{N}1,{/}4: J\u00e9r\u00e9mie ne dit pas grand-chose \u00e0 propos de sa vocation. Nous n'avons aucune manifestation fulgurante de Dieu. Les deux visions de la branche de l'arbre veilleur (l'amandier) et de la marmite qui bouillonne nous paraissent bien ordinaires pour une mission aussi exceptionnelle. C'est la preuve que l'essentiel a \u00e9t\u00e9 quelque chose d'int\u00e9rieur.
Je place mes paroles dans ta bouche. J\u00e9r\u00e9mie est fait proph\u00e8te: d\u00e9sormais il donnera la parole de Dieu, ce qui ne veut pas dire que Dieu va lui dire tout ce qu'il doit annoncer, mais que maintenant J\u00e9r\u00e9mie sent et pense comme Dieu. Il pourra commenter toute parole de Dieu qu'il recevra.
Tu iras vers tous ceux \u00e0 qui je t'enverrai. D\u00e9sormais, J\u00e9r\u00e9mie sera men\u00e9 par la force de l'Esprit; il ob\u00e9ira quels que soient les risques, en d\u00e9pit des r\u00e9sistances de sa nature timide. Ne tremble pas devant eux, sinon je pourrais te faire trembler devant eux (17). C'est la r\u00e9v\u00e9lation \u00e9tonnante de l'amour exigeant de Yahv\u00e9. Il a d\u00e9cid\u00e9 de faire de ce jeune homme son \u00e9lu, et il l'oblige \u00e0 surmonter sa faiblesse humaine.
Je suis avec toi pour te d\u00e9livrer. Yahv\u00e9 r\u00e9p\u00e8te ce qu'il avait dit \u00e0 Mo\u00efse quand il l'avait appel\u00e9 (Ex 3,12) et qu'il dira aussi \u00e0 Paul (Ac 26,17). J\u00e9r\u00e9mie re\u00e7oit l'assurance que Dieu le destine \u00e0 cette mission \u00e0 laquelle il n'avait jamais pens\u00e9 et qui lui fait peur: Avant de te former je t'ai connu, avant que tu sois sorti de son sein je t'avais consacr\u00e9. Plus tard la m\u00eame chose sera dite de Jean-Baptiste (Lc 1,15), du Christ (voir Is 49) et de Paul (Ga 1,15).
Ces paroles adress\u00e9es \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie valent pour chacun de nous \u00e0 sa mesure: nous ne sommes pas le produit du hasard. Dans Ep 1, Paul c\u00e9l\u00e8bre cette prescience de Dieu qui, de l'\u00e9ternit\u00e9, nous appelle \u00e0 conna\u00eetre le Christ et \u00e0 partager les richesses divines. Dieu, dans son plan \u00e9ternel, a vu de fa\u00e7on sp\u00e9ciale - pr\u00e8s du Christ - ceux qui recevront une mission plus essentielle. Il leur serait difficile d'\u00e9chapper \u00e0 l'appel de Dieu.
Dieu semble forcer la libert\u00e9 de J\u00e9r\u00e9mie, mais c'est l\u00e0 notre impression parce que nous n'avons pas l'exp\u00e9rience de cette libert\u00e9 plus vraie, et les mots ne peuvent pas dire la r\u00e9alit\u00e9.
Je te donne autorit\u00e9 sur les nations, pour d\u00e9raciner et pour d\u00e9truire. Dor\u00e9navant, J\u00e9r\u00e9mie est porteur de la parole cr\u00e9atrice de Dieu. Pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es, cette parole sera destructrice. J\u00e9r\u00e9mie sait que quand il prof\u00e8re une condamnation, il exprime le jugement de Dieu sur le point de s'accomplir.
La mission de J\u00e9r\u00e9mie: "D\u00e9raciner et d\u00e9truire; construire et planter" sera la mission de tout ouvrier dans la vigne du Seigneur. Il ne peut y avoir de compromis entre les apparences d'une vie chr\u00e9tienne et la foi v\u00e9ritable; les ap\u00f4tres doivent d\u00e9 truire afin de construire.

{N}2,{/}1: Les chapitres 2 \u00e0 6, sauf 3,6-18, contiennent la pr\u00e9dication de J\u00e9r\u00e9mie dans les premi\u00e8res ann\u00e9es qui suivent son appel. Apr\u00e8s les rois impies Manass\u00e9 et Amon, la vie religieuse \u00e9tait devenue le dernier des soucis pour beaucoup d'Isra\u00e9lites, mais J\u00e9r\u00e9mie ose s'opposer \u00e0 l'indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Ses paroles ressemblent \u00e0 celles d'Os\u00e9e qui, un si\u00e8cle avant, avait parl\u00e9 dans le royaume du nord dans des circonstances analogues. Pour les Isra\u00e9lites Yahv\u00e9 est Dieu, ou un Dieu, mais pas celui qui est tout proche de nous. En revanche, pour J\u00e9r\u00e9mie, Dieu est \u00e0 la fois P\u00e8re et Mari.
Je me rapelle ton affection quand tu \u00e9tais jeune. On remarquera la nostalgie des temps du d\u00e9sert, avant Mo\u00efse ou avec lui. Le peuple alors \u00e9tait fort pauvre, mais il savait se confier en Yahv\u00e9 qui ne lui manquait pas. Au fur et \u00e0 mesure que les Isra\u00e9lites ont construit leurs maisons, plant\u00e9 leurs vignes, et se sont enrichis, ils ont oubli\u00e9 leur bienfaiteur: "Personne ne peut servir deux ma\u00eetres. Yahv\u00e9 se pr\u00e9sente avec la jalousie d'un amant: ces hommes, si vite satisfaits, n'ont pas d\u00e9couvert l'amour passionn\u00e9 de Dieu.
Mon peuple a chang\u00e9 sa Gloire pour ce qui ne sert \u00e0 rien (11). J\u00e9r\u00e9mie pense \u00e0 ses contemporains, incapables de d\u00e9couvrir le Dieu invisible, qui se sentent en s\u00e9curit\u00e9 avec leurs dieux peints et les pr\u00e9dictions, qui courent apr\u00e8s tout ce qui est clinquant et neuf.
Ils m'ont abandonn\u00e9, et j'\u00e9tais la source d'eau vive. Cet abandon se manifeste sous trois formes:
-_Leurs dirigeants ne cherchent plus la volont\u00e9 de Dieu. J\u00e9r\u00e9mie nomme les trois cat\u00e9gories de responsables: pr\u00eatres, pasteurs (ou gouvernants) et proph\u00e8tes.
-_Ils ont r\u00e9tabli le culte des faux dieux: ils leur offrent des sacrifices et leur font des voeux.
-_Ils s'allient \u00e0 de puissantes nations comme l'Assyrie et l'Egypte, pensant ainsi assurer leur propre existence, mais sans se rendre compte que de telles alliances font d'eux un peuple comme les autres. Leur vocation \u00e9tait de pr\u00e9server la foi en Yahv\u00e9 en sachant qu'il ne les abandonnerait jamais tant qu'ils pratiqueraient la justice envers les petits du peuple. Voir aussi le commentaire d'Isa\u00efe 30,32.
Il faut que tu saches combien il est dur et amer d'abandonner Yahv\u00e9, ton Dieu (19). J\u00e9r\u00e9mie et les proph\u00e8tes ont peut-\u00eatre eu parfois une vision trop simpliste de la justice de Dieu dans ce monde. Nous savons que la prosp\u00e9rit\u00e9 ou le malheur ne sont pas une preuve \u00e9vidente de notre bonne ou mauvaise conduite. N\u00e9anmoins, si nous m\u00e9ditons sur notre vie et sur l'histoire, nous v\u00e9rifierons les paroles de J\u00e9r\u00e9mie: le p\u00e9ch\u00e9 a toujours son ch\u00e2timent. Nos peuples n'ont gu\u00e8re eu de souffrances qu'ils n'aient m\u00e9rit\u00e9es.
Le sang des innocents (36). c'est une allusion aux enfants sacrifi\u00e9s aux idoles.

{N}3,{/}1: Ici commence un po\u00e8me dont la suite se trouve dans 3,19-4,2.
Si un homme r\u00e9pudie sa femme, On ne peut pas comprendre le p\u00e9ch\u00e9 si l'on n'a pas connu l'amour. J\u00e9r\u00e9mie d\u00e9clare que ce peuple au coeur de pierre est "l'\u00e9pouse" de Yahv\u00e9, et que ce peuple s'est comport\u00e9 comme une prostitu\u00e9e, une femme adult\u00e8re qui abandonne son mari et ses enfants pour suivre d'autres hommes.
Contrairement \u00e0 ce qui se passe g\u00e9n\u00e9ralement, ici le mari abandonn\u00e9 va chercher la femme coupable. Juda ne m\u00e9rite pas que Yahv\u00e9 revienne vers lui, et le peuple ne peut pas se plaindre quand des malheurs lui arrivent. Pourtant, l'amour de Yahv\u00e9 le pousse \u00e0 rechercher son peuple infid\u00e8le.

{N}3,{/}6: Ce po\u00e8me commenc\u00e9 \u00e0 3,1 est interrompu par deux paragraphes.
[6-l3]: Ces versets ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits quand Josias reprenait une partie du royaume du nord (royaume d'Isra\u00ebl). Voir le commentaire de 2 R 23,15. Apr\u00e8s tant de menaces, l'espoir d'une conversion n'est jamais perdu.

{N}3,{/}15: J\u00e9r\u00e9mie a d\u00fb proclamer ces paroles en 587 apr\u00e8s la destruction de J\u00e9rusalem: elles contiennent des promesses de restauration. Elles ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es ici dans ce livre afin d'adoucir l'impression pessimiste caus\u00e9e par tant de condamnations. En r\u00e9alit\u00e9 toutes les menaces de ch\u00e2timents devaient se r\u00e9aliser avant que Dieu ne pr\u00e9sente de nouvelles esp\u00e9rances.

{N}5,{/}1: Ce chapitre continue l'annonce d'une invasion venue du nord qui occupait d\u00e9j\u00e0 le chapitre 4.
Cherchez sur ses places un seul homme qui pratique la justice. Yahv\u00e9 pardonnerait tout pour un "juste", comme nous l'avons vu dans la Gen\u00e8se (ch.18). Mais J\u00e9r\u00e9mie cherche en vain quelqu'un qui comprenne. Apr\u00e8s tant d'autres invasions, celle-ci est comme le cri d'alarme annon\u00e7ant la destruction finale: les hommes et les nations restent sourds jusqu'\u00e0 la mort. Dans le Nouveau Testament Jean-Baptiste, et J\u00e9sus et ses ap\u00f4tres ensuite, essaieront de r\u00e9veiller leurs compatriotes en lan\u00e7ant le m\u00eame appel: Convertissez-vous, le jugement de Dieu est proche.

{N}7,{/}1: Les Juifs voient que depuis quatre si\u00e8cles Yahv\u00e9 a prot\u00e9g\u00e9 J\u00e9rusalem: ils sont donc convaincus qu'il n'y a rien \u00e0 craindre, ni pour eux, ni pour le temple qui est la demeure de Yahv\u00e9, le lieu d'o\u00f9 il b\u00e9nit son peuple.
Temple de Yahv\u00e9, temple de Yahv\u00e9! Ils y accourent et, s\u00fbrs des bienfaits de Yahv\u00e9, ils pensent qu'ils n'ont pas besoin de changer de mode de vie. Il est vrai que Yahv\u00e9 avait prescrit ces sacrifices, mais, est-il possible de se r\u00e9concilier avec le Seigneur au prix d'un animal sacrifi\u00e9? A quoi servent les rituels, si le comportement ne change pas?
Ce que j'ai fait \u00e0 Silo, je vais le faire pour ce temple (14). Dieu a successivement d\u00e9truit les objets sacr\u00e9s et les institutions qu'il avait donn\u00e9s \u00e0 son peuple. C'est que toujours les hommes remplacent Dieu par les moyens qui ne sont l\u00e0 que pour mener \u00e0 lui, ou par les objets sacr\u00e9s, ou par les personnes qui repr\u00e9sentent Dieu. Nous fuyons toujours la rencontre personnelle, que ce soit de Dieu ou du prochain, parce qu'elle nous fait peur, et nous nous r\u00e9fugions dans le labyrinthe des petites pratiques de la religion.
Tout ce que Dieu donne est pour un temps, pour nous faire franchir une \u00e9tape: Dieu a donn\u00e9 les rois, puis il les a supprim\u00e9s; il a demand\u00e9 les sacrifices, puis il a d\u00e9truit le temple et l'a remplac\u00e9 en nous donnant "le Fils en qui r\u00e9side la Pl\u00e9nitude de la Divinit\u00e9" (Col.2,9); il a donn\u00e9 la Loi, puis il en a montr\u00e9 l'inefficacit\u00e9; il a donn\u00e9 des pr\u00eatres, puis il les a remplac\u00e9s par le Christ.
Ici, J\u00e9r\u00e9mie parle du temple. Dans 3,16, il parle aussi de l'arche d'Alliance: ils n'existeront plus aux jours de la Nouvelle Alliance. En 4,4, J\u00e9r\u00e9mie mentionne la circoncision: elle ne servira plus dans un monde de v\u00e9rit\u00e9: Rom 2,25-30.
A la suite de ce passage, nous avons trois textes concernant le culte:
-_ceux qui m\u00e9langent le culte de Yahv\u00e9 et celui d'autres dieux;
-_ceux qui pratiquent les rites mais ne se pr\u00e9occupent, ni d'\u00e9couter la parole de Dieu, ni de faire ce qui pla\u00eet \u00e0 Dieu.
Combien croient que, parce qu'ils sont catholiques, ils peuvent rester indiff\u00e9rents \u00e0 la parole de Dieu et ne pas se convertir de leur vie mat\u00e9rialiste loin de toute communaut\u00e9 chr\u00e9tienne!

{N}7,{/}21: J\u00e9r\u00e9mie r\u00e9p\u00e8te les avertissements du Deut\u00e9ronome qu'on venait juste de d\u00e9couvrir (2R 22): le peuple choisi ne conna\u00eetra la paix que s'il \u00e9coute la parole de son Dieu.
J\u00e9r\u00e9mie parle comme un proph\u00e8te: nous ne rencontrerons Dieu que si nous savons aller au-del\u00e0 des pratiques religieuses.

{N}8,{/}1: Ces trois chapitres r\u00e9unissent plusieurs oracles de J\u00e9r\u00e9mie prononc\u00e9s au temps du roi Joiaqim.
Notre Bible n'existait pas encore: les parties de la Bible d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites restaient dans le temple. Pour le peuple, la parole de Dieu, c'\u00e9taient les traditions gard\u00e9es par les pr\u00eatres, et leurs d\u00e9cisions qui appliquaient la Loi de Dieu; c'\u00e9taient aussi les paroles des proph\u00e8tes qui transmettaient la parole de Dieu pour l'aujourd'hui.
Mais voil\u00e0 que ces deux sources ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9es: il n'est plus possible de savoir le sens des \u00e9v\u00e9nements dont la nation fait l'exp\u00e9rience.

{N}8,{/}10: reproduit ce qui a \u00e9t\u00e9 dit dans 6,12-15.

{N}8,{/}21:  et 8,13: voyez la sensibilit\u00e9 de J\u00e9r\u00e9mie face aux malheurs de son peuple.

{N}9,{/}11: Comme nous l'avons dit \u00e0 propos de 8,8, la sagesse des croyants n'est pas comme une r\u00e8gle de vie individuelle que tout le monde pourrait lire de la m\u00eame mani\u00e8re dans la Bible et mettre en pratique sans se pr\u00e9occuper de l'endroit et du temps. Leur sagesse consiste \u00e0 comprendre les \u00e9v\u00e9nements. A chaque \u00e9poque, le peuple de Dieu doit r\u00e9pondre au d\u00e9fi que Dieu lui pr\u00e9sente \u00e0 travers les circonstances du moment.
C'est pourquoi il ne nous suffit pas de conna\u00eetre la lettre de la Bible: l'Eglise a besoin de proph\u00e8tes qui sachent lire les \u00e9v\u00e9nements de notre temps \u00e0 sa lumi\u00e8re.

{N}9,{/}22: On donne beaucoup d'importance aux \u00e9tudes des jeunes. Beaucoup de parents se sacrifient tout au long de leur vie pour que leur fils devienne un bon technicien ou pour qu'il aille \u00e0 l'universit\u00e9. J\u00e9r\u00e9mie nous rappelle que ce n'est pas suffisant pour donner la vraie sagesse. Nous devrions avoir honte quand nous comparons le temps que nous passons \u00e0 des occupations st\u00e9riles (bavardages interminables, lectures sans int\u00e9r\u00eat, \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9 superficielles) au temps que nous consacrons \u00e0 conna\u00eetre Dieu et \u00e0 \u00e9couter sa Parole.
Conna\u00eetre Yahv\u00e9, dont l'oeuvre sur terre n'est que bont\u00e9, droiture et justice est le moyen de rester constants face au mal: cela nous donnera le d\u00e9sir d'imiter Dieu et de nous consacrer nous aussi \u00e0 apporter bont\u00e9, droit et justice dans ce monde.

{N}10,{/}23: Corrige-nous, Yahv\u00e9, mais juste comme il faut. Ici, brusquement, le coeur de J\u00e9r\u00e9mie se manifeste. Il n'oublie pas qu'il est isra\u00e9lite et il demande \u00e0 Dieu de r\u00e9tablir la justice, de punir les puissantes nations qui viennent d\u00e9truire Juda quand elles en ont envie. Apr\u00e8s avoir tant de fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que ces nations ennemies sont envoy\u00e9es par Dieu lui-m\u00eame contre Juda, maintenant J\u00e9r\u00e9mie se r\u00e9volte.

{N}11,{/}1: Ce chapitre est un des rares exemples de la pr\u00e9dication de J\u00e9r\u00e9mie au temps de la "d\u00e9couverte de la Loi" et de la r\u00e9forme de Josias (voir 2 R 22). Josias alors a tout fait pour servir Yahv\u00e9, et il a fait na\u00eetre une ferveur nouvelle en Isra\u00ebl.
Mais quand nous lisons ce que J\u00e9r\u00e9mie dit ici, nous constatons que la conversion du peuple n'\u00e9tait pas, et ne pouvait \u00eatre profonde. J\u00e9r\u00e9mie savait que pour \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 Dieu, il faut avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 et transform\u00e9 par lui.

{N}12,{/}1: C'est la premi\u00e8re fois que J\u00e9r\u00e9mie met en question la prosp\u00e9rit\u00e9 des m\u00e9chants comme le feront les psaumes 73 et 49 et, surtout, le livre de Job. J\u00e9r\u00e9mie a bien des raisons pour cela puisqu'il est constamment pers\u00e9cut\u00e9.
Le v. 6 de ce chap\u00eetre a sa place dans 11,18.
Si cela te fatigue de courir avec les coureurs, pourras-tu t'aligner avec les chevaux? (5) La r\u00e9ponse de Yahv\u00e9 nous para\u00eet s\u00e9v\u00e8re: J\u00e9r\u00e9mie devrait envisager des \u00e9preuves plus dures (c'est le sens de ce refrain). Quand ses vrais amis h\u00e9sitent, Dieu ne les console pas: il leur propose de se d\u00e9passer.

{N}13,{/}12: Dieu rend aveugles ceux qui refusent de voir (Jn 9,39). Dieu fait que ceux qui le m\u00e9prisent se d\u00e9shonorent par leurs propres vices (Rm 1,24). Dieu rend ivres ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent suivre une voie insens\u00e9e: ils se perdent par leur propre folie.

{N}14,{/}1: Le passage qui commence ici se termine \u00e0 15,4. J\u00e9r\u00e9mie se pr\u00e9sente devant Yahv\u00e9 comme les Juifs avaient l'habitude de le faire au Temple pour confesser publiquement les p\u00e9ch\u00e9s du peuple, dans l'espoir que les pr\u00eatres leur donneraient une parole d'encouragement de la part de Dieu qui pardonne. J\u00e9r\u00e9mie se montre solidaire de son peuple et de ses p\u00e9ch\u00e9s. Mais Dieu ne veut pas l'\u00e9couter.
Yahv\u00e9, ne nous abandonne pas! (9) J\u00e9r\u00e9mie est angoiss\u00e9 \u00e0 la vue des souffrances de son peuple. Dieu ne peut-il pas pardonner, ne peut-il pas sauver? Ici l'homme fait face au myst\u00e8re de Dieu. J\u00e9r\u00e9mie ne re\u00e7oit pas de r\u00e9ponse et Job n'en aura pas davantage; J\u00e9sus n'a pas eu de r\u00e9ponse dans son agonie \u00e0 Geths\u00e9mani.
Regarde ce que leurs proph\u00e8tes leur racontent (13). Il ne manque jamais de faux proph\u00e8tes pour rassurer une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur de faux principes. Face \u00e0 eux, J\u00e9r\u00e9mie passe pour un faible ou un aigri, quelqu'un qui ne donne pas la r\u00e9ponse de Yahv\u00e9. Un vrai proph\u00e8te n'est pas accept\u00e9 par son propre peuple, tandis que ceux qui fournissent de l'opium au peuple sont glorifi\u00e9s.

{N}15,{/}10: Un texte impressionnant dans lequel J\u00e9r\u00e9mie r\u00e9v\u00e8le une crise personnelle.
Il n'est pas facile d'\u00eatre proph\u00e8te, Lorsque Dieu envoie aux siens sa Parole, elle n'est pas accueillie (Jn 1,11). Celui qui lutte pour la v\u00e9rit\u00e9 est entour\u00e9 de personnes qui lui souhaitent du mal et essaient de le renverser; on le comprend rarement m\u00eame chez lui. A partir du moment o\u00f9 Dieu lui communique sa mani\u00e8re de voir et de sentir, il ne peut plus partager les joies faciles et les conversations superficielles qui remplissent tant de vies.
Tes paroles \u00e9taient mon plaisir (16). La parole de Dieu fait na\u00eetre le go\u00fbt de la v\u00e9rit\u00e9 et donne quelque chose de la pr\u00e9sence de Dieu. Le prix de cette joie est d'\u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 vivre seul. Aujourd'hui la parole de Dieu s'impose au proph\u00e8te, mais bien vite peut-\u00eatre il sera laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame: et si Dieu n'\u00e9tait pas pr\u00e9sent demain?
Dieu n'approuve pas la faiblesse de son proph\u00e8te: D\u00e9gage le m\u00e9tal pr\u00e9cieux de ses scories (19), laisse parler ce qui est bon et noble en toi et fais taire tes craintes et tes plaintes.
Les v. 10 et 11 trouvent leur place naturelle entre les v. 14 et 15 o\u00f9 nous les avons replac\u00e9s.

{N}16,{/}1: Ne cherche pas d'\u00e9pouse. Les proph\u00e8tes d\u00e9couvrent que Yahv\u00e9 est l'\u00e9poux authentique. L'amour passionn\u00e9 et fid\u00e8le de Dieu pour son peuple est le mod\u00e8le de l'amour dans le mariage.
Comme les proph\u00e8tes sont devenus les porte-paroles et les repr\u00e9sentants de Dieu, tout ce qu'ils font devient un signe. Ils ne jouiront pas du bonheur dans le mariage tant qu'Isra\u00ebl, la bien-aim\u00e9e de Yahv\u00e9, tourne le dos \u00e0 son Dieu.
C'est ainsi qu'avant J\u00e9r\u00e9mie un autre proph\u00e8te, Os\u00e9e, ne conna\u00eet que la douleur du mari trahi et doit constamment pardonner \u00e0 sa femme (Os\u00e9e 3,1). Ez\u00e9quiel est t\u00e9moin de la mort subite de sa femme (Ez 24,15). J\u00e9r\u00e9mie n'aura ni femme, ni enfants: il ne convient pas de se marier au moment pr\u00e9cis o\u00f9 se d\u00e9truit la premi\u00e8re Alliance. Ensuite, ni Jean-Baptiste, ni l'ap\u00f4tre Jean, ni Paul ne se marieront, et cela encore sera un signe: ils nous font comprendre qu'ils ne vivent que pour la rencontre du Christ et de son Eglise, le mariage n'en \u00e9tant qu'une image.

{N}16,{/}10: Nous avons ici des passages de discours prononc\u00e9s par J\u00e9r\u00e9mie en diff\u00e9rentes occasions.
-_Remarquer 17,5-11: le m\u00eame sujet se retrouvera dans plusieurs psaumes, en particulier Ps 1.
-_La pri\u00e8re 17,14-18.

{N}17,{/}19: Ne transportez pas de fardeaux le jour du sabbat. J\u00e9r\u00e9mie a d\u00e9nonc\u00e9 les pratiques religieuses qui ne sont pas accompagn\u00e9es d'une vie honn\u00eate, ce qui ne veut pas dire qu'il m\u00e9prise les marques ext\u00e9rieures de respect \u00e0 Dieu
La Loi du repos (tel est le sens du mot h\u00e9breu sabbat) est un moyen pour que les hommes fassent une place \u00e0 Dieu dans leur vie. Ne pas travailler le jour du sabbat est une fa\u00e7on de dire que nous ne serons pas plus heureux en devenant esclaves du travail, mais en donnant quelque chose \u00e0 Dieu qui le rend au centuple (Gn 2,3; Ex 20,8; Lv 25,20).

{N}18,{/}1: Dans plusieurs endroits de la Bible, la comparaison du potier sert \u00e0 montrer que Dieu est le ma\u00eetre absolu et qu'il dirige la vie de tous, individus et nations, selon sa volont\u00e9 (voir Is 29,16 et Rm 9,30). Ici, la m\u00eame comparaison nous fournit une autre le\u00e7on qui compl\u00e8te la premi\u00e8re, \u00e0 savoir que l'homme est libre.
Si cette nation revient sur sa mauvaise conduite, je me repens du mal que je songeais \u00e0 lui faire (8). Il est toujours possible de se convertir et Dieu agira en cons\u00e9quence. Il n'y a pas de plan de Dieu \u00e9crit d'avance qui nous oblige \u00e0 faire le mal par quelque destin fatal. Dieu nous cr\u00e9e \u00e0 chaque instant et il accomplit son plan pour l'univers tout en recr\u00e9ant chaque jour la relation libre qu'il maintient avec nous. La Bible maintient ces deux affirmations: rien n'\u00e9chappe \u00e0 Dieu, et: nous sommes libres.

{N}19,{/}14: J\u00e9r\u00e9mie proph\u00e9tise seul. Apparemment, il n'a ni disciples, ni groupes religieux qui l'aident. Certains se lassent de l'entendre toujours menacer. Les chefs et les pr\u00eatres se f\u00e2chent contre cet individu qui condamne une soci\u00e9t\u00e9 faite par eux ou accept\u00e9e par eux.

{N}20,{/}7: Cette "confession" rappelle celle du chapitre 15. On refuse ce porteur de la parole de Dieu et on se moque de lui parce qu'il parle, fid\u00e8le \u00e0 une mission re\u00e7ue de Dieu, mais que le peuple n'a pas reconnue. N'oublions pas que J\u00e9r\u00e9mie vivait six si\u00e8cles avant J\u00e9sus, et longtemps avant que l'on ne pense \u00e0 l'au-del\u00e0: cela nous permet de mieux comprendre qu'il appelle les ch\u00e2timents de la col\u00e8re divine.
Tu m'as fait violence: n'est-ce pas tout \u00e0 fait naturel si Dieu est amour?
Mais c'\u00e9tait en moi comme un feu br\u00fblant (9). La parole de Dieu est dou\u00e9e d'une force irr\u00e9sistible. Il est plus difficile d'y r\u00e9sister que de faire face \u00e0 l'opposition des hommes. Paul d\u00e9clarera, plus ou moins de la m\u00eame fa\u00e7on, qu'il ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 la responsabilit\u00e9 de pr\u00eacher l'\u00e9vangile (1 Co 9,16). Ce texte nous oblige \u00e0 r\u00e9viser les id\u00e9es simplistes que nous avons peut-\u00eatre \u00e0 propos de notre libert\u00e9: ob\u00e9ir \u00e0 la mission la plus exigeante re\u00e7ue de Dieu, c'est encore \u00eatre libre. C'est vivre pleinement l'alliance avec Dieu qui peut seule donner tout son sens \u00e0 notre vie.
Je me suis dit: Je ne parlerai plus. J\u00e9r\u00e9mie semble pr\u00eat \u00e0 renier sa vocation: ce n'est qu'une apparence, comme chez Job, car la fid\u00e9lit\u00e9 est enracin\u00e9e en lui.
Le paragraphe qui suit, 20,14-18, s'est trouv\u00e9 repris au chapitre 3 de Job. Essayons d'imaginer ce qu'a pu \u00eatre l'existence de J\u00e9r\u00e9mie dans un monde o\u00f9 la pression communautaire enserrait toute l'existence.

{N}22,{/}1: Le paragraphe 21,1-10 se rapporte au second si\u00e8ge de J\u00e9rusalem en 588. Mais \u00e0 partir de 21,11 nous trouvons plusieurs oracles contre la famille royale, avant le premier si\u00e8ge de l'ann\u00e9e 598. Voir 2 R 22,38-47 au sujet de ces rois.
Durant ces ann\u00e9es critiques les nobles et les fonctionnaires de J\u00e9rusalem continuent de vivre comme ils ont toujours fait, sans se pr\u00e9occuper des crises continuelles du royaume. Mais dans peu de temps ils seront tous tu\u00e9s ou d\u00e9port\u00e9s.
Il en est de m\u00eame maintenant: les pays et les gens riches se divertissent et vivent dans l'insouciance au-dessus d'un volcan. Qu'il soit permis de rappeler quelques propos de Don Helder Camara:
"La violence a toujours exist\u00e9. Mais elle est peut-\u00eatre plus massive que jamais maintenant; elle est partout et rev\u00eat bien des formes: brutale, ouverte, subtile, insidieuse, aveugle, rationalis\u00e9e, scientifique, consolid\u00e9e, anonyme, abstraite, irresponsable.
Si les puissants des pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s n'ont pas le courage d'abandonner leurs privil\u00e8ges et de faire justice \u00e0 des millions de personnes dans des situations infrahumaines; si les gouvernements font des r\u00e9formes qui restent th\u00e9oriques; comment arr\u00eatera-t-on les jeunes qui sont tent\u00e9s de prendre des positions radicalement violentes? Jusqu'\u00e0 quand craindra-t-on les bombes atomiques plus que la bombe de la pauvret\u00e9 qui se pr\u00e9pare au coeur du tiers monde?"
Ici le Liban se r\u00e9f\u00e8re au palais des rois de Juda \u00e0 qui ses poutres, ses fen\u00eatres et ses boiseries avaient valu le nom de For\u00eat du Liban (1 R 7,2).

{N}23,{/}1: Malheur aux bergers qui perdent et dispersent! Cette nouvelle attaque contre les mauvais dirigeants introduit des paroles d'espoir.
Je vais rassembler le reste de mon troupeau. La destruction de la nation d'Isra\u00ebl pr\u00e9pare la venue de l'Isra\u00ebl "spirituel". Les gens se sont habitu\u00e9s \u00e0 voir les chefs abuser de leur pouvoir et les dirigeants s'enrichir. Mais Dieu pr\u00e9pare pour son peuple un pasteur qui prendra soin de son troupeau.
On l'appellera Yahv\u00e9-est-notre-justice: c'est une mani\u00e8re de l'opposer au roi de ce temps-l\u00e0, S\u00e9d\u00e9cias, qui signifie: Yahv\u00e9-me-fera-justice.
Je choisirai pour elles des bergers qui les feront pa\u00eetre (4). A c\u00f4t\u00e9 du roi juste, J\u00e9r\u00e9mie voit d'autres pasteurs; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Bon Pasteur, le Christ, il y aura des hommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 de leurs fr\u00e8res.
Ils n'auront plus peur. Dieu promet la paix d\u00e9finitive. Le nouveau peuple de Dieu sera bien plus qu'une renaissance de l'ancien royaume d'Isra\u00ebl, et le nouveau roi sera bien sup\u00e9rieur \u00e0 tous les rois terrestres (voir comment J\u00e9sus d\u00e9veloppe cette id\u00e9e dans Jean 10). L'humanit\u00e9 esp\u00e8re l'unit\u00e9 dans la paix, et la mission de l'Eglise est d'offrir le t\u00e9moignage de diff\u00e9rents peuples r\u00e9unis dans le Christ. Cependant, cela ne se r\u00e9alisera pleinement que dans la J\u00e9rusalem du ciel (Ap 21:22).
J\u00e9r\u00e9mie exprime le m\u00eame espoir ailleurs, sp\u00e9cialement dans 33,15-18. Dans Ez\u00e9quiel 34 nous retrouvons la m\u00eame image du bon pasteur: elle nous pr\u00e9pare pour ce que J\u00e9sus dira dans Jean 10, Luc 15,4 et Matthieu 9,36.

{N}23,{/}9: Voir aussi Dt 13,6 et 18,22 et Jr 28 au sujet des faux proph\u00e8tes.
Ceux dont la foi est superficielle s'\u00e9merveillent des visions et des r\u00eaves, oubliant que les unes comme les autres peuvent \u00eatre trompeurs.

{N}24,{/}1: Le premier si\u00e8ge de J\u00e9rusalem a lieu en 598. Il termine par la capitulation du roi Joiaqim et une premi\u00e8re d\u00e9portation. Dans les dix ann\u00e9es suivantes, le nouveau roi S\u00e9d\u00e9cias et ceux qui sont rest\u00e9s avec lui agissent comme si rien ne s'\u00e9tait pass\u00e9. Bien que vaincus et pauvres, les gens de J\u00e9rusalem pensent qu'ils ne s'en sont pas tir\u00e9s trop mal et que les plus \u00e0 plaindre sont les exil\u00e9s. J\u00e9r\u00e9mie le nie: Dieu s'int\u00e9resse \u00e0 ceux qui sont en exil parce qu'ils seront le germe d'un peuple renouvel\u00e9. Par contre quelque chose de pire attend ceux qui sont rest\u00e9s \u00e0 J\u00e9rusalem.

{N}25,{/}1: Ce chapitre r\u00e9unit:
[1-13]: une introduction qui devait pr\u00e9c\u00e9der les proph\u00e9ties de J\u00e9r\u00e9mie contre le peuple de Juda, lesquelles forment maintenant les chapitres 1-24 de son livre. Noter dans ce passage la proph\u00e9tie \u00e0 propos des soixante-dix ann\u00e9es que devait durer l'exil des Juifs \u00e0 Babylone. C'est un chiffre symbolique puisqu'il y a eu deux exils, en 598 et en 587 et beaucoup sont revenus en Jud\u00e9e \u00e0 partir de 538.

{N}25,{/}14: une introduction qui devait pr\u00e9c\u00e9der les proph\u00e9ties contre les nations \u00e9trang\u00e8res rassembl\u00e9es dans les chapitres 46-51.

{N}26,{/}1: Au chapitre 7,1-15 nous avions le discours contre ceux qui pla\u00e7aient leur confiance dans le temple. Ici, le secr\u00e9taire de J\u00e9r\u00e9mie, Baruch - dont nous parlerons plus tard- r\u00e9sume ce discours et nous parle de son impact.
-_Le peuple d\u00e9fend J\u00e9r\u00e9mie contre les pr\u00eatres et les proph\u00e8tes,
-_J\u00e9r\u00e9mie maintient fermement sa position bien qu'il n'ait ni preuves ni miracles pour confirmer ce qu'il dit. Il est sauv\u00e9 par un retournement du peuple qui a reconnu la voix de la v\u00e9rit\u00e9.
-_Ils se souviennent des paroles du proph\u00e8te Mich\u00e9e 3,12, un si\u00e8cle avant.
A la fin du chapitre, on mentionne la famille de Chaph\u00e2n, le secr\u00e9taire du roi Josias qui avait encourag\u00e9 la r\u00e9forme religieuse (voir 2R 22,8). Chaph\u00e2n et les siens vont prot\u00e9ger J\u00e9r\u00e9mie \u00e0 plusieurs reprises.
L'affrontement de J\u00e9r\u00e9mie et des pr\u00eatres n'est pas accidentel. Souvent, les gardiens de la parole de Dieu s'opposent aux proph\u00e8tes de leur temps. Les pr\u00eatres vont ignorer Jean-Baptiste et ils condamneront J\u00e9sus. C'est que souvent les ministres du culte pensent d'abord \u00e0 pr\u00e9server les institutions et le syst\u00e8me dont ils sont les gardiens et qui les fait vivre, tandis que les proph\u00e8tes nous invitent \u00e0 aller de l'avant et rappellent l'essentiel.

{N}28,{/}1: Comme nous l'avons vu \u00e0 propos de 22,1, les dix ann\u00e9es qui s\u00e9parent les deux si\u00e8ges de J\u00e9rusalem, de 598 \u00e0 588, furent un temps de folie et de fausses illusions. Il y avait toujours des gens pour pr\u00e9dire la chute de Nabukodonozor, roi de Babylone, et le retour des exil\u00e9s. Avec beaucoup de courage, J\u00e9r\u00e9mie contredit ces faux espoirs et pr\u00eache la soumission \u00e0 Nabucodonosor. C'est pourquoi les dirigeants juifs le consid\u00e8rent comme un ennemi de la nation.
J\u00e9r\u00e9mie s'oppose aux faux proph\u00e8tes. Si les proph\u00e8tes ne sont pas d'accord, comment distinguera-t-on le proph\u00e8te authentique? Voir Dt 13,6 et 18,22.
Si un proph\u00e8te annonce la paix, il faudra que sa parole se r\u00e9alise. J\u00e9r\u00e9mie va plus loin que le Deut\u00e9ronome. Depuis Elie (voir 1R 19,18), la mission des proph\u00e8tes avait \u00e9t\u00e9 d'interpr\u00e9ter la d\u00e9cadence du royaume d'Isra\u00ebl et d'annoncer un autre royaume qui le remplacerait. Ils avaient annonc\u00e9 quelques victoires, mais au milieu d'un recul continu. Les Juifs devaient donc se m\u00e9fier davantage d'Hananyas qui annon\u00e7ait la prosp\u00e9rit\u00e9, que de J\u00e9r\u00e9mie qui insistait sur les menaces de Yahv\u00e9.
Dieu envoie ses proph\u00e8tes \u00e0 un peuple p\u00e9cheur pour former sa conscience et non pour l'endormir. Quand nous vivons en pleine injustice, nous devons nous m\u00e9fier de ceux qui nous promettent la prosp\u00e9rit\u00e9.

{N}29,{/}1: Dans ces ann\u00e9es de 598 \u00e0 587, tandis que les gens de J\u00e9rusalem s'enfoncent dans leur aveuglement, J\u00e9r\u00e9mie s'efforce de guider les exil\u00e9s. Eux aussi sont tent\u00e9s de croire que les choses peuvent revenir en arri\u00e8re. Il y a m\u00eame parmi eux des proph\u00e8tes qui maintiennent l'illusion d'une rapide d\u00e9faite de Babylone. L'un d'entre eux envoie des lettres \u00e0 J\u00e9rusalem pour faire mettre J\u00e9r\u00e9mie en prison (24-28),
En r\u00e9alit\u00e9, ils doivent accepter la d\u00e9faite et prendre conscience de leurs infid\u00e9lit\u00e9s envers Yahv\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 la cause de leur humiliation pr\u00e9sente. Au m\u00eame moment Ez\u00e9quiel, un autre proph\u00e8te, un vrai proph\u00e8te lui aussi, commence \u00e0 parler d'une mani\u00e8re analogue. Une lente transformation va se produire parmi les pr\u00eatres, les nobles, les artisans et les fonctionnaires exil\u00e9s et, apr\u00e8s soixante-dix ans d'exil, leurs enfants retourneront \u00e0 J\u00e9rusalem comme "les pauvres qui cherchent Yahv\u00e9...".

{N}29,{/}15: Le v. 15 a \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 sa place naturelle entre les versets 20 au 21.

{N}30,{/}1: Les chapitres 30 et 31 nous ram\u00e8nent en arri\u00e8re aux heureuses ann\u00e9es du roi Josias. Il avait favoris\u00e9 le renouveau de la foi et le culte de Yahv\u00e9 mais aussi il avait r\u00e9ussi \u00e0 conqu\u00e9rir une partie de ce qui avait \u00e9t\u00e9 le royaume d'Isra\u00ebl et qui \u00e9tait alors une province assyrienne apr\u00e8s la chute de Samarie.
Yahv\u00e9 a sauv\u00e9 son peuple, le reste d'Isra\u00ebl (31,7). Les Isra\u00e9lites avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de cette terre et dispers\u00e9s. Maintenant, ils ne sont pas pr\u00e9sents pour \u00e9couter J\u00e9r\u00e9mie, mais il s'adresse \u00e0 eux au-del\u00e0 de l'espace et du temps. Ce qu'il dit s'applique aussi \u00e0 Juda qui, \u00e0 son tour, va \u00eatre d\u00e9truit et dispers\u00e9.
Cette fois, Yahv\u00e9 parle comme un p\u00e8re \u00e0 son fils prodigue. Il rappelle \u00e0 son peuple ses p\u00e9ch\u00e9s pass\u00e9s qui le forcent \u00e0 punir, et il promet de faire revenir ses enfants dispers\u00e9s. De semblables promesses abondent dans les chapitres 40-55 du livre d'Isa\u00efe.

{N}31,{/}31: Ici, il faut souligner 31,31-34 o\u00f9 J\u00e9r\u00e9mie nous donne sa plus c\u00e9l\u00e8bre proph\u00e9tie. Au cours des jours sombres dont le peuple juif fait l'exp\u00e9rience, Dieu r\u00e9v\u00e8le, et J\u00e9r\u00e9mie annonce la nouvelle et \u00e9ternelle Alliance entre Dieu et son peuple.
Je ferai une alliance nouvelle. C'est donc que l'Alliance du Sina\u00ef qui faisait d'Isra\u00ebl le peuple de Dieu est d\u00e9pass\u00e9e ou insuffisante. Dieu s'\u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une famille (celle d'Abraham) qui \u00e9tait devenue un peuple sous la direction de Mo\u00efse. Et, apparemment, ses promesses s'adressaient davantage \u00e0 la communaut\u00e9 qu'\u00e0 des personnes particuli\u00e8res.
Comment comprendre ce que dit ici J\u00e9r\u00e9mie: "je ferai une alliance nouvelle "? Dieu serait-il infid\u00e8le \u00e0 sa promesse? Ne faut-il pas plut\u00f4t voir dans cette expression du proph\u00e8te l'originalit\u00e9 m\u00eame de l'Alliance que Dieu veut \u00e9tablir avec tous les hommes par le minist\u00e8re d'Isra\u00ebl. Cette nouveaut\u00e9 de l'Alliance c'est celle de l'amour de Dieu, car le v\u00e9ritable amour est toujours neuf. Fid\u00e8le, Dieu ne se laisse pas rebuter par nos infid\u00e9lit\u00e9s, et si son peuple a bris\u00e9 l'alliance, Lui mettra le comble \u00e0 son amour et \u00e0 sa fid\u00e9lit\u00e9 en transfigurant son Alliance par le don de son Fils, n\u00e9 de Lui et de Marie.
Une alliance qu'ils ont bris\u00e9e. En fait, cette alliance entre Yahv\u00e9 et Isra\u00ebl au Sina\u00ef a \u00e9chou\u00e9, par la faute d'Isra\u00ebl, et non par celle de Yahv\u00e9. Mais il ne s'agit plus de la renouveler comme Josu\u00e9, Samuel, Ez\u00e9quias et Josias l'ont fait tant de fois. Il ne s'agit pas non plus d'en conclure une autre, du m\u00eame genre que la premi\u00e8re, pour lier Dieu \u00e0 une famille ou \u00e0 une nation de la terre: l'homme est p\u00e9cheur et incapable de sortir de son p\u00e9ch\u00e9. De plus, il n'y a pas de lois, ou de solidarit\u00e9 humaine, ou de forme d'\u00e9ducation qui puisse communiquer la gr\u00e2ce de Dieu \u00e0 tous et maintenir un peuple dans la foi. Il n'y a pas de vrais croyants sans une acceptation personnelle de la v\u00e9rit\u00e9 divine. Le vrai peuple de Dieu ne se confondra avec aucun peuple de ce monde: il se formera \u00e0 partir de personnes ayant eu droit \u00e0 une nouvelle naissance.
Je mettrai ma Loi au dedans d'eux (33). J\u00e9r\u00e9mie conna\u00eet le secret de la nouvelle Alliance parce qu'il sait le changement qui s'est produit en lui quand Yahv\u00e9 l'a fait proph\u00e8te. C'est alors qu'il a d\u00e9couvert la relation intime avec Dieu, toute diff\u00e9rente des attitudes "religieuses", pour sinc\u00e8res qu'elles soient.
Voici l'alliance que je ferai avec Isra\u00ebl. J\u00e9r\u00e9mie annonce le jour o\u00f9 Yahv\u00e9 se r\u00e9v\u00e9lera \u00e0 tous les croyants comme il le fait avec ses grands proph\u00e8tes: La loi sera dans leurs coeurs et la main de Dieu les maintiendra sur le droit chemin, comme pour J\u00e9r\u00e9mie quand il doutait.
Je ne me souviendrai plus de leurs p\u00e9ch\u00e9s (34). La nouvelle Alliance se r\u00e9alisera par la mort du Christ sur la croix pour le pardon des p\u00e9ch\u00e9s. En c\u00e9l\u00e9brant la C\u00e8ne, J\u00e9sus dit: "Cette coupe est la nouvelle Alliance dans mon sang" (Lc 22,20). L'auteur de la Lettre aux H\u00e9breux va d\u00e9velopper le sens de cette nouvelle Alliance (voir He 8,8 et 10,16).
L'\u00e9vangile de Jean va pr\u00e9ciser le sens de: ils me conna\u00eetront tous: dans la foi chr\u00e9tienne, tout le monde ne re\u00e7oit pas des r\u00e9v\u00e9lations personnelles, mais le P\u00e8re nous conduit tous vers le Christ: en lui se trouvent tous les tr\u00e9sors de la connaissance et de la sagesse. Voir le commentaire de Is 54,13.
Peut-\u00eatre J\u00e9r\u00e9mie lui-m\u00eame n'a-t-il pas vu toutes les cons\u00e9quences de cette r\u00e9v\u00e9lation, mais il est certain qu'elle jette une lumi\u00e8re d\u00e9cisive sur l'histoire du peuple d'Isra\u00ebl. Nous comprenons que l'enseignement de Dieu, sa fa\u00e7on de conduire et d'instruire son peuple \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements \u00e9taient une p\u00e9dagogie, l'acheminement vers une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive qui ne serait donn\u00e9e que dans le Christ et gr\u00e2ce au don de l'Esprit.
On comprend que J\u00e9sus et les ap\u00f4tres aient fait si souvent appel au message des proph\u00e8tes pour justifier la r\u00e9volution de l'Evangile et la naissance de l'Eglise, \u00e0 partir du peuple Juif, mais sans plus d\u00e9pendre de son histoire nationale. Avec J\u00e9sus, l'Eglise avait conscience de renouer avec toute la tradition proph\u00e9tique.

{N}32,{/}1: Pendant le second si\u00e8cle, et avant la destruction de la ville, J\u00e9r\u00e9mie ach\u00e8te un champ comme pour prouver que la terre n'a pas perdu sa valeur: un jour la nation tomb\u00e9e se rel\u00e8vera. La fin du chapitre (32,37) semble renouveler pour Juda la promesse de nouvelle alliance donn\u00e9e \u00e0 Isra\u00ebl en 31,31. Mais la Nouvelle Alliance n'y est pas.

{N}34,{/}1: Ce chapitre r\u00e9unit deux \u00e9v\u00e9nements du second si\u00e8ge de J\u00e9rusalem.
[1-7]: J\u00e9r\u00e9mie invite S\u00e9d\u00e9cias \u00e0 se rendre aux Kald\u00e9ens comme Joiaqim l'avait fait pendant le premier si\u00e8ge. Ce dialogue se trouve aussi dans 21,1-7.

{N}34,{/}9: au sujet de la lib\u00e9ration des esclaves. La Bible ne tol\u00e8re pas qu'un membre du peuple de Dieu perde d\u00e9finitivement la libert\u00e9. Si, en raison de ses dettes, un homme doit se vendre et devenir le serviteur de son cr\u00e9ancier, cette situation ne doit pas durer plus de sept ans. Tous les sept ans on c\u00e9l\u00e8bre une ann\u00e9e sabbatique (voir Dt 15,12): cette ann\u00e9e-l\u00e0 les esclaves d'origine isra\u00e9lite doivent recouvrer leur libert\u00e9.
De fait, les lois sociales n'\u00e9taient gu\u00e8re respect\u00e9es \u00e0 l'\u00e9poque. Devant la menace du si\u00e8ge, les plus croyants parmi les gens de J\u00e9rusalem se rendent compte que la meilleure fa\u00e7on de s'attirer les b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu serait de respecter ces lois sociales et de lib\u00e9rer leurs esclaves.
Yahv\u00e9 se l\u00e8ve en faveur des opprim\u00e9s: il est pr\u00eat s'il le faut \u00e0 d\u00e9truire son propre pays pour punir ceux qui m\u00e9prisent ainsi leurs fr\u00e8res.

{N}36,{/}1: Les chapitres 36-44 pourraient s'intituler "les souffrances de J\u00e9r\u00e9mie": ce sont des aper\u00e7us sur le sort du proph\u00e8te pendant les si\u00e8ges de 598 et de 587 et apr\u00e8s la destruction de J\u00e9rusalem.
Nous sommes aux derni\u00e8res heures du royaume de Juda. Les \u00e9v\u00e9nements bri\u00e8vement rapport\u00e9s \u00e0 la fin du deuxi\u00e8me livre des Rois prennent un nouveau sens ici parce que quelqu'un les vit avec beaucoup de lucidit\u00e9. Au milieu d'un peuple qui souffre sans comprendre, J\u00e9r\u00e9mie conna\u00eet le plan de Dieu. Ce peuple qui ne croit pas et n'ob\u00e9it pas \u00e0 son Seigneur, doit perdre toutes ses illusions mat\u00e9rielles pour que les meilleurs de ses enfants parviennent \u00e0 une foi plus profonde.
N\u00e9anmoins, J\u00e9r\u00e9mie est accabl\u00e9 par le d\u00e9sastre de son peuple. Apr\u00e8s avoir souffert \u00e0 cause de lui, il souffre maintenant avec lui et devient l'image du Christ, l'homme de souffrances.
Baruch fils de N\u00e9riyya, \u00e9tait le secr\u00e9taire du roi, secr\u00e9taire aussi de J\u00e9r\u00e9mie (36,26) et il est peut-\u00eatre l'auteur de ces chapitres.
36: l'\u00e9pisode du rouleau br\u00fbl\u00e9 se place durant le premier si\u00e8ge. N'oublions pas qu'\u00e0 l'\u00e9poque on \u00e9crivait sur des bandes de parchemin, des peaux de mouton que l'on enroulait.
37: S\u00e9d\u00e9cias a un certain respect pour J\u00e9r\u00e9mie. Mais, en fait, il est \u00e0 la merci de ses fonctionnaires. Ici, comme dans la passion du Christ, les gouvernants ne dirigent pas mais se laissent mener par la majorit\u00e9.
{C}JEREMIE ETAIT-IL UN TRAITRE?{/}
Comme l'attitude de J\u00e9r\u00e9mie est \u00e9trange dans cette guerre o\u00f9 les Juifs d\u00e9fendent leur ind\u00e9pendance jusqu'\u00e0 la mort! J\u00e9r\u00e9mie menace ses compatriotes, et non pas les Kald\u00e9ens en qui il voit l'instrument de Dieu. J\u00e9r\u00e9mie conseille de se rendre et de se soumettre \u00e0 la puissance ennemie. Il va jusqu'\u00e0 inviter les Juifs exil\u00e9s \u00e0 travailler \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de leurs conqu\u00e9rants.
Et nous ne pouvons pas dire qu'il s'agit d'erreurs de la part du proph\u00e8te puisque son attitude est ins\u00e9parable de son message. Deux raisons expliquent la position de J\u00e9r\u00e9mie:
-_D'une part, les nationalistes juifs ne savent pas ce que Dieu veut faire avec Isra\u00ebl dans l'avenir. Ils ne voient que la d\u00e9faite et la servitude, et ils pr\u00e9f\u00e8rent lutter jusqu'\u00e0 la mort. J\u00e9r\u00e9mie, par contre, conna\u00eet l'avenir extraordinaire que Yahv\u00e9 r\u00e9serve \u00e0 Isra\u00ebl. Isra\u00ebl porte l'espoir du monde futur et ne doit donc pas dispara\u00eetre dans un combat sans espoir.
-_D'autre part, les dirigeants juifs ne regardent qu'aux apparences de la libert\u00e9 et du patriotisme. Il leur semble que tout est perdu s'ils se soumettent \u00e0 une autorit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re. J\u00e9r\u00e9mie au contraire voit le coeur des hommes. Etre Juif signifie pr\u00e9server l'id\u00e9al et la raison de vivre d'Isra\u00ebl; \u00eatre libre signifie ne servir que Yahv\u00e9. Donc, pour J\u00e9r\u00e9mie, l'important est que ses compatriotes ne se laissent pas contaminer par les dieux et les fausses valeurs des Kald\u00e9ens: en comparaison, la soumission \u00e0 un ma\u00eetre kald\u00e9en est un moindre mal. D'ailleurs, J\u00e9r\u00e9mie partage les id\u00e9es exprim\u00e9es dans le livre des Juges en particulier: si les Isra\u00e9lites pr\u00e9servent leur foi et observent la Loi, t\u00f4t ou tard ils retrouveront leur ind\u00e9pendance et reviendront dans leur patrie. En termes modernes, la pens\u00e9e de J\u00e9r\u00e9mie pourrait se r\u00e9sumer ainsi:
-_Ne pas s'ent\u00eater \u00e0 lutter pour des causes ou des institutions qui ne correspondent plus \u00e0 un monde ayant connu des changements irr\u00e9versibles et dans lequel Dieu nous appelle \u00e0 une mission diff\u00e9rente.
-_Savoir que la v\u00e9ritable ind\u00e9pendance d'un peuple est son ind\u00e9pendance morale et culturelle. Il serait tragique que ses enfants, \u00e9blouis par un mode de vie \u00e9tranger, sacrifient leurs valeurs morales traditionnelles pour adopter une culture et des m\u00e9thodes de d\u00e9veloppement impos\u00e9es du dehors.

{N}39,{/}15: Comme J\u00e9sus dans sa passion, J\u00e9r\u00e9mie a quelque chose \u00e0 donner \u00e0 ceux qui lui ont manifest\u00e9 leur compassion.

{N}40,{/}7: Les Kald\u00e9ens ont fait de Juda une province de leur empire et ils ont nomm\u00e9 un Juif, Godolias, comme gouverneur. Il appartenait \u00e0 la famille de Chaph\u00e2n qui avait toujours favoris\u00e9 J\u00e9r\u00e9mie. Le parti de la r\u00e9sistance assassine Godolias et n'y gagne qu'une nouvelle dispersion des Juifs.
Les chapitres 42-44 nous montrent J\u00e9r\u00e9mie luttant contre son peuple pour la derni\u00e8re fois. Aucune des factions n'\u00e9coute le proph\u00e8te. Les partisans de la r\u00e9sistance aux Kald\u00e9ens, comme ceux qui sont pour la soumission, ne font que leurs caprices et refusent d'ob\u00e9ir \u00e0 Yahv\u00e9.

{N}46,{/}1: Dans le livre de J\u00e9r\u00e9mie, comme chez les autres proph\u00e8tes, nous trouvons des proph\u00e9ties contre les nations \u00e9trang\u00e8res. Les proph\u00e8tes vivaient \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9termin\u00e9e et ils avaient pour mission d'\u00e9veiller une nouvelle race d'hommes, plus lucides, plus responsables, plus int\u00e9rioris\u00e9s dans leur foi, au milieu d'un monde qui s'\u00e9croulait. Les civilisations d'Egypte et de Babylone paralysaient ces peuples et ne leur permettaient pas de d\u00e9couvrir de nouvelles valeurs: l'individualisme des petites nations les menaient \u00e0 la disparition. Ce n'\u00e9tait pas seulement Isra\u00ebl qui devait passer par la mort, mais tous les peuples; cependant, seul Isra\u00ebl devait ressusciter pour un plus grand destin.
Il faut reconna\u00eetre que beaucoup de ces oracles sont des po\u00e9sies populaires, faites "apr\u00e8s l'\u00e9v\u00e9nement", qu'on a gliss\u00e9es dans les livres des proph\u00e8tes. On les retrouve ailleurs presque identiques.

{N}50,{/}1: Les chapitres 50 et 51 contiennent divers oracles contre Babylone qui furent plus tard rassembl\u00e9s et plac\u00e9s ici sous le nom de J\u00e9r\u00e9mie.
Tu \u00e9tais mon marteau (51,20). Un si\u00e8cle plus t\u00f4t Isa\u00efe voyait dans l'Assyrie le b\u00e2ton avec lequel Dieu punirait les nations. Mais l'Assyrie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par Babylone qui devient le marteau dont Yahv\u00e9 se sert pour frapper les nations. Apr\u00e8s avoir accompli la volont\u00e9 de Dieu contre Juda, Babylone ira \u00e0 sa perte: cinquante ans plus tard elle sera d\u00e9truite par les Perses.
J\u00e9r\u00e9mie nous invite \u00e0 ne pas avoir peur des grandes puissances de notre monde. Tout au long de l'histoire de grandes nations sont sorties de l'ombre pour ravager la chr\u00e9tient\u00e9 install\u00e9e et endormie: r\u00e9volutions et pers\u00e9cutions ont d\u00e9truit les fragiles structures dans lesquelles les chr\u00e9tiens avaient mis leur confiance. Mais, que passe une g\u00e9n\u00e9ration, ou deux, un autre g\u00e9ant surgit et engloutit le premier, tandis que l'Eglise qui semblait d\u00e9pouill\u00e9e et appauvrie, se rel\u00e8ve avec de nouvelles forces.
Quand nous terminons de lire J\u00e9r\u00e9mie, nous pouvons lire le chapitre 40 d'Isa\u00efe: la petite nation de Juda revivra, tandis que les grands empires d'Assyrie et de Babylone ne laisseront que des ruines.

