{N}1,{/}1: Le h\u00e9ros du livre est un proph\u00e8te du royaume du nord dont on rappelle seulement une promesse de mis\u00e9ricorde de Dieu en 2 R 14,25.
Jonas refuse d'ob\u00e9ir \u00e0 l'ordre du Seigneur: il ne se sent pas du tout responsable du salut des Ninivites qu'il d\u00e9teste. Il dort quand les marins, de bons pa\u00efens, essaient de sauver le bateau (ce qui n'est pas une t\u00e2che religieuse, mais n'est pas non plus sans int\u00e9r\u00eat pour le pieux Jonas). Jonas se r\u00e9jouit en pensant au ch\u00e2timent que Dieu va infliger aux pa\u00efens de Ninive. Il se plaint de la mis\u00e9ricorde de Dieu envers les Ninivites parce que sa propre r\u00e9putation va en souffrir.
Dieu dirige le monde selon une vision plus ample et g\u00e9n\u00e9reuse. Comme il a tout cr\u00e9\u00e9, il se sent responsable de tous et il sauve les hommes et les animaux. (4,11) sans se soucier de leur race, ni de leur religion. L'histoire de Jonas est tout de suite devenue populaire, et J\u00e9sus la mentionnera:
-_La conversion des Ninivites (Lc 11,30).
-_La comparaison avec les trois jours que Jonas passe dans le poisson (Mt 12,40).

{N}4,{/}1: {C}DIEU SAUVE LES HOMMES DE TOUTE RELIGION{/}
Jonas n'aime pas les pa\u00efens, et si Dieu les sauve, il n'a pas envie d'en faire les frais. Mais ces petitesses ne doivent pas nous cacher un scandale dont Dieu semble \u00eatre le responsable. Comment comprendre que Dieu sauve tous les hommes, si en m\u00eame temps la Bible nous dit que seul Isra\u00ebl a \u00e9t\u00e9 choisi, que seul J\u00e9sus a les paroles de vie, que sans le bapt\u00eame nous ne sommes pas sauv\u00e9s? Dieu parle-t-il deux langages? Ou bien devons-nous croire que le salut chr\u00e9tien n'est qu'un parmi tous ceux que Dieu a donn\u00e9s aux peuples de diff\u00e9rentes cultures et religions?
L'un des premiers \u00e0 se poser la question, le philosophe et martyr saint Justin a pens\u00e9 que bien avant J\u00e9sus le Verbe \u00e9tait pr\u00e9sent dans le monde comme une semence, et qu'il avait \u00e9clair\u00e9 les sages de toute religion. Saint Augustin par contre, prenant au pied de la lettre Mc 16,16 "celui qui ne croira pas sera condamn\u00e9", se voit oblig\u00e9 de d\u00e9montrer que tout ce que les non chr\u00e9tiens font de bien est le fruit de l'orgueil. Cette solution radicale encourageait la ferveur des baptis\u00e9s et l'Eglise l'adopta aussit\u00f4t..
C'est que l'Eglise s'\u00e9tait bien vite assise sur le tr\u00f4ne de gloire qui revenait au Christ, son \u00e9poux. Puisqu'il \u00e9tait le seul sauveur, elle se voulait l'interm\u00e9diaire que personne ne pourrait ignorer sans se perdre pour toujours. Il \u00e9tait bien vrai que dans le plan de Dieu le myst\u00e8re de l'Eglise embrassait l'humanit\u00e9 enti\u00e8re, mais on confondait deux questions : L'Eglise est-elle n\u00e9cessaire pour le salut de l'histoire humaine? et : N'y a-t'il de salut que pour ceux qui ont une place dans la structure eccl\u00e9siale?
L'Eglise d'Occident \u00e9taya cette derni\u00e8re position gr\u00e2ce \u00e0 une interpr\u00e9tation du p\u00e9ch\u00e9 originel dont Augustin avait donn\u00e9 les grandes lignes (voir le commentaire de (Gen_3,1) et de (Rom_5,12)). On affirmait sans sourciller que par suite du p\u00e9ch\u00e9 de Monsieur Adam, tous les hommes \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 l'enfer, sauf ceux qui seraient baptis\u00e9s, ou au moins auraient d\u00e9sir\u00e9 le bapt\u00eame.
C'est seulement dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle que le mur a craqu\u00e9 officiellement. Au cours des trois si\u00e8cles ant\u00e9rieurs cette condamnation sans appel de toutes les religions et de cette majorit\u00e9 des hommes qui n'est pas entr\u00e9e dans la mouvance chr\u00e9tienne avait r\u00e9volt\u00e9 d'innombrables esprits ouverts, frayant le chemin \u00e0 l'ath\u00e9isme occidental, mais l'Eglise (il faudrait dire : les Eglises) n'avaient pas boug\u00e9. Il ne faut donc pas s'\u00e9tonner si aussit\u00f4t reconnue la volont\u00e9 de Dieu de sauver tous les hommes (et pas seulement "\u00e0 condition qu'ils croient et deviennent catholiques") beaucoup de chr\u00e9tiens ont commenc\u00e9 \u00e0 douter de leur foi.
On ne domine pas en quelques ann\u00e9es un revirement d'une telle ampleur et sans doute nous serons incapables, avant longtemps, de bien voir \u00e0 la fois comment Dieu aime et sauve tous les hommes, et comment l'appel \u00e0 la foi que nous avons re\u00e7u est une gr\u00e2ce unique. Il ne faudra pas oublier qu'avec J\u00e9sus nous avons beaucoup plus que n'importe quel Jonas ou Salomon (Mt_12,41), ou n'importe quel sage ou proph\u00e8te d'orient ou d'occident (Ac_4,12).

