{N}1,{/}1: Tout commence avec un couple tout simple qui vit son drame familial dans les montagnes.
Une femme, souffrant de st\u00e9rilit\u00e9, se plaint \u00e0 Yahv\u00e9: elle ne se r\u00e9signe pas \u00e0 une vie apparemment inutile. Yahv\u00e9 \u00e9coute les afflig\u00e9s et sa r\u00e9ponse surpasse toujours ce qu'ils demandent. Il ne donne pas seulement un fils \u00e0 Anne; il donne encore un proph\u00e8te \u00e0 son peuple.
Dieu aime pr\u00e9cis\u00e9ment choisir ses serviteurs parmi ces familles qui ont perdu l'espoir d'avoir un enfant. Dieu donne la vie aux morts et l'espoir \u00e0 ceux qui l'ont perdu: rappelons-nous Isaac et Jean-Baptiste (Lc 1,5). Dans le livre d'Isa\u00efe, on peut lire un po\u00e8me qui commence par ces mots: "Crie de joie, toi qui n'as pas d'enfants!" (Is 54,1).
D\u00e9couvrons la religion de ces temps anciens. Un modeste sanctuaire, qui sera probablement d\u00e9truit par les Philistins, abrite l'arche \u00e0 Silo. Les p\u00e8lerins am\u00e8nent leurs animaux au pr\u00eatre-gardien du sanctuaire ou \u00e0 ses fils qui immolent les victimes. C'est seulement \u00e0 partir de David que les pr\u00eatres de la tribu de L\u00e9vi seront les interm\u00e9diaires exclusifs entre Yahv\u00e9 et son peuple.
La femme, en situation inf\u00e9rieure comme elle le sera toujours en Isra\u00ebl, ne vaut que par les enfants qu'elle donne. Chacun a les \u00e9pouses qu'il peut nourrir; Elqana aime Anne, mais comme il aime ses enfants.

{N}2,{/}1: Dans son cantique de remerciement, Anne se fait le porte-parole de tous les m\u00e9pris\u00e9s du monde.
Yahv\u00e9 est le Dieu qui sauve les abandonn\u00e9s. Il repousse ceux qui placent leur confiance dans leurs bras et leur arc, c'est-\u00e0-dire, ceux qui ne comptent que sur leurs propres forces pour assurer le pain de leurs enfants, ceux qui mettent toute leur confiance dans ce qu'ils sont et dans ce qu'ils poss\u00e8dent. Dieu r\u00e9v\u00e8le sa gloire en retournant les situations  (comme dans la parabole du riche et de Lazare (Lc 16,25).

{N}2,{/}6: Yahv\u00e9 donne la mort, il donne la vie. Cette formule abrupte qui nous choque aujourd'hui, exprime dans un langage diff\u00e9rent du n\u00f4tre que la vie de l'homme est entre les mains de Dieu. Le cantique d'Anne contient une vision proph\u00e9tique. Comme Anne, nous devrions \u00eatre bien plus fiers de notre Dieu que du progr\u00e8s mat\u00e9riel de notre soci\u00e9t\u00e9 qui b\u00e9nit les riches et les puissants.
Ce texte condamne les arrivistes de la soci\u00e9t\u00e9, ceux qui ne s'occupent que de leur bien-\u00eatre et dont la seule ambition est d'assurer leur propre r\u00e9ussite ou l'avenir de leur famille. Mais ceux qui font cause commune avec les faibles seront sauv\u00e9s. Certains ont honte de leur origine pauvre, ou du sous-d\u00e9veloppement de leur pays, alors que les croyants savent que les pauvres et les affam\u00e9s contribuent au salut du monde. L\u00e0 o\u00f9 les hommes manquent de tout, il est plus facile de d\u00e9couvrir ce que valent les personnes et de comprendre qu'il n'y a pas de monde digne de l'homme, si ce n'est celui o\u00f9 personne n'est priv\u00e9 ni de nourriture, ni de dignit\u00e9.

{N}3,{/}1: Dieu appelle Samuel personnellement et directement. La r\u00e9ponse de Samuel, encore enfant, le pr\u00e9pare pour de plus grandes choses.
Ce r\u00e9cit est une des jolies pages de la Bible, et il n'a pas perdu le don de nous toucher. Dieu a mille fa\u00e7ons de nous appeler, plus ou moins ouvertement, plus ou moins en profondeur. Ce qu'il met dans l'esprit est beaucoup plus s\u00fbr que ce qui entre par les oreilles. La lettre aux H\u00e9breux (12,18) nous rappellera qu'il n'y a pas d'initiation chr\u00e9tienne sans une exp\u00e9rience de Dieu. Appel de Dieu et r\u00e9ponse, c'est toute la joie de l'Annonciation. Si quelqu'un n'a pas re\u00e7u une  mission, t\u00f4t ou tard il se demandera \u00e0 quoi sert sa vie.
Samuel a donc fait l'exp\u00e9rience de la "Parole de Dieu", ce don qui permettra au proph\u00e8te d'intervenir puissamment dans la vie de son peuple.
La Bible souligne ici (v.12) la responsabilit\u00e9 de ceux qui ne veulent pas reprendre leurs enfants et au besoin les corriger. La discipline d'une loi remet \u00e0 leur place les caprices et les instincts; elle aide \u00e0 d\u00e9couvrir que la vie est un service; elle pr\u00e9pare la future libert\u00e9 de l'adolescent et de l'homme adulte. Voir Sir 30; Gal 4. 

{N}4,{/}1: Les Isra\u00e9lites recherchent la protection de Yahv\u00e9 dans leur guerre contre les Philistins. Ils vont chercher l'arche, pensant qu'ils vont obliger Yahv\u00e9 \u00e0 leur donner la victoire. Ainsi, parce qu'il doute souvent de son Dieu, l'homme pr\u00e9f\u00e8re compter sur ses "porte-bonheur".
Mais Dieu ne se soucie gu\u00e8re de l'arche sacr\u00e9e; il n'est pas non plus au service d'un peuple supers titieux: il a jug\u00e9 meilleur de lui faire payer le prix de son infid\u00e9lit\u00e9. C'est la raison pour laquelle Dieu ne r\u00e9pond pas: l'arche sacr\u00e9e tombe aux mains des ennemis et le peuple est massacr\u00e9.

{N}7,{/}2: L'exp\u00e9rience des juges se r\u00e9p\u00e8te ici: Samuel persuade Isra\u00ebl de revenir \u00e0 Yahv\u00e9. A son tour, Yahv\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 son Alliance, accorde la victoire \u00e0 son peuple.

{N}8,{/}1: Une transformation profonde s'est op\u00e9r\u00e9e dans la vie des anciens nomades. Ils sont devenus cultivateurs, ils habitent des villages et des villes comme les autres habitants du pays. Leurs anciennes structures sociales, bien adapt\u00e9es autrefois \u00e0 la vie du d\u00e9sert, ne conviennent plus: c'est ce que l'histoire des peuples, comme celle de l'Eglise, ne cesse de nous montrer. Les hommes sont en continuelle mutation: entra\u00een\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements et l'\u00e9volution des techniques, des changements de mentalit\u00e9 apparaissent qui r\u00e9v\u00e8lent du m\u00eame coup l'inadaptation des structures anciennes \u00e0 des situations nouvelles. Il existe de fait une tension permanente entre la vie et l'institution: parce que l'homme est un \u00eatre vivant il ne cesse d'\u00e9voluer, de s'interroger, de d\u00e9couvrir et d'entreprendre.
Par ailleurs les institutions, indispensables \u00e0 la vie de la soci\u00e9t\u00e9, ont pour but essentiel de canaliser, d'ordonner et d'organiser cette vie toujours bouillonnante. Sans cr\u00e9ativit\u00e9, l'homme est un mort-vivant; sans institution, toute soci\u00e9t\u00e9 tourne \u00e0 l. Si la tension entre la vie et l'institution est permanente, elle appara\u00eet cependant plus nettement \u00e0 certains moments: ce sont les p\u00e9riodes de crise de soci\u00e9t\u00e9. Nous savons comment dans chaque crise s'affrontent des courants conservateurs et des courants novateurs. Tandis que les courants conservateurs pensent trouver dans le retour au pass\u00e9, avec fermet\u00e9 et intransigeance, le moyen de r\u00e9tablir l'ordre des choses, les courants novateurs, conscients de la n\u00e9cessit\u00e9 d'inventer des structures nouvelles pour r\u00e9pondre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente, oublient trop rapidement les acquis de l'exp\u00e9rience du pass\u00e9.
Les chapitres 8 \u00e0 12 du Premier livre de Samuel nous mettent en pr\u00e9sence de l'une de ces crises et des tensions qu'elle fait na\u00eetre. Les gens se rendent compte de leur faiblesse li\u00e9e \u00e0 la division et \u00e0 l'anarchie. L'autorit\u00e9 temporaire des "juges" ne suffit pas. Les douze tribus doivent s'unir autour d'un roi.
Samuel d\u00e9fend le pass\u00e9 et ses avertissements s'inspirent de sa m\u00e9fiance personnelle: il ne reconna\u00eet pas les avantages d'un gouvernement plus fort, plus centralis\u00e9; mais il d\u00e9nonce avec beaucoup de r\u00e9alisme les abus du pouvoir absolu.
Samuel reproche aux gens leur manque de confiance en Yahv\u00e9. Maintenant, devant le p\u00e9ril philistin, ils croient trouver la s\u00e9curit\u00e9 en remettant \u00e0 un autre, \u00e0 un grand chef, le soin de penser, de se faire inspirer par Dieu, et de d\u00e9cider \u00e0 leur place: ils ont peur des initiatives \u00e0 prendre. Mais quand on attend tout des autorit\u00e9s civiles ou religieuses, c'est l'enlisement g\u00e9n\u00e9ral, ou la tyrannie politique.
Pour Samuel, le roi sera en th\u00e9orie le repr\u00e9sentant de Dieu et le serviteur du peuple. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, il servira ses propres ambitions et sera l'oppresseur du peuple. En ce temps-l\u00e0 d\u00e9j\u00e0, les dictateurs \u00e9taient suffisamment au courant de la propagande pour convaincre le peuple qu'ils \u00e9taient indispensables (Lc 22,25)

{N}9,{/}1: La suite du chapitre 8 se trouve \u00e0 10,17. Ici, nous avons l'histoire de la vocation de Sa\u00fcl. Sa\u00fcl va chercher les \u00e2nesses de son p\u00e8re et, en chemin, il trouve la royaut\u00e9.

{N}9,{/}11: Sa\u00fcl et son serviteur vont trouver Samuel comme le font beaucoup d'autres Isra\u00e9lites: \u00e0 leurs yeux, le proph\u00e8te est un devin, et il saura o\u00f9 se trouvent les \u00e2nesses.
Cette d\u00e9marche ne doit pas nous surprendre. Pendant des si\u00e8cles ceux qui se consacraient \u00e0 la science des astres gagnaient leur vie en dressant des horoscopes et r\u00e9pondaient aux consultations les plus vari\u00e9es. Ensuite la science s'est lib\u00e9r\u00e9e. De m\u00eame, dans les d\u00e9buts de l'histoire d'Isra\u00ebl, le proph\u00e8te ne se distingue gu\u00e8re des devins, astrologues et autres personnages qui pr\u00e9tendent conna\u00eetre ce que les hommes ordinaires ne peuvent savoir; on vient les consulter comme le fait Sa\u00fcl pour n'importe quoi. Mais bient\u00f4t le proph\u00e9tisme prendra en Isra\u00ebl une orientation tout \u00e0 fait originale: le proph\u00e8te sera le porte-parole de Dieu, celui qui r\u00e9v\u00e8le le myst\u00e8re de Dieu et qui appelle les hommes \u00e0 la conversion. Lorsque l'on r\u00e9digera ce chapitre, le passage sera fait et le v.9 pr\u00e9cise bien que si l'on disait autrefois "voyant" on dit maintenant "proph\u00e8te".
Samuel consacre Sa\u00fcl par une onction d'huile (voir le commentaire de Lv 8).

{N}10,{/}17: C'est la suite du chapitre 8: un autre r\u00e9cit de l'\u00e9lection de Sa\u00fcl qui ne contredit pas trop ouvertement le chapitre pr\u00e9c\u00e9dent puisque Samuel avait consacr\u00e9 Sa\u00fcl secr\u00e8tement.
L'important ici, c'est que la Bible nous pr\u00e9sente le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement racont\u00e9 par deux hommes de convictions oppos\u00e9es. Le premier consid\u00e8re que l'institution des rois est un bien et qu'elle est conforme au plan de Dieu (chapitres 9-10); le second (1S 8 et 10,17-19) y voit une dangereuse innovation tol\u00e9r\u00e9e par Dieu.
Il est all\u00e9 se cacher l\u00e0 o\u00f9 sont les bagages (22). C'est ici que commence la trag\u00e9die de Sa\u00fcl, roi malgr\u00e9 lui. Les Isra\u00e9lites r\u00e9clament un roi \u00e0 cause des menaces ext\u00e9rieures (les Philistins), mais au fond d'eux-m\u00eames, ils refusent toute autorit\u00e9. Sa\u00fcl lui-m\u00eame ne se sentait pas fait pour gouverner. Bien que courageux, comme on le verra au chapitre 11, il n'\u00e9tait pas de ceux qui prennent des risques. Il \u00e9tait obstin\u00e9, attach\u00e9 aux id\u00e9es de l'\u00e9poque (voir chapitre 25). Sa\u00fcl \u00e9tait modeste, mais il n'avait pas cette humilit\u00e9 qui pla\u00eet \u00e0 Dieu et qui donne l'audace d'entreprendre des choses nouvelles et grandes sans craindre un \u00e9chec possible.
Tout le monde criait: Vive le roi! Nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de bien des enthousiasmes comme celui-ci qui ne m\u00e8nent \u00e0 rien. D\u00e8s le lendemain Sa\u00fcl se retrouve seul au milieu d'un peuple qui croit avoir tout r\u00e9solu parce qu'une \u00e9lection vient d'avoir lieu.

{N}11,{/}1: Le r\u00e9cit, interrompu au chapitre 10,16, reprend ici. Les gens de Yabesh sont pr\u00eats \u00e0 accepter la paix; mais devant les conditions qui leur sont impos\u00e9es Sa\u00fcl s'indigne. Son courage compromet Dieu.
v. 12 Qui osait dire: "Sa\u00fcl ne r\u00e8gnera pas sur nous"? Il n'y a pas de vie politique sans partis. Sa\u00fcl a des alli\u00e9s et des ennemis d\u00e8s le commencement. Mais il doit surtout faire attention au "tribalisme" des Isra\u00e9lites, en particulier \u00e0 la rivalit\u00e9 entre les tribus d'Ephra\u00efm et de Benjamin au nord et la tribu de Juda au sud. Quant aux gens de Yabesh, ils seront reconnaissants envers leur sauveur et lui seront fid\u00e8les jusqu'\u00e0 sa mort (voir 1S 31,11).
Sa\u00fcl est un homme bon et g\u00e9n\u00e9reux qui ne veut pas se venger de ses ennemis. Cependant quand on est l'autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, il est facile de s'isoler des autres et de devenir arrogant et pessimiste. Sa\u00fcl refuse d'\u00e9couter Dieu et d'entendre ses proches: sa jalousie l'aveuglera, comme on le verra dans ses relations avec David.

{N}12,{/}1: Samuel a du mal \u00e0 se retirer pour c\u00e9der la place \u00e0 Sa\u00fcl, semblable en cela \u00e0 beaucoup de fondateurs ou de responsables qui ne savent pas laisser \u00e0 d'autres, plus jeunes ou plus comp\u00e9tents, le soin de prolonger et de d\u00e9velopper l'oeuvre qu'ils ont cr\u00e9\u00e9e.
Samuel profite de l'occasion pour rappeler qu'aucune autorit\u00e9 ne peut se soustraire \u00e0 la loi de Dieu, m\u00eame et surtout lorsque cette autorit\u00e9 est charg\u00e9e de mettre cette Loi en oeuvre. "Si vous-m\u00eames et le roi qui r\u00e8gne sur vous, vous suivez Yahv\u00e9..." Pour Samuel, le roi devra comme ses sujets ob\u00e9ir fid\u00e8lement aux exigences de l'Alliance, l'histoire malheureusement nous montrera que tr\u00e8s vite les rois d'Isra\u00ebl se croiront dispens\u00e9s de cette fid\u00e9lit\u00e9. A peine mont\u00e9 sur le tr\u00f4ne, Salomon quittera le palais de son p\u00e8re David, construit dans la ville-basse au milieu des maisons du peuple, et ira s'installer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du temple de Yahv\u00e9. D\u00e9sormais il y aura en bas le petit peuple, et sur la montagne sainte, Dieu et le roi. Tout un symbole! Lorsque J\u00e9sus viendra, il reprendra l'enseignement de Samuel et des proph\u00e8tes. "Le Fils de l'Homme est venu non pour \u00eatre servi, mais pour servir et donner sa vie...". M\u00eame dans l'Eglise, Isra\u00ebl de Dieu (Gal 6,16), on verra bien des responsables se conduire en "princes de l'Eglise" et confondre responsabilit\u00e9 et abus d'autorit\u00e9.

{N}13,{/}1: Sa\u00fcl n'envisage pas d'abandonner sa ville de Guib\u00e9a ni de construire une capitale pour le nouvel \u00e9tat d'Isra\u00ebl. Mais peu \u00e0 peu, il cr\u00e9e une arm\u00e9e permanente au lieu de d\u00e9pendre uniquement de volontaires qui se pr\u00e9sentent \u00e0 l'occasion d'un danger (voir 14,52). Il lutte sans cesse pour repousser les incursions des Philistins.

{N}13,{/}5: A plusieurs reprises, Sa\u00fcl h\u00e9site entre ob\u00e9ir \u00e0 Dieu et \u00e0 Samuel, et ce qui lui semble le plus raisonnable (voir aussi chapitre 15). Finalement, il pr\u00e9f\u00e8re agir selon ses propres vues.

{N}13,{/}14: Maintenant ta royaut\u00e9 ne tiendra pas. Yahv\u00e9 exige plus de celui qui sera le premier roi de son peuple et avec lequel il veut \u00e9tablir une alliance durable. Yahv\u00e9 ne donnera des promesses qui vont bien au-del\u00e0 d'un destin ordinaire, qu'\u00e0 celui qui a fait preuve d'une fid\u00e9lit\u00e9 totale, m\u00eame quand il semblait que Dieu tardait ou se trompait. C'est ainsi qu'Abraham a \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9.
En racontant l'histoire des rois et des dirigeants d'Isra\u00ebl, la Bible nous fait comprendre que le pouvoir est une charge trop lourde pour les hommes. Avoir autorit\u00e9 sur une nation est une mani\u00e8re de partager l'autorit\u00e9 m\u00eame de Dieu. Celui qui ne sait pas ob\u00e9ir \u00e0 Dieu et l'\u00e9couter, plus que ses sujets, ne sera pas \u00e0 la hauteur d'une telle responsabilit\u00e9.
Cependant nous devons noter que les versets 7 \u00e0 15 du chapitre 13 sont une addition tardive au texte primitif; ils sont tr\u00e8s probablement l'oeuvre des pr\u00eatres qui au retour de la captivit\u00e9 ont repris les textes plus anciens. Ces versets font la part belle \u00e0 Samuel, le porte-parole de Dieu. Nous pouvons accueillir la lecture de l'\u00e9v\u00e9nement qui nous est propos\u00e9e, mais nous pouvons aussi remarquer comment Samuel s'attribue une sorte d'autorit\u00e9 de droit divin. Au nom de quelle autorit\u00e9 souveraine, Samuel se permet-il de manquer \u00e0 sa parole en ne venant pas dans les d\u00e9lais promis? 
Comme tant de chefs, Samuel se croit dispens\u00e9 de rendre des comptes \u00e0 qui que ce soit. D\u00e8s lors Sa\u00fcl porte-t-il seul la responsabilit\u00e9 de la faute rituelle commise? Et comment peut-il condamner Sa\u00fcl si celui-ci a agi selon sa conscience? La Tradition chr\u00e9tienne nous dit qu'on doit toujours suivre sa conscience si on a fait le possible pour l'\u00e9clairer, et cela m\u00eame si en le faisant on d\u00e9sob\u00e9it \u00e0 de hautes autorit\u00e9s ou \u00e0 des lois tr\u00e8s sacr\u00e9es. Sans nier les grands m\u00e9rites de Samuel,il est permis de dire que c'est lui qui a d\u00e9truit Sa\u00fcl.

{N}14,{/}1: Le chapitre 14 nous montre de fa\u00e7on fort concr\u00e8te la situation des Isra\u00e9lites bloqu\u00e9s dans les collines de l'int\u00e9rieur par les Philistins, qui occupent les plaines de la c\u00f4te et viennent p\u00e9riodiquement r\u00e9affirmer leur contr\u00f4le.
L'incident du serment de Sa\u00fcl nous montre le niveau tr\u00e8s primitif de la connaissance religieuse \u00e0 cette \u00e9poque, comme dans le cas de Jepht\u00e9 (Juges 11,30):
-_Serment avec menaces de mort.
-_Importance attribu\u00e9e au crime de celui qui "mange \u00e0 l'endroit o\u00f9 le sang a coul\u00e9" (voir v. 33; ce n'est pas la m\u00eame chose que de "manger la viande avec le sang" comme dans Lv l7,8).
-_La coutume de tirer au sort (avec les deux b\u00e2tonnets urim et tumim contenus dans l'\u00e9phod ) pour obtenir de Yahv\u00e9 des renseignements.

{N}16,{/}1: Qu'y a-t-il de vrai dans ce r\u00e9cit? Car ce livre nous donne trois traditions relatives \u00e0 l'ascension de David: 16,1; 16,14; 17,17. Le pr\u00e9sent paragraphe essaye de d\u00e9gager le sens de ce destin excepcionnel.
C'est \u00e0 Bethl\u00e9em que Samuel trouvera l'\u00e9lu de Dieu. Cette bourgade sera pour toujours la "ville de David". Le fils de Jess\u00e9 (retenir ce nom) est en train de garder le troupeau: dans la Bible, le berger est l'image du roi parfait, capable de servir son peuple comme le berger s'occupe de ses brebis (Ez 34 et Jn 10).
L'homme s'arr\u00eate aux apparences, Yahv\u00e9 voit le fond du coeur (7). Ne disons pas seulement que Dieu juge mieux que nous: avec ou sans l'intervention d'un proph\u00e8te comme Samuel, les \u00e9v\u00e9nements vont rejoindre ceux que Dieu "a connus d'avance", selon le mot de Saint Paul, et qu'il a marqu\u00e9s pour une mission tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu'ils sont. Cette opposition entre les apparences et le fond du coeur reviendra dans les lettres de Paul - choisi, lui aussi, comme David (1Co 1,28; 2Co 3,1; 11,16).
Dans les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes il est essentiel que les responsables sachent voir "le coeur" de ceux qui ne disent rien comme de ceux qui montrent beaucoup de z\u00e8le. Alors on d\u00e9couvrira bien des valeurs authentiques.

{N}16,{/}14: Un mauvais esprit venant de Yahv\u00e9 (v.14). Disons-le autrement: Dieu permet que Sa\u00fcl souffre de troubles psychologiques.

{N}17,{/}4: Le combat de David a fait les d\u00e9lices des Isra\u00e9lites au cours des si\u00e8cles et il nous r\u00e9jouit encore  aujourd'hui. Ne nous \u00e9tonnons donc pas que les r\u00e9dacteurs aient d\u00e9velopp\u00e9, avec de nombreux d\u00e9tails, le combat contre ce "Philistin" que, plus tard, on appellera Goliath (voir 2Sa 21,19).
Les r\u00e9dacteurs de ces livres \u00e9taient inspir\u00e9s par Dieu; ils ont compris que le combat de David contre Goliath symbolisait le combat entre le bien et le mal.
Tu viens \u00e0 moi avec l'\u00e9p\u00e9e et la lance, et moi je compte sur le Nom de Yahv\u00e9. Dans le monde, la victoire finale ne sera pas celle des plus forts ni des mieux arm\u00e9s s'ils insultent Dieu. Ils ne dureront pas s'ils insultent le peuple de Dieu, et plus particuli\u00e8rement les humbles. La victoire reviendra aux petits qui ont confiance en Dieu. Ici le gagnant est tout jeune, image de ceux dont le coeur reste jeune et la conscience claire. 
Certains invitent David \u00e0 prendre l'armure de Sa\u00fcl, et David comprend que s'il emploie les m\u00eames armes que le Philistin, il ne saura pas s'en servir et sera vaincu.
On peut ais\u00e9ment retrouver ici le combat de l'Eglise. Elle abandonne l'armure de Sa\u00fcl lorsqu'elle compte moins de ses organisations, que'elle se pr\u00e9occupe moins de ses oeuvres et de ses \u00e9difices, et qu'elle se lib\u00e8re des appuis politiques comme du soutien des banques. Alors elle se rajeunit et, comme David, elle marche au combat mettant sa confiance dans le Dieu des arm\u00e9es d'Isra\u00ebl.

{N}18,{/}1: Apr\u00e8s sa victoire, David est l'homme c\u00e9l\u00e8bre du royaume.
Jonathan aima David comme lui-m\u00eame: La Bible nous d\u00e9crit cette profonde et loyale amiti\u00e9 comme un don de Dieu oubliant la jalousie de Sa\u00fcl, David s'attache \u00e0 son fils. Il lui donne son propre manteau, son \u00e9p\u00e9e, son arc, son ceinturon...  Spontan\u00e9it\u00e9, sinc\u00e9rit\u00e9.

{N}18,{/}15: Sa\u00fcl redoutait David. Les chapitres suivants nous montrent comment, dans la mesure o\u00f9 David jouit de l'estime du peuple, le coeur de Sa\u00fcl est d\u00e9vor\u00e9 par la jalousie. On nous dit que Sa\u00fcl est coupable parce qu'il s'est \u00e9cart\u00e9 de l'ob\u00e9issance \u00e0 Dieu. En r\u00e9alit\u00e9 sa faute est celle de beaucoup de dirigeants et sa punition est la m\u00eame que la leur: il devient prisonnier de sa position qu'il ne peut pas, ou ne sait pas abandonner. Il sait que David est choisi par Dieu mais il ne peut pas partager le pouvoir avec lui et il ne voit pas d'autre solution que de le tuer.
Sa\u00fcl regrette la promesse qu'il a faite lorsque Goliath venait insulter l'arm\u00e9e d'Isra\u00ebl. Lui, le roi, devra-t-il donner sa fille en mariage \u00e0 David, qui n'est en fin de compte que le huiti\u00e8me et dernier gar\u00e7on d'un paysan de Bethl\u00e9em? Quel mariage ridicule pour une fille de roi! Mais Sa\u00fcl n'a pas le courage de dire ce qu'il pense.

{N}19,{/}1: Les chapitres 19-25 nous racontent la vie de David fugitif. Il devient chef d'une bande de compagnons peu recommandables et il vit avec eux dans les lieux retir\u00e9s du pays.
David n'est pas un "saint", selon l'image classique. C'est un ami de Dieu comme on pouvait l'\u00eatre dans la soci\u00e9t\u00e9 de l'\u00e9poque. En d\u00e9pit de ses fautes, il est l'exemple de ce que Dieu peut faire d'un homme qui se laisse guider par lui.
La Bible souligne la grandeur d'\u00e2me de David et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 v\u00e9cue au milieu des proscrits avec tout ce que cela suppose: elle nous le montre conscient de sa mission, pr\u00eat \u00e0 affronter les dangers et soucieux de la formation de ses compagnons. C'est un homme aux intuitions proph\u00e9tiques.
Quand Dieu veut confier une grande mission \u00e0 quelqu'un, il le s\u00e9pare souvent de son milieu habituel pour un certain temps. Comme Mo\u00efse, David va aussi au d\u00e9sert.

{N}19,{/}18: Isra\u00ebl vit sa foi en chantant, en dansant et en c\u00e9l\u00e9brant les exploits de Yahv\u00e9. C'est pourquoi il lui faut des groupes de proph\u00e8tes. C'est la premi\u00e8re fois qu'ils sont mentionn\u00e9s dans la Bible. Ces hommes s'excitent au point de tomber dans un d\u00e9lire qui touche \u00e0 l'hyst\u00e9rie. Cependant, \u00e0 l'\u00e9poque, on regardait ces manifestations comme l'oeuvre de l'Esprit de Yahv\u00e9. Au d\u00e9but, les proph\u00e8tes d'Isra\u00ebl n'\u00e9taient pas tellement diff\u00e9rents des "proph\u00e8tes" de leurs voisins pa\u00efens. Plus tard, dans la Bible, il y aura d'autres proph\u00e8tes tr\u00e8s diff\u00e9rents que Dieu appellera pour une mission exceptionnelle. Ils ne conserveront que quelques apparences de cette primitive excitation religieuse.
Il est bon de comparer ces actions proph\u00e9tiques avec d'autres qui se sont manifest\u00e9es dans l'Eglise primitive (voir Actes 21) et de lire ce que Paul dit au sujet de ces manifestations de l'Esprit dans 1Co ch 12 et 14. Aucune manifestation de ce genre n'est exclusivement l'oeuvre de l'Esprit de Dieu: elle d\u00e9pend aussi de la personnalit\u00e9 de celui par qui l'Esprit agit, de m\u00eame que la lumi\u00e8re du soleil prend la couleur de la vitre qu'elle traverse. Dans les groupes de personnes simples et sans instruction, l'Esprit agissait (et agit encore) en provoquant des manifestations extatiques telles qu'on en voit \u00e9galement dans les religions non chr\u00e9tiennes. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes soutenaient leur foi.

{N}20,{/}12: Nouveau r\u00e9cit concernant l'amiti\u00e9 de David et de Jonathan. La Bible montre que David n'a jamais oubli\u00e9 son pacte avec Jonathan (2S 21,7)

{N}21,{/}1: Les pains consacr\u00e9s restaient sur l'autel toute la semaine, puis les pr\u00eatres les mangeaient (Lev 24,5). J\u00e9sus rappellera cet \u00e9pisode (Mc 2,13). Il pouvait sembler sans importance: David, le  roi l\u00e9gendaire, n'avait-il pas le droit de faire ce qui est interdit aux gens ordinaires? Mais J\u00e9sus affirme que nous devons agir avec la m\u00eame libert\u00e9. Toutes ces r\u00e8gles sacr\u00e9es, que ce soit du temps d'Ahimelek ou du n\u00f4tre, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies par des hommes. Elles valent dans la mesure o\u00f9 elles maintiennent un ordre dont nous avons besoin; il faudra passer outre si c'est la condition pour remplir d'autres devoirs. 

{N}21,{/}11: David doit faire semblant d'avoir perdu la raison. La Bible nous montre comment cet \u00e9lu de Yahv\u00e9 est humili\u00e9 avant de pouvoir occuper le tr\u00f4ne, annon\u00e7ant ainsi d'une mani\u00e8re myst\u00e9rieuse les humiliations du Christ. Il nous aime \u00e0 la folie quand il s'humilie au point de devenir serviteur et d'endurer une mort ignominieuse sur la croix. (Voir Ph 2,7-9).

{N}22,{/}1: Le chapitre 22,2 ne cache pas le fait que ceux qui rejoignent David sont des hommes marginalis\u00e9s, endett\u00e9s ou m\u00e9contents. Les guerres qui ont permis au peuple de Dieu de vivre et de progresser n'\u00e9taient pas l'affaire de saints. Il en est de m\u00eame pour les luttes qui se livrent partout dans le monde pour la justice. Il y a des \u00e9l\u00e9ments douteux et corrompus dans les meilleures causes. C'est d\u00e9j\u00e0 une chance si les dirigeants ont un sens \u00e9lev\u00e9 de leur mission et de leur solidarit\u00e9 avec le peuple, comme c'est le cas de David.
Ici est mentionn\u00e9e la coutume de consulter Yahv\u00e9 en se servant de l'\u00e9phod, objet contenant des sorts; c'est une coutume ancienne des pr\u00eatres d'Isra\u00ebl. Elle dispara\u00eetra plus tard, en m\u00eame temps que les proph\u00e8tes cesseront de faire des pr\u00e9dictions (Voir chapitre 9).

{N}24,{/}1: Le respect de David pour "l'oint" du Seigneur (puisque Sa\u00fcl avait \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 par Samuel) est un signe de sa foi.
Ceux qui connaissent l'Ecriture savent que les dirigeants partagent avec Dieu des responsabilit\u00e9s et un pouvoir qui surpassent les capacit\u00e9s et les droits d'un \u00eatre humain. M\u00eame si nous devons remplacer les gouvernants malhonn\u00eates ou incomp\u00e9tents, nous devons respecter leur personne et l'effrayante responsabilit\u00e9 qu'ils portent devant les hommes et devant Dieu (Rm 13,1).

{N}24,{/}16: Que Yahv\u00e9 juge entre moi et toi. Ce n'est pas le d\u00e9sir de vengeance, mais la certitude de celui qui, tout en luttant pour ce qui lui semble juste, reconna\u00eet que Dieu seul est ma\u00eetre de l'histoire. Et dans certains cas, il renonce \u00e0 ses droits comme pour montrer sa confiance totale en Dieu. C'est ce que J\u00e9sus dit dans Mt 5,38-42.

{N}25,{/}1: Cet incident oppose deux hommes et deux mentalit\u00e9s: face \u00e0 l'aventurier, le propri\u00e9taire n'a pas le plus beau r\u00f4le: la richesse est faite pour \u00eatre partag\u00e9e.
On souligne le r\u00f4le de la femme dont la sagesse \u00e9vite un d\u00e9sastre caus\u00e9 par la folie des hommes. David est assez humble pour constater que son temp\u00e9rament impulsif le conduit \u00e0 la violence et \u00e0 l'injustice.

{N}26,{/}1: C'est une autre mani\u00e8re d'exprimer ce que nous avons lu au chapitre 24.

{N}28,{/}1: Sa\u00fcl ne nous semble jamais si humain et si proche de nous qu'ici. Tandis que David, confiant en Yahv\u00e9 et aim\u00e9 de tous, joue avec le danger sans perdre sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, Sa\u00fcl est seul \u00e0 porter le poids de son angoisse. Son adversaire Samuel, avec lequel il pouvait au moins discuter et se battre, n'est plus l\u00e0. Dieu ne lui parle plus et il demeure seul face \u00e0 un monde hostile, tortur\u00e9 par ses propres doutes et son angoisse.
Sa\u00fcl voulait forcer Dieu \u00e0 lui donner une r\u00e9ponse favorable. La r\u00e9ponse qu'il re\u00e7oit de Samuel est la mort. Lorsque  Sa\u00fcl se retire il a retrouv\u00e9 son calme, puisque la crainte de la mort lui pesait moins que sa solitude au pouvoir. L'homme qui "d\u00e9passait tout le monde de la hauteur de la t\u00eate" redevient comme le reste des hommes et il re\u00e7oit l'aide d'une femme pauvre, p\u00e9cheresse selon la loi mais pleine d'attentions.

{N}30,{/}1: David semble compl\u00e8tement an\u00e9anti. Mais David reprit courage en Yahv\u00e9, son Dieu. M\u00eame lorsqu'il se trouve au fond de l'ab\u00eeme, David ne perd pas l'espoir.
24 Le combattant et celui qui garde les bagages auront part \u00e9gale. David refuse ce genre de s\u00e9lection que nous faisons parfois entre les "productifs" et les "improductifs". C'est ce concept de solidarit\u00e9 sociale qui inspirera toutes les lois du Deut\u00e9ronome.

{N}31,{/}1: Il ne sera plus question de Sa\u00fcl dans la Bible: il ne fallait pas faire concurrence \u00e0 David. Mais il s'agit d'un silence respectueux. Tout son peuple partageait la responsabilit\u00e9 de son \u00e9chec pour l'avoir si peu soutenu, et pouvait-on le condamner sans accuser Dieu et Samuel?

