{N}LE TEMPS DES ROIS{/}

Une s\u00e9v\u00e8re d\u00e9faite fait prendre conscience du danger que repr\u00e9sente la puissance militaire des {N}Philistins{/} face au manque de coh\u00e9sion des tribus d'Isra\u00ebl. Les chefs nomades viennent trouver le proph\u00e8te Samuel et exigent de lui un roi_: c'est le commencement du Royaume d'Isra\u00ebl. Les rois de J\u00e9rusalem se heurteront d\u00e8s la premi\u00e8re heure \u00e0 l'individualisme des tribus, et plus encore \u00e0 l'opposition historique entre les tribus du nord et celles du sud. D\u00e8s la mort de Salomon le royaume de David sera divis\u00e9.

{K}LA DEFAITE D'EBEN-HA-EZER{/}
Vers les ann\u00e9es 1050 le d\u00e9veloppement d\u00e9mographique des anciens nomades inqui\u00e8te les petits royaume de Palestine et le conflit \u00e9clate entre la f\u00e9d\u00e9ration philistine et les tribus d'Isra\u00ebl. Le livre de Samuel commence avec le r\u00e9cit d'une rencontre d\u00e9sastreuse avec la f\u00e9d\u00e9ration philistine \u00e0 cette \u00e9poque_: {C}les Isra\u00e9lites furent \u00e9cras\u00e9s et chacun s\u00b4enfuit chez lui. Ce fut une tr\u00e8s grande d\u00e9faite_: trente mille fantassins tomb\u00e8rent dans les rangs d\u00b4Isra\u00ebl. L\u00b4Arche de Dieu fut prise{/} [1S_4,1] ... [1S_4,11]

{K}LES ANCIENS DEMANDENT UN ROI{/}
Les Philistins, \u00e9tablis depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles sur la c\u00f4te sud, repr\u00e9sentent pour l'heure le danger principal. Au combat d'Eben-Ha-Ezer les Philistins ont montr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 de leur armement et la force de leur union. Pour les nomades, si attach\u00e9s \u00e0 leur ind\u00e9pendance, la centralisation du pouvoir est devenue une n\u00e9cessit\u00e9_et l'on se r\u00e9sout \u00e0 prendre le chemin de la sagesse. C'est alors l'\u00e9lection de {N}Sa\u00fcl{/}.

{K}DAVID{/}
Sa\u00fcl sera un roi de transition, mais le choix de David par Dieu et sa cons\u00e9cration par {N}Samuel{/} marquent un tournant d\u00e9cisif dans l'histoire d'Isra\u00ebl. David s'attelle d\u00e8s son accession au tr\u00f4ne \u00e0 refaire l'unit\u00e9 des tribus qui vient de voler en \u00e9clats apr\u00e8s la mort de Sa\u00fcl. Pour \u00e9viter tout favoritisme il conquiert lui-m\u00eame sa capitale, \u00e9trang\u00e8re au cadastre de quelque tribu que ce soit. La cit\u00e9 \u00e9tait rest\u00e9e jusqu'\u00e0 ce jour aux mains des J\u00e9bus\u00e9ens, une branche de la grande famille canan\u00e9enne. David s'en empare, c'est {N}J\u00e9rusalem{/}. La ville sera tout \u00e0 la fois Cit\u00e9 de David et Cit\u00e9 de Dieu_: c'est pourquoi le premier acte que pose le roi est de faire monter l'arche d'Alliance dans sa nouvelle capitale. 
Les premi\u00e8res ann\u00e9es de David sont consacr\u00e9es aux guerres qui lui permettent de s'imposer, comme unique souverain d'Isra\u00ebl d'abord, comme leader de Syrie Palestine ensuite. Pour quelques ann\u00e9es il impose la \u00ab_paix isra\u00e9lite_\u00bb \u00e0 tous ses voisins. Voici donc que la population isra\u00e9lite domine le pays, m\u00eal\u00e9e aux peuples plus anciens, {N}philistins{/} ou surtout {N}canan\u00e9ens{/}, qui ne dispara\u00eetront pas et qui reprendront le pouvoir d\u00e8s que l'occasion se pr\u00e9sentera. M\u00eame si, d\u00e9sormais, Isra\u00ebl impose sa loi, la culture canan\u00e9enne se maintient et les d\u00e9nonciations des proph\u00e8tes t\u00e9moignent de la place consid\u00e9rable que les cultes canan\u00e9ens occuperont jusque bien apr\u00e8s l'Exil dans la vie quotidienne du peuple \u00e9lu. 
Entre les fils de David, n\u00e9s de diff\u00e9rentes femmes, s'engage la lutte pour le pouvoir, et {N}Salomon{/} l'emporte. Le proph\u00e8te {N}Nathan{/} l'a appuy\u00e9_: c'est lui l'aim\u00e9 de Yahv\u00e9. De fait, l'ambition et la volont\u00e9 de para\u00eetre l'entra\u00eenent dans une politique de prestige_: il \u00e9pouse des femmes \u00e9trang\u00e8res, m\u00eame une fille de Pharaon entre au harem royal. Il accueille la {N}reine de Saba{/}, noue des alliances, fait du commerce jusqu'en Asie Mineure. Cette politique o\u00f9 le go\u00fbt du luxe s'allie aux compromissions attire et les reproches de Dieu, et la col\u00e8re du peuple.
Le peuple est fatigu\u00e9 des corv\u00e9es toujours plus nombreuses, du fouet des chefs de chantiers_; \u00e0 la mort de Salomon  le conflit \u00e9clate. Devant les repr\u00e9sentations des chefs de tribu, venus \u00e0 {N}Sichem{/} plaider la cause du peuple, le jeune roi, {N}Roboam{/}, durcit sa position_; la r\u00e9action est imm\u00e9diate, le schisme est d\u00e9clar\u00e9 et toutes les tribus du nord font s\u00e9cession. Elles se rallient \u00e0 {N}J\u00e9roboam{/} qui fait de Sichem sa capitale.

{K}UN SCHISME RELIGIEUX{/}
La rupture politique qui venait de s'accomplir allait entra\u00eener un schisme religieux_{C}: J\u00e9roboam se dit en effet_: \u00ab_Si ce peuple continue de monter \u00e0 J\u00e9rusalem pour offrir des sacrifices dans la Maison de Yahv\u00e9, le coeur du peuple se retournera vers Yahv\u00e9 et vers Roboam roi de Juda, et ils me tueront._\u00bb... J\u00e9roboam construisit des sanctuaires, ou Hauts-Lieux, il y \u00e9tablit des pr\u00eatres pris parmi le peuple, qui n\u00b4appartenaient pas \u00e0 la tribu de L\u00e9vi. J\u00e9roboam institua une f\u00eate le quinzi\u00e8me jour du huiti\u00e8me mois, comme la f\u00eate qui existait en Juda, et il sacrifia sur l\u00b4autel.{/} [1R_12,26] - [1R_12,31].
Il est en effet certain que malgr\u00e9 l'existence de sanctuaires provinciaux, tel celui d'Arad retrouv\u00e9 au cours de fouilles arch\u00e9ologiques au nord-est de Beersh\u00e9va, le temple de J\u00e9rusalem \u00e9difi\u00e9 par Salomon repr\u00e9sentait pour les Isra\u00e9lites, qu'ils soient du nord ou du sud, un v\u00e9ritable p\u00f4le d'attraction, et par voie de cons\u00e9quence un r\u00e9el danger pour l'autorit\u00e9 des rois d'Isra\u00ebl.

{K}1. LE ROYAUME D'ISRA\u00cbL{/}
En entra\u00eenant derri\u00e8re lui dix des tribus d'Isra\u00ebl, J\u00e9roboam devenait le souverain d'un royaume bien plus important que celui du sud, regroup\u00e9 autour de J\u00e9rusalem. D\u00e9sormais, le royaume du nord sera d\u00e9sign\u00e9 dans les textes de fa\u00e7ons multiples_: "Royaume d'Isra\u00ebl" ou "Isra\u00ebl" plus simplement, car il regroupait les territoires de la Palestine centrale, qui conservaient jalousement la m\u00e9moire de leur patriarche Isra\u00ebl-Jacob_; "Ephra\u00efm", en raison de l'importance de cette tribu dans le nouveau royaume_; "Royaume de Samarie" ou "Samarie", du nom de la capitale qu'allait bient\u00f4t lui donner le roi Omri.

{K}D'UNE CAPITALE A L'AUTRE{/}
Dans un premier temps {N}J\u00e9roboam{/} garda Sichem comme capitale de son royaume, mais il dut bient\u00f4t l'abandonner. D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de son r\u00e8gne en effet le p\u00e9ril \u00e9gyptien l'obligea \u00e0 quitter la ville antique o\u00f9 pour la pemi\u00e8re fois {C}Abraham avait b\u00e2ti un autel \u00e0 Yahv\u00e9{/}_[Gn_12,7]. Le Pharaon Sh\u00e9shonq. apr\u00e8s s'\u00eatre empar\u00e9 de plusieurs places fortes du royaume de Juda, avait impos\u00e9 \u00e0 Roboam un lourd tribut_; ses troupes traversaient maintenant les terres d'Isra\u00ebl_: J\u00e9roboam franchit le Jourdain et, se mettant \u00e0 l'abri derri\u00e8re le fleuve, s'installa \u00e0 {N}P\u00e9nuel{/}. Le danger pass\u00e9, le roi revint en Cisjordanie, mais ne retourna pas \u00e0 Sichem_; il choisit Tir\u00e7a dans la montagne d'Ephra\u00efm pour en faire sa capitale. 
Un coup d'\u00e9tat et l'incendie du palais royal furent la cause d'un nouveau changement de capitale_: a{C}pr\u00e8s avoir r\u00e9gn\u00e9 six ans \u00e0 Tir\u00e7a, Omri acquit de Sh\u00e9mer la colline de Samarie pour deux talents d\u00b4argent et il commen\u00e7a \u00e0 construire sur cette colline{/} [1R_6,8] - [1R_6,24]. 
Le choix d'{N}Omri{/} \u00e9tait calcul\u00e9_: Tir\u00e7a, construite \u00e0 l'origine de l'un des torrents qui descendaient de l'ar\u00eate centrale vers le Jourdain, n'avait de d\u00e9bouch\u00e9 que sur les pays semi-nomades de Transjordanie_: il fallait sortir de son isolement et se tourner vers d'autres horizons.
Pus fort et plus riche que le royaume de Juda, Isra\u00ebl aurait pu conna\u00eetre une meilleure fortune_; mais malgr\u00e9 quelques grands monarques tels Omri, {N}Achab{/} et, dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies, {N}J\u00e9roboam II{/}, les intrigues et les nombreux coups d'\u00e9tat - neuf en un peu plus de deux si\u00e8cles- rendirent impossible une politique coh\u00e9rente. Par ailleurs le royaume d'Isra\u00ebl dut repousser \u00e0 plusieurs reprises les attaques des Aram\u00e9ens de {N}Damas{/} qui repr\u00e9sentaient une menace redoutable sur sa fronti\u00e8re nord-est.
Les livres de la Bible, tous \u00e9crits ou r\u00e9vis\u00e9s dans le royaume rival de Juda, sont tr\u00e8s partiaux lorsqu'ils parlent des rois d'Isra\u00ebl. Ils ne trahissent pas la v\u00e9rit\u00e9 lorsqu'ils montrent l'influence pr\u00e9pond\u00e9rante de la culture canan\u00e9enne et des cultes locaux avec les {N}Baals{/} et les {N}Astart\u00e9s{/} bien qu'ils semblent toujours regarder de haut ces fr\u00e8res s\u00e9par\u00e9s qu'\u00e9taient les Isra\u00e9lites du nord Ils ont cependant attribu\u00e9 une place d'honneur aux traditions et aux documents relatifs aux deux proph\u00e8tes exceptionnels que furent dans ce pays {N}Elie{/} et {N}Elis\u00e9e{/}.

{K}LES DERNIERES HEURES{/}
En fin de compte, le r\u00e9veil de l'{N}Assyrie{/} sonna le glas du royaume d'Isra\u00ebl. Avec Assurbanipal_II l'armement avait fait des progr\u00e8s consid\u00e9rables, on poss\u00e9dait d\u00e9sormais des machines de si\u00e8ge capables de venir \u00e0 bout des villes les mieux fortifi\u00e9es, la cavalerie rempla\u00e7ait les chars, et les corps d'archers et de piquiers faisaient la force de l'infanterie. {N}P\u00e9qah{/}, qui r\u00e9gnait alors sur le royaume du nord, fut assez inconscient pour monter avec Damas une coalition contre {N}T\u00e9glath-Phalasar{/}_: la perte de la moiti\u00e9 du royaume en fut le prix. Os\u00e9e, quelques ann\u00e9es plus tard commit la m\u00eame erreur._L'assyrien {N}Salmanazar{/}_V le fit arr\u00eater_; il envahit tout le pays et mit le si\u00e8ge devant Samarie.{C} La neuvi\u00e8me ann\u00e9e d\u00b4Os\u00e9e, le roi d\u00b4Assyrie s\u00b4empara de Samarie et il d\u00e9porta les Isra\u00e9lites en Assyrie{/} [2R_17,5]. En 721 le royaume d'Isra\u00ebl avait cess\u00e9 d'exister, son territoire constituait maintenant quatre provinces assyriennes_: celles de Meguiddo, de Dor, de Galaad et de Samarie.

{K}LE ROYAUME DE JUDA{/}
Lorsque {N}Roboam{/} revint \u00e0 J\u00e9rusalem, fuyant les tribus en r\u00e9volte, il se trouvait \u00e0 la t\u00eate d'un royaume bien amput\u00e9, qui allait suivre d\u00e9sormais son propre chemin, tant\u00f4t alli\u00e9, tant\u00f4t ennemi de son voisin du nord, Isra\u00ebl. A la diff\u00e9rence de ce dernier, il ne changera jamais de capitale, conservant la ville que David lui avait donn\u00e9e. Ce royaume portera dans les texte le nom de "Royaume de Juda" ou "Juda", parfois "J\u00e9rusalem", la capitale servant alors \u00e0 d\u00e9signer la totalit\u00e9 du royaume.  

{K}JUDA, LE ROYAUME DE LA PROMESSE{/}
Comme toute lign\u00e9e royale, celle de David, aura ses grands souverains et ses pitoyables monarques, elle conna\u00eetra les heures de gloire et les temps de mis\u00e8re et d'humiliation, mais \u00e0 la diff\u00e9rence de toute autre elle porte une promesse divine qui traversera les si\u00e8cles et trouvera son couronnement dans la royaut\u00e9 universelle de J\u00e9sus. Par la voix du proph\u00e8te {N}Nathan{/}, Dieu s'\u00e9tait engag\u00e9 avec la famille de David, et Dieu est fid\u00e8le en ses promesses_: la stabilit\u00e9 dynastique en fut le premier signe. On en eut la preuve lors du coup d'\u00e9tat de la reine {N}Athalie{/} (841-835). 
Fille d'Achab, roi d'Isra\u00ebl, d'origine ph\u00e9nicienne par sa m\u00e8re {N}J\u00e9zabel{/}, Athalie pensait avoir massacr\u00e9 tous les descendants du roi, mais le plus jeune lui fut soustrait{C}{/} [2R_11,1] - [2R_11,3].Lorsque le petit prince atteignit l'\u00e2ge de sept ans le grand pr\u00eatre monta un complot. L'enfant fut couronn\u00e9 et la grand m\u00e8re mise \u00e0 mort_: la dynastie de David retrouvait ses droits.

{K}JUDA DANS LES ARCANES DE LA POLITIQUE INTERNATIONALE{/}
La Promesse de Dieu n'emp\u00eacha pas J\u00e9rusalem de conna\u00eetre tous les al\u00e9as de l'histoire. D\u00e8s son retour \u00e0 J\u00e9rusalem, au lendemain du schisme de Sichem, Roboam avait pr\u00e9par\u00e9 une exp\u00e9dition contre les tribus du nord en vue de les replacer sous son autorit\u00e9, mais le proph\u00e8te Ch\u00e9maya l'avait ramen\u00e9 \u00e0 la raison_: le roi renon\u00e7a \u00e0 son projet. Peu apr\u00e8s les Egyptiens, sous la conduite du Pharaon Sh\u00e9shonq_I (950-929), entreprirent contre Juda une campagne au cours de laquelle le Temple et le palais royal_furent d\u00e9pouill\u00e9s de leurs richesses_: le royaume \u00e9tait remis en face de sa fragilit\u00e9. Aussi lorsque deux si\u00e8cles plus tard, les rois de Samarie et de {N}Damas{/} voulurent entra\u00eener J\u00e9rusalem dans une coalition contre l'Assyrie (734), Achaz, qui r\u00e9gnait alors sur Juda, \u00e9coutant les sages conseils du proph\u00e8te Isa\u00efe refusa_: bien lui en prit, il se tira d'affaire au prix d'un lourd tribut, mais les coalis\u00e9s, eux, y perdirent leurs royaumes.

{K}EZECHIAS{/}
Mais l'heure du d\u00e9clin sonna pour l'Assyrie_: tandis que des menaces ext\u00e9rieures de plus en plus fr\u00e9quentes maintenaient en alerte les arm\u00e9es de Ninive, les crises de palais \u00e9branlaient le pouvoir \u00e0 chaque changement de r\u00e8gne Les royaumes soumis et r\u00e9duits au rang de provinces de l'empire assyrien en profit\u00e8rent pour secouer le joug du ma\u00eetre_: les plus actifs dans la r\u00e9bellion furent \u00e9videmment l'Egypte et {N}Babylone{/}. Ez\u00e9chias crut opportun de se joindre aux rebelles, comptant particuli\u00e8rement sur l'appui du pharaon_: mal lui en prit.{C} Sennach\u00e9rib roi d\u00b4Assyrie vint attaquer toutes les villes fortifi\u00e9es de Juda et s\u00b4en empara. Alors Ez\u00e9chias roi de Juda envoya ce message au roi d\u00b4Assyrie qui \u00e9tait \u00e0 Lakish_: "Je suis coupable_! \u00c9loigne-toi de moi et je ferai ce que tu me demanderas." Le roi d\u00b4Assyrie exigea d\u00b4\u00c9z\u00e9chias roi de Juda trois cents talents d\u00b4argent et trente talents d\u00b4or. Ez\u00e9chias donna tout l\u00b4argent qui \u00e9tait dans la Maison de Yahv\u00e9 et dans les tr\u00e9sors du palais royal{/} [2R_18,13] - [2R_18,16].
{N}Sennach\u00e9rib{/} (705-681) revint de nouveau avec l'intention, semble-t-il, d'en finir avec J\u00e9rusalem_; c'est alors que, conseill\u00e9 par le proph\u00e8te Isa\u00efe, le roi refusa la reddition et, r\u00e9pondant \u00e0 sa pri\u00e8re, Dieu intervint miraculeusement. Rappel\u00e9 par la r\u00e9volte de l'Egypte, Sennach\u00e9rib leva pr\u00e9cipitamment le si\u00e8ge de la Ville Sainte pour se porter au devant des insurg\u00e9s. Il ne devait plus revenir au royaume de Juda_: une dizaine d'ann\u00e9es plus tard, ses deux fils l'\u00e9gorg\u00e8rent \u00e0 Ninive dans le temple de leur dieu Nisrok.

{K}LES PROPHETES{/}
L'histoire du royaume de Juda n'aurait qu'une signification limit\u00e9e si les quatre si\u00e8cles de son histoire, du roi David vers l'an 1000 \u00e0 l'Exil en 587, n'avaient pas \u00e9t\u00e9 le temps des proph\u00e8tes, ou tout au moins des plus grands d'entre eux. Et ce sont les livres proph\u00e9tiques de la Bible qui nous ont gard\u00e9 le plus significatif de cette histoire. M\u00eame si leur t\u00e9moignage et leurs appels n'ont pas enray\u00e9 la lente et in\u00e9vitable d\u00e9cadence du petit royaume de J\u00e9rusalem, ce sont eux qui ont fait de l'alliance scell\u00e9e au Sina\u00ef et des promesses de Dieu une force spirituelle d\u00e9finitivement enracin\u00e9e dans le peuple d'Isra\u00ebl. Sans eux on ne comprendrait pas les continuels retours d'Isra\u00ebl \u00e0 l'Alliance que Dieu lui avait \u00e0 la fois offerte et impos\u00e9e. 
Les premi\u00e8res manifestations de cette flamme rest\u00e9e vive aux pires moments furent la Grande P\u00e2que d'{N}Ez\u00e9chias{/} et la r\u00e9forme de {N}Josias{/}. Ensuite, ce serait l'aventure extraordinaire du retour d'Exil. Finalement ce serait l'apostolat entre les paiens, pr\u00e9parant l'\u00e9vang\u00e9lisation du monde. Mais ici on ne peut mieux faire que de lire les livres sacr\u00e9s

{K}LA GRANDE PAQUE{/}
C'\u00e9tait le temps, peu avant ou apr\u00e8s l'an 700, o\u00f9 le proph\u00e8te {N}Isa\u00efe{/} pronon\u00e7ait ses oracles et n'h\u00e9sitait pas \u00e0 intervenir directement dans la politique royale. M\u00eame s'il peut sembler que les proph\u00e8tes parl\u00e8rent souvent sans \u00eatre \u00e9cout\u00e9s, proph\u00e8tes et confr\u00e9ries de proph\u00e8tes exer\u00e7aient une influence puissante. Le deuxi\u00e8me livre des Chroniques attribue au roi {N}Ez\u00e9chias{/} une oeuvre de redressement tr\u00e8s importante sur le plan religieux. La Grande P\u00e2que qu'il c\u00e9l\u00e9bra \u00e0 J\u00e9rusalem vers l'an 700 fut la d\u00e9monstration la plus \u00e9clatante de ce renouveau. Le peuple de Juda, averti par les d\u00e9sastres qui avaient amen\u00e9 la ruine du royaume de Samarie, comprenait qu'il lui fallait retourner aux sources. De nombreux pr\u00eatres du royaume du nord \u00e9taient venus se r\u00e9fugier \u00e0 J\u00e9rusalem et prirent part \u00e0 cet effort qui visait \u00e0 r\u00e9gler toute la vie du peuple sur la loi de Mo\u00efse, adapt\u00e9e aux circonstances pr\u00e9sentes. C'est alors, tr\u00e8s probablement, que commen\u00e7a d'\u00eatre r\u00e9dig\u00e9 le Deut\u00e9ronome dont la d\u00e9couverte, quatre vingts ans plus tard, serait \u00e0 l'origine de la R\u00e9forme de Josias.
Ce r\u00e9veil religieux ne dura que quelques ann\u00e9es. Ensuite vint le tr\u00e8s long r\u00e8gne de {N}Manass\u00e9{/} qui ne sut que se suivre la pente la plus facile. Le poids de l'Assyrie d\u00e9cida m\u00eame des affaires religieuses et de nouveau les religions import\u00e9es vinrent supplanter le culte de Yahv\u00e9 jusque dans son temple. Apr\u00e8s lui il y eut son fils Amon, qui suivit ses pas et finit par \u00eatre assassin\u00e9 par des militaires. Alors, comme aux jours d'Athalie, les \u00e9l\u00e9ments les plus sains du \u00ab_peuple du pays_\u00bb, c'est-\u00e0-dire des bourgeois de J\u00e9rusalem, fit \u00e9chec aux comploteurs et pla\u00e7a sur le tr\u00f4ne de fils du d\u00e9funt, un enfant du nom de Josias. 

{K}LA REFORME DE JOSIAS{/} 
Apr\u00e8s la mort des rois pers\u00e9cuteurs, les fid\u00e8les se r\u00e9veillent lentement. Pendant les r\u00e8gnes impies, on avait sans doute oubli\u00e9 ou cach\u00e9 les livres sacr\u00e9s. Un \u00e9v\u00e8nement fortuit allait donner un coup de fouet \u00e0 ce r\u00e9veil encore bien timide_: ce fut la d\u00e9couverte dans un coin du Temple du Livre de la Loi, en fait_: une premi\u00e8re \u00e9dition du {N}Deut\u00e9ronome{/}. On lit au Livre des Rois le r\u00e9cit de cet \u00e9v\u00e9nement qui allait \u00eatre d\u00e9cisif_:
Pendant qu'on \u00e9tait en train de r\u00e9parer les d\u00e9gats du Temple{C}, le grand pr\u00eatre Hilkiyas dit au secr\u00e9taire Chafan_: \u00ab_Dans la Maison de Yahv\u00e9, j\u00b4ai trouv\u00e9 le livre de la Loi._\u00bb... Alors le secr\u00e9taire Chafan annon\u00e7a la nouvelle au roi... Lorsque le roi entendit les paroles du livre de la Loi, il d\u00e9chira ses habits et donna l'ordre d'aller consulter Yahv\u00e9 au sujet des paroles de ce livre que l\u00b4on a trouv\u00e9. "Yahv\u00e9, dit-il, doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 d\u00e9charger sur nous toute sa col\u00e8re, parce que nos p\u00e8res n\u00b4ont pas ob\u00e9i aux paroles de ce livre et n\u00b4ont pas mis en pratique tout ce qui y est \u00e9crit"{/} [2R_22,3]
On est alors en l'an 622. A partir de ce moment-l\u00e0, Josias, alors \u00e2g\u00e9 de vingt-six ans, se consacre \u00e0 r\u00e9former sa vie et celle de son peuple. 
Profitant de la d\u00e9cadence de l'empire assyrien, Josias entame la reconqu\u00eate du territoire d'Isra\u00ebl devenu province assyrienne depuis une centaine d'ann\u00e9es. L\u00e0 aussi, il d\u00e9truit les sanctuaires provinciaux plus ou moins suspects de syncr\u00e9tisme et renverse les idoles. Josias renforce le poidsdu clerg\u00e9de J\u00e9rusalem. Alors qu'auparavant tous les l\u00e9vites participaient du sacerdoce, d\u00e9sormais seuls les l\u00e9vites de J\u00e9rusalem, consid\u00e9r\u00e9s comme descendants d'Aaron, seront comme lui pr\u00eatres, et ceux qu'on a regroup\u00e9s apr\u00e8s l'\u00e9limitation des sanctuaires de province seront \u00ab_l\u00e9vites_\u00bb sans plus, en fait des serviteurs du Temple.

{K}LA MORT DU JUSTE ET LE RETOUR DES ROIS IMPIES{/}
{N}Josias{/}, le saint roi de la r\u00e9forme, meurt victime d'une erreur politique. Depuis longtemps Isra\u00ebl faisait tampon entre l'Egypte et l'Assyrie. Quand Babylone commen\u00e7a \u00e0 menacer s\u00e9rieusement la puissance assyrienne, le Pharaon, inquiet du dynamisme de cette nouvelle "grande puissance", voulut se porter au secours de l'Assyrie affaiblie, en oubliant son hostilit\u00e9 d'hier. Josias refusa de le laisser faire car il n'attendait que la ruine d\u00e9finitive de l'Assyrie pour r\u00e9aliser son projet de r\u00e9unification de l'ancien royaume de David. Il voyait donc d'un tr\u00e8s mauvais oeil une intervention de l'Egypte comme arbitre des conflits du Proche-Orient. La rencontre entre {N}N\u00e9chao{/}_II et Josias eut lieu \u00e0 {N}M\u00e9giddo{/} o\u00f9 Josias fut frapp\u00e9 \u00e0 mort [2R_23,29] - [2R_23,30]. C'\u00e9tait l'an 609. 
Comment Dieu avait-il pu permettre la mort de Josias, le saint roi qui avait accompli de telles r\u00e9formes_? Ce scandale marquera profond\u00e9ment la r\u00e9flexion juive post\u00e9rieure et l'annonce de l'Evangile.
Josias mort, le royaume n'a plus d'orientation. Son fils Joakaz ne monte sur le tr\u00f4ne que pour \u00eatre encha\u00een\u00e9 par le pharaon qui le remplace par un de ses fr\u00e8res, Jo\u00efaquim.

{K}LA RUINE DU ROYAUME DE JUDA{/}
Retard\u00e9 par les affaires jud\u00e9ennes, le secours du Pharaon \u00e9tait arriv\u00e9 trop tard_pour l'assyrien_: lorsqu'un beau jour de 605, il se pr\u00e9senta devant {N}Kark\u00e9mich{/} o\u00f9 Assur_Uballit, dernier souverain d'Assyrie s'\u00e9tait repli\u00e9 pour rassembler les d\u00e9bris de son royaume, le pharaon avait \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 avec ses troupes par les hommes du jeune {N}Nabuchodonosor{/} qui venait de remplacer son p\u00e8re Nabopolassar sur le tr\u00f4ne de Babyone. Malgr\u00e9 cette humiliante d\u00e9faite, ni les princes d'Egypte, ni les roitelets qui venaient de passer du joug de Ninive \u00e0 celui de Babylone n'acceptaient que le prestigieux pays du Nil ait perdu sa gloire pass\u00e9e. A J\u00e9rusalem le parti pro-\u00e9gyptien l'emporte dans la famille royale et parmi les chefs de l'arm\u00e9e, et les sages comme {N}J\u00e9r\u00e9mie{/} sont soup\u00e7onn\u00e9s de complicit\u00e9 avec les Chald\u00e9ens.
L'in\u00e9luctable drame se joua sur dix ans. Lorsque Psamm\u00e9tique II monta sur le tr\u00f4ne (593), il entra\u00eena derri\u00e8re lui les petits \u00e9tats qui supportaient mal le joug de Babylone : Juda, d\u00e9j\u00e0 soumis \u00e0 un lourd tribut, fut du nombre des conjur\u00e9s. 

{K}DISPERSES PARMI LES NATIONS{/}
Devant le p\u00e9ril chald\u00e9en qui se faisait ainsi de jour en jour plus pressant, beaucoup quitt\u00e8rent le pays pour l'Egypte rejoignant un mouvement de diaspora qui s'\u00e9tait amorc\u00e9 d\u00e8s l'invasion du royaume du nord par les assyriens \u00e0 la fin du 8\u00e8me_centenaire. Ceux-l\u00e0 succomb\u00e8rent rapidement \u00e0 la tentation de l'assimilation et du syncr\u00e9tisme_: la communaut\u00e9 d'El\u00e9phantine en Haute-Egypte en est l'illusration parfaite. D'apr\u00e8s les manuscrits retrouv\u00e9s sur l'\u00eele, il s'agissait d'une colonie militaire \u00e0 laquelle les pharaons avaient confi\u00e9 la surveillance de la fronti\u00e8re m\u00e9ridionale de l'empire. N\u00e9gligeant les prescriptions du Deut\u00e9ronome qui faisaient du Temple de J\u00e9rusalem l'unique lieu de culte d'Isra\u00ebl, ces Jud\u00e9ens r\u00e9fugi\u00e9s en Egypte avaient \u00e9difi\u00e9 un temple o\u00f9 ils v\u00e9n\u00e9raient outre Yahv\u00e9, d'autres divinit\u00e9s telles Eschem-B\u00e9thel, H\u00e9rem-B\u00e9thel, ou Anath-B\u00e9thel. Mais cela ne les emp\u00eachait nullement de continuer \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les grandes f\u00eates traditionnelles d'Isra\u00ebl. Priv\u00e9s de leurs racines, d\u00e9pourvus d'un v\u00e9ritable soutien pour leur foi, ces colons furent absorb\u00e9s par le paganisme ambiant et l'on perd leur trace d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es du 4\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C.
