confondons pas les multiples traditions, on devrait plut\u00f4t dire: les coutumes et les habitudes qui ont jalonn\u00e9 les si\u00e8cles de l'histoire de l'Eglise, avec la Tradition de l'Eglise.
Le malheur est que souvent nous ne faisons pas beaucoup d'efforts pour entrer dans l'esprit de l'Eglise, alors que nous nous accrochons aveugl\u00e9ment \u00e0 des coutumes ou des pratiques vieillies et nuisibles.
Pourquoi tant de chr\u00e9tiens sont-ils choqu\u00e9s lorsque l'Eglise se lib\u00e8re de ces pratiques d\u00e9su\u00e8tes? J\u00e9sus nous en donne la raison en citant une parole du proph\u00e8te Isa\u00efe: peut-\u00eatre s'accrochent-ils \u00e0 leurs rituels parce qu'ils sont incapables de "croire".

{N}7,{/}14: {C}PUR ET IMPUR {/}
Un des points essentiels de la religion juive \u00e9tait de se maintenir pur: on ne pouvait prendre part au culte sans \u00eatre en \u00e9tat de puret\u00e9. Ce terme "puret\u00e9" n'avait pas le sens que nous lui donnons aujourd'hui. Un homme \u00e9tait pur s'il n'\u00e9tait pas contamin\u00e9, m\u00eame sans s'en rendre compte, par des choses interdites par la Loi.
Par exemple, la viande de porc et de lapin \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e impure et on ne pouvait en manger. Une femme qui avait ses r\u00e8gles ou quelqu'un qui avait des h\u00e9morragies \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme impur pendant un certain nombre de jours: personne ne pouvait les toucher. Un l\u00e9preux \u00e9tait impur jusqu'\u00e0 sa gu\u00e9rison. Si un insecte tombait dans de l'huile, l'huile \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme impure et il fallait la jeter. Si quelqu'un \u00e9tait contamin\u00e9, m\u00eame si ce n'\u00e9tait pas de sa faute, il devait se purifier, g\u00e9n\u00e9ralement avec de l'eau, et quelquefois en offrant des sacrifices fort co\u00fbteux.
Ces lois avaient \u00e9t\u00e9 utiles pour prot\u00e9ger la foi des Juifs qui vivaient en pays pa\u00efens. Comment auraient-ils pu maintenir leur foi en un seul Dieu s'ils avaient d\u00fb se m\u00e9langer \u00e0 d'autres peuples, les avoir pour amis et imiter leurs coutumes? Mais de fait, avec tant de pratiques religieuses \u00e0 observer, les Juifs devaient rester \u00e0 part de ceux qui ne partageaient pas leur foi.
J\u00e9sus enl\u00e8ve \u00e0 tous ces rituels leur caract\u00e8re sacr\u00e9: dans la cr\u00e9ation de Dieu rien n'est impur; toucher les malades, les cadavres ou du sang n'offense pas Dieu. Que nous mangions d'un plat ou d'un autre ne saurait offenser Dieu. Le p\u00e9ch\u00e9 est quelque chose qui sort du coeur et non quelque chose que nous faisons sans le vouloir.
Il est vrai que l'Ancien Testament enseigne ces concepts de puret\u00e9 et d'impuret\u00e9, mais ces lois ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites il y a tr\u00e8s longtemps et, comme le dira Paul dans l'\u00e9p\u00eetre aux Galates (Gal 4,1-7), le peuple de Dieu \u00e9tait alors comme un enfant \u00e0 qui l'on doit donner des r\u00e8gles pr\u00e9cises pour le former. Et l'ap\u00f4tre nous dit: lorsque est venue la "pl\u00e9nitude des temps", lorsque le peuple de Dieu est devenu adulte, ces r\u00e8gles ont perdu leur raison d'\u00eatre.
Il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime que des chr\u00e9tiens adoptent un mode de vie v\u00e9g\u00e9tarien, que des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes consid\u00e8rent le refus de l'alcool et du tabac comme un t\u00e9moignage qui aide leur milieu. Mais il ne faut pas qu'ils disent pour autant que cela fait partie de la foi, ni qu'ils jugent ceux qui gardent leur libert\u00e9 par rapport \u00e0 tout cela. Sinon ils porteraient atteinte \u00e0 la transcendance du salut chr\u00e9tien qui d\u00e9passe toute question de "manger et de boire" (Rm 14,17).

{N}7,{/}24: Les autorit\u00e9s sont entr\u00e9es en conflit avec J\u00e9sus. Il doit s'\u00e9loigner et s\u00e9journer aux fronti\u00e8res de la Galil\u00e9e o\u00f9 il est moins surveill\u00e9 et d'o\u00f9 il peut facilement s'enfuir. L'incident rapport\u00e9 ici a lieu pr\u00e8s de Tyr, r\u00e9gion habit\u00e9e par les Syriens et les Ph\u00e9niciens.
Les Juifs n'avaient jamais pu comprendre leur \u00e9lection comme peuple de Dieu sans regarder de haut les autres peuples. Etre porteurs de la vraie foi les obligeait \u00e0 ne pas se laisser contaminer par d'autres religions, mais de fait, cela renfor\u00e7ait leur incompr\u00e9hension pour tout ce qui \u00e9tait \u00e9tranger. Pour eux le monde se divisait en deux: il y avait "le peuple" (juif), et "les nations", c'est-\u00e0-dire tous les autres. Ces autres, apparemment, Dieu les ignorait, \u00e0 moins qu'il ne leur fasse sentir le poids de sa justice. La question que nous nous posons aujourd'hui: comment Dieu conduit-il et sauve-t-il tous ceux qui n'ont pas re\u00e7u sa parole, ne les touchait pas.
Durant des si\u00e8cles les chr\u00e9tiens d'occident ont fait une division un peu semblable entre la chr\u00e9tient\u00e9 et "les pa\u00efens". ("Pa\u00efens" et "paysans" sont le m\u00eame mot: cela vient du temps o\u00f9 les villes avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9vang\u00e9lis\u00e9es, mais non les campagnes.)
Donc ces Ph\u00e9niciens, appel\u00e9s aussi Grecs parce qu'ils parlaient grec et non h\u00e9breu, vivaient tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mais \u00e9taient tr\u00e8s loin des Juifs. Bien que J\u00e9sus soit venu pour r\u00e9aliser l'alliance d\u00e9finitve et \u00e9ternelle entre Dieu et les hommes, le P\u00e8re ne lui demandait pas de sortir des fronti\u00e8res de son peuple. Cependant, au cours de sa vie publique, J\u00e9sus a eu de nombreux contacts avec les pa\u00efens et, plus d'une fois, il a fait leur \u00e9loge.
L'\u00e9vangile n'a pas retenu tout ce que J\u00e9sus a dit et a fait, mais on n'y voit rien qui soit un appel \u00e0 "changer de religion" ou une menace pour ceux qui vont par un autre chemin que celui de la R\u00e9v\u00e9lation. J\u00e9sus les laisse sur le chemin par lequel le P\u00e8re les conduit. Il les invite \u00e0 rendre gr\u00e2ces au Dieu unique et il leur montre comment le P\u00e8re s'est fait proche d'eux \u00e0 travers son Fils.
Les Juifs regardaient habituellement avec beaucoup de m\u00e9pris les pa\u00efens: eux \u00e9taient les fils, les pa\u00efens \u00e9taient les chiens. J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 cette m\u00e8re afflig\u00e9e en r\u00e9p\u00e9tant ces paroles. Il le fait pour \u00e9prouver la foi de cette femme: insistera-t-elle quand il semble que Dieu lui-m\u00eame la repousse?

{N}7,{/}31: Ils lui demandent de lui imposer la main. Ce geste servait \u00e0 appeler sur quelqu'un la puissance de Dieu; mais J\u00e9sus n'a pas besoin de "demander" ce pouvoir divin: son geste exprime qu'il tient en lui, en tant qu'\u00eatre humain, toute la sant\u00e9 dont nous avons besoin, et il la communique au malade.
Comme pein\u00e9. J\u00e9sus op\u00e8re des gu\u00e9risons, car Dieu aime multiplier les signes pour encourager la foi, ou pour nous faire comprendre bien des choses que nous voyons mal. Mais aussi il souffre de voir que les gens lui demandent des gu\u00e9risons au lieu de s'ouvrir \u00e0 la lumi\u00e8re. C'\u00e9tait une bonne chose que de vouloir faire parler le muet, mais ceux qui l'amenaient n'\u00e9taient peut-\u00eatre que des sourds-muets face \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.
J\u00e9sus les avertit de n'en rien dire \u00e0 personne (36). J\u00e9sus se m\u00e9fie de ceux qui "courent apr\u00e8s les miracles" (Jn 4,48). Un miracle inesp\u00e9r\u00e9 ou longtemps demand\u00e9 peut nous faire d\u00e9couvrir la pr\u00e9sence de Dieu, mais d\u00e9j\u00e0 dans l'Ancien Testament, le Deut\u00e9ronome met en garde le peuple d'Isra\u00ebl contre toute exploitation des miracles et des prodiges (Dt 13); c'est sur la Parole de Dieu que s'appuie la foi, et non sur les miracles. 

{N}8,{/}1: Ce second r\u00e9cit de la multiplication des pains n'est pas la r\u00e9p\u00e9tition du premier. Il est \u00e9vident que le seul fait d'avoir \u00e0 transmettre oralement ces r\u00e9cits amenait fatalement \u00e0 les couler dans un m\u00eame moule, mais le sens est diff\u00e9rent. La premi\u00e8re fois, entre Tib\u00e9 riade et Capharna\u00fcm (c'est-\u00e0-dire au centre de l'activit\u00e9 de J\u00e9sus en Galil\u00e9e), la foule est venue \u00e0 J\u00e9sus plus nombreuse et il leur a multipli\u00e9 le pain, signe \u00e9vident qu'il est le Messie annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes.
C'est alors que la foule veut l'acclamer comme son lib\u00e9rateur (Jn 6), et J\u00e9sus s'y refuse. Le lendemain, \u00e0 son tour, J\u00e9sus les oblige \u00e0 se prononcer \u00e0 son sujet et la rupture se produit (Jn 6,60).
Mais plus tard, J\u00e9sus se rend aux fronti\u00e8res de la Galil\u00e9e o\u00f9 une grande partie de la population est pa\u00efenne. Eux aussi veulent \u00e9couter J\u00e9sus et durant deux jours ils le suivent dans ce d\u00e9sert. Alors, sur l'autre rive, \u00e0 l'est, il leur offre le pain comme repas d'adieux.
Les deux multiplications des pains rapport\u00e9es par Marc diff\u00e8rent en plusieurs points: le nombre des pains et des poissons, le nombre des participants, mais aussi le nombre de paniers (le panier rigide des Juifs) ou de corbeilles (le sac pliant des Grecs) qu'on emporte apr\u00e8s le miracle. Le chiffre douze nous fait penser aux douze tribus d'Isra\u00ebl comme aux douze ap\u00f4tres, par contre le chiffre sept rappelle les sept nations pa\u00efennes qui occupaient le pays de Canaan, ainsi que les sept diacres de l'\u00e9glise primitive.
Ces divergences dans des chiffres significatifs soulignent la volont\u00e9 de Marc, en rapportant ces deux miracles, de prendre en compte la r\u00e9alit\u00e9 de l'Eglise au moment o\u00f9 il r\u00e9dige son \u00e9vangile: n\u00e9e en terre juive, elle se d\u00e9veloppait maintenant en terre pa\u00efenne. Et c'est ainsi que, en 6,41 Marc a mis: "prononce la b\u00e9n\u00e9diction", ce qui est le mot propre de l'Eucharistie en milieu juif, et en 8,6 il \u00e9crit: "il rend gr\u00e2ces", ce qui est le terme consacr\u00e9 dans les communaut\u00e9s grecques. Certains auteurs pensent qu'il s'agit d'un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement qui aura \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 de fa\u00e7on diff\u00e9rente dans des communaut\u00e9s d'origine juive et dans les communaut\u00e9s d'origine pa\u00efenne avant qu'on en fasse deux \u00e9v\u00e9nements distincts dans une r\u00e9daction finale de Marc. Mais la s\u00e9quence qui contient les deux multiplications est tr\u00e8s ancienne (voir com. de Mt 14,13): elle n'est pas le fruit d'une \u00e9poque tardive qui n'aurait plus eu de contact avec la r\u00e9alit\u00e9. Celle-ci est r\u00e9affirm\u00e9e en Mt 16,5 et plus encore en Mc 8,19.
La multiplication des pains tient, dans les \u00e9vangiles une place importante, car elle fait appara\u00eetre J\u00e9sus comme le Messie: voir \u00e0 ce sujet les commentaires de Mt 15,29, Luc 9,12 et Jn 6.

{N}8,{/}11: Voir le commentaire de Mt 16,1.
{C}LES PHARISIENS{/}
Les Pharisiens ne voient pas les fruits de la pr\u00e9dication de J\u00e9sus, ils ne voient pas ces mille disciples anonymes qui retrouvent une esp\u00e9rance et peu \u00e0 peu se transforment. Ils ne voient pas que Dieu a visit\u00e9 les pauvres. J\u00e9sus va se heurter de plus en plus \u00e0 ce parti puissant, le plus respect\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 juive, et pour nous la question se pose: si J\u00e9sus venait aujourd'hui, ne choquerait-il pas beaucoup de ceux qui se croient les soutiens de l'Eglise?
Car ce que J\u00e9sus reproche aux Pharisiens se retrouve bien souvent chez ceux qui se se tournent vers les institutions religieuses consid\u00e9r\u00e9es. Au d\u00e9part on a un d\u00e9sir de perfection morale qui s'allie inconsciemment au besoin d'\u00eatre reconnu par la soci\u00e9t\u00e9. On a conscience de sa propre responsabilit\u00e9, ce qui est excellent et qui \u00e9tait au coeur du pharisa\u00efsme. Ce peut \u00eatre un point de d\u00e9part. Mais le temps passe et l'on ne se rend pas compte qu'on s'est attach\u00e9, moins \u00e0 Dieu qu'\u00e0 ses propres vertus: l'amour nous aurait enfonc\u00e9s dans l'humilit\u00e9.
Confiant en ses propres m\u00e9rites (en sa "justice": Lc 17,9), le Pharisien vise une forme de saintet\u00e9 \u00e0 partir de r\u00e8gles, d'aum\u00f4nes et de services, et il attend de Dieu, en retour de ses m\u00e9rites, un traitement privil\u00e9gi\u00e9. Nous voici loin de la gr\u00e2ce et de l'Evangile. Car nous ne pouvons rencontrer Dieu que si nous prenons la mesure de notre faiblesse et de son pardon. Alors nous l'aimons vraiment, humblement, et nous nous sentons fr\u00e8res des plus pauvres et des p\u00e9cheurs.
Le fait d'appartenir \u00e0 une \u00e9lite vraie ou pr\u00e9tendue telle nous am\u00e8ne \u00e0 cultiver notre image, et donc les apparences, de plus en plus \u00e0 l'\u00e9cart du monde des "p\u00e9cheurs" et des gens ordinaires (comme par hasard, Pharisien veut dire: s\u00e9par\u00e9). Ce milieu plus "select" offre une chance \u00e0 toutes les ambitions, et d\u00e8s lors, comme dit J\u00e9sus, c'est l'hypocrisie qui r\u00e8gne.

{N}8,{/}14: J\u00e9sus met en garde ses ap\u00f4tres contre l'esprit des Pharisiens, mais il suffit d'un d\u00e9tail mat\u00e9riel (ils ont oubli\u00e9 de prendre du pain), pour qu'ils comprennent tout de travers.
J\u00e9sus dit: gardez-vous du levain des Pharisiens, ce qui veut dire: de leur enseignement (Mt 16,12). J\u00e9sus craint que ses disciples, qui sont des gens du peuple, ne se laissent impressionner par le savoir et la r\u00e9putation des Pharisiens, et il les avertit que les Pharisiens se trompent dans leur ma ni\u00e8re de chercher Dieu et de le servir.
J\u00e9sus \u00e9tait d'accord avec les Pharisiens sur bien des aspects de leur interpr\u00e9tation de la Bible, non sur l'esprit de beaucoup d'entre eux. Et comme "ma\u00eetre", il avait pris un chemin oppos\u00e9 au leur. Au lieu d'un enseignement qui se transmet d'en haut,  il \u00e9tait entr\u00e9 dans un groupe naturel de gens tout simples et il les formait par l'action. Il les faisait r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qu'ils voyaient, sur ce qu'ils faisaient, plus encore sur ce que Dieu faisait avec eux \u00e0 mesure qu'ils travaillaient avec J\u00e9sus.

{N}8,{/}22: Quand un aveugle de naissance recouvre la vue, il lui faut un certain temps pour comprendre ce qu'il voit et appr\u00e9cier les distances. C'est pourquoi J\u00e9sus met de nouveau ses mains sur les yeux de l'aveugle. C'est la m\u00eame chose dans le domaine spirituel: J\u00e9sus ne nous laisse pas tout voir d'une seule fois, mais la conversion se fait par \u00e9tapes.
N'entre m\u00eame pas dans le village (26). S'il le faisait, tout le monde viendrait voir J\u00e9sus, le toucher et demander des miracles. Mais J\u00e9sus est venu pour avoir avec nous de vraies rencontres.

{N}8,{/}27: {C}LE CHRIST - LE FILS DE L'HOMME{/}
Pour la premi\u00e8re fois, depuis plusieurs mois qu'ils cheminent avec lui, les ap\u00f4tres d\u00e9couvrent qui est leur ma\u00eetre.
Tu es le Messie. Le terme Christ est un mot grec qui traduit le terme h\u00e9breu: Messie. Les deux termes signifient: "l'\u00e9lu", ou: "celui qui est consacr\u00e9".  Par ce terme les Juifs d\u00e9signaient le Sauveur attendu. Les ap\u00f4tres d\u00e9couvrent que J\u00e9sus est ce Christ, ce Lib\u00e9rateur, mais lui leur enseigne en  m\u00eame temps que le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir.
Pourquoi J\u00e9sus s'appelle-t-il le Fils de l'homme? Pour deux raisons: d'abord, parce que dans une page de la Bible, il est question du Fils de l'homme qui vient de Dieu dans la gloire pour juger toutes les nations (Dn 7,13). Ensuite parce que J\u00e9sus est l'Homme parfait qui porte en lui le destin de l'humanit\u00e9.
J\u00e9sus devait souffrir parce que tel est le destin des p\u00e9cheurs. Il devait souffrir et \u00eatre repouss\u00e9 par les autorit\u00e9s parce que c'est le destin de ceux qui proclament la v\u00e9rit\u00e9 parmi nous. Il devait aller librement \u00e0 sa mort, parce que le don de soi est le seul moyen de sauver le monde.

{N}8,{/}34: Il est n\u00e9cessaire de renoncer \u00e0 soi-m\u00eame:
- comme Abraham qui, d\u00e9j\u00e0 vieux, part pour un pays \u00e9tranger.
- comme Mo\u00efse qui accepte la charge d'un peuple irresponsable.
- comme Marie qui entre dans un chemin si unique que personne ne pourra jamais la comprendre ou l'aider.
Il faut nous d\u00e9barrasser de cette existence provisoire pour pouvoir rena\u00eetre de Dieu, comme le martyr Ignace d'Antioche. Condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par des lions, il dit: "Je suis le bl\u00e9 de Dieu; que les dents des animaux sauvages me broient comme la farine pour me convertir en pur pain du Christ. Mes passions sont crucifi\u00e9es en moi et aucun feu charnel ne peut me br\u00fbler; une source jaillit en moi qui murmure et me dit: Viens vers le P\u00e8re."
Qu'il prenne sa croix. J\u00e9sus nous dit qu'\u00eatre son disciple signifie prendre le m\u00eame chemin qui l'a conduit \u00e0 la croix. Pour atteindre la maturit\u00e9, nous devons renoncer \u00e0 notre vie:
- nous risquer pour ce qui est noble au lieu d'assurer notre avenir;
- trouver un mode de vie qui nous m\u00e8ne \u00e0 nous d\u00e9passer sur le chemin de l'amour;
- accepter que notre vie soit un \u00e9chec selon la fa\u00e7on de penser du monde (Lc 17,33; Jn 12,23-25).
C'est en prenant notre croix, en acceptant librement les sacrifices que le P\u00e8re nous envoie chaque jour, que nous recevons quelque chose de plus merveilleux que ce que nous sacrifions: la libert\u00e9 int\u00e9rieure et le vrai bonheur (Mc 10,30).
Observons que J\u00e9sus dit: de moi, pour moi. Il ne dit pas: "de Dieu, pour Dieu", car en J\u00e9sus, Dieu est venu frapper \u00e0 notre porte et nous proposer des engagements bien sp\u00e9cifiques.
Celui qui rougira de moi et de mes paroles. Le croyant qui met en pratique les paroles de J\u00e9sus sans crainte est attaqu\u00e9 sans piti\u00e9 par ceux qui se disent chr\u00e9tiens. En effet, nous vivons parmi des adult\u00e8res, c'est-\u00e0-dire, des gens qui sans renier Dieu par leurs paroles, servent en fait d'autres dieux (Mt 17,17; Jn 8,42).

{N}9,{/}1: La transfiguration de J\u00e9sus se trouve au centre de l'\u00e9vangile de Marc.
La sc\u00e8ne de la transfiguration est en effet l'une des plus importantes du Nouveau Testament. Dans la liturgie des chr\u00e9tiens d'Orient, la f\u00eate de la transfiguration (de la m\u00e9tamorphose, comme ils disent) tient une place de premier rang.
Elle est en fait, non pas le sommet, mais le r\u00e9sum\u00e9 de toute la r\u00e9v\u00e9lation. Nous y voyons Mo\u00efse et Elie, les porte-parole de la Loi et des proph\u00e8tes, en un mot, les porte-parole de l'Ancien Testament, pr\u00e9sentant le Christ de l'Evangile aux ap\u00f4tres Pierre, Jacques et Jean - les "colonnes de l'Eglise" selon l'expression de Paul dans la lettre aux Galates - responsables d'annoncer la Bonne Nouvelle \u00e0 toute cr\u00e9ature.
Comme Mo\u00efse et Elie conduits par Dieu sur la montagne sainte, pour y \u00eatre t\u00e9moins de sa gloire (Ex 33,18-23; 1R 19,9-12), les ap\u00f4tres sont emmen\u00e9s par J\u00e9sus \u00e0 l'\u00e9cart, ils gravissent eux aussi la montagne et l\u00e0, J\u00e9sus leur manifeste sa gloire.
Comme Mo\u00efse et Elie, ces deux grands t\u00e9moins de l'ancienne alliance, ont d'une certaine fa\u00e7on \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la corruption de la mort (Dt 34,6; 2R 2,11), J\u00e9sus aussi, qui vient d'annoncer sa passion et sa mort, donne aux ap\u00f4tres un avant-go\u00fbt de sa r\u00e9surrection.
Ecoutez-le (7)! Les ap\u00f4tres accompagnent J\u00e9sus depuis plus d'un an, et peu \u00e0 peu le foss\u00e9 se creuse entre les autorit\u00e9s religieuses du peuple de Dieu et ce J\u00e9sus auquel ils se sont attach\u00e9s. La question peut se poser pour eux: J\u00e9sus ne se trompe-t-il pas lui-m\u00eame, les certitudes du peuple de Dieu ne sont-elles pas du c\u00f4t\u00e9 des pr\u00eatres et des scribes?
C'est alors que le P\u00e8re lui-m\u00eame intervient, comme il l'a d\u00e9j\u00e0 fait pour Jean-Baptiste: Ecoutez-le! Ecoutez-le car il est la Parole faite chair (Jn 1,14; He 1,1). Il est Le Proph\u00e8te, et tous les autres ne parlent que pour lui (Dt 18,17).
Une nu\u00e9e les prit sous son ombre. La nu\u00e9e mentionn\u00e9e ici est celle qui, dans divers \u00e9pisodes de l'Ancien Testament, indique et dissimule la myst\u00e9rieuse pr\u00e9sence de Dieu (Ex 19; 1R 8,10).
D\u00e9j\u00e0, quand J\u00e9sus faisait des miracles, il montrait que l'ordre actuel du monde n'est pas l'ordre d\u00e9finitif. Maintenant le rideau s'est entrouvert: si seulement les ap\u00f4tres pouvaient comprendre que le Fils de l'homme, comme J\u00e9sus se nomme lui-m\u00eame, est proche de sa r\u00e9surrection. D'ici peu, ses compatriotes vont le mettre en croix. D'ici peu aussi, le P\u00e8re va lui donner la gloire qui l'attend. Le brillant nuage, les v\u00eatements d'un blanc \u00e9blouissant sont les signes qui nous permettent d'entrevoir quelque chose  du myst\u00e8re de J\u00e9sus: le jour o\u00f9 il ressuscitera d'entre les morts, tout son \u00eatre sera transform\u00e9, transfigur\u00e9, et rempli de la puissance divine pour qu'\u00e0 son tour il puisse "combler tout en tous".

{N}9,{/}11: En descendant de la montagne, les ap\u00f4tres se sentent mal \u00e0 l'aise: "Pourquoi est-ce que Mo\u00efse et Elie ont parl\u00e9 de la mort imminente de J\u00e9sus?" Alors ils s'accrochent \u00e0 leurs illusions en s'appuyant sur une tradition qui parlait d'un retour sur terre du proph\u00e8te Elie avant la venue du Messie, et pour que celui-ci ne rencontre pas d'opposition (Ml 3,1; 4,22). Mais J\u00e9sus r\u00e9p\u00e8te ce qu'il a d\u00e9j\u00e0 dit. Les paroles proph\u00e9tiques de l'Ancien Testament lui annoncent humiliation et souffrance. De plus il invite les ap\u00f4tres \u00e0 ne pas prendre au pied de la lettre tout ce qui se lit dans l'Ancien Testament: Elie n'est pas venu personnellement et ne viendra pas; mais c'est Jean-Baptiste qui est venu r\u00e9cemment comme un nouvel Elie.

{N}9,{/}14: Tout est possible pour celui qui croit (23). J\u00e9sus a rejoint la foule, il a retrouv\u00e9 l'incr\u00e9dulit\u00e9 des hommes. Mais la pri\u00e8re du p\u00e8re de l'enfant \u00e9pileptique reste un mod\u00e8le de toute pri\u00e8re chr\u00e9tienne: si nous nous adressons \u00e0 Dieu dans la pri\u00e8re, c'est bien que nous avons la foi; et pourtant dans le m\u00eame mouvement, nous d\u00e9couvrons la pauvret\u00e9 et la fragilit\u00e9 de notre foi.
Pourquoi n'avons-nous pu le faire sortir? (28) Les ap\u00f4tres s'interrogent: est-ce que J\u00e9sus ne leur a pas donn\u00e9 le pouvoir sur les d\u00e9mons? Mais ils ne mesurent pas leur manque de foi, et ils oublient la distance qui les s\u00e9pare de leur ma\u00eetre. C'est \u00e0 eux que s'adressent les dures paroles de J\u00e9sus: gens sans foi! Que de gens pensent \u00eatre de grands croyants, alors qu'en r\u00e9alit\u00e9 leur foi n'a encore rien fait bouger dans leur vie.
Il n'y a que la pri\u00e8re pour faire sortir cette esp\u00e8ce-l\u00e0 (29). Sans doute plusieurs des poss\u00e9d\u00e9s mentionn\u00e9s par l'\u00e9vangile souffraient seulement de maladies mentales et pouvaient \u00eatre gu\u00e9ris par une force naturelle (Mc 6,5), mais ce n'est pas le cas de ce gar\u00e7on. L\u00e0 \u00e9tait la force du mal que seule la pri\u00e8re peut surmonter.
Dans l'\u00e9vangile de Marc, il n'y a que quatre tr\u00e8s br\u00e8ves r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la pri\u00e8re. La raison en est peut-\u00eatre que la pri\u00e8re n'\u00e9tait pas une nouveaut\u00e9 pour les Juifs. Il y a mille et une mani\u00e8res de prier, de maintenir notre esprit orient\u00e9 et tendu vers Dieu: prier les psaumes et les pri\u00e8res de l'Eglise, m\u00e9diter le rosaire, chanter, lire la Bible... Mais le but de toutes ces pri\u00e8res est que le Seigneur nous donne l'esprit de pri\u00e8re, c'est-\u00e0-dire que nous soyons unis totalement \u00e0 Dieu au plus profond de nous, m\u00eame lorsque nous travaillons et que nous sommes attentifs \u00e0 notre t\u00e2che.
Nous tenons donc le moyen de chasser le d\u00e9mon, comme J\u00e9sus le dit dans cette page, parce que l'esprit du mal multipliera ses efforts pour nous d\u00e9courager d\u00e8s qu'il saura que nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 suivre le Christ (Mt 12,43; 13,19).

{N}9,{/}30: Le temps se fait court pour J\u00e9sus. Maintenant, il se consacre principalement \u00e0 former les ap\u00f4tres qui auront la lourde charge de poursuivre son oeuvre. Ils n'ont rien compris au sujet de sa mort et de sa r\u00e9surrection: ce sont des choses que l'on ne comprend que lorsqu'elles se sont produites. Les ap\u00f4tres pr\u00e9f\u00e8rent ne plus poser de questions, ne pas savoir; et ils laissent J\u00e9sus encore plus isol\u00e9.

{N}9,{/}33: Les ap\u00f4tres reviennent \u00e0 Capharna\u00fcm, centre de leurs exp\u00e9ditions missionnaires, probablement dans la maison de Simon Pierre.
Ils ont proclam\u00e9 le royaume de Dieu, ils ont fait des gu\u00e9risons miraculeuses, ils ont aussi chass\u00e9 des d\u00e9mons. Mais il leur manque le plus important: l'humilit\u00e9.
J\u00e9sus insiste souvent sur cette humilit\u00e9 qui caract\u00e9rise le v\u00e9ritable "serviteur" du royaume de Dieu. Nous sommes si souvent tent\u00e9s de nous comporter en propri\u00e9taires des services et des engagements que nous acceptons ou que nous prenons dans l'Eglise comme dans le monde. Nous supportons mal que d'autres puissent y tenir des responsabilit\u00e9s plus importantes que les n\u00f4tres, ou nous remplacer dans celles que nous avons. Nous nous attribuons si facilement le m\u00e9rite de nos qualit\u00e9s ou de nos connaissances.

{N}9,{/}35: {C}LA DIGNIT\u00c9 DES PERSONNES{/}
La derni\u00e8re phrase de J\u00e9sus est aussi importante que la premi\u00e8re: Si quelqu'un re\u00e7oit en mon nom un de ces enfants... L\u00e0 est le fondement de la dignit\u00e9 de la personne humaine, anoblie par le Christ._Dieu n'attend pas que nous soyons baptis\u00e9s pour reconna\u00eetre son Fils en nous. Il nous a cr\u00e9\u00e9s "dans le Christ". Cela veut dire qu'il nous a tous cr\u00e9\u00e9s pour que nous ressemblions \u00e0 son Fils: voir ce que Paul dit aux Eph\u00e9siens (ch 1).
Mais le mot "fils" prend une tout autre valeur lorsque, par le don de la foi et du bapt\u00e8me, Dieu nous fait entrer dans ses myst\u00e8res et nous fait conna\u00eetre notre dignit\u00e9. Ce qu'il y a de plus grand et de plus beau chez l'homme, ce n'est pas sa capacit\u00e9 de raisonner, ou d'aimer, mais qu'il puisse dire \u00e0 Dieu: "Tu es mon P\u00e8re" et que Dieu le regarde en pensant: "Tu es mon enfant".
Depuis le commencement l'Eglise a enseign\u00e9 l'\u00e9minente dignit\u00e9 de la personne humaine, m\u00eame si trop souvent au cours de son histoire, ses actes n'ont pas \u00e9t\u00e9 en accord avec cet enseignement. Plus que tout autre, les martyrs nous ont enseign\u00e9 la valeur des personnes, sup\u00e9rieure \u00e0 tous les int\u00e9r\u00eats ou liens collectifs. Mais il est impossible de s\u00e9parer cette dignit\u00e9 de la personne humaine de sa relation avec le P\u00e8re: si l'on ne va pas jusque l\u00e0, bien des combats que nous menons pour nos fr\u00e8res seront difficiles \u00e0 justifier.

{N}9,{/}38: {C}LES \u00c9GLISES S\u00c9PAR\u00c9ES{/}
_Tandis que J\u00e9sus forme ses ap\u00f4tres \u00e0 qui il va confier son Eglise, d'autres proclament l'\u00e9vangile et expulsent les d\u00e9mons. De m\u00eame, de nos jours, en dehors de l'Eglise catholique, Eglise des ap\u00f4tres, d'autres, de diff\u00e9rentes d\u00e9nominations chr\u00e9tiennes, se consacrent \u00e0 la t\u00e2che d'\u00e9vang\u00e9lisation.
Cette \u00e9vang\u00e9lisation en dehors de l'Eglise, parfois contre l'Eglise, lui pose un d\u00e9fi. Si d'autres \u00e9vang\u00e9lisent, c'est peut-\u00eatre parce que l'Eglise n'atteint pas un grand nombre de gens: Dieu veut que d'autres fassent ce que nous ne faisons pas. La prolif\u00e9ration des \u00e9glises s\u00e9par\u00e9es est pour l'Eglise catholique un appel \u00e0 se r\u00e9former.
Car l'Eglise se voit paralys\u00e9e par le manque d'un v\u00e9ritable esprit de pauvret\u00e9 et ses structures massives qui ne permettent plus aux gens simples d'y retrouver l'air frais et vivifiant de l'Evangile.
Par ailleurs le sens missionnaire est souvent bien absent: trop de catholiques ne sortent pas de leurs pratiques et de leurs petits groupes, et l'Eglise est quasiment absente dans un grand nombre de milieux, tout sp\u00e9cialement dans les quartiers populaires des grandes agglom\u00e9rations urbaines et parmi les immigrants.
D\u00e8s lors, comment pourrions-nous condamner ceux qui par leur action missionnaire permettent \u00e0 un grand nombre d'hommes de rencontrer J\u00e9sus Christ au sein de communaut\u00e9s ferventes et chaleureuses, m\u00eame si tout n'y est pas authentique?
Ce qui pr\u00e9c\u00e8de ne veut pas dire que nous oublions les richesses de la tradition chr\u00e9tienne souvent perdues par ceux qui abandonnent l'Eglise, en particulier la conviction que tout ce qui est humain doit \u00eatre rachet\u00e9 et sauv\u00e9, et l'humble fa\u00e7on de croire et de faire la volont\u00e9 du P\u00e8re dont Marie est le symbole.

{N}9,{/}42: Voir le commentaire de Mt 18,6.
Etre jet\u00e9 \u00e0 la g\u00e9henne, dit J\u00e9sus (45). On employait ce terme pour d\u00e9signer l'enfer.
Entrer dans la vie... entrer dans le royaume: c'est la m\u00eame chose. Le royaume de Dieu n'est pas un endroit o\u00f9 Dieu nous place; c'est une vie qui nous envahit: c'est pour chacun la rencontre avec soi-m\u00eame, la pleine r\u00e9alisation de nos richesses humaines, l'union parfaite avec Dieu dans laquelle les fils et les filles de Dieu sont transform\u00e9s \u00e0 la ressemblance du P\u00e8re.
Ayez du sel en vous (50). C'est la conclusion du discours qui suit la discussion des ap\u00f4tres (9,34). Nous devons naturellement servir les autres (9,35), mais cela ne veut pas dire que nous allons perdre notre personnalit\u00e9. Le sel d\u00e9signe la cr\u00e9ativit\u00e9 et les talents de chacun de nous. Soyons des hommes et des femmes qui vivent - et qui parfois se disputent - mais pr\u00e9occupons-nous de pr\u00e9server la confiance fraternelle et le respect mutuel.

{N}10,{/}1: {C}LE MARIAGE{/}
(voir le commentaire de Mt 19,1).
Un mari est-il autoris\u00e9...(2). Matthieu, s\u00fbrement, est plus exact quand il ajoute: "pour n'importe quel motif", car tous \u00e9taient d'accord qu'il pouvait renvoyer sa femme, mais on discutait sur les raisons qui justifiaient un divorce. Mais Marc va droit au but: le mariage est un engagement irr\u00e9versible.
J\u00e9sus prend donc position - et c'est un des points o\u00f9 il choque tout le monde, y compris les disciples - contre la pratique et contre la l\u00e9gislation sanctionn\u00e9e par la Bible.
J\u00e9sus invoque une autre loi de Dieu, au commencement. Au commencement, c'est-\u00e0-dire dans le r\u00e9cit du Paradis Terrestre. Mais n'oublions pas que dans la culture antique le commencement \u00e9tait un \u00e2ge d'or o\u00f9 Dieu avait \u00e9tabli les institutions id\u00e9ales. Il est donc clair que si les auteurs de l'Ancien Testament autorisaient le divorce, c'\u00e9tait parce que les lois d'une soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame celles du peuple de Dieu, refl\u00e8tent le niveau de conscience morale d'une \u00e9poque.
J\u00e9sus oppose donc l'id\u00e9al et la pratique. Pourtant, cet id\u00e9al n'est pas quelque chose qu'on se contente d'admirer. L\u00e0 o\u00f9 la Gen\u00e8se disait: ils seront une seule chair, J\u00e9sus ajoute: ils ne sont plus deux mais une seule chair. Cela veut dire qu'avant toute discussion l'unit\u00e9 du couple s'impose.
Sans doute faudra-t-il nous rappeler qu'on prend les choses \u00e0 l'envers quand on regarde le mariage et l'amour humain comme les cons\u00e9quences d'un fait premier, qui serait la sexualit\u00e9. Ce qui est premier, dans le plan de Dieu sur l'univers, c'est le couple du Fils de Dieu fait homme et de l'humanit\u00e9 qu'il sauve. C'est l\u00e0 qu'est la compl\u00e9mentarit\u00e9, et l'alliance dans la tendresse et la fid\u00e9lit\u00e9. Et c'est l\u00e0 qu'est le mod\u00e8le du couple. Tout le pass\u00e9 biologique qui a pr\u00e9par\u00e9 les sexes, toute l'\u00e9volution humaine qui a fait m\u00fbrir le couple, ne viennent qu'ensuite: ce sont des reflets du projet \u00e9ternel de Dieu dans la cr\u00e9ation et dans l'histoire.
Les paroles de J\u00e9sus sont sans \u00e9chappatoire. Elles ont \u00e9t\u00e9 dites face \u00e0 une pratique du mariage universellement accept\u00e9e; elles valent tout autant aujourd'hui face \u00e0 la pratique si r\u00e9pandue du "non-mariage". Dans toute la Bible, amour et fid\u00e9lit\u00e9 vont ensemble, et quand l'\u00e9vangile parle de se perdre soi-m\u00eame comme de la condition pour se trouver, cela vaut aussi pour le couple.
Et si l'un des \u00e9poux trahit l'autre? Ici nous entrons sur le terrain des d\u00e9cisions humaines o\u00f9 chacun doit r\u00e9soudre son propre cas, et le r\u00e9soud selon ce qui lui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de son appel par Dieu. On ne peut pas condamner les autres, mais J\u00e9sus  enl\u00e8ve toute autorit\u00e9 \u00e0 ceux qui pr\u00e9tendent tranquilliser la conscience des divorc\u00e9s comme s'ils n'avaient pas port\u00e9 atteinte \u00e0 leur vocation chr\u00e9tienne.

{N}10,{/}13: J\u00e9sus offre \u00e0 tous les tr\u00e9sors de son coeur, et tout particuli\u00e8rement aux plus petits. Il s'\u00e9merveille devant le myst\u00e8re d'une vie qui commence remplie de possibilit\u00e9s, et il d\u00e9couvre l'image de son P\u00e8re dans tous ces enfants inconnus. Comment J\u00e9sus, qui nous demande d'esp\u00e9rer, pourrait-il oublier que les enfants sont aussi notre espoir?
Celui qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant. Nous devons oublier notre sagesse, notre suffisance et l'amertume de nos exp\u00e9riences pass\u00e9es. afin de recevoir les dons de Dieu et ses paroles, dans l'\u00e9merveillement et la simplicit\u00e9 de l'enfant.

{N}10,{/}17: L'influence de J\u00e9sus provenait moins de la nouveaut\u00e9 de son enseignement que de l'attrait myst\u00e9rieux de sa personne. Beaucoup de personnes justes et en recherche de Dieu, en le rencontrant, d\u00e9couvraient brusquement ce que signifie la perfection.
Selon Matthieu (19,20) celui qui s'approche de J\u00e9sus est un jeune homme, Luc l'appelle un chef (18,18): peu importe d'ailleurs. Ce qui nous int\u00e9resse c'est que cet homme demande \u00e0 J\u00e9sus quel est le chemin qui conduit \u00e0 la vie \u00e9ternelle, mais J\u00e9sus n'a pas de commandement nouveau \u00e0 lui enseigner. L'Ancien Testament avait d\u00e9j\u00e0 dit tout ce qu'il fallait faire, et comment obtenir la vie \u00e9ternelle par la pratique de la justice et de la compassion.
C'est alors que J\u00e9sus lui propose d'entrer, aujourd'hui m\u00eame, dans une autre voie qui lui donnera la vraie libert\u00e9: Vends tout ce que tu as.

{N}10,{/}23: J\u00e9sus ne dit pas que le riche ne sera pas sauv\u00e9, mais qu'il n'entrera pas dans le Royaume de Dieu qui consiste \u00e0 partager d\u00e8s maintenant les inqui\u00e9tudes, le bonheur et la libert\u00e9 du Christ.
Tant qu'une personne n'a pas su se lib\u00e9rer de probl\u00e8mes mat\u00e9riels urgents et dominer, en quelque sorte, les biens de ce monde, il manque quelque chose \u00e0 son existence humaine. Mais \u00e0 ceux qui d\u00e9j\u00e0 ont l'\u00eatre et l'avoir, J\u00e9sus propose de tout laisser et de le suivre comme la condition pour exp\u00e9rimenter d\u00e8s cette vie la pr\u00e9sence de Dieu P\u00e8re.
Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille. On a souvent imagin\u00e9 des commentaires pour assouplir cette parole de J\u00e9sus: "Il y avait \u00e0 J\u00e9rusalem une petite porte dans les remparts, appel\u00e9e porte de l'aiguille, o\u00f9 les chameaux charg\u00e9s ne passaient qu'\u00e0 grand-peine". Mais cette porte n'a jamais exist\u00e9. Ou bien encore: "J\u00e9sus parle bien d'un chas d'aiguille, mais il faut entendre le fil de chameau et non le chameau lui-m\u00eame." En fait nous voudrions bien pouvoir rectifier la parole cat\u00e9gorique de J\u00e9sus et dire plut\u00f4t: il est difficile, voire tr\u00e8s difficile, \u00e0 un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu, mais non pas impossible.
Laissons toutes ces interpr\u00e9tations fantaisistes de c\u00f4t\u00e9 et \u00e9coutons l'Evangile: aux ap\u00f4tres qui ont bien compris la comparaison, J\u00e9sus r\u00e9pond nettement: oui, c'est impossible.
Mais aussit\u00f4t J\u00e9sus s'adresse aussi bien au riche qu'\u00e0 celui qui le juge: il rappelle la distance infinie qui s\u00e9pare l'homme p\u00e9cheur de la saintet\u00e9 de Dieu, mais aussi l'amour infini du P\u00e8re qui accomplit pour nous l'impossible. Dieu sauve les hommes, y compris les riches, mais en leur enlevant tout le b\u00e9n\u00e9fice et la fausse s\u00e9curit\u00e9 que leur richesse pourrait leur donner.  M\u00eame s'il est vrai que la richesse nous laisse \u00e0 la porte du Royaume, ce n'est pas en faisant de l'asc\u00e9tisme, moins encore en condamnant les riches, que nous entrerons. Quelle que soit la valeur de la vraie pauvret\u00e9, J\u00e9sus nous rappelle de fa\u00e7on radicale que notre salut est l'oeuvre de Dieu et de lui seul. 

{N}10,{/}28: Celui qui laisse maison...J\u00e9sus ne parle pas seulement de r\u00e9compense dans l'autre vie. Dans ce monde d\u00e9j\u00e0, au milieu des pers\u00e9cutions, ceux qui se sacrifient pour le royaume trouveront amiti\u00e9, joie, et une pl\u00e9nitude humaine qu'ils n'auraient jamais pu esp\u00e9rer.
Cette parole de J\u00e9sus que nous retrouvons en Mt 19,29 et Lc 18,29 a connu ici une addition notable: avec des pers\u00e9cutions. Lorsque l'\u00e9vangile a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, les pers\u00e9cutions avaient commenc\u00e9 \u00e0 frapper l'Eglise: d\u00e8s l'an 34, puis en 41 et en 62 \u00e0 J\u00e9rusalem, en 64 \u00e0 Rome avec la grande pers\u00e9cution ordonn\u00e9e par l'empereur N\u00e9ron. Au cours de ces pers\u00e9cutions, les chr\u00e9tiens ont fait l'exp\u00e9rience des liens qui les unissent, plus profond\u00e9ment souvent que les liens familiaux. Chass\u00e9s, oblig\u00e9s de se cacher, ils ont trouv\u00e9 "cent maisons de fr\u00e8res" pour se r\u00e9fugier.

{N}10,{/}35: J\u00e9sus se sent plein de courage et s\u00fbr de lui quand, devan\u00e7ant ses disciples, il se dirige vers J\u00e9rusalem o\u00f9 le supplice l'attend. La demande de Jacques et de Jean l'am\u00e8ne \u00e0 redire \u00e0 ses disciples qu'il ne marche pas vers un succ\u00e8s facile, mais vers la mort.
La demande de Jacques et de Jean nous choque sans doute, car ce n'\u00e9tait vraiment pas le moment, mais nous pouvons admirer leur fid\u00e9lit\u00e9.
{C}LES CHEFS - SERVIR{/}
Qu'est-ce qu'un chef? Comment doit-il se comporter? Comment agissent les chefs, le chef d'une \u00e9quipe, d'une famille? Les chefs d'\u00e9tat sourient aux foules et embrassent, sous l'objectif des cam\u00e9ras, l'enfant qui est venu leur offrir des fleurs; mais en v\u00e9rit\u00e9, qui sert? Qui se fait servir?
J\u00e9sus est venu servir et son service des hommes sera sa mort volontaire: "Il s'est fait ob\u00e9issant, prenant une nature d'esclave, et il est mort sur une croix" (Ph 2,7).
Boire la coupe... \u00eatre baptis\u00e9... expriment de fa\u00e7on imag\u00e9e les souffrances et la mort de J\u00e9sus.
Nous citons un bref po\u00e8me de Lao-Tseu, ancien sage chinois, sur le m\u00eame th\u00e8me:
"Qu'ont fait le fleuve et la mer
pour r\u00e9gner sur les cent vall\u00e9es?
Ils se sont mis sous elles
et c'est pourquoi ils r\u00e8gnent dans les cent vall\u00e9es.
Si le saint veut \u00eatre en t\u00eate du peuple
qu'il apprenne d'abord \u00e0 parler humblement.
S'il veut diriger le peuple,
qu'il se mette \u00e0 la derni\u00e8re place.
C'est ainsi que le saint est au-dessus du peuple
et pourtant il ne l'opprime point.
Il dirige le peuple
et ne le fait pas souffrir.
On le met volontiers en t\u00eate
et on ne se fatigue pas de lui.
Puisqu'il ne rivalise avec personne,
personne ne peut rivaliser avec lui."

{N}10,{/}47: Bartim\u00e9e est le type m\u00eame du disciple fid\u00e8le. C'est \u00e0 Dieu qu'il a demand\u00e9 de "voir" et Dieu lui a donn\u00e9 de "voir". A l'inverse du jeune homme riche (10,17-22), qui \u00e9tait venu chercher la lumi\u00e8re et qui fait demi-tour lorsqu'il l'a entrevue, Bartim\u00e9e supplie J\u00e9sus de lui accorder la vue, et quand il voit, il se met \u00e0 la suite de J\u00e9sus.
Marc souligne, en contraste avec l'attitude humble et r\u00e9solue de l'aveugle, le caract\u00e8re versa tile de la foule; elle n'a compris ni la souffrance de l'infirme, ni la foi qui motive son cri. Mais lorsque J\u00e9sus appelle l'aveugle, aussit\u00f4t la foule lui dit d'un air flatteur: "Courage, il t'appelle!"
Fils de David! C'\u00e9tait une fa\u00e7on de d\u00e9signer le Messie.

{N}11,{/}1_Voir le commentaire de Mt 21,1.
{C}LE SAUVEUR{/}
De J\u00e9richo \u00e0 J\u00e9rusalem, J\u00e9sus "monte" avec ceux qui vont c\u00e9l\u00e9brer la f\u00eate. Comme lui, beaucoup viennent de Galil\u00e9e; en le voyant parmi les p\u00e8lerins, ils pensent qu'il va se faire proclamer Messie.
Jusqu'alors, J\u00e9sus avait refus\u00e9 cette acclamation parce que les gens attendaient une tout autre lib\u00e9ration que celle qu'il venait leur apporter. Mais en ce moment o\u00f9 sa mission s'ach\u00e8ve, l'heure est venue pour J\u00e9sus de se prononcer publiquement. Il est l'Envoy\u00e9 de Dieu et il n'y en aura pas d'autre apr\u00e8s lui.
J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par Dieu \u00e0 tous les peuples, mais il est venu d'abord comme le Sauveur du peuple d'Isra\u00ebl. Il est venu pr\u00e9cis\u00e9ment quand ce peuple avait besoin d'\u00eatre sauv\u00e9, parce que les choses allaient mal pour lui.
Les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9 un roi pacifique qui visiterait son peuple mont\u00e9 sur un \u00e2ne (Za 9,9) comme le font les gens simples et pacifiques, plut\u00f4t que sur un cheval comme le faisaient les militaires. C'est pourquoi J\u00e9sus a d\u00e9cid\u00e9 d'entrer \u00e0 J\u00e9rusalem de cette fa\u00e7on. L'enthousiasme des Galil\u00e9ens fit du bruit dans J\u00e9rusalem, mais il fut loin d'entra\u00eener la ville.
Les Juifs ne pensaient pas que leur Sauveur se pr\u00e9senterait si humblement. Tout au long de leur histoire, Dieu les avait d\u00e9livr\u00e9s de l'oppression et de la famine gr\u00e2ce \u00e0 des hommes providentiels. Cette fois, il venait en personne leur montrer le chemin du salut par le pardon et la non-violence, mais ils ne le reconnurent pas. M\u00eame les Galil\u00e9ens qui avaient fait \u00e0 J\u00e9sus cette entr\u00e9e triomphale esp\u00e9rant une d\u00e9claration politique de sa part, devaient le renier quelques jours plus tard.

{N}11,{/}12: Que personne jamais plus ne mange de tes fruits. La sc\u00e8ne du figuier maudit est un "geste proph\u00e9tique". On en trouve de nombreux exemples dans les livres des Proph\u00e8tes (Is 20,2; Jr 27,2; Ez 5,1; 12,3...). Le geste de J\u00e9sus dont Marc souligne le caract\u00e8re insolite - ce n'\u00e9tait pas la saison des figues - va susciter l'\u00e9tonnement des disciples. Lorsque le lendemain J\u00e9sus repassera avec eux par le m\u00eame chemin, et que les disciples auront constat\u00e9, stup\u00e9faits, l'\u00e9tat du figuier maudit, J\u00e9sus leur donnera son enseignement sur la puissance de la foi.

{N}11,{/}15:_{C}LE TEMPLE{/}
Pour les Juifs, le temple de J\u00e9rusalem \u00e9tait le seul temple du Dieu unique. Dans chaque ville ou village ils avaient des synagogues pour se r\u00e9unir, pour lire la Bible et chanter les psaumes, mais ce n'\u00e9tait que dans le temple que les pr\u00eatres offraient des sacrifices et c\u00e9l\u00e9braient le culte. Un b\u00e2timent de dimensions modestes se trouvait au centre de l'ensemble. Seuls les pr\u00eatres charg\u00e9s d'offrir l'encens y p\u00e9n\u00e9traient tandis que la foule se pressait dans les cours. C'est l\u00e0 que se trouvaient les vendeurs et les changeurs qui fournissaient les animaux et les oiseaux pour les offrandes.
Tandis que Jean met l'accent sur le caract\u00e8re proph\u00e9tique du geste de J\u00e9sus: "D\u00e9truisez ce Temple et en trois jours je le rel\u00e8verai" (Jn 2,19), Marc s'arr\u00eate sur la "purification du Temple". En effet ces vendeurs install\u00e9s dans les cours du Temple, ainsi que beaucoup de gens qui tournaient autour, ne s'int\u00e9ressaient gu\u00e8re \u00e0 la pri\u00e8re et au culte d'Isra\u00ebl. Les pr\u00eatres \u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 tout cela et le grand pr\u00eatre Ca\u00efphe en profitait car c'\u00e9tait lui qui donnait aux vendeurs les autorisations n\u00e9cessaires pour exercer leur commerce dans le Temple.
J\u00e9sus n'\u00e9tait ni pr\u00eatre, ni garde du Temple, mais ce temple \u00e9tait la maison de son P\u00e8re. C'est pourquoi il jeta dehors les acheteurs et les vendeurs.
Elle sera appel\u00e9e Maison de pri\u00e8re pour toutes les nations. Les cours o\u00f9 se trouvaient les vendeurs \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment celles qu'on destinait aux \u00e9trangers. "Purifier le temple" c'est donc pour J\u00e9sus lui redonner son v\u00e9ritable sens et permettre aux pa\u00efens aussi de trouver dans ces cours un lieu privil\u00e9gi\u00e9 de rencontre avec Dieu.

{N}11,{/}20: {C}LA FORCE DE LA FOI{/}
S'il n'h\u00e9site pas mais croit de tout son coeur. Voir la m\u00eame chose dans Jacques 1,6. J\u00e9sus parle ici plus pr\u00e9cis\u00e9ment de "la foi qui accomplit des miracles" (voir 1Co 13,2). J\u00e9sus ne dit pas que cette foi sera donn\u00e9e \u00e0 tout le monde et \u00e0 chaque instant: il s'agit d'un charisme, ou don de Dieu, et il le donne \u00e0 qui il veut (1Co12,9). C'est une conviction int\u00e9rieure que Dieu veut faire un miracle, et cette certitude nous donne le courage d'agir et de commander en son nom.
Mais cette promesse de J\u00e9sus a aussi un sens pour toutes nos pri\u00e8res. Evidemment nous ne devons pas penser que Dieu accomplira toujours les miracles que nous lui demandons. Si je demande \u00e0 Dieu de me faire gagner \u00e0 la loterie, lui n'est pas oblig\u00e9 de penser que je serai meilleur en \u00e9tant plus riche. Mais en r\u00e9alit\u00e9, celui qui aime Dieu humblement, comprend dans ses \u00e9preuves que Dieu veut l'aider. C'est pourquoi il prie avec ferveur car il sait que Dieu l'\u00e9coute. Ainsi celui qui se passionne pour le Royaume de Dieu demande au Seigneur de supprimer les obstacles qui s'opposent au d\u00e9veloppement du Royaume.
Nous avons du mal \u00e0 demander de grandes choses ou des choses qui se voient, parce que si Dieu refuse de nous les donner, comment allons-nous continuer de croire en lui? Certes, il est fort beau de ne demander \u00e0 Dieu que "sa gr\u00e2ce", sa force int\u00e9rieure; mais beaucoup le font moins par estime de la vie int\u00e9rieure que parce qu'ils ont peur de ne rien voir venir. Qui osera demander la pluie ou la s\u00e9cheresse comme l'a fait Elie et comme le font encore des pauvres que Dieu \u00e9coute? Mais ceux qui ont tout risqu\u00e9 pour l'Evangile, comme les saints, osent demander l'impossible \u00e0 Dieu, ob\u00e9issant ainsi aux suggestions de l'Esprit de Dieu.
Croyez que vous l'avez re\u00e7u... (24). J\u00e9sus nous invite \u00e0 prier avec foi et pers\u00e9v\u00e9rance jusqu'\u00e0 ce que Dieu nous fasse sentir avec certitude qu'il a entendu notre pri\u00e8re, ou au contraire que ce que nous demandions n'est pas sa volont\u00e9: alors nous cesserons m\u00eame de le d\u00e9sirer.

{N}11,{/}27: {C}LES PRETRES OPPORTUNISTES{/}
J\u00e9sus n'a pas demand\u00e9 d'autorisation pour enseigner dans le Temple, ni pour chasser les vendeurs. Il a agi en toute libert\u00e9 comme l'ont fait les proph\u00e8tes. Comme les pr\u00eatres \u00e9taient charg\u00e9s de pr\u00e9server la foi v\u00e9ritable, il \u00e9tait normal qu'ils v\u00e9rifient si J\u00e9sus \u00e9tait un vrai proph\u00e8te ou non. Mais \u00e9taient-ils vraiment pr\u00e9occup\u00e9s de la v\u00e9rit\u00e9? Etaient-ils pr\u00eats \u00e0 reconna\u00eetre en J\u00e9sus l'envoy\u00e9 de Dieu?
Apparemment, ils ne pensaient qu'\u00e0 d\u00e9fendre un ordre qui leur convenait et, avant m\u00eame d'\u00e9couter J\u00e9sus, ils le jugeaient d\u00e9j\u00e0 comme un \u00eatre subversif.
C'est pourquoi J\u00e9sus les interroge au sujet de Jean-Baptiste. Etant donn\u00e9 que la pr\u00e9dication de Jean avait \u00e9t\u00e9 l'\u00e9v\u00e9nement religieux le plus important des deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, les pr\u00eatres auraient d\u00fb se prononcer au sujet de Jean. Mais ils ne l'avaient pas fait et n'\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 le faire. Alors, comment pouvaient-ils demander des explications \u00e0 J\u00e9sus? Il \u00e9tait clair maintenant qu'ils n'intervenaient que lorsque cela leur convenait.
L'attitude de J\u00e9sus oblige les responsables religieux de tous les temps \u00e0 s'examiner pour voir s'ils remplissent les conditions voulues pour que le public respecte leurs d\u00e9clarations et leurs condamnations.

{N}12,{/}1: {C}LES ELUS DE DIEU{/}
Dans cette comparaison, la vigne repr\u00e9sente le royaume de Dieu. Les Juifs \u00e9taient le peuple de Dieu et ils en \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer que leurs propres int\u00e9r\u00eats se confondaient avec ceux de Dieu. Dieu les avait aid\u00e9s contre les autres nations et ils \u00e9taient s\u00fbrs d'\u00eatre sauv\u00e9s; ils ne s'int\u00e9ressaient gu\u00e8re au sort des autres qui ne connaissaient pas Dieu.
Dieu leur avait confi\u00e9 son royaume; autrement dit, il les guidait tout au long de leur histoire afin qu'ils soient un exemple pour les autres peuples. Ils devaient leur communiquer leurs exp\u00e9riences afin qu'ils d\u00e9veloppent la justice, un esprit de responsabilit\u00e9 et le sens de la fraternit\u00e9: tels \u00e9taient les fruits que Dieu voulait r\u00e9colter.
Dieu leur avait envoy\u00e9 des proph\u00e8tes pour leur rappeler leur dette: on les avait \u00e0 peine \u00e9cout\u00e9s. Finalement se pr\u00e9sente le Fils de Dieu fait homme, et c'est la m\u00eame chose. Il sera jet\u00e9 hors de la vigne, c'est-\u00e0-dire rejet\u00e9 par son propre peuple. C'est pourquoi le royaume de Dieu sera confi\u00e9 \u00e0 d'autres, \u00e0 ceux qui sont rassembl\u00e9s dans l'Eglise du Christ.
Si l'Eglise a les promesses de la vie \u00e9ternelle, et la certitude que Dieu ne l'abandonnera jamais quelles que soient ses infid\u00e9lit\u00e9s, cela ne veut pas dire que telle ou telle portion de l'Eglise ne puisse dispara\u00eetre.
L'histoire nous montre comment l'Eglise est aujourd'hui pratiquement absente de r\u00e9gions enti\u00e8res ou de milieux sociaux qui comptaient autrefois des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes nombreuses et renomm\u00e9es. Devant de telles situations, il est souvent plus facile de chercher des "causes historiques" que de s'interroger sur la d\u00e9gradation de l'esprit \u00e9vang\u00e9lique de ces communaut\u00e9s.

{N}12,{/}13: {C}POLITIQUE ET RELIGION - CESAR{/}
Le pi\u00e8ge est le suivant: les adversaires de J\u00e9sus lui posent des questions au sujet de l'imp\u00f4t que les Juifs doivent payer \u00e0 C\u00e9sar, empereur de Rome. Car la Palestine a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e par les Romains, et les Juifs se trouvent sous leur domination.
Les Pharisiens et les partisans d'H\u00e9rode, ennemis en politique, s'allient. Les Pharisiens sont contre la domination de Rome, tandis que les partisans d'H\u00e9rode l'acceptent. Si J\u00e9sus dit qu'ils doivent payer, les Pharisiens le discr\u00e9diteront devant le peuple. S'il dit le contraire, les partisans d'H\u00e9 rode auront un motif pour le faire arr\u00eater par les Romains.
J\u00e9sus ne condamne pas l'imp\u00e9rialisme romain, il ne le justifie pas non plus. Est-ce \u00e0 dire que la paix et la justice entre les peuples sont \u00e9trang\u00e8res aux "questions spirituelles" et n'int\u00e9ressent pas J\u00e9sus?
Bien entendu, ces probl\u00e8mes sont importants et l'histoire biblique nous r\u00e9v\u00e8le que Dieu d\u00e9sire pour chaque homme la libert\u00e9, et pour les nations la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper culture et vie nationale: c'est bien cela qui justifie l'engagement politique des chr\u00e9tiens.
Mais J\u00e9sus sait aussi que la v\u00e9ritable lib\u00e9ration de l'homme se joue bien au-del\u00e0 des querelles et des rivalit\u00e9s partisanes. Or \u00e0 son \u00e9poque, le peuple Juif est d\u00e9chir\u00e9 par la vie politique et divis\u00e9 en factions irr\u00e9conciliables qui seront une des causes de la disparition de la nation au cours de la grande r\u00e9volte de 66-71 apr\u00e8s J.-C. J\u00e9sus va donc inviter ses adversaires \u00e0 remettre la vie politique \u00e0 sa v\u00e9ritable place et \u00e0 cesser de confondre foi et fana tisme religieux.
Pour les Pharisiens, payer l'imp\u00f4t \u00e0 C\u00e9sar, souverain \u00e9tranger et pa\u00efen, c'\u00e9tait renier Dieu, le seul Seigneur d'Isra\u00ebl. Ils identifiaient le parti national juif \u00e0 la cause de Dieu et pour servir Dieu, il leur fallait \u00e9craser les partis adverses.
Comme la foi exige une ob\u00e9issance totale, ceux qui aujourd'hui encore confondent foi et militan tisme politique en arrivent peu \u00e0 peu \u00e0 justifier tout ce que fait leur parti, y compris ses mensonges et ses crimes.
Le C\u00e9sar de Rome n'\u00e9tait pas Dieu, m\u00eame s'il le pr\u00e9tendait. Il avait impos\u00e9 son autorit\u00e9 et l'usage de la monnaie romaine, mais il ne pouvait exiger la soumission d'une conscience qui n'appartient qu'\u00e0 Dieu. Il n'\u00e9tait pas non plus "l'ennemi de Dieu" comme le pensaient les Pharisiens, et pour servir le royaume de Dieu, il n'\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de refuser l'imp\u00f4t ou l'ob\u00e9issance civique \u00e0 C\u00e9sar.
Par sa r\u00e9ponse "\u00e0 C\u00e9sar ce qui est de son domaine, \u00e0 Dieu..." J\u00e9sus distingue la religion et la politique dans une culture o\u00f9 les hommes politiques cherchaient toujours une justification dans la religion et o\u00f9, par le fait m\u00eame, les adversaires politiques \u00e9taient regard\u00e9s comme des ennemis de Dieu.

{N}12,{/}18: Marc a voulu mettre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te les affrontements de J\u00e9sus avec les deux partis les plus importants du peuple juif: apr\u00e8s les Pharisiens, les Sadduc\u00e9ens (voir Lexique: Sectes). Les Sadduc\u00e9ens - les chefs des pr\u00eatres - sont des gestionnaires du peuple de Dieu. Ils ne croient pas au spirituel ni \u00e0 la r\u00e9surrection, innovations funestes selon eux, qui affaiblissent l'esprit nationaliste et le pouvoir de l'appareil central. Leur Bible se r\u00e9duit au Pentateuque o\u00f9 on parle beaucoup des pr\u00eatres et pas du tout de la r\u00e9surrection.
{C}LA RESURRECTION{/}
Que signifie la "r\u00e9surrection"? Lorsque J\u00e9sus a rappel\u00e9 \u00e0 la vie la fille de Ja\u00efre (Mc 5,21), ou Lazare (Jn 11,1), ils n'ont retrouv\u00e9 que la vie qu'ils avaient auparavant; et apr\u00e8s un temps il leur a fallu mourir une seconde fois. Ce n'\u00e9tait pas la v\u00e9ritable r\u00e9surrection.
Beaucoup de gens pensent qu'il y a "quelque chose" apr\u00e8s la mort, et que quelque chose de nous survit: "l'\u00e2me". C'est vrai mais ce n'est pas l'essentiel.
La r\u00e9surrection n'est pas la survie de "quelque chose de nous", mais une transformation, une transfiguration de toute la personne. Cela sera une oeuvre de gr\u00e2ce, un don de Dieu: nous rena\u00eetrons de Dieu lui-m\u00eame.
Nous cherchons souvent \u00e0 imaginer ce que nous serons une fois ressuscit\u00e9s. Cette curiosit\u00e9 est peut-\u00eatre l\u00e9gitime, mais elle ne peut trouver de r\u00e9ponses satisfaisantes. Paul essaie bien de nous donner quelques lumi\u00e8res sur cette question qui devait tourmenter les premiers chr\u00e9tiens aussi bien que nous-m\u00eames (1Co 15,35-57); mais il faut reconna\u00eetre que nous restons sur notre faim devant ces explications.
Reconnaissons plut\u00f4t que tant que nous sommes dans le monde pr\u00e9sent, un monde o\u00f9 la mati\u00e8re et le temps sont notre lot naturel, il nous est impossible d'imaginer le "monde nouveau", "les cieux nouveaux et la terre nouvelle" dont J\u00e9sus, apr\u00e8s les proph\u00e8tes, nous annonce la venue (Is 65,17; Ap 21,1-4).
Si nous prenons le risque d'une comparaison, proche de celle de Paul, nous pouvons dire ceci: comment quelqu'un, qui n'a jamais vu que des graines de plantes ou d'arbres, peut-il imaginer la plante couverte de fleurs ou l'arbre pleinement \u00e9panoui? Quel point commun en apparence entre la petite graine, grosse parfois comme une t\u00eate d'\u00e9pingle, sans couleur et sans vie, et la plante parvenue \u00e0 sa maturit\u00e9, par\u00e9e de couleurs vari\u00e9es et se balan\u00e7ant au gr\u00e9 du vent? Mais celui qui contemple l'arbre ou la plante, lui, sait bien d'o\u00f9 est venue cette vie qu'il admire. Ainsi, pour nous aujourd'hui, il nous est impossible d'imaginer ce que nous deviendrons, dans la totalit\u00e9 de notre \u00eatre humain, lors de cette transfiguration \u00e0 laquelle Dieu nous appelle. Mais lorsqu'elle sera accomplie, nous comprendrons le lien vital entre ce que nous serons alors et ce que nous sommes aujourd'hui.
Ce qui pr\u00e9c\u00e8de nous permet de comprendre le double reproche que J\u00e9sus adresse aux Sadduc\u00e9ens:
Vous ne connaissez pas la puissance de Dieu. Ils n'imaginent qu'une caricature de la r\u00e9surrection.
Vous ne connaissez pas les Ecritures. Seuls les livres les plus tardifs de l'Ancien Testament parlaient de la r\u00e9surrection, et les Saducc\u00e9ens rejetaient ces livres. Mais de fait, toute la Bible nous pr\u00e9sente un Dieu vivant qui fait des hommes ses amis.
Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Si Dieu s'est li\u00e9 \u00e0 eux d'une telle fa\u00e7on, comment pourrait-il \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 leur mort et les laisser dispara\u00eetre \u00e0 jamais tandis qu'il jouit tranquillement de sa Gloire?

{N}12,{/}28: {C}AIMER DIEU {/}
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu. Bien des chr\u00e9tiens s'\u00e9tonnent de d\u00e9couvrir que ce premier commandement ne se trouve pas parmi les dix commandements donn\u00e9s par Mo\u00efse dans le d\u00e9sert au peuple d'Isra\u00ebl. Ils ne parlent que de "servir Dieu"; nous le trouvons cependant dans Dt 6,5.
C'est qu'il est assez facile d'\u00e9prouver de l'admiration et de la reconnaissance pour la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu dans sa cr\u00e9ation, mais c'est tout autre chose que d'entrer dans une relation d'amour mutuel. Cette d\u00e9couverte n'est venue qu'avec le temps des proph\u00e8tes, ils l'ont fortement ancr\u00e9e dans les discours du Deut\u00e9ronome, et nous n'y atteindrons nous-m\u00eames qu'\u00e0 partir d'une exp\u00e9rience chr\u00e9tienne.
Aimer Dieu n'est pas un commandement comme les autres qui indiquent des actions particuli\u00e8res que nous devons faire ou \u00e9viter, par exemple: "tu te reposeras le jour du Seigneur", ou "tu ne commettras pas d'adult\u00e8re". Quand il s'agit d'aimer Dieu, c'est toute la vie qui est en cause.
C'est la raison pour laquelle l'amour de Dieu n'est pas pr\u00e9sent\u00e9 dans le Nouveau Testament comme un commandement, mais comme le premier fruit de l'Esprit que Dieu donne \u00e0 ses fils et filles d'adoption: Rom 8,15 et 22. Dieu est le premier aim\u00e9 (Mt 6,9-10; 1 J 4,17), tout sp\u00e9cialement en la personne de son Fils: 2 Cor 5,15; 1 P 1,8. Il n'y a pas d'amour authentique du prochain sans cet amour de Dieu: 1J 5,2.
Tu aimeras Dieu de tout ton coeur. Tu l'aimeras plus que tu n'aimes ceux qui te sont chers. Tu le d\u00e9sireras ardemment, et en toutes choses tu rechercheras ce qu'il attend de toi.
Tu l'aimeras de toute ton \u00e2me, de toute ton intelligence. Tu consacreras le meilleur de ton intelligence \u00e0 le conna\u00eetre. En regardant ta propre vie, tu comprendras \u00e0 quel point il a guid\u00e9 tes pas. En regardant ce qui se passe dans le monde et les \u00e9v\u00e9nements de tous les jours, tu essaieras de comprendre comment vient le royaume de Dieu. Pers\u00e9v\u00e9rant dans la pri\u00e8re et la lecture de la Bible, tu demanderas \u00e0 Dieu de te communiquer son propre Esprit pour que tu puisses mieux le conna\u00eetre.
Tu l'aimeras de toute ta force. Et puisque tu es tr\u00e8s faible, tu lui demanderas de t'aider et tu essaieras de te joindre aux vrais serviteurs de Dieu en te servant des moyens que l'Eglise met \u00e0 ta disposition.
Le commandement d'aimer notre prochain comme nous-m\u00eames vient en second lieu parce qu'il est impossible de le comprendre ou de l'observer sans aimer Dieu. Car Dieu nous demande plus que d'\u00eatre solidaires de notre prochain ou de nous pr\u00e9occuper de ceux qui souffrent. Nous devons nous efforcer de voir nos fr\u00e8res et soeurs comme Dieu les voit, et de vouloir pour eux ce que lui-m\u00eame leur veut. Parmi toutes les bonnes choses que nous pourrions faire pour notre prochain, nous devons choisir celles que nous conseille l'Esprit de Dieu. Tout cela exige d'abord que nous connaissions et que nous aimions Dieu.

{N}12,{/}37: Les ma\u00eetres de la Loi n'\u00e9taient pas de mauvaises personnes. Ils \u00e9taient devenus ma\u00eetres en religion parce qu'ils s'int\u00e9ressaient \u00e0 la religion, mais d\u00e8s que le ma\u00eetre cesse de vouloir \u00eatre saint, il n'est plus qu'un homme faible. Le respect m\u00eame qu'on lui t\u00e9moigne le conduit \u00e0 se permettre bien des d\u00e9viations qui seraient s\u00e9v\u00e8rement censur\u00e9es chez d'autres.

{N}12,{/}41: Marc rapporte l'\u00e9pisode de la veuve pauvre en opposition avec le passage pr\u00e9c\u00e9dent. Cette femme est la seule, parmi tant de fid\u00e8les, qui ait donn\u00e9 \u00e0 Dieu ce qu'il m\u00e9ritait: elle personnifie les nombreux pauvres qui n'ont pratiquement rien mais qui trouvent pourtant la fa\u00e7on de partager le peu qu'ils poss\u00e8dent. Une personne modeste est souvent capable de sacrifier une partie de ses heures de travail pour se former et pouvoir participer ainsi \u00e0 une action collective au service des autres, tandis que pendant ce temps certains disent: "Moi, je ne peux pas faire la m\u00eame chose, mon salaire est plus \u00e9lev\u00e9 et je perdrais trop." Le mince salaire que perd le pauvre ne vaut-il pas beaucoup plus que le salaire \u00e9lev\u00e9 que d'autres ne veulent pas perdre? Seul le pauvre peut donner tout ce qu'il a pour vivre.

{N}13,{/}1: {C}LA FIN DU MONDE{/}
Les proph\u00e8tes de la Bible avaient parl\u00e9 d'une fa\u00e7on assez obscure de la crise qui inaugurerait le royaume universel de Dieu. Selon plusieurs d'entre eux, toutes les nations du monde s'uniraient pour d\u00e9truire J\u00e9rusalem, la ville sainte, mais au moment le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Dieu interviendrait triomphalement pour \u00e9tablir son propre royaume (Is 66,18; Ez 38; Jl 4; Za 14).
C'est la raison pour laquelle les ap\u00f4tres pensent \u00e0 la fin du monde lorsque J\u00e9sus parle de la destruction du temple. La r\u00e9ponse de J\u00e9sus est claire: la trag\u00e9die qui se terminera par la chute de J\u00e9rusalem est proche, mais ce ne sera pas la fin du monde.
Ce discours commence avec les avertissements de J\u00e9sus au sujet de la ruine de J\u00e9rusalem dont beaucoup de ses auditeurs vont \u00eatre les t\u00e9moins.
Quand on vous parlera de guerres (7). Cela ne veut pas dire que Dieu abandonne le monde aux forces du mal. Il s'agit plus d'un accouchement que d'un abandon, parce que l'humanit\u00e9 m\u00fbrit et les peuples font face \u00e0 des probl\u00e8mes complexes dans leur vie et dans leur d\u00e9veloppement. La crise que la nation juive a souffert \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus ressemble \u00e0 celles que d'autres civilisations ont connues: quelque chose meurt et quelque chose rena\u00eet.
Les gens, d\u00e9concert\u00e9s, se laissent ais\u00e9ment tromper par la propagande et les id\u00e9ologies. La peur les rend aveugles, ils adoptent des positions politiques extr\u00e9mistes et ils pers\u00e9cutent ceux qui ne partagent pas leur fanatisme. C'est la raison pour laquelle ils rejettent ceux qui croient. J\u00e9sus demande \u00e0 ses disciples de rendre t\u00e9moignage (9) qu'il est le seul Sauveur et de proclamer les exigences de l'Evangile pour les individus comme pour les  soci\u00e9t\u00e9s.
Trente ans apr\u00e8s J\u00e9sus, les Juifs se r\u00e9volt\u00e8rent contre les oppresseurs romains. Apr\u00e8s leurs premiers revers, les arm\u00e9es romaines se r\u00e9organis\u00e8rent, et leurs drapeaux d\u00e9cor\u00e9s des images de leurs idoles furent plant\u00e9s autour de la ville sainte assi\u00e9g\u00e9e. Bien des "Messies" apparurent (22), des hommes qui pr\u00e9tendaient \u00eatre les sauveurs de la  nation et qui entra\u00eenaient derri\u00e8re eux de nombreux partisans.
Alors les Juifs les plus fanatiques s'enferment dans la ville de J\u00e9rusalem en attendant une intervention de Dieu, mais ils sont tellement divis\u00e9s qu'ils s'entre-tuent. Ceux qui ont fui de la ville \u00e0 cause de la famine sont arr\u00eat\u00e9s par les Romains et crucifi\u00e9s devant les murs. A la fin, quand les Romains entrent, br\u00fblant le temple et les palais, tous ceux qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s -hommes, femmes et enfants- sont vendus sur place ou emmen\u00e9s \u00e0 Rome comme esclaves.

{N}13,{/}24: Mais apr\u00e8s cette \u00e9preuve... Apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 la fin du monde juif, J\u00e9sus parle d'un \u00e9v\u00e9nement encore plus important: la fin du monde, ou plut\u00f4t, sa transformation.
Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa clart\u00e9 (24). Ce sont des images tir\u00e9es d'Isa\u00efe 13,10 et 34,4, qui expriment la confusion, la surprise, la d\u00e9sint\u00e9gration des hommes et de l'univers face \u00e0 la majest\u00e9 du juge supr\u00eame.
Il enverra les anges. C'est aussi une expression commune aux livres juifs pour indiquer le jugement de Dieu. De m\u00eame, on ne doit pas interpr\u00e9ter litt\u00e9ralement la trompette dont il est question dans Mt 24,31 et 1Th 4,16.

{N}13,{/}28: Apprenez cette le\u00e7on... J\u00e9sus revient sur la destruction de J\u00e9rusalem.

{N}13,{/}32: Dans ce paragraphe, nous revenons \u00e0 la fin du monde. Le Jour en question est le jour du jugement que les proph\u00e8tes appellent aussi le "jour de Yahv\u00e9" (Amos 5,18; So 1,15).
Personne ne les conna\u00eet...: J\u00e9sus le dit clairement. Pourtant, nombreux sont ceux qui croient savoir ce que les anges ne savent pas. Et tout au long des si\u00e8cles certains ont pr\u00e9dit la fin du monde \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance (2Th 2).
M\u00eame pas le Fils, seul le P\u00e8re. Certains en sont troubl\u00e9s. Est-ce que cela ne veut pas dire que J\u00e9sus n'est pas Dieu comme le P\u00e8re? N'oublions pas que si J\u00e9sus est "Dieu n\u00e9 de Dieu", "vrai Dieu n\u00e9 du vrai Dieu", comme nous le proclamons dans le Credo, il est \u00e9galement et ins\u00e9parablement fils de Marie et \u00e0 ce titre v\u00e9ritablement homme. La connaissance infinie de Dieu ne peut pas \u00eatre contenue dans l'esprit humain de J\u00e9sus (voir Lc 3,21; Mc 6,1).
Par ailleurs le temps n'a pas le m\u00eame sens lorsqu'il s'agit de Dieu ou de nous. Dieu conna\u00eet l'heure dans l'\u00e9ternit\u00e9, mais cela ne signifie pas qu'elle correspond \u00e0 une date pr\u00e9cise de notre calendrier. A notre \u00e9chelle la date n'est pas fix\u00e9e, elle d\u00e9pend de comment nous faisons avancer le royaume par nos efforts et nos pri\u00e8res (2P 3,12).

{N}13,{/}33: Il s'agit ici d'une sorte de r\u00e9sum\u00e9 de la parabole des talents (Mt 25,14) et de celle des dix jeunes filles (Mt 25,1). Elle nous demande d'attendre le Seigneur en accomplissant son oeuvre. Le portier symbolise les responsables de l'Eglise; ils n'en sont pas les propri\u00e9taires, ils ne d\u00e9tiennent que les clefs de l'Eglise.
{C}COMMENT VIENT LE CHRIST: L'ENGAGEMENT CHRETIEN{/}
Dans plusieurs endroits de l'\u00e9vangile, J\u00e9sus nous invite \u00e0 \u00eatre vigilants pendant que nous l'attendons. Quand viendra-t-il? Comment viendra-t-il \u00e0 nous si nous devons mourir avant sa venue dans la gloire?
Il est vrai que nous rencontrerons le Seigneur \u00e0 notre mort. Cependant, J\u00e9sus vient \u00e0 nous de mille mani\u00e8res, pendant que nous l'attendons et faisons notre travail.
Notre travail (34). Un aspect de notre engagement avec le Christ est notre engagement dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, l'Eglise. C'est notre participation \u00e0 la pri\u00e8re commune, \u00e0 l'eucharistie, \u00e0 la cat\u00e9ch\u00e8se et \u00e0 d'autres activit\u00e9s semblables, et tandis que nous y prenons part, il y a pour nous, non pas "une" venue du Christ, mais plusieurs. Nous le voyons venir quand nos fr\u00e8res et nos soeurs se convertissent; il vient nous donner force et sagesse; il vient \u00e0 nous dans la pri\u00e8re en nous donnant l'assurance intime de sa pr\u00e9sence.
Il vient aussi dans notre vie de tous les jours. Les proph\u00e8tes voyaient une venue du Seigneur dans les \u00e9v\u00e9nements qui apportent crise et renouvellement. Parfois, il vient avec sa r\u00e9surrection par les \u00e9v\u00e9nements heureux qui donnent la vie et la joie, plus de justice et d'espoir pour les pauvres. D'autres fois, il vient avec sa passion et sa mort.
Et c'est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il vient dans notre histoire quotidienne que nous devons nous engager \u00e0 servir notre monde. Travail, famille, initiatives sociales et politiques , chacun \u00e0 sa mani\u00e8re doit \u00eatre \u00e9veill\u00e9.
Etre \u00e9veill\u00e9, car beaucoup commencent avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, mais ils finissent par oublier leur but, et un jour ils ne sont plus que des administrateurs ou des activistes. Ils se donnent bien \u00e0 certaines t\u00e2ches ou \u00e0 certains mouvements, mais pas au Seigneur lui- m\u00eame, et c'est pourquoi leur vie est remplie de contradictions. Ils accomplissent des merveilles pendant un certain temps, et tout d'un coup ils l\u00e2chent. Ils font des choses utiles, mais ils ne voient pas le moment o\u00f9 ils devraient s'arr\u00eater et suivre une autre voie. Ils font leur propre travail et ne laissent pas le Seigneur devenir ma\u00eetre de leur esprit, de leur coeur et de toute leur vie.
C'est tout diff\u00e9rent pour ceux qui se maintiennent sur leurs gardes: par leur interm\u00e9diaire, le Seigneur vient aux hommes.

{N}14,{/}1: {C}LA PAQUE{/}
Une fois de plus, depuis pr\u00e8s de 1500 ans, les Juifs allaient c\u00e9l\u00e9brer l'anniversaire de leur sortie d'Egypte. La P\u00e2que, ou passage du Seigneur, \u00e9tait la f\u00eate de l'ind\u00e9pendance nationale, la plus importante du calendrier religieux.
Mais depuis 40 ans ils avaient perdu leur ind\u00e9pendance. C'est pourquoi la P\u00e2que ranimait en eux le d\u00e9sir de libert\u00e9 et provoquait des troubles.
Les Juifs montaient en p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem de toute la Palestine parce que l'agneau pascal devait \u00eatre immol\u00e9 dans le temple et se manger \u00e0 J\u00e9rusalem. Chaque famille devait manger l'agneau r\u00f4ti avec de la salade am\u00e8re et du pain sans levain, alternant le chant des psaumes et les b\u00e9n\u00e9dictions de plusieurs coupes, selon un rituel ancien et tr\u00e8s pr\u00e9cis. Le chef de famille racontait les \u00e9v\u00e9nements du d\u00e9part d'Egypte et, en rappelant le pass\u00e9, tout le monde priait le Seigneur de lib\u00e9rer son peuple humili\u00e9.
La grande majorit\u00e9, aussi bien parmi le peuple que parmi les responsables, \u00e9tait incapable d'envisager l'avenir d'une nouvelle mani\u00e8re. Pourtant, le salut d'Isra\u00ebl, peuple de Dieu, n'\u00e9tait pas d'abord de briser ses cha\u00eenes politiques, mais de d\u00e9couvrir sa v\u00e9ritable mission: \u00eatre au milieu du monde t\u00e9moin de l'amour et de la mis\u00e9ricorde universels de Dieu, au del\u00e0 de toute fronti\u00e8re de race ou de parti.
L'\u00e9vangile \u00e9tait le seul ferment capable de lib\u00e9rer l'humanit\u00e9 et de vaincre le mal par le bien, et le salut se trouvait dans le Christ. Mais les Juifs ne le voyaient pas. Ils n'avaient pas confiance en lui  parce que sa doctrine leur semblait trop id\u00e9aliste, et Judas \u00e9tait un de ceux qui regrettaient d'avoir suivi ce chef qui ne menait \u00e0 rien.
J\u00e9sus avait accompli peu de choses en ces deux ann\u00e9es qui avaient suivi son bapt\u00eame par Jean-Baptiste; mais c'\u00e9tait assez pour que les autorit\u00e9s le craignent. Aucune soci\u00e9t\u00e9 ne pourrait supporter la pr\u00e9sence d'un homme libre et sans p\u00e9ch\u00e9.

{N}14,{/}3: Voir Jn 12,1 et le commentaire de Lc 7,36.
Quelques jours avant la P\u00e2que, alors que J\u00e9sus d\u00eenait \u00e0 B\u00e9thanie (Jn 12,1), Marie montra publiquement son amour tendre et passionn\u00e9 pour J\u00e9sus. D'autres \u00e9taient pr\u00e9sents qui aimaient aussi J\u00e9sus, bien qu'incapables d'exprimer leur amour. D'autres encore se scandalisent parce que Marie s'int\u00e9resse davantage \u00e0 J\u00e9sus qu'aux pauvres.
Elle a fait une bonne oeuvre. Enterrer les morts faisait partie des "bonnes oeuvres" reconnues par les Juifs. Dans le geste de Marie, J\u00e9sus voit un signe annon\u00e7ant sa mort imminente. Il ne faut plus rien perdre des quelques heures qui lui restent parmi nous. Il est bien plus important de l'accompagner en ses derniers moments que d'aller servir les pauvres (nous voyons quelque chose de semblable dans Mc 2,19 \u00e0 propos de ceux qui sont esclaves de leurs je\u00fbnes et de leurs pri\u00e8res).
Alors Judas Iscariote... (10). L'\u00e9vangile souligne le contraste entre le geste de Marie et celui de Judas.

{N}14,{/}12: {C}LA NOUVELLE ALLIANCE{/}
J\u00e9sus a voulu pr\u00e9ciser le sens de sa passion prochaine au cours du repas pascal. Il allait \u00e0 une mort qu'il avait librement accept\u00e9e et qui allait sauver le monde.
En quoi consistait "son" salut? Il am\u00e8nerait l'histoire humaine \u00e0 sa r\u00e9alisation: les hommes et les peuples ont besoin de m\u00fbrir, de s'affronter et finalement de s'unir en un seul corps. Le monde devait passer par mille crises et morts afin de parvenir \u00e0 la r\u00e9surrection. Au cours de cette histoire, Dieu multiplierait et r\u00e9partirait les richesses de son Esprit, et il am\u00e8nerait ses \u00e9lus \u00e0 la saintet\u00e9.
J\u00e9sus avait pr\u00e9sent\u00e9 un message qui allait guider l'humanit\u00e9, mais il fallait aussi un peuple de Dieu, une minorit\u00e9, un ferment qui se sente engag\u00e9 dans l'oeuvre de Dieu, et envers qui Dieu s'engagerait lui-m\u00eame.
Douze si\u00e8cles avant la naissance de J\u00e9sus, Dieu avait conclu au mont Sina\u00ef une alliance qui faisait d'Isra\u00ebl le peuple de Dieu parmi tous les autres peuples. Mais \u00e0 mesure que le temps passait et que les infid\u00e9lit\u00e9s du peuple de Dieu apparaissaient plus clairement, les proph\u00e8tes attendaient autre chose: une alliance dont le premier effet serait le pardon des p\u00e9ch\u00e9s (Jr 31,31). La famille de Dieu ne s'identifierait plus \u00e0 une race, elle serait une famille de croyants dont les p\u00e9ch\u00e9s seraient pardonn\u00e9s: c'est l'Eglise.
La veille de sa mort, J\u00e9sus rappelle la premi\u00e8re alliance du mont Sina\u00ef, quand le sang des animaux avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu (Ex 24,8). Il allait bient\u00f4t verser son propre sang pour une multitude (Is 53,11). Cette "multitude" vise, d'une fa\u00e7on sp\u00e9ciale, l'Eglise. Par sa mort, J\u00e9sus purifie tous ceux qui seront son propre peuple dans le monde.
Chaque fois que nous c\u00e9l\u00e9brons l'eucharistie (la messe), nous renouvelons cette alliance. J\u00e9sus se fait notre pain spirituel et nous consacre \u00e0 son  P\u00e8re afin que nous puissions participer de plus en plus \u00e0 son oeuvre de salut.
Ce dernier repas de J\u00e9sus est la premi\u00e8re liturgie chr\u00e9tienne. Au lieu des c\u00e9r\u00e9monies solennelles qui se faisaient dans le Temple, le moment liturgique le plus important de la vie de l'Eglise sera un repas fraternel o\u00f9 redevient pr\u00e9sent le myst\u00e8re de mort et de r\u00e9surrection.
Je ne boirai plus du produit de la vigne. L'eucharistie annonce le jour o\u00f9 le Christ c\u00e9l\u00e9brera le banquet dans le royaume avec toute l'humanit\u00e9  r\u00e9unie en lui.
Pour comprendre le sens de la C\u00e8ne, il faut lire les discours d'adieux de J\u00e9sus \u00e0 ses ap\u00f4tres, discours que Jean situe en cette nuit du Jeudi Saint (Jn 14-17). J\u00e9sus \u00e9tait venu pr\u00e9parer par sa parole l'effusion de son Esprit parmi les croyants. Maintenant il est pr\u00e9sent d'une mani\u00e8re sp\u00e9ciale et agit en ses disciples avec une nouvelle efficacit\u00e9 quand ils se  r\u00e9unissent pour c\u00e9l\u00e9brer le Repas du Seigneur. Jean l'explique dans Jn 6 et Paul dans 1Co 11,17.

{N}14,{/}32: {C}LE SILENCE DE DIEU{/}
J\u00e9sus est seul pour affronter la mort et pour la vaincre en prenant sur lui le destin de tous les hommes. Il voit la m\u00e9chancet\u00e9 de ceux qui vont le maltraiter ou qui permettront qu'il soit maltrait\u00e9. Et derri\u00e8re eux il voit la Puissance des t\u00e9n\u00e8bres.
A ce moment-l\u00e0, J\u00e9sus est l'homme des douleurs; il fait un avec le p\u00e9ch\u00e9 (2Co 5,21) et se voit accabl\u00e9 de tous les p\u00e9ch\u00e9s des hommes qu'il paiera de sa vie. Dans sa pri\u00e8re, face \u00e0 son P\u00e8re juste et bien-aim\u00e9, il ressent une angoisse mortelle.
J\u00e9sus ne fait que r\u00e9p\u00e9ter une phrase qui exprime la pri\u00e8re parfaite: Abba (P\u00e8re) que ta volont\u00e9 soit faite. Il y a des moments et des endroits o\u00f9 l'Eglise pers\u00e9cut\u00e9e est \u00e0 l'agonie et ne peut rien faire d'autre que de prier pour que la volont\u00e9 de Dieu s'accomplisse. Sa pri\u00e8re est alors plus efficace que jamais.
Myst\u00e9rieuse agonie du Fils de Dieu (agonie signifie lutte). Lui qui donnera \u00e0 tant de martyrs la force d'affronter leurs tortures sans craintes, a voulu ressentir toute la faiblesse humaine. Se faisant homme pour nous, il n'a pas trich\u00e9: il a voulu conna\u00eetre jusqu'au d\u00e9sespoir de la nature humaine face \u00e0 la mort.
Comme le rappelle la lettre aux H\u00e9breux (2,10-18), il \u00e9tait sans p\u00e9ch\u00e9s et n'avait pas besoin d'\u00eatre purifi\u00e9, mais il devait conna\u00eetre l'humiliation, les souffrances et m\u00eame le silence de Dieu pour parvenir \u00e0 cette maturit\u00e9 qui ferait de lui "l'Homme", le chef de l'humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.

{N}14,{/}43: {C}JUDAS{/}
Judas \u00e9tait l'un des Douze. Comment J\u00e9sus a-t-il pu choisir, apr\u00e8s une nuit de pri\u00e8re (Lc 6,12), celui qui allait le trahir? L\u00e0 encore, J\u00e9sus n'a trich\u00e9 ni avec sa propre condition d'homme, ni avec le respect de la libert\u00e9 de l'autre. Lorsque Judas a suivi J\u00e9sus, il r\u00eavait comme les autres ap\u00f4tres d'un lib\u00e9rateur au sens ordinaire du mot. Au fur et \u00e0 mesure qu'ils connaissaient mieux J\u00e9sus, les autres ont r\u00e9vis\u00e9 leurs ambitions, mais pas lui.
Judas a trahi J\u00e9sus pour se venger du ma\u00eetre qui l'avait d\u00e9\u00e7u. Faisant partie du groupe d'intimes de J\u00e9sus, il avait \u00e9t\u00e9 incapable de r\u00e9pondre \u00e0 son affection: il finit par s'enfoncer dans le mal.
Comme L\u00e9vi-Matthieu, Judas avait rejoint le groupe de p\u00eacheurs de Galil\u00e9e qui formait la majorit\u00e9 de l'\u00e9quipe. Sans doute ont-ils eu leur part dans son \u00e9chec: se sont-ils vraiment efforc\u00e9s de l'int\u00e9grer \u00e0 leur groupe?

{N}14,{/}53: {C}LE PROCES DE JESUS{/}
J\u00e9sus compara\u00eet devant deux tribunaux. D'abord, devant le Sanh\u00e9drin, ou Conseil Supr\u00eame des Juifs: l\u00e0 on l'accuse de blasph\u00e8me. Ensuite, on le conduit devant Pilate, le gouverneur romain, et l\u00e0 on l'accuse d'\u00eatre un agitateur politique.
Le motif de ce double proc\u00e8s vient du fait que les Romains avaient retir\u00e9 aux autorit\u00e9s juives le droit de condamner \u00e0 mort. Aussi, apr\u00e8s avoir jug\u00e9 J\u00e9sus selon les lois de la Bible, les responsables du peuple de Dieu demandent \u00e0 Ponce Pilate d'appliquer la peine de mort. Ils pr\u00e9sentent alors de nouvelles accusations capables d'impressionner le gouverneur romain.
Il est tr\u00e8s difficile de d\u00e9terminer si le proc\u00e8s de J\u00e9sus s'est d\u00e9roul\u00e9 de fa\u00e7on l\u00e9gale ou non. Il ressemble \u00e0 beaucoup d'autres jugements dans lesquels les autorit\u00e9s, fortes de leur pouvoir, peuvent condamner leurs adversaires sans violer ouvertement la l\u00e9galit\u00e9.

{N}14,{/}60:{C} LA CONDAMNATION DE JESUS{/}
Les pr\u00eatres n'arrivent pas \u00e0 condamner J\u00e9sus \u00e0 mort pour infractions \u00e0 la Loi. C'est pourquoi ils doivent aborder quelque chose de beaucoup plus important, qui se trouve au coeur m\u00eame de l'\u00e9vangile: Es-tu le Fils de Dieu?
Fils de Dieu pouvait signifier tout simplement: "le Messie". Mais parmi tant de textes bibliques se rapportant au Messie, J\u00e9sus en choisit deux qui laissent entrevoir la personnalit\u00e9 divine du Sauveur: Fils de l'homme qui vient de Dieu lui-m\u00eame (Dn 7,13) qui si\u00e8ge \u00e0 la droite de Dieu comme un \u00e9gal (Psaume 110). Par cette d\u00e9claration, J\u00e9sus affirme qu'il n'est pas seulement fils de Dieu comme le serait un saint ou un envoy\u00e9 de Dieu: il est celui qui partage la divinit\u00e9 du P\u00e8re.
Les grands pr\u00eatres ne se sont pas tromp\u00e9s quant aux pr\u00e9tentions de J\u00e9sus: s'il ne s'\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 que comme le Messie, il n'y aurait pas eu de blasph\u00e8me.
Ce n'\u00e9tait pas une question de mots, ils l'ont condamn\u00e9 parce que, par toute sa fa\u00e7on d'agir, J\u00e9sus se mettait \u00e0 la place qui ne revient qu'\u00e0 Dieu. De cette fa\u00e7on ils ont pu rassurer leur conscience puisqu'ils d\u00e9fendaient l'honneur du Dieu unique.
Ils ne pouvaient pas reconna\u00eetre qu'en r\u00e9alit\u00e9, ils d\u00e9testaient J\u00e9sus car il avait d\u00e9nonc\u00e9 leur hypocrisie, leur manque de foi et leur amour de l'argent. J\u00e9sus se sentait libre en face des r\u00e8gles religieuses qu'eux-m\u00eames d\u00e9fendaient, et il les faisait tomber de leur pi\u00e9destal. En J\u00e9sus, Dieu \u00e9tait venu leur demander des comptes, les fruits de la vigne (Mc 12,2), et ils s'\u00e9taient dress\u00e9s contre lui.
J\u00e9sus est donc condamn\u00e9 au nom de Dieu, et il ne se r\u00e9volte pas contre cette condamnation injuste prononc\u00e9e par les chefs religieux de son propre peuple, car ils sont les repr\u00e9sentants l\u00e9gitimes, bien qu'indignes, de Dieu.

{N}14,{/}66: Les ap\u00f4tres ne manquaient pas de courage, sinon J\u00e9sus ne les aurait pas choisis. Pierre \u00e9tait sinc\u00e8re quand il disait: "M\u00eame si les autres t'abandonnent, moi, je ne le ferai pas". Ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 mourir pour J\u00e9sus dans l'enthousiasme d'un combat commun, mais tout se passe autrement qu'ils n'avaient pens\u00e9. Quand on arr\u00eate J\u00e9sus, il n'oppose aucune r\u00e9sistance \u00e0 ses ennemis, et les ap\u00f4tres sont d\u00e9concert\u00e9s.
Leur fuite est une r\u00e9action compr\u00e9hensible, mais cette fuite \u00e9branle aussi les bases de leur foi. Pierre renie J\u00e9sus, non seulement parce qu'il a peur, mais encore parce qu'il ne sait plus qui est J\u00e9sus.
Cette chute de Pierre le forcera \u00e0 douter de ses propres forces jusqu'\u00e0 la fin de sa vie. Pierre, responsable de l'Eglise universelle, restera conscient de sa faiblesse, et il ne sera pas tranquille tant qu'il n'aura pas suivi J\u00e9sus en donnant sa vie pour lui (Jn 21,19).

{N}15,{/}6: La foule a choisi Barrabas. Pourquoi? Parce que le chemin de lib\u00e9ration que J\u00e9sus propose exige du temps, un sens des responsabilit\u00e9s et du sacrifice. Barrabas, au contraire, c'\u00e9tait la violence irresponsable qui satisfait notre d\u00e9sir de vengeance.
Ici, l'Evangile ne pr\u00e9tend pas rendre tous les Juifs du temps de J\u00e9sus responsables de sa mort. L'Evangile t\u00e9moigne d'un fait: l'ensemble du peuple, et non seulement les chefs, avait d\u00e9j\u00e0 rejet\u00e9 J\u00e9sus, comme il allait bient\u00f4t rejeter la pr\u00e9dication chr\u00e9tienne (Rom 10,19).
Une des premi\u00e8res choses que l'Esprit enseignera aux ap\u00f4tres sera que ce rejet, si scandaleux pour les Juifs croyants, faisait partie du plan de Dieu (Act 4,18; Rom 11,25-32): il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9 dans l'histoire de Joseph: "N'ayez pas de regrets de m'avoir vendu, car Dieu m'a envoy\u00e9 ici en avant de vous pour vous sauver la vie" (Gen 45,5).
J\u00e9sus est la victime pour le p\u00e9ch\u00e9 du monde (1J 4,10). Il y avait mille fa\u00e7ons pour lui d'\u00eatre victime et de donner sa vie pour ceux qu'il aimait, mais ce rejet du Messie par les siens donnait \u00e0 son sacrifice une signification nouvelle. Le reniement de J\u00e9sus par son peuple prolonge l'histoire pass\u00e9e du peuple de Dieu qui tant de fois s'est refus\u00e9 \u00e0 entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait. Dieu avait dit: "C'est moi qu'ils rejettent, ils ne veulent pas que je r\u00e8gne sur eux"(1 Sa 8,7). Or voici que Dieu envoie son Fils, et la communaut\u00e9 le livre aux pa\u00efens.
Jean nous invite \u00e0 nous poser la question: Dieu pouvait-il venir chez nous sans que nous le rejetions (Jn 1,15)? Et Paul nous montre que la mort en croix du Dieu-manifest\u00e9 faisait partie de sa Sagesse paradoxale qu'il nous est si dur d'accepter (1Cor 1,17-24).

{N}15,{/}21: J\u00e9sus est tortur\u00e9, ridiculis\u00e9 et maltrait\u00e9: il a accept\u00e9 tout ce chemin de d\u00e9shumanisation que l'on inflige bien souvent \u00e0 ceux que la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, a rejet\u00e9s. Conform\u00e9ment \u00e0 la loi romaine, J\u00e9sus est flagell\u00e9, mais ce n'est pas une cruaut\u00e9 suppl\u00e9mentaire: la perte de sang et l'\u00e9puisement provoqu\u00e9s par les coups devaient h\u00e2ter la mort du crucifi\u00e9 et abr\u00e9ger ainsi son agonie.
Suspendu \u00e0 la croix par les bras, le condamn\u00e9 \u00e9touffe. Afin de pouvoir respirer, il doit s'appuyer sur les pieds et les bras, ce qui augmente la douleur insupportable caus\u00e9e par les clous pass\u00e9s au milieu des pieds et des poignets. D\u00e8s qu'il n'a plus la force de se relever, le condamn\u00e9 meurt asphyxi\u00e9.
Le vin acidul\u00e9 \u00e9tait la boisson habituelle des soldats romains. La myrrhe att\u00e9nue la douleur; mais J\u00e9sus refuse ce qui aurait pu diminuer ses souffrances.

{N}15{/},33: {C}LA RECONCILIATION{/}
El\u00f4\u00ef, El\u00f4\u00ef, lema sabachthani? C'est le d\u00e9but du psaume 22 qui commence par un cri d'angoisse et se termine par l'assurance de la victoire. Ce psaume contient de nombreuses allusions \u00e0 la passion de J\u00e9sus.
Le cri de J\u00e9sus quand il meurt pr\u00e9sente un myst\u00e8re, puisque normalement un crucifi\u00e9 mourait d'\u00e9puisement, asphyxi\u00e9, et donc incapable de crier ainsi. Mais personne ne peut prendre \u00e0 J\u00e9sus sa vie: elle est en son pouvoir et il la donne au moment o\u00f9 il le veut (Jn 10,18). Ceux qui sont pr\u00e8s de lui s'\u00e9tonnent: cri de vaincu ou de vainqueur?
Il y a des morts qui divisent les familles, et d'autres qui les r\u00e9concilient. La croix sur laquelle J\u00e9sus meurt est form\u00e9e de deux poutres, l'une verticale, l'autre horizontale: suspendu entre ciel et terre, J\u00e9sus r\u00e9concilie tous les hommes entre eux et avec Dieu. Ceux qui voient dans la mort de J\u00e9sus la plus grande manifestation de l'amour de Dieu pour les hommes sont r\u00e9concili\u00e9s avec Dieu lui-m\u00eame (Rm 5,1; 8,1).
Le rideau dissimulant le sanctuaire du temple se d\u00e9chire en deux. Dieu ne r\u00e9side plus \u00e0 cet endroit o\u00f9 aucun mortel ne pouvait p\u00e9n\u00e9trer. Dieu a laiss\u00e9 ce sanctuaire qui inspirait la crainte, et maintenant il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 tous par son Fils bless\u00e9 - bless\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9, mais plus encore par la passion qu'il ressent pour nous.
Par sa mort et sa r\u00e9surrection, J\u00e9sus r\u00e9concilie les hommes et les nations. Avant l'arriv\u00e9e de J\u00e9sus sur terre, Dieu n'avait pas encore lev\u00e9 les barri\u00e8res qui divisent les peuples; il avait agi dans le peuple juif. Mais maintenant tous sont appel\u00e9s \u00e0 faire partie de l'unique Corps du Christ (Eph 2,11-16).
Auparavant, chaque peuple avait sa propre religion et ses propres croyances. Mais maintenant, la base de la foi et de l'unit\u00e9 est la connaissance de J\u00e9sus, et de J\u00e9sus crucifi\u00e9. En le connaissant et en croyant en lui, les peuples et les nations seront r\u00e9concili\u00e9s malgr\u00e9 les diff\u00e9rences qui les opposent.
Vraiment cet homme \u00e9tait Fils de Dieu. Le capitaine romain a proclam\u00e9 que J\u00e9sus \u00e9tait un homme juste (Lc 23,47); mais Marc lui attribue cette parole: "Fils de Dieu" car il voit d\u00e9j\u00e0 en cet officier pa\u00efen toutes les nations, pa\u00efennes elles aussi, qui bient\u00f4t reconna\u00eetront le Fils de Dieu en ce crucifi\u00e9.
J\u00e9sus avait insist\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour qu'on ne le proclame pas Fils de Dieu (Mc 1,44). C'est que personne ne peut savoir qui est Dieu, ni ce que signifie \u00eatre Fils de Dieu (Mt 11,27) avant d'avoir vu J\u00e9sus mourir et avant d'avoir cru en sa r\u00e9surrection (voir Rm 3,24).

{N}15,{/}42: Joseph d'Arimathie se h\u00e2te de r\u00e9clamer le corps de J\u00e9sus pour l'enterrer, parce que la loi juive exige que les cadavres des condamn\u00e9s soient enterr\u00e9s avant la tomb\u00e9e de la nuit (Dt 21,22), et \u00e0 plus forte raison en ce jour qui pr\u00e9c\u00e9dait une f\u00eate si importante. La tombe taill\u00e9e dans le roc se trouve sur le versant d'une colline. On y entrait par une porte tr\u00e8s basse, ferm\u00e9e par une \u00e9norme pierre ronde, comme la meule d'un moulin (voir le commentaire de Jn 19,41).
Comme la graine est enterr\u00e9e dans le sol, le corps du Christ est enseveli pour qu'une vie nouvelle puisse jaillir (Rm 6,5), (voir aussi les commentaires de Mt 27,51).

{N}16,{/}1: {C}JESUS EST RESSUSCITE DES MORTS{/}
L'histoire de J\u00e9sus se termine par la d\u00e9couverte du tombeau vide. A la derni\u00e8re page de l'\u00e9vangile, nous trouvons un bref r\u00e9cit des apparitions les plus importantes de J\u00e9sus apr\u00e8s sa mort. Il ne s'agit plus du J\u00e9sus d'avant, mais de celui qui est ren\u00e9 du P\u00e8re pour ne plus jamais mourir,  comme l'annon\u00e7ait le psaume 2: Tu es mon Fils, aujourd'hui, je t'ai donn\u00e9 la vie.
J\u00e9sus est ressuscit\u00e9. L'\u00e9vangile nous parle d'\u00e9v\u00e9nements qui ont lieu apr\u00e8s sa mort et mentionne le nom des t\u00e9moins qui ont vu J\u00e9sus ressuscit\u00e9. Pouvons-nous les croire? Nous aimerions avoir plus de d\u00e9tails \u00e0 l'appui de notre foi, mais m\u00eame si on publiait des milliers d'entrevues de t\u00e9moins, avec des photos en couleur pour confirmer leurs d\u00e9clarations, il serait toujours possible d'avoir des doutes parce que nous ne le voyons pas et nous ne le rencontrons pas: o\u00f9 est-il?
En r\u00e9alit\u00e9, peu importe qu'il y ait peu ou beaucoup de t\u00e9moins. Nous avons des doutes, non pas parce que les preuves manquent, mais parce que l'\u00e9v\u00e9nement nous d\u00e9passe. Les t\u00e9moignages sont l\u00e0, et ils ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la critique moderne. Mais comment croire \u00e0 une r\u00e9surrection, et comment croire qu'un monde de scandales et de souffrances conduise \u00e0 une r\u00e9surrection?
La foi est une d\u00e9marche personnelle, et ici, qui va croire? Ceux que leur propre exp\u00e9rience a pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 accepter cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale: le Dieu vivant aime les hommes et il leur redonne la vie.
Certains sont pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 croire parce qu'ils ont d\u00e9couvert que Dieu est proche d'eux dans les \u00e9preuves et qu'il leur redonne l'esp\u00e9rance quand tout semble perdu. C'est pourquoi ils voient dans le Christ l'homme id\u00e9al: il devait souffrir avant d'arriver \u00e0 la gloire. Ayant mieux compris les choses de Dieu, ils croient les t\u00e9moins du ressuscit\u00e9.
Il n'est pas plus difficile de croire en la r\u00e9surrection du Christ que de croire en ses paroles: les deux sont ins\u00e9parables. "Celui qui croit est d\u00e9j\u00e0 vainqueur du monde", nous dit l'ap\u00f4tre Jean (1Jn 5,4), c'est-\u00e0-dire qu'il a d\u00e9pass\u00e9 la signification erron\u00e9e qu'on donne ordinairement \u00e0 l'existence, il a surmont\u00e9 la peur que nous ressentons tous quand nous devons laisser de c\u00f4t\u00e9 nos raisonnements pour nous remettre entre les mains de Dieu.

{N}16,{/}9: L'\u00e9vangile de Marc se termine de fa\u00e7on abrupte au v.8. Nous attendions la rencontre de J\u00e9sus et de ses ap\u00f4tres en Galil\u00e9e, mais elle n'a pas lieu. Pourquoi? Nous ne le savons pas. Au lieu de cela, nous n'avons qu'un bref rappel des apparitions de J\u00e9sus apr\u00e8s sa r\u00e9surrection.
Portez la Bonne Nouvelle \u00e0 toute la cr\u00e9ation. La Bonne Nouvelle est la graine qui sera sem\u00e9e dans le monde et qui, en son temps, germera dans tous les domaines de l'activit\u00e9 humaine. Car le salut ne consiste pas \u00e0 sauver des \u00e2mes isol\u00e9es ou des individus. L'\u00e9vangile doit \u00eatre proclam\u00e9 \u00e0 toute la cr\u00e9ation par toutes les activit\u00e9s de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9s par le bapt\u00eame. Ils sont le ferment qui transformera l'histoire humaine.

{N}16,{/}15: {C}LE NOM DE JESUS{/}
Au jour de la R\u00e9surrection, la nature humaine de J\u00e9sus a commenc\u00e9 \u00e0 participer pleinement \u00e0 la gloire divine. Maintenant J\u00e9sus est "Fils de Dieu avec puissance" (Rm 1,4). Il nous demande de croire en son Nom, c'est-\u00e0-dire en la puissance divine qu'il vient de recevoir.
Le Nom est un terme presque d\u00e9pourvu de sens pour nous, tandis que, pour les Juifs, ce terme signifiait la pr\u00e9sence active de Dieu. Cela leur permettait de parler de la myst\u00e9rieuse pr\u00e9sence de Dieu dans le monde sans n\u00e9gliger sa grandeur. Par exemple, on ne dit pas que Dieu marchait avec les H\u00e9breux vers la Terre Promise (puisque Dieu ne marche pas), mais on dit que son Nom (Nb 6,27) ou sa Face (Ex 33,15) les accompagnait. De m\u00eame on disait que son Nom demeurait dans le temple, et de l\u00e0 b\u00e9nissait toutes les activit\u00e9s de son peuple (1R 8,27).
Paul nous dit que J\u00e9sus ressuscit\u00e9 a re\u00e7u ce Nom, ou cette puissance et pr\u00e9sence qui d\u00e9passe tout autre (Ph 2,9). J\u00e9sus, qui le re\u00e7oit du P\u00e8re, n'est pas moins que lui. Il ne re\u00e7oit pas la Gloire et le Nom comme on re\u00e7oit un titre ou un honneur puisque la Gloire divine ne peut \u00eatre qu'\u00e0 Dieu. Si J\u00e9sus re\u00e7oit un titre divin, c'est parce qu'il avait d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u du P\u00e8re la divinit\u00e9.
Voici donc que le Christ, devenu Seigneur, commence \u00e0 diriger l'histoire humaine et notre parcours personnel vers lui. Les ap\u00f4tres sont envoy\u00e9s dans le monde pour le gu\u00e9rir et le sanctifier. Les miracles et gu\u00e9risons dont cette page montre l'importance ne sont pas des fins en eux-m\u00eames, mais des signes. Le but de l'\u00e9vang\u00e9lisation est que toute la cr\u00e9ation (v.15) se rassemble autour du Fils de Dieu fait homme, par l'action de l'Esprit Saint. 
Celui qui ne croira pas sera condamn\u00e9. Il y a l\u00e0 une menace dont l'interpr\u00e9tation erron\u00e9e aurait des effets incalculables. M\u00eame si, dans le pass\u00e9 on y a vu une condamnation \u00e0 l'enfer, le sens du texte est autre.
Celui qui ne croit pas est l'un de ceux \u00e0 qui l'on pr\u00e9sente le message et qui, en m\u00eame temps, a vu et re\u00e7u des signes assez parlants pour qu'il puisse y reconna\u00eetre la main de Dieu. Il sera condamn\u00e9, c'est-\u00e0-dire que, lorsqu'il rendra compte de ses actes bons et mauvais, il recevra sur ce point "une" condamnation: m\u00eame s'il a \u00e9t\u00e9 victime de bien des influences, il devra reconna\u00eetre que ce jour-l\u00e0 il y a eu faute, et peut-\u00eatre grave, de sa part. Par contre, celui qui croit  et est baptis\u00e9 est sauv\u00e9, c'est-\u00e0-dire qu'il jouit des dons que Dieu nous donne par son Fils J\u00e9sus: il a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9 en profondeur et sa vie a pris un autre sens. Il participera \u00e0 la mission du peuple de Dieu dans l'histoire, une oeuvre myst\u00e9rieuse autant que grandiose sans laquelle l'humanit\u00e9 serait condamn\u00e9e \u00e0 se perdre, dans tous les sens du terme.
Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru (17). Les Actes des Ap\u00f4tres nous racontent quelques uns de ces signes et de ces miracles dans les premiers temps de l'Eglise. Aujourd'hui m\u00eame on les observe partout o\u00f9 les croyants veulent \u00e9vang\u00e9liser avec l'Evangile.

