{N}1,{/}1: Le premier chapitre nous renseigne un peu sur la conqu\u00eate. Elle n'a pas \u00e9t\u00e9 aussi triomphale que semble le dire le livre de Josu\u00e9, mais lente et difficile. Les Isra\u00e9lites n'ont pas ob\u00e9i \u00e0 l'ordre d'exterminer les pa\u00efens, ce qui les a entra\u00een\u00e9s \u00e0 l'idol\u00e2trie. A ce sujet, oublions notre sens moderne du respect des autres peuples. Isra\u00ebl vit dans un monde o\u00f9 l'on ne se maintient que par la violence et, par ailleurs, tout l'avenir de la r\u00e9v\u00e9lation divine dans le monde est entre les mains de nomades primitifs menac\u00e9s \u00e0 chaque instant de se dissoudre dans leur entourage pa\u00efen.
Comparer les versets 8 et 22: bien des d\u00e9tails ne sont pas s\u00fbrs.

{N}2,{/}1: "L'ange de Yahv\u00e9" monte de Guilgal, premier sanctuaire isra\u00e9lite dominant la vall\u00e9e du Jourdain en Palestine, pr\u00e8s de B\u00e9thel. Nous savons que l'expression ange de Yahv\u00e9 est une fa\u00e7on de nommer Dieu lui-m\u00eame.
Le p\u00e9ch\u00e9 d'Isra\u00ebl consiste \u00e0 ne pas avoir d\u00e9truit la culture et la religion des Canan\u00e9ens. Les Isra\u00e9lites avaient r\u00e9ussi \u00e0 s'installer dans les hauteurs du pays. De l\u00e0 ils regardaient avec envie les plaines riches occup\u00e9es par les Canan\u00e9ens. L\u00e0 \u00e9tait la tentation de l'idol\u00e2trie. Les agriculteurs canan\u00e9ens pratiquaient une religion tr\u00e8s s\u00e9duisante qui c\u00e9l\u00e9brait les forces de la vie et de la f\u00e9condit\u00e9. Ils se r\u00e9unissaient pour des f\u00eates champ\u00eatres, s'assemblaient dans les bois sacr\u00e9s, et l\u00e0 ils avaient recours \u00e0 la prostitution sacr\u00e9e pour demander la pluie et de bonnes r\u00e9coltes \u00e0 leurs dieux, les Baals. Il en co\u00fbtait aux Isra\u00e9lites, peu habitu\u00e9s \u00e0 ces libert\u00e9s, de ne pas se joindre \u00e0 leurs voisins pa\u00efens pour ces c\u00e9l\u00e9brations.
Ceci explique les affirmations de l'auteur: il fallait d\u00e9truire toute cette culture pa\u00efenne: voir sur ce point qui nous choque aujourd'hui le commentaire de Josu\u00e9 6.

{N}2,{/}11: Nous trouvons ici une seconde introduction du livre des Juges. Il nous y est dit que la premi\u00e8re cause des d\u00e9sastres des Isra\u00e9lites, incapables d'\u00e9liminer les Canan\u00e9ens, a \u00e9t\u00e9 leur infid\u00e9lit\u00e9 envers Yahv\u00e9. Toute la Bible nous dira que, pour nous aussi, les malheurs de notre soci\u00e9t\u00e9 ont pour premi\u00e8re cause notre infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dieu, m\u00eame si on ne peut le dire sans faire rire souvent, m\u00eame des croyants.
L'auteur qui, plus tard, a rassembl\u00e9 ces r\u00e9cits en un seul livre, observe cette succession des \u00e9v\u00e9nements:
-_Les Isra\u00e9lites oublient Yahv\u00e9 et tombent dans l'idol\u00e2trie.
-_A cause de cela, il les livre aux mains de leurs ennemis.
-_Les Isra\u00e9lites reconnaissent leur erreur et font appel \u00e0 Yahv\u00e9.
-_Alors, Yahv\u00e9 fait para\u00eetre un lib\u00e9rateur.
Mais, une fois victorieux, et apr\u00e8s un temps de paix, le peuple oublie de nouveau sa mission: il n'y a pas de lib\u00e9ration d\u00e9finitive en ce monde.
Nous avons donc ici la "morale" du livre; elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans Dt 4,1-31.
Dieu est le meilleur des \u00e9ducateurs. Les Isra\u00e9lites sont des primitifs qui ne comprennent que ce qui se voit, et Dieu leur promet r\u00e9compenses et punitions mat\u00e9rielles.
Ils oubli\u00e8rent Yahv\u00e9 pour servir les Baals 2,13. Le terme "Baal" (ou Seigneur) s'appliquait \u00e0 tout dieu canan\u00e9en, mais surtout \u00e0 celui qui donnait la pluie. Les Astart\u00e9s \u00e9taient des d\u00e9esses, surtout de la terre et de la fertilit\u00e9.

{N}2,{/}16: Alors Yahv\u00e9 leur donna des juges. Ces chefs qui exer\u00e7aient l'autorit\u00e9 pendant un certain temps, \u00e9taient appel\u00e9s "juges" parce qu'\u00e0 l'\u00e9poque, juger un peuple signifiait le gouverner (voir l'Introduction). Dans la traduction nous utilisons parfois le terme "chef" parce qu'il exprime ce qu'\u00e9taient ces "juges".
Le chapitre 3 pr\u00e9sente trois de ces juges.
13-14 Ils abandonn\u00e8rent Yahv\u00e9 pour servir le Baal... et Yahv\u00e9 les livra aux mains de pillards. Le texte biblique joue souvent sur ces mots: celui qui veut servir un faux dieu deviendra esclave contre son gr\u00e9 (1S 7,3).

{N}3,{/}7: L'esprit de Yahv\u00e9 reposa sur Otniel (10). Voir com. de 11,1.
Otniel et Ehoud combattent les Edomites, les Moabites et les Ammonites venus de l'autre c\u00f4t\u00e9 du Jourdain; Chamgar par contre affronte les Philistins, qui avaient envahi par la mer les c\u00f4tes de Palestine, en m\u00eame temps que les Isra\u00e9lites arrivaient du d\u00e9sert. Les Philistins, peuple de civilisation plus avanc\u00e9e, bien arm\u00e9s et bien organis\u00e9s, s'installent alors dans leurs "cinq d\u00e9partements", les cinq villes de Gat, Ashdod, Ashk\u00e9lon, Eqron et Gaza avec leurs alentours.
Ils dominent la riche plaine au bord de la Mer M\u00e9diterran\u00e9e et, de temps \u00e0 autre, leurs troupes viennent harceler les Isra\u00e9lites \u00e9tablis dans les collines. Plus tard ils seront d\u00e9faits par le roi David, mais leur nom restera: Palestine, le nom de la terre d'Isra\u00ebl, vient de "Philistins".

{N}4,{/}1: Yabin, roi de Canaan, n'\u00e9tait en fait que le roi de la haute vall\u00e9e du Jourdain.
Une femme, D\u00e9bora, est juge en Isra\u00ebl. C'est une proph\u00e9tesse qui rend la justice au nom de Yahv\u00e9, un cas exceptionnel dans un peuple o\u00f9 les hommes ont toutes les responsabilit\u00e9s sociales et religieuses. Elle envoie chercher Barac au nord, mais il refuse de combattre seul et veut la coop\u00e9ration des tribus d'Ephra\u00efm et de Benjamin o\u00f9 D\u00e9bora est \u00e9tablie.
Barac ne sera que le "technicien" de la victoire puisque la parole de Yahv\u00e9 ne lui a pas suffi pour s'engager totalement. La Bible lui pr\u00e9f\u00e8re D\u00e9bora, qui a inspir\u00e9 la r\u00e9volte.

{N}5,{/}1: Le "cantique de D\u00e9bora" est un des textes les plus anciens de la litt\u00e9rature h\u00e9bra\u00efque. Compos\u00e9 peu apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, c'est un hymne \u00e0 Yahv\u00e9 triomphateur. Ce po\u00e8me d\u00e9nonce l'individualisme des tribus: seulement trois d'entre elles se sont unies pour affronter les Canan\u00e9ens.

{N}6,{/}11: Les chapitres 6 \u00e0 9 racontent l'histoire de G\u00e9d\u00e9on et de son fils Abim\u00e9lek. Le premier est appel\u00e9 par Yahv\u00e9 et il agit en "juge".
Il assure la libert\u00e9 de son peuple gr\u00e2ce \u00e0 deux campagnes victorieuses. Apr\u00e8s G\u00e9d\u00e9on, Abim\u00e9lek profite de la r\u00e9putation de son p\u00e8re pour essayer de devenir roi.
L'ange de Yahv\u00e9 appara\u00eet \u00e0 G\u00e9d\u00e9on sous forme humaine. L'Evangile de Luc (1,11-26) se souviendra de ce paragraphe.
Yahv\u00e9 fait appara\u00eetre un sauveur l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 il n'y a plus d'espoir. G\u00e9d\u00e9on croit en Yahv\u00e9, mais il manque de confiance: Dieu pouvait certes tout dans le pass\u00e9, mais G\u00e9d\u00e9on ne le voit plus \u00e0 l'oeuvre \u00e0 pr\u00e9sent.

{N}6,{/}15: nous trouvons cette attitude de G\u00e9d\u00e9on dans d'autres textes de la Bible. La mission que Dieu nous confie va toujours au-del\u00e0 de nos forces humaines (Ex 3,11; Jr 1,6).
Dieu ne promet pas de faire les choses \u00e0 notre place, mais il nous invite \u00e0 agir: Tu es bien assez fort pour d\u00e9livrer Isra\u00ebl de la main de Madian. (v. 14) Ainsi, Yahv\u00e9 vient chercher l'homme qu'il a choisi. Le jeune paysan G\u00e9d\u00e9on se d\u00e9couvre lui-m\u00eame \u00e0 travers cet appel et d\u00e9j\u00e0 il sait qu'il ira jusqu'au bout.

{N}6,{/}25: ce texte unit \u00e9troitement la mission lib\u00e9ratrice confi\u00e9e \u00e0 G\u00e9d\u00e9on et la profession publique de sa foi en Yahv\u00e9: c'est ainsi qu'il m\u00e9rite l'engagement de Dieu.
G\u00e9d\u00e9on accepte de s'engager, mais il veut \u00eatre s\u00fbr que c'est Yahv\u00e9 qui parle. Il n'est pas comme d'autres qui demandent des signes pour gagner du temps parce qu'ils doutent ou ne veulent pas \u00eatre convaincus (voir Mc 8,11; Lc 1,18).

{N}7,{/}4: Le peuple est encore trop nombreux. Ces paroles de Yahv\u00e9 nous aident \u00e0 croire qu'une petite minorit\u00e9 de militants peut amener des changements authentiques et durables.

{N}8,{/}22: Ici, pour la premi\u00e8re fois, nous avons une allusion au d\u00e9sir des Isra\u00e9lites d'avoir un roi (8,22-31).
Il fallait qu'ils deviennent une nation, et ce serait un \u00e9norme progr\u00e8s apr\u00e8s l'anarchie des tribus d\u00e9sunies et inorganis\u00e9es. Cependant, ceux qui ont \u00e9crit ce livre au cours du dernier si\u00e8cle des rois de J\u00e9rusalem avaient \u00e9t\u00e9 tellement d\u00e9\u00e7us par leurs dirigeants, qu'ils r\u00eavaient des temps anciens o\u00f9 il n'y avait ni roi ni administration centrale. Ils pensaient que, comme Isra\u00ebl \u00e9tait le peuple de Dieu, ils n'avaient pas besoin de chefs permanents comme les autres nations: l'id\u00e9al pour eux \u00e9tait de vivre au jour le jour, confiants en Yahv\u00e9 qui ferait appara\u00eetre un lib\u00e9rateur au moment n\u00e9cessaire.
C'est pourquoi le livre des Juges observe que G\u00e9d\u00e9on refuse d'\u00eatre le roi: Yahv\u00e9 sera votre roi. Malheureusement, G\u00e9d\u00e9on demande de l'or, et ainsi le h\u00e9ros d\u00e9truit ce qu'il a fait pour son peuple.
Tous ces sauveurs: G\u00e9d\u00e9on, Barac, Jepht\u00e9 et Samson sont tr\u00e8s d\u00e9cevants - comme le sont g\u00e9n\u00e9ralement les politiciens et ceux qui parlent de lib\u00e9rer les peuple opprim\u00e9s. Faut-il en conclure que l'action politique est inutile? Que nous devons consacrer tous nos efforts \u00e0 la pri\u00e8re et \u00e0 la cat\u00e9ch\u00e8se et laisser \u00e0 d'autres la lutte pour la justice? Mais voici que la justice est inscrite \u00e0 chaque page de la Bible.
De fait, parler de politique, c'est parler de pouvoir et le pouvoir corrompt ceux qui n'ont pas une conscience solidement form\u00e9e. Il y a peu \u00e0 attendre de la politique l\u00e0 o\u00f9 la conscience n'a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t dans une famille saine o\u00f9 l'enfant d\u00e9couvre chez ses parents amour et fid\u00e9lit\u00e9 (les deux qualit\u00e9s que la Bible joint sans cesse), et n'a pas \u00e9t\u00e9 form\u00e9e par des parents d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 user de leur autorit\u00e9 pour dompter ses caprices.
Voil\u00e0 pourquoi, plus tard, viendra un temps o\u00f9 Dieu fera passer au premier plan la formation personnelle et familiale des croyants: ce sera le temps des Livres de Sagesse et de l'observance de la Loi.

{N}9,{/}8: Dans 9,8-15 l'auteur rappelle une fable ancienne qu'il place dans la bouche de Yotam. C'est une violente critique de l'autorit\u00e9 des rois: elle montre que souvent ce sont les plus incapables et les plus mauvais qui ambitionnent le pouvoir. Elle illustre ld'Abim\u00e9lek.

{N}10,{/}1: Chaque tribu a ses propres probl\u00e8mes. Des sauveurs surgissent alors en divers endroits et, apr\u00e8s avoir remport\u00e9 une victoire, ils sont honor\u00e9s comme "juges" pour le reste de leur vie: G\u00e9d\u00e9on, de la tribu de Manass\u00e9, Tola d'Issacar, Ya\u00efr de Galaad.
On voit l'amour inlassable de Yahv\u00e9 qui pardonne toujours. Quand les p\u00e9ch\u00e9s se multiplient, Yahv\u00e9 dit: je ne vous sauverai plus; et, encore une fois, Dieu ne supporte pas davantage la souffrance d'Isra\u00ebl.  Si nous nous plaignons de ce que Dieu ne fait rien pour supprimer l'injustice dans le monde, c'est parce que nous ne savons pas voir que les opprim\u00e9s, comme ceux qui les oppriment, ont leur part de responsabilit\u00e9 et de p\u00e9ch\u00e9.

{N}11,{/}1: Jepht\u00e9 est l'un des sauveurs les plus discutables de la Bible. Sa guerre contre la tribu d'Ephra\u00efm n'apporte aucune gloire au peuple d'Isra\u00ebl. Enfin son voeu de sacrifier quelqu'un de sa maison correspond aux coutumes des Canan\u00e9ens qui sacrifiaient volontiers leurs enfants. On lit cependant: l'esprit de Yahv\u00e9 s'empara de Jepht\u00e9 (29).
A l'\u00e9poque, l'esprit voulait dire la force surhumaine de Yahv\u00e9 qui poussait un homme \u00e0 des exploits extraordinaires. L'esprit de Yahv\u00e9 n'agit pas seulement par l'interm\u00e9diaire de personnes religieuses, proph\u00e8tes ou pr\u00eatres. Il agit "en renouvelant la face de la terre" (Ps 104) gr\u00e2ce \u00e0 des personnes \u00e0 qui il donne force et autorit\u00e9 pour des t\u00e2ches historiques qui sont partie du Royaume de Dieu.
En ce sens, bien des personnages de l'\u00e9poque contemporaine, qui n'\u00e9taient pas des saints, pourraient \u00eatre compar\u00e9s aux Juges: Dieu leur a donn\u00e9 le charisme pour entreprendre, bien ou mal, bien et mal, de grandes t\u00e2ches pour lesquelles les croyants ne voulaient pas se risquer ou se salir les mains.

{N}11,{/}29: La Bible rapporte le voeu de Jepht\u00e9 sans faire de commentaires. Elle y voit l'erreur lamentable d'un h\u00e9ros.

{N}13,{/}1: Ici nous avons quatre \u00e9pisodes des "histoires de Samson". Samson semble avoir \u00e9t\u00e9 un paysan d'une force extraordinaire qui luttait contre les Philistins de sa propre initiative. La l\u00e9gende lui a attribu\u00e9 de nombreux exploits.
Pour lui on parle d'une naissance miraculeuse, ses parents \u00e9tant \u00e2g\u00e9s, ce qui n'est pas \u00e9tranger aux plans de Dieu comme nous le voyons dans le cas du fils d'Abraham (Gn 18), dans le cas de Samuel (1S 1) et plus tard, de Jean-Baptiste (Lc 1,5).
L'enfant doit \u00eatre un nazir, c'est-\u00e0-dire consacr\u00e9 \u00e0 Dieu suivant un rite tr\u00e8s ancien de la Bible (Nb 6,1). Cette cons\u00e9cration \u00e0 Dieu est la source de sa force.

{N}16,{/}4: Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 Samson comme un "surhomme" toujours vainqueur des Philistins, l'histoire nous le montre vaincu par une femme. Samson r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Dalila sa cons\u00e9cration \u00e0 Dieu comme nazir. Il y a en lui une part r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 Dieu qui est la source de sa force surnaturelle.
Samson se livre corps et \u00e2me \u00e0 une femme qui ne l'aime pas. Nous lisons ailleurs dans la Bible: "il est bon de garder le secret du roi pour soi", et "ne jetez pas vos perles devant les cochons, de peur qu'ils ne les pi\u00e9tinent et ne se retournent contre vous pour vous d\u00e9chirer".

{N}17,{/}1: Le livre des Juges se termine par deux histoires typiques de la vie d'Isra\u00ebl \u00e0 ce moment. Semblant regretter cette p\u00e9riode o\u00f9 l'on n'avait pas besoin de roi (voir 8,22), l'auteur reconna\u00eet cependant les maux provoqu\u00e9s par l'anarchie.
Dans les chapitres 17 et 18, l'absence d'une autorit\u00e9 religieuse cr\u00e9e une situation o\u00f9 les pr\u00eatres font comme bon leur semble. N'oublions pas qu'\u00e0 l'\u00e9poque o\u00f9 ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, les hommes de la tribu de L\u00e9vi \u00e9taient consacr\u00e9s au service de Yahv\u00e9 (voir Nb 3).

{N}18,{/}25: c'est l\u00e0 un des passages de la Bible o\u00f9 se note le plus d'indiff\u00e9rence devant un massacre sauvage. Les Isra\u00e9lites d'alors ne connaissaient pas la valeur de la vie humaine, celle d'un ennemi ou la leur. Les individus ne comptaient pas, seul le peuple comptait. Pour eux, supprimer un peuple \u00e9tranger n'\u00e9tait pas plus grave que d'abattre des arbres.

{N}19,{/}1: Ce crime ressemble beaucoup \u00e0 ce que nous trouvons dans Gn 19. On peut appliquer ici ce qui a \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 propos de la r\u00e9ponse du ma\u00eetre de la maison. Les versets 24-25 et 27-28 sont un horrible t\u00e9moignage de ce qu'a \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles l'attitude des hommes envers les femmes: irresponsabilit\u00e9 totale et m\u00e9pris. Il allait de soi qu'on sacrifie la femme pour sauver un h\u00f4te.

{N}21,{/}1: Chaque tribu se sent oblig\u00e9e de d\u00e9fendre et de venger ses membres. Il n'y a pas d'autre fa\u00e7on de d\u00e9fendre un individu dans un peuple d\u00e9pourvu d'autorit\u00e9 centrale. Un crime pouvait donc conduire \u00e0 la guerre entre les tribus, comme dans l'exemple que nous trouvons ici. Le r\u00e9cit multiplie les chiffres les plus invraisemblables; c'est sans doute un moyen de dire qu'il y eut de fait une crise fort grave o\u00f9 Benjamin faillit dispara\u00eetre.
La conclusion \u00e9trange de cette histoire, avec le rapt des filles de Silo se veut optimiste: malgr\u00e9 tous les p\u00e9ch\u00e9s et toutes les erreurs de Benjamin, aucune des douze tribus qui sont l'h\u00e9ritage de Yahv\u00e9, ne peut dispara\u00eetre. Apr\u00e8s des \u00e9preuves m\u00e9rit\u00e9es, un reste sera toujours sauv\u00e9.

