{N}1,{/}1: Il nous faut un effort pour jeter sur cette premi\u00e8re page un regard simple. Il y a eu trop de discussions depuis cent cinquante ans sur le th\u00e8me "la cr\u00e9ation selon la Bible et selon la science", probl\u00e8me tr\u00e8s mal pos\u00e9, encore plus mal r\u00e9solu, et qui habituellement nous laisse mal \u00e0 l'aise. Nous ne chercherons pas ici des donn\u00e9es historiques ou scientifiques; ceux qui ont r\u00e9dig\u00e9 ce chapitre avaient bien d'autres choses \u00e0 nous dire, et Dieu avait le droit de contresigner leur travail m\u00eame s'ils voyaient le ciel comme une vo\u00fbte d'azur o\u00f9 quelqu'un a \u00e9pingl\u00e9 les \u00e9toiles.
Il y a donc l\u00e0 une parole de Dieu, mais ne lisons pas non plus ce texte comme s'il y avait l\u00e0 toute la compr\u00e9hension chr\u00e9tienne de l'univers. Comme toutes les religions du pass\u00e9 ont eu leurs "cosmogonies", c'est-\u00e0-dire leurs r\u00e9cits de l'origine du monde, la Bible a eu les siens, et celui-ci est le plus important; mais elle a beaucoup plus \u00e0 dire et elle le dit l\u00e0 o\u00f9 beaucoup ne cherchent pas, c'est-\u00e0-dire dans le Nouveau Testament. Pour que se r\u00e9v\u00e8le le myst\u00e8re de Dieu Cr\u00e9ateur, il faudra attendre la venue du Christ: voir Jn 1 et Ep 1.
Ce r\u00e9cit rythm\u00e9, avec ses r\u00e9p\u00e9titions et sa forme liturgique, est comme une pr\u00e9face, une ouverture du premier noyau de la Bible r\u00e9alis\u00e9 au cinqui\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus, lorsque les Juifs sont revenus de l'Exil \u00e0 Babylone.
Mais que voulait-il dire? Que Dieu a tout fait? Bien s\u00fbr. Dieu, un seul, distinct de cet univers qu'il cr\u00e9ait, et qui existait avant lui. Mais ce que l'auteur voulait avant tout, c'\u00e9tait de montrer que Dieu est infiniment au-del\u00e0 de cette cr\u00e9ation qui nous \u00e9merveille ou nous \u00e9crase, au-del\u00e0 d'une nature si riche et si dominatrice que facilement nous nous laissons emporter par ses pulsions.
L'esprit de Dieu planait sur les eaux. Il faut savoir qu'en h\u00e9breu c'est le mot "souffle", ou "vent" qui a fini par signifier "esprit" (voir Jean 3,8). Voici donc l'Esprit de Dieu, son souffle, nomm\u00e9 juste avant la Parole: toute l'oeuvre de Dieu sera vie. Parole et Esprit seront comme les deux mains de Dieu cr\u00e9ateur. C'est cela m\u00eame que nous affirmons dans le Credo: L'Esprit Saint a parl\u00e9 par les proph\u00e8tes. Dieu agit par sa Parole, porteuse de ses volont\u00e9s. D\u00e8s ce premier moment la Parole, appel\u00e9e ailleurs la Sagesse, organise l'univers, mais non pas comme une terre \u00e9trang\u00e8re, un monde que Dieu regarderait de haut, sinon comme le lieu qu'un jour il viendra visiter.
Dieu dit. Voici comme une fronti\u00e8re mise entre Dieu et sa cr\u00e9ature. Le monde n'est pas Dieu, il n'est pas un visage de Dieu, il n'est pas sorti de Dieu comme du sein d'un Infini qui laisserait \u00e9chapper ses richesses sans les conna\u00eetre ni les dominer. Le monde est en Dieu, de quelque fa\u00e7on, mais Dieu est ext\u00e9rieur au monde et ne d\u00e9pend pas de lui. Il ne faudra pas l'oublier quand plus tard le Nouveau Testament parlera de communion avec Dieu: Cela ne peut \u00eatre que si Dieu, personnellement, nous appelle.
Dieu cr\u00e9e, cela veut dire d'abord que Dieu met un ordre. Premier jour, deuxi\u00e8me jour, troisi\u00e8me jour. Tout n'est pas sur le m\u00eame plan. Un univers mat\u00e9riel o\u00f9 la vie ensuite appara\u00eetra, avec ses mille r\u00e9alisations diversifi\u00e9es et hi\u00e9rarchis\u00e9es.
Premier jour, deuxi\u00e8me jour, septi\u00e8me jour. Dieu ordonne le monde et notre existence. Le soleil et la lune ne sont pas l\u00e0 seulement pour \u00e9clairer: ils d\u00e9terminent le temps et le calendrier. Pas de vie humaine, pas de vie de famille sans f\u00eates, sans une discipline et r\u00e9gularit\u00e9 dans le lever et le coucher, le travail et les heures de repas. Les h\u00e9breux divisaient le monde en trois r\u00e9gions: le ciel, la terre et les eaux. Nous retrouvons cet ordre: jours 1 et 4, 2 et 5, 3 et 6. Tout arrive \u00e0 son heure: les cr\u00e9atures les plus parfaites viennent apr\u00e8s les cr\u00e9atures inf\u00e9rieures, l'homme en dernier lieu.
Dieu vit que cela \u00e9tait bon. Rien n'est mal de tout ce que Dieu a cr\u00e9\u00e9, et pourtant l'auteur ne nie pas l'existence de forces du mal dans le monde: la mer et la nuit, pour les Isra\u00e9lites, \u00e9taient des forces mauvaises. Mais voil\u00e0 que ces forces sont contenues: la mer a ses limites et, tous les jours, la nuit c\u00e9de le pas \u00e0 la lumi\u00e8re.
Il faudra pourtant se poser la question: Qui a mis le mal dans le monde? Voir Gen 3; Sg 1,14; 11,20; Si 13,1; Jc 1,17).
C'est avec la cr\u00e9ation de l'homme que s'ach\u00e8ve l'oeuvre de Dieu. Le texte nous laisse trois affirmations d\u00e9cisives qui sont \u00e0 la base de la conception chr\u00e9tienne de l'homme, des certitudes qui, avec le temps, ont cr\u00e9\u00e9 la modernit\u00e9 et se sont impos\u00e9es bien au-del\u00e0 du monde chr\u00e9tien:
- Il le cr\u00e9a \u00e0 son image. C'est une des plus importantes d\u00e9clarations de la Bible: l'homme n'est pas enferm\u00e9 sans espoir dans le monde de ses fantasmes et de ses illusions, prisonnier de ses cat\u00e9gories et de ses structures; il est cr\u00e9\u00e9 pour la V\u00e9rit\u00e9. Dieu peut lui dire l'essentiel dans un langage humain et \u00e0 travers des exp\u00e9riences humaines: nous ne sommes pas condamn\u00e9s \u00e0 toujours douter. A l'image de Dieu, et bien s\u00fbr, faits pour lui donner une r\u00e9ponse.
- Homme et femme il les cr\u00e9a. Et voici la dignit\u00e9 du couple. L'homme que Dieu cr\u00e9e, ce n'est pas l'homme seul ni la femme seule, mais le couple. Et chose \u00e9trange dans une culture aussi machiste, pas de diff\u00e9rence de rang entre l'homme et la femme. Avec la Bible nous \u00e9chappons aux images simplistes des th\u00e9ories mat\u00e9rialistes: la division des sexes ne serait que le produit d'un hasard dans les mutations des chrosomes, et tout aussi par hasard, l'amour serait le produit de la division des sexes. Au contraire nous affirmons que l'amour a \u00e9t\u00e9 premier dans le plan de Dieu, et la longue \u00e9volution de la sexualit\u00e9 en a \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9paration.
- Ayez autorit\u00e9... Ce n'est pas pour que l'homme soit tyran, dominateur, mettant en danger jusqu'\u00e0 l'existence humaine sur une plan\u00e8te poubelle. Mais Dieu lui livre l'univers entier. L'homme fera usage de tout, et de la vie elle-m\u00eame, pour cro\u00eetre, m\u00fbrir et mener \u00e0 terme l'aventure humaine jusqu'\u00e0 son retour en Dieu.
Multipliez-vous et remplissez la terre. Dieu leur donne sa b\u00e9n\u00e9diction. On aurait tort de prendre pr\u00e9texte de cette b\u00e9n\u00e9diction pour pr\u00eacher une procr\u00e9ation irresponsable: (voir Sg 4,11 qui fait l'\u00e9loge des familles dont les enfants sont bien \u00e9duqu\u00e9s, utiles et bons devant Dieu); cependant la Bible montrera en mille occasions, qu'un peuple qui n'a plus d'enfants a perdu le chemin des b\u00e9n\u00e9dictions divines.
Je vous donne toutes les herbes et tous les arbres qui portent des fruits. Par ces mots, l'auteur exprime l'id\u00e9al d'un univers non violent, o\u00f9 l'on ne tuerait m\u00eame pas les animaux. Dieu ne veut pas la mort de ses cr\u00e9atures, bien que plus tard, il doive faire une concession (Gn 9,3) pour tenir compte de la condition r\u00e9elle de l'homme p\u00e9cheur.
Dieu se reposa le septi\u00e8me jour. Le respect de ce septi\u00e8me jour, appel\u00e9 en h\u00e9breu "sabbat", c'est-\u00e0-dire "repos" est un des piliers de la pratique isra\u00e9lite et chr\u00e9tienne. C'est un jour saint, c'est-\u00e0-dire totalement diff\u00e9rent des autres, et qui nous fait saints et diff\u00e9rents des autres. Gr\u00e2ce \u00e0 lui les personnes \u00e9chappent \u00e0 l'esclavage du travail et sont disponibles pour une rencontre avec Dieu, avec les autres et avec elles-m\u00eames (voir Ex 20,8 et les promesses exprim\u00e9es en Is 56,4; 58,13).
{C}LA CREATION ET L'HOMME MODERNE{/}
La Bible \u00e9tablit la grandeur de l'homme qui vient de Dieu et n'est pas le produit du hasard. Les peuples primitifs se croyaient d\u00e9pendants des caprices de leurs dieux; m\u00eame les Grecs, si f\u00e9rus de libert\u00e9, acceptaient le poids d'un destin auquel personne ne pouvait \u00e9chapper. Le poids de cette fatalit\u00e9 a maintenu l'immense majorit\u00e9 des peuples dans la crainte, paralysant leurs efforts pour se d\u00e9passer, \u00e9teignant la joie vraie.
La Bible, au contraire, forme des hommes qui ne craignent pas le pouvoir secret des astres (ce sont des "lampes" au service de Dieu), des hommes qui n'ont pas peur des mal\u00e9dictions du destin quand ils cherchent les secrets de l'univers; ce n'est pas par hasard que le grand \u00e9lan de la civilisation est parti d'un occident christianis\u00e9.
{C}UN MESSAGE PROPHETIQUE{/}
Cette premi\u00e8re page de la Bible pose les bases d'une vue chr\u00e9tienne de l'existence. Mais nous disons aussi qu'elle a une valeur proph\u00e9tique en ce sens que si maintenant nous la relisons apr\u00e8s avoir re\u00e7u l'Evangile, ses vieilles paroles laissent transpara\u00eetre des v\u00e9rit\u00e9s nouvelles. Nous en donnons quelques exemples:
La Gen\u00e8se dit: Au commencement, parlant de la cr\u00e9ation qui appara\u00eet hors de Dieu dans le temps, mais Jean nous montrera bien d'autres richesses de ce commencement (Jn 1,1) qui pour Dieu ne passe pas. Car Dieu n'est pas soumis au temps: il vit dans cette pl\u00e9nitude permanente que nous appelons \u00e9ternit\u00e9. L\u00e0, il n'y a ni avant ni apr\u00e8s, ni dur\u00e9e, ni fatigue, ni ennui. Au commencement Dieu se projette en son Fils qui est \u00e0 la fois son image et sa Parole (Col 1,15; He 1,3). Mais dans ce m\u00eame commencement Dieu cr\u00e9e hors de lui le monde, pour y distribuer les richesses qu'il contemple en son Fils. Et c'est alors que commencent l'univers et les esprits, l'espace et le temps.
Cet univers qui d\u00e9fie notre imagination par ses dimensions et sa dur\u00e9e est donc une expression du myst\u00e8re profond de Dieu; toute l'histoire humaine qui va y prendre place sera une "histoire sacr\u00e9e" o\u00f9 Dieu r\u00e9alisera un d\u00e9sir \u00e9ternel: sa volont\u00e9 de nous aimer, de mener les hommes \u00e0 leur maturit\u00e9 et de les r\u00e9unir dans le Christ.
A son image et ressemblance. Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 partager le myst\u00e8re de Dieu au terme d'un chemin o\u00f9 nous devenons semblables \u00e0 lui: ce chemin, nous dit le Nouveau Testament, est celui de l'amour: 1 Co 13,13; 1Jn 3,1-6; 7,8.
Qu'il domine. Malgr\u00e9 sa fragilit\u00e9, l'\u00eatre humain a \u00e9t\u00e9 choisi par Dieu pour \u00eatre le lien entre lui et l'univers. D\u00e8s le premier instant de la Cr\u00e9ation, Dieu avait d\u00e9cid\u00e9 que son Fils se ferait homme (Ep 1,14). C'est lui d'abord qui justifie les paroles du Psaume 8 "Qui est l'homme pour que tu t'en souviennes? Tu l'as couronn\u00e9 de gloire" (voir 1Co 15,24; Heb 2,6).
Et Dieu se reposa le septi\u00e8me jour. Ce repos de Dieu ne veut pas dire que, depuis, Dieu regarde de loin sa cr\u00e9ation (Jn 5,17). Nous devons plut\u00f4t comprendre que la cr\u00e9ation de Dieu, et de m\u00eame le travail des hommes, aboutissent au jour sans fin o\u00f9 nous nous reposerons en Dieu, partageant son bonheur (He 4,1-10).

{N}2,{/}5: A la suite de la "cr\u00e9ation de l'univers" qui occupe le premier chapitre de la Gen\u00e8se, la Bible nous pr\u00e9sente un r\u00e9cit beaucoup plus ancien: l'homme et la femme dans le paradis terrestre. Pour nous c'est comme le r\u00eave d'un bonheur perdu, mais ce n'est pas ainsi que l'entendait son auteur. En ce temps on ne disait pas: O\u00f9 allons-nous? On pensait que dans le pass\u00e9, au commencement, Dieu, ou les dieux, avaient \u00e9tabli toutes choses comme elles devaient \u00eatre, et c'est alors que tout allait bien. Cette histoire du premier couple \u00e9tait donc comme le miroir o\u00f9 l'on voulait retrouver l'homme pr\u00e9sent, ses choix et son avenir.
Ne r\u00eavons donc pas d'un premier homme du genre Adam-Tarzan \u00e0 la Hollywood, dont le gros p\u00e9ch\u00e9 aurait valu \u00e0 l'humanit\u00e9 toutes ses \u00e9preuves. Certains des premiers "P\u00e8res de l'Eglise", comme Saint Ir\u00e9n\u00e9e, voyaient plus juste quand ils regardaient l'histoire humaine comme conduite par la p\u00e9dagogie de Dieu dont toute l'ambition \u00e9tait de faire grandir "Adam", c'est-\u00e0-dire l'Humanit\u00e9, et l'amener \u00e0 son \u00e2ge adulte (Ep 4,13).
Yahv\u00e9, le Dieu Saint, est ici le propri\u00e9taire d'un merveilleux jardin ( Eden veut dire: d\u00e9lices) o\u00f9 il aime se promener apr\u00e8s la chaleur (3,8). Nous n'avons pas besoin d'imaginer une sc\u00e8ne immense: il n'y a que deux arbres, l'homme et sa compagne. Les animaux ne font que passer pour recevoir le nom que l'homme leur donnera: cela signifie qu'ils lui seront soumis. Cependant, si petit que soit l'Eden du couple humain, ce qui va s'y passer d\u00e9terminera le sort de toute la terre. Ainsi, au d\u00e9but du r\u00e9cit, la petite fontaine d'Eden alimente les grands fleuves du monde, entre autres l'Euphrate et le Gihon, s\u00e9par\u00e9s de fait par des milliers de kilom\u00e8tres.
Devons-nous parler d'Adam ou de l'homme? En h\u00e9breu, Adam veut dire: \u00eatre humain. Quand le mot s'emploie comme un nom propre sans article (dans 5,1; 5,3) nous disons Adam. Mais ici la Bible dit "le" Adam, c'est-\u00e0-dire l'homme. Rappelons \u00e0 cet \u00e9gard les paroles d'Orig\u00e8ne, ce grand bibliste du troisi\u00e8me si\u00e8cle qui \u00e9crivait: "Seuls ceux qui savent qu'en h\u00e9breu Adam veut dire "homme" comprendront le sens profond de ce r\u00e9cit. Dans les passages pr\u00e9sent\u00e9s comme l'histoire d'Adam, Mo\u00efse nous donne son enseignement sur la nature humaine."
Yahv\u00e9, bon artisan, travaille l'argile de ses propres mains, regardant celui qui ne peut pas encore le conna\u00eetre et le pr\u00e9parant \u00e0 recevoir souffle et vie de son propre "souffle". Voir: Enseignement biblique, 83{N} {/}sur le souffle de vie ou \u00e2me.
Harmonie de l'homme avec l'univers cr\u00e9\u00e9: il est en Eden comme dans une oasis en plein d\u00e9sert, et le couple humain uni, c'est la nature enti\u00e8re dans l'ordre.
L'homme est mis dans le jardin pour le cultiver: l'humanit\u00e9 se construira en m\u00eame temps qu'elle prendra posession du monde; elle devra peiner pendant de longs si\u00e8cles afin de se d\u00e9velopper, de se conna\u00eetre et de savoir ce dont elle est capable.
Dieu s'est \u00e9loign\u00e9, mais l'homme vit par gr\u00e2ce de Dieu (l'arbre de vie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le privil\u00e8ge des dieux), dont le souffle le maintient \u00e9veill\u00e9 pour qu'il ne s'endorme pas ou ne retourne pas d'o\u00f9 il vient. Si l'Esprit l'abandonnait, en quelques minutes ou quelques g\u00e9n\u00e9rations, il retournerait \u00e0 la poussi\u00e8re: l'homme, c'est-\u00e0-dire, toi et moi, les familles et la civilisation. On peut proclamer la mort de Dieu, mais de fait c'est l'homme sans Dieu qui meurt avec ses oeuvres.
Que signifie l'arbre de la science du bien et du mal? Le bien et le mal, cela signifie: ce qui est bon et utile, et ce qui ne l'est pas. Cet arbre, c'est donc celui de la sagesse, de l'art de vivre et d'\u00eatre heureux. Dieu ouvre \u00e0 l'homme un chemin de sagesse, mais cet homme est libre; acceptera-t-il de ne pas la prendre lui-m\u00eame, de ne pas \u00eatre celui qui sait et d\u00e9cide en ma\u00eetre ce qui sera bon pour lui?
Il n'est pas bon que l'homme soit seul (2,18). Dieu, qui ne conna\u00eet pas la solitude, cr\u00e9e les deux sexes, non pas comme le moyen oblig\u00e9 de transmettre la vie, mais pour que le couple s'unisse dans l'amour, le don de soi et le bonheur partag\u00e9.
Il ne se trouva pas d'aide qui lui corresponde... (2,20). Le d\u00e9fil\u00e9 des animaux aide \u00e0 d\u00e9couvrir la valeur unique de la femme: une compagne et non pas une servante.
L'homme s'endort (2,21) pour que Dieu puisse op\u00e9rer en lui une transmutation: il va devenir un en deux personnes, et pour chacun d'eux ce sera une nouvelle naissance.
Elle sera appel\u00e9e femme.. En h\u00e9breu les mots homme et femme d\u00e9butent par la m\u00eame syllabe: symbole de parent\u00e9 profonde. Mais les Isra\u00e9lites oubliaient, comme nous, cette parent\u00e9 qui exclut toute domination. Voir \u00e0 ce sujet Mt 2,15; Lc 8,1; 1Co 7,4; 7,10; Ep 5,31.
C'est pourquoi l'homme quitte son p\u00e8re et sa m\u00e8re La coutume juive voulait que la femme quitte sa famille, pour entrer dans le clan de son mari. On se rappelait cependant que, dans les temps anciens, c'\u00e9tait le contraire: l'homme entrait dans le clan de la femme. De fait, l'un comme l'autre prennent le risque de se s\u00e9parer du milieu familial pour fonder une nouvelle unit\u00e9 sociale.
Et ils ne font qu'une seule chair: en h\u00e9breu, cela veut dire qu'ils sont un seul \u00eatre. Cette unit\u00e9 du couple fait partie de sa mission; ce ne sera pas une entente provisoire pour jouir l'un de l'autre, mais l'unit\u00e9 d'une famille o\u00f9 se r\u00e9alise l'oeuvre de Dieu. La famille sera donc f\u00e9conde et c'est ainsi que les deux rendront \u00e0 la grande famille humaine le tr\u00e9sor d'humanit\u00e9 qu'ils ont re\u00e7u d'elle.
Il est impossible de relire cette sentence sans nous rappeler la fa\u00e7on dont elle sera reprise dans l'\u00e9vangile (Mt 19,10). Les paroles de J\u00e9sus sur le mariage seront parmi celles qu'on comprendra le moins. La volont\u00e9 de Dieu \u00e9tait pourtant claire dans cette page ancienne: les ann\u00e9es de vie commune, les efforts pour s'\u00e9couter, se comprendre et prendre ensemble des d\u00e9cisions, la capacit\u00e9 de pardonner et de pers\u00e9v\u00e9rer en toute fid\u00e9lit\u00e9, les risques pris ensemble pour mettre au monde et \u00e9duquer toute une famille: voil\u00e0 les moyens qui peu \u00e0 peu transforment l'homme et la femme, leur permettant d'acqu\u00e9rir maturit\u00e9 et sens de leur responsabilit\u00e9. Et c'est cela pr\u00e9cis\u00e9ment que Dieu veut trouver en eux au terme de leur vie quand il sera tout pour tous.
Ils \u00e9taient nus et n'\u00e9prouvaient aucune g\u00eane. Dans la culture hebra\u00efque la nudit\u00e9 est ce qui nous laisse sans d\u00e9fense. Donc ici, comprenons que "l'homme et la femme s'acceptent tels qu'ils sont sans abuser de leurs mutuelles faiblesses" (TOB).
{C}LA BIBLE ET L'EVOLUTION{/}
Nous savons d\u00e9j\u00e0 que ce r\u00e9cit ne pr\u00e9tend d'aucune fa\u00e7on d\u00e9crire l'apparition de la race humaine et donc ne peut \u00eatre en conflit avec la science. Si maintenant nous demandons: Quelle a \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9histoire de la race humaine? Comment est-elle reli\u00e9e aux autres formes de vie animale? ce sont des questions que ces hommes ne se posaient pas et la Parole de Dieu n'a pas de r\u00e9ponse \u00e0 ce sujet. Dieu nous laisse chercher nous-m\u00eames: c'est ce que font les scientifiques.
Certains sont choqu\u00e9s de ce que l'homme soit tir\u00e9 de la boue: mais dans la litt\u00e9rature de l'Ancien Orient, tous les dieux cr\u00e9aient de la boue les \u00eatres vivants. L'auteur de ce r\u00e9cit a suivi le folklore de son temps, et il a repris les vieilles l\u00e9gendes en leur donnant un sens nouveau.
D'autres sont tellement impressionn\u00e9s par les th\u00e9ories mat\u00e9rialistes -d\u00e9j\u00e0 bien vieillies- et l'usage qu'elles ont fait de l'\u00e9volution, qu'il faut ici en dire un mot. Lorsqu'on croit voir une opposition entre la foi et la vision d'un monde en \u00e9volution, cela tient habituellement \u00e0 ce qu'on confond 3 questions fort diff\u00e9rentes:
1 - Y a-t-il eu une \u00e9volution de tout l'univers et en particulier des \u00eatres vivants? Peut-on dire que toutes les esp\u00e8ces actuelles ou disparues font partie d'une m\u00eame famille et proviennent les unes des autres? Aujourd'hui, tous ceux qui ont \u00e9tudi\u00e9 les faits donnent une r\u00e9ponse affirmative.
2 - Quelles sont les causes d'une telle \u00e9volution? Il faut avouer qu'on n'en sait rien. On conna\u00eet les causes de quelques petites \u00e9volutions, mais jusqu'ici on ne voit rien qui puisse rendre compte de l'essentiel de l'\u00e9volution. Et de l\u00e0 d\u00e9coule la r\u00e9ponse \u00e0 la troisi\u00e8me question:
3 - Les th\u00e9ories de l'\u00e9volution s'opposent-elles \u00e0 la foi? Ces th\u00e9ories ne sont d\u00e9ja plus de la science sinon de la philosophie ou de l'imagination, m\u00eame si elles ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es par des hommes de science fort \u00e9minents, comme \u00e9tait Darwin. Un croyant ou un mat\u00e9rialiste auront toute libert\u00e9 pour soutenir des points de vue oppos\u00e9s
Une derni\u00e8re observation. Ce qui est merveilleux dans l'homme, c'est que chacun re\u00e7oit de Dieu l'esprit qui fait de lui une personne \u00e0 l'image de Dieu. Cela ne change rien si nous devons notre corps \u00e0 des parents humains alors que les premiers hommes le tenaient d'anc\u00eatres animaux. Dieu est celui qui a lanc\u00e9 et orient\u00e9 toute l'\u00e9volution des \u00eatres vivants afin qu'elle aboutisse \u00e0 l'homme, lequel, en fait, est premier dans le plan de Dieu.
{C}UN MESSAGE PROPHETIQUE{/}
Comme nous l'avons dit pour le premier chapitre, le Nouveau Testament retrouve dans ces textes anciens une \u00e9bauche de tout ce qui deviendra clair "dans le Christ".
Si Adam repr\u00e9sente toute la race humaine, une dans son origine et son destin, alors le Christ est l'Adam authentique. D\u00e8s le d\u00e9but de la cr\u00e9ation, le Christ est pr\u00e9sent dans la pens\u00e9e de Dieu. "Dans le Christ" Dieu a b\u00e9ni cette race o\u00f9 chacun a ses traits uniques tout en restant ins\u00e9parable de l'ensemble (Ep 1,1). Notre premier anc\u00eatre selon la chair m\u00e9rite sans doute un souvenir charitable, mais c'est un autre qui compte, qui est L'Homme, celui qui nous donne l'Esprit (1Co 15,45-49).
De son c\u00f4t\u00e9, le couple humain est donn\u00e9 comme l'image authentique d'un Dieu qui est en lui-m\u00eame \u00e9ternelle communion. En cr\u00e9ant le couple, Dieu nous permet de comprendre quelque chose du myst\u00e8re du Christ qui se pr\u00e9sente \u00e0 l'humanit\u00e9 enti\u00e8re comme "l'\u00e9poux"(Mc 2,19). Eve est sortie du c\u00f4t\u00e9 d'Adam endormi; du c\u00f4t\u00e9 du Christ mort en croix sortent de l'eau et du sang (Jn 19,34), annon\u00e7ant la naissance d'une Eglise purifi\u00e9e par l'eau du bapt\u00eame et le sang du Christ (Eph 5,26-31).

{N}3,{/}1: La seconde partie du r\u00e9cit de l'Eden nous montre la seconde face de la destin\u00e9e humaine. Apr\u00e8s le chapitre 2 qui pr\u00e9sentait le plan de Dieu, l'homme dans l'id\u00e9al, le chapitre 3 montre la r\u00e9alit\u00e9, la condition pr\u00e9sente de l'humanit\u00e9, et il pose la question: \u00e0 qui la faute?
Le serpent \u00e9tait le plus rus\u00e9... Le serpent, cr\u00e9ature \u00e0 la fois mal\u00e9fique et dot\u00e9e de pouvoirs divins dans la litt\u00e9rature du Moyen Orient. Le mal ne vient pas de Dieu, ni d'un autre Dieu rival du premier, mais d'un personnage fort important du monde sup\u00e9rieur, comme Satan dans le livre de Job (Sg 2,24; Jn 8,44).
La tentation va se dissimuler dans la conqu\u00eate de la sagesse. Rappelons-nous que l'on usait alors le verbe manger pour d\u00e9signer l'apprentissage par coeur, \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9tition, des paroles des sages: on mange les fruits de la sagesse (Pr 9,5; Si 24,26). L'arbre de la connaissance, c'est l'art de vivre et de r\u00e9ussir (voir 1 Rois 3,11), et c'est aussi la libert\u00e9 de l'homme qui lui ouvre bien et mal, vie et mort (Dt 30,15). Or Dieu a plac\u00e9 l'homme dans une situation conflictive quand il a mis la sagesse \u00e0 sa port\u00e9e tout en lui disant: Tu ne toucheras pas. Il faudra d'abord qu'il renonce \u00e0 s'en emparer.
Le r\u00e9cit distingue trois moments: la tentation, le p\u00e9ch\u00e9 et le jugement.
La tentation. Le serpent redit \u00e0 l'homme ce qui est vrai: rien n'est trop grand pour lui. Mais aussi il l'am\u00e8ne \u00e0 douter de Dieu.
Puis vient le p\u00e9ch\u00e9. Etrange, cette conversation \u00e0 trois! La femme a d\u00e9sir\u00e9, et c'est l'homme qui commet le vrai p\u00e9ch\u00e9. La femme tentatrice, n'est-ce pas la r\u00e9alit\u00e9, n'\u00e9tait-ce pas alors la r\u00e9alit\u00e9? L'auteur, en ces temps lointains, avait sous les yeux l'exploitation de la femme, et l'art qu'ont les exploit\u00e9es pour tirer parti de leurs seigneurs. Voyant que la souffrance \u00e9tait mal partag\u00e9e, il en tirait la conclusion que s\u00fbrement la femme avait \u00e9t\u00e9 infid\u00e8le la premi\u00e8re. Mais Dieu n'acceptera pas les excuses de l'homme.
Deux d\u00e9tails expriment d'une mani\u00e8re ironique la d\u00e9convenue du p\u00e9cheur: Vos yeux s'ouvriront: et ils se sont retrouv\u00e9s nus. Vous conna\u00eetrez le bien et le mal: et ils en resteront au mal.
Il y a d'autres textes bibliques concernant ces sujets:
L'ancien serpent: Sg 2,24; Jn 8,44; 2Co 11,3; Apoc 12,19.
Le faux concept d'un Dieu jaloux: Mi 6,7; Jb 10,13; Mt 25,24.
La r\u00e9volte contre Dieu: Is 14,14; Ez 28,2; Dn 11,36; Lc 5,11; 2Th 2,4.
La tentation: Mt 4,6-25; Si 15,11; Rm 7,8; 1Co 10,13; Jc 1,13.
{C}ADAM ET L'ENFANT PRODIGUE{/}
Ce p\u00e9ch\u00e9 d'Adam qui ouvre l'histoire sacr\u00e9e doit \u00eatre revu \u00e0 la lumi\u00e8re de l'Evangile, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de l'histoire de l'enfant prodigue (Lc 15,11). Cette parabole fait plus que rappeler la mis\u00e9ricorde infinie de Dieu pour le "p\u00e9cheur" qui revient: elle nous dit ce qu'est l'aventure humaine devant Dieu, celle d'un fils prodigue. Mais tandis que dans la Gen\u00e8se Adam restait sur la d\u00e9couverte de sa faute, dans cette parabole il d\u00e9couvre qu'il est fils. J\u00e9sus est le Fils, et il nous fait fils: c'est ainsi qu'il nous lib\u00e8re.

{N}3,{/}14: Le jugement de Dieu est une fa\u00e7on de dire ce qu'est notre condition: Adam fait sa vie loin de Dieu, dans la souffrance et les contradictions. Son mal va d\u00e9figurer le meilleur de son existence:
- la mise au monde et l'\u00e9ducation des enfants;
- les relations entre mari et femme: le plus fort domine l'autre.
- le travail qui devient une n\u00e9cessit\u00e9 et un fardeau.
Tu seras maudit. Dieu maudit le serpent, mais non pas l'homme. Le plan primitif ne peut \u00e9chouer: le bonheur et la paix sont au terme, mais l'homme ne l'atteindra qu'\u00e0 travers une histoire qui nous d\u00e9concerte et souvent nous semble un \u00e9chec (1 Co 1,21): ce sera la r\u00e9demption avec J\u00e9sus et par lui.
Elle t'\u00e9crasera la t\u00eate. L'auteur biblique pensait \u00e0 la lente victoire du peuple de Dieu sur le mal: la descendance de la femme, toujours bless\u00e9e mais conduite par Dieu vers de nouvelles esp\u00e9rances. Cette esp\u00e9rance d'une victoire d\u00e9finitive sur le mal anime toute l'histoire biblique; c'est elle maintenant qui nous maintient \u00e9veill\u00e9s dans un monde o\u00f9 tout est concert\u00e9 pour nous d\u00e9courager, ou pour nous droguer, jusqu'au jour o\u00f9 la mort r\u00e8gle tout.
Adam donne un nom \u00e0 sa femme, promesse d'un nouveau d\u00e9part mais aussi signe d'autorit\u00e9. Dieu, de son c\u00f4t\u00e9 inaugure la longue s\u00e9rie de ses "mis\u00e9ricordes", pour parler comme fera la Bible. C'est ainsi qu'il donne \u00e0 Adam et Eve le pagne maintenant n\u00e9cessaire \u00e0 leur dignit\u00e9. Mais c'est le moment de rappeler qu'il nous faut renverser l'ordre apparent du r\u00e9cit: le d\u00e9but de l'histoire, le Paradis, c'\u00e9tait le terme pour lequel Dieu nous a cr\u00e9\u00e9s, et maintenant l'Adam mortel, c'est notre r\u00e9alit\u00e9 sur terre. La faiblesse et la mort d'Adam font partie du plan de salut de Dieu. Notre vie sera une mont\u00e9e continuelle, de la vie d'Adam - animale et mortelle - vers la saintet\u00e9 et l'incorruptibilit\u00e9 d'un autre Adam, le Christ (1 Co 15,45).
{C}NE PAS TOUT PRENDRE AU PIED DE LA LETTRE{/}
Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que l'auteur de ces pages avait emprunt\u00e9 ses personnages, comme le serpent, \u00e0 des r\u00e9cits plus anciens. Il a pr\u00e9serv\u00e9 \u00e9galement quelques expressions \u00e9tranges comme la suivante: l'homme est devenu comme l'un de nous... qui lui venaient directement de la l\u00e9gende pa\u00efenne: l\u00e0 les dieux voulaient \u00e9viter \u00e0 tout prix que les hommes leur fassent concurrence. De m\u00eame les ch\u00e9rubins et l'\u00e9p\u00e9e flamboyante font allusion \u00e0 des figures post\u00e9es \u00e0 l'entr\u00e9e des villes, pour les pr\u00e9server des esprits du mal. Ici, ces images montrent que l'humanit\u00e9 est "sous la col\u00e8re de Dieu" (Eph 2,3), c'est-\u00e0-dire que les hommes sont en attente d'une r\u00e9conciliation avec Dieu
{C}LE PECHE ORIGINEL{/}
On ne reparlera plus d'Adam et de son p\u00e9ch\u00e9 dans aucun livre de l'Ancien Testament (sauf une br\u00e8ve allusion en Sg 10,1; Sir 25,24 est un peu une plaisanterie). Mais ce qu'enseigne cette histoire, \u00e0 savoir que nous tombons tous, avec du plus et du moins, dans l'infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dieu, on le retrouve de mille mani\u00e8res. C'est Isra\u00ebl, choisi par Dieu, qui se fait un veau d'or (Ex 32); c'est Mo\u00efse, le grand Mo\u00efse, qui doute de Dieu et ne lui r\u00e9pond pas (Num 20); c'est David, l'\u00e9lu de Dieu, meurtrier et adult\u00e8re (2Sam 11); c'est le royaume d'Isra\u00ebl qui se divise, \u00e0 peine commenc\u00e9 (1Rois 12). Et chaque fois, c'est la m\u00eame conclusion: Dieu maintient ses promesses, mais tout l'avenir sera marqu\u00e9 par la souffrance et par la mort.
Le p\u00e9ch\u00e9 d'Adam, ce n'est donc pas un autre p\u00e9ch\u00e9, plus ancien que nos r\u00e9voltes et qui s'ajouterait, sans que nous le voulions, \u00e0 nos propres fautes, c'est une autre mani\u00e8re de regarder le p\u00e9ch\u00e9 dans notre race. Voici ce que l'auteur a compris en regardant cette histoire: nos p\u00e9ch\u00e9s ne sont pas les p\u00e9ch\u00e9s d'individus isol\u00e9s. Chacun de nous, d\u00e8s sa naissance et d\u00e8s avant sa naissance a baign\u00e9 dans un monde de violence et d'ignorance de Dieu (Ps 51,7): ses proches, sa culture, ses premi\u00e8res exp\u00e9riences lui ont enseign\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9. "Adam" est fait de toutes ces solidarit\u00e9s.
Pas un mot d'Adam et de son p\u00e9ch\u00e9 dans les \u00e9vangiles: juste une allusion au d\u00e9mon homicide en Jn 8,44, et rien dans l'ensemble du Nouveau Testament - s'il n'y avait pas la Lettre de Paul aux chr\u00e9tiens de Rome. Mais l\u00e0, cette histoire revient au premier plan: voir \u00e0 ce sujet le commentaire de Rom 5,12.
Ce texte important de Paul (Rom 5) est \u00e0 la base des affirmations chr\u00e9tiennes sur le "p\u00e9ch\u00e9 de la race humaine" qu'on appellera ensuite le "p\u00e9ch\u00e9 originel". L'affirmation est double: d'une part, nous sommes tous solidaires dans une r\u00e9volte contre Dieu (Rom 5,10) qui laisse ses traces d'\u00e2ge en \u00e2ge; d'autre part, aucun de nous n'est naturellement enfant de Dieu: tous nous avons besoin d'une r\u00e9conciliation (Ep 2,12), il faut que Dieu fasse le premier pas et nous sauve, par le Christ.
Tout cela va tr\u00e8s au-del\u00e0 de ce que disait l'ancien r\u00e9cit: c'est une fa\u00e7on de le relire \u00e0 partir de la foi dans le Christ et dans le salut qu'il apporte au monde. Mais on n'a pas abandonn\u00e9 pour autant les intuitions de la Gen\u00e8se. Comme nous l'auteur cherchait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question: pourquoi y a-t'il du mal dans le monde? et pourquoi les fils d'Adam sont-ils p\u00e9cheurs?
Il a r\u00e9pondu que le mal vient de la d\u00e9sob\u00e9isssance \u00e0 Dieu, mais il dit tout aussi clairement: le mal est venu d'un personnage tr\u00e8s important dans la cr\u00e9ation. D\u00e9j\u00e0 nous rencontrons, dans les premi\u00e8res pages de la Bible, cette affirmation qui aujourd'hui fait rire bien des chr\u00e9tiens: le monde est sous le contr\u00f4le d'un Satan, ou Diable, ou D\u00e9mon, celui que Jean appelle "le gouverneur de ce monde" (Jn 12,31; 14,30); nous parlerions d'une super-puissance spirituelle associ\u00e9e \u00e0 l'oeuvre de Dieu Cr\u00e9ateur.
Paul se trompait-il quand il affirmait que le plan de Dieu, avec la venue de son Fils fait homme, bip\u00e8de et terrien, et supplici\u00e9, \u00e9tait un scandale pour toute cr\u00e9ature, en commen\u00e7ant par les puissances occultes ou lumineuses qui g\u00e8rent ce monde (1 Cor 1,8; Col 2,15)? De l\u00e0 viennent ces anciens r\u00e9cits de cat\u00e9ch\u00e8se, un peu poussi\u00e9reux sans doute apr\u00e8s tant d'ann\u00e9es, mais fid\u00e8les \u00e9chos du message de Jean (Ap 12), o\u00f9 l'on affirmait que le "p\u00e9ch\u00e9 des anges" avait \u00e9t\u00e9 d'abord la r\u00e9volte du plus grand des \u00eatres spirituels, une r\u00e9volte en voyant que Dieu allait le court-circuiter, venant s'enraciner au point le plus bas de l'univers pour, de l\u00e0, "\u00e9lever tout \u00e0 lui"(Jn 12,32).
{C}LA FEMME - L'IMMACULEE CONCEPTION{/}
Quand l'auteur de la Gen\u00e8se parlait de la descendance de la femme, ilpensait au combat de l'humanit\u00e9, constamment bless\u00e9e et finalement victorieuse, contre le mal. Mais par la suite, les auteurs bibliques font de plus en plus allusion \u00e0 un vainqueur, le Fils de l'Homme, qui livrera le combat d\u00e9cisif.
La femme est donc d'abord l'humanit\u00e9, f\u00e9cond\u00e9e par la gr\u00e2ce de Dieu, qui donne le jour au Sauveur, "son" sauveur (Is 45,8). Nous la retrouverons dans Ap 12. Cette image de la Femme pourra s'appliquer \u00e0 Marie tout autant qu'\u00e0 l'Eglise, puisque l'une et l'autre sont entr\u00e9es pareillement dans un mariage divin. J\u00e9sus est n\u00e9 de Marie; et l'Eglise est la m\u00e8re de tous ceux qui re-naissent de l'eau et de l'Esprit: ils deviennent ainsi membres du corps du Christ qui s'\u00e9tend peu \u00e0 peu \u00e0 tous les hommes.
Lorsque les artistes repr\u00e9sentent Marie \u00e9crasant la t\u00eate du serpent, cela encore a un sens. L'Eglise croit, depuis les premiers si\u00e8cles, que Dieu l'a pr\u00e9serv\u00e9e du mal qui frappe notre race. Dieu n'a pas voulu qu'existe pour Marie, entre le premier instant de sa conception et la premi\u00e8re manifestation de Dieu en elle, cette p\u00e9riode o\u00f9 la libert\u00e9 humaine est victime du p\u00e9ch\u00e9 de la race humaine et s'affirme en se d\u00e9formant. Aussi, d\u00e8s le d\u00e9but, Dieu lui a conc\u00e9d\u00e9 la pl\u00e9nitude de sa gr\u00e2ce et toute sa vie s'est d\u00e9velopp\u00e9e dans la perfection de l'esprit filial. Ce privil\u00e8ge de Marie est ce que nous appelons "l'Immacul\u00e9e Conception".
Marie est la cr\u00e9ature parfaite, ins\u00e9parable du Fils de la femme, J\u00e9sus Christ. Dieu l'a plac\u00e9e au milieu d'une foule de p\u00e9cheurs pour qu'elle les aide. Une femme (Jn 2,4; 19,26) est le mod\u00e8le de tous ceux qui obtiendront le salut; Marie est la nouvelle Eve.

{N}4,{/}1: Au d\u00e9but l'histoire de Ca\u00efn et Abel n'avait rien \u00e0 voir avec celle d'Adam et Eve, mais l'auteur  biblique a fait d'eux des enfants du premier couple pour les besoins de son r\u00e9cit. Il a voulu nous montrer la violence comme un facteur d\u00e9cisif de notre histoire. Ses racines sont dans le coeur humain (4,7), et Dieu, qui fait justice, s'oppose \u00e0 la justice exp\u00e9ditive (4,15).
Nous avons ici une parole de Dieu, mais il n'est pas sans int\u00e9r\u00eat de voir qu'elle reste profond\u00e9ment humaine et qu'elle garde la marque du temps o\u00f9  elle est n\u00e9e et du temps o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e
Cette tradition appartient aux traditions des K\u00e9nites ou Ca\u00efnites (Jg 1,16; 4,17). Comme on le voit dans les l\u00e9gendes de bien des peuples, Ca\u00efn, le  p\u00e8re de la tribu, avait tu\u00e9 son fr\u00e8re qui risquait de devenir son rival, et d\u00e8s lors s'\u00e9tait impos\u00e9 comme fondateur. Abel \u00e9tait donc le perdant, et par l\u00e0  m\u00eame, le mauvais. Sur ce point l'auteur biblique redresse le jugement et d\u00e9nonce le meurtre.
Mais il y a un autre aspect du conflit: Abel est un pasteur, et Ca\u00efn est un s\u00e9dentaire. Dans cette histoire les anciens Isra\u00e9lites, encore nomades, projettent leurs propres affrontements avec les  canan\u00e9ens sur le territoire desquels ils passent avec leurs troupeaux (ils \u00e9taient les gitans de leur temps!). Eux sont les bons, et les cultivateurs, les m\u00e9chants. Si on les attaque, ils sont des victimes, s'ils \u00e9crasent les autres, ils d\u00e9fendent les droits de Dieu. L'Ancien Testament, mis \u00e0 part les proph\u00e8tes, n'arrivera pas \u00e0 d\u00e9passer ces perspectives (voir Gen 34, Esther 9, Sg 18). C'est que, dans tout groupe humain, on sait qu'on est les bons: m\u00eame aujourd'hui, dans les films d'aventures, les bons sont typiques de la race qui s'est impos\u00e9e, et les mauvais se reconnaissent \u00e0 leur teint et la forme de leur visage.
On reparlera d'Abel dans le Nouveau Testament o\u00f9 il deviendra le premier des "justes", celui qu'on a \u00e9limin\u00e9  pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu'il plaisait \u00e0 Dieu (Mt 23,35; He 11,4; Jn 8,44; 1 Jn 3,12).

{N}4,{/}17: Entre les origines du monde et le d\u00e9but de leur propre histoire (l'appel \u00e0 Abraham), les auteurs sacr\u00e9s ont intercal\u00e9 ce qu'ils savaient du pass\u00e9 des hommes. Ils le connaissaient \u00e0 leur mani\u00e8re, \u00e0 travers les traditions et les l\u00e9gendes populaires.

{N}5,{/}27: La vie de Mathusalem atteignit neuf cent soixante-neuf ans! Il fallait \u00e0 tout pris donner l'id\u00e9e d'un long temps \u00e9coul\u00e9 depuis le d\u00e9but du monde jusqu'aux anc\u00eatres du peuple de Dieu, et on ne pouvait multiplier les noms. Tout comme les babyloniens pla\u00e7aient avant le d\u00e9luge quelque onze rois dont la vie avait une dur\u00e9e fabuleuse, les Isra\u00e9lites avaient besoin de quelques Mathusalem. Par ailleurs ils pensaient que leurs lointains anc\u00eatres \u00e9taient meilleurs qu'eux et que pour cette raison, ils avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9s par une tr\u00e8s longue vie.
Dans cette liste l\u00e9gendaire des anc\u00eatres de l'humanit\u00e9, se trouve le nom d'H\u00e9nok, le juste que Dieu enl\u00e8ve au ciel, comme il le fera pour Elie (2R 2).

{N}6,{/}1: Nous trouvons ici une croyance populaire des Isra\u00e9lites. Les fils de Dieu \u00e9taient au d\u00e9part des dieux, on en avait fait des \u00eatres c\u00e9lestes serviteurs de Dieu. D\u00e8s ces premi\u00e8res pages de la Bible appara\u00eet la tradition d'une mise \u00e0 l'\u00e9preuve des \u00eatres c\u00e9lestes au commencement du monde, avec la chute de beaucoup d'entre eux. Plus tard, on ne mentionnera plus cette l\u00e9gende des g\u00e9ants, mais on parlera des anges d\u00e9chus (Mt 25,41; Ap 12,4; 12,7).
Nous croyons \u00e0 un progr\u00e8s de l'humanit\u00e9, les peuples primitifs par contre pensaient que leurs anc\u00eatres \u00e9taient plus forts et mieux instruits qu'eux-m\u00eames. C'est pourquoi ils les voyaient capables de vouloir rivaliser avec Dieu, alors que cette arrogance nous semble, \u00e0 nous, un fruit de la culture et du progr\u00e8s technologique. La le\u00e7on est claire: le surhomme se croit ma\u00eetre du ciel, mais il ne conna\u00eet pas les chemins de Dieu.

{N}6,{/}5: Dieu ne se laisse pas mener comme nous par les illusions ou le pessimisme, mais il n'est pas non plus indiff\u00e9rent \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes. Il fait le n\u00e9cessaire pour assurer l'avenir de la Cr\u00e9ation, m\u00eame quand il doit se servir de moyens radicaux. En fait, il semble parfois que la seule solution pour Dieu serait d'en finir avec le monde actuel.
Telle est bien l'intention que l'auteur pr\u00eate \u00e0 Dieu dans le d\u00e9luge, sauf qu'il ne d\u00e9truit pas tout. Il sauve No\u00e9, le juste, pour qu'une race sainte naisse de lui. Tout au long de l'histoire sainte, m\u00eame quand Dieu appelle les pires d\u00e9sastres sur son peuple infid\u00e8le, il pr\u00e9serve un Reste (Is 4,2-6; 6,13). C'est ainsi que Dieu choisit No\u00e9 parmi tous les fils d'Adam; plus tard, il choisira Abraham parmi les descendants de No\u00e9; puis David parmi les enfants d'Abraham, et finalement, un des fils de David, le Christ, le repr\u00e9sentant et le sauveur de tous les hommes. La Bible fait ressortir ce contraste: tandis que le p\u00e9ch\u00e9 d'un seul homme, Adam, s'\u00e9tend \u00e0 tous et fait d\u00e9vier le progr\u00e8s des civilisations, Dieu, au contraire, concentre peu \u00e0 peu toute son attention sur un seul peuple, une famille, et enfin un seul homme qui nous sauvera tous (Rm 5).
Comme No\u00e9, le croyant est celui qui entre volontiers dans les plans de Dieu et coop\u00e8re avec lui au salut du monde. Il ne suffit pas de dire: "J'ai ma foi." Est-ce que cette foi me conduira \u00e0 me sacrifier pour changer le monde? Face aux n\u00e9gligents, aux paresseux et aux corrompus, No\u00e9, l'homme de foi, se met au travail; il ne doute pas et ne se d\u00e9courage pas tout le temps qu'il construit son gros bateau, ridicule et apparemment inutile.
Le moment vient o\u00f9 Dieu \u00e9limine ceux qui n'ont pas voulu pr\u00e9voir, qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 vivre dans l'imm\u00e9diat plut\u00f4t que de pr\u00e9parer l'avenir comme Dieu les y invitait (Mi 3,9-12; So 2,1-3; Mt 24,38).
L'histoire du d\u00e9luge est mentionn\u00e9e plusieurs fois dans le Nouveau Testament (1P 3,10; 2P 2,5). Elle nous enseigne que Dieu veut renouveler notre monde de p\u00e9cheurs. Aujourd'hui tout sp\u00e9cialement nous pouvons \u00eatre inquiets quand nous voyons l'extension de certains maux, qu'il s'agisse de la drogue, de l'absence totale de formation morale chez un grand nombre de jeunes \u00e0 qui leurs a\u00een\u00e9s n'ont enseign\u00e9 qu'\u00e0 jouir de la vie. L'histoire nous montre que les crises arrivent \u00e0 leur temps pour purifier en \u00e9liminant. Ne craignons pas: un reste toujours \u00e9chappera \u00e0 la tourmente et b\u00e2tira du neuf. Mais des pans entiers de notre culture, vici\u00e9e en profondeur, sombreront. Il faudra, pour commencer, que disparaisse la suffisance inscrite dans notre humanisme: nous devrons reconna\u00eetre que nous avons besoin d'un sauveur.
Dans un certain sens, l'Eglise est "l'Arche" dans laquelle nous entrons par la foi et le bapt\u00eame, o\u00f9 nous sommes accueillis par le Christ, le nouveau No\u00e9. Nous aurions \u00e9videmment tort de nous enfermer dans l'Eglise comme dans le refuge de ceux qui sont sauv\u00e9s, et, de l\u00e0, condamner tout ce qui se fait dans le monde en oubliant que nous avons pour mission de sauver ce monde (Jn 3,17). Mais nous ne devons pas oublier que l'Eglise est l'esp\u00e9rance du monde et que rien de ce que l'homme a construit ne peut entrer dans le Royaume, sans passer par les eaux qui d\u00e9truisent et purifient.

{N}8,{/}21: Je ne maudirai plus jamais la terre \u00e0 cause de l'homme. Ni les erreurs, ni les crimes des hommes, ne pourront conduire l'histoire jusqu'au chaos. Non seulement le soleil continuera de nous chauffer et la terre donnera son pain, mais \u00e0 chaque si\u00e8cle l'humanit\u00e9 trouvera une solution \u00e0 ses probl\u00e8mes, car Dieu est un Dieu de mis\u00e9ricorde, et jour apr\u00e8s jour il marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l'homme, comme un p\u00e8re accompagne son fils tout au long de sa route (Dt 1,31).
Le r\u00e9cit de No\u00e9 dans la Bible provient de tr\u00e8s anciennes traditions du Moyen Orient reprises pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l'\u00e9poque du roi Salomon. Beaucoup plus tard, les pr\u00eatres juifs ont ajout\u00e9 les paragraphes imprim\u00e9s en italiques.

{N}9,{/}1: La b\u00e9n\u00e9diction donn\u00e9e par Dieu \u00e0 No\u00e9 et ses fils (c'est-\u00e0-dire \u00e0 toute l'humanit\u00e9) est comme un commentaire de la promesse pr\u00e9c\u00e9dente. Remarquons les points suivants:
- L'homme est confirm\u00e9 dans sa charge de g\u00e9rant de la cr\u00e9ation (v. 2).
- Il peut manger la viande des animaux (v. 3) et en cela Dieu, qui ne veut ni la violence ni la mort fait une concession (comparer avec 1,29). Seulement le sang lui est interdit: ceci est propre \u00e0 la culture des H\u00e9breux: selon eux le sang contenait l'\u00e2me, ou la vie des \u00eatres vivants, et consommer la viande sans saigner l'animal leur paraissait profaner la saintet\u00e9 de la vie (Lv 17,10-24).
Cette alliance de Dieu (v. 9) ne vaut pas seulement pour un groupe \u00e9lu: elle vaut pour toute l'humanit\u00e9, et pour tout ce qui sort de l'arche. Cela signifie que Dieu s'int\u00e9resse \u00e0 tout ce que font les hommes: leur culture, leurs inventions et leurs ambitions l\u00e9gitimes. Dieu n'est pas seulement le Dieu des croyants, mais du monde entier. Son plan cr\u00e9ateur ne contemple pas seulement le salut des \u00e2mes: gr\u00e2ce au progr\u00e8s technique et culturel, les hommes sont mis tous les jours davantage en face de leurs responsabilit\u00e9s et Dieu les pr\u00e9pare pour l'union de toute notre race dans le Christ et par l'Esprit Saint.
Dieu ne s'est pas fait conna\u00eetre \u00e0 tous les groupes humains comme il a fait pour Isra\u00ebl, et plus tard, pour les chr\u00e9tiens. Mais \u00e0 tous les hommes, dans tous les pays, il donne des signes de sa providence et de sa bont\u00e9 \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements quotidiens: c'est ce qu'il exprime quand il invite les descendants de No\u00e9 \u00e0 voir dans l'arc-en-ciel le rappel de son alliance avec eux (v. 12). En ce temps, accrocher son arc au mur, c'\u00e9tait le signe du temps de paix: l'arc-en-ciel est cet arc que Dieu accroche dans le ciel, sa tente.

{N}9,{/}18: Dans les cultures primitives, les hommes \u00e0 la recherche d'exp\u00e9riences surnaturelles font facilement de l'ivresse un rite sacr\u00e9. Ils croient trouver dans le vin les forces vitales qui leur permettraient d'\u00e9chapper au passage du temps. La Bible res pecte cette aspiration et pr\u00e9f\u00e8re honorer No\u00e9 plut\u00f4t que de condamner son ivresse.

{N}10,{/}1: Les trois fils de No\u00e9 repr\u00e9sentent symboliquement les trois groupes humains qui, selon les Isra\u00e9lites, composaient l'humanit\u00e9:
- Leur propre groupe, b\u00e9ni par Dieu, les S\u00e9mites (y compris, entre autres, les Arabes). Ils appelaient leur anc\u00eatre: Sem, ou "le Nom", celui qui conna\u00eet et qui garde le Nom, c'est-\u00e0-dire la pr\u00e9sence de Dieu.
-_Un second groupe, Japhet, comprenant les peuples d'Europe, qui allaient former les empires grecs et romains.
-_Le troisi\u00e8me groupe \u00e9tait celui des Africains, surtout Misra\u00efm (l'Egypte) ainsi que Koush (l'Ethiopie) et les Canan\u00e9ens qui occupaient la Terre Sainte avant sa conqu\u00eate par les Isra\u00e9lites. Comme l'immoralit\u00e9 sexuelle \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandue chez les Canan\u00e9ens, on attribuait un manque de pudeur \u00e0 leur anc\u00eatre Kam.
Dans cette liste d'anc\u00eatres, les noms de h\u00e9ros l\u00e9gendaires sont m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 ceux de peuples et de villes "fils" de telle ou telle race. Par exemple, les noms mentionn\u00e9s de 2 \u00e0 6 sont des peuples et des tribus, et non des individus.

{N}11,{/}1: Il serait facile de montrer que ce r\u00e9cit de la Tour de Babel reproduit en partie des l\u00e9gendes sur Babel (Babylone), la plus c\u00e9l\u00e8bre capitale de l'\u00e9poque avec ses b\u00e2timents de brique et ses \u00e9tranges tours qui semblaient inachev\u00e9es. En 11,7 l'auteur biblique retient une expression ambigu\u00eb provenant de cette l\u00e9gende pa\u00efenne o\u00f9 les dieux prennent peur de l'arrogance des hommes qui les menacent dans leur r\u00e9sidence c\u00e9leste.
Voici en quelques mots une vision tr\u00e8s pessimiste du progr\u00e8s et de la centralisation. Dieu a confi\u00e9 aux hommes la mission d'occuper toute la terre pour la faire fructifier; dispersion sans doute, mais parlant un m\u00eame langage. La d\u00e9couverte de nouvelles techniques ouvre l'\u00e2ge des cit\u00e9s, la concentration urbaine donne les moyens d'entreprendre de grands travaux, elle \u00e9veille aussi les ambitions du pouvoir. Soif de domination et volont\u00e9 de se prot\u00e9ger contre les menaces et les mauvais sorts: ce sont les ressorts secrets des grands empires.
Muraille de Chine, course aux armements, imp\u00e9rialisme \u00e9conomique, les grands projets pour lesquels on a sacrifi\u00e9 des millions d'esclaves resteront inachev\u00e9s. Dieu s'indigne: cette fa\u00e7on de faire l'humanit\u00e9 n'est pas celle qu'il a pr\u00e9vue. Lui va construire \u00e0 partir des humbles et les commencements seront insignifiants; ce sera d'abord l'appel d'Abraham, au chapitre suivant. La premi\u00e8re promesse de Dieu \u00e0 Abraham sera de rassembler toutes les nations dans sa descendance (Gn 12,3). Seul Dieu peut nous rassembler: quand \u00e0 la Pentec\u00f4te l'Esprit Saint a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le coeur des croyants (Actes 2), il les a fait se comprendre dans la langue unique de l'amour. Un seul peuple: ce sera l'Eglise.
Tandis que le p\u00e9cheur travaille seul et d\u00e9veloppe une culture oppressive, ceux qui croient construisent avec Dieu, gr\u00e2ce \u00e0 la communication et \u00e0 la communion dans l'Esprit (Eph 2,14-22).
La diversit\u00e9 des langues humaines intriguait alors, tout comme la diversit\u00e9 des cultures; on pense aujourd'hui que l'homme parle depuis plusieurs dizaines de milliers d'ann\u00e9es; mais une langue est toujours en \u00e9volution, davantage encore lorsque l'\u00e9criture n'est pas l\u00e0 pour la fixer. En un temps ou des groupes humains peu nombreux, \u00e9parpill\u00e9s sur les continents, vivaient presque sans contact les uns avec les autres, il suffisait de quelques g\u00e9n\u00e9rations pour que les langues se multiplient \u00e0 l'infini.

{N}11,{/}26: T\u00e9rah engendra Abram. Cet Abram, c'est Abraham, le p\u00e8re des croyants (voir 17,5). Nous avons dit dans l'Introduction que l'histoire d'Abraham n'est pas historique dans tous ses \u00e9pisodes. Elle est comme le livre de la foi: elle illustre les \u00e9tapes typiques et les \u00e9preuves par lesquelles tous les croyants passent \u00e0 un moment ou l'autre de leur vie.
Sur la carte il est facile de rep\u00e9rer le "croissant fertile" form\u00e9 par les vall\u00e9es de M\u00e9sopotamie et les plaines de Canaan. A l'int\u00e9rieur de cet arc se trouvent des plateaux et des d\u00e9serts que parcouraient les nomades, toujours \u00e0 la recherche de p\u00e2turages pour leurs moutons et leurs \u00e2nes. Abraham appartenait, comme beaucoup de ces nomades, \u00e0 l'un des nombreux clans Amorites. Comme beaucoup d'entre eux, sa famille avait quitt\u00e9 Ur et s'\u00e9tait \u00e9tablie avec ses troupeaux aupr\u00e8s du centre de Harr\u00e1n (11,31).

{N}12,{/}1: Abram \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vieux, et bien des groupes autour de lui partaient vers le sud, vers Canaan, \u00e0 la recherche de meilleures terres, mais pourquoi les aurait-il suivis? Sa vie allait bient\u00f4t s'achever; pire encore, il n'avait pas d'enfants. Pouvait-il refaire sa vie?
Mais Dieu l'appelle: "Pars; quelque chose t'attend!" Et Abraham part comme les nombreux \u00e9migrants de notre \u00e9poque, que les n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques forcent \u00e0 quitter leur pays sans savoir o\u00f9 aller, ni comment leur vie finira. 
Pars pour le pays que je te montrerai. Abraham sait seulement que Dieu veut lui donner ce qu'il a d\u00e9sir\u00e9 toute sa vie, et il accueille cette promesse. Malgr\u00e9 son \u00e2ge il sait encore esp\u00e9rer l'impossible et cette disponibilit\u00e9 du coeur, ou cette capacit\u00e9 de rena\u00eetre, pla\u00eet davantage \u00e0 Dieu que nquelles bonnes oeuvres.
Quitte ton pays, ta famille et le clan de ton p\u00e8re. C'est l\u00e0 l'une des premi\u00e8res paroles de Dieu dans l'Ecriture Sainte. Cet appel d'Abraham fait encore partie d'un monde de l\u00e9gendes, comme les chapitres de la Gen\u00e8se qui le pr\u00e9c\u00e8dent, mais c'est aussi le d\u00e9but d'une histoire vraie qui va s'\u00e9tendre sur des si\u00e8cles et qui est loin d'\u00eatre finie: l'histoire d'Isra\u00ebl et du peuple chr\u00e9tien. Ce n'est pas sans raison que nous l'appelons le p\u00e8re des croyants, car cet appel qu'il a re\u00e7u, et son d\u00e9part vers des terres inconnues, c'est cela m\u00eame qui nous arrive \u00e0 notre tour quand nous commen\u00e7ons \u00e0 croire.
{C}LA FOI{/}
Quitte ton pays et le clan de ton p\u00e8re... A beaucoup d'entre nous Dieu dirait plut\u00f4t: "Laisse l\u00e0 ta sagesse". Car si Dieu nous parle, ce n'est s\u00fbrement pas pour nous dire ce que nous savons d\u00e9j\u00e0. Il nous met \u00e0 l'\u00e9preuve, il nous frappe au coeur pour voir quel sera l'\u00e9cho: serons-nous capables de nous lib\u00e9rer de notre propre sagesse pour entrer dans son projet. Nous pensions savoir ce que nous valons et o\u00f9 nous devons aller, mais - s'il avait d\u00e9j\u00e0 dispos\u00e9 de nous, s'il nous connaissait mieux que nous ne nous connaissons?
Abraham n'a pas pris l'initiative de partir; Dieu l'a appel\u00e9, et ce faisant il l'a lib\u00e9r\u00e9. Car, (et c'est l\u00e0 l'un des aspects du p\u00e9ch\u00e9) chacun na\u00eet et vit comme en terre \u00e9trang\u00e8re. Sa propre r\u00e9alit\u00e9 lui \u00e9chappe tant qu'il ne s'est pas enracin\u00e9 en Dieu. Les religions et les id\u00e9ologies des hommes, pour autant qu'elles sont des produits de leur culture, ne leur permettent pas de d\u00e9passer un monde qu'ils ont fait \u00e0 leur mesure. Pour que l'homme prenne conscience de sa vocation, il faut que Dieu l'appelle et qu'il sorte de ce cercle vicieux.
La foi ne viendra jamais sans ruptures, et c'est pourquoi Dieu en a pr\u00e9vu dans chacune de nos vies: d\u00e9part de la maison parentale, entr\u00e9e au travail, mariage... La foi nous pr\u00e9pare \u00e0 affronter d'autres ruptures plus p\u00e9nibles, qui nous mettront plus enti\u00e8rement au service de Dieu. Le croyant ne pense jamais qu'il est arriv\u00e9; jusqu'\u00e0 la fin de sa vie il sera un nomade, attir\u00e9 par un id\u00e9al jamais atteint, toujours attentif aux signes de Dieu pour voir o\u00f9 Dieu l'attend.
Abraham a su r\u00e9pondre \u00e0 l'appel de Dieu qui lui faisait de belles promesses: l\u00e0 est toute la foi. Il y a dans la Bible des fondateurs ou r\u00e9formateurs de la religion, comme Mo\u00efse. Il y a des sages et des livres de sagesse. Mais il y a avant tout la foi, des hommes et des femmes qui sont capables de r\u00e9pondre, quand Dieu les appelle. Et les promesses que Dieu a faites \u00e0 Abraham valent aussi bien pour tous les autres croyants: gr\u00e2ce \u00e0 eux le salut de Dieu se fait r\u00e9alit\u00e9 dans le monde. La Bible elle-m\u00eame le dit: En toi seront b\u00e9nies toutes les familles de la terre.
Dans un monde divis\u00e9, o\u00f9 chacun d\u00e9fend son domaine, Dieu choisit un homme sans terre pour pr\u00e9parer le Royaume dans lequel tous les peuples seront rassembl\u00e9s. D\u00e8s ce premier moment, Dieu choisit les pauvres, ceux dont la vie n'est pas assur\u00e9e, pour donner au monde ce que le monde ne peut pas d\u00e9couvrir par lui-m\u00eame. C'est \u00e0 eux que Dieu promet, comme \u00e0 Abraham, la Cit\u00e9 d\u00e9finitive (He 11,10).
Les enfants d'Abraham: voir Mt 3,7; Jn 8,33; Ac 3,25; 13,26; Rm 4,13; Ga 3,8.

{N}12,{/}10: Dis-leur que tu es ma soeur: ils me feront du bien \u00e0 cause de toi. Certains sont choqu\u00e9s par le niveau de moralit\u00e9 que trahit cet \u00e9pi sode. Pensons que lorsque Dieu a appel\u00e9 Abraham pour en faire son ami, il ne l'a pas chang\u00e9 d'un coup de baguette magique. De m\u00eame l'\u00e9ducation morale du peuple \u00e9lu allait demander de longs si\u00e8cles: Dieu est patient.

{N}13,{/}5: Une dispute a lieu entre les serviteurs d'Abraham et ceux de Lot. Abraham fait passer la paix avant ses propres int\u00e9r\u00eats et offre \u00e0 Lot de choisir sa propre terre. Cette fois Abraham apprend, quand il ne s'en doutait pas, quelle sera la terre que Dieu lui donne.

{N}14,{/}14: D'o\u00f9 vient la l\u00e9gende racont\u00e9e dans ce chapitre, l\u00e9gende qui a \u00e9t\u00e9 introduite beaucoup plus tard dans l'histoire d'Abraham? Vient-elle du d\u00e9sir de rehausser la gloire du patriarche en lui attribuant un exploit militaire?
De toutes fa\u00e7ons, Dieu, l'auteur de la Bible, voulait que ce r\u00e9cit sans importance apparente nous enseigne de fa\u00e7on symbolique deux choses:
18 Melquis\u00e9dek \u00e9tait pr\u00eatre du Dieu Tr\u00e8s-Haut. Il n'avait pas re\u00e7u comme Abraham une parole de Dieu; cependant, \u00e0 sa mani\u00e8re, il connaissait celui qui avait appel\u00e9 Abraham et il a aussi reconnu Abraham. Ceux que Dieu appelle ne sont jamais isol\u00e9s: ils rencontrent t\u00f4t ou tard d'autres amis de Dieu. Abraham lui donna la dixi\u00e8me partie mais il repartit riche de la joie d'avoir entendu de la bouche de cet \u00e9tranger des paroles qui confirmaient la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu (Lc 1,39).
La Bible parle bien peu de cette immense majorit\u00e9 des hommes qui n'a pas re\u00e7u la r\u00e9v\u00e9lation, mais auxquels Dieu s'est fait conna\u00eetre \u00e0 travers la nature et par toutes les religions du monde, ou gr\u00e2ce aux sages. Ils l'ont servi selon les lois et les pratiques re\u00e7ues de leurs anc\u00eatres. Ici la Bible se montre respectueuse de ces religions, bien que jamais elle ne veuille se confondre avec elles et oublier son propre chemin.
Melquis\u00e9dek apporta du pain et du vin. Quel \u00e9trange personnage que ce Melquis\u00e9dek! En Isra\u00ebl les rois n'\u00e9taient pas pr\u00eatres. Le Psaume 110 et l'\u00e9p\u00eetre aux H\u00e9breux (5,6 et chapitre 7) voient en Melquis\u00e9dek une image du Christ, le seul pr\u00eatre v\u00e9ritable. Ici, d'une certaine fa\u00e7on, Abraham s'incline devant celui qui obtiendra pour toutes les nations la b\u00e9n\u00e9diction promise par Dieu.

{N}15,{/}1: Seigneur Yahv\u00e9... je m'en vais sans enfants. A partir d'un certain \u00e2ge, l'homme s'inqui\u00e8te de ce qui restera de sa vie: son mariage, ses enfants, ses ann\u00e9es de travail. C'est alors qu'Abraham montre sa foi: il croit en une promesse qui semble inaccessible.
6...et pour cela Yahv\u00e9 le regarda comme juste. Dieu ne lui dit pas: "Parce que tu es tr\u00e8s bon", ou: "parce que tu me sers depuis si longtemps..." mais: parce que je t'ai dit: "Sois sans crainte" et que tu as cru \u00e0 ma parole.
18 Ce jour-l\u00e0, Yahv\u00e9 conclut une alliance avec Abram. Tout au long de la Bible il est question de l'Alliance. Quel est le sens de cette alliance de Dieu avec les hommes?
Dieu aime les hommes et sait les sauver, m\u00eame lorsqu'ils ne le connaissent pas; mais la race humaine ne parviendra pas \u00e0 sa maturit\u00e9 sans que quelques personnes au moins aient rencontr\u00e9 Dieu personnellement et que cette rencontre ait permis les exp\u00e9riences spirituelles les plus fortes. Voil\u00e0 pourquoi, tout au long de l'histoire, Dieu appelle ceux qu'il a choisis depuis toujours. En faisant un pacte, ou une alliance, avec eux, il leur donne l'occasion de se montrer fid\u00e8les. Ils conna\u00eetront Dieu comme une personne vivante et le traiteront  comme tel.
Lorsque Dieu commence son oeuvre de salut dans notre histoire, il veut qu'un homme au moins partage son secret et connaisse ses projets: Abraham eut foi en Yahv\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 cette foi, le d\u00e9cret \u00e9ternel de Dieu vient habiter le coeur et l'esprit d'un croyant. A partir de ce moment-l\u00e0, une myst\u00e9rieuse complicit\u00e9 unit Abraham et Dieu pour toujours: c'est l'Alliance.
Dieu conclut son Alliance avec Abraham selon les coutumes de l'\u00e9poque. Pour signer un pacte, les deux personnes devaient passer entre les moiti\u00e9s d'un animal sacrifi\u00e9 (Jr 34,18). Abraham observe ce rituel; Dieu, qui vient de faire la promesse, s'engage tout comme lui: il se fait repr\u00e9senter par le feu qui passe \u00e0 ce moment.
La foi nous transforme en amis de Dieu: Ha 2,4; Rm 4,2; Ga 3,6; He 11,11.

{N}16,{/}1: Abraham s'inqui\u00e8te: la promesse de Dieu tarde \u00e0 s'accomplir. Ne pourrait-il pas avoir d'Agar, sa servante, ce fils promis par Dieu? Pour qu'il soit consid\u00e9r\u00e9 comme le fils de Sara\u00ef, il suffirait qu'elle l'adopte selon les coutumes du temps. Dieu garde le silence et laisse Abraham r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes selon sa conscience. Mais toute l'affaire \u00e9choue: l'h\u00e9ritier promis par Dieu ne sera pas ce fils qui est n\u00e9 "selon la chair", c'est-\u00e0-dire en vertu des lois humaines; il sera le fils de la Promesse et de l'intervention de Dieu: il sera le fils du miracle. Nous voyons ici la libert\u00e9 de Dieu qui pr\u00e9f\u00e8re tenir ses promesses au moment pr\u00e9cis o\u00f9 elles semblent devenues impossibles.
{C}VISIONS ET ANGES{/}
Que faut-il penser de ces apparitions d'anges? Ont-elles vraiment eu lieu ou s'agit-il simplement d'une fa\u00e7on de parler? Pr\u00e9cisons:
-_Il ne faut pas confondre les anges avec l' Ange de Yahv\u00e9. Ce n'est que dans les derniers livres de l'Ancien Testament (et naturellement, dans le Nouveau Testament) qu'il s'agit d'anges au sens actuel du mot: des cr\u00e9atures spirituelles qui ont leur place dans l'ordre du monde et dans le salut des hommes (Za 1 et 2; Dn 9,21; 10,21). Par contre les anciens Isra\u00e9lites parlaient de  l'Ange de Yahv\u00e9, ou d'un messager de Yahv\u00e9, pour exprimer beaucoup de choses qu'ils ne pouvaient expliquer, mais o\u00f9 ils voyaient une intervention divine. Quand une \u00e9pid\u00e9mie d\u00e9truit providentiellement l'arm\u00e9e assyrienne, c'est l'Ange de Yahv\u00e9 (Is 37,36; 2 Sam 24,16). Les Isra\u00e9lites savaient que personne ne peut voir Dieu; aussi quand quelqu'un avait une vision, ils parlaient de l'Ange de Yahv\u00e9 (Jg 6,11).
-_Toute la Bible montre que Dieu se r\u00e9v\u00e8le de bien des mani\u00e8res \u00e0 ceux qui le cherchent. Il parle par les \u00e9v\u00e9nements; il \u00e9claire le coeur de ceux qui lisent sa parole; il parle au travers des intuitions et des songes, et parfois, comme pour les proph\u00e8tes, plus directement et d'une mani\u00e8re intime et spirituelle.
-_Nous ne pouvons pas cependant prendre au pied de la lettre tout ce qui se dit des apparitions ou des paroles re\u00e7ues de Dieu, parce que les peuples anciens ne s'exprimaient pas comme nous. Quand quelqu'un se posait des questions, ou \u00e9tait tent\u00e9 par le mal, ils exprimaient parfois cette m\u00e9ditation int\u00e9rieure par un dialogue entre diff\u00e9rents personnages, et disaient que le diable, ou Dieu, dialoguait avec cette personne (Jos 7,10; 1R 3,4).
-_Il est fort probable que Dieu n'agissait pas avec les peuples anciens de la Bible de la m\u00eame fa\u00e7on qu'il le fait avec nous. Maintenant, apr\u00e8s la venue du Christ, nous avons tout en lui et dans son Eglise, et Dieu r\u00e9serve g\u00e9n\u00e9ralement visions et apparitions pour ceux qu'il conduit par un chemin sp\u00e9cial. En revanche, au cours des premiers si\u00e8cles de la Bible, Dieu se r\u00e9v\u00e9lait sans  doute davantage par ces moyens plus visibles mais inf\u00e9rieurs.

{N}16,{/}7: Retourne vers ta ma\u00eetresse. C'est une parole du Seigneur pour tant de personnes maltrait\u00e9es par la vie, pour ceux qui doivent accepter des t\u00e2ches humiliantes pour ne pas mourir de faim avec leurs parents; pour les jeunes qui, apr\u00e8s leurs \u00e9tudes ne trouvent pas le travail dont ils r\u00eavaient.
Humilie-toi devant elle, non pas parce que sa tyrannie est juste, mais parce que toi aussi tu as besoin d'\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de ton arrogance. Tu as raison de penser que tu vaux plus que ce que la soci\u00e9t\u00e9 t'offre, mais si le Seigneur veut que tu sois humili\u00e9 par les circonstances et les hommes, toi, fais-lui confiance et pense que cette humiliation te pr\u00e9pare pour une mission plus grande que celle \u00e0  laquelle tu pensais. Si tu veux r\u00e9ellement \u00eatre libre et servir, cesse de te plaindre: tu trouveras toujours ton chemin.
Laha\u00ef Ro\u00ef peut se traduire: celui qui vit et voit. Bien s\u00fbr, c'est une \u00e9tymologie populaire, mais le texte la rapporte pour souligner l'exp\u00e9rience tr\u00e8s forte faite par Agar. Avoir vu que Dieu vit et qu'il nous voit, c'est assez pour nous donner des ailes.

{N}17,{/}1: Abram veut dire: p\u00e8re v\u00e9n\u00e9r\u00e9, et Abraham: p\u00e8re d'une multitude, selon l'\u00e9tymologie populaire. En changeant le nom de son serviteur, Dieu lui permet de commencer une nouvelle vie et de devenir ce que son nom exprime. J\u00e9sus fera de m\u00eame avec le premier responsable de son Eglise (Jn 1,42).

{N}17,{/}9: Circoncision, c'est-\u00e0-dire, couper le pr\u00e9puce; c'\u00e9tait une ancienne coutume des peuples orientaux. C'\u00e9tait l'un des "rites d'initiation" marquant, pour certains peuples, le passage de l'adolescence \u00e0 l'\u00e2ge adulte. En pratiquant la circoncision, on pensait assurer la f\u00e9condit\u00e9. Pour les Isra\u00e9lites, c'\u00e9tait le moyen de se distinguer des peuples voisins qui ne la pratiquaient pas.
Avec ce texte la circoncision prend un sens nouveau: elle sera regard\u00e9e comme le signe distinctif de ceux qui appartiennent au peuple \u00e9lu. Aucun \u00e9tranger ne sera admis dans la communaut\u00e9 religieuse d'Isra\u00ebl s'il n'est pas d'abord circoncis.
13. Mon alliance sera grav\u00e9e dans votre chair. Ce rite obligatoire exprimait une v\u00e9rit\u00e9 profonde: m\u00eame si la nature est bonne, elle est devenue pour nous l'instrument d'une ali\u00e9nation (Rom 8,20). Nous parlons de "la nature", de ce qui est "naturel": il s'agit toujours d'une fa\u00e7on de voir la nature qui d\u00e9pend de notre culture et de notre \u00e9ducation. Or nous savons que l'aveuglement et la r\u00e9bellion contre Dieu n'en sont jamais totalement absentes. Une coupure est n\u00e9cessaire; cette s\u00e9paration de bien des choses qui semblent normales a tous les autres nous appara\u00eetra souvent comme une mutilation, et pourtant elle nous place sur un chemin plus exigeant. La circoncision signifiait d\u00e9j\u00e0, comme notre bapt\u00eame (Col 2,11), l'entr\u00e9e dans le peuple de Dieu.
Pourtant, les proph\u00e8tes enseigneront que la circoncision de la chair ne vaut rien sans la circoncision du coeur, qui est de se d\u00e9barrasser de ses p\u00e9ch\u00e9s. Le rite ext\u00e9rieur est sans valeur si l'on ne vit pas ce que le signe exprime (Jr 9,24; Dt 10,16; Ga 5,4; Ph 3,3; Rm 2,25), et on peut se demander ce que signifient pour bien des gens les sacrements qu'ils demandent \u00e0 l'Eglise alors qu'ils vivent bien loin d'elle.
Peu importe pour les Chr\u00e9tiens "d'\u00eatre circoncis ou non" (Ac 11,3-15; 1Co 7,8; Ga 6,15). Cette obligation, comme toutes celles concernant le sabbat, la viande de porc, les sacrifices et les rites du Temple n'avaient de raison d'\u00eatre que jusqu'\u00e0 la venue du Christ, et seulement pour les Juifs (Co 2,11; 2,16-22).

{N}18,{/}1: Les promesses de Dieu \u00e9taient pour les descendants d'Abraham: lui ne les verra pas r\u00e9alis\u00e9es. Mais Dieu donne \u00e0 son ami une preuve de ce qu'il va faire: Isaac na\u00eet dans des circonstances miraculeuses.
Une histoire simple et merveilleuse: Dieu sous des traits humains vient demander l'hospitalit\u00e9 \u00e0 son ami avant de le combler de ses bienfaits.
Dieu ne se pr\u00e9sente pas seul, mais accompagn\u00e9 de deux anges, comme pour dissiper l'image d'un Dieu solitaire, si courante chez ceux qui ne connaissent pas encore le myst\u00e8re des trois Personnes divines.

{N}18,{/}13: Pourquoi Sara a-t-elle ri? Le rire de Sara est une de ces explications populaires que la Bible nous donne \u00e0 propos des noms de lieux ou de personnes; son fils s'appellera Isaac, un nom qui ressemble \u00e0 l'h\u00e9breu "Il a ri".

{N}18,{/}14: Y a-t-il quelque chose d'impossible \u00e0 Yahv\u00e9? (Lc 1,37; 18,27; Mc 11,22).
On pouvait craindre que les descendants d'Abraham se sentent sup\u00e9rieurs aux autres et qu'ils pensent \u00eatre sauv\u00e9s par le simple fait d'appartenir \u00e0 cette race (Lc 3,8). Mais Dieu ne reconna\u00eet comme h\u00e9ritiers de sa promesse que les descendants d'Isaac, le fils du miracle, le fils de Sara, et non les autres fils n\u00e9s des femmes esclaves. Ainsi Dieu nous enseigne que personne n'a de droit sur lui par le seul fait d'appartenir \u00e0 une famille particuli\u00e8re.
Les promesses de Dieu sont pour nous aussi dans la mesure o\u00f9 nous imitons la foi d'Abraham: Ga 4,21-31; Rm 4,13-17.
Lorsque Mahomet se pr\u00e9sentera  comme le nouveau proph\u00e8te, il rappellera que, selon les traditions bibliques, les Arabes descendent d'Abraham par Isma\u00ebl. Mais il ne fera pas mention des promesses de Dieu \u00e0 Abraham. Pour lui Abraham et Mo\u00efse sont avant tout charg\u00e9s de transmettre des ordres de Dieu et de faire observer pri\u00e8res et commandements.

{N}18,{/}16: Je ne peux cacher \u00e0 Abraham ce que je vais faire. Aussit\u00f4t que Dieu nous prend en amiti\u00e9, il nous confie une responsabilit\u00e9 envers le monde. L'amiti\u00e9 avec Dieu, tout comme l'amiti\u00e9 entre les hommes, veut dire tout partager. Dieu nous enseigne \u00e0 penser comme lui et \u00e0 agir avec lui, et il nous invite \u00e0 prier.
Il ne faut pas penser que nous obtiendrons tout ce que nous demandons \u00e0 force d'insister dans nos pri\u00e8res. Si ce que nous demandons ne nous convient pas, Dieu ne l'accordera pas. Mais Dieu est heureux que nous sachions lutter et insister pour obtenir ce que, dans sa mis\u00e9ricorde, il veut nous donner. Il ne veut pas l'octroyer sans plus, mais l'accorder \u00e0 ceux qui sont capables de le d\u00e9sirer de la m\u00eame mani\u00e8re que lui: "Je ne prends pas plaisir \u00e0 la mort du m\u00e9chant, mais \u00e0 ce qu'il change de conduite et qu'il vive" (Ez 33,11).

{N}18,{/}27: Quelle audace ai-je eue de parler \u00e0 mon Seigneur. L'audace d'Abraham qui commence \u00e0 marchander avec discr\u00e9tion, mais aussi avec fermet\u00e9, est la preuve de sa foi. Ce vieillard parle avec Dieu comme il le ferait avec un ami pour conclure une affaire. Un petit d\u00e9tail: Abraham restait assis tandis que le Seigneur \u00e9tait debout devant lui. Ces mani\u00e8res si simples ont paru choquantes dans la suite et on a corrig\u00e9 le texte: Abraham \u00e9tait debout pour parler avec Dieu, qui \u00e9tait assis. Pourtant J\u00e9sus a dit qu'il servirait lui-m\u00eame ses fid\u00e8les serviteurs, tout comme un serviteur sert ses ma\u00eetres (Lc 12,37).

{N}19,{/}1: Les d\u00e9p\u00f4ts de sel de la Mer Morte, et les ruines de deux villes d\u00e9truites par des tremblements de terre: Sodome et Gomorre, ont toujours pos\u00e9 des questions aux hommes. N'oublions pas qu'en ce temps-l\u00e0 les gens consid\u00e9raient les catastrophes comme des ch\u00e2timents de Dieu, et la prosp\u00e9rit\u00e9, comme sa b\u00e9n\u00e9diction. Telle est l'origine de ce r\u00e9cit qui nous enseigne quelques v\u00e9rit\u00e9s:
-_Le respect envers les h\u00f4tes que l'on doit accueillir comme des anges du Seigneur.
-_L'horreur de l'homosexualit\u00e9.
Sodome et Gomorre resteront comme des noms tragiques dans l'histoire sainte, la preuve vivante qu'il ne faut pas se moquer des jugements de Dieu, ni les prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Les proph\u00e8tes rappellent cette catastrophe quand ils menacent ceux qui refusent de se convertir (Is 1,9; Ez 16,49) et J\u00e9sus fera de m\u00eame (Mt 10,15; Lc 17,29).
Cette histoire ne manque pas de souligner - avec le cas de Lot - que Dieu n'oublie jamais un de ses enfants, m\u00eame s'il se trouve isol\u00e9 au milieu des mauvais.
La r\u00e9ponse de Lot (v. 8) nous semble incroyable, mais elle correspond aux id\u00e9es de ces temps lointains o\u00f9 les femmes n'avaient gu\u00e8re de valeur que comme propri\u00e9t\u00e9 d'un homme. Il semblait normal de sacrifier une fille pour sauver un ami. Voir quelque chose de semblable dans Juges 19.

{N}19,{/}26: N'oublions pas qu'il s'agit de traditions l\u00e9gendaires gr\u00e2ce auxquelles les Isra\u00e9lites essayaient d'expliquer l'origine des diff\u00e9rents peuples et leur relation avec eux. Une haine s\u00e9culaire s\u00e9parait les Isra\u00e9lites des Ammonites et des Moabites, et cette explication n'\u00e9tait pas destin\u00e9e \u00e0 faire leur \u00e9loge!

{N}20,{/}1: Les Isra\u00e9lites se souvenaient des conflits entre leurs anc\u00eatres nomades et les peuples parmi lesquels ils habitaient. Trois fois dans la Gen\u00e8se nous trouvons ce m\u00eame incident avec des personnages diff\u00e9rents et dans des circonstances diverses (Gn 12,14; 26,7). Mais si on lit ces r\u00e9cits l'un apr\u00e8s l'autre, on d\u00e9couvre une progression: d'une part une plus grande d\u00e9licatesse en parlant de l'anc\u00eatre; d'autre part un sens plus pr\u00e9cis du p\u00e9ch\u00e9.

{N}21,{/}1: Yahv\u00e9 visita Sara comme il l'avait dit et il accomplit envers elle sa promesse. Apr\u00e8s de longues ann\u00e9es, Dieu tient sa promesse \u00e0 Abraham. Isaac est le fils de la promesse parce qu'il est n\u00e9, contrairement \u00e0 toute attente humaine, par l'effet d'une promesse de Dieu (Ga 4,22; Rm 9,7).
Sara donna un fils \u00e0 Abraham en sa vieillesse. Ainsi, dans la Bible, nous trouvons plusieurs naissances \u00e9trang\u00e8res aux lois normales de la nature: Samuel, Samson, Jean-Baptiste... ils sont tous des sauveurs. Ces naissances annoncent et pr\u00e9figurent la naissance virginale de J\u00e9sus, le Sauveur. Elles annoncent aussi la seconde naissance de ceux qui voient le jour dans l'Eglise par le bapt\u00eame.

{N}21,{/}8: Il y a des probl\u00e8mes dans la famille d'Abraham comme dans n'importe quelle famille, et Dieu s'en sert pour accomplir son plan. Il convient qu'Agar parte avec son fils pour qu'Isaac re\u00e7oive tous les soins de son p\u00e8re. Il n'h\u00e9ritera pas de biens mat\u00e9riels, mais des promesses de Dieu pour ses descendants. Dieu ex\u00e9cute ses projets avec fid\u00e9lit\u00e9, mais il n'\u00e9crase personne: remarquons sa compassion pour Agar.
Il est facile de deviner que ce r\u00e9cit est une version diff\u00e9rente de ce qui est cont\u00e9 au chapitre 16. Mais au chapitre 16 Dieu est nomm\u00e9 par son nom de Yahv\u00e9, et l'on mentionne un puits du d\u00e9sert du sud, ce qui est assez pour penser que le r\u00e9cit s'est transmis dans les tribus du sud (territoire de Juda), alors que celui-ci vient des tribus d'Isra\u00ebl.
Comme les hommes importants de son peuple, Abraham avait plusieurs femmes. Pendant longtemps, les Isra\u00e9lites trouv\u00e8rent cette coutume normale. C'est seulement avec le temps que Dieu leur fit d\u00e9couvrir les exigences du mariage.
"Le fils de l'esclave n'h\u00e9ritera pas avec le fils de la femme libre" (Ga 4,28; 2 Co 6,14).

{N}22,{/}1: Le r\u00e9cit du sacrifice d'Isaac nous choque: comment Dieu peut-il demander \u00e0 Abraham d'immoler son fils. Pour comprendre ce texte, sans doute faut-il en faire une double lecture. A un premier niveau, ce texte est une condamnation formelle de tout sacrifice humain. N'oublions pas qu'\u00e0 l'\u00e9poque o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, les sacrifices d'enfants \u00e9taient couramment pratiqu\u00e9s par les Canan\u00e9ens: de nombreux Isra\u00e9lites \u00e9taient tent\u00e9s de croire, en voyant l'exemple des Canan\u00e9ens, qu'un tel sacrifice plaisait \u00e0 Dieu. Cpourquoi les proph\u00e8tes ont lutt\u00e9 de toutes leurs forces contre ce type de sacrifices (voir Jr 19). Ici, dans un premier temps, Abraham prend pour une volont\u00e9 de Dieu l'immolation de son fils Isaac, mais \u00e0 la fin du r\u00e9cit Dieu intervient de fa\u00e7on cat\u00e9gorique pour l'arr\u00eater dans cette d\u00e9marche. Ce texte dans une premi\u00e8re lecture justifie \u00e9galement le rituel du rachat des premiers-n\u00e9s. Toutes pr\u00e9mices appartiennent \u00e0 Dieu; mais \u00e0 l'inverse des premiers-n\u00e9s des animaux qui sont immol\u00e9s, ceux de l'homme sont rachet\u00e9s (Ex 13,13).
Cependant le texte de la Gen\u00e8se nous invite \u00e0  lire dans ce texte, plus loin et plus haut, l'exemple de la foi sans faille du patriarche: Dieu met \u00e0 l'\u00e9preuve ses amis pour que leur foi grandisse. Il r\u00e9serve ses plus grands bienfaits \u00e0 ceux qui restent fid\u00e8les alors que tout espoir semble perdu. Pendant toute sa vie, Abraham a compt\u00e9 sur les promesses de Dieu pour son fils; mais est-il pr\u00eat maintenant \u00e0 sacrifier les promesses avec son fils? Dieu l'a plac\u00e9 sur un chemin, que va-t-il faire si le chemin semble se perdre?
Apr\u00e8s l'\u00e9preuve, Abraham saura qu'il aime son fils de la fa\u00e7on que Dieu veut, parce qu'il a choisi Dieu avant son fils. Comme lui nous saurons mieux que Dieu approuve nos engagements quand nous aurons montr\u00e9 que nous sommes pr\u00eats \u00e0 les abandonner si telle est sa volont\u00e9. Quand toutes les promesses que Dieu a faites semblent s'\u00e9crouler, c'est l'amour vrai qui nous maintient fid\u00e8les.
La tradition chr\u00e9tienne a vu dans cette sc\u00e8ne d'Abraham immolant son fils pour mieux le retrouver, l'annonce du don que Dieu le P\u00e8re nous fera de son Fils, pour que nous soyons sauv\u00e9s par sa mort sur la croix et par sa r\u00e9surrection. Dieu le P\u00e8re a sacrifi\u00e9 son propre Fils pour sauver les p\u00e9cheurs. M\u00eame si les termes: sacrifice, souffrance, amour, n'ont pas le m\u00eame sens pour Dieu que pour nous, nous ne devons pas penser qu'un Dieu indiff\u00e9rent et sans piti\u00e9 exige de nous des sacrifices dont il n'a aucune exp\u00e9rience (Rm 5,8; 8,31).

{N}23,{/}1: Abraham a parcouru toute la Palestine sans y acqu\u00e9rir une terre (Ac 7,9); tout ce que Dieu lui a donn\u00e9 reste promesse: en cela il est le mod\u00e8le des croyants qui, jusqu'\u00e0 la mort, ne poss\u00e8dent rien qu'en esp\u00e9rance. Cependant, la mort de Sara lui donne l'opportunit\u00e9 d'acheter au moins un coin de terre pour l'enterrer.

{N}24,{/}1: Tu ne prendras pas comme femme pour mon fils une fille des Canan\u00e9ens (v. 3). Isaac est le "fils de la promesse" et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 cette promesse est le grand souci d'Abraham. Le mariage de son fils avec une Canan\u00e9enne, habitu\u00e9e aux cultes pa\u00efens, mettrait cette fid\u00e9lit\u00e9 en danger. Il faudra donc chercher dans la famille d'Abraham rest\u00e9e \u00e0 Haran. A son tour R\u00e9becca va abandonner ses proches et son pays pour entrer dans la famille d'Abraham et devenir la m\u00e8re du peuple \u00e9lu.

{N}24,{/}14:... fais que cette jeune fille soit celle que tu as choisie pour ton serviteur Isaac (v. 14). Dieu guide ceux qui, en se mariant, veulent avant tout faire sa volont\u00e9; il leur fait rencontrer la personne qui les aidera le mieux \u00e0 accomplir ce d\u00e9sir. Tel sera aussi le sujet du livre de Tobie.

{N}25,{/}1: Medan, Madian, Cheba, D\u00e9dan: ce sont les noms de tribus et de peuples d'Arabie. Etant donn\u00e9 que les Isra\u00e9lites se consid\u00e9raient apparent\u00e9s \u00e0 eux par la race et la langue, ils en parlaient comme d'autres descendants d'Abraham.

{N}25,{/}21: Au commencement du douzi\u00e8me chapitre nous avons vu que les auteurs de la Gen\u00e8se d\u00e9crivaient leur anc\u00eatre Abraham comme le p\u00e8re et le mod\u00e8le des croyants. On peut donc s'\u00e9tonner que les Isra\u00e9lites se soient appel\u00e9s les fils d'Isra\u00ebl (ou fils de Jacob) plut\u00f4t que les fils d'Abraham.
Rappelons d'abord ce qui a \u00e9t\u00e9 dit dans l'Introduction: la s\u00e9quence "Abraham p\u00e8re d'Isaac, p\u00e8re de Jacob" n'est qu'une construction de cette his toire des premiers p\u00e8res du peuple de Dieu. Ces trois noms se conservaient dans des traditions originaires de diff\u00e9rentes r\u00e9gions, et les personnages correspondants n'avaient pas v\u00e9cu \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Abraham a d\u00fb vivre au 18e si\u00e8cle avant J\u00e9sus, Isaac sans doute un peu plus tard, mais dans un autre coin du sud de Palestine, \u00e0 Gu\u00e9rar, et Jacob au 16e ou au 15e si\u00e8cle.
Si le nom d'Abraham a \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9 de fait dans l'histoire d'Isra\u00ebl par celui de Jacob, la raison est sans doute la suivante. Abraham \u00e9tait le grand patriarche du sud de la Palestine; son point d'attache \u00e9tait Mambr\u00e9, pr\u00e8s d'H\u00e9bron; on le regardait comme l'anc\u00eatre de David, et David n'avait-il pas r\u00e9gn\u00e9 \u00e0 H\u00e9bron? Par contre les traditions populaires rapport\u00e9es dans la Bible, ici tout sp\u00e9cialement, nous montrent Isra\u00ebl install\u00e9 en Palestine centrale, l\u00e0 o\u00f9 apr\u00e8s le Schisme s'\u00e9tablira le puissant royaume d\u00ebl. C'est alors, semble-t-il, que dans ce royaume du nord on a mis en retrait la figure d'Abraham et l'on a donn\u00e9 la premi\u00e8re place \u00e0 Isra\u00ebl-Jacob, pour faire descendre de ses douze fils les douze tribus.
De fait, Jacob sera repr\u00e9sent\u00e9 sous des traits plus humains et moins id\u00e9alis\u00e9s qu'Abraham. Les Isra\u00e9lites se retrouvaient sans doute mieux en lui, l'homme astucieux et tricheur, qu'en Abraham, le croyant mod\u00e8le.

{N}25,{/}23: Deux nations sont dans ton ventre. Il ne faut pas oublier que dans cette histoire chaque personnage repr\u00e9sente le peuple du m\u00eame nom. Tout comme Isra\u00ebl-Jacob \u00e9tait l'anc\u00eatre des Isra\u00e9lites, Esa\u00fc ou Edom (25,31) \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l'anc\u00eatre des Edomites, fr\u00e8res ennemis des Isra\u00e9lites.
Ces chapitres montrent la libert\u00e9 de Dieu qui choisit un peuple plut\u00f4t qu'un autre pour en faire l'instrument de son salut. Toujours Dieu choisira avec la m\u00eame libert\u00e9 ceux \u00e0 qui il confie une mission plus ou moins exceptionnelle.
Ces chapitres nous donnent trois motifs diff\u00e9rents pour le rejet d'Esa\u00fc par Dieu:
-_Un passage du chapitre 25 nous dit qu'il a d\u00e9daign\u00e9 ses droits sacr\u00e9s de fils a\u00een\u00e9 pour un potage.
-_Un autre passage (26,34) mentionne son mariage avec des \u00e9trang\u00e8res.
-_Un troisi\u00e8me enfin (chapitre 27) montre comment Dieu utilise une ruse de R\u00e9becca pour permettre \u00e0 son fils Jacob d'arriver \u00e0 ses fins. Les Isra\u00e9lites n'avaient pas tant de scrupules que nous face au mensonge. Pour eux, la ruse de R\u00e9becca montrait qu'elle voulait obtenir \u00e0 tout prix pour son fils les promesses de Dieu.
Dans H\u00e9breux 12,16, Esa\u00fc est pr\u00e9sent\u00e9 comme un impie qui \u00e9change la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu contre un repas. Que d'occasions manqu\u00e9es de m\u00eame dans notre vie: les b\u00eatises de la vie nous ont ensorcel\u00e9s et nous ont fait manquer la seule chose qui ne se perd pas.

{N}26,{/}1: Pour ce qui concerne les versets 7-11, voir 20,2.
Dans les versets 12-33, nous rencontrons deux r\u00e9alit\u00e9s typiques de la vie des patriarches: ce sont des nomades qui vivent sous des tentes; ils errent \u00e0 la recherche de points d'eau et creusent des puits (21,21-34).
Ils vivent sous la tente. Cela veut dire qu'ils sont toujours de passage et n'ont pas de r\u00e9sidence permanente. La Bible f\u00e9licite ceux qui ont su construire quelque chose de durable. On loue ceux qui fondent un foyer, plantent une vigne ou b\u00e2tissent une maison (Dt 20,5-7): tout cela fait partie de la mission cr\u00e9atrice des hommes. Mais la Bible rappelle aussi la vie nomade des anc\u00eatres d'Isra\u00ebl comme un id\u00e9al qui ne doit pas se perdre (Jr 35). Le croyant ne s'attache \u00e0 rien dans ce monde: fa mille, patrie, ou mode de vie. Il dresse sa tente en n'importe quel lieu o\u00f9 il peut poursuivre son exp\u00e9rience de la vie, mais ne se fixe nulle part. S'il vit comme un \u00e9tranger dans ce monde, il lui sera plus facile de rencontrer le Dieu qui passe au milieu de nous comme un \u00e9tranger (la traduction exacte de Jn 1,14 devrait \u00eatre: Le Verbe a dress\u00e9 sa tente parmi nous ). Voir \u00e9galement Ex 33,7; 40,34; 2 Sam 7,7; Si 24,14; 2 Co 5,1-4; 1 P 2,11.
Les patriarches creusent des puits. Ils ne trouvent pas de sources dans le d\u00e9sert et doivent \u00e0 grand-peine creuser les puits qui rendent le d\u00e9sert fertile et donnent l'eau \u00e0 leurs troupeaux. Parfois l'eau s'\u00e9puise; d'autres fois ce sont les Philistins qui bouchent les puits. Tout cela est une image de l'effort humain pour trouver la sagesse; bien souvent nous restons sur notre soif, et ceux qui troublent les sources de la sagesse ne manquent pas. C'est pourquoi les hommes sont condamn\u00e9s \u00e0 courir d'un puits \u00e0 l'autre jusqu'\u00e0 ce que leur soit donn\u00e9e l'eau vive qui jaillit du rocher, c'est-\u00e0-dire du Christ (Ex 17,1; Jn 4,5-10; 7,38; 1 Co 10,4; Jr 2,13).

{N}28,{/}10: Jacob quitta Bersab\u00e9e et partit pour Harr\u00e2n. Jacob va chercher travail et femme au pays de ses anc\u00eatres. En route il a une vision dans laquelle Dieu renouvelle son alliance avec lui.
Contrairement \u00e0 Abraham que Dieu avait appel\u00e9 quand il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9 et savait ce que vaut la vie, Jacob ne prend que peu \u00e0 peu conscience de sa vocation. D'abord il rach\u00e8te le droit d'a\u00eenesse d'Esa\u00fc qu'il a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 comme un irresponsable; mais il ne conna\u00eet pas encore le prix de la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu \u00e0 ses anc\u00eatres: c'est sa m\u00e8re qui le d\u00e9cide \u00e0 prendre le risque de voler cette b\u00e9n\u00e9diction. Il se laisse persuader et c'est seulement apr\u00e8s qu'il comprend les cons\u00e9quences de ce geste: il doit maintenant fuir pour sauver sa vie.
Mais au moment o\u00f9 Jacob commence sa vie de fugitif et d'\u00e9migrant, il rencontre Dieu et d\u00e9couvre l'ampleur de sa responsabilit\u00e9: c'est lui qui porte d\u00e9sormais les promesses de Dieu pour le monde. On devient responsable quand on sait qu'il faudra rendre compte, et quand on est de fait capable de r\u00e9pondre de ses actions. Jacob sait qu'il devra r\u00e9pondre devant Dieu qui l'a choisi.

{N}28,{/}16: Yahv\u00e9 est donc en ce lieu! Seul et sans d\u00e9fense, Jacob s'endort pr\u00e8s d'une ville habit\u00e9e par des \u00e9trangers. C'est alors que Dieu renouvelle pour lui les promesses faites \u00e0 ses anc\u00eatres, et lui promet de le prot\u00e9ger: un jour, cette terre lui appartiendra.
C'est ici la porte du ciel v. 17. Jacob a vu le ciel s'ouvrir et les anges de Dieu formaient un pont vivant entre le ciel et la terre: c'est l'image de la communion avec Dieu que beaucoup cherchent en vain dans les diverses religions. Celles-ci peuvent nous fournir quelques connaissances de Dieu et satisfaire notre instinct religieux. Pourtant quelle que soit notre recherche de Dieu, nous ne l'atteindrons pas de nous-m\u00eames d'une mani\u00e8re directe et personnelle: seul Dieu peut se r\u00e9v\u00e9ler lui-m\u00eame dans sa v\u00e9rit\u00e9.
C'est pourquoi plus tard, en citant ce texte (Jn 1,51) J\u00e9sus dira qu'il est, lui, le seul pont v\u00e9ritable entre Dieu et nous: Fils de Dieu fait homme, Dieu et homme \u00e0 la fois.

{N}28,{/}19: Il donna \u00e0 ce lieu le nom de B\u00e9thel. Ici, comme dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, nous trouvons des l\u00e9gendes populaires. "B\u00e9thel" peut signifier maison de Dieu et l'auteur biblique attribue cette d\u00e9signation \u00e0 Jacob, ainsi que la coutume de payer le dixi\u00e8me pour le tr\u00e8s ancien temple de B\u00e9thel.
{C}LES SONGES{/}
Les songes nous frappent tous et nous essayons de les interpr\u00e9ter. La plupart du temps, ils ne nous annoncent rien, mais ils indiquent ce qui se passe en nous, dans notre subconscient, que nous ne pouvons conna\u00eetre clairement. La psychologie peut se servir des songes pour retrouver des exp\u00e9riences importantes ou des blessures pass\u00e9es.
Les songes peuvent aussi indiquer et exprimer des pressentiments et des intuitions. La Bible nous montre Dieu (ou ses anges) utilisant les songes pour communiquer avec nous. Dieu nous prend comme nous sommes, avec tout notre inconscient. Quand Dieu intervient \u00e0 travers un songe, nous le v\u00e9rifions par les cons\u00e9quences de ce songe. J\u00e9sus dit: "L'arbre se conna\u00eet \u00e0 ses fruits." Dans de tels cas, c'est Dieu lui-m\u00eame qui donne l'interpr\u00e9tation; inutile de faire appel \u00e0 qui que ce soit, et Dieu nous laisse avec un sentiment de paix.
Ceux dont la foi est purifi\u00e9e et bien form\u00e9e ne peuvent pas attribuer aux songes l'importance que leur donnaient les peuples primitifs de la Bible. Nous savons \u00e9galement que l'esprit des t\u00e9n\u00e8bres peut se d\u00e9guiser en ange de lumi\u00e8re (2 Co 2,10). Quand aujourd'hui beaucoup tendent \u00e0 diriger leur vie d'apr\u00e8s les songes, cela n'a rien \u00e0 voir avec la foi. Dans la Bible m\u00eame, en plus des condamnations de Dt 18,10, nous voyons l'attaque de Jr 29,8 contre ceux qui construisent leurs propres songes (voir aussi Si 24,1).

{N}29,{/}1: Les chapitres 29 \u00e0 31 pr\u00e9sentent Jacob comme un travailleur rus\u00e9 et entreprenant, toujours confiant dans les promesses de Dieu. A la fin il r\u00e9ussit, moins par ses propres efforts que gr\u00e2ce \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction du Dieu de son p\u00e8re. A ce propos, il faut souligner cette expression "Dieu de son p\u00e8re" (31,5; 42; 53). Chez les peuples amorites (et Jacob, comme Abraham, en \u00e9tait), le chef de clan s'attachait habituellement au "Dieu de son p\u00e8re", celui que son p\u00e8re avait adopt\u00e9 pour prot\u00e9ger la famille.
Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit comment les traditions anciennes expliquent par une \u00e9tymologie souvent bien discutable le sens des noms de personnes ou de lieux. C'est le cas pour les fils de Jacob: Ruben: "il a vu mon humiliation". Sim\u00e9on: "il a entendu". L\u00e9vi: s'attachera". Juda: "je c\u00e9l\u00e9brerai Yahv\u00e9". Dan: "il m'a rendu justice". Nephtali: "j'ai combattu". Gad: "le bonheur est venu". Asher: "pour mon bonheur". Issachar: "il a donn\u00e9 un gage". Zabulon: "il m'a fait un beau cadeau". Joseph: "il a ajout\u00e9". Et plus tard, Benjamin: "le fils de ma droite". De fait, Gad et Aser \u00e9taient probablement des noms de dieux porte-bonheur.

{N}32,{/}4: La b\u00e9n\u00e9diction de Dieu accompagne Jacob fugitif. Travailleur inlassable, apr\u00e8s quinze ans il a deux femmes, de nombreux enfants et des biens consid\u00e9rables. C'est alors qu'il retourne dans sa patrie et se pr\u00e9pare \u00e0 affronter son fr\u00e8re et rival, Esa\u00fc. Jacob eut tr\u00e8s peur et fut saisi d'angoisse. C'est alors qu'il adresse une pri\u00e8re \u00e0 Dieu, pr\u00e9cis\u00e9ment pour lui rappeler sa promesse et sa "fid\u00e9lit\u00e9", c'est-\u00e0-dire, tout ce que Dieu a fait pour lui et pour ses anc\u00eatres. Et Dieu lui r\u00e9pond \u00e0 sa mani\u00e8re, d'une fa\u00e7on un peu myst\u00e9rieuse, dans une vision nocturne.

{N}32{/},25: Quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever du jour (25). C'est une lutte entre Dieu et Jacob. Dieu accepte de para\u00eetre vaincu et lui confirme sa b\u00e9n\u00e9diction. Dans sa lutte avec Dieu, Jacob comprend que ses \u00e9preuves \u00e9taient plus qu'une confrontation avec le monde et les hommes. Il luttait avec Dieu. Dieu lui avait promis la r\u00e9ussite, mais il ne l'accorde que lorsque Jacob a \u00e9t\u00e9 jusqu'au bout de ses forces.
Je ne te laisserai pas partir avant que tu ne m'aies b\u00e9ni. Jacob ne demande pas \u00e0 Dieu une faveur, un peu d'assistance, mais il exige que Dieu tienne ses promesses. Nous sommes l\u00e0 tr\u00e8s loin de cette attitude r\u00e9sign\u00e9e qui, selon certains, caract\u00e9rise un croyant. Si nous ne pouvions avoir aucune part dans les d\u00e9cisions divines qui nous concernent, ou qui concernent le gouvernement du monde, l'Alliance serait une tromperie. Aux carrefours de la vie, pris entre les deux possibilit\u00e9s de s'enliser ou de se d\u00e9passer, le croyant sait que Dieu lui accordera de se d\u00e9passer s'il le demande avec confiance.

{N}32,{/}26: Et la hanche de Jacob se d\u00e9mit. Jacob affronte Dieu quand, apr\u00e8s un long exil, il veut forcer son entr\u00e9e dans la Terre Promise. En fait, cette entr\u00e9e n'est pas autre chose que l'entr\u00e9e dans le myst\u00e8re de Dieu. C'est pourquoi lorsque nous sommes sur le point d'y parvenir, Dieu nous met \u00e0 l'\u00e9preuve. Jacob entrera donc dans la Terre Promise en boitant. De m\u00eame J\u00e9sus r\u00e9serve la v\u00e9ritable Terre Promise \u00e0 ceux qui pleurent, \u00e0 ceux qui ont faim de justice et aux non-violents. Quelle que soit l'\u00e9preuve ou la crise, elle nous laisse bless\u00e9s et comme \u00e9trangers dans ce monde.
L\u00e0 encore, comme dans bien d'autres r\u00e9cits anciens de la Bible, les d\u00e9couvertes modernes apportent un \u00e9clairage nouveau du texte, qui nous permet peut-\u00eatre d'en faire une autre lecture, en apparence plus terre \u00e0 terre, et pourtant tout aussi riche au point de vue spirituel. Des fouilles r\u00e9centes men\u00e9es sur ce lieu m\u00eame nous apprennent que le Dieu de P\u00e9nuel se chargeait de remettre les hommes dans le droit chemin, et que son proph\u00e8te Balaam (voir Num 25) transmettait ses menaces. De fait, les plus anciennes histoires de Jacob laissaient entendre que Dieu l'avait corrig\u00e9 (Os 12,4-5): on expliquait ainsi son nom Ichrael: "corrig\u00e9 par Dieu". Mais plus tard ce nom se transforma en Isra\u00ebl, car en Palestine centrale on avait du mal \u00e0 prononcer le son "ch" (voir Jg 12,6) et on l'interpr\u00e9ta "fort contre Dieu", ce qui \u00e9tait beaucoup plus satisfaisant pour l'orgueil national.
On peut donc penser que dans la tradition primitive, alors que Jacob revenait, fier de ses femmes, de ses fils et de tout ce qu'il avait acquis de fa\u00e7on plus ou moins honn\u00eate, Dieu l'avait arr\u00eat\u00e9, menac\u00e9 et bless\u00e9. Il lui avait fallu s'humilier pour recevoir les b\u00e9n\u00e9dictions promises \u00e0 ses p\u00e8res.
De fait Jacob revient tout fier de sa r\u00e9ussite: il a ses femmes et ses enfants \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, ses troupeaux nombreux, fruits de sa ruse, et brutalement il apprend l'arriv\u00e9e mena\u00e7ante d'Esa\u00fc. Il envoie devant lui tour \u00e0 tour troupeaux, serviteurs, femmes et enfants. Lui passera le gu\u00e9 de P\u00e9nuel le dernier. Mais c'est l\u00e0 que Dieu l'attend: "Jacob, ce n'est pas toi avec tes ruses et tes astuces, qui assureras ta r\u00e9ussite; rappelle-toi que tu as tout re\u00e7u de ton Dieu. Humilie-toi devant lui et redeviens ce que tu n'aurais jamais d\u00fb cesser d'\u00eatre, un croyant confiant et abandonn\u00e9 entre ses mains."
Apr\u00e8s ce combat de Jacob, les \u00e9v\u00e9nements doivent se soumettre au plan de Dieu: Esa\u00fc ne s'oppose plus au retour de son fr\u00e8re dans la terre de ses p\u00e8res.

{N}35,{/}1: On ne peut pas vivre la foi tout seul. C'est pourquoi Jacob commence par former une communaut\u00e9 en exigeant que tous ses gens se d\u00e9barrassent de leurs idoles: quand ils l'auront fait, ce qui repr\u00e9sente pour eux un grand sacrifice, ils deviendront la premi\u00e8re communaut\u00e9 capable de donner au monde le t\u00e9moignage de sa foi en un seul Dieu.

{N}35,{/}23: Nous avons dit que la Bible a conserv\u00e9 quelques souvenirs d'Abraham, d'Isaac et de Jacob \u00e0 travers des traditions de plus en plus remani\u00e9es (voir 11,16). Mais, \u00e0 part ces trois personnages, il est plus que probable que les autres noms comme Ruben, Sim\u00e9on, Juda... ne se rapportent pas \u00e0 des personnes mais \u00e0 des groupes. Les tribus nomades avaient leur propre mani\u00e8re de rappeler les \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9, qu'elles exprimaient dans des r\u00e9cits o\u00f9 chaque tribu \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par une personne du m\u00eame nom. Pour souligner la commune appartenance des tribus \u00e0 ce qui deviendra le peuple d'Isra\u00ebl, les auteurs de la Bible nous les ont pr\u00e9sent\u00e9es sous les traits de douze fils issus d'un m\u00eame p\u00e8re, Jacob-Isra\u00ebl. De plus, comme quatre de ces tribus, celles de Ruben, Sim\u00e9on, L\u00e9vi et Juda formaient un groupe diff\u00e9rent des tribus de Joseph et de Benjamin, les membres du premier groupe \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s comme les fils de L\u00e9a, une des femmes de Jacob, et les autres, comme les fils de sa seconde femme, Rachel.
De m\u00eame le r\u00e9cit du chapitre 34 se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un \u00e9pisode violent opposant les tribus de Sim\u00e9on et de L\u00e9vi au peuple de Sichem (Sichem est une ville, et non une personne).
Nous devons interpr\u00e9ter de la m\u00eame fa\u00e7on ce qui est dit de Laban, "l'Aram\u00e9en" (chapitre 31), de Juda et de ses fils (26,30; 36,1).
Ceci explique que, d\u00e8s l'antiquit\u00e9, les experts bibliques interpr\u00e9taient symboliquement bien des d\u00e9tails de l'histoire des patriarches. Douze tribus formaient le peuple d'Isra\u00ebl qui n'a jamais voulu oublier ce chiffre consid\u00e9r\u00e9 comme sacr\u00e9 (voir chapitre 48). J\u00e9sus se souviendra de cette ancienne structure du peuple de Dieu quand il \u00e9tablira son Eglise comme le nouveau peuple de Dieu (Ps 22,32) et choisira douze ap\u00f4tres pour la diriger.

{N}37,{/}2: C'est ici que commence l'histoire de Joseph et elle continue jusqu'\u00e0 la fin de la Gen\u00e8se, comme une sorte de transition entre les patriarches et les \u00e9v\u00e9nements de l'Exode qui suivent.
On nous pr\u00e9sente Joseph, l'avant-dernier fils de Jacob, comme le plus important des douze fr\u00e8res. Les songes du jeune Joseph nous indiquent que tout ce qui va lui arriver ne sera pas l'effet du hasard, mais servira les plans de Dieu qui veut sauver toute sa famille gr\u00e2ce \u00e0 lui.
La longue et \u00e9mouvante histoire de Joseph, vendu par ses fr\u00e8res, qui devient ensuite leur sauveur, est un chef d'oeuvre des lettr\u00e9s du temps de Salomon, mais elle s'appuie sur des traditions plus anciennes, tout comme elle s'inspire de livres \u00e9gyptiens. Mais se rendaient-ils compte qu'ils exprimaient tout le plan de r\u00e9demption: Dieu nous sauve par les \u00e9preuves d'un juste pers\u00e9cut\u00e9 par ses fr\u00e8res?

{N}37,{/}3: Isra\u00ebl pr\u00e9f\u00e9rait Joseph... car il \u00e9tait le fils de sa vieillesse: le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 et aussi le plus d\u00e9licat. Parmi ses fr\u00e8res rudes et sans scrupules,  Joseph se montre noble: d\u00e8s sa jeunesse, cet enfant de bergers montre qu'un grand avenir l'attend.
La jalousie des fr\u00e8res va jusqu'\u00e0 la folie et au crime. Dieu accepte que les fr\u00e8res suivent des chemins contraires, les uns vers le bien, d'autres vers le mal, mais il ne veut pas que les "bons" abandonnent et oublient les "mauvais". Joseph sauvera ses fr\u00e8res.

{N}37,{/}12: Ici a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9, bien artificiellement, un \u00e9pisode relatif \u00e0 Juda. N'oublions pas que deux des douze tribus devaient dominer toutes les autres: la tribu de Juda et celle de Joseph (voir le commentaire de Josu\u00e9 13). C'est pourquoi les traditions anciennes ne parlent gu\u00e8re que de ces deux-l\u00e0.
Dans ce r\u00e9cit du chapitre 38, le patriarche Juda n'a pas un r\u00f4le bien honorable, selon nos crit\u00e8res modernes. Mais, \u00e0 cette \u00e9poque de coutumes et de moralit\u00e9 tr\u00e8s primitives, la Bible n'insiste pas d'abord sur certains aspects de la morale sexuelle. Ce qui compte ici, c'est la transmission des promesses faites \u00e0 Jacob, qui devront se reporter sur les descendants de Juda (Gn 49,10). Le p\u00e9ch\u00e9 d'Onan est d'avoir refus\u00e9 d'engendrer un fils qui ne serait pas \u00e0 lui et passerait avant ses propres h\u00e9ritiers (voir Ruth 3,7 concernant l'obligation de donner un enfant \u00e0 la veuve de son fr\u00e8re).
La noblesse de Tamar s'exprime dans sa volont\u00e9 d'avoir par tous les moyens un fils qui portera le nom de son premier mari, Er, et sera l'h\u00e9ritier de Juda. Les femmes interviennent rarement dans la Bible, mais quand elles le font, c'est souvent pour donner une le\u00e7on d'humanit\u00e9 aux hommes. Ici, apr\u00e8s l'incident qui a fait entrer Tamar dans sa vie, Juda commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, ce qui est nouveau pour lui.
Nous trouvons Tamar dans la liste des anc\u00eatres de J\u00e9sus (Mt 1,3).

{N}38,{/}1: Dans son malheur, Joseph se comporte  comme un mod\u00e8le d'honn\u00eatet\u00e9, de fid\u00e9lit\u00e9 et de pers\u00e9v\u00e9rance. Il est le premier de ces justes humili\u00e9s de la Bible qui attendent de Dieu leur r\u00e9compense. Dans la Bible, il y a beaucoup de lib\u00e9rateurs et de sauveurs jusqu'\u00e0 ce que vienne le Fils de Dieu, le Sauveur. Ils ont tous \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s avant de r\u00e9ussir et beaucoup ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9pris\u00e9s par leurs fr\u00e8res.

{N}39,{/}1: Ces songes et les \u00e9v\u00e9nements qui les accompagnent nous donnent une image concr\u00e8te du drame que l'Egypte vivait entre les pluies, l'irrigation et la s\u00e9cheresse. La tradition h\u00e9bra\u00efque attribue \u00e0 Joseph l'organisation des entrep\u00f4ts d'exc\u00e9dents de grains, en pr\u00e9vision de la s\u00e9cheresse en Egypte. L'auteur souligne la fid\u00e9lit\u00e9 de Joseph, et le fait que Dieu ne l'a jamais abandonn\u00e9.

{N}41,{/}1: C'est ici le d\u00e9but du long r\u00e9cit de la rencontre de Joseph et de ses fr\u00e8res. Joseph, le sauveur, oblige ses fr\u00e8res \u00e0 expier le crime qu'ils ont commis. L'un d'entre eux doit se sacrifier avant que son fr\u00e8re  Joseph ne r\u00e9v\u00e8le son identit\u00e9. Le pardon n'annule pas la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9parer le mal que nous avons fait.

{N}42,{/}1: On remarquera dans ces chapitres la soudure de deux traditions diff\u00e9rentes, ce qui fait qu'il y a des r\u00e9p\u00e9titions. De m\u00eame que dans le ch.37, Ruben et Juda faisaient le m\u00eame effort pour sauver Joseph, ici Juda revient sur sc\u00e8ne apr\u00e8s Ruben.

{N}46,{/}1: Ici, les aventures de Joseph ont une cons\u00e9quence importante: Jacob vient en Egypte avec toute sa famille. Les H\u00e9breux s'\u00e9tablissent en Egypte o\u00f9 ils semblent oublier le pays de Canaan qu'Abraham et Jacob avaient parcouru avec leurs troupeaux et que Dieu leur avait promis. Ils vont rester en Egypte plusieurs si\u00e8cles, jusqu'\u00e0 ce que Mo\u00efse les reconduise \u00e0 la Terre des Promesses. Ce long retard fait partie du plan de Dieu.

{N}47,{/}13: En Egypte, la terre appartenait au Pharaon: une administration tr\u00e8s stricte lui permettait d'exiger des agriculteurs une partie de leurs r\u00e9coltes. Dans ce chapitre cette organisation est attribu\u00e9e \u00e0 Joseph.

{N}48,{/}1: Les douze tribus \u00e9taient en fait treize. Mais les tribus d'Ephra\u00efm et de Manass\u00e9 formaient ensemble la "maison de Joseph" et c'est ainsi que l'on arrivait \u00e0 douze. Ce chapitre-ci nous en donne une explication: Ephra\u00efm et Manass\u00e9 seront consid\u00e9r\u00e9s comme deux fils de Jacob, en remplacement de  Joseph. La b\u00e9n\u00e9diction de Jacob, comme celle d'Isaac, va au plus jeune au lieu de l'a\u00een\u00e9. Dieu donne la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 qui il veut, et il n'est pas oblig\u00e9 de s'en tenir au droit de succession ou au d\u00e9sir des parents.

{N}49,{/}1: Les b\u00e9n\u00e9dictions de Jacob sont en fait une b\u00e9n\u00e9diction des douze tribus qui portent leurs noms. Par la suite, le sort de ces tribus sera tr\u00e8s in\u00e9 gal. Cette mise en sc\u00e8ne est une fa\u00e7on de dire que Dieu connaissait d'avance leurs destins: tous devaient b\u00e9n\u00e9ficier de son plan de salut, m\u00eame s'il leur r\u00e9servait un sort tr\u00e8s in\u00e9gal
Les deux tribus de Juda et de Joseph dominent le lot. Cette proph\u00e9tie indique, semble-t-il, que Juda sera d\u00e9tach\u00e9 jusqu'\u00e0 ce que vienne celui \u00e0 qui les peuples ob\u00e9iront. Mais ce texte a \u00e9t\u00e9 ab\u00eem\u00e9 et est douteux. Voulait-on seulement c\u00e9l\u00e9brer la venue du roi David, ou \u00e9tait-ce l'annonce d'un grand destin pour le royaume de Juda, ou y avait-il l\u00e0 l'attente d'un Roi Sauveur? En fait, les rois du peuple de Dieu, et J\u00e9sus apr\u00e8s eux, viendront de cette tribu. Juda est donc consid\u00e9r\u00e9 ici comme l'h\u00e9ritier des promesses faites \u00e0 Abraham et \u00e0 Jacob.
La proph\u00e9tie concernant Joseph mentionne sa grandeur et sa prosp\u00e9rit\u00e9.
Remarquons comment meurent Jacob et Joseph: ces croyants d'autrefois ne savaient rien de la r\u00e9surrection des morts. Ils vivaient pleinement la vie que Dieu leur avait donn\u00e9e sur terre, guid\u00e9s par la conviction qu'\u00e9tant fid\u00e8les \u00e0 leur mission, ils travaillaient pour un monde meilleur dont leurs enfants profiteraient. La longue et heureuse vieillesse que Dieu leur accordait apr\u00e8s leurs \u00e9preuves leur faisait comprendre que Dieu est juste et g\u00e9n\u00e9reux avec tous.
N\u00e9anmoins, tant qu'ils n'avaient aucun espoir d'une autre vie, il leur manquait beaucoup pour \u00eatre combl\u00e9s. Ils n'avaient aucune certitude sur l'au-del\u00e0 et s'en tenaient \u00e0 une vue pessimiste: celui qui est mort s'en va vivre sous terre pr\u00e8s de ses p\u00e8res loin de Dieu, mais aussi loin des soucis et des tapages des vivants. Ainsi donc, Dieu, leur ami et fid\u00e8le d\u00e9fenseur les abandonnait loin de lui pour toujours! Il leur fallait certainement r\u00e9primer bien des doutes, pour se convaincre que cet ordre divin \u00e9tait juste et bon.
Leurs efforts pour se r\u00e9signer faisaient d'eux des gens s\u00e9rieux et consciencieux, soumis \u00e0 la volont\u00e9 myst\u00e9rieuse de Dieu; mais en \u00e9change de cela, ils perdaient la joie et la spontan\u00e9it\u00e9 des enfants, et l'amour passionn\u00e9 de leur Sauveur. En cela, ils ne diff\u00e9raient pas tellement des ath\u00e9es honn\u00eates ou des croyants de bonne volont\u00e9 mais mal instruits, qui vivent de nos jours sans la foi en la r\u00e9surrection.

