{N}LES ORIGINES DE L'HOMME{/}

{K}LES ANC\u00caTRES DE L'HOMME{/}
L'esp\u00e8ce humaine se pr\u00e9sente comme une derni\u00e8re branche de l'arbre de la vie: il ne faudra pas oublier que la cha\u00eene de ses anc\u00eatres remonte \u00e0 la premi\u00e8re mati\u00e8re anim\u00e9e dont sont issues toutes les exp\u00e8ces. Cependant, si nous regardons plus pr\u00e8s de nous, il est clair que les singes, ou les simiens, sont les animaux qui nous ressemblent le plus. De l\u00e0 surgissent deux questions:
- Si nous sommes les descendants de l'un d'entre eux, quel est-il?
- S'ils ne sont que nos cousins, quand et comment nos anc\u00eatres se sont-ils s\u00e9par\u00e9s d'eux?
Pour commencer, il est certain que les grands singes actuels les plus proches de nous, le gorille et surtout le chimpanz\u00e9, ne sont que nos cousins. Ils ne sont pas une reproduction de notre anc\u00eatre commun, car en m\u00eame temps que la branche humaine passait par une s\u00e9rie de transformations de tout son corps, eux aussi se transformaient et se sp\u00e9cialisaient dans une direction diff\u00e9rente caract\u00e9ris\u00e9e par le d\u00e9veloppement des molaires, de la mandibule et des bras. Les plus intelligents des singes actuels sont plus \u00ab_animaux_\u00bb que ne l'\u00e9taient leurs anc\u00eatres au moment o\u00f9 nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s.
Quand s'est faite la s\u00e9paration? La science actuelle r\u00e9pond: il y a \u00e0 peu pr\u00e8s dix ou quinze millions d'ann\u00e9es.
O\u00f9 cela s'est-il pass\u00e9? Il n'y a pas si ongtemps on aurait dit: quelque part en Afrique orientale, car c'est l\u00e0 que se situe ensuite toute l'\u00e9volution post\u00e9rieure de nos anc\u00eatres. Aujourd'hui de nouvelles d\u00e9couvertes en Chine font penser que la s\u00e9paration s'est produite en Asie de l'est, avant que le rameau qui devait aboutir \u00e0 l'homme ne se d\u00e9place vers l'Afrique.
- Comment cela s'est-il pass\u00e9?

{K}LES PREMIERS PAS DE L'HOMME, OU_ COMMENT SURVIVRE?{/} 
Il y a dix-sept millions d'ann\u00e9es, toute la partie orientale de l'Afrique, de l'Ethiopie \u00e0 la Tanzanie, \u00e9tait couverte de for\u00eats \u00e9quatoriales o\u00f9 prosp\u00e9rait une quantit\u00e9 de primates (les primates sont le groupe zoologique rassemblant les singes et certaines autres esp\u00e8ces assez proches). Ils vivaient dans les arbres, sautant de branche en branche, et leur lourde queue leur servait de balancier. Ils \u00e9taient de petite taille et se nourrisaient de fruits et de feuilles.
C'est alors que la d\u00e9rive des continents et le choc de la plaque Afrique-Arabie et de la plaque asiatique, jusque l\u00e0 s\u00e9par\u00e9es, a produit un cataclysme g\u00e9ologique. Il y eut un effondrement, un long sillon nord-sud, depuis le nord de la Palestine (la d\u00e9pression o\u00f9 coule le Jourdain) jusqu'aux grands lacs africains du Kenya. Ce fut sans doute la cause d'un changement de climat. Les pluies se r\u00e9duisaient peu \u00e0 peu, et les for\u00eats devenaient plus claires, laissant la place \u00e0 la savane coup\u00e9e par des bois toujours plus clairsem\u00e9s.
Une partie des primates, sans doute ceux rest\u00e9s \u00e0 l'ouest du foss\u00e9, continu\u00e8rent de vivre comme ils avaient toujours fait. A mesure que les terres devenaient plus arides, ils se repliaient vert l'ouest, l\u00e0 o\u00f9 subsistent encore les grandes for\u00eats d'Afrique. Ils \u00e9volu\u00e8rent vers des formes plus grandes et plus fortes, comme le chimpanz\u00e9 et le gorille, qui se servent de leurs bras puissants pour se d\u00e9placer de branche en branche.
Ceux du versant est de la faille, par contre, devaient s'adapter \u00e0 un terrain o\u00f9 il \u00e9tait plus difficile de se d\u00e9fendre contre les carnivores vu que les arbres se faisaient rares_; les fruits  de leur r\u00e9gime habituel se faisaient plus rares. Ils devaient se nourrir de graines, de racines, et les fibres v\u00e9g\u00e9tales coriaces usaient leurs dents pr\u00e9matur\u00e9ment: il leur fallut renforcer les mandibules et l'\u00e9mail des dents se fit plus \u00e9pais. Pour d\u00e9courager les ennemis on vivait en soci\u00e9t\u00e9, et l'on progressait en taille et en force. Ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 capables de se tenir presque droits et, s'\u00e9tant habitu\u00e9s \u00e0 marcher ainsi, les mains devenues libres pouvaient d\u00e9chirer la nourriture qu'ils portaient \u00e0 leur bouche_; pour se d\u00e9fendre on lan\u00e7ait des pierres et on avait des b\u00e2tons. Un certain nombre de pal\u00e9ontologues pensent qu'ils savaient d\u00e9j\u00e0 tailler les pierres de fa\u00e7on rudimentaire pour leur donner du tranchant.
On a trouv\u00e9 des restes innombrables de ces primates fort intelligents dont la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait l'\u00e9quivalent de celle des gorilles actuels alors qu'ils \u00e9taient beaucoup plus petits. Leurs diverses esp\u00e8ces forment un groupe appel\u00e9 Australopith\u00e8ques{N}{/} (ou: Singes du sud) \u00e0 l'int\u00e9rieur duquel apparaissent des diff\u00e9rences importantes dans l'aspect ext\u00e9rieur. Les plus anciens \u00e9taient plus petits, environ 1m,20, et plus gr\u00eales, mais plus tard apparaissent les australopith\u00e8ques appel\u00e9s {C}robustes{/} qui mesuraient 1m,50 et pesaient quelques 50 kilos, dou\u00e9s de muscles masticateurs impressionnants.
Tous les primates de la partie est ne sont pas entr\u00e9s dans cette ligne d'\u00e9volution. Certains ont choisi une autre solution pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi de la survivance: au lieu de renforcer dents et muscles, ils ont essay\u00e9 d'\u00eatre plus inventifs. Ils se sont redress\u00e9s, ce qui aidait le d\u00e9veloppement du cerveau, et ils ont accept\u00e9 de changer leur menu. C'est ainsi que dans les lieux o\u00f9 s'\u00e9taient install\u00e9s les australopith\u00e8ques, une autre famille a grandi, issue des m\u00eames anc\u00eatres, et que les scientifiques rangent dans le m\u00eame goupe que les hommes actuels en leur donnant le nom d'Homo habilis, c'est-\u00e0-dire: homme artisan. Artisan parce qu'il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 faire en grand la taille des pierres. On l'a appel\u00e9 homme parce qu'il nous ressemble, mais cette classification n'a qu'une valeur biologique, c'est-\u00e0-dire qu'elle ne tient compte que de son organisme: elle laisse enti\u00e8re la question de savoir s'il avait \u00e2me et esprit comme nous.
Alors que son cousin australopith\u00e8que m\u00e2chait consciencieusement ses racines, lui, moins athl\u00e9tique mais plus astucieux, ne manquait pas une occasion de voler et de mettre des pi\u00e8ges. Il mangeait ecargots, rats et insectes, mais aussi il se risquait \u00e0 attaquer en bandes le gros gibier:_ antilopes, bovid\u00e9s, sangliers et m\u00eame \u00e9l\u00e9phants. Il fa\u00e7onnait les pierres et se faisait des refuges avec des poteaux et des branches. 
Dans ces r\u00e9gions o\u00f9 vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te australopith\u00eaques et premiers \u00ab_hommes_\u00bb on a d\u00e9terr\u00e9 des restes de primates plus anciens qu'eux: la trouvaille la plus fameuse a \u00e9t\u00e9 celle de la fameuse Lucy, un squelette presque complet. C'est entre ces pr\u00e9-australopith\u00e8ques qu'il faut chercher les anc\u00eatres communs des australopith\u00e8ques et de l'Homo habilis. Ce sont eux qui, il y a 4 ou 6 millions d'ann\u00e9es ont fait le choix, si l'on peut dire, entre la force animale et l'adaptation intelligente.

{K}QUAND L'HOMME ATTENDAIT L'ESPRIT{/}
Homo habilis{/} \u00e9tait aparu il y a quelque 4 millions d'ann\u00e9es. Il est rest\u00e9 longtemps en Afrique orientale avant de partir sers des terres inconnues. Vers les 2 millions d'ann\u00e9es il avait atteint l'Indon\u00e9sie et ses familles s'\u00e9tablissaient sur toute l'Afrique, l'Asie et l'Europe, sauf les r\u00e9gions septentrionales couvertes d'immenses glaciers.
C'est alors qu'il a commenc\u00e9 \u00e0 modifier son ext\u00e9rieur: croissance en taille et en poids, alongement de la t\u00eate et d\u00e9veloppement du cerveau. Il y a un million et demi d'ann\u00e9es, toute l'esp\u00e8ce avait progress\u00e9, atteignant une nouvelle forme qu'on appelle {N}Homo{/} erectus (l'homme debout), lequel est rest\u00e9 assez stable durant plus d'un million d'ann\u00e9es.
Entre les ann\u00e9es deux cent mille et cent mille avant nous, une nouvelle \u00e9volution s'est amorc\u00e9e_; elle affectait principalement la t\u00eate, avec une capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale accrue, et aboutissait \u00e0 l'esp\u00e8ce {N}Homo{/} sapiens (l'homme de la sagesse). En Afrique du Nord, en Asie et au Moyen Orient, cet Homo sapiens \u00e9tait presque identique aux races actuelles. En Europe, par contre, l'Homo sapiens retrouvait des traits plus rustiques et bestiaux en d\u00e9pit de sa capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9gale \u00e0 la n\u00f4tre. C'\u00e9tait l'{N}Homme{/} de N\u00e9anderthal, lequel a dur\u00e9 jusque trente mille ann\u00e9es avant notre \u00e8re, remplac\u00e9 peu \u00e0 peu par un Homo sapiens de l'autre classe venu d'Orient et que l'on appelle l'{N}Homme{/} de Cro-Magnon.
Ainsi s'achevait l'\u00e9volution biologique de l'homme: d\u00e9sormais son \u00e9volution allait se porter sur le plan social et culturel. Au long de ces quelque trente millions d'ann\u00e9es qui m\u00e8nent des primates arboricoles \u00e0 l'homme, ce qui frappe davantage est le d\u00e9velopement du cerveau. Mais la corr\u00e9lation entre les diverses fonctions du corps est telle que cette croissance exigeait une remise en cause de tout l'\u00e9quilibre et la structure de l'individu. Quatre facteurs devaient jouer de concert pour r\u00e9ussir l'hominisation des primates:
- {C}D\u00e9veloppement du cerveau{/}. Il ne peut y avoir pens\u00e9e et d\u00e9cisions libres tant que l'esprit ne dispose pas d'un ordinateur de premi\u00e8re classe avec des millions de millions de circuits. Les sp\u00e9cialistes consid\u00e8rent qu'il ne peut y avoir langage tant que le cerveau n'atteint pas une capacit\u00e9 de 600 cm3 . Mais il ne suffit pas d'un changement quantitatif. Dans le cerveau humain il y a eu un d\u00e9veloppement privil\u00e9gi\u00e9 du cortex, ou substance grise, et les circonvolutions se sont multipli\u00e9es. Les aires lat\u00e9rales, responsables du langage, des mouvements de la main, du pharynx et des muscles de la face croissent et s'organisent.
- {C}R\u00e9duction de la mandibule{/}. L'homme a des mains pour se d\u00e9fendre et pour d\u00e9chirer les proies, la mandibule n'a donc plus autant \u00e0 travailler pour m\u00e2cher et pour mordre. Maintenant la structure de la t\u00eate n'est plus calcul\u00e9e pour porter les muscles puissants de la mastication, et si la mandibule se r\u00e9duit, le cerveau peut s'enrouler et augmenter de volume. Du fait que ces muscles se r\u00e9duisent, les nombreux muscles superficiels de la face se d\u00e9veloppent: ils refl\u00e9teront les \u00e9motions et permettront la communication.
- {C}Perfectionnement de la main{/}. Auparavant les animaux transformaient telle ou telle partie de leur corps pour qu'elle soit plus adapt\u00e9e \u00e0 telle ou telle fonction: des pattes pour courir, ou pour creuser le sol, ou pour saisir les proies_; des dents pour m\u00e2cher, pour mordre ou pour ronger. Maintenant la main fabrique des instruments distincts du corps, le corps n'aura plus \u00e0 s'ali\u00e9ner de fa\u00e7on irr\u00e9versible pour se sp\u00e9cialiser dans une seule direction: il sera toujours disponible pour des t\u00e2ches nouvelles. La main, avec ses instruments, contribue \u00e0 la r\u00e9duction de la mandibule et au d\u00e9veloppement du cerveau.
- {C}La station debout{/}. Quand l'homme est redress\u00e9, les membres ant\u00e9rieurs cessent d'\u00eatre moteurs et la main peut prendre forme. Le d\u00e9placement du point d'articulation de la t\u00eate sur la colonne vert\u00e9brale favorise l'enroulement du cerveau. La station debout change du tout au tout la forme de relation entre les idividus, et tout sp\u00e9cialement les relations sexuelles: jeux de la face, \u00e9change des \u00e9motions, caresses. L'union sexuelle face \u00e0 face permettra l'\u00e9veil de l'amour. Le d\u00e9placement des seins du ventre \u00e0 la poitrine, cons\u00e9quence de la station debout, transforme la relation de la m\u00e8re \u00e0 l'enfant durant la p\u00e9riode d'allaitement: son esprit s'\u00e9veillera \u00e0 partir du regard et du sourire de sa m\u00eare.
Le d\u00e9veloppement de la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait donc n\u00e9cessaire pour l'\u00e9mergence de l'esprit, mais il fallait beaucoup plus qu'un cerveau de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure pour qu'ait lieu le saut de l'intelligence animale \u00e0 l'esprit. La croissance m\u00e8me du cerveau r\u00e9pondait \u00e0 une exigence profonde de son \u00eatre \u00e0 mesure que se d\u00e9veloppaient ses activit\u00e9s, sa vie sociale et son langage. En ce sens, le passage de l'{C}Homo{/} {C}habilis{/} \u00e0 {C}Homo erectus{/} et de celui-ci \u00e0 {C}Homo sapiens{/}, avec un gros accroissement de la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, est due fondamentalement \u00e0 un progr\u00e9s de la vie culturelle gr\u00e2ce \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9. Dans le cas de l'homme, c'est le d\u00e9veloppement psychologique qui entra\u00eene le progr\u00e8s biologique.

{K}A PARTIR DE QUEL MOMENT L'HOMME A-T-IL EU UNE \u00c2ME?{/}
Si l'onparle d'avoir une \u00e2me, ou un esprit, il faut d'abord pr\u00e9ciser ce qui suit.
- Selon la foi chr\u00e9tienne -et la majorit\u00e9 des scientifiques et des philosophes sont d'accord sur ce point- l'esprit de l'homme n'est pas seulement une forme sup\u00e9rieure de l'intelligence animale: elle est diff\u00e9rente de toute \u00e2me ou principe de vie chez les animaux. La Bible le dit \u00e0 sa mani\u00e8re lorsqu'elle affirme que l'homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l'image et ressemblance de Dieu [Gn_1,26] et que pour cette raison il participe de tout ce qu'il y a en Dieu. L'homme est capable de r\u00e9fl\u00e9chir et d'aimer_; il saisit la beaut\u00e9 et la cr\u00e9ation artistique lui est famili\u00e8re. Il d\u00e9couvre l'ordre du monde et le reconstruit \u00e0 sa mani\u00e8re. Il porte en lui une inqui\u00e9tude jamais satisfaite, de sorte qu'il rentre constamment en lui-m\u00eame, mesure ses ali\u00e9nations et s'efforce de se d\u00e9passer.
- Nous donnons donc pour acquis que l'esprit ne vient pas peu \u00e0 peu. Il y a ou il n'y a pas esprit, on ne peut pas \u00eatre \u00e0 mi-chemin entre l'intelligence animale et l'esprit libre et r\u00e9fl\u00e9chi. C'est seulement au niveau du d\u00e9veloppement psychologique qu'il y a pu avoir chez l'animal des \u00e9tapes pr\u00e9paratoires \u00e0 la venue de l'esprit. Ensuite il y a eu de m\u00eame un progr\u00e8s dans l'aptitude de l'esprit \u00e0 changer et renouveler les r\u00e9actions psychologiques, la fa\u00e7on de penser, les projets et les actes. Un homme d\u00e9termin\u00e9, de m\u00eame que toute une soci\u00e9t\u00e9, peut \u00e9voluer tr\u00e8s lentement du fait qu'il a l'esprit endormi. Mais l'esprit est ou il n'est pas.
- Dans le monde animal ou v\u00e9g\u00e9tal l'individu ne compte pas, c'est l'esp\u00e8ce qui vit et se d\u00e9veloppe \u00e0 travers les individus. Mais si certains d'entre eux arrivent  \u00e0 \u00ab_avoir une \u00e2me_\u00bb (le mot esprit conviendrait mieux), on peut parler d'une nouvelle cr\u00e9ation. Cette fois l'individu existe, il vaut pour lui-m\u00eame et pour Dieu: c'est une personne, et la personne commence \u00e0 exister par don de Dieu. L'expression: \u00ab_l'homme descend du singe_\u00bb est donc fausse \u00e0 tout \u00e9gard, entre autres elle laisse croire que l'homme est arriv\u00e9 un peu par hasard. Pour le chr\u00e9tien, par contre, c'est d\u00e8s le d\u00e9but de la cr\u00e9ation que Dieu veut un univers ordonn\u00e9 en vue de l'\u00e9mergence de personnes humaines, car cet univers devait avoir comme centre et comme t\u00eate un individu de cette race, le Verbe de Dieu fait homme [Ep_1,1]; [Jn_1,1] - [Jn_1,14].
Les sciences de la nature ne sont pas en mesure de fixer la fronti\u00e8re entre l'animal et l'homme, car elles ne les observent que de l'ext\u00e9rieur. Mais les scientifiques, en appelant comme nous-m\u00eames aux crit\u00e8res de la raison commune, portent leur attention sur les acquis de l'homme: la fabrication et l'usage des outils, l'apparition du langage et les manifestations du sentiment artistique et religieux.
Durant de longues ann\u00e9es l'usage des outils a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme  un t\u00e9moin de l'esprit. Certains disaient: ici il y a un projet et la mise en oeuvre des moyens pour le r\u00e9aliser, ce qui est le propre de l'esprit. Aujourd'hui pourtant, l'observation des primates a montr\u00e9 qu'ils se servent de b\u00e2tons comme de v\u00e9ritables instruments et il est presque s\u00fbr que les australopith\u00e8ques taillaient les pierres de fa\u00e7on rudimentaire. {C}Homo habilis{/} ne se contentait pas de tailler les pierres, il conservait la pierre de percussion et dirigeait le coup gr\u00e2ce \u00e0 un percuteur. Et pourtant deux millions d'ann\u00e9es ont pass\u00e9 sans qu'il progresse dans ses techniques. Non pas vingt si\u00e8cles, ni dix fois, ni cent fois vingt si\u00e8cles, mais mille fois vingt si\u00e8cles... L'esprit peut-il \u00eatre si lent?
De m\u00eame beaucoup ont pens\u00e9 qu'il \u00e9tait propre \u00e0 l'homme de ne pas avoir peur du feu, de savoir le produire et l'utiiser. Dans ce cas il y aurait eu des hommes authentiques d\u00e8s les commencements de {C}l'Homo erect{/}us: il faisait usage du feu il y a un million et demi d'ann\u00e9es. Beaucoup pensent de m\u00eame que la partie du cerveau qui abrite le centre du langage \u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e chez {C}Homo erectus{/}. Son palais \u00e9tait adapt\u00e9 \u00e0 la phonation. On a observ\u00e9 encore que Homo erectus choisissait ses pierres non seulement selon des crit\u00e8res techniques, mais aussi pour leur aspect artistique. Plus encore, en examinant les cr\u00e2nes de sinanthropes (l'homme de Chine) qui \u00e9taient des homo erectus, restes vieux de quatre cent mille ans, certains soup\u00e7onnent qu'ils ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des rites religieux.
Si ces derniers faits se confirmaient, ce serait la preuve qu'il y avait d\u00e9j\u00e0 en ces temps lointains de vrais hommes. Car les manifestations du sentiment religieux, habituellement la s\u00e9pulture des morts, sont consid\u00e9r\u00e9es par tout le monde comme une preuve incontestable de l'\u00e9veil de l'esprit. Les plus anciens t\u00e9moignages qui soient s\u00fbrs dans ce domaine sont les s\u00e9pultures de l'homme de N\u00e9anderthal, un Homo sapiens, vers les trente ou quarante mille ans avant notre \u00e8re. A partir de ce moment les manifestations de l'art ont \u00e9t\u00e9 en se multipliant. On aurait donc l\u00e0 la date la plus tardive o\u00f9 situer l'apparition de l'homme.
Mais il est tr\u00e8s possible que l'apparition de l'homme v\u00e9ritable, celui qui est dot\u00e9 de l'esprit, ne co\u00efncide pas avec telle ou telle \u00e9tape de notre classification en {C}homo habilis{/}, {C}homo erectus{/}, {C}homo sapiens{/}. Ces cat\u00e9gories se basent sur les caract\u00e9ristiques des squelettes qu'on a d\u00e9couverts, elles ne sont que des \u00e9tapes aproximatives, et seulement \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'\u00e9volution biologique. Pendant ce temps le progr\u00e8s r\u00e9el de notre race \u00e9tait d'ordre culturel et psychologique.
L'\u00e9veil de l'esprit peut avoir eu lieu \u00e0 l'int\u00e9rieur d'une esp\u00e8ce sans affecter tous les individus de cette esp\u00e8ce. Il est tr\u00e8s possible que des crises survenues \u00e0 l'int\u00e9rieur de certains groupes aient \u00e9t\u00e9 l'occasion d'un choc psychologique tr\u00e8s fort pour certains individus, et l'\u00e9tincelle re\u00e7ue \u00e0 ce moment a pu se propager de la m\u00eame fa\u00e7on que certaines prises de conscience dans notre histoire. Si, comme le remarque la Bible, nous ne savons par quel chemin la personne humaine s'introduit dans la femme enceinte [Pr_30,19], nous savons moins encore par quels chemins elle est venue se loger chez les premiers \u00eatres humains.

{K}REDRESS\u00c9, DEBOUT, LIB\u00c9R\u00c9, RESSUSCIT\u00c9{/}
Dans le pass\u00e9 on a quelque peu surestim\u00e9 le d\u00e9veloppement du cerveau. On y voyait le facteur principal de l'\u00e9volution humaine: avec plus d'intelligen ce et de capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, l'animal devait acc\u00e9der tout normalement \u00e0 l'esprit. L'homme, en fin de compte, ne serait que le plus dou\u00e9 des animaux. La conclusion qu'on tire maintenant des donn\u00e9es pal\u00e9ontologiques et arqu\u00e9ologiques est autre: le facteur qui a s\u00e9par\u00e9 les anc\u00eatres de l'homme de ses fr\u00e8res animaux a \u00e9t\u00e9 la station debout, c'est-\u00e0-dire une fa\u00e7on de se tenir, de vivre et de marcher qui transformait les relations entre les individus et leur permettait de lever le regard. Ensuite est venu le progr\u00e8s culturel, fruit de la vie communautaire, et la transmission aux jeunes des exp\u00e9riences du pass\u00e9. La croissance du cerveau a accompagn\u00e9 la promotion de l'homme sans en \u00eatre la cause v\u00e9ritable.
Le redressement a \u00e9t\u00e9 l'\u00e2me de tout le mouvement, c'\u00e9tait le premier geste lib\u00e9rateur, source lointaine des choix libres et des relations personnelles. Il vient donc prendre sa place le plus naturellement du monde aux origines de la r\u00e9v\u00e9lation biblique, laquelle pr\u00e9sente l'histoire divine de l'homme comme faite de lib\u00e9rations et de ruptures moyennant lesquelles l'homme {C}sauve{/}, c'est-\u00e0-dire, conquiert pleinement {C}sa personne{/}.
