{N}1,{/}1: Le livre commence par deux introductions diff\u00e9rentes. Personne ne sait \u00e0 quoi correspond la trenti\u00e8me ann\u00e9e du premier verset: c'est peut-\u00eatre une erreur d'un scribe. La cinqui\u00e8me ann\u00e9e de Joiakin nous situe en 594 avant le Christ.
La main de Yahv\u00e9 fut sur moi. Ez\u00e9quiel est transport\u00e9 en extase: comme si abandonnant son corps, il \u00e9tait pris en Dieu: il per\u00e7oit quelque chose du myst\u00e8re de Dieu, il re\u00e7oit sa mission et devient un autre homme.

{N}1,{/}4: Un vent de temp\u00e9te venait du nord. Ez\u00e9quiel est comme abasourdi par un flot d'images tr\u00e8s vives qui accompagnent les paroles de Dieu. Nous retrouverons la vision du char de Yahv\u00e9 au chapitre 10 o\u00f9 l'on voit Yahv\u00e9 quitter son Temple de J\u00e9rusalem pour aller vivre \u00e0 Babylone parmi les exil\u00e9s.
On pensait \u00e0 l'\u00e9poque que les dieux \u00e9taient astreints \u00e0 r\u00e9sider dans des sanctuaires et des pays d\u00e9termin\u00e9s. C'est ainsi qu'\u00e0 Babylone les Juifs exil\u00e9s, loin de leur patrie et du Temple o\u00f9 ils pouvaient adorer Yahv\u00e9, perdent vite l'espoir. Ils pensent que Dieu les a abandonn\u00e9s et que seuls, ceux qui sont rest\u00e9s dans leur patrie, b\u00e9n\u00e9ficient de son attention.
Pour cette raison pr\u00e9cis\u00e9ment, Yahv\u00e9 enseigne \u00e0 Ez\u00e9quiel que bien qu'il r\u00e9side dans le Temple de J\u00e9rusalem, il n'en est pas moins pr\u00e9sent dans la lointaine Babylone. Yahv\u00e9 suit son peuple exil\u00e9 et habite avec lui.
Ez\u00e9quiel voit quatre cr\u00e9atures \u00e0 quatre faces et quatre ailes. Cette vision rappelle les "K\u00e9roubs", ces \u00eatres fantastiques qui gardaient les palais et les temples de Kald\u00e9e et d'Assyrie. Ils r\u00e9unissaient en une seule statue les traits de tout ce qui \u00e9voque la force dans la nature: l'homme, l'aigle, le lion et le taureau. Ici, ils deviennent des \u00eatres vivants, imp\u00e9tueux, qui entourent et prot\u00e8gent le myst\u00e8re de Dieu. Les roues entrecrois\u00e9es qui vont dans toutes les directions montrent l'action de Dieu \u00e0 travers l'univers. Elles sont en constant mouvement, avec des yeux qui voient tout. Dans Ap 4 l'ap\u00f4tre Jean emploie des images provenant de cette vision.
L'arc-en-ciel et la vo\u00fbte transparente comme un cristal qui supportent le tr\u00f4ne, sugg\u00e8rent la limpidit\u00e9 et la puret\u00e9 du myst\u00e8re de Yahv\u00e9. De m\u00eame le feu o\u00f9 tout ce qui n'est pas Dieu est d\u00e9truit.
Un \u00eatre ayant une apparence humaine (26). Avan\u00e7ant vers le centre du myst\u00e8re de Dieu, la derni\u00e8re image est une forme humaine: tout le pouvoir divin rayonne de cet \u00eatre myst\u00e9rieux et personnel \u00e0 l'image duquel l'homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9.

{N}3,{/}1: Mange ce rouleau. Cette vision du rouleau exprime symboliquement l'appel de Yahv\u00e9, qui donne \u00e0 Ez\u00e9quiel sa mission.
Je t'envoie \u00e0 un peuple \u00e0 la t\u00eate dure et au coeur obstin\u00e9 (7): d'autres proph\u00e8tes avaient d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans les m\u00eames termes. Quand le Seigneur envoie Isa\u00efe, il lui dit seulement que sa mission aura un effet contraire: les gens s'endurciront. Dans le cas d'Ez\u00e9quiel, il y a davantage d'optimisme: envoy\u00e9 \u00e0 des rebelles, il doit se montrer plus ferme qu'eux et plus obstin\u00e9 afin de briser la carapace de leurs coeurs endurcis. Ez\u00e9quiel sera toujours \u00e0 discuter et \u00e0 lutter. Plus tard, Paul dira que ceux qui \u00e9vang\u00e9lisent doivent enseigner \u00e0 temps et \u00e0 contretemps (2 Tm 4,2) sans jamais se d\u00e9courager.
Remplis ton ventre avec ce rouleau que je te donne (3). Le proph\u00e8te n'est pas un perroquet qui r\u00e9p\u00e8te des paroles venues du ciel: il a re\u00e7u une vue globale des \u00e9v\u00e9nements, la compr\u00e9hension du sens de l'histoire, il est habit\u00e9 d'une fureur qui est celle-l\u00e0 m\u00eame de Yahv\u00e9 contre le p\u00e9ch\u00e9. C'est tout cela que signifie le rouleau (comme \u00e9taient les anciens livres) qu'il doit manger.
Durant plusieurs ann\u00e9es toutes les pr\u00e9dictions d'Ez\u00e9quiel seront mena\u00e7antes: ce qui explique pourquoi c'est un livre de malheurs et de lamentations. Mais Ez\u00e9quiel a pris le parti de Dieu et il accepte pleinement ses projets, c'est pourquoi ces pr\u00e9dictions lui semblent douces: il avait un go\u00fbt doux comme le miel. J\u00e9r\u00e9mie aussi partageait l'indignation de Yahv\u00e9, mais il conservait son coeur d'homme et il souffrait des souffrances de son peuple. Ez\u00e9quiel au contraire, ne semble pas divis\u00e9.
La Bible nous montre ici jusqu'\u00e0 quel point la parole de Dieu s\u00e9pare les croyants de leur entou-rage (Mt 10,34). Tous ceux qui sont appel\u00e9s \u00e0 s'adresser \u00e0 d'autres, ou \u00e0 les guider, font l'exp\u00e9rience de ce conflit. Ils ne disent pas ce que les gens veulent entendre; ils ne se laissent pas troubler par les plaintes des l\u00e2ches ou des profiteurs qui demandent qu'on les laisse vivre \u00e0 leur guise. Mais cela co\u00fbte toujours de perdre la s\u00e9curit\u00e9 qu'on \u00e9prouve \u00e0 \u00eatre d'accord avec tout le monde. Les vrais croyants prennent le parti de Dieu, et ils vont souvent \u00e0 contre-courant.

{N}3,{/}16: Le r\u00e9cit de la vocation d'Ez\u00e9quiel que nous lisons dans 3,1-15 se poursuivra dans 3,22-27. Auparavant un paragraphe est intercal\u00e9 (3,16-21) o\u00f9 s'exprime un des grands th\u00e8mes de la pr\u00e9dication d'Ez\u00e9quiel: Dieu ne d\u00e9sire pas la mort du p\u00e9cheur, mais qu'il se convertisse et vive (voir chapitre 18).
La catastrophe provoqu\u00e9e par les fautes du peuple juif est pr\u00e8s de tomber sur tous. Mais ce n'est pas une raison pour \u00eatre fataliste: si une seule personne se rendait compte de sa m\u00e9chancet\u00e9, ses efforts ne seraient pas inutiles, puisqu'elle au moins sauverait sa vie.
Je t'ai plac\u00e9 comme un guetteur. Le proph\u00e8te a re\u00e7u de Dieu une lucidit\u00e9 que d'autres n'ont pas, pour voir le p\u00e9ch\u00e9 individuel et celui de la soci\u00e9t\u00e9. Il est le seul \u00e0 voir le danger imminent que Dieu, juge du p\u00e9ch\u00e9, envoie. Le proph\u00e8te va donc lutter, non seulement contre les incr\u00e9dules, mais aussi contre Dieu, implorant sa mis\u00e9ricorde comme Mo\u00efse et J\u00e9r\u00e9mie l'avaient fait (Ex 32,11; Jr 14,11).
Il mourra, mais je te ferai responsable de sa mort. Responsabilit\u00e9 de celui que Dieu \u00e9claire: il doit sauver son prochain et ne pas se taire.
Quand le juste se d\u00e9tourne du bien. Tous souffrent les m\u00eames malheurs qui ravagent le pays de Juda. Mais Ez\u00e9quiel affirme que ces souffrances apporteront \u00e0 chacun la vie ou la mort selon qu'il le m\u00e9rite. C'est que \u00eatre vivant ou \u00eatre mort n'a pas le m\u00eame sens pour Dieu que pour nous (Ap 3,1).
La m\u00eame parabole de la sentinelle sera reprise et d\u00e9velopp\u00e9e dans 33,1. Retenons ici les expressions d'Ez\u00e9quiel qui caract\u00e9risent le proph\u00e8te (et le croyant):
-_\u00eatre vigilants, garder pr\u00e9sentes les paroles de Dieu pour voir ce qu'il pense de nos fa\u00e7ons d'agir;
-_\u00eatre sur le mur, nous sentir responsables des probl\u00e8mes de notre milieu au lieu de les ignorer pour \u00eatre plus tranquilles.

{N}3,{/}22: Ces chapitres nous donnent les proph\u00e9ties d'Ez\u00e9quiel en Kald\u00e9e au cours des six ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent le si\u00e8ge et la chute de J\u00e9rusalem.
Ez\u00e9quiel reste muet pendant un certain temps, apr\u00e8s quoi il est paralys\u00e9. Cette maladie \u00e9trange sert de le\u00e7on. De mille mani\u00e8res Ez\u00e9quiel rappelle que Yahv\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 la ruine de J\u00e9rusalem parce que les Isra\u00e9lites ne se sont pas repentis et ne sont pas revenus \u00e0 lui.
Ez\u00e9quiel est en Kald\u00e9e, mais il se fait du souci pour J\u00e9rusalem. Son enseignement est tr\u00e8s proche de celui de J\u00e9r\u00e9mie pendant la m\u00eame p\u00e9riode, mais la forme est tr\u00e8s diff\u00e9rente. J\u00e9r\u00e9mie a d'abord parl\u00e9, et plus tard ses d\u00e9clarations ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites; Ez\u00e9quiel par contre \u00e9crit de fa\u00e7on ordonn\u00e9e. Bien que son style nous semble (et soit souvent) recherch\u00e9 et compliqu\u00e9, il nous faut m\u00e9diter sur ces longues paraboles remplies d'images fort belles.

{N}3,{/}25: Ez\u00e9quiel semble afflig\u00e9 d'une \u00e9trange paralysie dont la dur\u00e9e est symbolique: 190 jours plus 40 jours. Nous ignorons le sens de ces nombres.

{N}6,{/}8: comme beaucoup d'autres proph\u00e8tes, il annonce que Yahv\u00e9 pr\u00e9servera un reste. Ils auront honte d'eux-m\u00eames \u00e0 cause du mal qu'ils ont fait. C'est une d\u00e9claration typique d'Ez\u00e9quiel: lorsque le p\u00e9cheur se prend lui-m\u00eame en d\u00e9go\u00fbt, il est m\u00fbr pour accueillir la gr\u00e2ce de Dieu.

{N}8,{/}1: Les chapitres 8-11 contiennent une longue vision des p\u00e9ch\u00e9s de J\u00e9rusalem et du ch\u00e2timent qui suivra. Tout se passe dans le Temple. Ce qui touche le plus Ez\u00e9quiel, c'est qu'ils ont m\u00e9pris\u00e9 Dieu et l'ont rejet\u00e9 de leurs coeurs pour suivre de faux dieux.

{N}8,{/}2: nous trouvons quelques reflets de la vision du premier chapitre. Toujours quelque chose r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de Yahv\u00e9 au proph\u00e8te qui ne le voit pas. Ez\u00e9quiel est de nouveau emport\u00e9 en extase: son esprit va contempler les p\u00e9ch\u00e9s de J\u00e9rusalem.

{N}8,{/}4: Ez\u00e9quiel voit la Gloire de Yahv\u00e9 dans le Temple. Depuis son inauguration par Salomon (voir 1 R 8,10), Dieu avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent parmi son peuple, m\u00eame quand ils installaient dans les cours du Temple des autels et des statues de leurs dieux. Mais maintenant Yahv\u00e9 abandonne son Temple avant que les Kald\u00e9ens ne viennent y mettre le feu; sa Gloire part \u00e0 Babylone o\u00f9 se trouvent les exil\u00e9s:
-_9,3: premier pas: elle quitte le sanctuaire et reste sur le seuil;
-_10,19: elle traverse les diff\u00e9rentes cours du Temple et s'arr\u00eate \u00e0 la porte est, face au mont des Oliviers;
-_11,21: se dirigeant toujours vers l'est, vers la Kald\u00e9e, la Gloire de Yahv\u00e9 traverse la vall\u00e9e du C\u00e9dron et s'arr\u00eate un moment au sommet du mont des Oliviers.
Tandis que Yahv\u00e9 abandonne son Temple, le feu de sa saintet\u00e9 se fait ch\u00e2timent et mort pour les impies qui ont install\u00e9 leurs idoles et se sont livr\u00e9s \u00e0 l'adult\u00e8re (au sens o\u00f9 les proph\u00e8tes emploient ce terme). A c\u00f4t\u00e9 des condamnations collectives, d'autres s'adressent \u00e0 des personnes particuli\u00e8res. Ez\u00e9quiel coop\u00e8re avec Yahv\u00e9, et avec lui il doit prononcer les condamnations qui font tomber la mort sur les coupables.

{N}9,{/}4: un T, qui \u00e0 cette \u00e9poque avait la forme d'une croix, prot\u00e8ge le "reste".

{N}9,{/}8: Oh, Seigneur Yahv\u00e9, vas-tu d\u00e9truire...? Le vrai proph\u00e8te menace les hommes parce qu'il d\u00e9sire les sauver.

{N}12,{/}1: A Babylone, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, les gens se r\u00e9unissent devant leurs maisons. Ez\u00e9quiel appara\u00eet. Sans dire un mot, il agit comme un acteur solitaire dans une repr\u00e9sentation qui captive l'attention de tous. Quand il a termin\u00e9, il s'en va sans donner d. Le lendemain, il r\u00e9v\u00e9lera le sens de cette parabole en acte.
Par ce geste symbolique, le proph\u00e8te annonce la d\u00e9portation des habitants de J\u00e9rusalem et de leur roi.

{N}12,{/}21: Les jours passent et les proph\u00e9ties ne se r\u00e9alisent pas. L'incr\u00e9dulit\u00e9 des Juifs nous surprend parfois, parce qu'en lisant l'histoire sainte, nous avons l'impression qu'elle est remplie de miracles et que les paroles des proph\u00e8tes se r\u00e9alisaient toujours. Mais les contemporains des proph\u00e8tes n'avaient pas la m\u00eame impression. Pendant presque deux si\u00e8cles, il n'y avait eu qu'Isa\u00efe, J\u00e9r\u00e9mie, Ez\u00e9quiel et quelques- uns des "Petits Proph\u00e8tes", et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'eux, combien de proph\u00e8tes professionnels, souvent douteux, sans compter les charlatans! D'autre part, les miracles comme la lib\u00e9ration de J\u00e9rusalem en 701 n'ont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 nombreux. Cette histoire n'\u00e9tait pas miraculeuse, et les paroles proph\u00e9tiques ne se r\u00e9alisaient pas tout de suite. Les Juifs avaient autant de raisons que nous pour douter.
Il y a des p\u00e9riodes o\u00f9 les changements se produisent tr\u00e8s vite, et d'autres o\u00f9 Dieu semble ne pas agir. L'Evangile nous invite \u00e0 ne pas devenir mat\u00e9rialistes quand le Seigneur semble absent des affaires du monde (Lc 21,34; 17,26, 2 P 3,3).

{N}13,{/}1:V\u00e9rit\u00e9 et mensonge se c\u00f4toient toujours. Les proph\u00e8tes n'\u00e9taient pas plus privil\u00e9gi\u00e9s que nous, tous ont eu des adversaires (voir 1 R 22; Is 28; Jr 26). Ici, Ez\u00e9quiel nous dit ce qui distingue le faux et le vrai proph\u00e8te.
Le vrai proph\u00e8te dit g\u00e9n\u00e9ralement le contraire de ce que la majorit\u00e9 veut entendre (voir Jr 14,13); il prend le risque de d\u00e9noncer le p\u00e9ch\u00e9 (voir Jr 23,14); il r\u00e9v\u00e8le les causes profondes du mal au lieu de proposer des solutions de fortune qui le dissimulent pour un temps; il est sur le rempart, comme une sentinelle, montrant avec lucidit\u00e9 le jugement de Dieu tout proche, c'est-\u00e0-dire les cons\u00e9quences in\u00e9vitables du p\u00e9ch\u00e9; il d\u00e9fend son peuple contre la col\u00e8re de Dieu par son intercession (Ez 22,30).
Ez\u00e9quiel mentionne les proph\u00e9tesses et leurs rites dont le sens pr\u00e9cis nous \u00e9chappe. Elles encourageaient les gens \u00e0 se pr\u00e9occuper de leurs r\u00eaves, de leurs superstitions, et de mille rem\u00e8des illusoires au lieu de voir leurs propres fautes.

{N}14,{/}1: Vais-je permettre qu'ils me consultent? (3) C'est un avertissement pour ceux qui ne viennent consulter le proph\u00e8te qu'afin de r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes du moment: Est-ce que je dois me marier avec cette femme? Comment est-ce que je vais gu\u00e9rir de cette maladie? Yahv\u00e9 ne veut pas r\u00e9pondre \u00e0 ceux qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 lui ob\u00e9ir; il les punira pour leur m\u00e9chancet\u00e9, ce sera sa seule r\u00e9ponse.
Si le proph\u00e8te se laisse entra\u00eener (9). Si, par int\u00e9r\u00eat, le proph\u00e8te r\u00e9pond \u00e0 des questions qui n'ont rien \u00e0 voir avec sa mission, Yahv\u00e9 punira \u00e0 la fois le proph\u00e8te et celui qui le consulte.
Ceux qui se laissent tromper par les faux proph\u00e8tes sont donc les premiers coupables: ils vont vers eux, sachant que l\u00e0 au moins on ne leur montrera pas leurs fautes.

{N}15,{/}1: Dans les chapitres 15-23 les p\u00e9ch\u00e9s de Juda sont d\u00e9nonc\u00e9s quatre fois, de mani\u00e8res diff\u00e9rentes: chapitres 16, 20, 22, 23.
Ici l'image de la vigne indique la conclusion n\u00e9cessaire de l'histoire de Juda: la nation va \u00eatre d\u00e9truite et sa capitale br\u00fbl\u00e9e. Comme le bois de la vigne, Isra\u00ebl ne se distinguait des autres peuples, ni par le nombre, ni par les qualit\u00e9s, au moment o\u00f9 Dieu l'a choisi. S'ils n'accomplissent pas leur mission, ils ne peuvent ni continuer en tant que peuple de Dieu, ni redevenir comme les autres peuples.

{N}16,{/}1: L'histoire de la femme infid\u00e8le, d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9e par Os\u00e9e et J\u00e9r\u00e9mie, est d\u00e9velopp\u00e9e ici de fa\u00e7on \u00e0 retracer toute l'histoire sacr\u00e9e. Cette histoire commence avec la conqu\u00eate de Canaan. Quand David a conquis J\u00e9rusalem, les gens du peuple \u00e9taient Amorites, et ceux de la haute soci\u00e9t\u00e9, Hittites. L'histoire se d\u00e9roule ainsi:
-_Isra\u00ebl part de z\u00e9ro au moment de son choix par Dieu: 4-5.
-_Dieu l'enrichit: 8-14.
-_La chute: 15-22.
-_La promesse: Je me souviendrai de mon alliance avec toi.
Quand Ez\u00e9quiel parle de prostitution, il a en vue comme les autres proph\u00e8tes trois p\u00e9ch\u00e9s:
-_trahir Yahv\u00e9, le seul ma\u00eetre et mari, en se livrant au culte des idoles;
-_recourir \u00e0 la prostitution sacr\u00e9e selon la pratique des cultes pa\u00efens;
-_se vendre aux nations puissantes afin d'obtenir leur protection.
Ez\u00e9quiel n'oublie rien de ce qui peut humilier son peuple et lui faire honte. Aucun peuple n'avait fait une critique aussi s\u00e9v\u00e8re de son histoire nationale. En pi\u00e9tinant l'orgueil de ses compatriotes, le proph\u00e8te nous enseigne \u00e0 d\u00e9couvrir et m\u00e9priser notre b\u00eatise et notre vanit\u00e9 illimit\u00e9es, comme personnes et comme nation.

{N}16,{/}59: Toi et tes filles, vous serez r\u00e9tablies (55). Apr\u00e8s sa correction, Isra\u00ebl recevra la mission d'enseigner et de guider les autres peuples. C'est la m\u00eame chose pour l'Eglise, qui est sainte parce que Dieu l'habite, mais qui accumule aussi les faiblesses humaines. Ceux qui ont fait l'exp\u00e9rience du p\u00e9ch\u00e9 et du pardon montreront souvent plus de compassion et plus d'empressement \u00e0 sauver les p\u00e9cheurs.

{N}17,{/}4: Ez\u00e9quiel explique lui-m\u00eame cette longue comparaison. En voici la conclusion: c'en est fini des rois descendants de David. Dieu choisira un autre descendant de David pour faire de lui son Messie. Les versets 22-24 s'appliquent au Christ et \u00e0 l'Eglise.
Celui qui a rompu l'alliance (16). La soumission du roi S\u00e9d\u00e9cias aux Kald\u00e9ens \u00e9tait le juste prix de ses erreurs pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9nonc\u00e9es par les proph\u00e8tes. Dieu n'accepte pas n'importe quelle lib\u00e9ration, ni par n'importe quel moyen.

{N}18,{/}1: Les parents ont mang\u00e9 des raisins verts et les enfants ont mal aux dents. A l'origine le peuple d'Isra\u00ebl avait un sens tr\u00e8s fort de la responsabilit\u00e9 collective de la famille ou de la nation. Dans Josu\u00e9 7,24, nous avons l'exemple de la famille du coupable condamn\u00e9e \u00e0 mort avec lui, ainsi que du peuple tout entier puni pour une faute d'un de ses membres.
Cependant, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du royaume de Juda, le sens de la responsabilit\u00e9 personnelle s'affirme:
-_Les proph\u00e8tes avaient d\u00e9clar\u00e9 que la justice humaine ne peut pas punir les enfants pour les crimes de leurs parents (Dt 24,16). Comment Dieu pourrait-il faire autrement et punir des innocents?
-_Autrefois toute erreur, m\u00eame involontaire, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un "p\u00e9ch\u00e9". Maintenant les proph\u00e8tes enseignent que seul le mal voulu est un p\u00e9ch\u00e9 et que les malheurs qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9rit\u00e9s ne sont pas des punitions de Dieu.
La destruction de J\u00e9rusalem semblait punir tout le monde, sans distinguer les bons et les mauvais. Ez\u00e9quiel ne nie pas le fait qu'en cette occasion Dieu a frapp\u00e9 tout le monde; mais pour lui c'est une chose du pass\u00e9, qui convenait \u00e0 un peuple compl\u00e8tement \u00e9gar\u00e9. Regardant vers l'avenir, il dit comment Dieu agira maintenant dans une perspective religieuse purifi\u00e9e:
-_La justice sera pour les justes et les malheurs pour les infid\u00e8les: chacun recevra ce qu'il m\u00e9rite personnellement.
-_Si le m\u00e9chant se d\u00e9tourne de tous ses p\u00e9ch\u00e9s, il vivra (21): chacun aura le temps de se d\u00e9cider librement. Si certains sont pervers au d\u00e9but et qu'ils d\u00e9cident d'\u00eatre bons, Dieu attendra leur conversion et il tiendra compte de leur derni\u00e8re orientation.
Dans les si\u00e8cles qui suivent, les sages observeront que souvent les mauvais ne sont pas punis et que les bons ne sont pas r\u00e9compens\u00e9s dans cette vie (voir Job 21). Alors on comprendra que la justice divine reste un mot s'il n'y a pas une autre vie.

{N}19,{/}2: Dans cette comparaison, la lionne est la nation juive (Gn 49,9), et les lionceaux sont les rois: Joakaz, Joiaqim, et S\u00e9d\u00e9cias.

{N}20,{/}1: Nouvelle pr\u00e9sentation des p\u00e9ch\u00e9s d'Isra\u00ebl au cours de son histoire. Ez\u00e9quiel r\u00e9p\u00e8te le mot profaner. En tant que peuple du Dieu saint, Isra\u00ebl ne peut pas vivre de la m\u00eame mani\u00e8re que les autres nations profanes , c'est-\u00e0-dire n'appartenant pas \u00e0 Dieu. La terre d'Isra\u00ebl, ses lois, ses f\u00eates, tout cela est saint et en tout cela l'homme ne peut pas agir selon ses propres vues.
Dans 20,22 Yahv\u00e9 fait de sorte que son Nom ne soit pas profan\u00e9. Selon la mentalit\u00e9 de l'\u00e9poque, si Dieu punit Isra\u00ebl et permet sa destruction, les autres nations vont m\u00e9priser Dieu qui ne sait pas sauver son peuple. Alors, son Nom serait profan\u00e9. Mais quand Yahv\u00e9 rassemblera son peuple (20,41) toutes les nations verront son pouvoir: ainsi, son Nom sera sanctifi\u00e9.
Des lois incapables de les faire vivre (25). Ez\u00e9quiel a sa fa\u00e7on d'interpr\u00e9ter l'histoire, et il souligne ce qui peut humilier son peuple comme nous l'avons fait remarquer dans 20,25. Parfois les Isra\u00e9lites s'\u00e9taient servis de la loi du L\u00e9vitique (18,21) \u00e0 propos de l'offrande du premier-n\u00e9 \u00e0 Dieu, pour justifier les sacrifices d'enfants selon la pratique pa\u00efenne. Sans distinguer la loi donn\u00e9e par Dieu et ses d\u00e9formations venues des hommes, Ez\u00e9quiel nous laisse entendre que la loi demandait effectivement de tels sacrifices et que Yahv\u00e9 l'avait laiss\u00e9e passer, pour punir son peuple, en le laissant multiplier ses crimes.

{N}22,{/}1: Dans ce chapitre Ez\u00e9quiel s'adresse aux gens de J\u00e9rusalem depuis son lieu d'exil.
Chez toi... chez toi... chez toi... On commet toutes sortes de crimes \u00e0 J\u00e9rusalem. Ses princes, ses pr\u00eatres, ses dirigeants, son peuple: tous prennent part au mal.
Isra\u00ebl est devenu pour moi un m\u00e9tal impur (18). Les \u00e9preuves que nous endurons sont comme le creuset qui sert \u00e0 purifier l'or et les autres m\u00e9taux (1 P 1,7). Ez\u00e9quiel donne un sens \u00e0 ce si\u00e8ge de J\u00e9rusalem o\u00f9 une grande partie de la population va dispara\u00eetre tragiquement: ce peuple n'a pas rempli sa mission, et ce qui ne peut \u00eatre purifi\u00e9 sera br\u00fbl\u00e9 (Mt 3,10).
Le sang que tu as vers\u00e9 (9 et 13). Le sang vers\u00e9 par l'assassin laisse la terre souill\u00e9e jusqu'\u00e0 ce que son propre sang ait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 (Dt 19,12). Les H\u00e9breux, tout violents qu'ils \u00e9taient, avaient donc un sens aigu de la justice et du caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie. On a aujourd'hui les moyens de faire mourir sans bruit et sans se salir les mains des peuples entiers: le sang un jour criera vengeance contre des peuples nantis qui se sentaient innocents.
J'ai cherch\u00e9 un homme qui construirait un rempart et me ferait face. Remarquer ce verset 30 qui rappelle 13,9. Il nous faut des intercesseurs qui aient \u00e9t\u00e9 \u00e9veill\u00e9s au myst\u00e8re de Dieu et du p\u00e9ch\u00e9, qui se sentent solidaires des autres et se font responsables d'eux devant Dieu. Les proph\u00e8tes d\u00e9couvrent l'un apr\u00e8s l'autre que ce r\u00f4le est le leur.
Comprendre comment Dieu sauve, a conduit beaucoup d'amis de Dieu \u00e0 "s'ensevelir" dans la solitude, se livrant \u00e0 l'amour de Dieu dans la pri\u00e8re et la p\u00e9nitence.

{N}23,{/}5: Comme au chapitre 16, Ez\u00e9quiel instruit ses compatriotes, indiff\u00e9rents \u00e0 l'amour de Dieu, \u00e0 partir de ce qu'ils connaissent: l'amour jaloux et la prostitution. Ez\u00e9quiel mentionne trois formes d'idol\u00e2trie lorsqu'il parle des Egyptiens, des Assyriens et des Babyloniens. Voir le commentaire d'Isa\u00efe 30,22.
Ce qui offense Dieu n'est pas seulement le p\u00e9ch\u00e9 individuel de ceux qui abandonnent le Dieu de justice - sans lequel rien ne nous arrive - pour se confier en des pierres, des images et des horoscopes: tout aussi important est le p\u00e9ch\u00e9 commis par la nation comme telle. Dieu voulait y d\u00e9velopper quelque chose de nouveau, une foi, un mode de vie et une culture capables de sauver l'humanit\u00e9; mais au lieu de cela, leur plaisir \u00e9tait d'importer tout ce qu'il y avait de plus ali\u00e9nant dans les cultures \u00e9trang\u00e8res. Et nous continuons d'importer tout ce qui est ali\u00e9nant: publicit\u00e9s, danses et vid\u00e9os \u00e9rotiques.
Oholiba signifie: "ma tente est chez elle". C'est le royaume du sud avec J\u00e9rusalem, o\u00f9 Yahv\u00e9 a \u00e9tabli sa demeure et auquel il fait ses promesses.
Ohola signifie: "sa propre tente". C'est le nord qui s'est s\u00e9par\u00e9 sous J\u00e9roboam pour former un royaume \u00e0 part.

{N}24,{/}15: Encore une fois ce qui arrive au proph\u00e8te lui permet d'annoncer le sort de J\u00e9rusalem: elle va perdre ses richesses et ses habitants. Cette \u00e9preuve personnelle du proph\u00e8te a un lien avec ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 d'autres proph\u00e8tes: voir J\u00e9r\u00e9mie 16,1.

{N}25,{/}1: Les chapitres 25-32 contiennent les "messages contre les nations pa\u00efennes" analogues \u00e0 ceux qu'on trouve chez les autres proph\u00e8tes.
Apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 la destruction presque totale d'Isra\u00ebl, le proph\u00e8te pr\u00e9dit la destruction finale des ennemis d'Isra\u00ebl quand l'heure de la justice arrivera. Le proph\u00e8te parle, pouss\u00e9 par un sens urgent de la justice. Il n'y a aucune raison particuli\u00e8re pour que les nations ammonite, \u00e9domite... etc. survivent en tant que nations, puisqu'elles ne pr\u00e9parent en rien le salut, et que Yahv\u00e9 n'a eu recours \u00e0 elles que pour purifier son peuple. Elles dispara\u00eetront donc dans le tourbillon de l'histoire.
Ce serait mal comprendre la Bible que de demander \u00e0 Dieu de punir ceux qui ne sont pas croyants ou m\u00eame ceux qui pers\u00e9cutent l'Eglise (voir 1 Pierre). Nous ne pouvons pas non plus maintenant souhaiter la destruction d'une nation oppressive, \u00e9tant donn\u00e9 que la gr\u00e2ce du Christ est partout \u00e0 l'oeuvre. Nous devons seulement affirmer que toute institution qui se ferme au message de l'Evangile finira par dispara\u00eetre: "Tout plant que mon P\u00e8re n'a pas plant\u00e9 sera arrach\u00e9" (Mt 15,13).

{N}27,{/}1: Ez\u00e9quiel \u00e9voque la destruction de Tyr, le port c\u00e9l\u00e8bre, avec des images de naufrage. Comparer avec la chute de Ninive (Na 2,3) et de Babylone (Jr 51).
L'Apocalypse (18,9) se souviendra de ces paroles pour les appliquer \u00e0 l'empire romain et \u00e0 sa capitale, Rome, qui \u00e9tait le centre du monde au temps des ap\u00f4tres. Quelle condamnation pour notre civilisation qui met toujours la r\u00e9ussite \u00e9conomique au premier plan, m\u00eame si elle fait l'\u00e9loge des valeurs culturelles et spirituelles! Qui peut dire aujourd'hui si l'on n'assistera pas un jour au naufrage de nations enti\u00e8res, emportant avec elles des familles et des personnes dans une mar\u00e9e de ch\u00f4mage, les magasins restant pleins de produits sophistiqu\u00e9s devenus inutiles.
La Ph\u00e9nicie avec ses ports de Tyr et de Sidon se trouvait sur la c\u00f4te, au nord de la Palestine. Tr\u00e8s petit pays, mais dont les habitants se consacraient au commerce maritime: ils \u00e9taient en contact avec toutes les nations de la M\u00e9diterran\u00e9e. De Ph\u00e9nicie, les influences pa\u00efennes avaient atteint J\u00e9rusalem, surtout sous le r\u00e8gne d'Achab (1 R 16,29).

{N}31,{/}1: Remarquer la belle image litt\u00e9raire du c\u00e8dre au chapitre 31: il repr\u00e9sente l'Egypte.

{N}33,{/}1: J\u00e9rusalem a \u00e9t\u00e9 prise. Alors que toutes les illusions des Juifs et de leurs faux proph\u00e8tes s'\u00e9croulent, Ez\u00e9quiel comprend que c'est le terme de l'\u00e9preuve. Dans un avenir peut-\u00eatre lointain, il entrevoit la r\u00e9surrection. Le proph\u00e8te transmet des promesses de Dieu dans les chapitres 34-39. Le chapitre 33, qui rapporte la prise de J\u00e9rusalem, leur sert d'introduction.
[1-20]: nous avons ici une nouvelle version de ce que nous avons comment\u00e9 dans 3,17 et l8,21.

{N}33,{/}11: au moment du malheur les m\u00e9chants perdent tout espoir; le proph\u00e8te par contre, qui avait annonc\u00e9 ces malheurs, \u00e9l\u00e8ve la voix pour inviter \u00e0 la conversion et nous communiquer cette parole de Dieu: Je ne d\u00e9sire pas la mort des m\u00e9chants... Pourquoi mourir, maison d'Isra\u00ebl?

{N}34,{/}1: Le Seigneur Yahv\u00e9 rassemble son troupeau dispers\u00e9. Cette longue comparaison o\u00f9 Yahv\u00e9 promet d'agir comme le pasteur de son troupeau, comprend deux parties:
-_une r\u00e9volution,
-_un jugement.
Parle de ma part contre les pasteurs d'Isra\u00ebl. Yahv\u00e9 annonce ici un changement radical dans la vie sociale d'Isra\u00ebl: il va remplacer tous les pasteurs. L'expression "pasteur" d\u00e9signait alors en premier lieu les autorit\u00e9s civiles: le roi, les magistrats et les juges.
Les pasteurs ne devraient-ils pas nourrir le troupeau? (2). Le troupeau ne leur appartient pas. Yahv\u00e9 condamne les chefs du peuple qui trouvent normal de jouir du pouvoir et de la richesse sans se consid\u00e9rer d'abord comme les serviteurs du peuple. Il nous est facile d'imaginer la d\u00e9tresse du peuple au moment o\u00f9 Ez\u00e9quiel \u00e9crit, tout de suite apr\u00e8s la catastrophe de J\u00e9rusalem.
-_Brebis \u00e9puis\u00e9es, bless\u00e9es et malades.
-_Brebis perdues: errant sans domicile ni travail, ali\u00e9n\u00e9es par les mensonges de leurs dirigeants.
-_Elles sont devenues la proie de toutes les nations, on les emm\u00e8ne en exil, ou bien elles quittent leur pays pour trouver du travail.
Moi aussi je m'occuperai de mes brebis (12). Maintenant c'est fait: Yahv\u00e9 a renvoy\u00e9 les chefs, ils ont disparu dans la catastrophe. Alors il promet de devenir le pasteur d'Isra\u00ebl. Yahv\u00e9 sera le bon pasteur et il rappelle les devoirs d'un berger: rassembler, prot\u00e9ger, donner \u00e0 manger \u00e0 tout le  monde et r\u00e9primer les puissants.
Les jours sombres et nuageux (12) ont pris fin, o\u00f9 Dieu semblait distant et Isra\u00ebl se sentait \u00e9cras\u00e9 et sans espoir. Maintenant, Yahv\u00e9 va rassembler son peuple des pays \u00e9trangers: le royaume qu'il a pr\u00e9par\u00e9 pour ces foules d\u00e9courag\u00e9es surpassera tous leurs espoirs. Ce ne sera pas seulement la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle, mais la paix aupr\u00e8s de Dieu: C'est moi qui les ferai reposer.
Je vais juger entre brebis et brebis (17). Ici commence la seconde partie: le jugement de Dieu.
D'une part, les brebis grasses: ceux qui ont profit\u00e9 d'un ordre social injuste. Non satisfaits d'un niveau de vie sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la majorit\u00e9 des hommes, ils ont pi\u00e9tin\u00e9 le reste de l'herbe: ils ont laiss\u00e9 en friches les meilleures terres du pays; ils ont d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tranger l'argent qui aurait stimul\u00e9 le d\u00e9veloppement \u00e9conomique; ils ont bloqu\u00e9 l'acc\u00e8s de tous \u00e0 l'\u00e9ducation et \u00e0 la culture.
Vous repoussez les plus faibles \u00e0 coups de cornes jusqu'\u00e0 les chasser dehors (21). Ils ont profit\u00e9 du pouvoir et, comme la justice \u00e9tait \u00e0 leur disposition, ils ont impos\u00e9 "leur" ordre par la force.
Je mettrai David, mon serviteur \u00e0 leur t\u00eate pour qu'il en prenne soin. Ce pasteur est le Christ, le nouveau David. Comme nous l'avons dit \u00e0 propos d'Isa\u00efe 11,1, le Messie n'est pas pr\u00e9sent\u00e9 comme un descendant de David, et il ne r\u00e9tablira pas le pass\u00e9. Ce sera un autre David, et avec lui commencera quelque chose de compl\u00e8tement nouveau.
Nous voyons ici des images et des id\u00e9es que J\u00e9sus a m\u00e9dit\u00e9es et qu'il a reprises dans ses paraboles: le Bon Pasteur (Jn 10,1); la brebis perdue (Lc 15,4) et le Jugement final (Mt 25,31).

{N}35,{/}1: La prise de J\u00e9rusalem n'avait pas \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re humiliation des Juifs. Apr\u00e8s le d\u00e9part des conqu\u00e9rants en 587, le petit pays d'Edom avait voulu profiter de la situation et s'emparer des territoires de Juda et Isra\u00ebl: les deux nations.

{N}36,{/}22: Je vous donnerai un coeur nouveau (26). Beaucoup pensent qu'il est impossible de changer le coeur de l'homme. Certains l'acceptent tel qu'il est et pr\u00e9f\u00e8rent ne pas voir la m\u00e9diocrit\u00e9 et le p\u00e9ch\u00e9. D'autres deviennent amers envers tout et contre tous. Mais le "coeur nouveau" est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Dieu promet dans ce texte, proche de J\u00e9r\u00e9mie 31,31 et d'Ez\u00e9quiel 11,19.
L'exp\u00e9rience du peuple juif a montr\u00e9 que les hommes sont faibles et incapables d'observer les commandements. Mais si Dieu se r\u00e9v\u00e8le lui-m\u00eame et communique son propre esprit \u00e0 ceux qu'il a fait entrer chez lui, ne pourra-t-il pas les renouveler en profondeur?
C'est l\u00e0 que se situe la vraie conversion. Nous comprenons que se convertir, c'est revenir \u00e0 Dieu apr\u00e8s s'\u00eatre \u00e9loign\u00e9 de lui. Mais la vraie conversion est celle qui se produit dans le coeur, c'est-\u00e0-dire au plus profond de l'homme, et qui ensuite renouvelle la mentalit\u00e9 et les attitudes. Cette conversion ne peut venir que de Dieu: il convertit les personnes en les aimant, en les attirant, en leur donnant son Esprit: J'enl\u00e8verai votre coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Ce sera la Nouvelle Alliance.

{N}37,{/}1: Nos os sont dess\u00e9ch\u00e9s. Ces ossements dess\u00e9ch\u00e9s et dispers\u00e9s repr\u00e9sentent les Isra\u00e9lites exil\u00e9s et dispers\u00e9s. Pendant de nombreuses ann\u00e9es ils n'ont pas voulu voir qu'ils allaient \u00e0 la ruine, puis la politique a \u00e9t\u00e9 un vrai suicide, comme J\u00e9r\u00e9mie et Ez\u00e9quiel l'affirmaient sans \u00eatre entendus. Maintenant que les r\u00eaves humains se sont \u00e9croul\u00e9s, Dieu peut de nouveau construire : il envoie son esprit qui fait revivre les morts. L'Evangile nous parle d'une r\u00e9surrection des personnes, mais Dieu travaille aussi dans l'histoire, et il sait ressusciter son peuple.
Je vous donnerai mon Esprit, afin que vous viviez (6). Dieu a d'abord envoy\u00e9 ses proph\u00e8tes: ils n'ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9s durant leur vie, mais leurs paroles sont tomb\u00e9es sur le sol comme des graines. Apr\u00e8s quelques dizaines d'ann\u00e9es beaucoup se l\u00e8veront pour restaurer la nation.
Parole de Dieu adress\u00e9e aux familles chr\u00e9tiennes d'une Europe d\u00e9cadente. D\u00e9ficit effrayant de la natalit\u00e9 auquel on s'est habitu\u00e9, promesse d'une fin qu'on veut ignorer. Plus redoutable encore est la mort de l'esp\u00e9rance, qui est \u00e0 la racine de nos maux: nous souffrons d'une indigestion d'idoles.
R\u00e9surrection! On verra se multiplier les familles nombreuses, tr\u00e8s nombreuses, n\u00e9es d'un projet fou, l'attente des promesses de Dieu; la foi s'affermira par les sacrifices et les risques qu'elles assument - une pauvret\u00e9 volontaire qui est ins\u00e9parable de l'Evangile. Ces familles repeupleront la France et prendront en charge sa mission.

{N}37,{/}15: Le "p\u00e9ch\u00e9 originel" de la nation juive avait \u00e9t\u00e9 sa division apr\u00e8s la mort de Salomon. Dans un Isra\u00ebl restaur\u00e9, la division sera effac\u00e9e et gu\u00e9rie: il y aura un seul peuple et un seul pasteur (voir Jean 10,16).
Bien plus: apr\u00e8s le retour des exil\u00e9s de Babylone, Isra\u00ebl comprendra la n\u00e9cessit\u00e9 d'aller plus loin, il faudra que se rassemblent ses enfants qui ont \u00e9migr\u00e9 dans tous les pays. De m\u00eame J\u00e9sus parlera de rassembler tous les enfants de Dieu dispers\u00e9s (Jn 11,52): il n'est pas venu seulement pour les Juifs, mais pour tous ceux qui vivent en d'autres bergeries (Jean 10).
Pensons \u00e0 cette ample mission des disciples de J\u00e9sus. Il est \u00e9vident que rassembler ne signifie pas r\u00e9unir tous les hommes en une seule nation, ou leur imposer les m\u00eames institutions. Il s'agit pour eux de former un seul corps vivant o\u00f9 puisse s'\u00e9panouir tout ce qui est humain, et ce qui en chacun est unique. Une telle unit\u00e9 est un don de Dieu: y parvenir voudrait dire que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la fin de l'histoire.
Mais en attendant, si l'Eglise est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 comme un signe et une pr\u00e9sence du nouveau peuple de Dieu, il faut qu'on la voie une. Les divisions actuelles nous ram\u00e8nent au p\u00e9ch\u00e9 de J\u00e9roboam.

{N}38,{/}1: Les chapitres 38 et 39 annoncent, qu'apr\u00e8s la restauration du peuple d'Isra\u00ebl en Palestine, une ligue de nations unies se l\u00e8vera contre lui. Les noms de Gog et Magog \u00e9voquent des pays situ\u00e9s plus au nord; une victoire miraculeuse est promise.
Si nous laissons de c\u00f4t\u00e9 la fin du chapitre 39 (17-29), il est presque certain qu'Ez\u00e9quiel n'est pas l'auteur de ces pages et qu'elles n'ont rien \u00e0 voir avec sa mission; elles ont \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9es dans son livre \u00e0 l'\u00e9poque des Maccab\u00e9es. Comme ce qu'on appelle les "proph\u00e9ties de Daniel", il s'agit l\u00e0 d'une litt\u00e9rature d'un type sp\u00e9cial, la litt\u00e9rature "apocalyptique" qui plaisait beaucoup aux Juifs des deux derniers si\u00e8cles avant le Christ, et dans les premi\u00e8res ann\u00e9es qui l'ont suivi (voir l'introduction de Daniel).
Cette description voil\u00e9e des invasions syriennes du temps des Maccab\u00e9es est attribu\u00e9e \u00e0 Ez\u00e9quiel, mais en fait l'auteur est un contemporain de ces guerres. Il parle d'une intervention de Dieu pour \u00e9craser les pers\u00e9cuteurs syriens.
La litt\u00e9rature apocalyptique emploie des images d'allure myst\u00e9rieuse, elle aime les exag\u00e9rations, annonce des interventions divines spectaculaires. Ce style compliqu\u00e9 a toujours attir\u00e9 les personnes qui n'ont gu\u00e8re de formation critique et historique: \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration elles y cherchent une proph\u00e9tie bien ancienne, et qu'elles tiennent pour certaine, qui parlerait justement de leur \u00e9poque. Il y aura toujours des d\u00e9tails qui, avec quelques efforts, pourront s'appliquer aux avions, aux chars d'assaut, \u00e0 la guerre chimique... chacun y trouvera facilement la confirmation de ses r\u00eaves.
Les textes de ce genre que l'on trouve dans la Bible veulent nous dire que l'histoire du monde finira par l'opposition de ceux qui acceptent l'offre de Dieu et de ceux qui la rejettent. Le royaume de Dieu ne sera pas ce monde que nous b\u00e2tissons, bien que nous devions le b\u00e2tir pour pr\u00e9parer le monde nouveau et d\u00e9finitif que Dieu donnera \u00e0 sa mani\u00e8re. Cependant, attendre que Dieu fasse tout serait une illusion dans laquelle tombent bien des croyants pessimistes qui croient que le mal est toujours le plus fort. Et ce n'est pas davantage une solution que de s'accrocher \u00e0 des "r\u00e9v\u00e9lations" annon\u00e7ant ch\u00e2timents et catastrophes: c'est ainsi que certains se voient avec leur secte comme le petit groupe des sauv\u00e9s, et vivent en tournant le dos \u00e0 la vie r\u00e9elle.

{N}40,{/}1: La vingt-cinqui\u00e8me ann\u00e9e de son exil (en 571), Ez\u00e9quiel a une vision qu'il pr\u00e9sente dans les chapitres 40-48. C'est une vision id\u00e9ale, on pourrait dire: une description utopique, de ce que sera le nouvel Isra\u00ebl.
La Gloire de Yahv\u00e9 (voir 1,4) revient de Babylone \u00e0 J\u00e9rusalem o\u00f9 elle prend possession du nouveau Temple. Une source s'est ouverte sous le Temple et les eaux vont s'accroissant, rendant la terre fertile: c'est le signe de toutes sortes de bienfaits que la pr\u00e9sence de Yahv\u00e9 procure \u00e0 son peuple. Le pays est de nouveau divis\u00e9 en douze tribus, ce qui reconstitue l'ancienne structure du peuple d'Isra\u00ebl (c'est pour la m\u00eame raison que J\u00e9sus voudra douze ap\u00f4tres).
Par cette vision, Ez\u00e9quiel affirme \u00e0 ses compatriotes que le peuple reviendra \u00e0 la vie et que sa mission sera essentiellement religieuse puisque la vie de la nation sera centr\u00e9e autour du Temple. Ces chapitres nous fatigueront sans doute avec l'accumulation des d\u00e9tails concernant le culte: ils veulent montrer que la nation ne se rel\u00e8vera pas sans se donner \u00e0 une mission exigeante. De fait, apr\u00e8s l'Exil, les Juifs ont r\u00e9organis\u00e9 leur communaut\u00e9 autour du Temple et de leurs pr\u00eatres, convaincus que le culte parfait et l'observance de la Loi am\u00e8neraient in\u00e9vitablement le royaume de Dieu (voir Esdras et N\u00e9h\u00e9mie).

{N}47,{/}1: Remarquer cette vision de la source qui rend le pays fertile et qui \u00e9mane du lieu o\u00f9 Dieu est pr\u00e9sent. Le Dieu invisible se manifeste par la vie qu'il communique \u00e0 son peuple. L'Esprit Saint, figur\u00e9 par le fleuve d'eau vive (voir Jn 7,38), fait fleurir dans le monde tout ce qui veut vivre.
Le fleuve se jette dans la mer Morte dont les eaux sont si sal\u00e9es qu'il n'y a pas de poissons, et qu'aucune plante ne peut pousser sur son rivage. C'est une image de la gu\u00e9rison que Dieu accorde \u00e0 un monde rendu st\u00e9rile par ses p\u00e9ch\u00e9s: on se nourrira de leurs fruits, et leurs feuilles seront un rem\u00e8de..

