{N}1,{/}3: Le h\u00e9ros du livre est Josu\u00e9, fils de Noun, successeur de Mo\u00efse (Dt 34,9). On parle de lui comme s'il avait entrepris seul et men\u00e9 \u00e0 bien la conqu\u00eate de la Terre Promise. Ainsi se dessine l'image d'un sauveur ("Josu\u00e9", comme "J\u00e9sus", signifie Yahv\u00e9 sauve) qui conduit le peuple de Dieu \u00e0 sa terre et \u00e0 son repos. Josu\u00e9 annonce J\u00e9sus comme le dira la lettre aux H\u00e9breux (4,8).
On ne doit pas interpr\u00e9ter la phrase "Yahv\u00e9 dit \u00e0 Josu\u00e9" litt\u00e9ralement. Elle signifie simplement qu'en prenant telle ou telle initiative, Josu\u00e9 r\u00e9alisait le plan de Yahv\u00e9. Comme tous les proph\u00e8tes qui se l\u00e8veront par la suite en Isra\u00ebl, Josu\u00e9 appara\u00eet ici comme le "serviteur de Yahv\u00e9" qui jour et nuit m\u00e9dite sa parole (Ps 1,2). Et la premi\u00e8re image biblique qui viendra \u00e0 l'esprit de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne primitive pour parler de J\u00e9sus, sera celle du "saint serviteur de Dieu" (Ac 3,13; 3,26; 4,27; 4,30).
V. 3 Je vous donne tout endroit que foulera ton pied. c'est ainsi que nous devons attendre les bienfaits de Dieu. Il ne fait pas les choses \u00e0 notre place; il nous am\u00e8ne \u00e0 faire l'effort n\u00e9cessaire pour les conqu\u00e9rir. La terre que Yahv\u00e9 donne aux Isra\u00e9lites leur appartiendra une fois qu'ils l'auront conquise.
Quelquefois, les chr\u00e9tiens ont la r\u00e9putation de ne pas se pr\u00e9occuper beaucoup des probl\u00e8mes sociaux et de ne pas s'engager dans des t\u00e2ches au service du bien commun. Il est vrai que l'Evangile ne parle pas de conqu\u00eates terrestres, mais l'Evangile ne pouvait livrer tout son message qu'\u00e0 un peuple qui avait lutt\u00e9 pour conqu\u00e9rir sa terre et sa propre identit\u00e9, et \u00e0 partir de l\u00e0, sa propre culture. L'Eglise sait par exp\u00e9rience que l'\u00e9vang\u00e9lisation ne peut se s\u00e9parer de la promotion humaine.

{N}2,{/}1: Une prostitu\u00e9e accueille les espions de Josu\u00e9. Ceux-ci promettent d'\u00e9pargner sa vie et celle de toute sa famille. Les \u00e9normes murs de J\u00e9richo avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits un si\u00e8cle plus t\u00f4t, mais de nouveaux habitants s'\u00e9taient install\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur sans les r\u00e9parer. On peut imaginer tous ces gens rassembl\u00e9s dans une maison b\u00e2tie sur les ruines du rempart.
Ce petit incident a une valeur symbolique. L'auteur place dans la bouche de Rahab une profession de foi en Yahv\u00e9, le Dieu vivant qui va livrer le pays aux H\u00e9breux. Rahab est sauv\u00e9e \u00e0 cause de sa foi.
La tradition juive la reconna\u00eet comme anc\u00eatre du roi David et l'Evangile mentionne son nom dans la g\u00e9n\u00e9alogie de J\u00e9sus (Mt 1,5).

{N}3,{/}1: Le Jourdain n'a pas toujours \u00e9t\u00e9 la fronti\u00e8re du pays d'Isra\u00ebl: selon les victoires ou les d\u00e9faites Isra\u00ebl poss\u00e9dait des terres \u00e0 l'est du Jourdain ou perdait celles qui se trouvaient \u00e0 l'ouest. Cependant le Jourdain a toujours repr\u00e9sent\u00e9 la fronti\u00e8re de la Terre Promise pour le peuple de Dieu. C'est ainsi que nous voyons comment les tribus de Ruben et de Gad, d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es \u00e0 l'est du fleuve, sont contraintes par Mo\u00efse, puis par Josu\u00e9, de franchir le fleuve avec leurs fr\u00e8res: c'est \u00e0 cette condition seulement qu'eux aussi seront regard\u00e9s comme de vrais h\u00e9ritiers de la Terre Promise. Voil\u00e0 pourquoi le passage du Jourdain derri\u00e8re Josu\u00e9 a tenu une si grande importance dans la tradition juive comme dans la tradition chr\u00e9tienne.
Dans cette travers\u00e9e, comme dans celle de la Mer Rouge, nous voyons que Dieu est le seul grand acteur de l'entr\u00e9e en Terre Promise. C'est au moment o\u00f9 les porteurs de l'Arche, sur laquelle repose la Gloire de Yahv\u00e9, touchent les eaux du fleuve, que celles-ci cessent de couler. Et lorsque les porteurs remontent du fleuve, une fois que tout le monde est pass\u00e9, les eaux reprennent leur cours.
Ainsi Dieu, port\u00e9 sur son Arche, ouvre et ferme la porte de la Terre Promise (Ap 3,7). De m\u00eame J\u00e9sus, nouvelle arche d'alliance en qui r\u00e9side la pl\u00e9nitude de la divinit\u00e9 (Col 2,9), descendra dans les eaux du Jourdain pour ouvrir aux hommes les portes de la nouvelle Terre Promise.
Si nous reconnaissons dans le passage du Jourdain, comme dans la travers\u00e9e de la Mer Rouge, un symbole du bapt\u00eame, nous devons d'abord remarquer que ce r\u00e9cit nous donne une des cl\u00e9s principales du livre de Josu\u00e9. Malgr\u00e9 les apparences, ce livre de l'Ancien Testament n'est pas un compte- rendu militaire des conqu\u00eates de Josu\u00e9; il est un livre liturgique. Tout au long du livre Dieu est \u00e0 l'oeuvre: c'est lui qui ouvre la Terre Promise aux Isra\u00e9lites, c'est lui qui accorde ou retire ses b\u00e9n\u00e9dictions selon la fid\u00e9lit\u00e9 ou l'infid\u00e9lit\u00e9 de son peuple. Et lorsque le livre se terminera, nous verrons le peuple invit\u00e9 \u00e0 une profession de foi solennelle (Jos 24). Chaque fois que l'Eglise nous invite comme Josu\u00e9 \u00e0 renouveler notre profession de foi, que ce soit au bapt\u00eame ou \u00e0 la veill\u00e9e pascale, nous reprenons une longue tradition du peuple des croyants.

{N}3,{/}16: Les eaux s'arr\u00eat\u00e8rent el s'amass\u00e8rent \u00e0 une tr\u00e8s grande distance. En 1267 apr\u00e8s J.C., un glissement de terrain a eu lieu dans la vall\u00e9e du Jourdain, bien plus haut que J\u00e9richo, laissant la rivi\u00e8re \u00e0 sec jusqu'\u00e0 ce que le courant surmonte l'obstacle quelques heures plus tard. Nous pouvons penser que c'est un ph\u00e9nom\u00e8ne semblable qui a permis \u00e0 Josu\u00e9 et \u00e0 son peuple d'entrer en Terre Promise en traversant \u00e0 pied sec le lit de la rivi\u00e8re. Le miracle a donc \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment que l'\u00e9v\u00e9nement se produise au moment o\u00f9 Josu\u00e9 et son peuple attendaient de Yahv\u00e9 qu'il leur ouvre le passage. Dieu se sert souvent de causes naturelles pour tenir une promesse apparemment irr\u00e9alisable.

{N}4,{/}21: Que font ici ces pierres? Qu'est-ce que ce monument, cette f\u00eate, signifient? A chaque fois, la r\u00e9ponse est le r\u00e9cit d'un \u00e9v\u00e9nement o\u00f9 Yahv\u00e9 a aid\u00e9 son peuple. C'est par ce genre de questions et de r\u00e9ponses que la foi s'enseignait en Isra\u00ebl. Les Isra\u00e9lites ne savaient pas grand chose en mati\u00e8re de religion, mais chaque endroit de leur pays leur rappelait que Dieu \u00e9tait le sauveur de son peuple.
Josu\u00e9 s'installe \u00e0 Guilgal d'o\u00f9 il organise ses attaques, et il revient \u00e0 Guilgal apr\u00e8s chaque victoire, avant que les forces canan\u00e9ennes ne se regroupent.
Il est \u00e9vident qu'ici plusieurs r\u00e9cits se m\u00e9langent qui ne sont pas d'accord sur tous les points. Les douze pierres ont-elles \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es dans le camp (4,3), ou bien ont-elles \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9es dans le lit du Jourdain (4,9)? Peu importe. Ces pierres \u00e9taient sans doute d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, pr\u00e8s de Guilgal, bien avant Josu\u00e9 et les Isra\u00e9lites: elles formaient le sanctuaire d'un lieu de culte pa\u00efen. Mais apr\u00e8s la conqu\u00eate, les pr\u00eatres ont voulu leur donner un sens religieux conforme \u00e0 leur foi, comme nous avons d\u00e9j\u00e0 vu dans Ex 12,15.

{N}5,{/}1: Dans leur premier camp, les hommes de Josu\u00e9 c\u00e9l\u00e8brent leur premier rite religieux en proc\u00e9dant \u00e0 la circoncision (voir Gn 17,10) qui marque l'entr\u00e9e dans la communaut\u00e9 religieuse d'Isra\u00ebl. Pour souligner cette obligation, le livre pr\u00e9cise que tout le peuple re\u00e7ut la circoncision au moment d'entrer dans la Terre Promise.

{N}5,{/}11: Au lendemain de la P\u00e2que, ils mang\u00e8rent des produits du pays. Voir Ex 16 pour les explications de la manne et des l\u00e9gendes qui s'y rapportent.
Cet \u00e9v\u00e9nement marque le commencement d'une nouvelle \u00e9tape. Jusqu'alors, la religion des Isra\u00e9lites \u00e9tait celle d'un peuple de nomades. Alors commence une crise profonde qui devait durer jusqu'\u00e0 l'\u00e9poque du roi David: les Isra\u00e9lites essayent de s'adapter \u00e0 leur nouvelle situation d'agriculteurs et de citadins: peu \u00e0 peu leur religion va s'adapter \u00e0 cette nouvelle condition.
Mais ce texte va plus loin: le temps du voyage, le temps de la marche vers la Terre Promise est termin\u00e9; le peuple a pris pied sur cette terre. La manne, nourriture du voyage, cesse de tomber et le peuple se rassasie des fruits du pays. Ainsi en sera-t-il \u00e0 la fin des temps. Lorsque l'humanit\u00e9 enti\u00e8re aura rejoint le P\u00e8re et son royaume, l'Eglise cessera de donner aux hommes le pain de la route; l'homme n'aura plus besoin de communier au pain et au vin de l'eucharistie, puisqu'il sera pleinement rassasi\u00e9 de la pr\u00e9sence \u00e9ternelle de Dieu.

{N}6,{/}1: La conqu\u00eate commence avec la prise de J\u00e9richo. J\u00e9richo est vou\u00e9e \u00e0 l'anath\u00e8me: mise \u00e0 part pour Dieu. Le peuple renonce au butin, livre les profits au tr\u00e9sor de Yahv\u00e9 et tue tous les \u00eatres vivants au lieu de prendre les animaux et de r\u00e9duire les hommes en esclavage. Ce m\u00eame terme "anath\u00e8me" s'emploiera plus tard pour parler de quelqu'un qui est maudit par Dieu (voir Rm 9,3). C'\u00e9tait une pratique courante de certains peuples: ici, en d\u00e9truisant tout ce qui est canan\u00e9en, Isra\u00ebl se garde d'adopter la culture et le mat\u00e9rialisme des Canan\u00e9ens.
Le lecteur moderne est scandalis\u00e9: comment Dieu a-t-il pu ordonner une telle guerre? Et comment Josu\u00e9 a-t-il pu croire qu'il plaisait \u00e0 Dieu en massacrant tous les habitants y compris les b\u00e9b\u00e9s? Mais il faut tenir compte du temps de la conqu\u00eate et de la date o\u00f9 l'on a r\u00e9dig\u00e9 ce livre.
La conqu\u00eate a eu lieu au treizi\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ. Nous avons du mal \u00e0 comprendre la mentalit\u00e9 de cette \u00e9poque. En Canaan, on br\u00fblait encore les b\u00e9b\u00e9s sacrifi\u00e9s aux dieux pa\u00efens. En Assyrie, les prisonniers \u00e9taient \u00e9corch\u00e9s vifs. Isra\u00ebl s'est impos\u00e9 en Palestine par la force, comme tous les peuples nomades du monde. Dieu commen\u00e7ait l'instruction de son peuple: il ne pouvait pas vouloir qu'il soit instruit avant d'avoir commenc\u00e9. Les sanglantes victoires \u00e9taient une \u00e9tape n\u00e9cessaire sur le chemin conduisant \u00e0 la conscience nationale. De m\u00eame, nous ne pouvons pas aujourd'hui, au nom de la paix, m\u00e9priser les h\u00e9ros des guerres du pass\u00e9.
D'autre part, ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit au septi\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ dans le petit royaume de Juda, entour\u00e9 de puissants voisins avec lesquels il essayait de vivre en paix. C'est alors qu'on a amplifi\u00e9 les r\u00e9cits des victoires pass\u00e9es (comparer 2S 12,31 \u00e9crit par des contemporains des \u00e9v\u00e9nements et 1Ch 20,2 \u00e9crit quatre si\u00e8cles plus tard). L'auteur voulait montrer \u00e0 ses contemporains qu'ils n'avaient rien \u00e0 craindre, puisque Dieu \u00e9tait avec eux. En exag\u00e9rant le massacre des Canan\u00e9ens, il voulait dire \u00e0 ses compatriotes: n'acceptez aucune des pratiques pa\u00efennes, pr\u00e9servez la semence sacr\u00e9e, la foi d'Isra\u00ebl. Toute cette imagerie sanglante veut nous dire: si le peuple de Dieu poss\u00e8de l'unique esp\u00e9rance du monde, aucun sacrifice n'est trop grand quand il s'agit de la pr\u00e9server. L'Evangile n'est pas moins tranchant que le glaive de Josu\u00e9, il n'est pas moins indulgent pour nos idoles et nos peurs, m\u00eame quand il refuse la violence et, bien entendu, le fanatisme de ces temps primitifs.
Par ailleurs, quand nous lisons que "Yahv\u00e9 ordonna l'anath\u00e8me", nous ne devons pas penser que c'\u00e9tait une intervention sp\u00e9ciale de Dieu (voir commentaire de Gn 16). Ces paroles veulent simplement dire que quand Josu\u00e9 d\u00e9cidait l'anath\u00e8me, il \u00e9vitait \u00e0 Isra\u00ebl  ce qui \u00e9tait le plus contraire au plan de Dieu: l'idol\u00e2trie. Les Isra\u00e9lites agissaient en cela comme un peuple qui ne conna\u00eet pas encore la valeur de la vie humaine.
Il est difficile de savoir ce qui est vrai dans ce r\u00e9cit: voir note de Josu\u00e9 2,1.

{N}7,{/}1: Tout le butin est d\u00e9clar\u00e9 "anath\u00e8me", c'est-\u00e0-dire  consacr\u00e9 \u00e0 Dieu. Qu'il soit br\u00fbl\u00e9 ou d\u00e9pos\u00e9 au tr\u00e9sor du sanctuaire, il est offert \u00e0 Dieu. Akan a vol\u00e9 Dieu, et selon la mani\u00e8re de penser des peuples primitifs, ce qui est vol\u00e9 se transforme en mal\u00e9diction contre le voleur et sa famille. Cet incident nous fera peut-\u00eatre r\u00e9fl\u00e9chir sur la gravit\u00e9 de notre engagement une fois que nous avons d\u00e9cid\u00e9 de consacrer notre temps, notre personne \u00e0 Dieu.

{N}8,{/}30: Quelle est la raison d'\u00eatre de cette alliance c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 Sichem? La Bible nous pr\u00e9sente l'histoire ancienne d'Isra\u00ebl de fa\u00e7on tr\u00e8s id\u00e9alis\u00e9e quand elle dit que les douze tribus \u00e9taient ensemble en Egypte, qu'elles sont parties ensemble avec Mo\u00efse et que ces douze tribus sont entr\u00e9es en Terre Promise avec Josu\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9 toute l'histoire de l'Exode est celle d'un petit groupe qui s'est lib\u00e9r\u00e9 sous la direction de Mo\u00efse et qui a fait l'exp\u00e9rience d\u00e9cisive de la rencontre du Dieu sauveur.
Plus tard, \u00e0 l'oasis de Qadesh, ils ont rencontr\u00e9 d'autres groupes h\u00e9breux qui comme eux avaient s\u00e9journ\u00e9 en Egypte et avec lesquels ils ont partag\u00e9 leur foi (voir le commentaire sur la carte de l'Exode).
Par la suite, quand ils s'installent en Palestine, ils s'allient \u00e0 d'autres tribus de leur race qui vivaient d\u00e9j\u00e0 parmi les Canan\u00e9ens. C'est alors qu'Isra\u00ebl commence \u00e0 devenir un peuple de douze tribus parmi lesquelles les tribus d'Ephra\u00efm et de Manass\u00e9 pr\u00e9dominent. Par la suite, la tribu de Juda se constituera au sud \u00e0 partir de divers groupes, en particulier les Cal\u00e9bites (Jg 1,12; Nb 13,30) et les K\u00e9nites (Jg 1,16) 
Dans ces conditions l'alliance de Sichem a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 l'occasion o\u00f9 les anciens et les nouveaux ont adopt\u00e9 solennellement la foi et les commandements donn\u00e9s par Mo\u00efse.

{N}10,{/}1: "Le soleil de Gabaon" a beaucoup pr\u00e9occup\u00e9 ceux qui prenaient au pied de la lettre tout ce qu'ils lisaient dans la Bible.
Certains ont pens\u00e9 que le soleil s'\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 dans le ciel \u00e0 ce moment-l\u00e0. Plus tard, quand on a su que c'\u00e9tait la terre qui tournait autour du soleil, certains pens\u00e8rent que la terre avait d\u00fb s'arr\u00eater de tourner. Mais cette explication n'est pas plus acceptable, car si la terre s'\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, tout se serait volatilis\u00e9 par la force d'inertie. Alors, il vaut mieux observer que dans ce cas la Bible cite un livre po\u00e9tique: le "Livre du Juste" et que les po\u00e8tes parlent avec leur imagination et non pas comme les historiens ou les scientifiques. Ils ont sans doute voulu simplement souligner le caract\u00e8re exceptionnel de ce jour.

{N}11,{/}1: Au chapitre 11 nous avons une description de la campagne de Josu\u00e9 dans le nord de la Palestine. C'est l\u00e0 qu'il prit Hasor qui \u00e9tait \u00e0 l'\u00e9poque une grande ville avec ses quarante mille habitants. Le r\u00e9cit laisse l'impression qu'il conquit le pays tout entier; mais ensuite les chapitres 13 \u00e0 19 montrent que chaque tribu a d\u00fb conqu\u00e9rir sa terre par ses propres initiatives.
Les versets 1 \u00e0 6 mentionnent bien des territoires compris entre la m\u00e9dit\u00e9rann\u00e9e et la vall\u00e9e du Jourdain; mais de fait, ils n'appartiendront jamais \u00e0 Isra\u00ebl: tout au plus seront-ils \u00e0 certains moments soumis \u00e0 son autorit\u00e9.

{N}13,{/}1: Josu\u00e9 distribue la Terre Promise entre les douze tribus.
Des groupes divers avaient pris part \u00e0 la sortie d'Egypte (Ex 12,38). En Palestine, d'autres groupes les ont rejoints (voir Jos 8,33). Les tribus n'\u00e9taient pas un peuple homog\u00e8ne, ni un groupe ferm\u00e9, et ce n'\u00e9tait pas encore une nation organis\u00e9e. N\u00e9anmoins, ces tribus de force in\u00e9gale formaient un ensemble. Deux groupes pr\u00e9dominent: Ephra\u00efm au nord et Juda au sud.
Chez les nomades, les membres d'une tribu pr\u00e9tendent \u00eatre tous les descendants du fondateur de la tribu, un homme prestigieux du pass\u00e9 dont ils portent le nom. Les Isra\u00e9lites se consid\u00e9raient tous descendants de Jacob-Isra\u00ebl, c'est pourquoi chacune des douze tribus veut \u00eatre la descendance d'un des fils de l'anc\u00eatre Jacob, de qui elle tire son nom.
Il y avait en r\u00e9alit\u00e9 treize tribus et non pas douze. Il suffit de comparer la liste des fils de Jacob (Gn 35,23) \u00e0 la liste des douze tribus de ce livre. La liste co\u00efncide pour les noms suivants: Ruben, Sim\u00e9on, Juda, Issacar, Zabulon, Dan, Nephtali, Gad, Asher et Benjamin. Mais les "fils de Joseph" formaient deux tribus: Ephra\u00efm et Manass\u00e9 (Jos 16,4). Donc, si l'on inclut la tribu de L\u00e9vi, il y a bien treize tribus. Mais par ailleurs, cette derni\u00e8re tribu se composait de familles traditionnellement consacr\u00e9es au culte divin et n'avait pas de territoire propre (Jos 21,10). Ainsi, quand Josu\u00e9 divise le pays, le nombre de douze tribus se trouve r\u00e9tabli.
On distribue la terre par tirage au sort, ce qui nous enseigne que la Terre Promise est un don de Dieu (on trouve les m\u00eames images au psaume 16). Chaque tribu re\u00e7oit une portion qu'elle n'a pas choisie, et qu'elle doit conqu\u00e9rir pour la poss\u00e9der. Chacun de nous a re\u00e7u de Dieu sa part, et nous devons l'accepter comme les tribus acceptent leur "part d'h\u00e9ritage". Ensuite, il nous faut accomplir notre destin avec courage et confiance en Dieu comme le font les tribus.

{N}22,{/}1: La situation des tribus install\u00e9es \u00e0 l'est du Jourdain \u00e9tait ambigu\u00eb: elles \u00e9taient \u00e0 l'ext\u00e9rieur de la "Terre Promise" dont le Jourdain formait la fronti\u00e8re (voir note Jos 3). Le chapitre 22 affirme donc l'appartenance authentique des tribus de Transjordanie au peuple d'Isra\u00ebl et nous montre en m\u00eame temps la l\u00e9gitimit\u00e9, en ce temps-l\u00e0, des sanctuaires de province. Ce n'est qu'\u00e0 l'\u00e9poque de Josias, \u00e0 la fin du 7e si\u00e8cle av. J.-C. que tout le culte sera regroup\u00e9 au sanctuaire de J\u00e9rusalem.

{N}24,{/}1: A moment o\u00f9 Josu\u00e9 dispara\u00eet, la pr\u00e9sence d'Isra\u00ebl dans les collines et les r\u00e9gions plus \u00e9lev\u00e9es de la Palestine est un fait acquis. Par infiltration pacifique, ou par les armes, il s'est implant\u00e9. Et ce qui est plus important, les tribus ont conscience de leur commune destin\u00e9e.
Les douze tribus s'assemblent \u00e0 Sichem au centre de la Palestine o\u00f9 sont \u00e9tablies les tribus de Joseph, plus fortes et plus attach\u00e9es aux traditions de Mo\u00efse. C'est l\u00e0 que l'Alliance c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par  Mo\u00efse (voir Ex 24 et les derniers chapitres du Deut\u00e9ronome) va \u00eatre renouvel\u00e9e.
Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les interventions de Yahv\u00e9 en faveur d'Isra\u00ebl, Josu\u00e9 invite l'assembl\u00e9e \u00e0 choisir Yahv\u00e9 et \u00e0 rejeter les dieux \u00e9trangers. La loi de l'Alliance est mise par \u00e9crit.
Le souvenir de l'Alliance de Sichem maintiendra le d\u00e9sir d'unit\u00e9 et de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Yahv\u00e9 pendant les jours sombres qui suivront la mort de Josu\u00e9, ce qu'on appelle la p\u00e9riode des Juges. Cette "profession de foi de Sichem" est l'image et l'annonce de toutes les professions de foi solennelles auxquelles seront invit\u00e9s les Isra\u00e9lites. Elle annonce \u00e9galement la profession de foi que l'Eglise demande aux chr\u00e9tiens dans la nuit de P\u00e2ques.

