{N}1,{/}1:Depuis des si\u00e8cles et des si\u00e8cles, une grande partie de l'humanit\u00e9 vit sous l'oppression, mais les historiens parlent peu de cette vie de souffrance. Les r\u00e9bellions \u00e9taient rares car la grande majorit\u00e9 des hommes vivaient r\u00e9sign\u00e9s, et ils en \u00e9taient m\u00eame venus \u00e0 penser que la servitude \u00e9tait une condition normale pour eux. Mais Dieu a voulu intervenir d'une mani\u00e8re \u00e9vidente, une fois au moins, pour lib\u00e9rer les H\u00e9breux et ce fut la premi\u00e8re \u00e9tape de l'histoire du peuple de Dieu.
La Bible d\u00e9crit \u00e0 grands traits la situation d'oppression des H\u00e9breux en Egypte telle que ceux-ci se la rappelaient:
-_Les ma\u00eetres \u00e9gyptiens redoutent des travailleurs qui, selon eux, se multiplient d'une mani\u00e8re dangereuse (v. 10 et 12).
-_Ils imposent des travaux p\u00e9nibles aux Isra\u00e9lites afin de construire et de d\u00e9fendre une soci\u00e9t\u00e9 qui ne leur procure pas le bien-\u00eatre et ne leur reconna\u00eet aucun droit (v. 11).
-_Avec les chefs de corv\u00e9e \u00e9gyptiens, les H\u00e9breux connaissent \u00e0 la fois exploitation, oppression et r\u00e9pression politique.
-_Finalement, une autorit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re leur impose un contr\u00f4le des naissances draconien (16).
Des situations d'oppression sont d\u00e9crites dans: 1M 1,2; 2M 4; 2M 6; Am 5,10; Ex 34; Mi 2,1; Jb 24,1; 25,9; Lm 3,3.
Qui \u00e9taient Chifra et Poua? Ce sont des noms d'Egyptiennes qui, par piti\u00e9 pour le peuple opprim\u00e9, se moqu\u00e8rent des ordres du roi et n'accept\u00e8rent pas d'ex\u00e9cuter des ordres que leur conscience condamnait.
{N}2,{/}1: La lib\u00e9ration du peuple h\u00e9breu com mence par une action toute simple, isol\u00e9e, l'action d'une m\u00e8re qui risque sa propre vie afin de sauver son fils.
Un geste d'amour maternel. C'est aussi la r\u00e9 volte d'une conscience qui refuse d'ob\u00e9ir \u00e0 une loi inhumaine. C'est l'acte de foi d'une m\u00e8re qui entrevoit le merveilleux avenir que Dieu ouvre \u00e0 une nouvelle vie, et qui sait que les enfants sont l'avenir de son peuple (voir H\u00e9breux 11,21). N'est-ce pas de la m\u00eame fa\u00e7on que des mamans refusent aujourd'hui l'avortement, au nom de leur conscience \u00e9clair\u00e9e par la foi.
Les historiens expliquent que les d\u00e9tails de ce r\u00e9cit s'inspirent de la l\u00e9gende du roi Sargon sauv\u00e9 des eaux quand il \u00e9tait enfant. Il est en effet fort probable que l'on ne savait rien de l'enfance de Mo\u00efse et l'histoire de la corbeille trouv\u00e9e dans les roseaux \u00e9tait une jolie fa\u00e7on de dire que la Providence de Dieu avait veill\u00e9 sur son destin. Mo\u00efse avait \u00e9chapp\u00e9 au sort commun des enfants h\u00e9breux et avait atterri dans le monde tr\u00e8s ferm\u00e9 des privil\u00e9gi\u00e9s de la culture. Celui qui allait lib\u00e9rer les esclaves devait avoir fait l'exp\u00e9rience de la libert\u00e9: les esclaves h\u00e9breux ne savaient m\u00eame pas ce que signifiait ce mot.

{N}2,{/}11: Mo\u00efse vivait comme un prince. Il va cependant \u00e0 la rencontre de ses fr\u00e8res de condition inf\u00e9rieure.
Il vit avec quelle brutalit\u00e9 on traitait ses fr\u00e8res. Mo\u00efse ne fait pas comme tant de privil\u00e9gi\u00e9s de la culture, qui ne se sentent plus solidaires de leur peuple et agissent contrairement \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats (fuites de capitaux et exode des cerveaux). Mo\u00efse ne ferme pas les yeux comme ceux qui renient leur humble origine ou qui refusent de se solidariser avec leurs compagnons pour se faire admettre dans un milieu sup\u00e9rieur.
Mo\u00efse prend tout de suite le parti de son peuple opprim\u00e9; mais le lendemain il d\u00e9couvre un autre aspect du mal: ses fr\u00e8res ne sont pas des victimes innocentes: l'oppression dont ils souffrent a quelque chose \u00e0 voir avec la violence, le mal et l'irresponsabilit\u00e9 qui s\u00e9vissent parmi eux. Les Egyptiens ne les respectent pas, mais de leur c\u00f4t\u00e9, eux ne font rien pour m\u00e9riter ce respect. Cette fois, Mo\u00efse ne sait plus quoi faire et prend la fuite.
Mo\u00efse a fait le premier pas qui le conduira \u00e0 lib\u00e9rer son peuple. Lorsqu'il renonce \u00e0 partager le sort des privil\u00e9gi\u00e9s et se solidarise avec les humbles, il prend sans le savoir le chemin du Christ, comme le dit la lettre aux H\u00e9baux He 11,25-26: "Par la foi, Mo\u00efse refusa d'\u00eatre appel\u00e9 fils d'une fille de Pharaon. Il aima mieux \u00eatre maltrait\u00e9 avec le peuple de Dieu que de conna\u00eetre le plaisir \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9, estimant ainsi que l'humiliation du Christ a plus de prix que les tr\u00e9sors de l'Egypte."
Ainsi nous comprenons que la Bible soutient tout effort fait pour la dignit\u00e9 humaine ainsi que les efforts des jeunes, des ouvriers et de tous ceux qui luttent pour une plus grande participation \u00e0 la construction de leur avenir.
Les lib\u00e9rations qui viennent de Dieu lib\u00e8rent des structures oppressives, mais en m\u00eame temps elles \u00e9veillent en nous la conscience de notre p\u00e9ch\u00e9.

{N}2,{/}16: Berger dans le d\u00e9sert, Mo\u00efse apprend la vie rude, pauvre et libre, qui a \u00e9t\u00e9 celle d'Abraham. Il vit parmi les Madianites qui sont plus ou moins descendants du p\u00e8re des croyants (Gn 25,2). Ainsi Mo\u00efse re\u00e7oit de son beau-p\u00e8re Ragou\u00ebl, qui sera nomm\u00e9 \u00e9galement J\u00e9thro (3,1), les traditions concernant Abraham et sa foi en Dieu.

{N}2,{/}23: Ils cri\u00e8rent, et leur cri monta jusqu'\u00e0 Dieu. Il arrive que les gens d\u00e9sesp\u00e8rent de Dieu. Cependant, m\u00eame s'ils oublient ses promesses, Dieu ne les oublie pas. Dieu veille sur ses enfants, et son amour est toujours attentif.
La Bible nous dit qu'il y a une "heure de Dieu", et que nous ne pouvons imposer \u00e0 Dieu nos volont\u00e9s. Bien que nous puissions avancer l'heure de Dieu par nos pri\u00e8res et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de notre vie, les temps et moments appartiennent \u00e0 Dieu (Ac 1,7).
La patience de Dieu: voir 2M 6,12; Ha 1,2; Si 35,9; Ps 44; Mc 4,26; Lc 18,1; Ap 6,11.

{N}3,{/}1: Dieu a attendu bien des ann\u00e9es avant d'appeler Mo\u00efse qui est maintenant un homme m\u00fbr. Il l'appelle au moment o\u00f9 Mo\u00efse s'est d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli comme p\u00e8re de famille et comme berger. Il le fait dans le d\u00e9sert o\u00f9 Mo\u00efse s'est apparemment isol\u00e9 du malheur de ses fr\u00e8res et o\u00f9, jour apr\u00e8s jour, il se fait moins probable qu'il retrouve son peuple. C'est ainsi que Dieu nous attend souvent dans un des d\u00e9serts de notre vie. Pendant ces p\u00e9riodes qui semblent si vides, Dieu pr\u00e9pare ses serviteurs \u00e0 condition que le coeur et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 demeurent intactes.

{N}3,{/}2: L'ange de Yahv\u00e9 se manifesta \u00e0 lui comme une flamme de feu. L'ange de Yahv\u00e9 (nous savons que c'est une fa\u00e7on de dire Yahv\u00e9 Dieu lui-m\u00eame: voir Visions et Anges Gn 16,1) se pr\u00e9sente comme le feu qui attire le regard, mais qui br\u00fble si l'on approche.
Cette montagne \u00e9tait depuis des si\u00e8cles un lieu sacr\u00e9, et Mo\u00efse fait ce que l'on avait coutume de faire en p\u00e9n\u00e9trant dans un lieu saint: il enl\u00e8ve ses sandales pour ne pas souiller un lieu saint en y apportant la pous si\u00e8re de l'existence journali\u00e8re. Cela nous rappelle que les hommes ne peuvent s'approcher de Dieu sans s'\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9s de leurs soucis et d\u00e9sirs terrestres. Seule la R\u00e9v\u00e9lation du Nouveau Testament nous permettra de vivre tout \u00e0 la fois le respect de l'infinie saintet\u00e9 de Dieu et la confiance en sa Pr\u00e9sence si proche de nous (Jn 1,14).
Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Celui qui appelle Mo\u00efse est celui que ses anc\u00eatres v\u00e9n\u00e9raient sous des noms diff\u00e9rents, bien que tous aient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 participer au m\u00eame plan de salut.
Je serai avec toi. Chaque fois que Dieu appelle, il commence par rassurer, car tout de suite nous sentons que nous y passerons tout entiers: Jos 1,5; Jg 6,12; Mt 28,20; Lc 1,28.
Qui suis-je pour aller trouver Pharaon? Mo\u00efse n'est plus le jeune plein d'enthousiasme qui attaquait le chef de corv\u00e9e \u00e9gyptien: l'homme m\u00fbr comprend que cette mission d\u00e9passe ses forces et il a peur. Mais l'appel de Dieu n'est pas une voix qu'on entend et qui passe: Dieu s'est rendu ma\u00eetre du coeur de Mo\u00efse.
Je t'envoie vers Pharaon. Cette mission de Mo\u00efse ne fait que commencer. Apr\u00e8s avoir d\u00e9livr\u00e9 les Isra\u00e9lites des Egyptiens, il leur imposera presque de force leur destin\u00e9e: Dieu les a choisis pour \u00eatre son peuple.
Dieu parle de conduire Isra\u00ebl \u00e0 la terre ruisselant de lait et de miel, la terre promise \u00e0 Abraham. Il ne fixe pas de d\u00e9lais et il ne donne aucun d\u00e9tail; il annonce du moins un \u00e9v\u00e9nement qui prouvera l'authenticit\u00e9 de la mission: un jour, pauvre mais libre, Isra\u00ebl arrivera avec Mo\u00efse au mont Horeb (ou Sina\u00ef) pour rencontrer Dieu et recevoir les paroles qui donnent la vie.

{N}3,{/}14: {C}LE NOM DIVIN{/}
Au milieu des autres peuples qui chacun connaissent Dieu \u00e0 leur mani\u00e8re et cherchent \u00e0 t\u00e2tons le sens de leur destin\u00e9e, Isra\u00ebl sera le peuple qui conna\u00eet le vrai Dieu et qui, de ce fait, sait o\u00f9 est le vrai d\u00e9passement de l'homme. La r\u00e9v\u00e9lation du Dieu unique est li\u00e9e \u00e0 une mission lib\u00e9ratrice, et l\u00e0 est le caract\u00e8re propre de la r\u00e9v\u00e9lation biblique. Quelques ann\u00e9es auparavant, le pharaon Ak\u00e9naton avait voulu, \u00e0 sa mani\u00e8re, faire reconna\u00eetre le Dieu unique: tout \u00e9tait rest\u00e9 un probl\u00e8me de culte et il n'avait pas mordu sur l'histoire. Le Dieu de Mo\u00efse est le Dieu saint et juste, qui veut \u00eatre servi par des hommes libres et justes.
Je suis: JE-SUIS (14). Il y a deux fa\u00e7ons de traduire cette d\u00e9claration. La premi\u00e8re est celle que nous indiquons ici: Dieu est celui qui existe, et qui seul existe sans aucune limitation. Ce sens s'accorde avec la fin du verset 14 et en m\u00eame temps il donne son sens \u00e0 "Yahv\u00e9". Mais on pourrait comprendre aussi: Je suis qui je suis. En ce cas, ce n'est pas que Dieu refuse de donner \u00e0 Mo\u00efse son identit\u00e9, puisque justement il va lui donner son nom. Mais Dieu laisse entendre que nul ne peut entrer dans le secret de sa personne.
C'est sous ce nom que vous m'invoquerez (v. 15). Il est \u00e9vident que tout nom est li\u00e9 \u00e0 une langue particuli\u00e8re dans laquelle il a un sens. Dieu indique un nom aux H\u00e9breux: Yahv\u00e9, ce qui dans leur langue veut dire: Il est. S'il s'\u00e9tait adress\u00e9 \u00e0 un autre peuple, Dieu aurait donn\u00e9 un autre nom qui aurait eu le m\u00eame sens pour ce peuple.
Yahv\u00e9 veut dire \u00e0 la fois: Il est et Il fait exister. Nous devons comprendre que Dieu est et qu'il fait exister ceux qu'Il conna\u00eet. Ce nom est li\u00e9 directement \u00e0 ce que Dieu dit au verset 14: Je suis celui qui Est et Je Suis.
Je Suis. C'est le Dieu "qui vit et qui voit (Gn 16,13). Quand il veut manifester quelque chose de son myst\u00e8re, il se fait pr\u00e9c\u00e9der par un feu fulgurant (Ez 1,4; Ha 3,4), la temp\u00eate et le tonnerre (Ex 19,6; 1R 19,11; Ps 18,9-17), ou les vagues de l'oc\u00e9an. Ces images cachent, \u00e0 la fa\u00e7on d'un nuage (2R 8,10), le myst\u00e8re de Dieu, infiniment plus profond.
Toutes les cr\u00e9atures re\u00e7oivent de Dieu leur existence; mais Dieu a en lui la source de sa propre existence et ne d\u00e9pend de personne, ni de rien. Dieu est l'Unique, et tout ce qui tient de lui son existence ne peut lui ajouter quoi que ce soit. Dieu est, et il fait exister. Voil\u00e0 donc une r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9cisive pour comprendre toute la Bible, et il convient de s'en souvenir lorsque certains disent trop facilement: "Dieu est amour", "Dieu est bont\u00e9". Ils oublient que cela serait faux si l'on n'affirmait d'abord que: "Dieu est celui qui Est". Si Dieu n'\u00e9tait que le Tout-Puissant, nous ne penserions qu'\u00e0 nous mettre \u00e0 genoux devant lui. S'il n'\u00e9tait que "bont\u00e9", nous ne comprendrions pas pourquoi il nous laisse souffrir. Mais il a dit: Je suis celui qui Est. Dieu est Personne, parfaitement active et libre, et il nous appelle \u00e0 exister pleinement. C'est pourquoi il a cr\u00e9\u00e9 un monde dans lequel nous pouvons agir en toute responsabilit\u00e9. Dieu ne nous impose pas le bien. Il pr\u00e9f\u00e8re nous laisser d\u00e9couvrir, \u00e0 travers nos exp\u00e9riences et nos erreurs, o\u00f9 est le v\u00e9ritable bien.
D'ailleurs, le mot "adorer" ne signifie pas d'abord, comme le croient certains: se prosterner, mais s'approcher visage contre visage. Bien des textes bibliques parlent de "chercher la face de Dieu" (Ps 24,6), ou "voir la face de Dieu" (Ps 11,7; 17,15).
En se pr\u00e9sentant ainsi, le Dieu Unique avait dit l'essentiel. Il ne pouvait pas, dans ces premiers temps, parler avec plus de pr\u00e9cision, ni r\u00e9v\u00e9ler le myst\u00e8re des Trois Personnes Divines en Dieu: ce devait \u00eatre la mission de J\u00e9sus (Mt 28,9; Jn 1,18-19). Pendant des si\u00e8cles les Isra\u00e9lites garderont l'image d'un Dieu-tout-seul qui parle surtout le langage de l'ob\u00e9issance.
Yahv\u00e9 ou J\u00e9hovah? Environ quatre si\u00e8cles avant que J\u00e9sus ne vienne, les Isra\u00e9lites avaient cess\u00e9, par respect, de prononcer le nom de Yahv\u00e9. C'est la raison pour laquelle ils remplac\u00e8rent Yahv\u00e9 par Y\u00e9hovah dans la Bible. Cet autre nom ne veut rien dire; on ne le pronon\u00e7ait pas, mais en le voyant le lecteur savait qu'il ne devait pas dire Yahv\u00e9, mais Edona\u00ef, ou Seigneur. Le mot Y\u00e9hovah gardait les consonnes Y H W H de Yahv\u00e9 et on y avait intercal\u00e9 les voyelles de E d O n A i.

{N}3,{/}18: Yahv\u00e9 est venu \u00e0 notre rencontre. On parle de faire une petite sortie religieuse, mais en fait on ne pense qu'\u00e0 sortir du pays. L'\u00e9v\u00e9nement se situe \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 tous les probl\u00e8mes sociaux ou politiques s'exprimaient en termes religieux (Ex 17,16; Nb 25,16).
Mais aujourd'hui certains demandent: "Quand la Bible parle de lib\u00e9ration, est-ce au sens humain et politique, ou bien est-ce seulement une lib\u00e9ration spirituelle?" A vrai dire, cette opposition est artificielle. L'exp\u00e9rience a suffisamment montr\u00e9 que pour sauver notre prochain, ni l'aide mat\u00e9rielle, ni les changements politiques, ni les pri\u00e8res ne suffisent. Ce qui importe, c'est que les personnes se r\u00e9veillent. Pour cela elles doivent affronter et r\u00e9soudre les probl\u00e8mes r\u00e9els, mat\u00e9riels, p\u00e9dagogiques ou politiques de leur vie en commun, \u00e0 partir d'une vision plus lucide de la r\u00e9alit\u00e9, telle que Dieu la voit, et dans un amour plus authentique.
J'ai d\u00e9cid\u00e9 de vous faire monter de l'Egypte o\u00f9 l'on vous opprime. (17) Le "Dieu qui Est" se pr\u00e9occupe de ceux qui n'existent pas vraiment. Dieu sauve les hommes, comme nous le disons: encore faut-il qu'il y ait des hommes. Il faudra donc les aider \u00e0 se construire. Le salut de Dieu se fera donc avec le temps, et \u00e0 travers l'histoire d'un peuple qui lutte pour son existence. Nous pourrions \u00e9tudier l'Exode comme une vie de Mo\u00efse, et voir qu'il se sauve - ou qu'il se fait lui-m\u00eame - tandis qu'il se consacre \u00e0 ses t\u00e2ches mat\u00e9rielles et spirituelles au service de ses fr\u00e8res.

{N}4,{/}1: Et s'ils ne me croient pas. Les hommes marginalis\u00e9s ont toujours du mal \u00e0 s'unir et \u00e0 avoir confiance en celui qui peut les relever. Mais il en co\u00fbtera encore plus \u00e0 Isra\u00ebl de suivre un chemin de lib\u00e9ration aussi long et aussi contraire \u00e0 la sagesse humaine. Mo\u00efse habituellement ne s'inqui\u00e9tera gu\u00e8re de ce que pensent les H\u00e9breux, et il agira avec l'autorit\u00e9 de Dieu. C'est pourquoi il re\u00e7oit le pouvoir de faire des miracles qui prouveront son autorit\u00e9.
Tout cet \u00e9pisode est adapt\u00e9 au monde dans lequel Mo\u00efse \u00e9volue. Les prodiges mentionn\u00e9s son du genre de ceux que l'on attribuait aux magiciens \u00e9gyptiens.

{N}4,{/}10: Ton fr\u00e8re Aaron parlera \u00e0 ta place. Mo\u00efse veut peut-\u00eatre \u00e9chapper \u00e0 l'appel de Dieu; peut-\u00eatre craint-il de n'avoir pas les qualit\u00e9s humaines qui semblent indispensables \u00e0 un chef; mais Dieu qui a confi\u00e9 cette mission \u00e0 Mo\u00efse lui fournira l'aide dont il a besoin.
Pour comprendre le r\u00f4le d'Aaron dans ces \u00e9v\u00e9nements, il faut se rappeler que les pr\u00eatres juifs \u00e9taient appel\u00e9s "fils d'Aaron": on les consid\u00e9rait comme ses descendants. C'est la raison pour laquelle Aaron, sans doute fr\u00e8re de Mo\u00efse en un sens tr\u00e8s vague, tout comme "Myriam soeur d'Aaron", \u00e9tait devenu avec le temps son fr\u00e8re de sang. Voici qu'il partage l'autorit\u00e9 de Mo\u00efse, qu'il interpr\u00e9te ses paroles: tout cela vise en r\u00e9alit\u00e9 les pr\u00eatres d'Isra\u00ebl et \u00e9tablit leur autorit\u00e9.

{N}4,{/}18: Dans cet \u00e9pisode Mo\u00efse semble gravement malade: sa femme pense que c'est parce qu'il n'est pas circoncis. Alors, conform\u00e9ment aux croyances de l'\u00e9poque, elle circoncit son fils pour lui.

{N}5,{/}1: La parole de Dieu ne s'entend pas si facilement dans les minist\u00e8res de la capitale que dans le d\u00e9sert. Les r\u00e9ponses et les d\u00e9cisions de Pharaon semblent avoir fourni un mod\u00e8le \u00e0 bien des directeurs et d'administrateurs d'aujourd'hui. Mo\u00efse et Aaron re\u00e7oivent une r\u00e9ponse n\u00e9gative, apr\u00e8s quoi ils doivent affronter la d\u00e9fiance de leurs compagnons.
Tout au long de l'histoire nous retrouvons les m\u00eames oppositions de la part de ceux qui ne veulent rien faire pour leur lib\u00e9ration, ne croient pas \u00e0 son succ\u00e8s, et n'\u00e9coutent pas les dirigeants qui travaillent pour eux. Comme nous l'avons vu en 2,11, les forces qui s'opposent \u00e0 notre d\u00e9livrance ne connaissent pas la fronti\u00e8re entre oppresseurs et opprim\u00e9s. Aujourd'hui seuls de petits groupes luttent contre les plaies et l'idol\u00e2trie de notre soci\u00e9t\u00e9 de consommation.
Mais Dieu ne manquait pas de moyens pour mener \u00e0 bien son oeuvre de lib\u00e9ration, il fallait que Mo\u00efse lui fasse confiance et pers\u00e9v\u00e8re.
Remarquons au passage l'embarras de ces Isra\u00e9lites qui avaient accept\u00e9 de surveiller leurs fr\u00e8res pour le compte des autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes.

{N}6,{/}2: Nous avons rappel\u00e9 au d\u00e9but de ce livre que plusieurs r\u00e9cits des m\u00eames \u00e9v\u00e9nements ont \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9s. Ici commence un r\u00e9cit plus tardif et plus bref de l'appel de Mo\u00efse, ainsi qu'une liste de ses anc\u00eatres. Les pr\u00eatres juifs disent que Mo\u00efse a v\u00e9cu 120 ans, c\u00e0-dire trois g\u00e9n\u00e9rations, chiffre qui exprime une perfection:
-_il a 40 ans quand il quitte l'Egypte,
-_80 quand il rencontre Dieu,
-_120 \u00e0 sa mort.

{N}7,{/}14: Nous trouvons ici les fameuses plaies d'Egypte. Les passages provenant des plus anciens r\u00e9cits mentionnent sept fl\u00e9aux; un texte plus tardif ajoutera ceux des moustiques et des ulc\u00e8res.
Les auteurs bibliques savaient que "la puissance des t\u00e9n\u00e8bres" peut faire des prodiges pour obscurcir les voies de Dieu. Remarquez ces d\u00e9tails: 7,11-12; 8,3; 8,14; 9,10.
Le chapitre 10 d\u00e9crit les r\u00e9actions de ceux qui reconnaissent les signes de Dieu sans pour autant en arriver \u00e0 une authentique conversion.
Le lecteur moderne posera sans doute trois questions au sujet des fl\u00e9aux ou des malheurs d'Egypte:
-_Est-ce que ces miracles extraordinaires pour nuire aux Egyptiens ont vraiment eu lieu?
-_S'il s'agissait de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, est-ce que nous devons penser que tout malheur est un ch\u00e2timent de Dieu?
-_Les paysans et les citadins \u00e9gyptiens \u00e9taient-ils responsables de la politique de Pharaon et m\u00e9ritaient-ils d'\u00eatre punis avec lui?
En ce qui concerne la premi\u00e8re question, nous savons que ces histoires ont \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es et amplifi\u00e9es au cours des si\u00e8cles. Leur but \u00e9tait de montrer qu'\u00e0 travers ces malheurs naturels et courants en Egypte: les sauterelles, le Nil rouge, les grenouilles, Dieu manifestait sa volont\u00e9 \u00e0 Pharaon.
Pour la deuxi\u00e8me question, voir le commentaire de Luc 13,1: Dieu nous avertit par des signes: si ceux qui gouvernent les nations ouvraient les yeux pour voir les maux qui affligent leur pays, ils se rendraient compte que les injustices se paient tr\u00e8s cher.
Quand \u00e0 la troisi\u00e8me question, n'oublions pas que les auteurs avaient la mentalit\u00e9 de leur temps. Ils ne se souciaient pas de savoir si les Egyptiens, ou si Pharaon lui-m\u00eame, avaient p\u00e9ch\u00e9 en s'opposant \u00e0 Mo\u00efse. Ils voyaient simplement que les Egyptiens sau plan de Dieu et qu'ils devaient \u00eatre vaincus: c'est ce qu'ils exprimaient par le mot "punir". Ils ne s'int\u00e9ressaient absolument pas au sort du paysan \u00e9gyptien; pour eux, l'Egypte repr\u00e9sentait le pouvoir injuste, et Pharaon \u00e9tait l'ennemi de Dieu.

{N}10,{/}1: Je l'ai maintenu dans son ent\u00eatement. Le texte dit, de fait: "J'ai endurci", ou "j'ai laiss\u00e9 s'endurcir son coeur". Mais le coeur, pour les H\u00e9breux, est le lieu o\u00f9 l'on d\u00e9cide (comme pour nous la t\u00eate); cela ne veut donc pas dire: "Je rends son coeur mauvais". Voici Pharaon qui s'ent\u00eate: c'est ce que Dieu voulait, et cela fait partie de son plan qui tire parti m\u00eame des obstacles qu'on lui oppose. L'auteur ne voulait s\u00fbrement pas poser le probl\u00e8me de la libert\u00e9 humaine face \u00e0 la toute-puissance de Dieu.

{N}11,{/}1: Tout premier-n\u00e9 mourra (v. 5). Le dixi\u00e8me fl\u00e9au approche: "l'ange de Yahv\u00e9" fera mourir les fils des Egyptiens. Il est possible qu'il s'agisse d'une \u00e9pid\u00e9mie, ou d'une peste comme dans 2R 19,25.
C'est alors que se c\u00e9l\u00e8bre le repas de l'agneau pascal.

{N}12,{/}1: Que chacun se procure un agneau. Avant de descendre en Egypte, quand ils erraient avec leurs troupeaux, les anc\u00eatres des H\u00e9breux c\u00e9l\u00e9braient chaque ann\u00e9e la P\u00e2que de l'agneau, la f\u00eate traditionnelle des bergers. Ils le sacrifiaient \u00e0 la premi\u00e8re lune du printemps (12,2), p\u00e9riode particuli\u00e8rement critique pour les brebis qui venaient de mettre bas. L'agneau choisi pour la f\u00eate \u00e9tait gard\u00e9 pendant plusieurs jours, l\u00e0 o\u00f9 vivait la famille (12,6); ainsi l'agneau pouvait s'identifier \u00e0 elle et porter sur lui les p\u00e9ch\u00e9s de tous ses membres. Apr\u00e8s le sacrifice, le sang \u00e9tait r\u00e9pandu sur les tentes pour \u00e9loigner les esprits "exterminateurs" qui pouvaient menacer b\u00eates et gens.

{N}12,{/}13: Je verrai le sang et je passerai plus loin. Voici qu'on change le sens de l'ancienne f\u00eate: la P\u00e2que a \u00e9t\u00e9 voulue par Dieu lorsqu'il frappait l'Egypte, lors du d\u00e9part d'Isra\u00ebl: toujours elle sera l\u00e0 pour rappeler \u00e0 Isra\u00ebl sa lib\u00e9ration. En \u00e9pargnant les premiers-n\u00e9s d'Isra\u00ebl, Dieu rappelle une fois de plus son opposition formelle aux sacrifices humains (Gn 22). Certes les premiers-n\u00e9s de son peuple lui appartiennent (13,1) comme les pr\u00e9mices de la terre et des animaux (Dt 26,2); mais puisque Dieu lui-m\u00eame a \u00e9pargn\u00e9 les premiers-n\u00e9s d'Isra\u00ebl lors de la sortie d'Egypte, tout premier-n\u00e9 en Isra\u00ebl sera \u00e9pargn\u00e9: on ne l'immolera pas, on le rach\u00e8tera (Ex 13,13). Selon cette loi, J\u00e9sus, le premier-n\u00e9 de Marie et de Dieu, sera pr\u00e9sent\u00e9 au temple (Lc 2,22).
C'est la P\u00e2que de Yahv\u00e9 (12,27). Cette f\u00eate d'origine pa\u00efenne va prendre un sens nouveau: le sang de l'agneau confirme l'alliance de Yahv\u00e9 avec le peuple qu'il a choisi entre tous les autres. D\u00e9sormais, la P\u00e2que sera la f\u00eate de l'ind\u00e9pendance d'Isra\u00ebl, et Dieu fera que J\u00e9sus meure et ressuscite durant la P\u00e2que. C'est ainsi que la mort de J\u00e9sus confirmera la nouvelle alliance de Dieu avec l'humanit\u00e9 (Lc 22,20): la P\u00e2que nouvelle sera la f\u00eate de la Lib\u00e9ration d\u00e9finitive de l'homme, accomplie par J\u00e9sus au prix de son sang (Rm 3,24).
Chacune de nos messes rappelle la mort et la r\u00e9surrection du Christ, "l'agneau de Dieu". Il serait bien que ces messes rassemblent des croyants conscients d'avoir \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s, et engag\u00e9s dans la t\u00e2che de lib\u00e9rer les autres.

{N}12,{/}15: Quand, des si\u00e8cles plus tard, les Isra\u00e9lites devinrent un peuple d'agriculteurs, ils adopt\u00e8rent la coutume de c\u00e9l\u00e9brer chaque ann\u00e9e, au printemps, une f\u00eate d'une semaine pendant laquelle ils mangeaient du pain sans levain. Cette f\u00eate \u00e9tait d'origine pa\u00efenne, mais au lieu de lutter contre  cette pratique, les pr\u00eatres juifs choisirent de l'unir \u00e0 la P\u00e2que et de lui donner un sens nouveau en la rattachant \u00e0 la sortie d'Egypte. Ce pain sans levain devait rappeler la fuite pr\u00e9cipit\u00e9e: les H\u00e9breux n'avaient pas eu le temps de faire lever la p\u00e2te!

{N}12,{/}21: Nous avons ici d'autres instructions plus anciennes sur la fa\u00e7on de c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que.

{N}12,{/}37: Une foule nombreuse monta avec eux (38). La caravane de fuyards ne ressemblait gu\u00e8re \u00e0 un peuple saint. Il y avait l\u00e0 ceux qui, pour des raisons diverses, avaient d\u00e9cid\u00e9 de partir avec les hommes de Mo\u00efse. Le Seigneur les prend tous dans son filet et c'est seulement avec le temps et les \u00e9preuves du d\u00e9sert qu'on reconna\u00eetra les fid\u00e8les.
Six cent mille hommes. En prenant au pied de la lettre des nombres comme celui-l\u00e0, ou comme celui des ann\u00e9es des Patriarches (Gn 5), nous nous laissons d\u00e9tourner du sens v\u00e9ritable de la R\u00e9v\u00e9lation. Notre Dieu n'est pas un Dieu du prodigieux ou du fabuleux (Dt 13) mais le Dieu-P\u00e8re qui parle \u00e0 l'homme et l'accompagne dans sa marche (Dt 1,31). Laissons l'exag\u00e9ration de ce nombre au c\u00f4t\u00e9 populaire de ce r\u00e9cit. Ce chiffre fabuleux pr\u00e9tend seulement souligner l'importance religieuse de ce d\u00e9part. En r\u00e9alit\u00e9, ceux qui partirent avec Mo\u00efse ne d\u00e9passaient pas quelques centaines de personnes en comptant femmes et enfants. N'oublions pas que des bergers ne pouvaient subsister avec moins de dix animaux par personne. Un groupe de deux cents personnes emmenait donc avec lui environ deux mille brebis et moutons; les puits du Sina\u00ef et ses oasis ne permettaient pas le passage de groupes plus importants.

{N}13,{/}5: Comme un signe sur ta main (v. 9 et 16). Les autres peuples utilisaient des tatouages et des objets religieux pour affirmer leur identit\u00e9 religieuse. En revanche, les Isra\u00e9lites se reconna\u00eetront \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration du jour o\u00f9 Dieu, leur lib\u00e9rateur, les a fait sortir d'Egypte.

{N}14,{/}5: Les H\u00e9breux partent la nuit m\u00eame o\u00f9 ils ont sacrifi\u00e9 l'agneau pascal. Les Egyptiens les poursuivent et les rattrapent quand ils atteignent les mar\u00e9cages au bord de la Mer Rouge (13,17). C'est ici qu'a lieu la lib\u00e9ration la plus grande de l'histoire sainte avant J\u00e9sus. Dieu ouvre la route \u00e0 son peuple, et il les sauve tandis que leurs ennemis se noient dans la mer.
N'ayez pas peur; restez o\u00f9 vous \u00eates. Telle est l'attitude du croyant quand il voit le d\u00e9couragement de ses fr\u00e8res. Mo\u00efse croit que Dieu n'abandonnera pas ceux qu'il a mis sur la route de la libert\u00e9. Mo\u00efse agit comme s'il voyait l'invisible (He 11,27) et sa foi met l'intervention de Dieu en marche.

{N}14,{/}21: Yahv\u00e9 fit souffler sur la mer un fort vent d'est. Que de belles images des H\u00e9breux passant en cort\u00e8ge entre deux murailles d'eau! En fait, le plus ancien r\u00e9cit ne donne pas de pr\u00e9cisions. Il ne dit m\u00eame pas que les Isra\u00e9lites ont travers\u00e9 la mer, mais seulement qu'ils ont vu leurs poursuivants morts au bord de la mer (14,30).
L'intervention de Dieu a pu \u00eatre discr\u00e8te: un glissement de terrain, une mont\u00e9e subite du niveau des eaux. Cela suffisait pour sauver les fugitifs. Mais cette intervention de la Providence, comme tant d'autres au cours de l'histoire, n'aurait rien chang\u00e9 si Mo\u00efse, le proph\u00e8te de Dieu, n'avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pour en donner le sens: Yahv\u00e9 lib\u00e8re Isra\u00ebl pour en faire son peuple.
C'est ce que l'autre r\u00e9cit, plus tardif (imprim\u00e9 en plus petit) veut nous enseigner en racontant ce passage de la mer en des termes triomphalistes. Ici, les hommes de Mo\u00efse d\u00e9filent en bon ordre entre deux murs d'eau! Une bande de fugitifs? Pas du tout! Ce sont les arm\u00e9es de Yahv\u00e9 (12,41), une foule consid\u00e9rable (12,37), partant \u00e0 la conqu\u00eate de la terre. Avec eux, le Dieu des pauvres commence \u00e0 refaire le monde.
La lib\u00e9ration d'Isra\u00ebl reste un mod\u00e8le pour tous ceux qui, apr\u00e8s Mo\u00efse, luttent pour relever leurs fr\u00e8res et faire d'eux des hommes plus libres dans un monde plus juste. Dans l'histoire d'inspiration chr\u00e9tienne, nous trouvons d'autres victoires, petites ou grandes, qui font avancer le Royaume de Dieu et sa justice. L\u00e0 aussi, il s'agit de groupes engag\u00e9s dans une oeuvre de lib\u00e9ration, des hommes et des femmes qui affrontent sans armes Pharaon et ses chars, ses officiers et ses bureaucrates.
Ceux qui parvinrent \u00e0 l'autre rive n'\u00e9taient plus les m\u00eames: l'existence du peuple de Dieu vient de commencer. Plus tard, Paul \u00e9crira \u00e0 ce sujet: "Nos anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s dans la nu\u00e9e et dans la mer" (1Co 10,2), c'est-\u00e0-dire qu'ils ont travers\u00e9 les eaux meurtri\u00e8res gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, pr\u00e9sent dans la nu\u00e9e. La nu\u00e9e signifie que Yahv\u00e9 accompagne myst\u00e9rieusement son peuple, et guide ce peuple maintenant "baptis\u00e9".
Nous aussi, nous devons traverser la mer. Pensons aux communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes et \u00e0 leurs nouveaux convertis. Laissons derri\u00e8re nous une existence o\u00f9 nous vivions ali\u00e9n\u00e9s, et d\u00e9couvrons un nouveau sens de la vie. Nous ne pouvons pas le faire seuls, mais ensemble, et la communaut\u00e9 m\u00fbrit avec nous.
Traverser la mer: bapt\u00eame et lib\u00e9ration. Voir He 11,23-40; 1P 1,13-15; Ap 7,13-16; 12,10-12.

{N}15,{/}1: Le premier cantique de Mo\u00efse est un cri de joyeuse reconnaissance. C'est aussi une profession de foi. Le psalmiste dit: "Heureux le peuple qui sait acclamer!"
Le peuple lib\u00e9r\u00e9 n'aura pas \u00e0 se glorifier de cette victoire qui en r\u00e9alit\u00e9 appartient \u00e0 Dieu et \u00e0 Mo\u00efse, l'homme de foi. Ils ne peuvent que remercier Dieu.
L'Apocalypse se souviendra de Mo\u00efse (Ap 15,31) \u00e0 l'occasion du cantique des \u00e9lus et des martyrs du Christ, quand ils se voient sauv\u00e9s de leur faiblesse et couronn\u00e9s de gloire.
Les religions anciennes (ainsi que les hommes d'aujourd'hui) c\u00e9l\u00e8brent leurs f\u00eates conform\u00e9ment au rythme de la nature: f\u00eate de la lune, de l'\u00e9t\u00e9, de la pluie, de la naissance. En revanche, dans la Bible, toutes les f\u00eates rappellent des interventions de Dieu pour nous sauver. S'il est bon de louer Dieu pour les merveilles de la nature, il est encore mieux de le reconna\u00eetre dans les \u00e9v\u00e9nements de l'histoire. Remercions Dieu, avant tout, pour les grands et petits \u00e9v\u00e9nements qui montrent que son r\u00e8gne vient \u00e0 nous.

{N}15,{/}22: Les Isra\u00e9lites ont laiss\u00e9 d\u00e9finitivement, avec l'Egypte, la plus brillante et la plus impressionnante civilisation de l'\u00e9poque, mais aussi ses l\u00e9gumes et ses terres irrigu\u00e9es. S'ils n'\u00e9taient pas partis, ils auraient disparu comme peuple. Mais, maintenant, Mo\u00efse leur a fait prendre le chemin de la libert\u00e9. Comme tout autre peuple, ou classe sociale qui obtient son ind\u00e9pendance, ils doivent prendre leur destin en charge. Mo\u00efse sait que la lib\u00e9ration n'ouvre pas une partie de plaisir: ce n'est que le commencement d'un chemin difficile marqu\u00e9 par les sacrifices. Mais, sur cette route, Dieu manifeste sa providence qui nous permet de marcher avec confiance. Des merveilles inesp\u00e9r\u00e9es se produisent, quoique Dieu ne se soucie pas de multiplier les miracles pour assurer le confort des siens.
Les fugitifs qui s'aventurent dans les territoires d\u00e9sertiques du Sina\u00ef ont des raisons de s'inqui\u00e9ter: la faim et la soif les menacent, sans parler des habitants du d\u00e9sert. Dans les pages qui suivent, l'auteur pr\u00e9sente bri\u00e8vement ces dangers et rappelle certaines interventions de la Providence. Mais il prend des libert\u00e9s avec l'histoire et en fait une le\u00e7on pour ses contemporains, continuellement tent\u00e9s par la vie facile et attir\u00e9s par les promesses de pays \u00e9trangers, au risque de perdre leur propre identit\u00e9 et le sens de leur mission.
Je suis Yahv\u00e9, celui qui te gu\u00e9rit. Chaque dieu avait sa sp\u00e9cialit\u00e9, mais Yahv\u00e9, le Dieu des p\u00e8res, n'est pas seulement lib\u00e9rateur. Il sait aussi voir nos infirmit\u00e9s, et sa parole est puissante pour gu\u00e9rir ou pour nous garder sains.

{N}16,{/}1: Toute la communaut\u00e9 murmura contre Mo\u00efse et Aaron. On retrouvera dans la suite ce "murmurer", cette critique qui a peur de trop s'afficher. On n'est pas content, mais on n'a rien \u00e0 proposer. On critique ceux qui y croient, mais c'est qu'au fond on ne veut pas avoir de probl\u00e8mes.

{N}16,{/}8: Yahv\u00e9 vous donnera de la viande... Dieu nourrit son peuple au moment m\u00eame o\u00f9 il manque de tout. De nombreux oiseaux migrateurs, \u00e9puis\u00e9s par un long voyage, tombent tout autour du camp. Les Isra\u00e9lites trouvent aussi un autre aliment inesp\u00e9r\u00e9, la manne. Il s'agit sans doute d'une sorte de r\u00e9sine qui sort parfois abondamment des tamaris du d\u00e9sert. A un moment critique, ce secours est pour Isra\u00ebl la preuve que Dieu ne les a pas abandonn\u00e9s (Nb 11,4 rapporte \u00e9galement cet \u00e9v\u00e9nement).
Il n'est pas sans int\u00e9r\u00eat de rappeler que deux routes principales partaient d'Egypte vers le Sina\u00ef. Sur le bord de mer, la Route des Forteresses, facile, mais militairement gard\u00e9e; vers l'int\u00e9rieur la piste que prenaient les esclaves fugitifs, bien plus dangereuse. Les cailles ne pouvaient s'abattre que sur le bord de mer; la manne, par contre, se trouve sur le chemin de l'int\u00e9rieur. Dans l'Introduction nous avons dit que l'Exode garde les souvenirs de divers groupes, les uns chass\u00e9s, les autres fugitifs. Les premiers avaient d\u00fb prendre la premi\u00e8re route o\u00f9 l'on enregistrait tous les passages et ils avaient pu voir s'abattre les cailles, les autres avaient connu la manne en s'enfon\u00e7ant vers l'int\u00e9rieur.
Ce texte nous montre le pain quotidien comme un don de Dieu. Quand il nous invite \u00e0 prendre un chemin difficile, il s'engage \u00e0 nous aider et \u00e0 nous donner d'abord le pain dont nous avons besoin. C'est pourquoi Dieu aide ceux qui, par leur esprit d'initiative et leur courage, cr\u00e9ent et distribuent \u00e0 tous, les biens dont ils ont besoin.
Le r\u00e9cit de cet \u00e9v\u00e9nement s'est embelli avec le temps. Certains textes semblent dire que Dieu envoyait la manne tous les jours pendant quarante ans: Ex 16,35; Jos 5,12; Ps 78,24; Sa 16,20. C'est qu'avec le temps on perdait l'int\u00e9r\u00eat pour les faits eux-m\u00eames, on voulait au contraire louer Dieu \u00e0 l'occasion de ces \u00e9v\u00e9nements.
Ce don du pain du ciel donnera lieu plus tard \u00e0 deux commentaires diff\u00e9rents dans la Bible. Dans Dt 8,3: "Il t'a donn\u00e9 \u00e0 manger la manne pour te montrer que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais que tout ce qui sort de la bouche de Dieu est vie pour l'homme." Voir le commentaire de Mc 6,35. Plus tard, dans l'Evangile, la manne sera l'image du vrai pain descendu du ciel, le Christ qui se donne comme pain de vie dans l'eucharistie: voir commentaire de Jn 6.

{N}17,{/}1: Dans le d\u00e9sert Dieu met Isra\u00ebl \u00e0 l'\u00e9preuve: combien de temps accepteront-ils de marcher? Jusqu'o\u00f9 ira leur foi? Isra\u00ebl aussi met Dieu \u00e0 l'\u00e9preuve, comme tous ceux qui doutent devant les difficult\u00e9s: il demande des signes parce qu'il ne fait pas vraiment confiance, il exige des miracles: "Si tu es avec nous, prouve-le, et tout de suite."
La Bible rappelle cette confrontation dans l'incident de l'eau qui jaillit du rocher. Mo\u00efse aussi est mis \u00e0 l'\u00e9preuve: voir le m\u00eame incident rapport\u00e9 dans Nb 20.
Plus tard, la tradition juive verra dans ce rocher une image de Dieu, source de vie, et pr\u00e9sent au milieu de son peuple: le rocher miraculeux qui les accompagne dans leur aventure (voir 1Co 10,40). Dieu est le rocher imp\u00e9n\u00e9trable qui garde son secret jusqu'\u00e0 ce qu'il accepte d'\u00eatre perc\u00e9 et que la vie jaillisse de sa blessure. Comprenons par l\u00e0 que l'homme p\u00e9cheur a perdu la vraie connaissance de Dieu, et que de ce fait, il est incapable de le trouver. Mais Dieu se fait faible en J\u00e9sus qui, en mourant, r\u00e9v\u00e8le le secret de l'amour et de la mis\u00e9ricorde de Dieu envers nous. L'Evangile souligne que du coeur de J\u00e9sus, perc\u00e9 par une lance, jaillit du sang et de l'eau, image de l'Esprit Saint (Jn 7,37 et 19,34).

{N}17,{/}8: La victoire contre Amalec compl\u00e8te ces exp\u00e9riences de la providence divine. Josu\u00e9 dirige le combat, mais Mo\u00efse obtient le miracle avec son b\u00e2ton lev\u00e9. La victoire vient de Dieu.
La tradition chr\u00e9tienne voit dans ce r\u00e9cit une image de la pri\u00e8re qui obtient de Dieu la victoire.
La mission des proph\u00e8tes n'est pas seulement de parler, mais aussi d'interc\u00e9der aupr\u00e8s de Dieu: 1S 7,7; Jr 7,16; Ex 22,30.

{N}18,{/}13: Les H\u00e9breux et les autres fugitifs qui ont quitt\u00e9 l'Egypte avec Mo\u00efse doivent s'organiser et Dieu ne leur dicte pas ce qu'ils doivent faire. Ils inventent en partie les institutions dont ils ont besoin; pour d'autres, ils imitent les peuples voisins. Dans le cas pr\u00e9sent, ils suivent l'exemple des Madianites (le beau-p\u00e8re de Mo\u00efse \u00e9tait un pr\u00eatre madianite).
Comme beaucoup de chefs incontest\u00e9s, Mo\u00efse a besoin de temps pour se rendre compte que tout ira mieux s'il partage ses responsabilit\u00e9s avec d'autres. Heureusement, il a l'habitude d'\u00e9couter Dieu et cela l'aide \u00e0 mieux \u00e9couter ses proches.
Les gens viennent \u00e0 Mo\u00efse comme \u00e0 leur proph\u00e8te et leur juge. Il r\u00e9sout leurs conflits et accepte qu'ils le consultent sur ce qu'ils doivent ou ne doivent pas faire: ainsi leurs projets seront b\u00e9nis de Dieu et ils r\u00e9ussiront. Les juges qu'il choisit sont le mod\u00e8le des pr\u00eatres et des "anciens" qui auront \u00e0 gouverner le peuple d'Isra\u00ebl.

{N}19,{/}1: Les Isra\u00e9lites ont appris \u00e0 conna\u00eetre Dieu, tant dans les circonstances de leur lib\u00e9ration que dans les \u00e9preuves du d\u00e9sert. Ils sont donc pr\u00eats pour la rencontre que Yahv\u00e9 a annonc\u00e9e lorsqu'il appelait Mo\u00efse (Ex 3,12). Le moment est venu pour eux d'accepter librement le choix de Dieu qui fera d'eux son peuple pour toujours.

{N}19,{/}5: Toute la terre est \u00e0 moi. Dieu est le Dieu et le Sauveur de tous les hommes. Cependant il a d\u00e9cid\u00e9 de diriger l'histoire et de la faire avancer de l'int\u00e9rieur, gr\u00e2ce \u00e0 un peuple qu'il a choisi pour vivre des exp\u00e9riences d\u00e9cisives.
Une nation sainte, c'est-\u00e0-dire qui lui est consacr\u00e9e. Isra\u00ebl sera le royaume dont le seul roi est Yahv\u00e9. C'est pourquoi le premier devoir des dirigeants d'Isra\u00ebl sera d'\u00e9tablir la justice. Les Isra\u00e9lites sont des gens libres qui n'appartiennent qu'\u00e0 Dieu: par cons\u00e9quent, ils ne devront pas se laisser contaminer par les idoles, les coutumes impures et les fausses valeurs des autres nations.

{N}19,{/}6: Vous serez pour moi une race de pr\u00eatres. Dans toutes les religions, le pr\u00eatre est celui qui s'approche de Dieu et qui en est l'interm\u00e9diaire aupr\u00e8s des hommes. Mais Isra\u00ebl dans sa totalit\u00e9 aura ce privil\u00e8ge de conna\u00eetre Dieu et de s'approcher de lui d'une fa\u00e7on qui \u00e9chappe aux autres nations. Isra\u00ebl re\u00e7oit les promesses de Dieu pour tous les hommes, et Dieu leur envoie des proph\u00e8tes afin qu'ils soient les premiers \u00e0 comprendre clairement les exigences de la justice et de la fraternit\u00e9.
Cette alliance se r\u00e9alise au pied du mont Sina\u00ef, un des endroits les plus impressionnants que l'on puisse imaginer. Mo\u00efse et les Anciens (les repr\u00e9sentants du peuple) gravissent le mont au milieu d'un terrible orage tandis que le tonnerre gronde dans les vall\u00e9es. Purification des v\u00eatements, abstinence, tour est l\u00e0 pour qu'ils sentent le "poids" de Dieu (c'est la signification en  h\u00e9breu du mot "gloire").
Tout cela nous aide \u00e0 comprendre ce que J\u00e9sus a voulu dire au cours de la C\u00e8ne avec ses ap\u00f4tres quand il leur a parl\u00e9 de la nouvelle alliance (Mc 14,24). Dans la pri\u00e8re qui a suivi, il a demand\u00e9 que les croyants deviennent le nouveau peuple (Ps 22,32) consacr\u00e9 \u00e0 Dieu, et soient pr\u00eatres de Dieu dans le monde: Jn 17; 1P 2,3; Ap 1,6 et 5,10.
Dans la Bible, on parlera de "la Loi" pour d\u00e9signer l'ensemble des lois provenant de l'alliance faite au mont Sina\u00ef.
La Loi, en soi, indique quelque chose de lourd. Les H\u00e9breux ont rejet\u00e9 le joug de la servitude, mais ils ne peuvent pas progresser sans une loi. Les \u00e9ducateurs imposent une discipline aux enfants pour former leur volont\u00e9, soumettre leurs caprices et orienter leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. De m\u00eame, le peuple d'Isra\u00ebl devait \u00eatre soumis \u00e0 une loi durant des si\u00e8cles avant d'\u00eatre m\u00fbr pour recevoir l'Esprit. Soumis \u00e0 la Loi, ils vont d\u00e9couvrir qu'ils offensent Dieu constamment.
N'oublions pas qu'il s'agit ici de la pr\u00e9paration pour l'Alliance. La c\u00e9l\u00e9bration de l'Alliance sera cont\u00e9e au chapitre 24, apr\u00e8s la parenth\u00e8se que sont les lois des chapitres 20 \u00e0 23.

{N}20,{/}1: Mo\u00efse monte au sommet du mont Sina\u00ef pour y recevoir des lois de Dieu... et aussit\u00f4t le  texte nous donne deux ensembles de lois. Le premier et le plus court contient les dix commandements. Le second code, plus long, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s Mo\u00efse; il date de l'\u00e9poque o\u00f9 les Isra\u00e9lites se sont \u00e9tablis en Canaan et on l'appelle le  Code de l'Alliance (chapitres 20,22 \u00e0 23,33).
V. 2 Je suis Yahv\u00e9, ton Dieu. Les dix commandements (ou d\u00e9calogue) sont importants, mais leur introduction l'est plus encore. Toute soci\u00e9t\u00e9 civilis\u00e9e enseigne ces pr\u00e9ceptes: ne tue pas, ne vole pas... Mais ici, Yahv\u00e9, le Dieu vivant et unique, parle avec l'autorit\u00e9 de celui qui a lib\u00e9r\u00e9 Isra\u00ebl de la servitude, et qui veut maintenant le mettre \u00e0 son ser vice. Il veut faire d'eux des hommes libres dans un pays libre, et il leur impose les lois fondamentales sans lesquelles ils redeviendraient vite des esclaves.
Pour commencer, il faut reconna\u00eetre que Dieu est Un, Saint et Jaloux: v. 3-11.
V. 3 Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi. Yahv\u00e9 est un Dieu jaloux, diff\u00e9rent des dieux des autres peuples qui acceptent que des dieux rivaux s'installent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'eux et r\u00e9pondent aux requ\u00eates qu'ils n'ont pas pu satisfaire. Comme on dit: "Si Dieu ne m'\u00e9coute pas dans mon Eglise, j'irai chercher dans une autre religion."
De cette fa\u00e7on on a un dieu pour la guerre, un autre pour la pluie, un troisi\u00e8me pour les femmes enceintes. Ce sont des dieux bien utiles pour ceux qui voient dans la religion un moyen d'obtenir des gu\u00e9risons et des avantages. Mais Yahv\u00e9 n'est pas au service d'Isra\u00ebl ni \u00e0 notre service; c'est nous qui devons le servir.
Je punis les enfants, les petits-enfants... (5). Voici sans doute qui nous scandalise: punir les enfants \u00e0 cause de leurs parents! Lire pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce sujet Dt 24,16. Mais n'oublions pas qu'\u00e0 cette \u00e9poque et dans ce texte, il ne s'agit pas des personnes, mais de la collectivit\u00e9. Il veut dire que si la g\u00e9n\u00e9ration des p\u00e8res n\u00e9glige l'Alliance, la g\u00e9n\u00e9ration de leurs enfants le paiera: et nous en avons des exemples tous les jours. Par ailleurs, l'opposition voulue entre les enfants et les petits-enfants d'une part, et les mille g\u00e9n\u00e9rations d'autre part, est une fa\u00e7on de dire que Dieu, bien s\u00fbr, ne laisse jamais le p\u00e9ch\u00e9 impuni, mais que malgr\u00e9 cela sa mis\u00e9ricorde est sans mesure.
Dieu est un Dieu jaloux, c'est-\u00e0 dire qu'il ne reste jamais passif devant les \u00e9v\u00e9nement: voir le commentaire de Dt 6,15.
V. 4 Te ne feras pas de statue \u00e0 l'image des choses qui sont sur la terre. Toute image de cr\u00e9atures qui pourraient devenir des dieux et rivaliser avec l'Unique en exigeant un culte (ou des fa\u00e7ons de vivre) contraires \u00e0 la Loi de Dieu, est interdite. Tu ne te prosterneras pas devant elles: devant ces cr\u00e9atures du ciel et de la terre. Ce n'est pas l'art qui est interdit, mais l'image qui aide \u00e0 servir la cr\u00e9ature au lieu de Dieu.
Les choses qui sont l\u00e0-haut dans le ciel: c'est-\u00e0-dire le soleil et la lune consid\u00e9r\u00e9s dans l'antiquit\u00e9 comme des puissances divines. Les choses qui sont en bas sur la terre ou dans les eaux: ceci vise les animaux sacr\u00e9s ador\u00e9s en Egypte. Ce culte rendu au boeuf Apis et \u00e0 d'autres mammif\u00e8res ou reptiles ne devrait pas \u00e9tonner aujourd'hui dans certains pays o\u00f9 l'on peut sans danger parler mal de Dieu, mais il serait risqu\u00e9 de parler mal des chiens.
Cette interdiction des images n'emp\u00eachera pas que deux "ch\u00e9rubins", statues de personnages c\u00e9lestes, recouvrent de leurs ailes l'Arche de Dieu dans le Temple (1R 6,23-28). Il n'y a pas l\u00e0 contradiction: les ch\u00e9rubins ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme des dieux, et ils n'exigent pas un culte \u00e0 part; ce ne sont que des esprits serviteurs de Dieu. Il en va de m\u00eame pour l'Eglise d'aujourd'hui qui approuve les statues de Marie et des saints qui ne sont pas des dieux non plus, mais des serviteurs de Dieu. Nous ne leur demandons pas ce que Dieu ne voudrait pas nous donner. Dieu seul est bon (Lc 18,19) et tout bien vient de lui (Jc 1,17). Donnons un exemple: nous ne pouvons honorer Marie qu'en imitant le Christ. Nous n'attendons d'elle que ce que le P\u00e8re a d\u00e9cid\u00e9 de nous donner par son interm\u00e9diaire.
Mais il est interdit aussi de repr\u00e9senter Dieu: parce que Dieu surpasse tout ce que nous pouvons imaginer ou penser de lui. Dans ce sens, la Bible nous interdit de nous former un Dieu selon notre mani\u00e8re de penser. Nous avons tendance \u00e0 imaginer Dieu selon nos id\u00e9es et la foi de bien des gens s'effondre quand Dieu ne dirige pas les \u00e9v\u00e9nements comme ils pensent qu'il devrait le faire.
Alors pourquoi repr\u00e9sente-t-on J\u00e9sus? Simplement parce que bien des si\u00e8cles apr\u00e8s ces premiers pr\u00e9ceptes de Dieu \u00e0 Mo\u00efse, Dieu est venu \u00e0 nous en la personne de son Fils et que Paul lui-m\u00eame n'h\u00e9site pas \u00e0 utiliser le mot "image" dans la lettre aux Colossiens: "Le Christ est l'image du Dieu qu'on ne peut voir" (Col 1,15). En lui, les ap\u00f4tres ont vu Dieu-fait-homme (1Jn 1,1). Le refus farouche de toute image qu'on v\u00e9n\u00e8re \u00e9tait une \u00e9tape n\u00e9cessaire dans l'\u00e9ducation de la foi d'Isra\u00ebl. Mais Mo\u00efse ne savait rien de la venue du Christ: il ne pouvait donc rien dire sur le myst\u00e8re du Fils et du P\u00e8re, moins encore sur les images de J\u00e9sus.
Idoles et idol\u00e2trie. Voir commentaires de 1R 17; Is 30,22; Ez 23,5.
Les Isra\u00e9lites appelaient le dernier jour de la semaine sabbat, ou repos. Ils le sanctifiaient surtout en arr\u00eatant toute activit\u00e9. Yahv\u00e9 s'est repos\u00e9 le septi\u00e8me jour. Dt 5,15 donnera pour le sabbat une raison diff\u00e9rente. Voir aussi Gn 2,2-3 et le commentaire.
Si sabbat signifie "repos", n'importe quel jour de la semaine peut \u00eatre ch\u00f4m\u00e9 et consacr\u00e9 \u00e0 Dieu, et pas n\u00e9cessairement ce jour qu'on appelle samedi. Les ap\u00f4tres de J\u00e9sus ont tout de suite compris que sa r\u00e9surrection, le lendemain du sabbat des Juifs, avait inaugur\u00e9 des temps nouveaux. Pour cette raison ils ont choisi ce "premier jour" de la semaine juive (Ac 20,7; 1 Cor 16,2; Ap 1,10) comme jour saint des chr\u00e9tiens, et on l'a appel\u00e9 "dimanche", qui signifie "jour du Seigneur". Et nous savons que les ap\u00f4tres n'avaient pas moins d'autorit\u00e9 que Mo\u00efse (2 Cor 4,7-12).
Les travailleurs ont d\u00fb lutter pour obtenir que le dimanche soit reconnu comme un jour de cong\u00e9. Peut-\u00eatre que ceux qui trop facilement travaillent m\u00eame le dimanche, ne voient plus l'importance du repos pour la vie humaine et chr\u00e9tienne. M\u00eame si J\u00e9sus r\u00e9agit contre une pratique trop stricte du sabbat (Mt 12; Jn 5), le repos hebdomadaire correspond \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu.
Tu ne feras pas un mauvais usage du nom de Yahv\u00e9 ton Dieu. Il y a quatre fa\u00e7ons d'invoquer en vain le nom de Yahv\u00e9:
-_l'employer, comme on le faisait alors, pour des formules magiques, comme si on voulait prendre le pouvoir de Dieu par la force. Il y a encore des gens qui utilisent la Bible et les pri\u00e8res chr\u00e9tiennes pour obtenir des miracles de fa\u00e7on magique.
-_Jurer par son nom et ne pas tenir son serment (Si 23,9 et Mt 5,33).
-_Blasph\u00e9mer, ou insulter le nom de Yahv\u00e9, ce qui entra\u00eenait la condamnation \u00e0 mort (Lv 25,10).
-_Prononcer ou invoquer le nom de Dieu sans raison suffisante.

{N}20,{/}12: Entoure d'\u00e9gards ton p\u00e8re: voir Si 3,2.

{N}20,{/}15: Tu ne voleras pas. Pour que la confiance et l'entente r\u00e8gnent \u00e0 l'int\u00e9rieur d'une communaut\u00e9, il faut que chacun montre le plus grand respect pour les droits de son prochain, paie ses dettes, m\u00eame si c'est un ticket de m\u00e9tro, et ne prenne pas ce qui n'est pas \u00e0 lui. Mais on ne doit pas invoquer ce commandement pour justifier n'importe quel droit de propri\u00e9t\u00e9. La Bible enseigne en effet que la terre appartient \u00e0 Dieu et que celui qui l'occupe n'en est que l'administrateur. La Bible n'accepte pas que quelques-uns s'emparent des ressources de la nation et laissent les masses dans le besoin (voir Lv 25,13).
Les dix commandements sont comment\u00e9s dans le Nouveau Testament: Mt 5,22; 5,33; 5,27; Mc 7,10; Lc 18,20; Rm 7,7; 13,9; Jc 2,11.

{N}20,{/}22: Les dix commandements (ou d\u00e9calogue) doivent se concr\u00e9tiser dans la vie des hommes. Lorsque les Isra\u00e9lites se sont install\u00e9s en Palestine et sont pass\u00e9s d'une vie de bergers nomades \u00e0  celle d'agriculteurs, ils ont r\u00e9dig\u00e9 un code de lois que nous trouvons du chapitre 20,22 au chapitre 23,19. On l'appelle "le Code de l'Alliance": il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 solennellement adopt\u00e9 par les douze tribus quand elles ont r\u00e9pondu \u00e0 l'appel de Josu\u00e9 pour renouveler l'Alliance avec Yahv\u00e9 (voir Jos 8,30).
Ne pensons pas que Dieu a dict\u00e9 \u00e0 son peuple tout ce qui se trouve dans la Bible. Ce code de lois en est une preuve. Une partie de ces lois provient des Canan\u00e9ens; les Isra\u00e9lites ont trouv\u00e9 ces lois bonnes et justes et les ont adopt\u00e9es. Les autres sont des lois d'Isra\u00ebl, dict\u00e9es par Mo\u00efse ou \u00e9crites conform\u00e9ment \u00e0 son enseignement. On les reconna\u00eet facilement parce qu'elles commencent par: "Tu" ou "Vous" au lieu de "Celui qui".
On peut noter qu'Isra\u00ebl a augment\u00e9 les peines contre celui qui tue son prochain (Gn 4,15 et 9,15). La foi en Dieu am\u00e8ne \u00e0 respecter et prot\u00e9ger la vie humaine. Elle juge facilement la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, dite lib\u00e9rale, qui ne respecte gu\u00e8re la vie l\u00e0 o\u00f9 l'argent manque: et ne parlons pas de l'avortement ni du m\u00e9pris de la famille nombreuse.
En pr\u00e9sentant ce code, adapt\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 primitive, la Bible nous invite \u00e0 promouvoir des lois adapt\u00e9es \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 industrielle, mais inspir\u00e9es de l'esprit de solidarit\u00e9 et du respect de l'homme. L'Eglise n'a pas \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes complexes de notre temps, mais elle peut redire les principes g\u00e9n\u00e9raux d'une vie conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, en les adaptant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.  Elle le fait parce qu'elle a une vision totale de l'homme.

{N}23,{/}20: Maintenant j'envoie un ange devant toi. Il est difficile de parler clairement de la providence de Dieu. Est-ce que je vais dire \u00e0 chaque instant: "C'est l'oeuvre de Dieu "? Ici, la Bible parle de "l'ange" que Dieu envoie devant Isra\u00ebl. C'est une fa\u00e7on de dire que Dieu prot\u00e8ge et guide son peuple en se servant de nombreux interm\u00e9diaires visibles et invisibles.
Tu briseras leurs pierres sacr\u00e9es (v. 24). Cette "destruction des idoles" a \u00e9t\u00e9 comprise souvent, dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, de mani\u00e8re fanatique et l'on a vu dispara\u00eetre ainsi bien des oeuvres d'art pa\u00efennes: sans doute \u00e9tait-il impossible qu'il en soit autrement \u00e9tant donn\u00e9e la mentalit\u00e9 de l'\u00e9poque. Mais aujourd'hui nous comprenons que cette parole vise l'adoration et le culte rendu aux faux-dieux. Ce que Paul dit, avec une grande sagesse, au sujet des viandes immol\u00e9es aux idoles, peut se dire \u00e9galement des statues ou autres oeuvres d'art repr\u00e9sentant ces faux-dieux (1Co 8).

{N}24,{/}3: Les \u00e9v\u00e9nements les plus importants de la Bible sont parfois ceux qui sont pr\u00e9sent\u00e9s le plus bri\u00e8vement. Ici nous voyons comment l'Alliance qui gouvernera la vie d'Isra\u00ebl est sign\u00e9e au pied du mont Sina\u00ef.
Deux sc\u00e8nes pour la c\u00e9l\u00e9bration de l'Alliance: d'abord Mo\u00efse et les anciens d'Isra\u00ebl voient la  Gloire de Dieu sur le mont Sina\u00ef. Plus tard, quand  Mo\u00efse revient, le peuple scelle l'Alliance par un  sacrifice solennel.
Mo\u00efse monta avec les soixante-dix anciens. L'alliance est une chose si in\u00e9dite et si transcendante que l'engagement du peuple ne peut pas reposer sur la seule exp\u00e9rience spirituelle de Mo\u00efse. Les soixante-dix t\u00e9moins pourront dire ce qu'ils ont vu. L'ascension de la montagne, impressionnante dans sa solitude, le bleu transparent du ciel au sommet, l'\u00e9clat du soleil, les pr\u00e9parent pour voir la gloire de Dieu. Yahv\u00e9 se fait pr\u00e9sent et ils le voient d'une fa\u00e7on myst\u00e9rieuse, dans la mesure on l'on peut voir le Dieu vivant "que personne n'a jamais contempl\u00e9" (Jn 1,18).

{N}24,{/}8: Voici le sang de l'Alliance... conform\u00e9ment \u00e0 la coutume antique, le sang des victimes est r\u00e9pandu sur les deux parties en cause dans le contrat. L'autel qui repr\u00e9sente Yahv\u00e9 re\u00e7oit sa part du sang. Il faudra nous souvenir de ces d\u00e9tails quand nous entendrons J\u00e9sus d\u00e9clarer pendant la C\u00e8ne: "Ceci est le sang de l'Alliance qui sera r\u00e9pandu pour une multitude" (Mc 14,24).
Gr\u00e2ce aux tables de pierre, le peuple aura un souvenir de la rencontre du Sina\u00ef. Avec d'autres souvenirs de l'\u00e9poque du d\u00e9sert, elles seront gard\u00e9es dans un meuble de bois pr\u00e9cieux appel\u00e9 "Arche de l'Alliance".
Avec le temps, les enfants d'Isra\u00ebl oublieront l'engagement qui est \u00e0 l'origine de ces tables de pierre. Ils consid\u00e9reront l'Arche comme un objet miraculeux qui leur assure la protection de Dieu (1S 4,4). L'Arche perdra ainsi sa raison d'\u00eatre et Dieu permettra qu'elle disparaisse dans la catastrophe de la nation. De m\u00eame nos statues miraculeuses dispara\u00eetront et nos \u00e9glises v\u00e9n\u00e9rables se videront si nous en venons \u00e0 oublier la pr\u00e9sence exigeante du Christ parmi nous.
D'apr\u00e8s le r\u00e9cit le plus ancien, Mo\u00efse \u00e9crit sur ces tables pendant que Dieu dicte (Ex 34,28). Plus tard les r\u00e9cits amplifieront l'\u00e9v\u00e9nement - comme d'habitude - en disant: l'\u00e9criture \u00e9tait de la main de Dieu (31,19; 32,16).

{N}25,{/}1: On trouve la suite du r\u00e9cit au chapitre 31,18. Les chapitres 32 \u00e0 34 ont \u00e9t\u00e9 artificiellement plac\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 ils se trouvent, pour s\u00e9parer les chapitres 25 \u00e0 31 dans lesquels Dieu prescrit \u00e0 Mo\u00efse la construction du sanctuaire, des chapitres 35 \u00e0 40.

{N}25,{/}2: Le livre de l'Exode pr\u00e9sente un d\u00e9sordre apparent, mais cela tient au fait qu'il a voulu ordonner des \u00e9l\u00e9ments d'\u00e2ge tr\u00e8s diff\u00e9rent. Les traditions anciennes disent clairement ce qu'ont \u00e9t\u00e9 les commandements de l'Alliance (ch. 20 et 34,10): justice et service du Dieu unique. Mais beaucoup plus tard, lorsque les Juifs rentr\u00e8rent d'Exil, il consid\u00e9r\u00e8rent que le culte c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans le Temple de J\u00e9rusalem \u00e9tait le premier devoir de la nation. C'est alors qu'on a ins\u00e9r\u00e9 ces longs chapitres 25-31 et 35-40 pour montrer que ce culte \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au coeur de la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu \u00e0 Mo\u00efse.
Des si\u00e8cles apr\u00e8s Mo\u00efse, les traditions du peuple h\u00e9breu rappelaient qu'au d\u00e9sert l'Arche \u00e9tait gard\u00e9e sous une tente. L'Arche \u00e9tait un coffre de bois pr\u00e9cieux; elle contenait les tables de pierre sur lesquelles la Loi \u00e9tait grav\u00e9e, ainsi qu'un peu de  manne et d'autres souvenirs des merveilles du d\u00e9sert.
Lorsque les pr\u00eatres d'Isra\u00ebl \u00e9crivirent ces chapitres, le peuple de Dieu avait \u00e0 J\u00e9rusalem un temple magnifique dans lequel se trouvait l'Arche. Ils aimaient penser que la tente du d\u00e9sert ressemblait un peu \u00e0 ce temple; ils lui attribu\u00e8rent la moiti\u00e9 des dimensions du temple de J\u00e9rusalem et ils aim\u00e8rent penser que Mo\u00efse l'avait faite d'apr\u00e8s les instructions d\u00e9taill\u00e9es de Dieu.

{N}32,{/}1: De m\u00eame qu'Adam d\u00e9sob\u00e9it d\u00e8s le d\u00e9but, Isra\u00ebl d\u00e9sob\u00e9it aussi apr\u00e8s avoir re\u00e7u la Loi. C'est le commencement de relations difficiles entre Isra\u00ebl et son Dieu. Dieu menace, punit, et ensuite pardonne. C'est la premi\u00e8re fois et Mo\u00efse a peur: il pense qu'en employant des mesures draconiennes, il ram\u00e8nera Isra\u00ebl sur le droit chemin, et que les gens seront plus responsables. Mais les ann\u00e9es passent et le peuple continue \u00e0 p\u00e9cher. Plus tard les proph\u00e8tes comprendront que la Loi ne suffit pas \u00e0 l'homme ici-bas: il lui faut un coeur nouveau: voir la nouvelle alliance dans Jr 31,31.
Tu vas nous faire un dieu. Les Isra\u00e9lites n'avaient pas vraiment accept\u00e9 Yahv\u00e9, ce Dieu exigeant et guerrier qui leur ordonne de conqu\u00e9rir la Terre Promise. Ils veulent revenir \u00e0 leur ancienne religion qui ne leur demandait que des f\u00eates et des rites. Le veau d'or qu'ils se fabriquent avec du bois recouvert d'or (que Mo\u00efse br\u00fblera) est l'image traditionnelle du Dieu canan\u00e9en El, un genre de Dieu bonasse qui rassure les croyants peureux.
Leur p\u00e9ch\u00e9 n'est pas seulement de se fabriquer une image de Dieu, mais, plus encore de se faire le dieu qui leur convient. C'est le m\u00eame p\u00e9ch\u00e9 que commettent beaucoup de croyants de nos jours \u00e0 la recherche d'une religion ou d'une spiritualit\u00e9 relaxante, sans les contradictions qu'on rencontre quand on fait le travail de Dieu dans le monde.

{N}32,{/}10: Je les ferai dispara\u00eetre, mais je ferai sortir de toi une grande nation. Au moment o\u00f9 la fid\u00e9lit\u00e9 du peuple fait d\u00e9faut, Yahv\u00e9 demande \u00e0 Mo\u00efse une preuve de fid\u00e9lit\u00e9 exceptionnelle. Il lui sugg\u00e8re que ses propres descendants forment un nouveau peuple de Dieu pour remplacer tous ces irresponsables. Mais Mo\u00efse comprend que c'est une tentation et qu'il ne doit pas en \u00eatre ainsi: Dieu ne d\u00e9mentira pas ses promesses \u00e0 Isra\u00ebl. Alors, Mo\u00efse se sacrifie pour sauver ces p\u00e9cheurs. Il ne demandera rien pour ses propres descendants aux d\u00e9pens du peuple qui a re\u00e7u l'Alliance, mais il interc\u00e9dera pour lui.
Mo\u00efse obtient le pardon d'Isra\u00ebl et Dieu lui permet de se tenir devant Yahv\u00e9 pour apaiser sa  col\u00e8re (Ps 106,23). Ici comme en d'autres occasions, Mo\u00efse interc\u00e8de avec autorit\u00e9 au nom de son peuple. Apr\u00e8s lui, c'est le grand pr\u00eatre qui sera, de par sa cons\u00e9cration, le d\u00e9fenseur du peuple face \u00e0 Dieu (Nb 17,12; He 7). Mais avec les grands proph\u00e8tes nous aurons un autre type d'intercesseurs: ils ne le seront pas d'abord en raison d'un appel ou d'une cons\u00e9cration, mais parce qu'ils auront \u00e9t\u00e9 conquis et purifi\u00e9s par son Esprit (Ez 22,30).
Nous voyons au retour de Mo\u00efse l'attitude irresponsable d'Aaron qui accuse le peuple. Aaron a agi comme un pr\u00eatre opportuniste, qui d\u00e9sire plaire au peuple et oublie tr\u00e8s vite la mission qu'il a re\u00e7ue de Dieu, et non du peuple. Rappelons qu'Aaron \u00e9tait l'anc\u00eatre et le mod\u00e8le des pr\u00eatres juifs. Les pr\u00eatres qui ont \u00e9crit ces pages revendiquaient pour eux l'autorit\u00e9 de Mo\u00efse dont ils pr\u00e9servaient l'enseignement; pourtant ils ont \u00e9t\u00e9 assez humbles pour pr\u00e9senter Aaron, le pr\u00eatre, comme un homme ordinaire et p\u00e9cheur, dont le comportement n'est pas \u00e0 la hauteur de sa charge \u00e9minente.
Le peuple infid\u00e8le aura du mal \u00e0 effacer sa faute. Les diff\u00e9rents r\u00e9cits qui s'entrem\u00ealent dans ce chapitre ne sont pas d'accord sur ce qui s'est pass\u00e9. Le v. 35 nous fait penser \u00e0 une punition comme la peste. Les vv. 25-29 indiquent que tous les Isra\u00e9lites n'ont pas pris part \u00e0 la r\u00e9volte. Les hommes de la tribu de L\u00e9vi sont plus fid\u00e8les, et ils aident Mo\u00efse \u00e0 r\u00e9tablir son autorit\u00e9: pour commencer ils tuent tous les coupables.
C'est pourquoi il vous donne aujourd'hui la b\u00e9n\u00e9diction (29): Ne pensons pas que Dieu b\u00e9nisse la violence: voyons que ce texte ancien fait l'\u00e9loge de ceux qui ont opt\u00e9 pour Dieu sans partage; ils l'ont montr\u00e9 comme on pouvait et devait le faire en ces temps primitifs. S'ils avaient agi alors comme on doit le faire au 20\u00ba si\u00e8cle, l'histoire sainte serait morte au berceau. Voir le commentaire de Esther 10.
Ce r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sans doute en grande partie quelques si\u00e8cles plus tard quand le peuple d'Isra\u00ebl allait \u00e0 Dan et \u00e0 Bethel pour y adorer les veaux d'or (cens\u00e9s repr\u00e9senter Yahv\u00e9) que J\u00e9roboam avait plac\u00e9s l\u00e0. Ceci explique bien des d\u00e9tails du r\u00e9cit (1R 12,26).

{N}33,{/}7: La tente appel\u00e9e "Tente du Rendez-Vous" est le premier temple de Dieu au sein de son peuple. Remarquons qu'elle se trouve en- dehors du camp, \u00e0 une courte distance, et qu'il ne s'agit d'elle qu'apr\u00e8s le p\u00e9ch\u00e9 du peuple. Dieu ne s'adresse plus \u00e0 Isra\u00ebl directement, mais par l'interm\u00e9diaire de son ange (32,34; 33,32).

{N}33,{/}11: Dieu est descendu au Sina\u00ef pour parler \u00e0 son peuple. Cependant il ne se r\u00e9v\u00e8le pas personnellement \u00e0 ces p\u00e9cheurs qui en sont encore \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9tape de la foi dans laquelle l'ob\u00e9issance \u00e0 la Loi pr\u00e9domine. Mais il parle avec Mo\u00efse face \u00e0 face (33,11), c'est-\u00e0-dire d'esprit \u00e0 esprit, ce qui est diff\u00e9rent et plus profond que les songes, les visions et les apparitions: Nb 12,6.
Le peuple accepte d'\u00eatre accompagn\u00e9 par l'ange de Yahv\u00e9, c'est-\u00e0-dire qu'il compte sur son aide et sa providence. En revanche, Mo\u00efse a soif d'une autre pr\u00e9sence; son r\u00f4le de chef et de proph\u00e8te le s\u00e9pare de ses fr\u00e8res et le place dans une grande solitude. Il a soif de la Face de Dieu, c'est-\u00e0-dire d'une pr\u00e9sence personnelle par laquelle Dieu lui r\u00e9v\u00e8le ses intentions.
Mo\u00efse insiste encore: que ta face nous accompagne, ou, que Dieu se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son peuple \u00e9galement, pour qu'il ne soit plus seulement un peuple prot\u00e9g\u00e9 par Dieu, mais un peuple saint qui conna\u00eet ce Dieu (voir RELIGION et FOI: Dt 4,1). La r\u00e9ponse est positive, mais c'est seulement avec le temps que Dieu se manifestera. J\u00e9sus demandera cette connaissance pour tous ceux qui forment son Eglise (Jn 17).

{N}33,{/}18: Ce paragraphe est l'un des plus profonds de toute la Bible. Il nous d\u00e9crit de fa\u00e7on imag\u00e9e comment Dieu accepte de se r\u00e9v\u00e9ler d'une fa\u00e7on personnelle et directe.
Montre-moi ta Gloire. En r\u00e9alit\u00e9, Dieu ne se laisse pas voir, mais il prononce son Nom, c'est-\u00e0-dire qu'il permet que sa puissance et sa Gloire s'imprime en ceux qui d\u00e9sirent le voir.
Tu te tiendras ici sur le rocher: o\u00f9, tu m'attendras, dans la solitude, dans le d\u00e9tachement, vigilant et disponible pour le moment que je choisirai parce que j'accorde mes faveurs \u00e0 qui je veux.
Ma main te couvrira. Quand Dieu veut accorder l'union mystique \u00e0 quelqu'un, il se rend plus ou moins ma\u00eetre de son esprit pour une p\u00e9riode plus ou moins longue. Puis, il retire toute parole, toute id\u00e9e et tout souvenir, et le maintient de force dans le vide, accroch\u00e9 \u00e0 sa seule pr\u00e9sence, comme s'il \u00e9tait mort \u00e0 tout ce qui est ext\u00e9rieur: je te mettrai dans le creux du rocher. Et il y reste jusqu'\u00e0 ce que le Seigneur soit pass\u00e9. Ensuite je retirerai ma main: alors tu te rendras compte que tu viens d'\u00eatre avec Dieu.
Donc, Yahv\u00e9 prononce son Nom, le laissant grav\u00e9 au plus profond de l'esprit et ce nom est la connaissance et l'exp\u00e9rience de son infinie mis\u00e9ricorde. Quand ce moment d'union avec le Seigneur est pass\u00e9, Mo\u00efse n'a plus d'ambition ni de d\u00e9sirs personnels: il ne demande que la r\u00e9alisation du plan de Dieu: que l' h\u00e9ritage divin soit donn\u00e9 aux hommes.

{N}34,{/}10: Voici un autre texte tr\u00e8s ancien qu'Isra\u00ebl consid\u00e9rait comme l'expression des exigences de Dieu dans son Alliance.
Dans les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations apr\u00e8s Mo\u00efse, il n'y avait pas "un" d\u00e9calogue, mais plusieurs formulaires r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 des moments et en des lieux diff\u00e9rents. Leur but \u00e9tait d'exprimer les exigences de l'Alliance et les r\u00e8gles donn\u00e9es par Mo\u00efse. Le plus connu est celui du chapitre 20, mais en voici un autre qui est plus ancien. Tandis que le premier, "notre" d\u00e9calogue donne la priorit\u00e9 \u00e0 la justice, les dix commandements du chapitre 34, centr\u00e9s sur les rites et les f\u00eates, ont aid\u00e9 les Isra\u00e9lites \u00e0 pr\u00e9server leur identit\u00e9 religieuse au milieu des peuples pa\u00efens.
Dans les temps anciens on gardait au moins deux r\u00e9cits de l'ascension de Mo\u00efse au mont Sina\u00ef. Cela explique peut-\u00eatre pourquoi dans le texte biblique Mo\u00efse y monte une seconde fois apr\u00e8s avoir bris\u00e9 les tables de pierre. Cette fiction \u00e9tait une mani\u00e8re de pr\u00e9server les deux r\u00e9cits de l'ascension de Mo\u00efse ainsi que les deux d\u00e9calogues les plus importants.

{N}34,{/}29: La peau de son visage \u00e9tait rayonnante de lumi\u00e8re: Ce signe ext\u00e9rieur r\u00e9v\u00e8le la transformation profonde que Dieu accomplit en ceux qui se pr\u00e9sentent \u00e0 lui \u00e0 visage d\u00e9couvert. Ce d\u00e9tail sera interpr\u00e9t\u00e9 de nouveau dans Mc 9,2 et 2Co 3,12-18.

{N}34,{/}34: La suite des souvenirs de la vie des Isra\u00e9lites au d\u00e9sert se trouve aux chapitres 11 \u00e0 16 et 20 \u00e0 24 du livre des Nombres.

{N}40,{/}34: La nu\u00e9e est le signe de la pr\u00e9sence de Dieu. Bien des si\u00e8cles plus tard, quand le Temple sera inaugur\u00e9, la nu\u00e9e le remplira (2R 8,10). La nu\u00e9e enveloppera J\u00e9sus \u00e0 la Transfiguration et le cachera au jour de l'Ascension.
La nu\u00e9e accompagne le peuple dans le d\u00e9sert: Dieu est avec eux, d'une fa\u00e7on voil\u00e9e mais r\u00e9elle.

