{N}1,{/}1: Job est chef de nomades, un peu comme Abraham, et il ne manque de rien. Cependant, il n'est qu'un pion sur l'\u00e9chiquier mondial, ou plut\u00f4t, dans la politique du ciel.  Dieu tient conseil avec les Fils de Dieu, les anges, et il voit ce que Job ne voit pas. Dans le cas pr\u00e9sent Yahv\u00e9 est provoqu\u00e9 par le Satan, l'adversaire, l'esprit qui pousse \u00e0 la r\u00e9volte, et Dieu doit, malgr\u00e9 lui, mettre Job \u00e0 l'\u00e9preuve pour d\u00e9fendre son propre honneur.
Ainsi, au d\u00e9part, l'homme est mis \u00e0 sa place. Il n'est ni le centre du monde, ni celui qui peut exiger que Dieu interrompe pour lui le cours de l'histoire.
Cette intervention de Satan est l'un des moyens auxquels les croyants recourent spontan\u00e9ment pour justifier Dieu. Car au fond, l\u00e0 est le probl\u00e8me. Tant qu'on vit sans Dieu, personne d'autre que nous-m\u00eames n'est responsable du mal; et si l'on a des dieux bons et des dieux mauvais, on sait \u00e0 qui s'en prendre. Mais s'il n'y a qu'un Dieu, il est responsable du mal comme du bien, et pour lui aussi vaut la parole de Job en 2,10.
Maudis Dieu et meurs! La femme de Job r\u00e9p\u00e8te les phrases insens\u00e9es qui, en accusant Dieu pour le mal sur terre, ne nous lib\u00e8rent jamais.

{N}2,{/}11: Comme nous l'avons not\u00e9 dans l'introduction, ici commencent les dialogues sur la souffrance, laissant de c\u00f4t\u00e9 la figure populaire du saint homme Job.
Que p\u00e9risse le jour o\u00f9 je suis n\u00e9! Ces premiers versets r\u00e9p\u00e8tent les paroles qui \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie dans un moment de d\u00e9sespoir (voir Jr 20,14). Les amis de Dieu ont dit parfois des choses semblables; d'autres, moins solides, ont pens\u00e9 \u00e0 se suicider.
Pourquoi la vie, si l'homme ne voit plus un chemin? (23). Pourquoi est-ce que des enfants naissent infirmes, aveugles, ou destin\u00e9s \u00e0 une mort atroce? Mais nous aurions tort de ne penser qu'aux marginalis\u00e9s ou \u00e0 ceux qui sont accabl\u00e9s par le sort. C'est dans le monde o\u00f9 rien ne manque que les gens sont, non pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, mais sans espoir au milieu des gadgets: c'est l\u00e0 que les jeunes couples prennent l'option de la mort en ne voulant pas avoir d'enfants.
Dans les si\u00e8cles pass\u00e9s les gens se laissaient pousser par l'instinct vital, nos parents ont travaill\u00e9 et ils ont eu des enfants sans se demander pourquoi. Mais, quand un peuple atteint la maturit\u00e9 de la pens\u00e9e critique, il se pose n\u00e9cessairement la question: \u00e0 quoi bon vivre si la vie ne conduit nulle part?

{N}4,{/}1: Elifaz est croyant, il r\u00e9p\u00e8te ce que l'on avait coutume de dire \u00e0 l'\u00e9poque:
-_Dieu est juste: il r\u00e9compense les justes durant leur vie par la sant\u00e9 et la prosp\u00e9rit\u00e9.
-_Si tu es malade et abandonn\u00e9, c'est parce que tu as p\u00e9ch\u00e9.
Elifaz n'a pas tort de remarquer que les malheurs affligent les m\u00e9chants et que la providence de Dieu se manifeste souvent en faveur de ses amis. La Bible l'affirme explicitement et il est possible de le v\u00e9rifier. Les proph\u00e8tes n'h\u00e9sitent pas \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 Isra\u00ebl que ses probl\u00e8mes sont la cons\u00e9quence de ses p\u00e9ch\u00e9s (Dt 30,15-20) et le livre des Juges pr\u00e9tend le montrer dans les \u00e9v\u00e9nements historiques (Jg 2,11-19).
Elifaz pr\u00e9tend parler \u00e0 la suite d'une r\u00e9v\u00e9lation de Dieu comme celle que beaucoup de proph\u00e8tes avaient dans leurs r\u00eaves. Il rappelle une r\u00e9alit\u00e9: un humain sera-t-il juste devant Dieu? Quel homme sera pur pour celui qui l'a fait? Les gens se plaignent que la vie n'ait aucun sens, mais n'est-ce pas le p\u00e9ch\u00e9 qui les emp\u00eache d'en voir le sens?
Quand donc un innocent a-t-il p\u00e9ri? (7). Ceux qui ont la foi comprennent que Dieu abaisse les puissants et qu'il exalte les humbles, mais l'exp\u00e9rience de tous les jours semble souvent d\u00e9montrer le contraire. L'\u00e9vangile nous dit que la richesse peut \u00eatre un signe n\u00e9gatif. Si Elifaz parle avec une telle assurance, c'est parce qu'il n'a pas souffert dans sa propre chair, et il ne fait gu\u00e8re attention \u00e0 ceux qui souffrent.

{N}6,{/}1: Job s'irrite contre ses amis qui font des discours mais ne lui apportent pas la paix. Maintenant, il demande \u00e0 Dieu de le laisser mourir avant qu'il ne se r\u00e9volte contre lui sous la pression du mal (6,8-10).
6,15-30: Job souligne l'ab\u00eeme qui s\u00e9pare celui qui souffre de celui qui vient le consoler. Combien de masques au chevet d'un malade? Ceux qui veulent le r\u00e9conforter sont souvent d\u00e9concert\u00e9s eux-m\u00eames par cette souffrance et ils parlent pour se donner une contenance, voyant leur impuissance \u00e0 soulager sa douleur. Mais le malade n'est pas dupe, car lui sait ce qu'il sent, et il se sent plus isol\u00e9.
Dans le chapitre 7, Job s'adresse \u00e0 Dieu absent. Job ne conna\u00eet pas Dieu-P\u00e8re, et l'\u00e9preuve fait ressortir en lui les soup\u00e7ons contre un Dieu jaloux qui surveille les hommes pour les punir.
N\u00e9anmoins, la plainte de Job nous fait penser aux frictions entre des \u00eatres qui s'aiment et qui sont plus exigeants, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'ils s'aiment.
L'homme m\u00e9rite-t-il une telle importance? (7,17) Mais si Dieu suit de pr\u00e8s sa cr\u00e9ature, n'est-ce pas parce qu'il ne peut pas vivre sans elle?

{N}9,{/}1: Job exprime son malaise face \u00e0 un Dieu inaccessible. La grandeur du cr\u00e9ateur ne console pas celui qui souffre sans \u00eatre entendu. Le malheur d'un innocent met en cause toute la cr\u00e9ation.
Ce qui est en question, ce n'est pas seulement le mal ou l'injustice, mais l'existence de l'homme avec sa libert\u00e9. Le Dieu qui nous fait personnes libres doit \u00eatre aussi une Personne. Alors, s'il ne nous parle pas, son silence ne peut s'interpr\u00e9ter que comme un refus du dialogue ou comme l'indiff\u00e9rence d'une personne qui se juge sup\u00e9rieure.
Je peux \u00eatre juste, mes paroles m'accuseront (9,20). Job nous fait penser \u00e0 ces jugements c\u00e9l\u00e8bres o\u00f9 des militants, injustement accus\u00e9s par leur propre parti, s'avouaient coupables spontan\u00e9ment. Une \u00e9preuve suffit souvent pour faire na\u00eetre en nous des complexes de culpabilit\u00e9.
Ce sentiment de culpabilit\u00e9 et son contraire, l'agressivit\u00e9 contre Dieu, sont les deux aspects d'une m\u00eame situation: la condition humaine est injustifiable tant que Dieu ne nous permet pas de le rencontrer.
Tu as fait en moi oeuvre de vie et de gr\u00e2ce. (10,12) Job sait bien que Dieu s'int\u00e9resse \u00e0 ses cr\u00e9atures et il se souvient des merveilles que Dieu accomplit dans une femme enceinte. Mais de telles attentions pr\u00e9parent ses exigences: Je sais quelle \u00e9tait ton intention secr\u00e8te (10,13). Les cadeaux de ceux qui sont au-dessus de nous \u00e9veillent en nous plus d'agressivit\u00e9 que de gratitude.
Apr\u00e8s des ann\u00e9es sans penser, on commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, et c'est alors que l'absence du Cr\u00e9ateur peut nous pr\u00e9parer \u00e0 la r\u00e9bellion.

{N}11,{/}13: Sophar continue \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter les arguments des sages: si tu souffres, tu es coupable; corrige-toi et tu gu\u00e9riras.

{N}12,{/}1: Ensuite, Job reprend ses accusations. Il \u00e9num\u00e8re quelques-unes des injustices que nous voyons tous les jours. Dans 12,14-25, il remarque que la puissance de Dieu se manifeste surtout par son action destructrice: il renverse la fortune des puissants, il fausse le raisonnement des sages, il emp\u00eache leurs entreprises de r\u00e9ussir.

{N}13,{/}1: Face au non-sens de la vie, la sagesse humaine n'a pas de r\u00e9ponse ad\u00e9quate. Job accuse ces sages qui pr\u00e9tendent justifier Dieu en oubliant la r\u00e9alit\u00e9 (13,1-7): Allez-vous d\u00e9fendre Dieu avec des mensonges? Mieux vaut se taire et admettre sa propre ignorance.
Cela peut-\u00eatre me sauvera (16). Job est si convaincu de la justice de Dieu qu'il veut le forcer \u00e0 sortir de son silence. Dieu le fera peut-\u00eatre mourir \u00e0 cause de son audace, mais au moins Job aura une r\u00e9ponse et il saura pourquoi il meurt (13,13-20)..
L'attitude t\u00e9m\u00e9raire de Job corrige l'image trop r\u00e9pandue du croyant r\u00e9sign\u00e9 qui n'essaye pas de comprendre. Job n'en est plus aux "prosternements d'esclaves": conscient de sa dignit\u00e9 aux yeux de son cr\u00e9ateur, il demande une explication.

{N}14,{/}1: A travers son cas personnel, Job pr\u00e9sente une critique g\u00e9n\u00e9rale de la condition humaine et il le fait presque comme l'Eccl\u00e9siaste. Les malheurs de l'homme:
-_sa vie est courte;
-_ses souffrances sont nombreuses;
-_la gr\u00e2ce de la jeunesse est suivie des amertumes de la vie d'adulte;
-_il y a en lui quelque chose d'impur, d'incompr\u00e9hensible, qui lui fait perdre ce qu'il entreprend;
-_la vie voudrait vivre toujours, et cela ne lui est pas accord\u00e9.
Mais tandis que l'Eccl\u00e9siaste accepte la loi universelle, Job r\u00eave d'un Dieu qui oublierait un moment sa sup\u00e9riorit\u00e9 (15-17) et viendrait lui parler.
Nous voyons ici un des r\u00e9sultats de ce que Dieu enseignait \u00e0 Isra\u00ebl depuis des si\u00e8cles. A mesure que les Isra\u00e9lites comprenaient mieux l'alliance qui les liait \u00e0 Dieu, ils grandissaient en humanit\u00e9. Alors que leurs anc\u00eatres comme Jacob ou Mo\u00efse se r\u00e9signaient \u00e0 leur destin mortel, eux aspiraient \u00e0 autre chose.

{N}14,{/}13: Dans 14,13-17 Job mentionne le "sh\u00e9ol" (nous traduisons: domaine des morts, monde d'en bas) o\u00f9, selon les H\u00e9breux, les morts allaient apr\u00e8s cette vie. L\u00e0 ils n'avaient qu'un semblant de vie, plus comme des prisonniers, loin de Yahv\u00e9, que comme des vivants heureux de louer Dieu (voir Is 38,18-19). Quand quelqu'un a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 et aim\u00e9 de Dieu, il ne peut plus accepter de dispara\u00eetre pour toujours. Et si Dieu devait lui accorder de survivre quelque part loin de lui, il d\u00e9sirerait toujours parvenir \u00e0 Dieu: l\u00e0-bas j'attendrais l'heure de la rel\u00e8ve, tu m'appellerais et je te r\u00e9pondrais (14,14).

{N}15,{/}1: Dans les chapitres 15-18, chacun continue sans \u00e9couter l'autre: Job exprime son d\u00e9sespoir et ses amis r\u00e9p\u00e8tent que les malheurs sont le sort des p\u00e9cheurs.
Remarquer le passage l6,8-l7,7 qui rappelle Isa\u00efe 53 et les psaumes \u00e9voquant la passion du Christ. Celui qui souffre participe, qu'il le sache ou non, \u00e0 la passion du Christ, et la confrontation du p\u00e9ch\u00e9 et de la justice de Dieu se poursuit en lui. Dieu semble poursuivre sans piti\u00e9 ses cr\u00e9atures et prendre plaisir \u00e0 les humilier: en fait il enl\u00e8ve les racines de notre orgueil.

{N}17{/},8: est une r\u00e9ponse ironique de Job \u00e0 ses amis: Vous dites que lorsque les justes voient les malheurs des m\u00e9chants, ils louent la justice de Dieu; alors, puisque vous me voyez  si humili\u00e9, r\u00e9jouissez-vous et dites: bien fait!

{N}19,{/}13: Ce po\u00e8me 19,13-22 \u00e9voque \u00e0 travers le cas de Job le sort des vieillards, des malades, de tous les "inutiles" de la soci\u00e9t\u00e9, de ceux qui sont devenus un objet de r\u00e9pulsion et que nul ne peut aider.
Mais ici, \u00e0 la moiti\u00e9 du livre, Job redit sa foi de la fa\u00e7on la plus forte: Je sais que mon lib\u00e9rateur est vivant, et de ma chair je verrai Dieu (25-26).
Du fait m\u00eame de sa justice, Dieu doit parler apr\u00e8s tous les autres. Dieu attend souvent que ses serviteurs soient morts pour les justifier, mais \u00e0 la fin, il viendra en r\u00e9dempteur, ou lib\u00e9rateur: tous verront et entendront (Sagesse ch.5). Ainsi ont esp\u00e9r\u00e9 les justes opprim\u00e9s dont parle la Bible, et J\u00e9sus lui-m\u00eame.
Mais \u00e0 vrai dire, Job lui-m\u00eame n'est pas un opprim\u00e9 qui attend sa lib\u00e9ration... Le plus important pour lui n'est pas d'avoir raison sur ses adversaires, mais de voir Dieu et de l'entendre (27).

{N}21,{/}7: Nous retrouvons ici la plainte de J\u00e9r\u00e9mie 12,1 et les questions pos\u00e9es dans le psaume 73. Dans l'Ancien Testament les justes \u00e9taient scandalis\u00e9s par la prosp\u00e9rit\u00e9 des m\u00e9chants qui semblait d\u00e9mentir la justice de Dieu. La mort serait-elle la justice finale comme nous l'entendons parfois dire?

{N}22,{/}3: Il y a beaucoup de r\u00e9p\u00e9titions dans les discours d'Elifaz: si Job souffre, c'est parce qu'il a p\u00e9ch\u00e9. Il a d\u00fb opprimer son prochain malgr\u00e9 sa r\u00e9putation d'int\u00e9grit\u00e9. Remarquer la liste des p\u00e9ch\u00e9s que Job aurait pu commettre: il s'agit toujours d'opprimer les faibles, ou de ne pas les aider. J\u00e9sus n'aura pas une optique diff\u00e9rente quand, dans Matthieu 25,40, il condamnera au ch\u00e2timent \u00e9ternel ceux qui ont n\u00e9glig\u00e9 de donner le pain et l'eau \u00e0 ceux qui en avaient besoin.

{N}23,{/}1: Job revient \u00e0 ce qu'il a d\u00e9j\u00e0 dit sur le Dieu qui nous observe sans qu'on puisse le rencontrer. Voir le commentaire au chapitre 7 \u00e0 propos de cette r\u00e9bellion qui est en partie derri\u00e8re l'ath\u00e9isme.

{N}24,{/}1: Terrible accusation contre Dieu qui garde le silence quand il a sous son regard les opprim\u00e9s. Peu de proph\u00e8tes ont dit l'horreur de la m\u00e9chancet\u00e9 humaine avec tant de force.
Les humbles du pays se cachent. Il est vrai que les moyens de communication se sont largement ouverts \u00e0 la mis\u00e8re universelle, et sans doute il faut voir l\u00e0 avant tout un effet de l'Evangile (comme dans le fait que les religions non chr\u00e9tiennes s'y sont ouvertes ces derni\u00e8res ann\u00e9es). Il reste que chaque pays cache ses pauvres et les riches vivent si s\u00e9par\u00e9s qu'ils rencontrent tr\u00e8s peu les pauvres et donc les ignorent. Mais, cela ne serait rien si Dieu aussi ne semblait oublier les pauvres (et accepter que son Eglise oublie si facilement de leur ouvrir l'Evangile).

{N}24,{/}14: Ce paragraphe ne semble pas \u00eatre \u00e0 sa place ici. Le Dieu de lumi\u00e8re laisse exister sur terre des zones obscures o\u00f9 les enfants des t\u00e9n\u00e8bres sont \u00e0 l'oeuvre.

{N}24,{/}18: Le paragraphe 24,18-23 est mieux plac\u00e9 entre 27,13 et 27,14.

{N}25,{/}1: Bildad nous offre une nouvelle pr\u00e9sentation de la splendeur du monde. Les gens de l'\u00e9poque avaient encore des id\u00e9es tr\u00e8s primitives sur l'origine du monde. Les l\u00e9gendes des Canan\u00e9ens et des Chald\u00e9ens parlaient d'un univers organis\u00e9 par les dieux apr\u00e8s avoir d\u00e9truit les monstres du chaos. Les Juifs ont longtemps gard\u00e9 ces images, ils supprimaient les r\u00e9f\u00e9rences aux dieux pa\u00efens et parlaient d'une premi\u00e8re victoire de Yahv\u00e9 au commencement du monde. Voir Is 51,9 et Ps 74,13-14.
Le premier chapitre de la Gen\u00e8se, \u00e9crit apr\u00e8s ces po\u00e8mes a pr\u00e9cis\u00e9 la notion de Dieu cr\u00e9ateur: Dieu a tout cr\u00e9\u00e9, et il l'a fait par sa parole.

{N}26,{/}5: Le paragraphe 26,1-4 vient \u00e0 la fin du chapitre 26.

{N}26,{/}1: Job remarque avec ironie: Quel est le rapport entre tout ceci et le sujet de notre discussion?

{N}28,{/}1: Ce po\u00e8me marque une pause apr\u00e8s la discussion de Job avec ses amis.
Les mineurs savent chercher les richesses cach\u00e9es dans les collines: l'or, l'argent, les pierres pr\u00e9cieuses. Mais, qui saura trouver la sagesse de Dieu? Voir sur le m\u00eame th\u00e8me le po\u00e8me de Baruch 3,15-30.

{N}29,{/}1: Dans les chapitres 29-3l, Job pr\u00e9sente sa d\u00e9fense et se met dans le r\u00f4le du juste envi\u00e9 et calomni\u00e9. Tant que les gens ont de la chance, ils sont estim\u00e9s, mais d\u00e8s qu'un malheur leur arrive, tout d'un coup, tout le monde les regarde diff\u00e9remment. C'est qu'un instinct secret pousse les hommes \u00e0 trouver un bouc \u00e9missaire dans les malheurs de la communaut\u00e9. Le respect d\u00e9mesur\u00e9 se retourne alors, l'envie fait place \u00e0 la pers\u00e9cution.
Paradoxalement, c'est la d\u00e9fense de Job qui montre le c\u00f4t\u00e9 faible de cette int\u00e9grit\u00e9, cette "justice" devant Dieu dont il \u00e9tait si fier. Je faisais de la justice mon v\u00eatement. Job \u00e9tait un homme juste, conscient d'\u00eatre juste, et il remerciait Dieu qui l'avait fait bon.
Tout cela ressemble \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 la "justice", aux m\u00e9rites des Pharisiens. Tout en montrant un grand respect pour un Dieu \u00e9loign\u00e9, Job avait b\u00e2ti seul, sa vie, ses vertus, et sa propre image. Finalement sa perfection n'existait pas aux yeux de Dieu parce que, sans le dire, Job se faisait un rival de Dieu.
Le livre de Job nous enseigne \u00e0 quel point nous avons besoin que le Fils de Dieu vienne. D'une part, tant que Dieu ne se r\u00e9v\u00e8le pas ouvertement, l'homme ne peut pas \u00e9viter de douter de lui et de lui en vouloir. D'autre part, tant que l'homme se sent seul responsable de sa propre perfection, il ne peut ni se sentir fils de Dieu, ni entrer dans le royaume de la gr\u00e2ce.

{N}31,{/}1: Job examine son comportement selon la loi de Dieu, telle que nous la montrent bien des pages de l'Ancien Testament: une loi de bont\u00e9 et de justice centr\u00e9e sur l'attention au prochain. Dans un monde o\u00f9 le niveau de vie \u00e9tait tr\u00e8s modeste, ceux qui avaient la chance de ne manquer de rien avaient l'obligation de partager avec leurs fr\u00e8res moins fortun\u00e9s. Le p\u00e9ch\u00e9 le plus grave \u00e9tait le manque de solidarit\u00e9 sociale.

{N}32,{/}1: L'intervention d'Elihu marque le d\u00e9but d'un nouvelle partie des po\u00e8mes, peut-\u00eatre ins\u00e9r\u00e9e post\u00e9rieurement, qui occupe les chapitres 32-37. Les discours d'Elihu n'ajoutent gu\u00e8re \u00e0 la discussion ant\u00e9rieure.
Elihu a cependant son point de vue. Il semble que pour lui la discussion ant\u00e9rieure soit un peu th\u00e9orique. Pour une part il insiste sur l'aspect p\u00e9dagogique de l'oeuvre divine: bien des situations qui nous paraissent injustes cessent de l'\u00eatre si nous allons au-del\u00e0 de nos premi\u00e8res impressions. D'autre part il montre que Dieu, s'il ne se montre pas, sait pourtant faire entendre son avis.
-_Tu demandes quelles sont tes fautes, mais Dieu t'a peut-\u00eatre averti de mille mani\u00e8res et tu n'en as pas tenu compte: 33,13-18.
-_Tu d\u00e9sesp\u00e8res dans ta maladie, mais Dieu veut peut-\u00eatre t'enseigner quelque chose: tu ne l'invoquais pas quand tout marchait bien: 35,8-13.
Elihu pressent qu'il y a quelque chose de faux dans la justice de Job, mais il ne sait pas le dire, et comme les amis de Job, il cherche des p\u00e9ch\u00e9s secrets que Job aurait pu commettre. Le fait est que Job n'a pas la justice \u00e9vang\u00e9lique qui est l'humble amour de Dieu.

{N}33,{/}1: Elihu dit \u00e0 Job: Tu te crois innocent, mais tu n'as probablement pas fait de cas des avertissements de Dieu. Bien que les hommes ne puissent pas atteindre Dieu, il communique avec eux par l'interm\u00e9diaire de ses anges, au moyen de r\u00eaves, d'inspirations et de rencontres (nous savons que le terme ange signifie messager). L'homme qui se plaint de Dieu n\u00e9glige de voir, d'\u00e9couter les messages que Dieu lui envoie souvent par l'interm\u00e9diaire de ceux qui le corrigent fraternellement.

{N}36,{/}1: Elihu montre que les \u00e9preuves sont une le\u00e7on d'humilit\u00e9 pour tous (36,1-21).

{N}36,{/}22: Un second po\u00e8me sur la grandeur de Dieu conclut les discours d'Elihu comme le po\u00e8me des mineurs terminait les discours des trois amis de Job.

{N}38,{/}1: Yahv\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 Job du coeur de la temp\u00eate, comme au mont Sina\u00ef. Il n'explique rien et ne se justifie pas, mais c'est lui qui pose des questions. Il ne cherche pas \u00e0 d\u00e9montrer sa sagesse, mais il force l'homme \u00e0 admettre qu'il ne sait rien. Quand nous contemplons et admirons les merveilles de la cr\u00e9ation, nous d\u00e9couvrons aussi que la fa\u00e7on dont Dieu fait les choses est d\u00e9concertante. Pourquoi est-ce que Dieu envoie la pluie dans des terres inhabit\u00e9es? Pourquoi est-ce que l'autruche laisse ses oeufs sur le sol? Pourquoi est-ce que le cheval se montre si intr\u00e9pide dans une guerre qui ne lui sert \u00e0 rien?
Il semblerait qu'ici l'auteur s'\u00e9carte quelque peu de son propos. Entra\u00een\u00e9 par son admiration, il oublie qu'il voulait avant tout nous faire sentir combien Dieu d\u00e9passe notre capacit\u00e9 ce comprendre et de juger. Que signifient nos r\u00e9clamations et nos scandales: "si Dieu existait..." Ce ne sont que des enfantillages, paroles en l'air de ceux qui n'ont aucune id\u00e9e de ce qu'il y a sous le mot "Dieu". Si l'univers entier n'est que l'expression ou l'irradiation de la Sagesse divine, qui osera dire \u00e0 Dieu que sa fa\u00e7on d'agir n'est pas raisonnable?

{N}40,{/}1: L'interrogatoire de Job nous donne quelques secondes de r\u00e9pit avant le second discours de Yahv\u00e9 dans les chapitres 40-41.
Au chapitre 40 appara\u00eet B\u00e9h\u00e9moth (nous traduisons au plus pr\u00e8s: la B\u00eate ); c'est l'hippopotame, \u00e9norme, terrible et laid, qui se nourrit de plantes. Ensuite vient L\u00e9viathan, le crocodile, dont la peau r\u00e9siste aux fl\u00e8ches comme une armure.
C'est un plaisir de trouver dans la Bible ces quelques pages po\u00e9tiques \u00e0 propos des merveilles de la cr\u00e9ation. Pendant des si\u00e8cles, les proph\u00e8tes et les pr\u00eatres avaient d\u00fb prot\u00e9ger Isra\u00ebl contre la s\u00e9duction de la nature: partout autour d'eux, c'\u00e9tait le culte pa\u00efen des forces de la nature. Mais, quand les Juifs ont \u00e9t\u00e9 plus fermes dans leur fid\u00e9lit\u00e9 au Dieu qui a fait la nature sans se confondre pour autant avec elle, il est devenu possible de chanter la cr\u00e9ation.

{N}42,{/}1: Ici se trouve la conclusion des longs dialogues du livre.
Mais maintenant mes yeux t'ont vu. Aucune r\u00e9ponse n'a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e aux questions de Job concernant la souffrance et la mort, mais nous savons que ce n'\u00e9tait pas l'essentiel. Dieu a r\u00e9pondu, il s'est manifest\u00e9 et Job commence \u00e0 vivre comme celui qui est miraculeusement lib\u00e9r\u00e9 de sa solitude.
Les paroles que Dieu lui adresse semblent des reproches, mais Job s\u00fbrement se sent bien mieux avec mille reproches venant de Dieu qu'avec l'absence et le silence de celui qui donne sens \u00e0 toute chose.
Job n'avait pas besoin de r\u00e9ponses puisque Dieu lui avait donn\u00e9 l'intelligence pour approfondir les questions humaines. Ce qui lui manquait, c'\u00e9tait de voir Dieu et c'est le d\u00e9sir intense de toute la Bible: "Montre-nous ta face et nous serons sauv\u00e9s" (Ps 80,8).

{N}42,{/}7: Dans le dernier paragraphe (42,10-17), nous avons la conclusion de l'histoire populaire du saint homme Job commenc\u00e9e dans 1,1-2,13 (voir introduction). Puisqu'il avait pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans la foi, il \u00e9tait r\u00e9compens\u00e9 \u00e0 la fin par Dieu, le Juste.
En revanche, dans 7-9, nous avons une fusion difficile entre ce saint homme ob\u00e9issant et l'autre Job qui occupe la majeure partie du livre, celui qui discute avec Dieu. Mais Dieu pr\u00e9f\u00e8re Job \u00e0 ses amis qui se croient plus religieux parce qu'ils dissimulent les scandales de l'existence et les obscurit\u00e9s de la foi sous leurs raisonnements simplistes. Job est l'exemple du chr\u00e9tien qui cherche des r\u00e9ponses aux probl\u00e8mes actuels avec courage: mon serviteur Job a parl\u00e9 de moi en toute sinc\u00e9rit\u00e9.

