{N}2,{/}1: La fin d'Elie est un dernier t\u00e9moignage au Dieu vivant qui donne la vie aux hommes.
Elie, proph\u00e8te solitaire, semble vivre \u00e0 part, loin de toute corruption humaine. C'est pourquoi Dieu ne le laisse pas mourir comme le reste des hommes. Comme Mo\u00efse, dont "personne n'a jamais connu l'emplacement de la tombe"(Dt 34,6), Elie, lui aussi, semblera d'une certaine fa\u00e7on \u00e9chapper \u00e0 la mort; or ce sont ces "deux colonnes" de l'Ancienne Alliance, Mo\u00efse et Elie qui entoureront J\u00e9sus lors de sa Transfiguration. Rien, pas m\u00eame la mort, ne vaincra celui qui br\u00fblait d'un amour passionn\u00e9 pour Yahv\u00e9, son Dieu, et qui n'a lutt\u00e9 que pour lui.
Yahv\u00e9 fit monter Elie au ciel dans un tourbillon. Quand l'Ecriture dit qu'Elie a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 au ciel, nous ne devons pas insister sur l'image de "monter" (comme pour l'Ascension de J\u00e9sus). Les gens de ces temps-l\u00e0 croyaient que Dieu \u00e9tait en haut et Dieu, qui s'adresse aux gens de tous les temps selon les formes de leur culture, voulait qu'Elie disparaisse d'une mani\u00e8re visible, comme s'il \u00e9tait enlev\u00e9 au ciel.
Mon p\u00e8re! Char d'Isra\u00ebl et ses cavaliers! (11) L'exclamation d'Elis\u00e9e s'explique par le pass\u00e9 d'Isra\u00ebl. Face \u00e0 leurs ennemis canan\u00e9ens avec leurs chars de guerre et leurs chevaux, les Isra\u00e9lites, mal \u00e9quip\u00e9s, pla\u00e7aient leur confiance en Yahv\u00e9 qui \u00e9tait leur seule force et qui devenait pour eux, chars et chevaux tout \u00e0 la fois. Elis\u00e9e voit dispara\u00eetre cet homme, symbole vivant de la pr\u00e9sence et de la force de Dieu en Isra\u00ebl.
L'\u00e9trange disparition d'Elie encouragera les Juifs qui attendent un retour triomphant de Yahv\u00e9 \u00e0 l'aube du Royaume d\u00e9finitif. Chez eux se d\u00e9veloppera la conviction qu'Elie doit revenir pr\u00e9parer l'av\u00e8nement du Seigneur (voir Si 48,1; Ml 3,32). Voir ce que J\u00e9sus dit \u00e0 ce sujet (Mc 9,12).
La Bible nous laisse dans l'ignorance sur le sort d'Elie apr\u00e8s sa mort. Elle pr\u00e9pare ainsi la proclamation de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus et la foi de l'Eglise en l'assomption de Marie, sa m\u00e8re.

{N}2,{/}19: De tous les personnages de la Bible, Elis\u00e9e est celui qui appara\u00eet comme l'homme des miracles, mais il n'est pas pour autant consid\u00e9r\u00e9 comme plus grand. Il vit parmi les fr\u00e8res proph\u00e8tes, (la bible dit: "fils de proph\u00e8tes.") Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de ces hommes pauvres, \u00e0 la foi quelque peu fanatique, qui vivent en communaut\u00e9 avec leurs femmes et leurs enfants. Ils aideront Elis\u00e9e dans sa mission (voir 1S 19,18).
Elis\u00e9e re\u00e7oit l'esprit d'Elie et continue sa mission. Plusieurs de ses miracles sont racont\u00e9s dans les chapitres suivants. Certains d'entre eux ont \u00e9t\u00e9 grossis ou d\u00e9form\u00e9s par la tradition populaire afin de donner une le\u00e7on (comme dans le cas des quarante-deux enfants d\u00e9chir\u00e9s par l'ourse!).

{N}4,{/}1: Ici commence une s\u00e9rie de miracles d'Elis\u00e9e.
Parmi les proph\u00e8tes d'Isra\u00ebl, Elis\u00e9e est l'un des plus proches des pauvres et des marginalis\u00e9s de son temps. C'est au milieu d'eux et en leur faveur qu'il a fait la plupart de ses miracles. C'est sans doute pour cela que les r\u00e9cits qui nous les ont transmis gardent encore cette saveur, ce pittoresque avec lesquels les premiers t\u00e9moins, ces pauvres et ces marginalis\u00e9s, les ont racont\u00e9s. Si la l\u00e9gende ici prend facilement le pas sur l'histoire, ces textes nous disent cependant comment ces gens simples ont su reconna\u00eetre le pouvoir que Dieu avait donn\u00e9 \u00e0 son proph\u00e8te pour leur apporter aide et soulagement. Sous cet aspect, J\u00e9sus ne serait pas diff\u00e9rent d'Elis\u00e9e.

{N}4,{/}8: Tous les \u00e9l\u00e9ments de la trag\u00e9die humaine sont r\u00e9unis ici: l'esp\u00e9rance, une vie heureuse, la mort, le coeur angoiss\u00e9 d'une m\u00e8re qui ne se r\u00e9signe pas \u00e0 la mort du fils de ses entrailles, son appel d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u00e0 l'homme de Dieu.
Nous devons m\u00e9diter sur cette \u00e9mouvante r\u00e9surrection par Elis\u00e9e: bouche \u00e0 bouche, ses yeux contre ses yeux, ses mains contre ses mains pour lui communiquer sa chaleur et lui rendre la vie. C'est une image exceptionnellement concr\u00e8te de ce que le Christ op\u00e8re en nous quand ils nous ressuscite et nous remplit de sa vie \u00e0 son contact. Comme St Patrick, plein d'enthousiasme, avait coutume de le dire dans ses voyages missionnaires: "Le Christ devant moi, le Christ derri\u00e8re moi, le Christ \u00e0 ma gauche, le Christ \u00e0 ma droite, le Christ en moi, le Christ au-dessus de moi."

{N}4,{/}42: Il faudrait comparer cette multiplication des pains avec les deux multiplications de J\u00e9sus. On les raconte \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame mani\u00e8re et, pourtant, leur sens est bien diff\u00e9rent (voir surtout Jean 6).

{N}5,{/}1: La gu\u00e9rison de Naaman occupe une place sp\u00e9ciale parmi les miracles d'Elis\u00e9e. Il est facile d'y d\u00e9couvrir une image anticip\u00e9e du bapt\u00eame qui nous purifie du p\u00e9ch\u00e9.
Bien que Naaman soit un g\u00e9n\u00e9ral renomm\u00e9, il ne peut rien contre la l\u00e8pre. Il d\u00e9sire la gu\u00e9rison et on lui offre un espoir: de tels miracles se produisent en Isra\u00ebl.
La jeune fille dit \u00e0 sa ma\u00eetresse (2). Tout commence par une parole de cette jeune esclave de Naaman. De m\u00eame maintenant, le plus modeste des croyants a de nombreuses occasions de dire ou de faire quelque chose de petit en apparence et qui conduira pourtant \u00e0 un r\u00e9sultat tr\u00e8s grand aux yeux de Dieu: conduire et guider vers l'Eglise ceux qui cherchent la gu\u00e9rison et le salut. La Bonne Nouvelle n'est pas seulement communiqu\u00e9e et r\u00e9pandue par l'oeuvre des grands ap\u00f4tres.
Dans l'Evangile (Lc 4,27) J\u00e9sus signale la gu\u00e9rison de cet \u00e9tranger, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celle de tous les l\u00e9preux en Isra\u00ebl, comme preuve que Dieu s'int\u00e9resse \u00e0 tout le monde et pas seulement \u00e0 ceux qui sont officiellement ses fid\u00e8les: n'oublions pas en effet que Naaman est du pays d'Aram, l'ennemi d'Isra\u00ebl.
Elis\u00e9e envoya un messager (10). Aux yeux du proph\u00e8te le grand g\u00e9n\u00e9ral ne compte pas plus que n'importe quel autre. Il ne recevra pas une attention sp\u00e9ciale dans une consultation priv\u00e9e. Il n'\u00e9tait pas descendu de son char, Elis\u00e9e ne sort pas non plus pour le saluer.
Va te baigner. Naaman s'attendait \u00e0 quelque chose de "magique", des gestes ou des paroles dot\u00e9s de la puissance divine. Mais sa gu\u00e9rison viendra du simple contact avec les eaux du fleuve qui traverse la terre de Dieu. Isra\u00ebl est une toute petite nation, mais des richesses de Dieu y sont cach\u00e9es.
Si le proph\u00e8te t'avait demand\u00e9 quelque chose de difficile, tu l'aurais fait? (13) Elis\u00e9e ne demande rien d'extraordinaire, seulement l'ob\u00e9issance. J\u00e9sus fera la m\u00eame chose (Jn 4,46). Nous passons souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Royaume parce que nous voulons faire de grands efforts au lieu des choses simples que Dieu nous demande.
La gu\u00e9rison est gratuite. Le fabuleux tr\u00e9sor que Naaman avait amen\u00e9 ne sert \u00e0 rien. Yahv\u00e9 donne et ne se fait pas payer. Tout ce qu'il nous demande si nous d\u00e9couvrons son amour mis\u00e9ricordieux, c'est de lui rendre la m\u00eame monnaie.
Je me prosterne dans le temple de Rimmon (18). Naaman sait maintenant qu'il n'existe pas d'autre Dieu que le Dieu d'Isra\u00ebl. Mais il ne peut pas abandonner le monde qu'il habite, o\u00f9 d'autres dieux sont honor\u00e9s. La r\u00e9ponse d'Elis\u00e9e montre que Dieu comprend la situation.
La m\u00eame compr\u00e9hension pour les hommes de bonne volont\u00e9 qui suivent d'autres religions s'exprime  dans certains textes de la Gen\u00e8se et de l'Exode \u00e9crits pr\u00e9cis\u00e9ment par des proph\u00e8tes proches de ceux qui entouraient Elis\u00e9e (voir Gn 20,1-7 et Ex 18,1-20).
Naaman repr\u00e9sente l'homme de bonne volont\u00e9 afflig\u00e9 de cette maladie incurable qu'est le p\u00e9ch\u00e9 et qui vient demander la sant\u00e9 \u00e0 l'Eglise. Il vient \u00e0 l'Eglise de tr\u00e8s loin parce qu'il y a d\u00e9couvert une source de vie cach\u00e9e. L'eau du bapt\u00eame n'agit pas d'elle-m\u00eame: son efficacit\u00e9 vient du fait que par elle nous nous int\u00e9grons au peuple du Christ, l'Eglise.

{N}6,{/}8: Nous mettons en relief ce r\u00e9cit, embelli par la l\u00e9gende, qui nous montre les interventions d'Elis\u00e9e dans la vie nationale. Elis\u00e9e a re\u00e7u la mission de remplacer aussi bien le roi d'Isra\u00ebl, Joram, responsable de l'infid\u00e9lit\u00e9 de son peuple, que le roi d'Aram, Ben-Hadad; ils seront assassin\u00e9s peu apr\u00e8s.
Les proph\u00e8tes d'Isra\u00ebl sont des messagers de Dieu, charg\u00e9s par lui du salut d'Isra\u00ebl. Ce salut ne veut pas simplement dire comme bien des gens le croient que notre \u00e2me ira au ciel. C'est toute la conscience d'un peuple qui doit s'ouvrir \u00e0 une appr\u00e9ciation plus vraie de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. Tout comme l'humanit\u00e9 qui nous entoure, le peuple d'Isra\u00ebl ne pouvait parvenir \u00e0 la maturit\u00e9 sans une longue exp\u00e9rience de la violence et du mensonge, en m\u00eame temps que des rem\u00e8des qui permettent d'en venir \u00e0 bout.
Donne-leur du pain et de l'eau (22): geste proph\u00e9tique: triompher du mal par le bien.
Ouvre-lui les yeux... Rends-les aveugles (17, 18, 20). Ces paroles expriment le contraste entre ceux qui voient la situation comme Dieu la voit et ceux qui se perdent dans leur propre sagesse. Nous perdons beaucoup de temps, paralys\u00e9s que nous sommes par nos craintes, au lieu de nous d\u00e9cider \u00e0 risquer et \u00e0 aller de l'avant, confiant que Dieu ne nous abandonnera pas!
Que Dieu me maudisse si la t\u00eate d'Elis\u00e9e reste aujourd'hui sur ses \u00e9paules (31). Ces paroles du roi semblent indiquer qu'Elis\u00e9e avait encourag\u00e9 la r\u00e9sistance aux Aram\u00e9ens tandis que les dirigeants n'osaient pas le faire. Si les proph\u00e8tes, qui \u00e9taient dans leur temps t\u00e9moins de la justice de Dieu, n'ont pas eu peur de prendre leurs responsabilit\u00e9s dans les probl\u00e8mes nationaux, comment les chr\u00e9tiens, proph\u00e8tes de Dieu aujourd'hui, seraient-ils absents de la vie politique de leur temps?

{N}9,{/}1: Alors que les descendants de David continuent \u00e0 r\u00e9gner sur Juda, les coups d'\u00e9tat se succ\u00e8dent en Isra\u00ebl. C'est Elis\u00e9e qui ordonne "l'onction" de J\u00e9hu: il est consacr\u00e9 comme roi par cette onction d'huile.

{N}9,{/}30: J\u00e9hu ne sera qu'un bon militaire. Il ne semble m\u00eame pas avoir eu beaucoup de succ\u00e8s dans ses guerres: il a perdu la province de Galaad, \u00e0 l'est du Jourdain.
Mais c'\u00e9tait un vrai fid\u00e8le de Yahv\u00e9 (voir 10,22); c'est lui qui \u00e9limina les religions \u00e9trang\u00e8res introduites par J\u00e9zabel, comme les proph\u00e8tes le demandaient.
J\u00e9zabel est mise \u00e0 mort: elle restera l'exemple de la femme impie qui assassine les serviteurs de Yahv\u00e9 (voir Ap 2,20).

{N}11,{/}1: Athalie \u00e9tait la fille d'Akab et de J\u00e9zabel. Quand son fils Okozias, roi de Juda, meurt, elle pense s'emparer du royaume en tuant tous ses petits-enfants. Le succ\u00e8s d'Athalie aurait signifi\u00e9 la fin des descendants de David, c'est-\u00e0-dire l'\u00e9chec des promesses de Dieu. Joas \u00e9chappe \u00e0 la mort dans des circonstances miraculeuses. Six ans plus tard, le chef des pr\u00eatres pr\u00e9pare un complot avec l'aide du "peuple du pays", c'est-\u00e0-dire, des hommes libres qui ont tous les droits de citoyens (versets 14, 18, 19...). Eux \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la famille de David.
L'histoire nous montre \u00e0 plusieurs reprises que c'est le peuple qui pr\u00e9serve la foi quand les autorit\u00e9s ne le font pas. Ainsi, au quatri\u00e8me si\u00e8cle ap. J.C., beaucoup d'\u00e9v\u00eaques soutenus par l'empereur romain accept\u00e8rent les erreurs d'Arius, qui niait la divinit\u00e9 du Christ. Dans une Eglise o\u00f9 l'autorit\u00e9 vient d'en-haut, mais o\u00f9 de fait l'empereur nommait les \u00e9v\u00eaques, la situation semblait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e malgr\u00e9 le courage de quelques grands \u00e9v\u00eaques comme Saint Hilaire et Saint Athanase. C'est la r\u00e9sistance du peuple chr\u00e9tien qui assura la victoire de la foi.
Le grand pr\u00eatre r\u00e9tablit l'enfant roi et se fait son tuteur. On signe un accord suivant lequel le peuple et le roi s'engagent \u00e0 \u00eatre fid\u00e8les \u00e0 l'Alliance de Yahv\u00e9.

{N}12,{/}1: Les six chapitres suivants racontent l'histoire des royaumes d'Isra\u00ebl et de Juda, \u00e0 partir de Joas jusqu'\u00e0 la destruction du royaume du nord, en 721 av. J.C., ce qui repr\u00e9sente une p\u00e9riode de plus de cent ans.
A J\u00e9rusalem, capitale de Juda, il n'y a que quatre rois et les deux premiers r\u00e8gnent chacun pendant quarante ans.
En Isra\u00ebl, les descendants de J\u00e9hu connaissent au d\u00e9but bien des revers, mais le troisi\u00e8me, J\u00e9roboam II, rel\u00e8vera la nation gr\u00e2ce \u00e0 ses victoires. Pendant ce temps, les puissants rois d'Assyrie \u00e9tendent leurs conqu\u00eates: leurs arm\u00e9es viendront bient\u00f4t menacer Isra\u00ebl.

{N}14,{/}23: La Bible ne consacre qu'un seul paragraphe \u00e0 J\u00e9roboam II, roi d'Isra\u00ebl (783-743 av. J.C.) bien qu'il ait r\u00e9tabli la grandeur et la prosp\u00e9rit\u00e9 du royaume.
L'auteur voit dans les victoires de J\u00e9roboam une derni\u00e8re gr\u00e2ce de Dieu envers son peuple humili\u00e9. Cette prosp\u00e9rit\u00e9 pourtant entra\u00eene l'exploitation du peuple. C'est l'\u00e9poque o\u00f9 les proph\u00e8tes Os\u00e9e et Amos d\u00e9clarent - devant l'incr\u00e9dulit\u00e9 de tous - que cette prosp\u00e9rit\u00e9 sera de courte dur\u00e9e parce qu'elle n'est pas fond\u00e9e sur la justice. A la mort de J\u00e9roboam, le royaume de Samarie est proche de sa fin.
La division religieuse continue et les Isra\u00e9lites du nord, isol\u00e9s du centre religieux de J\u00e9rusalem, ne parviennent pas \u00e0 pr\u00e9server leur foi quand ils subissent plus fortement les influences pa\u00efennes.

{N}15,{/}8: C'est la chute du royaume du nord. Samarie est prise en 721 av. J.C. La population est d\u00e9port\u00e9e \u00e0 l'autre extr\u00e9mit\u00e9 de l'empire assyrien, et des habitants de ces lointaines provinces sont install\u00e9s dans les campagnes de Samarie. Telle \u00e9tait la coutume des conqu\u00e9rants assyriens: d\u00e9placer et m\u00e9langer les populations pour \u00e9viter toute r\u00e9volte.
A partir de ce moment-l\u00e0, les Samaritains, ou Isra\u00e9lites du nord, seront un peuple m\u00e9lang\u00e9 du point de vue racial et religieux, et les Isra\u00e9lites de Juda ne les consid\u00e9reront jamais plus comme \u00e9gaux. Sept si\u00e8cles apr\u00e8s, \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus, les Samaritains seront les voisins qu'il faut \u00e9viter parce qu'il y a plus de m\u00e9fiance que de souvenirs communs.
C'est ainsi que le plus important des royaumes provenant de David et de Salomon dispara\u00eet deux si\u00e8cles apr\u00e8s la mort de Salomon. Mais les Juifs garderont l'esp\u00e9rance: quand le Messie viendra, il r\u00e9unira Juda et Isra\u00ebl et rappellera tous ceux qui sont dispers\u00e9s parmi les nations (voir Ez 37,15).

{N}17,{/}7: Le royaume d'Isra\u00ebl a disparu avec la prise de Samarie par les Assyriens: il \u00e9tait trop petit et trop isol\u00e9 pour r\u00e9sister \u00e0 son puissant voisin. Cependant, la Bible nous fait d\u00e9couvrir la cause profonde de ce d\u00e9sastre: ils avaient trahi Yahv\u00e9, leur Dieu.
Car Dieu n'abandonne jamais les personnes et les institutions auxquelles il a confi\u00e9 une mission. Isra\u00ebl avait \u00e9t\u00e9 choisi pour servir Dieu, mais comme il ne le servait plus, il devait \u00eatre d\u00e9truit.
Ils se mirent au service de sales idoles (12). Bien que le sens \u00e9tymologique de "idole" soit  "image", l'idole est pour les proph\u00e8tes ce qui prend la place du Dieu unique dans nos coeurs et dans nos vies. Parce qu'il est le Dieu vivant, il donne la vie \u00e0 ceux qui le servent. Au contraire les sales idoles apportent aux nations qui les acceptent maladies et corruption.
Isra\u00ebl \u00e9tait une petite nation moins avanc\u00e9e que les nations voisines. Les idoles \u00e9taient le symbole et l'instrument d'une culture \u00e9trang\u00e8re et ali\u00e9nante. Avec les idoles canan\u00e9ennes et assyriennes, Isra\u00ebl importait le culte du sexe, de la cupidit\u00e9 et de la violence. Il oubliait sa mission et perdait la soif de justice qui \u00e9tait son h\u00e9ritage.
Il en est de m\u00eame aujourd'hui quand les hommes deviennent esclaves des idoles d'une soci\u00e9t\u00e9 de consommation... Quand les familles sont esclaves de la t\u00e9l\u00e9vision, qu'elles regardent religieusement les jeux d'argent, les programmes \u00e9rotiques et tout ce qui a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 pour elles par cette soci\u00e9t\u00e9 de consommation, elles deviennent incapables de construire leur propre vie \u00e0 partir de leur propre r\u00e9alit\u00e9. Alors, construire une nation dans la justice n'est plus qu'un beau r\u00eave.
Ils s'attach\u00e8rent \u00e0 des idoles inutiles et devinrent eux-m\u00eames inutiles (15). J\u00e9r\u00e9mie dira aussi: "Parce qu'ils ont servi des dieux \u00e9trangers, j'en ferai des esclaves dans des pays \u00e9trangers" (Jr 16,13). Voir aussi Jg 3,7; Rm 1,24.

{N}17,{/}24: Les \u00e9trangers que l'on am\u00e8ne en Samarie rencontrent des difficult\u00e9s qui \u00e9veillent en eux une certaine inqui\u00e9tude religieuse: "Le dieu de ce pays nous en veut sans doute parce que nous ne lui offrons pas de sacrifices?
Face \u00e0 cette crainte de gens fonci\u00e8rement religieux, mais ignorant le Dieu qui a parl\u00e9, l'auteur souligne les exigences de la foi:
-_il ne suffit pas d'honorer le Seigneur tout en servant d'autres dieux. Lui seul est Dieu et il nous demande de d\u00e9truire tous les dieux que nous nous sommes fabriqu\u00e9s.
-_il ne suffit pas d'offrir des sacrifices au Seigneur: nous devons faire sa volont\u00e9.

{N}18,{/}1: Ici commence la derni\u00e8re partie du livre des Rois: l'histoire du royaume de Juda. La chute de Samarie et la disparition du royaume du nord am\u00e8nent un renouveau religieux dans le sud.

{N}18,{/}3: Ez\u00e9quias fit ce qui est juste au regard de Yahv\u00e9. C'est l'\u00e9poque o\u00f9 le proph\u00e8te Isa\u00efe est pr\u00e8s du jeune roi Ez\u00e9quias (716-687 av. J.C..) Ez\u00e9quias se consacre \u00e0 promouvoir la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Yahv\u00e9.

{N}18,{/}4: Il fit dispara\u00eetre les Hauts-Lieux. Nous remarquons les efforts des rois de Juda pour que le seul centre du culte soit le Temple de J\u00e9rusalem. Dans les nombreux sanctuaires ruraux, le peuple offrait ses sacrifices \u00e0 Yahv\u00e9 dans des conditions telles que bien des coutumes pa\u00efennes s'y m\u00ealaient. Afin de r\u00e9former la religion, Ez\u00e9quias \u00e9tablit le monopole du Temple de J\u00e9rusalem, avec ses pr\u00eatres mieux form\u00e9s et ses l\u00e9vites qui veillent \u00e0 la puret\u00e9 de la foi.
Pour ce qui concerne le serpent de bronze qu'Ez\u00e9quias d\u00e9truisit, voir Nb 21,3.
Il est certain aussi que de nombreux l\u00e9vites arriv\u00e8rent du nord pendant les derniers jours de Samarie et se r\u00e9fugi\u00e8rent \u00e0 J\u00e9rusalem. Quelques-uns d'entre eux avaient apport\u00e9 avec eux des livres sacr\u00e9s o\u00f9 l'on gardait d'anciennes traditions sur le pass\u00e9 de Mo\u00efse et d'Isra\u00ebl. Cette contribution allait \u00eatre importante, tant pour la r\u00e9daction du Deut\u00e9ronome que pour la r\u00e9forme de Josias un si\u00e8cle plus tard (2R 22).
En 701 av. J.C. Sennak\u00e9rib fait le si\u00e8ge de J\u00e9rusalem et Ez\u00e9quias doit payer une forte ran\u00e7on pour l'\u00e9loigner.
Au cours des ann\u00e9es 70l-691 Sennak\u00e9rib, roi d'Assyrie, vient soumettre Juda. Encourag\u00e9 par Isa\u00efe, le roi Ez\u00e9quias r\u00e9siste \u00e0 l'ennemi et nous avons la c\u00e9l\u00e8bre lib\u00e9ration miraculeuse de J\u00e9rusalem. A vrai dire, il y a deux r\u00e9cits qui correspondent peut-\u00eatre \u00e0 deux lib\u00e9rations des invasions assyriennes.

{N}18,{/}13: En 701 le roi d'Assyrie envoie ses g\u00e9n\u00e9raux de Lakish pour exiger que le roi Ez\u00e9quias se rende. Mais il est oblig\u00e9 de retourner chez lui et ne peut ex\u00e9cuter ses menaces. Ce r\u00e9cit commence avec 18,17 et se termine \u00e0 19,36-37.
Une autre intervention a lieu en 690 et le r\u00e9cit se trouve en 19,9-35. Cette fois, l'ange de Yahv\u00e9 sortit et frappa cent quatre-vingt-cinq mille soldats dans le camp. H\u00e9rodote, le c\u00e9l\u00e8bre historien grec, raconte la subite destruction de cette arm\u00e9e par une \u00e9pid\u00e9mie de peste. Un \u00e9v\u00e9nement tout \u00e0 fait naturel! Et pourtant, juste au moment o\u00f9 la ville sainte est sur le point de tomber et que les promesses de Dieu semblent \u00e9chouer, quelques rats portent le virus mortel: l'auteur biblique ne se trompe pas quand il y voit la manifestation de Dieu. J\u00e9rusalem sera lib\u00e9r\u00e9e comme l'avait pr\u00e9dit Isa\u00efe.
Ces deux chapitres sont reproduits presque textuellement dans le livre d'Isa\u00efe, ch. 36-37. Nous soulignons ici le r\u00e9cit de la premi\u00e8re lib\u00e9ration, et dans Isa\u00efe 37, l'autre r\u00e9cit.
Faites la paix avec moi et rendez-vous (18,31). Le roi assyrien propose la paix \u00e0 condition que le peuple soit d\u00e9port\u00e9. Pour les Juifs, ce serait la perte de leur vie nationale et religieuse s'ils \u00e9taient dispers\u00e9s dans d'autres pays. Cela voudrait dire aussi que les descendants de David sont priv\u00e9s du pouvoir et, d'apr\u00e8s la mentalit\u00e9 de l'\u00e9poque, que Yahv\u00e9 a \u00e9t\u00e9 vaincu par les dieux du vainqueur. Un tel d\u00e9sastre surviendra, de fait, un si\u00e8cle et demi plus tard, mais pour l'heure le peuple n'est pas m\u00fbr, et c'est pourquoi Dieu va intervenir.
Dieu ne peut pas \u00e9chouer si nous ne nous lassons pas d'esp\u00e9rer en lui. Contre tout espoir humain, J\u00e9rusalem demeurera intacte. C'est l'image du dirigeant que l'on veut d\u00e9poser \u00e0 cause de son honn\u00eatet\u00e9 et qui reste; ou de l'\u00e9tudiant qui reste ferme quand tous autour de lui se moquent de sa foi; ou des jeunes qui restent purs dans une culture sans moralit\u00e9; ou encore de l'Eglise r\u00e9duite \u00e0 quelques fid\u00e8les, apparemment vaincue par les forces politiques et le r\u00e8gne de l'argent, et cependant victorieuse.

{N}21,{/}1: La d\u00e9livrance miraculeuse de J\u00e9rusalem n'a pas chang\u00e9 le cours des \u00e9v\u00e9nements. D\u00e8s la fin du r\u00e8gne d'Ez\u00e9quias le royaume de Juda est totalement soumis \u00e0 la puissance assyrienne. Cela explique en partie pourquoi Manass\u00e9, le fils d'Ez\u00e9quias, commence \u00e0 r\u00e9primer le culte de Yahv\u00e9, qui est l'\u00e2me de la r\u00e9sistance jud\u00e9enne aux puissances \u00e9trang\u00e8res. Manass\u00e9 pers\u00e9cute les fid\u00e8les et encourage les cultes pa\u00efens comme J\u00e9zabel l'avait fait en Isra\u00ebl un si\u00e8cle auparavant. La trahison de l'Alliance est telle, qu'apr\u00e8s la mort de Manass\u00e9 les proph\u00e8tes le rendront responsable de la chute de J\u00e9rusalem.
Cette tragique exp\u00e9rience du peuple de Dieu n'\u00e9tonnera pas les croyants; plus d'une fois nous avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9concert\u00e9s en voyant comment des faveurs que nous avions demand\u00e9es \u00e0 Dieu et qu'il nous avait accord\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 suivies d'\u00e9checs, de souffrances et de chutes que nous n'aurions jamais attendus.

{N}22,{/}1: Josias marcha sur les traces de David, son anc\u00eatre (2). Aux derniers jours du royaume de Juda, un roi "comme David" va se consacrer \u00e0 renouveler la foi et l'Alliance de Yahv\u00e9: il entreprend la reconqu\u00eate des territoires de ses anc\u00eatres.
Apr\u00e8s la mort des rois pers\u00e9cuteurs, les fid\u00e8les se r\u00e9veillent lentement. La d\u00e9couverte fortuite de la "Loi" en 622 av. J.C., \u00e9branle le royaume.
Dans la Maison de Yahv\u00e9, j'ai trouv\u00e9 le livre de la Loi (8). On avait oubli\u00e9 ou cach\u00e9 les livres sacr\u00e9s pendant les r\u00e8gnes pr\u00e9c\u00e9dents. Ce qui est d\u00e9couvert est probablement la majeure partie de la Gen\u00e8se, de l'Exode et de Deut\u00e9ronome. On devait ce dernier livre aux l\u00e9vites et aux pr\u00eatres venus du nord, lors de la chute de Samarie. Ce livre insistait sur la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l'Alliance, d\u00e9clarant sans h\u00e9siter que c'\u00e9tait une question de vie ou de mort pour le peuple de Dieu.
On peut constater l'impact de la parole sacr\u00e9e. A partir de ce moment-l\u00e0, Josias (qui avait alors vingt-six ans) se consacre \u00e0 modeler sa vie et celle de son peuple sur les exigences de la Loi. Il se rend compte que la protection du Seigneur est la seule chose qui puisse sauver son peuple des grandes puissances. La description de tout ce qu'il fallut d\u00e9truire nous donne une id\u00e9e de la vague pa\u00efenne qui avait tout recouvert au cours du r\u00e8gne de Manass\u00e9.

{N}23,{/}15: Profitant de la d\u00e9cadence de l'empire assyrien, Josias va reconqu\u00e9rir au nord une partie du territoire d'Isra\u00ebl qui \u00e9tait devenue province assyrienne cent ans plus t\u00f4t. L\u00e0 aussi, il d\u00e9truira tous les sanctuaires, les idoles et les pratiques qui of fensent les exigences de Yahv\u00e9.
Pendant quelques ann\u00e9es, les proph\u00e8tes pensent que les menaces de Yahv\u00e9 annon\u00e7ant la destruction totale d'Isra\u00ebl ne s'accompliront pas. Ils voient dans la reconqu\u00eate le signe de temps heureux o\u00f9 le Messie r\u00e9unira Juda et Isra\u00ebl en un seul peuple avec une seule Alliance (Jr 31,31).

{N}23,{/}28: Josias, le roi de la r\u00e9forme, meurt victime d'une erreur politique. Depuis longtemps Isra\u00ebl faisait tampon entre l'Egypte et l'Assyrie (ou Assour). L'Assyrie \u00e9tait la nation la plus brutale et cruelle de l'\u00e9poque. Quand Babylone commence \u00e0 d\u00e9truire la puissance assyrienne, le Pharaon, inquiet du dynamisme de cette nouvelle "grande puissance", veut venir au secours de l'Assyrie affaiblie, en oubliant son ancienne rivalit\u00e9.
Josias refuse de le laisser faire car la conscience juive d\u00e9sirait la destruction de "la cruelle nation" (voir les proph\u00e9ties de Nahum).
Comment Dieu a-t-il pu permettre la mort de Josias, le saint roi des r\u00e9formes? C'\u00e9tait un tel scandale pour la conscience juive que l'auteur de ce livre pr\u00e9f\u00e8re ne pas en parler. Plus tard, on essaiera de justifier la fin tragique de Josias par une faute qu'il aurait commise (2Ch 35,21). Sa mort inspirera, en partie, la grande proph\u00e9tie de Za 12,10 et, dans la Bible, M\u00e9guiddo restera le symbole d'une mal\u00e9diction (Ap 16,16).

{N}24,{/}8: La destruction du royaume de Juda a lieu en deux \u00e9tapes:
-_598 av. J.C. Jo\u00efaqim vient de mourir. Son fils Jo\u00efakin, assi\u00e9g\u00e9 dans la ville, se rend. Premi\u00e8re d\u00e9portation de l'\u00e9lite \u00e0 Babylone. Les Kald\u00e9ens (les hommes de Babylone) imposent S\u00e9d\u00e9cias comme roi.
-_587 av. J.C. S\u00e9d\u00e9cias se r\u00e9volte contre les Kald\u00e9ens; ils reviennent et d\u00e9truisent J\u00e9rusalem et son temple: second exil \u00e0 Babylone.
La Bible affirme que cette destruction, comme celle de Samarie, n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait eu tant de p\u00e9ch\u00e9s et de r\u00e9voltes, parce que Dieu est fid\u00e8le \u00e0 son alliance.
Cependant, contre tout espoir, la nation juive rena\u00eetra de ses cendres soixante ans apr\u00e8s sa destruction. L'histoire nous montre que les grands empires - les Hittites, les Assyriens, les Kald\u00e9ens - ont disparu d\u00e9finitivement: leurs statues sont dans les mus\u00e9es avec leurs archives retrouv\u00e9es apr\u00e8s plus de trente si\u00e8cles d'oubli total. Mais le peuple de Juda retournera dans son pays. Purifi\u00e9s par les \u00e9preuves et encourag\u00e9s par les proph\u00e8tes, \u00e0 leur retour, ils chercheront une nouvelle alliance avec leur Dieu, plus sinc\u00e8re et plus int\u00e9rieure. Ils reviendront d'exil guid\u00e9s par Zorobabel, descendant du roi Jo\u00efakin et anc\u00eatre de J\u00e9sus.

