{N}LE N\u00c9GEV{/}

Sur un plan strictement g\u00e9ographique et compte tenu des paysages, du climat et de l'hydrographie, la limite nord du N\u00e9gev se situerait tout au long de la s\u00e9rie de plaines qui s'\u00e9tendent entre Beersh\u00e9va et Arad. Cette r\u00e9gion semi-d\u00e9sertique, en forme de triangle, est limit\u00e9e \u00e0 l'Est par la vall\u00e9e de la Araba qui longe la fronti\u00e8re Isra\u00e9lo-Jordanienne, et \u00e0 l'ouest par la fronti\u00e8re artificielle avec l'Egypte.
Le N\u00e9gev tire son nom d'une racine h\u00e9bra\u00efque qui signifie : "ce qui est sec", mais dans l'Ancien Testament, il d\u00e9signe tout le sud de la Palestine : "le N\u00e9gev de Juda, le N\u00e9gev de Yerahmiel ou le N\u00e9gev des Q\u00e9nites" [1S_27,10] ou encore "le N\u00e9gev des Q\u00e9r\u00e9tiens", peuple apparent\u00e9 aux Philistins, "ou celui des Calebites" [1S_30,14]. Dans la Bible, cette r\u00e9gion aride s'\u00e9tend vers le nord jusqu'aux contreforts des collines d'H\u00e9bron. Dans sa partie nord, c'est le domaine du "midbar", terme h\u00e9breu qui d\u00e9signe une steppe o\u00f9 poussent quelques touffes de v\u00e9g\u00e9tation clairsem\u00e9e, et qui s\u00e9pare les zones cultivables des terres arides du d\u00e9sert.

{K}LES "MAKHTESH"{/}
Le Haut N\u00e9gev est une zone montagneuse qui occupe la partie centrale de ce secteur. Lorsque la d\u00e9rive de deux plaques tectoniques, \u00e0 savoir la plaque africaine et la plaque arabique a cr\u00e9\u00e9 le long couloir o\u00f9 se sont log\u00e9s le Jourdain et la mer Morte, tout ce secteur s'est trouv\u00e9 comprim\u00e9, les terrains se sont pliss\u00e9s, et par les failles qui se multipliaient les eaux et le vent ont fait leur travail d'\u00e9rosion, ouvrant de vastes cuvettes ou se logeaient des lacs. Les couches g\u00e9ologiques plus anciennes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes, offrant au regard des surfaces multicolores aux couleurs changeantes, d\u00e9serts de sable, de gypse ou de calcaire, for\u00eats p\u00e9trifi\u00e9es ou murs de rochers constell\u00e9s de fossiles.
Ici la louange du psaume prend un relief nouveau_:
{C}"C'est un Dieu grand que l'Eternel, un Roi grand par-dessus les cieux ; en sa main sont les creux de la terre et les hauts des montagnes sont \u00e0 lui".{/} [Ps_95,3] - [Ps_95,4]

{K}UN DESERT HABITE{/}
Cependant, bien avant l'\u00e9poque des patriarches, des bergers nomades vivaient dans ce d\u00e9sert. Au sommet du mont Harif, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re \u00e9gyptienne, on a trouv\u00e9 des traces d'habitat du 8\u00e8me_mill\u00e9naire : des tertres fun\u00e9raires entour\u00e9s de pierres, des outils de silex et des huttes qu'utilissient des clans vivant encore de cueillette et de chasse. Pour prendre l'antilope, ces hommes du n\u00e9olithique utilisaient des pi\u00e8ges selon le principe de la nasse, une impasse, bord\u00e9e de murets lat\u00e9raux se rapprochant l'un de l'autre en m\u00eame temps qu'ils s'\u00e9l\u00e8vent, et se terminant par une fosse, qui ne laissait aucune \u00e9chappatoire \u00e0 l'animal affol\u00e9. On en a retrouv\u00e9 dans la r\u00e9gion d'Eilat.
C'est aux 3\u00e8me_et 2\u00e8me_mill\u00e9naires av.J.C. que des villages de bergers et d'agriculteurs apparaissent le long des oueds. Des constructions avec un pilier central supportant le toit de la pi\u00e8ce unique avoisinent des enclos pour le b\u00e9tail.

{K}LES ROIS SURVEILLENT LEUR FRONTIERE{/} 
D\u00e8s les premi\u00e8res heures de la monarchie, on entreprit la construction de fortins le long de la fronti\u00e8re sud du royaume. La distance qui s\u00e9parait ces fortins les uns des autres leur permettait de communiquer par signaux. IIs r\u00e9pondent \u00e0 une triple vocation : 
- la protection des sources, puits et citernes_: l'eau \u00e9tant toujours dans le d\u00e9sert, le bien le plus pr\u00e9cieux et le plus convoit\u00e9.
- le souci du d\u00e9veloppement agricole qui animait Salomon, puis Ozias, roi de Juda (781-740 av. J.C.) qui {C}construisit des tours dans le d\u00e9sert et creusa de nombreuses citernes... il avait en effet le go\u00fbt de l'agriculture{/} [2Ch_26,10].
- la surveillance des routes qui traversaient le N\u00e9gev. 
Ces implantations furent d\u00e9truites pour la plupart par le Pharaon Sheshonq qui, apr\u00e8s la mort de Salomon, vers 925 av.J.C., mena campagne contre le royaume de Juda. La fronti\u00e8re, qui, du sud de la Mer Morte, rejoignait Qadesh Barn\u00e9a, en passant par le d\u00e9sert de Tsin et Avdat, fut repouss\u00e9e vers le nord, le long du bassin de Beersh\u00e9va. D'autres disparurent plus tard avec l'invasion du royaume de Juda par Sennach\u00e9rib (701), et alors les derniers sites fortifi\u00e9s du N\u00e9gev furent d\u00e9finitivement abandonn\u00e9s. 
Il n'y eut plus d'habitation permanente dans le N\u00e9gev jusqu'\u00e0 l'arriv\u00e9e des Nabat\u00e9ens, \u00e0 la fin du 4\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C.

{K}- (TELL) ARAD{/}
Sur une modeste colline, \u00e0 sept kilom\u00e8tres \u00e0 l'ouest de la ville actuelle d'Arad, dans l'environnement semi-d\u00e9sertique du nord du N\u00e9gev, se d\u00e9tachent des ruines impressionnantes, visibles de loin, \u00e0 tel point que la tradition b\u00e9douine leur a donn\u00e9le nom Tell Arad : en arabe, {C}la colline-fortin{/}. Les remparts appartiennent \u00e0 une ancienne forteresse isra\u00e9lite qui couronne la colline, et domine l'antique cit\u00e9 canan\u00e9enne. Deux villes fort diff\u00e9rentes se partagent en effet le site. En bas c'est la cit\u00e9 canan\u00e9enne datant de pr\u00e8s de cinq mille ans_; sur la hauteur, une sorte de bastide de l'\u00e9poque royale, plusieurs fois r\u00e9occup\u00e9e dans la suite des \u00e2ges.
Entre la ville basse de l'\u00e9poque du Bronze ancien (2900-2650 av.J.C.), et la ville haute du 10\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C., 1800 ans environ s'\u00e9couleront, pendant lesquels le site sera abandonn\u00e9. Aux temps o\u00f9 progressait la civilisation et les cit\u00e9s se d\u00e9veloppaient dans tout le Proche Orient, l'arriv\u00e9e des Isra\u00e9lites a marqu\u00e9 un recul, \u00e0 la diff\u00e9rence_: c'est le moment de rappeler que l'originalit\u00e9 du peuple d'Isra\u00ebl se situe ailleurs.

{K}LA GRANDE CITE DU BRONZE ANCIEN{/}
La cit\u00e9 fortifi\u00e9e de 10 hectares, qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 un village de pasteurs, a pu abriter dans ses murs une population de pr\u00e8s de 5000 habitants. Un mur de pierres de 2m 40 d'\u00e9paisseur suivait la ligne de cr\u00eate qui borde la cuvette naturelle au centre de laquelle se trouve la r\u00e9serve d'eau. On assurait de l\u00e0 le contr\u00f4le des voies de passage depuis la Jud\u00e9e et les collines d'H\u00e9bron, vers le N\u00e9gev et la Araba. Des ruelles \u00e9troites quadrillaient la cit\u00e9 \u00e0 partir du point d'eau. 
De grands b\u00e2timents publics d'\u00e9poque canan\u00e9enne, sont attribu\u00e9s, selon leur importance, \u00e0 un pr\u00e9fet, \u00e0 un gouverneur ou \u00e0 un roi. La Bible mentionne bien {C}le roi d'Arad{/} en [Jos_12,14] dans sa liste des cit\u00e9s vaincues par les Isra\u00e9lites sous la houlette de Josu\u00e9.
Un de ces b\u00e2timents publics s'ouvrait sur le march\u00e9, au niveau de la porte occidentale, une ouverture de ville qui semble encore bien \u00e9troite, mais qui suffisait \u00e0 laisser passer les chariots tir\u00e9s par des \u00e2nes ou des boeufs, domestiqu\u00e9s depuis peu.
Une activit\u00e9 \u00e9conomique diversifi\u00e9e assura la prosp\u00e9rit\u00e9 de la cit\u00e9, agricole, artisanale, m\u00e9tallurgique. La cit\u00e9 d'Arad devint un centre important du commerce du cuivre. Elle participait au d\u00e9veloppement des mines de cuivre du sud du Sina\u00ef et pouvait ainsi en contr\u00f4ler les ressources, qui \u00e9taient envoy\u00e9es en Palestine du sud, en \u00e9change d'autres produits, comme le bitume et le sel de la Mer morte. Les relations commerciales par les pistes, comme par voie de mer, avec l'Egypte constitu\u00e8rent une source de richesse pour ces cit\u00e9s-\u00e9tats de Palestine.

{K}LE COMPLEXE RELIGIEUX{/}
Une enceinte sacr\u00e9e d\u00e9limitait ce complexe qui o\u00f9 s'\u00e9levaient deux temples jumel\u00e9s dont la grande salle, tourn\u00e9e vers l'est, s'ouvrait sur une cour. Dans la cour du temple nord, on trouve une cuve et un tr\u00e8s bel autel de pierres non taill\u00e9es. Peut-\u00eatre cet autel n'\u00e9tait-il \u00e0 l'\u00e9poque qu'une simple table d'offrandes o\u00f9 l'on d\u00e9posait les pr\u00e9mices des r\u00e9coltes, pour s'assurer les b\u00e9n\u00e9dictions de quelque divinit\u00e9 de la nature. On voit sur une st\u00e8le de pierre deux silhouettes humaines, bras tendus et doigts \u00e9cart\u00e9s, avec pour t\u00eate, un \u00e9pi de bl\u00e9. 
La salle du \u00ab_temple_\u00bb m\u00e9ridional, \u00e9tait entour\u00e9e de banquettes_: \u00e0 l'une de ses extr\u00e9mit\u00e9s on avait "dress\u00e9" une pierre. Les banquettes servaient-elles \u00e0 d\u00e9poser les offrandes_? Appartenaient-elles \u00e0 un r\u00e9fectoire destin\u00e9 aux repas sacr\u00e9s, o\u00f9 l'on {C}mangeait devant Dieu{/}_[Dt_12,7]_? Cette pratique des "{N}sacrifices{/} de communion" que nous voyons plus tard en usage dans le sanctuaire isra\u00e9lite de Silo [1S_1,4] - [1S_1,9] et que la Loi r\u00e8glemente serait donc solidement enracin\u00e9e dans les coutumes anciennes. Ainsi se pr\u00e9parait dans les myst\u00e9rieux desseins de Dieu le jour o\u00f9 l'homme entendrait cette parole_: {C}prenez et mangez, ceci est mon corps, prenez et buvez, ceci est mon sang, le sang de l'alliance nouvelle et \u00e9ternelle{/}.
Cette ville est d\u00e9truite et abandonn\u00e9e d\u00e9finitivement, vers 2650 av.J.C., par suite d'un cataclysme ou d'une \u00e9pid\u00e9mie.

{K}UN VILLAGE DE QUENITES{/} 
A la p\u00e9riode des Juges, un village fortifi\u00e9 s'est d\u00e9velopp\u00e9 sur la hauteur non loin de l\u00e0 autour d'un espace sacr\u00e9, dall\u00e9 o\u00f9 se dressait un autel carr\u00e9. C'\u00e9tait le haut-lieu des familles de Qu\u00e9nites install\u00e9s dans la r\u00e9gion comme le laisse entendre ce verset du livre des Juges_: {C}Les fils de Hobab le Qu\u00e9nite, beau-fr\u00e8re de Mo\u00efse, mont\u00e8rent avec les fils de Juda, de la Ville des Palmiers jusqu\u00b4au d\u00e9sert de Juda, au sud d\u00b4Arad{/} [Jg_1,16]. Des clans entiers de Madianites et de Qu\u00e9nites vont ainsi se fixer sur la limite sud du pays_: ils feront partie de la tribu de Juda.

{K}LA FORTERESSE ROYALE{/}
Ce village est remplac\u00e9, \u00e0 l'\u00e9poque de Salomon, par une forteresse carr\u00e9e. Elle devint rapidement une place forte administrative et militaire qui gardait la route vers les pays de Moab, d'Edom, comme vers la Araba. Un sanctuaire isra\u00e9lite occupe alors l'angle nord ouest de la citadelle, mais le Pharaon Sheshonq les d\u00e9truit l'un et l'autre lors de sa campagne en Palestine vers 925. 
Une nouvelle forteresse est construite au 9\u00e8me_si\u00e8cle. L'eau qui alimentait les citernes creus\u00e9es dans le roc, provenait du puits creus\u00e9 dans l'ancien r\u00e9servoir canan\u00e9en. Elle \u00e9tait remont\u00e9e \u00e0 dos d'\u00e2nes jusqu'\u00e0 la forteresse. Les nombreux ostraca trouv\u00e9s sur place montrent qu'Arad faisait fonction de march\u00e9 important au coeur d'une r\u00e9gion agricole. Elle distribuait la production locale et servait de d\u00e9bouch\u00e9 pour H\u00e9bron. Elle ravitaillait en farine, huile et vin, les mercenaires de l'arm\u00e9e jud\u00e9enne, qui patrouillaient pour emp\u00eacher les incursions des nomades, et des Edomites. 
Apr\u00e8s la captivit\u00e9 \u00e0 Babylone, les Perses et les successeurs d'Alexandre, les Romains enfin, \u00e9tabliront sur la colline leurs forteresses. 

{K}LE TEMPLE ISRAELITE{/}
La forteresse d'Arad contenait le seul sanctuaire provincial d\u00e9couvert jusqu'\u00e0 ce jour en Juda_; il \u00e9tait orient\u00e9 vers l'Est comme le Temple de J\u00e9rusalem et comportait une cour, une grande pi\u00e8ce et le saint des Saints. Au milieu de la grande cour, l'autel des holocaustes en pierres non taill\u00e9es est conforme aux normes \u00e9dict\u00e9es dans le Livre de l'Exode [Ex_20,25]. L'entr\u00e9e du Saint des Saints \u00e9tait flanqu\u00e9e de deux autels \u00e0 parfum de dimensions diff\u00e9rentes, qui faisaient face aux deux "massebot", dont la plus grande \u00e9tait teint\u00e9e de rouge. Ces deux pierres dress\u00e9es de taille in\u00e9gale, pourraient symboliser le Dieu d'Isra\u00ebl et son "ash\u00e9ra", pieu (ou arbre sacr\u00e9) symbolisant le don divin de la vie et de la fertilit\u00e9. 
Au cours des fouilles enfin, on a retrouv\u00e9 des ostraca qui portent le nom de familles sacerdotales attach\u00e9es au temple d'Arad, et connues de la Bible, ainsi Pashehur [Jr_20,1] - [Jr_20,6] et Mer\u00e9mot [Ne_12,3]. 

{K}LA DESTRUCTION DU TEMPLE D'ARAD ET LA REFORME DE JOSIAS{/}
Au d\u00e9but du 8\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C., le roi Ez\u00e9chias, encore sous le choc de l'an\u00e9antissement du royaume du Nord par l'Assyrie, regard\u00e9 comme le ch\u00e2timent de son infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l'Alliance, {C}supprima les hauts lieux, brisa les st\u00e8les et coupa les pieux sacr\u00e9s{/} [2R_18,4]; \u00e0 Arad, il fit d\u00e9truire l'autel des holocaustes. Il amor\u00e7ait ainsi une r\u00e9forme que poursuivra le roi Josias entre 640 et 609 avant J.C. 
Profitant de l'affaiblissement de l'Assyrie, il s'inspire directement des chapitres les plus anciens du Deut\u00e9ronome, retrouv\u00e9s dans le Temple de J\u00e9rusalem en 622, pour mener \u00e0 bien son projet politique et religieux, qui se r\u00e9sume dans cette formule tripartite_: un seul Dieu, un seul peuple, un seul sanctuaire. Il lui faut pour ce faire d\u00e9truire les sanctuaires de province. C'est ainsi que fut supprim\u00e9 et d\u00e9truit le sanctuaire d'Arad.


{K}- BEERSHEVA{/}
Aujourd'hui capitale de tout le district sud d'Isra\u00ebl, Beersh\u00e9va \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la principale ville du N\u00e9gev dans l'antiquit\u00e9. Dans la tradition biblique, Beersh\u00e9va est indissolublement li\u00e9e \u00e0 l'histoire des patriarches. Abraham, Isaac et Jacob passeront \u00e0 Beersh\u00e9va et l\u00e0, ils invoqueront le Dieu Unique.
A l'est de la ville moderne, le site biblique de Tell Sheva est un bel exemple architectural d'une petite cit\u00e9 isra\u00e9lite-type, telle qu'elle avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue aux temps de la monarchie unifi\u00e9e, environ un mill\u00e9naire avant l'\u00e8re chr\u00e9tienne. La d\u00e9couverte la plus \u00e9tonnante fut celle d'un autel \u00e0 cornes qui appartenait curieusement au temple de la cit\u00e9 isra\u00e9lite.
D\u00e8s le 4\u00e8me mill\u00e9naire des nomades, puis des pasteurs sont venus s'implanter dans le bassin du wadi Sheva, attir\u00e9s par une terre vierge et fertile. Dans cette zone semi-d\u00e9sertique, o\u00f9 les pr\u00e9cipitations annuelles sont inf\u00e9rieures \u00e0 200_mm, les terres cultivables leur permirent de d\u00e9velopper des cultures vivri\u00e8res, bl\u00e9, orge et lentilles. Pour faire face au probl\u00e8me de l'eau tout au long de l'ann\u00e9e, ils creus\u00e8rent des puits peu profonds dans les lits des oueds. Cette population, pastorale et agricole, s'installa dans de petits villages souterrains, r\u00e9partis autour des cours d'eau, comme \u00e0 Beersh\u00e9va ; cependant certains s'adonnaient \u00e0 des activit\u00e9s de caract\u00e8re industriel. Aux portes de Beersh\u00e9va on a retrouv\u00e9 un atelier dans lequel les artisans locaux fa\u00e7onnaient l'ivoire import\u00e9 d'Asie ou d'Afrique, tandis que, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u00e0, \u00e0 Abou Matar on s'\u00e9tait sp\u00e9cialis\u00e9 dans la m\u00e9tallurgie du cuivre, extrait des filons de la Araba, d'autres enfin, toujours dans les abords imm\u00e9diats de Beersh\u00e9va, travaillaient la turquoise et les coquillages d'eau douce import\u00e9s d'Egypte.
Les maisons souterraines prot\u00e9geaient des vents de sable et des variations importantes de temp\u00e9rature entre le jour et la nuit. Les premi\u00e8res habitations reproduisaient la technique de creusement des puits avec une courette en forme de cuvette et une chambre souterraine entour\u00e9es d'un silo et de bassins peu profonds. Puis les maisons s'enfonc\u00e8rent au-del\u00e0 de la couche de limon et form\u00e8rent une sorte de galerie souterraine avec de petites chambres ovales en enfilade, reli\u00e9es par un tunnel. Enfin, on utilisa des briques crues et les galets des oueds pour construire des habitations circulaires semi-enterr\u00e9es, avant d'en arriver aux r\u00e9alisations de surface. Le site de Beersh\u00e9va fut abandonn\u00e9 vers 3300 av.J.C. pour des raisons qui n'ont pu \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es.

{K}UNE ETAPE SUR LA ROUTE DES PATRIARCHES{/} 
Les trois grands patriarches, porteurs de la promesse de la terre, Abraham, Isaac et Jacob, feront halte \u00e0 Beersh\u00e9va sur leur route d'\u00e9migrants. Selon la Gen\u00e8se tous les trois sont venus dans la r\u00e9gion pour y adorer le Dieu Unique, mais nous savons que ce regroupement familial a pour but de souligner l'unit\u00e9 des tribus : en fait la geste d'Abraham se situe dans la r\u00e9gion d'H\u00e9bron, celle de Jacob en Transjordanie.
La querelle \u00e0 propos des puits entre Guerar et Beersh\u00e9va pr\u00e9sente un exemple int\u00e9ressant de divergence et de fusion entre plusieurs traditions anciennes. Une double \u00e9tymologie est propos\u00e9e pour expliquer le nom de Beersh\u00e9ba_:
{C}Abraham mit de c\u00f4t\u00e9 sept brebis. Abim\u00e9lek lui demanda donc_: \u00ab_Pourquoi as-tu mis ces sept brebis de c\u00f4t\u00e9_?_\u00bb Abraham r\u00e9pondit_: \u00ab_C\u00b4est pour que tu acceptes de ma main ces sept brebis et qu\u00b4elles soient un t\u00e9moignage que c\u00b4est bien moi qui ai creus\u00e9 ce puits._\u00bb C\u00b4est pourquoi on a appel\u00e9 cet endroit Bersab\u00e9e{/} (c\u00b4est-\u00e0-dire_: Puits des Sept ou encore_: Puits du Serment){C}, car c\u00b4est l\u00e0 qu\u00b4ils avaient tous les deux pr\u00eat\u00e9 serment{/} [Gn_21,27] - [Gn_21,31]
Mais au Ch 26 il ne sera plus fait mention que du "Serment"_: 
{C}Il appela le puits_: Sab\u00e9{/} (c\u00b4est-\u00e0-dire_: Serment){C}_; c\u00b4est pour cela que la ville s\u00b4est appel\u00e9e Bersab\u00e9e{/} (Puits du Serment){C} jusqu\u00b4\u00e0 ce jour{/} [Gn_26,26] - [Gn_26,33])

{K}LES PATRIARCHES A BEERSHEVA{/}
En arrivant en Canaan, Abraham rencontre un univers religieux domin\u00e9 par El Olam, c'est-\u00e0-dire Dieu \u00e9ternel [Gn_21,33]; non pas que l'on y adore un dieu unique, mais il est le dieu supr\u00eame qui domine tous les autres, li\u00e9 au sanctuaire canan\u00e9en de Beersh\u00e9va. Abraham donne sa foi et sa confiance au Dieu qui l'appelle, sans encore bien comprendre qui il est et ce qu'il attend de lui, mais en percevant d\u00e9j\u00e0 qu'il est le Dieu vivant, le Dieu personnel qui veut \u00e9tablir avec l'homme une relation vraie.
Si le nom d'Abraham et les traditions qui le concernent sont associ\u00e9s plus particuli\u00e8rement au lieu saint d'H\u00e9bron-Mambr\u00e9, Beersh\u00e9va est le point d'attache des tribus li\u00e9es \u00e0 Isaac_: c'est l\u00e0 que Dieu lui renouvelle la promesse. 
{C}Je suis le Dieu d'Abraham, ton p\u00e8re. N'aie pas peur, je suis avec toi, je te b\u00e9nirai et je multiplierai ta descendance \u00e0 cause d'Abraham, mon serviteur." Il construisit l\u00e0 un autel et invoqua le nom de l'Eternel. Il dressa l\u00e0 sa tente.{/} [Gn_26,23] - [Gn_26,25].
Dans le d\u00e9sert, qui ondule doucement au sud de la ville, Agar cherche refuge. Renvoy\u00e9e par la jalousie de Sarah, l'\u00e9pouse st\u00e9rile, la servante \u00e9gyptienne, est sauv\u00e9e par l'intervention de Dieu qui a entendu les pleurs de son fils Isma\u00ebl_; c'est lui qui sera l'anc\u00eatre des tribus de l'Arabie du Nord.
De m\u00eame Elie, le proph\u00e8te  {C}qui se leva comme un feu_{/} [Si_48,1] contre l'idol\u00e2trie d'Isra\u00ebl et qui fut poursuivi par la reine J\u00e9zabel pour avoir massacr\u00e9 les proph\u00e8tes de Baal sur le mont Carmel, se r\u00e9fugiera dans le d\u00e9sert de Beesheva. Alors que d\u00e9courag\u00e9, il s'\u00e9tait assis sous un gen\u00eat et souhaitait mourir, Elie fut nourri et r\u00e9confort\u00e9 par les anges, et repartit pour l'Horeb pour y rencontrer Dieu.

{K}TELL-SHEVA, LA CITE ISRAELITE{/}
On donna \u00e0 cette ville \u00e0 vocation administrative, commerciale et militaire, un plan g\u00e9n\u00e9ral qui sut harmoniser ces donn\u00e9es_et que l'on conserva pendant les quatre si\u00e8cles d'occupation du site. 
Une rue circulaire longeait les fortifications dans lesquelles s'ins\u00e9raient des maisons. Quelques maisons typiquement isra\u00e9lites comprenaient quatre pi\u00e8ces_; dans les cours on a retrouv\u00e9 des fours en argile, des meules \u00e0 grains en basalte et des cuves doubles, toutes simples et peu profondes qui devaient servir de pressoirs \u00e0 vin. Pr\u00e8s de la porte de ville, trois magasins royaux \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 entreposer les c\u00e9r\u00e9ales, l'huile et le vin. 

{K}UN AUTEL ENIGMATIQUE{/} 
Parmi les pierres qui avaient servi \u00e0 construire les magasins, on d\u00e9couvrit des blocs bien travaill\u00e9s qui une fois assembl\u00e9s et remont\u00e9s constituaient un autel \u00e0 cornes. La pr\u00e9sence de cet autel au sein m\u00eame d'une cit\u00e9 royale isra\u00e9lite r\u00e9v\u00e9lait la permanence des hauts-lieux de province et confirmait que l'unit\u00e9 de sanctuaire du Dieu Unique n'avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e que lors de la r\u00e9forme de Josias, comme on peut le constater \u00e9galement \u00e0 Tell Arad. Par les invectives d'Amos, ce proph\u00e8te jud\u00e9en qui exer\u00e7a son minist\u00e8re dans le royaume du Nord au milieu du 8\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C., on apprend que le culte c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les sanctuaires de province \u00e9tait bien ambigu et que les divinit\u00e9s pa\u00efennes, les Baals, y \u00e9taient honor\u00e9s en m\u00eame temps que Yahv\u00e9, le Dieu d'Isra\u00ebl.
{C}"Ainsi parleYahv\u00e9 \u00e0 la maison d'Isra\u00ebl : Cherchez-moi et vous vivrez. Mais ne cherchez pas \u00e0 Bethel, n'allez pas \u00e0 Gilgal, ne passez pas \u00e0 Beersh\u00e9va... Cherchez Yahv\u00e9 et vous vivrez, de peur qu'il ne fonde comme un feu sur la maison de Joseph"{/} [Am_5,4] - [Am_5,6]{C}.{/}
Ainsi, les Isra\u00e9lites du royaume du Nord n'h\u00e9sitaient pas \u00e0 traverser tout le pays de Juda et \u00e0 descendre en p\u00e8lerinage jusqu'aux confins du N\u00e9gev, pour sacrifier \u00e0 Beersh\u00e9va aux traditions particuli\u00e8res et toujours bien vivantes du Dieu d'Isaac. Mais ces sanctuaires sont pervertis, et le proph\u00e8te les promet \u00e0 la ruine, pire encore, {C}ceux qui disent_: Vive ton Dieu Dan et vive le chemin de Beersh\u00e9va, ceux-l\u00e0 tomberont pour ne plus se relever{/} [Am_8,14].
L'autel \u00e0 cornes de Beersh\u00e9va ne r\u00e9sista pas \u00e0 la r\u00e9forme religieuse d'Ez\u00e9chias vers 715. La cit\u00e9 royale fut d\u00e9truite quelques ann\u00e9es plus tard par Sennach\u00e9rib_; seules les ruines t\u00e9moignent de sa splendeur pass\u00e9e. {N}


{C}- EINGEDDI{/}
Situ\u00e9e entre les rives de la mer Morte, br\u00fbl\u00e9e par le soleil une grande partie de l'ann\u00e9e, et l'\u00e9tendue aride du d\u00e9sert de Juda, l'oasis d'Ein Geddi appara\u00eet comme un paradis naturel de fra\u00eecheur gr\u00e2ce \u00e0 sa source permanente. Elle est sans cesse fr\u00e9missante de vie avec sa faune partout pr\u00e9sente, oiseaux aux mille couleurs, damans prenant leur bain de soleil au creux des rochers, gazelles et bouquetins montant la garde sur les cr\u00eates des falaises escarp\u00e9es.
La source d'Ein Geddi (en h\u00e9breu : la source du chevreau), domine la mer Morte de 200_m\u00e8tres, au milieu d'une v\u00e9g\u00e9tation luxuriante. A la vue de l'eau jaillissant en cascades successives, les versets du psaume remontent spontan\u00e9ment au coeur et aux l\u00e8vres du croyant :
{C}"Comme la biche aspire aux eaux vives,
mon \u00e2me aspire \u00e0 toi, mon Dieu. 
Mon \u00e2me a soif de Dieu, du Dieu vivant"{/} [Ps_42,2] - [Ps_42,3].
Le Cantique [Ct_1,14], [Ez_47,10] et [Si_24,14] \u00e9voqueront ce paradis. Par contre les noms des montagnes, des canyons, des vallons et des sources alentour, \u00e9voquent l'histoire de Sa\u00fcl et de David_: qui n'a pas souvenir de ce passage o\u00f9 l'auteur du livre de Samuel nous fait pressentir l'ascension irr\u00e9sistible de David_? [1S_24,1]


{K}- MASSADA{/}
Massada et son histoire tiennent de la l\u00e9gende. Une forteresse vertigineuse occupe les huit hectares d'un petit plateau rocheux aux pentes abruptes qui le rendent pratiquement inaccessible.
H\u00e9rode le Grand, le roi b\u00e2tisseur qui aimait implanter ses r\u00e9sidences-forteresses sur les hauteurs dominant l'\u00e9tendue d\u00e9sol\u00e9e du d\u00e9sert, rep\u00e9ra ce nid d'aigle et y \u00e9difia un ensemble architectural aussi raffin\u00e9 que somptueux qu'il entoura de solides fortifications.
L'histoire tragique du suicide collectif des 960 occupants de la forteresse, assi\u00e9g\u00e9s par l'arm\u00e9e romaine lors de la premi\u00e8re r\u00e9volte juive, a \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9e par Flavius Jos\u00e8phe, seul historien \u00e0 rapporter le r\u00e9cit poignant de cette trag\u00e9die (mai 73) dans sa "Guerre des Juifs". Massada fut alors le dernier bastion de la r\u00e9sistance juive contre les Romains, apr\u00e8s la chute de l'H\u00e9rodium et de Mach\u00e9ronte.

{K}- HERODE-LE-GRAND A MASSADA{/}
Les partisans de l'occupant romain cherchaient \u00e0 refouler au coeur de l'Asie les Parthes, auxquels Antigone avait demand\u00e9 assistance pour s'approprier le tr\u00f4ne de Jud\u00e9e. Mais voici que les Parthes s'emparent de J\u00e9rusalem et couronnent Antigone. H\u00e9rode doit s'enfuir et d\u00e9cide de mettre sa famille en lieu s\u00fbr. Il traverse le d\u00e9sert de Juda et installe \u00e0 Massada sa fianc\u00e9e, sa m\u00e8re, son fr\u00e8re et sa soeur, ainsi qu'une garnison de 800 hommes. Il y laisse sa famille pour deux ans, pendant lesquels Antigone tente en vain de s'emparer de la place. De retour de Rome o\u00f9 il est all\u00e9 chercher un appui pour acc\u00e9der \u00e0 la royaut\u00e9, H\u00e9rode d\u00e9cide d'utiliser le site, \u00e0 la fois comme place forte, et comme retraite en cas de danger : une r\u00e9volte juive est en effet toujours possible, comme la menace de voir la belle et ambitieuse Cl\u00e9\u00f4patre usurper son royaume. Il fait donc am\u00e9nager la plate-forme rocheuse en citadelle doubl\u00e9e d'une somptueuse r\u00e9sidence.

{K}LA FORTERESSE HERODIENNE{/}
Soucieux de sa s\u00e9curit\u00e9, H\u00e9rode reprend les anciennes fortifications asmon\u00e9ennes qui ceinturaient le p\u00e9rim\u00e8tre rocheux et construit un large mur \u00e0 casemates, renforc\u00e9 de 110 tours et perc\u00e9 de 3 ouvertures. Le "sentier du serpent" aboutissait \u00e0 la porte est d'o\u00f9 l'on d\u00e9couvre le paysage fascinant de la Mer Morte ainsi que les monts de Moab. La porte ouest \u00e9tait d'acc\u00e8s plus facile, on y montait par un large escalier. Enfin, la porte des eaux donnait sur les citernes.
Perch\u00e9 sur un \u00e9peron vertigineux qui surplombe l'escarpement vertical de la falaise, le palais nord s'\u00e9tage sur trois terrasses naturelles superpos\u00e9es. L'endroit est remarquablement orient\u00e9, id\u00e9al pour jouir de l'ombre de la falaise et de la brise du nord, lors des chaleurs \u00e9prouvantes en cette zone d\u00e9sertique.
La terrasse sup\u00e9rieure, plate-forme circulaire avec b\u00e2timent de quatre pi\u00e8ces pav\u00e9es, dispos\u00e9es autour d'une cour, constituait la r\u00e9sidence royale. Les terrasses inf\u00e9rieures \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux invit\u00e9s de marque.  Le palais inf\u00e9rieur comprenait des thermes romains priv\u00e9s. On ne voyait partout que pavements de mosa\u00efque blanche et noire, colonnes et murs d\u00e9cor\u00e9s de fresques ou de peintures sur pl\u00e2tre imitant le marbre. 
H\u00e9rode, qui avait pris go\u00fbt aux moeurs romaines, fit construire au niveau sup\u00e9rieur et attenant \u00e0 son palais, de grandes thermes sur le mod\u00e8le classique des bains romains : un apodyterium ou vestiaire pav\u00e9 de mosa\u00efque, un frigidarium (bain froid), un tepidarium (bain ti\u00e8de) et un caldarium (bain chaud.
Des entrep\u00f4ts immenses avaient \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s dans l'\u00e9ventualit\u00e9 d'un si\u00e8ge_; on pouvait y stocker dans des jarres l'huile, la farine, le vin, les dattes, ls olives, ...
R\u00e9utilisant un b\u00e2timent h\u00e9rodien \u00e0 double rang\u00e9e de colonnes, les r\u00e9sistants juifs am\u00e9nag\u00e8rent une synagogue, orient\u00e9e vers J\u00e9rusalem et munie de bancs de pierre qui couraient le long des murs.
Une vaste piscine et une grande citerne occupaient la partie sud, mais ce sont principalement les douze grands r\u00e9servoirs, creus\u00e9s dans le roc, sur le flanc nord-ouest de la falaise qui assuraient les besoins en eau de la population. Dans cette r\u00e9gion d\u00e9sertique d\u00e9pourvue de sources, et o\u00f9 les pr\u00e9cipitations sont tr\u00e8s faibles, il fallut exploiter les crues saisonni\u00e8res des oueds, en construisant des barrages et en acheminant l'eau dans des jarres port\u00e9es \u00e0 dos de cheval vers ces citernes ext\u00e9rieures. L'eau \u00e9tait ensuite ramen\u00e9e \u00e0 l'int\u00e9rieur de la citadelle.
A la mort d'H\u00e9rode, Massada fut probablement abandonn\u00e9 puis occup\u00e9 par une garnison romaine. Elle en fut chass\u00e9e en 66 ap.J.C. par quelques centaines de Juifs qui, une fois ma\u00eetres de la place, oppos\u00e8rent \u00e0 l'occupant une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque.

{K}ZELOTES ET SICAIRES{/}
Quels sont ces valeureux combattants qui tinrent t\u00eate \u00e0 l'assaillant, retranch\u00e9s derri\u00e8re les murs de la forteresse dans laquelle ils p\u00e9rirent tous volontairement, si l'on en croit les r\u00e9cits de Flavius Jos\u00e8phe, plut\u00f4t que de se rendre \u00e0 l'ennemi ? D'abord appel\u00e9s "sicaires", bandits ou poignardeurs, parce qu'arm\u00e9s d'une "sica", petite \u00e9p\u00e9e \u00e0 lame recourb\u00e9e, Flavius Jos\u00e8phe ne les nomma "z\u00e9lotes"qu'\u00e0 partir de 66, au d\u00e9but de l'insurrection juive. Z\u00e9lotes et sicaires partageaient les m\u00eames convictions sur la saintet\u00e9 du Temple, la soumission \u00e0 la Loi, et la m\u00eame intransigeance envers tout ce qui pouvait souiller la terre donn\u00e9e par Dieu \u00e0 leurs anc\u00eatres. Mais les z\u00e9lotes, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 1er_si\u00e8cle de notre \u00e8re, ne semblent pas avoir pratiqu\u00e9 de r\u00e9sistance arm\u00e9e contre les Romains. Leur action \u00e9tait surtout dirig\u00e9e contre les Juifs "h\u00e9r\u00e9tiques" qui se montraient infid\u00e8les \u00e0 la loi de Mo\u00efse. Ils ne form\u00e8rent jamais un groupe de r\u00e9sistance organis\u00e9 et fanatique comme celui des sicaires, avec leur messianisme politique et nationaliste. Rassembl\u00e9s, apr\u00e8s la mort d'H\u00e9rode, autour de Judas le Galil\u00e9en qui, \u00e0 l'\u00e9poque du recensement, avait attir\u00e9 du monde \u00e0 sa suite [Ac_5,37], ils form\u00e8rent un groupe isol\u00e9, une sorte de communaut\u00e9 militaire qui s'\u00e9tablit \u00e0 Massada sous la conduite de deux chefs, M\u00e9nahem et El\u00e9azar ben Ya\u00efr. 
Ils rest\u00e8rent en marge du soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la nation juive, en attendant le jour o\u00f9 ils pourraient restaurer la dynastie h\u00e9r\u00e9ditaire asmon\u00e9enne et retrouver une royaut\u00e9 messianique \u00e0 dimension universelle. Saint Paul faillit \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 ces nationalistes violents et exalt\u00e9s lors de la sc\u00e8ne d'\u00e9meute qui entra\u00eena son arrestation au Temple de J\u00e9rusalem [Ac_21,38].
Lorsque J\u00e9rusalem fut prise et le Temple incendi\u00e9 en 70, les places fortes h\u00e9rodiennes tomb\u00e8rent les unes apr\u00e8s les autres_; Massada accueillit alors les survivants qui trouvaient l\u00e0 un refuge en m\u00eame temps qu'un groupe organis\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 poursuivre la lutte. 

{K}LES MANUSCRITS DE MASSADA{/}
Les occupants de la forteresse formaient une communaut\u00e9 religieuse de stricte observance, avec bains rituels et lieu de culte. On a retrouv\u00e9 sur les lieux des fragments de manuscrits de divers livres de la Bible. La d\u00e9couverte la plus int\u00e9ressante reste un rouleau du Siracide en h\u00e9breu, qui vient confirmer l'authenticit\u00e9 des manuscrits h\u00e9breux d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9s au Caire et \u00e0 Qumran. La pr\u00e9sence d'une \u00ab_R\u00e8gle des chants pour l'holocauste du sabbat_\u00bb, identique \u00e0 l'exemplaire d\u00e9couvert \u00e0 Qumran, prouve que des {N}Ess\u00e9niens{/}, apr\u00e8s la destruction de leurs b\u00e2timents, ont ralli\u00e9 les rebelles de Massada.

{K}LE SIEGE DE MASSADA{/}
En l'ann\u00e9e 73 la 10\u00e8me_l\u00e9gion romaine vint assi\u00e9ger la forteresse. Le temps \u00e9tait compt\u00e9 pour les Romains install\u00e9s au pied des falaises_: le climat exigeait que les op\u00e9rations de si\u00e8ge soient termin\u00e9es avant la saison chaude. Ils construisirent, en faisant travailler les Juifs captur\u00e9s lors de la prise de J\u00e9rusalem, huit camps retranch\u00e9s ; cinq d'entre eux \u00e9taient reli\u00e9s par une muraille de circonvallation qui entourait la masse rocheuse sur pr\u00e8s de 4 kms. Sur une \u00e9norme rampe de terre stabilis\u00e9e par des fagots, \u00e9lev\u00e9e sur la face ouest, furent mont\u00e9s une tour mobile et un b\u00e9lier, celui-l\u00e0 m\u00eame qui pratiqua une br\u00e8che, encore visible aujourd'hui, dans le mur d'enceinte de la forteresse. Des centaines de lourds boulets de pierre, lanc\u00e9s par les catapultes, accompagn\u00e8rent l'attaque romaine. Comme l'incendie s'attaquait d\u00e9j\u00e0 aux habitations, les assi\u00e9g\u00e9s d\u00e9cid\u00e8rent de se donner la mort. . Seules deux femmes \u00e9chapp\u00e8rent au suicide collectif et t\u00e9moign\u00e8rent de ces \u00e9v\u00e9nements tragiques_: telle est au moins la version des faits selon Flavius Josephe.


{K}- LA MER MORTE
L'EAU ET LE SEL{/}
La Mer Morte, aussi appel\u00e9e Mer de sel ou de la Araba, s'est log\u00e9e dans la d\u00e9pression du Ghor qui constitue l'extr\u00e9mit\u00e9 nord de la faille syro-africaine. Elle repr\u00e9sente le r\u00e9sidu du dernier grand lac qui a occup\u00e9 toute une partie du Ghor au cours d'une p\u00e9riode de pr\u00e8s de vingt mille ans. La baisse de la pluviom\u00e9trie, amorc\u00e9e il y a quarante mille ans environ a entra\u00een\u00e9 en raison d'une tr\u00e8s forte \u00e9vaporation une r\u00e9gression de ce lac et par l\u00e0 m\u00eame une augmentation constante de sa salinit\u00e9. En effet, les nombreux cours d'eau que re\u00e7oit la Mer Morte, comme le Jourdain, l'Arnon, le C\u00e9dron et beaucoup d'autres plus modestes, \u00e0 sec tout l'\u00e9t\u00e9, ne peuvent compenser l'\u00e9vaporation des eaux dans cette d\u00e9pression encaiss\u00e9e et surchauff\u00e9e_: de l\u00e0 un taux de salinit\u00e9 exceptionnel : 26 %, alors qu'il ne d\u00e9passe pas 3_\u00e0_5 % dans les mers libres du globe. 
Longue aujourd'hui de 76 kms et large en moyenne de 17 kms, la Mer Morte atteint la profondeur maximale de 392 m\u00e8tres dans le bassin nord, alors que dans le bassin sud le fond n'est qu'\u00e0 5_m\u00e8tres au dessous du niveau de l'eau. Dans ses eaux charg\u00e9es de bitume, de chlorures et de bromures, toute forme de vie est exclue. Le sel et l'asphalte ou bitume de Jud\u00e9e \u00e9taient les seules ressources naturelles exploit\u00e9es depuis l'antiquit\u00e9. Le bitume servait \u00e0 surmodeler et d\u00e9corer les cr\u00e2nes des morts d\u00e8s le 8\u00e8me_mill\u00e9naire. Les Nabat\u00e9ens transportaient le bitume en Egypte o\u00f9 on l'utilisait \u00e9galement l'\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 des coques de bateaux. Aujourd'hui, des usines de potasse, de bromure et de magn\u00e9sium se sont \u00e9tablies autour de l'actuelle Sodome, mais il ne reste aucune trace de l'antique ville biblique_!

{K}LA TRAGEDIE DE SODOME{/}
La montagne de Sodome, ou Djebel Ousdoum \u00e9norme bloc de sel recouvert de gypse et de calcaire, est creus\u00e9e de gigantesques carri\u00e8res. La poussi\u00e8re, le sable et le sel semblent avoir r\u00e9pandu sur la vall\u00e9e qui s\u00e9pare la montagne de Sodome des monts de Jud\u00e9e une mince couche blanche, et lorsque souffle le Khamsin, le vent du sud, irritant et dess\u00e9chant, les reliefs disparaissent sous l'ocre uniforme du sable, la mer prend une teinte glauque. Avec les \u00e9tranges silhouettes form\u00e9es par des concr\u00e9tions de sel, ce d\u00e9cor sid\u00e9ral a donn\u00e9 tout naturellement naissance \u00e0 l'histoire de Sodome. C'est l'illustration du jugement divin auquel sont soumis les peuples et les hommes_: {C}car les gens de Sodome \u00e9taient mauvais, de grands p\u00e9cheurs devant Yahv\u00e9{/} [Gn_13,13]. Ils ignoraient l'hospitalit\u00e9, rejetaient l'\u00e9tranger et pratiquaient la sodomie ; l'accent de cette tradition populaire portera d'ailleurs plus sur l'aspect social et collectif du p\u00e9ch\u00e9, sa forme de violence, que sur son aspect sexuel.
 L'intervention d'Abraham en faveur de la ville, donne lieu \u00e0 une admirable pri\u00e8re d'intercession o\u00f9 le respect de l'homme devant Yahv\u00e9 ne retire rien \u00e0 sa confiance in\u00e9branlable pour faire appel \u00e0 la justice de Dieu comme \u00e0 sa mis\u00e9ricorde. {C}Yahv\u00e9 se tenait encore debout devant Abraham._Abraham vint \u00e0 lui :{/} \u00ab_{C}Vraiment_! Vas-tu faire mourir le juste avec le m\u00e9chant_? Peut-\u00eatre y a-t-il cinquante justes dans la ville_: vas-tu d\u00e9truire et ne pas pardonner \u00e0 la ville \u00e0 cause de ces cinquante justes_? Tu ne peux pas agir de cette fa\u00e7on-l\u00e0_: faire mourir le juste avec le m\u00e9chant, traiter le juste comme le m\u00e9chant. Non_! Tu ne peux pas... _Yahv\u00e9 dit_:{/} {C}\u00ab Si je trouve cinquante justes parmi les habitants de Sodome, je pardonnerai \u00e0 toute la ville \u00e0 cause d'eux_\u00bb.{/}
Mais tous les habitants,sauf  Lot, \u00e9taient p\u00eacheurs, le ch\u00e2timent fut in\u00e9vitable,{C} alors Yahv\u00e9 fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu qui venaient du haut des cieux, de chez Yahv\u00e9. Il an\u00e9antit ces villes et toute la r\u00e9gion, ainsi que tous les habitants de ces villes et ce qui poussait sur le sol{/} [Gn_19,24] - [Gn_19,25]. 

{K}LA VISION DE L'EAU VIVE{/}
Dans le livre d'Ez\u00e9chiel, l'eau vive qui s'\u00e9coule du Temple de J\u00e9rusalem, descend vers la vall\u00e9e, elle devient fleuve, puis torrent d'eau vive qui suscite la f\u00e9condit\u00e9 et la vie au sein m\u00eame de cette mer, que l'on disait "morte". {C}D\u00e8s que ces eaux y arrivent, il y aura sant\u00e9 et vie partout o\u00f9 ces eaux parviendront. Les p\u00e9cheurs se tiendront sur la rive depuis Ein Geddi jusqu'\u00e0 Ein Eglayim : on y tendra des filets{/} [Ez_47,8] ,[Ez_47,12].


{K}- LES NABATEENS{/}
Ce peuple qui appara\u00eet dans l'histoire du Proche-Orient \u00e0 la fin du 4\u00e8me si\u00e8cle av.J.C., prendra pour un temps  une place de premier rang dans le grand commerce_: transport de la soie, des \u00e9pices et des aromates. Apr\u00e8s avoir parcouru longtemps les routes internationales de l'Orient avec leurs caravanes, gr\u00e2ce \u00e0 la domestication du chameau, et \u00e0 des relais \u00e9quip\u00e9s de vastes citernes dans des paysages semi-d\u00e9sertiques, ils seront cependant d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur monopole par la marine romaine et seront contraints de se reconvertir dans l'agriculture. Ayant, sous Trajan, perdu leur ind\u00e9pendance, ils seront d\u00e8s lors partie prenante des vicissitudes de Rome puis de Byzance, et plus particuli\u00e8rement de la province d'Arabie \u00e0 laquelle fut rattach\u00e9e cette r\u00e9gion du N\u00e9gev.
La domestication du chameau \u00e9tait chose faite, semble-t-il, \u00e0 la fin du 2\u00e8me_mill\u00e9naire av.J.C., mais les Nabat\u00e9ens surent mettre \u00e0 profit la capacit\u00e9 exceptionnelle de cet animal de survivre plusieurs jours sans nourriture et sans eau. D'autre part, en parfaits connaisseurs du N\u00e9gev et pass\u00e9s ma\u00eetres dans l'art des citernes, ils en jalonn\u00e8rent leurs pistes. Creus\u00e9es dans le sol en forme de cloche, minutieusement enduites, et dot\u00e9es d'un orifice \u00e9troit et bien dissimul\u00e9, ces citernes qui pouvaient contenir jusqu'\u00e0 3 ou 4.000 m\u00e8tres cubes d'eau garantissaient la vie et l'activit\u00e9 des Nabat\u00e9ens dans cette r\u00e9gion \u00e0 tr\u00e8s faible pluviom\u00e9trie. On les voit alors livrant le bitume de la Mer Morte en Egypte et transportant les perles du Golfe Persique.

{K}HEURS ET MALHEURS{/}
Bient\u00f4t ils s'assur\u00e8rent le monopole du commerce des \u00e9pices en provenance des Indes, de l'encens et de la myrrhe d'Arabie, et devinrent les transitaires en direction de l'Occident de la soie amen\u00e9e par les marchands chinois jusqu'aux fronti\u00e8res du royaume parthe d\u00e8s le 2\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C. sous le r\u00e8gne des Han. Au 3\u00e8me_si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, les convois arriv\u00e9s \u00e0 Petra, la capitale, empruntaient une piste qui, par Avdat et Elusa, arrivait \u00e0 Gaza, leur principal d\u00e9bouch\u00e9 portuaire sur la mer M\u00e9diterran\u00e9e. La piste pour rejoindre J\u00e9rusalem partait d'Eilat, longeait la Araba et passait ensuite par Mamshit et H\u00e9bron.
Cette activit\u00e9 commerciale fit au cours du second si\u00e8cle av.J.C. la fortune des Nabat\u00e9ens, qui profit\u00e8rent de la d\u00e9cadence des royaumes hell\u00e9nistiques pour s'organiser en \u00e9tat ind\u00e9pendant. Mais la mise \u00e0 sac de Gaza par Alexandre Jann\u00e9e dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle suivant porta un coup d'arr\u00eat \u00e0 cette prosp\u00e9rit\u00e9 qui ne revint qu'aux jours d'H\u00e9rode-le-Grand_: d\u00e9j\u00e0 son p\u00e8re, Antipater, agissant au nom de Hyrcan_II, avait pass\u00e9 des accords avec les Nabat\u00e9ens, lors de l'arriv\u00e9e de Pomp\u00e9e en Palestine, et ce fut chez eux qu'il se choisit son \u00e9pouse Kypros. Quand \u00e0 son tour H\u00e9rode devint ma\u00eetre du pays et put \u00e9tendre son autorit\u00e9 sur la plaine c\u00f4ti\u00e8re, il ne put qu'encourager les commer\u00e7ants qui faisaient transiter leurs marchandises par les ports de Gaza, de Raphia et de Rhinocolure_: les taxes per\u00e7ues \u00e0 cette occasion allaient \u00eatre les bien venues pour la r\u00e9alisation de son ambitieux programme de constructions.

{K}LES GRANDES CARAVANES{/} 
Il fallait assurer la protection de  ces caravanes_: plus on les menait loin, plus les dangers \u00e9taient grands et nombreux, convoit\u00e9es qu'elles \u00e9taient par les bandes de pillards incontr\u00f4l\u00e9es, d\u00e8s que l'on s'\u00e9loignait des r\u00e9gions hospitali\u00e8res. On passa donc rapidement de structures artisanales \u00e0 une organisation commerciale de grande envergure qui g\u00e9rait les caravanes ( hommes, b\u00eates et chargement pr\u00e9cieux), les escortes de gardes et les services divers n\u00e9cessaires \u00e0 l'approvisionnement des convois et \u00e0 l'\u00e9coulement des produits transport\u00e9s. Il fallut construire des relais, ces caravans\u00e9rails o\u00f9 l'on pouvait s'arr\u00eater pour passer la nuit en toute s\u00e9curit\u00e9, et les fortins pour surveiller les points d'eau qui jalonnent encore les routes du d\u00e9sert.
Ce syst\u00e8me \u00e9conomique, de type "capitaliste", fera longtemps la richesse du royaume nabat\u00e9en et de ses grandes familles. Pourtant l'heure du d\u00e9clin sonna. Au lendemain de sa victoire navale sur Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre \u00e0 Actium, Octave, tout puissant \u00e0 Rome, avait h\u00e9rit\u00e9 de l'Egypte. Il \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 la mettre en valeur, et pour cela \u00e0 reprendre aux Nabat\u00e9ens le commerce de l'orient. Quelques ann\u00e9es plus tard, sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re (14-37), un marin grec nomm\u00e9 Hippalos retrouva le rythme de la mousson_: cette d\u00e9couverte ouvrait \u00e0 Rome une nouvelle route maritime qui ruinait le commerce caravanier des Nabat\u00e9ens. 
Durant ce temps les relations entre la dynastie h\u00e9rodienne et les Nabat\u00e9ens se d\u00e9grad\u00e8rent consid\u00e9rablement_: le pr\u00e9texte, en fut la r\u00e9pudiation par H\u00e9rode Antipas de sa femme, fille du roi Ar\u00e9tas_IV. Le p\u00e8re, humili\u00e9, se mit en campagne contre le gendre ind\u00e9licat auquel il infligea une s\u00e9v\u00e8re correction et profita de l'occasion pour reprendre le nord de la Transjordanie qui lui avait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e par Auguste.


{K}- QADESH-BARNEA{/}
Je vous ai transmis ses paroles, mais vous ne m'avez pas \u00e9cout\u00e9. Vous avez r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l'ordre de Yahv\u00e9... C'est pourquoi vous avez d\u00fb demeurer \u00e0 Qadesh pour de longs jours {N}{/}[Dt_1,43] - [Dt_1,46].
{K}{/}Qadesh-Barnea est une \u00e9tape d\u00e9cisive de la route de l'Exode, les fils d'Isra\u00ebl y ont s\u00e9journ\u00e9 longuement. On peut imaginer leur joie quand ils d\u00e9couvrirent cette oasis \u00e0 la jonction du d\u00e9sert de Sin et du d\u00e9sert de Paran, ses sources abondantes et sa fra\u00eecheur revivifiante, apr\u00e8s les grands espaces arides, br\u00fbl\u00e9s par le soleil. Aucune trace n'est rest\u00e9e de cette \u00e9poque de l'exode car les Isra\u00e9lites \u00e9taient alors des nomades qui n'utilisaient que des ustensiles l\u00e9gers et facilement transportables.
Le nom de Qadesh tire son origine de la racine h\u00e9bra\u00efque \u00ab_saintet\u00e9_\u00bb. De fait, cette \u00e9tape de la r\u00e9v\u00e9lation divine est plac\u00e9e sous le signe du conflit et du ch\u00e2timent de Dieu : toute une g\u00e9n\u00e9ration p\u00e9rira dans le d\u00e9sert, peine d'autant plus s\u00e9v\u00e8re que la crise se situe apr\u00e8s l'\u00e9v\u00e9nement du Sina\u00ef o\u00f9 Dieu a manifest\u00e9 son amour par le don de la Loi.

{K}LES FORTERESSES SUPERPOSEES DE QADESH-BARNEA{/}
On les d\u00e9couvre d'un observatoire am\u00e9nag\u00e9 sur la route isra\u00e9lienne qui longe la fronti\u00e8re \u00e9gyptienne. Situ\u00e9es tout pr\u00e8s de la source d'Ein Qudeirat, elles occupent un endroit strat\u00e9gique au croisement des pistes caravani\u00e8res que les rois de Juda tenaient \u00e0 prot\u00e9ger, et une r\u00e9gion parfaitement viable, gr\u00e2ce \u00e0 l'am\u00e9nagement des pentes en terrasses successives, tr\u00e8s faiblement inclin\u00e9es. L'eau des pluies, rares mais violentes, pouvait ainsi s'infiltrer dans la terre et maintenir l'humidit\u00e9 indispensable \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation, au lieu de couler le long des pentes pour rejoindre imm\u00e9diatement les oueds.
La premi\u00e8re occupation du site a pu \u00eatre dat\u00e9e du 10\u00e8me_si\u00e8cle av J.C. Une forteresse ovale a \u00e9t\u00e9 construite sur la roche naturelle selon le plan standard des forteresses du N\u00e9gev, avec un mur \u00e0 casemates qui entoure une cour centrale. A l'ouest de la forteresse, des silos et un complexe de b\u00e2timent plus important pourraient avoir servi de centre administratif. D\u00e9truite, comme les autres cit\u00e9s de la r\u00e9gion, pendant la campagne du Pharaon Sheshonq, la ville fut la seule \u00e0 se relever de ses ruines.
Au 8\u00e8me_si\u00e8cle av J.C., sous le r\u00e8gne d'Azarias, roi de Juda, une importante forteresse fut \u00e9difi\u00e9e sur un plan totalement nouveau. D\u00e9truite au 7\u00e8me si\u00e8cle, elle sera reconstgruite par le roi Osias de Juda.

{K}LA REVOLTE DE QADESH{/}
M\u00eame si la longue p\u00e9riode du campement isra\u00e9lite ne semble pas avoir laiss\u00e9 de traces, le site est riche des souvenirs de l'Exode et de la situation dramatique engendr\u00e9e par la dure mont\u00e9e du d\u00e9sert vers la Terre Promise.
Sur un ordre divin, Mo\u00efse envoie des \u00e9claireurs pour voir ce que peut \u00eatre r\u00e9ellement la terre de Canaan, objet de la Promesse. A leur retour, les \u00e9missaires ram\u00e8nent de la r\u00e9gion d'H\u00e9bron des fruits merveilleux, mais aussi de mauvaises nouvelles au sujet des villes, tr\u00e8s grandes et fortifi\u00e9es, et de leurs habitants, de la race des g\u00e9ants. R\u00e9volte du peuple... 
Gr\u00e2ce \u00e0 l'intercession de Mo\u00efse, Dieu accorde son pardon. N\u00e9anmoins, il y aura un ch\u00e2timent, proportionnel \u00e0 la faute commise_: \u00e0 l'exception de Caleb et Josu\u00e9, qui n'avaient pas d\u00e9cri\u00e9 le pays que Dieu avait choisi pour son peuple, les \u00e9missaires{C} mururent d'un fl\u00e9au devant Yahv\u00e9{/} [Nb_14,37].
La justice divine condamne de m\u00eame la g\u00e9n\u00e9ration infid\u00e8le \u00e0 mourir dans le d\u00e9sert. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, n\u00e9e dans le d\u00e9sert, est \u00e9pargn\u00e9e, elle repr\u00e9sente toutes les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir qui, comme elle, n'auront pas \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins des \u00e9v\u00e9nements fondateurs de l'Exode. 

{K}- ROUTES  ET FORTERESSES{/}
En raison du relief accident\u00e9 de la zone centrale du N\u00e9gev, aucune voie de commerce internationale ne le traversait en ligne directe depuis le golfe d'Aqaba. La {C}Via Maris{/} \u00e0 l'est, et la route royale qui longeait la vall\u00e9e de la Araba \u00e9taient reli\u00e9es par un r\u00e9seau de pistes secondaires. Gr\u00e2ce aux r\u00e9cits bibliques et aux rep\u00e8res que constituent les vestiges des forteresses, on peut imaginer le trac\u00e9 des premi\u00e8res pistes parcourues par les Isra\u00eblites \u00e0 la sortie du Sina\u00ef.

{K}LE CHEMIN DES ATARIM{/}
On lui donna ce nom en r\u00e9f\u00e9rence au r\u00e9cit des \u00e9claireurs que Mo\u00efse envoya, depuis Qadesh Barnea, pour reconna\u00eetre le pays de Canaan (Nb 13). C'est la principale piste reliant Qadesh \u00e0 Arad. A l'\u00e9poque royale, le long de cette route, on \u00e9leva des forteresses, doubl\u00e9es de caravans\u00e9rails, aux passages strat\u00e9giques et pr\u00e8s des points d'eau. 

{K}LA ROUTE D'EDOM{/}
Elle partait d'Arad, longeait la partie sud de la Mer Morte, la montagne de Sodome, et rejoignait \u00e0 Tamar la voie transversale, dite de la Araba. 

{K}LA ROUTE DE SHUR{/}
Cette route partait de Beersh\u00e9va, traversait les r\u00e9gions d'Elusa, Nizzana, Qadesh Barnea et le Sina\u00ef jusqu'\u00e0 l'actuel port \u00e9gyptien d'Isma\u00eflia. 

{K}LA ROUTE DE LA ARABA{/}
Apr\u00e8s avoir long\u00e9 la r\u00e9gion nord du Sina\u00ef, elle passait \u00e0 Qadesh, contournait le Makhtesh Ramon par le nord avant de rejoindre la Araba au niveau d'Ovot (ou Hazevah) au sud de la Mer Morte, puis gagnait Punion en Jordanie.

{K}LA ROUTE DES AMORITES{/}
Ce peuple qui habitait au 3\u00e8me_mill\u00e9naire, le nord de la Syrie et de la M\u00e9sopotamie, s'installa plus tard dans la partie nord du N\u00e9gev. Il donna son nom \u00e0 la route qui reliait Qadesh Barnea au sud de la Araba.
Avec les Nabat\u00e9ens, le N\u00e9gev fut sillonn\u00e9 par un r\u00e9seau de pistes caravani\u00e8res, reprises ensuite par les Romains. L'une partait de Petra, la capitale du royaume nabat\u00e9en, vers Gaza. L'autre, \u00e0 partir d'Eilat, longeait la Araba jusqu'\u00e0 Ovot, puis gagnait Mamshit par la mont\u00e9e des Scorpions (Maale Aqrabbim). A Mamshit, elle se s\u00e9parait en deux branches : vers l'ouest pour gagner Beersh\u00e9va et Gaza, vers le nord, pour rejoindre J\u00e9rusalem, via H\u00e9bron.

{K}LA MONTEE DES SCORPIONS{/}
Elle est cit\u00e9e dans la Bible, comme limite sud des fronti\u00e8res de Canaan. Yahv\u00e9 dit \u00e0 Mo\u00efse_: \u00ab_Voici un ordre pour les Isra\u00e9lites. Tu leur diras_: Lorsque vous serez entr\u00e9s dans le pays de Canaan, voici le territoire qui sera votre possession_: c\u00b4est le pays de Canaan selon ses fronti\u00e8res.
{C}Il s\u00b4\u00e9tendra au sud jusqu\u00b4au d\u00e9sert de Tsin \u00e0 la limite d\u00b4\u00c9dom. Votre fronti\u00e8re au sud commencera \u00e0 l\u00b4est  de la Mer Sal\u00e9e. Elle descendra ensuite vers le sud dans la direction de la Mont\u00e9e-des-Scorpions, elle passera par Tsin et arrivera au sud \u00e0 Qadesh-Barn\u00e9a{/} [Nb_34,1] - [Nb_34,4]. Par cette route qui monte en lacets encore jalonn\u00e9s de pierres triangulaires, balises datant de l'\u00e9poque romaine, et qui redescend sur Mamshit, on d\u00e9couvre le Maktesh Haqatan, le petit maktesh, que ses dimensions et sa forme arrondie permettent d'embrasser dans son ensemble_: on y comprend mieux qu'ailleurs le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9ologique qui est \u00e0 l'origine de ces boutonni\u00e8res.
Lorsque Mo\u00efse, apr\u00e8s trente-huit ans d'errance dans le d\u00e9sert, donne l'ordre \u00e0 la communaut\u00e9 de reprendre sa marche vers la Terre promise, Edom, qui occupe le nord du N\u00e9gev jusqu'au Nahal Tsin, au niveau de la mont\u00e9e des Scorpions, leur refuse le passage. Isra\u00ebl est contraint de contourner le territoire \u00e9domite en longeant la vall\u00e9e du Nahal Tsin et de rejoindre la Transjordanie apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la Araba. {C}Toute la communaut\u00e9 d'Isra\u00ebl arriva \u00e0 Hor la Montagne sur la fronti\u00e8re du pays d'Edom{/} [Nb_20,23] {C}et c'est l\u00e0 qu'Aaron "mourut, au sommet de la montagne{/} [Nb_20,28].
En raison de leurs obscurit\u00e9s, voire de leurs contradictions, il est bien difficile, sinon impossible, de suivre \u00e0 la lettre, les indications g\u00e9ographiques que rapportent les r\u00e9cits bibliques_; tout trac\u00e9 des routes de l'Exode comporte donc des approximations qui seront peut-\u00eatre lev\u00e9es lorsque l'arch\u00e9ologie aura progress\u00e9.


{K}- LE SUD DU NEGEV{/}
Eilat et Ezyon-Gu\u00e9ber sont mentionn\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans la Bible comme des \u00e9tapes de l'Exode en Dt 2,8 mais on n'y a trouv\u00e9 aucun vestige de l'\u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 l'entr\u00e9e des tribus en Canaan. Situ\u00e9es sur le golfe d'Aqaba, au d\u00e9bouch\u00e9 de la Mer Rouge, elles ouvraient l'acc\u00e8s vers l'Arabie, l'Afrique et les Indes. Le site d'Ezyon Gu\u00e9ber est identifi\u00e9 au Tell-el-Kheleifeh entre les villes actuelles d'Aqaba en Jordanie et d'Eilat en Isra\u00ebl.

{K}ARMATEUR EN MER ROUGE{/}
Le roi Salomon arma une flotte \u00e0 Ezyon Gu\u00e9ber, qui est pr\u00e8s d'Eilat, sur le bord de la Mer Rouge{/} [1R_9,26]. R\u00eavant des richesses fabuleuses du pays d'Ophir, il arma donc une flotte avec la collaboration d'Hiram, roi de Tyr, qui lui fournit aussi des \u00e9quipages exp\u00e9riment\u00e9s. Par ces grandes \u00e9quip\u00e9es vers l'Arabie heureuse, les bateaux d'Hiram et de Salomon revenaient {C}charg\u00e9s d'or, d'argent, d'ivoire, de singes et de guenons{/} [1R_10,22] mais aussi de bois d'algumin, le bois de santal des Indes, d'aromates et de pierres pr\u00e9cieuses. Ces exp\u00e9ditions fabuleuses correspondaient \u00e0 une \u00e9poque de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique et d'expansion. Cependant, si la sagesse proverbiale du roi surpassait sa magnificence, le peuple, accabl\u00e9 d'imp\u00f4ts par ses grandioses r\u00e9alisations, pr\u00e9parait d\u00e9j\u00e0 le schisme qui s\u00e9parerait apr\u00e8s sa mort, le royaume unifi\u00e9 par David.
Salomon avait fait construire \u00e0 Ezyon-Gu\u00e9ber une forteresse. Elle devait assurer la s\u00e9curit\u00e9 d'un port important, s\u00e9par\u00e9 de J\u00e9rusalem par un vaste d\u00e9sert, et du centre administratif qui g\u00e9rait ces transactions commerciales. 
D\u00e9truite par Sheshonq, la forteresse fut reconstruite au 9\u00e8me_si\u00e8cle av.J.C. par le roi de Juda, Josaphat qui de nouveau arma des {N}navires{/} {C}pour aller chercher l'or \u00e0 Ophir, mais il ne put y aller, car les vaisseaux se bris\u00e8rent \u00e0 Ezyon-Gu\u00e9ber{/} [1R_22,49] probablement sous l'effet des vents violents qui s'engouffrent dans la vall\u00e9e de la Araba. Apr\u00e8s ce naufrage, il ne sera plus question dans la Bible de cette ville-forteresse qui changea plusieurs fois de main, selon les conqu\u00eates \u00e9domites ou jud\u00e9ennes, et leur domination sur le N\u00e9gev_; les relations commerciales avec l'Arabie ne cess\u00e8rent pas pour autant. 


{K}- TIMNAH{/}
Avant d'offrir quelques aper\u00e7us sur certaines p\u00e9riodes d\u00e9cisives de l'aventure humaine, telles que l'apparition de la m\u00e9tallurgie \u00e0 la fin de la pr\u00e9histoire et l'\u00e9panouissement au Proche-Orient de la civilisation \u00e9gyptienne, le site de Timna, \u00e0 25_Kms. au nord d'Elat, rappelle \u00e0 l'homme une autre aventure_: celle de notre terre. Depuis sa naissance, il y a plus de quatre milliards et demi d'ann\u00e9es, elle n'a cess\u00e9 de se transformer et de laisser la vie appara\u00eetre et se diversifier, cela depuis trois milliards d'ann\u00e9es environ.

{K}UN HYMNE A LA CREATION{/}
L'admirable po\u00e8me par lequel Dieu interroge Job chante la richesse insondable d'un univers qui ne cesse d'enchanter l'homme et de le questionner et dont le site de Timna nous permet de contempler la beaut\u00e9.
{C}O\u00f9 \u00e9tais-tu, quand je fondais la terre_?
Qui jamais en a fix\u00e9 les mesures, le sais-tu_? 
Sais-tu sur quoi reposent ses bases,
et qui en a pos\u00e9 la pierre angulaire_?
Les \u00e9toiles du matin, pour la terre, chant\u00e8rent en choeur_:
tous les fils de Dieu poussaient des acclamations.

{N}UNE GEOLOGIE REMARQUABLE{/}
Au centre du demi-cercle que forment les collines de Timna, le mont du m\u00eame nom se dresse, t\u00e9moin de ce temps des origines o\u00f9 l'oxyg\u00e8ne, enrichissant progressivement l'atmosph\u00e8re, favorisait l'apparition des algues \u00e0 cro\u00fbte calcaire, suivies des m\u00e9duses et des vers_: cela se passait au Pr\u00e9cambrien , il y a quelques deux milliards d'ann\u00e9es. L'amphibole qui entre dans la composition des roches donne au massif sa coloration vert fonc\u00e9, tandis que le m\u00e9tamorphisme qu'a connu le magma originel \u00e9mergeant ici \u00e0 la surface du globe, en indique l'antiquit\u00e9_; car ce lent processus s'est d\u00e9roul\u00e9 sur des millions de si\u00e8cles. Plus qu'ailleurs peut-\u00eatre, devant ce mont Timna, la parole du psaume nous invite \u00e0 prendre conscience de la modestie de notre_condition_: {C}Mille ann\u00e9es ont pass\u00e9_: pour toi  Seigneur, c\u00b4\u00e9tait hier_!{/} [Ps_90,4] {C}car pour Toi, un jour est comme mille ans  et mille ans sont comme un jour{/} [2P_3,8].
La longue falaise semi-circulaire qui ferme l'horizon \u00e0 l'ouest est beaucoup plus jeune car avec ses  gr\u00e8s o\u00f9 les grains de sables se sont ciment\u00e9s, emprisonnant des roches s\u00e9dimentaires d'origine marine, elle se trouve contemporaine des tentatives de la vie animale pour conqu\u00e9rir la terre ferme, en s'affranchissant du milieu aquatique o\u00f9 le d\u00e9but de l'\u00e8re primaire l'a enferm\u00e9e.
En gravissant les pentes de la falaise, on remonte aussi les millions d'ann\u00e9es_; car les diff\u00e9rents calcaires, craie et dolomites, se sont form\u00e9s alors que les grands reptiles, aux noms fameux, Diplodocus, Tyrannosaures, Brontosaures et autres Dinosauriens, dominaient de leur haute stature toute autre esp\u00e8ce vivante. Mais voici qu'\u00e0 la fin de l'\u00e8re secondaire un refroidissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 s'empara de la plan\u00e8te_: nos grands reptiles disparurent dans le temps m\u00eame o\u00f9 des calcaires marins recouvraient comme d'un linceul les roches plus anciennes de la falaise. 
Un long temps devait passer encore avant que le manteau terrestre ne se d\u00e9chire_; la plaque africaine et la plaque arabique se mirent un jour \u00e0 prendre leurs distances_: celle-ci remonta vers le nord tout en pivotant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tandis que celle-l\u00e0 glissait vers le sud en s'\u00e9cartant de sa voisine. On comprend sans peine que le site de Timna qui se trouvait \u00e0 l'ouest, sur le bord de cette faille en formation, ait subi les contrecoups d'un tel mouvement tectonique_: il en porte aujourd'hui encore les cicatrices et les c\u00e9l\u00e8bres "Piliers de Salomon" sont en fait le r\u00e9sultat d'une \u00e9rosion qui a sculpt\u00e9 la terrasse de gr\u00e8s en profitant de sa friabilit\u00e9. 

{K}A L'AUBE DE LA METALLURGIE{/}
Certes il y a des mines d'argent et des lieux o\u00f9 l'on raffine l'or.
Le fer est extrait du sol et le cuivre du minerai
On met fin aux t\u00e9n\u00e8bres, on fouille jusqu'\u00e0 l'extr\u00e8me limite
la pierre obscure et t\u00e9n\u00e9breuse{/} [Jb_28,1] - [Jb_28,3]
Il est fort probable que le livre de Job fait ici allusion aux mines de Timna, les plus importantes avec celles du Sina\u00ef, au moment o\u00f9 l'auteur r\u00e9dige son po\u00e8me. Ces mines, autrefois connues sous le nom de \u00ab_mines de Salomon_\u00bb, \u00e9taient en fait exploit\u00e9es bien avant lui_: d\u00e8s le 4\u00e8me_mill\u00e9naire av.J.C. Bien avant l'\u00e9poque isra\u00e9lite les Pharaons avaient d\u00e9p\u00each\u00e9 des exp\u00e9ditions dans la Araba. Ils utilis\u00e8rent la main d'oeuvre locale et son savoir-faire, Madianites, Qu\u00e9nites et Amal\u00e9cites. On peut penser que l'affirmation de la Gen\u00e8se concernant la descendance de Ca\u00efn dont {C}le fils{/} {C}fut l'anc\u00eatre de tous les forgerons en cuivre et en fer{/} [Gn_4,22] se fait l'\u00e9cho de cette situation.
Le site fut \u00e0 nouveau exploit\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode romano-byzantine, aux 2\u00b0_et 3\u00b0_si\u00e8cle ap.J.C. Le minerai, apr\u00e8s extraction, \u00e9tait alors transport\u00e9 au sud de Timna, dans le complexe de traitement du cuivre de Beer Ora.

{K}LES PREMIERES MINES{/}
En ce quatri\u00e8me mill\u00e9naire av.J.C., apr\u00e8s sans doute de longs t\u00e2tonnements dont beaucoup furent d\u00e9cevants, les hommes de cette r\u00e9gion du N\u00e9gev acquirent une v\u00e9ritable ma\u00eetrise de l'extraction et de la m\u00e9tallurgie du cuivre. Leur travail est ici inscrit dans le sol_: on voit encore les entr\u00e9es de puits donnant acc\u00e8s \u00e0 des galeries souterraines creus\u00e9es sur plusieurs niveaux, dont certaines sont encore praticables. Sur le sol on retrouve parfois de tout petits morceaux de minerais \u00e0 la couleur verte significative. Les premiers outils furent probablement en diorite, mais les progr\u00e8s rapides des techniques permirent de les remplacer par des burins et des pics en m\u00e9tal.  
Il est difficile de se faire une id\u00e9e exacte des conditions de travail et du statut social des mineurs. Dans un premier temps, le travail du cuivre fut, semble-t-il, l'activit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e de certains clans o\u00f9 chacun des membres de la communaut\u00e9 apportait son savoir-faire dans le respect des relations sociales traditionnelles. Mais avec les exp\u00e9ditions \u00e9gyptiennes la population locale dut conna\u00eetre la poigne des colonisateurs. On sait en effet que dans l'ancienne Egypte, mines, carri\u00e8res et commerce ext\u00e9rieur se trouvaient sous l'autorit\u00e9 directe du Pharaon qui en \u00e9tait l'unique b\u00e9n\u00e9ficiaire_; d\u00e8s lors les mineurs furent r\u00e9duits en esclavage, et enferm\u00e9s dans ce cirque naturel et surveill\u00e9s par les garnisons des forts construits alentour. 
Les dessins sur roche d\u00e9couverts un peu plus au nord que les mines montrent des soldats \u00e9gyptiens en armes juch\u00e9s sur des chariots tir\u00e9s par des boeufs_: on peut supposer que ces hommes \u00e9taient charg\u00e9s d'assurer la s\u00e9curit\u00e9 du transport du minerai, mais aussi de garantir la rentabilit\u00e9 des mines. Un groupe de nomades avec arcs et poignards est peut-\u00eatre l\u00e0 pour sugg\u00e9rer les dangers qui mena\u00e7aient les mineurs et le bon fonctionnement de l'entreprise.

{K}INSTALLATIONS DES MINES{/}
Deux installations importantes donnent une id\u00e9e de la vie des mineurs. Celle du nord est sans doute un peu plus ancienne que celle du sud. Elle doit appartenir aux clans Q\u00e9nites et Madianites. Des chambres entourent deux cours_: elles servaient d'entrep\u00f4ts pour le minerais et de r\u00e9serves pour l'outillage. Au milieu de la cour une aire permettait de broyer le minerai pour en faciliter la fusion en y adjoignant des oxydes de fer ou de mangan\u00e8se, avant de l'engager dans les fours install\u00e9s \u00e0 l'ouest es deux cours. Une enceinte sacr\u00e9e avec autel et banquettes destin\u00e9es \u00e0 recevoir les offrandes avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 au sud du camp.
Le deuxi\u00e8me ensemble rel\u00e8ve de la p\u00e9riode \u00e9gyptienne. Il est \u00e9tabli sur une petite colline \u00e0 l'est des mines. Si le volume des scories retrouv\u00e9es sur la colline suffit \u00e0 dire l'importance de l'entreprise, un teste du Siracide \u00e9voque bien la rude condition du forgeron_: 
{C}Regardez le forgeron assis pr\u00e8s de l\u00b4enclume, tout occup\u00e9 du m\u00e9tal qu\u00b4il travaille tandis qu\u00b4il fond litt\u00e9ralement sous l\u00b4ardeur du feu. Il lui faut se prot\u00e9ger contre cette fournaise tandis que le bruit du marteau lui casse les oreilles. Il met toute son attention \u00e0 r\u00e9aliser un travail parfait et passe ses veilles \u00e0 embellir son oeuvre{/} [Si_38,27] - [Si_38,28].

{K}LE SERPENT D'AIRAIN{/} 
Pr\u00e8s de l\u00e0, au temple d'Hathor, on a retrouv\u00e9 un serpent de cuivre \u00e0 t\u00eate dor\u00e9e qui fait penser bien s\u00fbr \u00e0 l'\u00e9pisode biblique de Mo\u00efse et du serpent d'airain.
{C}Mo\u00efse pria pour le peuple, et Yahv\u00e9 dit \u00e0 Mo\u00efse_: \u00ab_Fabrique-toi un serpent-br\u00fblant et place-le sur un poteau. Celui qui sera piqu\u00e9 le regardera et sera sauv\u00e9._\u00bb
Mo\u00efse fit donc un serpent de bronze et le fixa sur un poteau. Lorsque quelqu\u00b4un \u00e9tait piqu\u00e9 par un serpent, il regardait le serpent de bronze et il \u00e9tait sauv\u00e9{/} [Nb_22,4] - [Nb_22,9].
