{N}1,{/}2 Le texte dit : "t\u00e9moignage (ou : d\u00e9claration) de J\u00e9sus Christ". Cette expression d\u00e9signe ici les messages donn\u00e9s par les proph\u00e8tes de l'Eglise (19,10). Jean consid\u00e8re donc cette "apocalyse" comme le fruit de l'esprit de proph\u00e9tie qui lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9. Pour cela, m\u00eame sachant que l'apocalypse est un genre litt\u00e9raire qui ob\u00e9it \u00e0 certaines r\u00e8gles et recourt \u00e0 des images conventionnelles, nous savons que l'inspiration est proph\u00e9tique ; c'est tout autre chose qu'une composition litt\u00e9raire et la diff\u00e9rence ressort quand on la compare avec d'autres apocalypse de ce temps -m\u00eame avec les parties apocalyptiques de Daniel 10-12. L'Eglise ne s'y est pas tromp\u00e9e, qui a parl\u00e9 tr\u00e8s vite de l'apocalypse de Jean le Proph\u00e8te sans trop savoir si c'\u00e9tait le m\u00eame que Jean l'ap\u00f4tre.

{N}1,{/}6 L'Eglise est le "reste d'Isra\u00ebl", \u00e0 elle s'appliquent donc en priorit\u00e9 ces qualificatifs que Dieu attribuait \u00e0 son peuple particulier lorsqu'il faisait alliance avec lui (Ex 19,6).

{N}1,{/}8 {C}Le Ma\u00eetre de l'univers{/}. Le mot grec pourrait se traduire aussi : le Tout Puissant. Mais dans la bible grecque qu'utilisait l'Eglise, ce mot appara\u00eet toujours comme la traduction de {C}Sabaot{/} : le Dieu Sabaot est le Dieu des arm\u00e9es, moins des arm\u00e9es d'Isra\u00ebl que des arm\u00e9es du ciel et de la terre (Ps 148,2), c'est-\u00e0-dire de toutes les cr\u00e9atures qui remplissent l'univers. 

{N}1,{/}9 Ici le "t\u00e9moignage de J\u00e9sus" semble bien \u00eatre le message de J\u00e9sus : Jean n'aime pas citer Dieu sans mettre en parall\u00e8le : "J\u00e9sus", exactement comme Paul fait avec les mots Dieu et Seigneur. 

{N}5,{/}8 Les anges pr\u00e9sentent{C} les pri\u00e8res des saints{/}. Jean ne fait que reprendre la tradition de l'Ancien Testament : Tob 11,12. J\u00e9sus y pensait peut-\u00eatre lorsqu'en Mt 18,10 il parlait des anges des "petits". 

{N}5,{/}9 Les manuscrits anciens ont des textes discordants. Beaucoup ont : "Tu nous a acquis pour Dieu de toute tribu et nation..." Tout le texte laisse entendre que ceux qui figurent dans cette sc\u00e8ne sont les acteurs de l'Ancien Testament et ils acclament l'Agneau lorsqu'il prend sa place au Ciel aussit\u00f4t apr\u00e8s la R\u00e9surrection. Et ils lui rendent gloire parce qu'il a ajout\u00e9 aux \u00e9lus d'Isra\u00ebl, d\u00e9j\u00e0 acquis par Dieu lors de l'Alliance du Sina\u00ef, ces peuples nombreux qui vont entrer dans l'Eglise et seront avec eux rois et pr\u00eatres (Ex 19,6).

{N}6,{/}1 Une fois de plus on verra que le chiffre 7 se d\u00e9compose en 4 et 3 ; 4 est le chiffre de la terre, et 3 celui du Ciel (comme dans les demandes du Notre P\u00e8re). Quatre chevaux pour les facteurs terrestres de l'histoire, et trois \u00e9l\u00e9ments c\u00e9lestes : les \u00e2mes des martyrs, les astres du ciel , et  en 8,1, la d\u00e9cision du Jugement.

{N}7,{/}4 Il n'y a pas d'explication pour cette liste des douze tribus qui a un doublet (Manass\u00e9 \u00e9tait partie de la maison de Joseph), mais oublie Dan). La liste varie selon les endroits de la Bible o\u00f9 nous la trouvons : voir la note en Gen 48.1.

{N}8,{/}1 Il faut avouer que ces chapitres 8 et 9 posent un s\u00e9rieux probl\u00e8me \u00e0 ceux qui veulent trouver un ordre chronologique dans ce livre. Laissons \u00e0 part les Messages aux Eglises des ch. 2 et 3. Il est clair que les chapitres 4-7 se d\u00e9roulent dans le monde de l'Ancien Testament et que l'Agneau donne la cl\u00e9 de cette histoire ; elle s'ach\u00e8ve ou plut\u00f4t s'ouvre sur une foule d'\u00e9lus de toutes les nations qui viennent de la grande pers\u00e9cution.
D'un autre c\u00f4t\u00e9 il est clair que le chapitre 10 inaugure l'histoire de l'Eglise \u00e0 partir de la venue du Fils en ce monde. Et ensuite le livre sera centr\u00e9 sur le t\u00e9moignage des chr\u00e9tiens dans l'Empire jusqu'\u00e0 la destruction de celui-ci (19,10). De 19,11 \u00e0 20,10 nous avons une \u00e9vocation des temps qui suivront. Puis en 20,11 le jugement final suivi de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste : ch. 21-22. 
Que signifient donc ces chapitres 8 et 9 qui pr\u00e9sentent une s\u00e9rie d'\u00e9preuves, non pas les derni\u00e8res (9,20), mais comme un avant go\u00fbt du jugement : invasion des puissances infernales, d\u00e9cha\u00eenement des fl\u00e9aux de la violence et de la guerre, et tout cela sans que se convertissent les p\u00e9cheurs? Il semble bien que cette peinture, m\u00eame tenant compte de ses couleurs apocalyptiques, d\u00e9passe la trag\u00e9die juive des ann\u00e9es 66-70 dont Jean avait \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin, et surtout le paragraphe 9,20 ne vise que les nations pa\u00efennes. Le plus probable est que nous avons dans ces chapitres 8-9 la fin d'une premi\u00e8re fresque, celle qui d\u00e9bute au chapitre 4. Dans celle-ci Jean ne va pas plus loin que l'entr\u00e9e des \u00e9lus et baptis\u00e9s de toutes les nations dans l'histoire du peuple de Dieu. Ensuite il laisse en blanc un avenir qu'il ignore, un intervalle d'ann\u00e9es ou de si\u00e8cles symbolis\u00e9 par le {C}silence d'une demi-heure{/} (8,1) et dans ces deux chapitres il passe directement aux grandes \u00e9preuves pr\u00e9c\u00e9dant le jugement.
Et puis, au chapitre 10, une nouvelle fresque de son Apocalypse d\u00e9bute avec la venue du Verbe de Dieu dans le monde. Sans plus s'inqui\u00e9ter pour les racines juives de l'Eglise, Jean se tourne vers l'avenir et la montre affront\u00e9e au monde des pa\u00efens, jusqu'aux grandes \u00e9preuves pr\u00e9c\u00e9dant le jugement. Celles-ci sont d\u00e9crites en 19,11 et 20,1 avec d'autres images que dans la premi\u00e8re partie. C'est alors que les deux grandes visions se rejoignent et d\u00e9bouchent sur la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. 

{N}8,{/}3 On notera cette pr\u00e9paration du Jugement qui prend la forme d'une liturgie: encens et trompettes sacr\u00e9es.

{N}9,{/}20 Une classification des grandes formes du mal : d'abord l'idol\u00e2trie, avec le culte del objets qui sont sortis de la main de l'homme ; ensuite le crime, la magie, la license sexuelle et le vol. A la fin du livre, en 22,15 on les retrouvera sous une forme assez semblable, mais le vol sera remplac\u00e9 par le mensonge que Jean d\u00e9nonce tr\u00e8s particuli\u00e8rement dans sa premi\u00e8re lettre et dans l'Apocalypse.

{N}12,{/}1 {N}LA FEMME ET LE DRAGON{/}
Cette vision de la femme reprend le soleil, la lune et les \u00e9toiles du songe de Joseph en Gen 37,9, mais le r\u00f4le du soleil et de la lune font tout de suite penser \u00e0 la femme du Cantique 6,10. Dans la Gen\u00e8se il s'agissait de Joseph au milieu de ses fr\u00e8res, dans le Cantique c'\u00e9tait Isra\u00ebl au milieu des nations (voir les lignes pr\u00e9c\u00e9dentes du Cantique en 6,8-9). Ici il semble que la femme soit au centre de la cr\u00e9ation. Le chapitre se pr\u00e9sentera comme une continuation de Gen 3,15 mais sans ignorer Emmanuel et sa m\u00e8re en Is 7,14 (et Mi 5,2). 
Ce chapitre est un de ceux qui paraissent trahir le m\u00e9lange de diff\u00e9rentes pi\u00e8ces et bien des solutions ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9es pour le r\u00e9organiser ou pour en retrouver les \u00e9l\u00e9ments originels ; la multiplicit\u00e9 des essais montre qu'aucun ne s'impose. Ce chapitre se divise facilement en deux temps, tout comme le premier chapitre des Eph\u00e9siens : d'abord ce qui se passe dans le plan \u00e9ternel de Dieu, ensuite sa r\u00e9alisation sur la terre ; c'est tr\u00e8s conforme \u00e0 la vision de l'histoire qu'ont les apocalypses.
{N}1-2{/} : la femme et l'Incarnation au centre du plan de Dieu sur l'univers.
{N}3-4a{/} : la pr\u00e9sentation du dragon, ange puissant. On dit que c'est celui qui provoquera la r\u00e9bellion dans la sph\u00e8re c\u00e9leste, mais non pas qu'elle a lieu \u00e0 ce moment.
{N}4b-6{/} : le dragon a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9vorer le fils de la femme, et Dieu intervient : le fils sera ma\u00eetre des nations, m\u00eame si la femme d\u00e9sormais doit vivre au d\u00e9sert (comme la m\u00e8re de l'Emmanuel).
{N}7-9{/} : division du monde des esprits et expulsion des mauvais.
{N}10-12{/} : le choeur (au sens de la trag\u00e9die antique) loue les d\u00e9cisions de Dieu.
{N}13-18{/} : on passe aux cons\u00e9quences de cette crise dans le temps et l'histoire. C'est l'Eglise qui est en cause, au lendemain de la R\u00e9surrection. Mais il est difficile d'interpr\u00e9ter le fleuve que le dragon vomit derri\u00e8re la femme. En 17-18 on en vient aux pers\u00e9cutions contre les chr\u00e9tiens de l'Empire auxquels Jean s'adresse.
Si nous voulons maintenant pr\u00e9ciser le sens de la vision, il faut la resituer dans le livre. Voir \u00e0 ce sujet la note plac\u00e9e en 8.1. La vision des deux t\u00e9moins, au chapitre 11, c'est l'\u00e9vang\u00e9lisation et l'appel \u00e0 la conversion tout au long de l'histoire. Maintenant, la vision de la Femme et du Dragon pr\u00e9sente les protagonistes de la lutte qui occupera les chapitres suivants. La Femme est l'humanit\u00e9 \u00e9pous\u00e9e par Dieu. Ne disons pas l'Eglise, car elle \u00e9tait l\u00e0 avant le Christ et c'est elle qui l'a mis au monde, mais \u00e0 chaque \u00e9poque elle s'identifie avec le peuple sauv\u00e9. Avant le Christ, elle \u00e9tait l'\u00e9pouse du Cantique, toute en attente de la visite de son Roi. Ensuite, elle ne fait qu'un avec ses fils qui, maintenant, sont ceux de l'Evangile, t\u00e9moins et proph\u00e8tes de J\u00e9sus ; car dans la culture h\u00e9bra\u00efque {C}les fils de... {/}qu'ils soient ceux d'Adam, ou de B\u00e9lial, ou des proph\u00e8tes, d\u00e9signent une collectivit\u00e9 qui ne fait qu'un avec le p\u00e8re l\u00e9gendaire auquel ils se rattachent.
Ici Jean gard\u00e9 ce langage, mais il y a un \u00e9l\u00e9ment nouveau : la m\u00e8re de J\u00e9sus est une personne concr\u00e8te, et du coup la Femme sort du monde des symboles pour s'incarner en Marie. 
Si Jean reconna\u00eet en Marie la Femme, aussi bien \u00e0 Cana qu'au calvaire, il est tout aussi l\u00e9gitime de garder ici cette identification. Par contre ce serait une erreur de penser que le {C}signe impressionnant{/} soit une fa\u00e7on de d\u00e9signer de fa\u00e7on exclusive telle personne ou telle communaut\u00e9 que Jean avait en t\u00eate : la proph\u00e9tie donne un signe qui couvre l'ensemble du temps, et ensuite Jean l'applique, ou nous l'appliquons, avec du plus ou avec du moins, aux \u00e9v\u00e9nements et aux personnes qui se situent dans la ligne indiqu\u00e9e. La figure de la Femme au centre de l'Apocalypse est extr\u00eamement importante car, m\u00eame si la Bible est presque enti\u00e8rement domin\u00e9e par le point de vue des hommes et n'est tiss\u00e9e que d'exp\u00e9riences faites par des hommes, l'un des traits dominants de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne, et ce qui donne son identit\u00e9 \u00e0 la foi, c'est de concevoir toute la relation des hommes \u00e0 Dieu comme la pr\u00e9paration d'un mariage grandiose. Le Cantique et le signe de la Femme expriment ce qui est au coeur de toute la r\u00e9v\u00e9lation proph\u00e9tique. De m\u00eame il est certain que lorsque l'Eglise d\u00e9fend la pr\u00e9destination de Marie, sa virginit\u00e9 perp\u00e9tuelle et sa pr\u00e9sence dans toute l'oeuvre du salut, elle affirme un des traits essentiels du Dieu de la Bible : ne pas reconna\u00eetre les privil\u00e8ges de Marie, ce n'est pas retrouver Dieu seul, c'est adult\u00e9rer le visage que Dieu a voulu donner de lui-m\u00eame.
Mais c'est un fait aussi qu'en notre si\u00e8cle la pi\u00e9t\u00e9 mariale a envahi bien des domaines dont auparavant elle \u00e9tait absente. Dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, la m\u00eame foi et la m\u00eame vision de Dieu et du Christ-Epoux s'appuyaient sur des convictions et sur une pi\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes. Une pl\u00e9iade d'amoureux de Dieu se sont retrouv\u00e9s dans l'Epouse du Cantique tout en y voyant avant tout la figure de l'Eglise : ils se savaient partie prenante du myst\u00e8re et de la pr\u00e9destination de Dieu. Il ne faudrait pas qu'aujourd'hui l'identification de Marie avec la Femme soit une fois de plus une fa\u00e7on de sous-estimer notre propre vocation et l'amour unique dans lequel le P\u00e8re nous a connus. J\u00e9sus a invit\u00e9 ses ap\u00f4tres \u00e0 croire qu'ils \u00e9taient au centre du dessein de Dieu, plut\u00f4t que d'envier les plus grands saints du pass\u00e9 et de vivre par personne interpos\u00e9e

{N}12,{/}18 les textes anciens se divisent. Certains lisent : "Il s'est arr\u00eat\u00e9", et joignent au verset 17. D'autres lisent : "Je me suis arr\u00eat\u00e9", et lient \u00e0 la vision suivante.

{N}14,{/}14 Ce Fils d'Homme veut s\u00fbrement nous rappeler le Christ juge, mais Jean refuse tout ce qui pourrait \u00eatre une repr\u00e9sentation du Jugement style Michel Ange : J\u00e9sus n'appara\u00eetra pas et c'est un ange qui le remplace.

{N}16,{/}1 Les sept coupes sont comme une nouvelle version des sept trompettes des chapitres 8 et 9. On retrouve ici l'eau chang\u00e9e en sang, l'intervention sur l'Euphrate, l'invasion des esprits diaboliques... Et de nouveau les ch\u00e2timents divins sont pr\u00e9sent\u00e9es sous la forme d'une grande liturgie. Mais ici tout va se concentrer sur la Grande Ville.

{N}20,{/}7 {N}PROPH\u00c9TIES{/}
Nous observons ici un brusque changement de vitesse de la vision proph\u00e9tique. Jean a parl\u00e9 longuement de l'idol\u00e2trie romaine et des pers\u00e9cutions du pouvoir totalitaire, puis, avec le chapitre 20 nous sommes entr\u00e9s dans les temps qui suivent et Jean n'y voit apparemment que le bonheur de la paix retrouv\u00e9e. La b\u00eate totalitaire et le faux Christ -des institutions plut\u00f4t que des personnes, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au feu \u00e9ternel, et les supp\u00f4ts de Satan ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s purement et simplement (19,21). Ce n'est qu'apr\u00e8s ces mille ans de paix r\u00e9sum\u00e9s en quelques lignes, que le d\u00e9mon se remet au travail ; en deux paragraphes la grande r\u00e9volte (Paul parlera de {C}l'apostasie{/} en 2Th 2,3) est mat\u00e9e et l'histoire se termine avec le d\u00e9mon renvoy\u00e9 \u00e0 l'enfer.
Nous retrouvons ici ce qui d\u00e9j\u00e0 se notait chez les proph\u00e8tes de l'Ancien Testament: la proph\u00e9tie voit dans les \u00e9v\u00e9nements du moment une pr\u00e9sence avant terme du Jugement, elle passe par-dessus tout ce qu'ils ont de positif et ne veut montrer que ce qui en eux appelle une intervention de Dieu. Ensuite, tout le temps qui s'\u00e9coulera entre la fin du syst\u00e8me actuel condamn\u00e9 et la fin de l'histoire n'est plus qu'un grand flou : le proph\u00e8te n'\u00e9tait pas l\u00e0 pour d\u00e9crire d'avance le d\u00e9roulement de l'histoire.
Il y a une continuit\u00e9 entre la proph\u00e9tie de l'Ancien Testament et la proph\u00e9tie chr\u00e9tienne. M\u00eame si la R\u00e9v\u00e9lation se ferme, et de fa\u00e7on d\u00e9finitive, avec l'Apocalypse, le charisme proph\u00e9tique ne s'\u00e9teint pas pour autant. Bien des personnes, aujourd'hui, se tournent vers les messages c\u00e9lestes, d'autant plus nombreux que le monde s'est consid\u00e9rablement agrandi et que les r\u00e9volutions en cours ont mis \u00e0 bas nos certitudes. Quelle que soit la part de la cr\u00e9dulit\u00e9 et de l'illusion dans les messages c\u00e9lestes qui fleurissent un peu partout, il serait tr\u00e8s injuste de m\u00e9priser tous ces avertissements ; ils proviennent bien souvent de "proph\u00e8tes" dont le charisme est difficile \u00e0 r\u00e9cuser. La plupart du temps ils ne font que nous redire de fa\u00e7on pressante, avec des images qui frappent l'imagination et emportent la conviction, les appels de l'Evangile \u00e0 la conversion et l'imminence du jugement de Dieu sur les syst\u00e8mes idol\u00e2triques qui nous emprisonnent. M\u00eame si leur message n'apporte rien de plus que ce que nous trouvons dans l'Ecriture lue avec foi, ces proph\u00e9ties ne sont pas inutiles, car elles touchent ceux \u00e0 qui l'Eglise ou les circonstances n'ont pas permis d'entrer dans la Bible. 
Il ne s'agit donc pas d'ignorer la proph\u00e9tie chr\u00e9tienne de notre temps du haut de notre science th\u00e9ologique, souvent tr\u00e8s rationaliste ; l'Esprit et les esprits sont tout aussi n\u00e9cessaires que les pr\u00e9lats dans la vie de l'Eglise, m\u00eame s'ils touchent au monopole de l'autorit\u00e9. Par contre il faut lui appliquer les crit\u00e8res de la Bible. Nous devrons \u00e9couter les avertissements, pr\u00eater attention aux signes prochains qui nous sont indiqu\u00e9s ; mais par contre tout ce qui, dans ces messages, voudrait nous renseigner sur ce qui arrivera, doit \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l'illusion et aux limites humaines du proph\u00e8te, non \u00e0 l'Esprit de Dieu.

{N}22,{/}3 {N}LE SALUT DES NON CHR\u00c9TIENS{/}
Le Nouveau Testament, parole d\u00e9finitive, ne devrait-il pas  nous en dire quelque chose? Il n'en est rien, et pour l'Apocalypse qui conclut le livre, il n'est question pour les temps nouveaux que d'une lutte sans merci des puissances du mal, install\u00e9es dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9, contre l'Eglise naissante. A aucun moment il n'a mentionn\u00e9 cette majorit\u00e9 des hommes qui n'ont \u00e9t\u00e9 ni les t\u00e9moins de la Parole, ni les instruments du mal.
Il en va de m\u00eame dans les lettres de Paul : les non chr\u00e9tiens sont {C}ceux du{/} {C}dehors_;{/} ils sont un {C}monde{/} dans lequel l'esprit mauvais agit librement. M\u00eame le texte de 1Tim 2,4 ({C}Dieu veut que tous les hommes soient sauv\u00e9s...){/} ignore notre question, car il ne dit rien de plus que la volont\u00e9 divine de faire parvenir \u00e0 tous les hommes le message du salut.
Ignorer \u00e0 ce point ceux qui sont le plus grand nombre pourrait faire du christianisme un message sectaire : nous avons dit un mot de ce "hors de l'Eglise pas de salut" \u00e0 propos de Mc 16,16. Il ne faut cependant pas nous \u00e9tonner : les livres du Nouveau Testament s'adressaient \u00e0 de petites communaut\u00e9s dont l'univers se limitait au monde gr\u00e9co-romain et dont les probl\u00e8mes n'allaient gu\u00e8re au-del\u00e0 de leur cit\u00e9. L\u00e0 \u00e9tait le combat pour ces chr\u00e9tiens souvent mal vus ou d\u00e9j\u00e0 pers\u00e9cut\u00e9s : ils fallait leur dire que de leur fid\u00e9lit\u00e9 d\u00e9pendait le salut du monde. 
Rien pourtant, dans l'Evangile, ne justifie une discrimination \u00e0 l'\u00e9gard de ceux qui n'ont pas re\u00e7u la r\u00e9v\u00e9lation biblique : voyons comment J\u00e9sus agit avec les non Juifs en Marc 7,24-8,10. Et de m\u00eame la parabole du Jugement dernier (Mt 25,31) ne fait aucune distinction entre croyants et non-croyants. C'est assez pour nous inviter \u00e0 reposer le probl\u00e8me du salut de ceux qui n'ont pas re\u00e7u la foi. La question d'ailleurs n'est plus aujourd'hui de savoir si Dieu a l'esprit assez large pour s'int\u00e9resser \u00e0 "ceux du dehors", mais de comprendre comment il a dispos\u00e9 l'histoire humaine de fa\u00e7on que tous soient sauv\u00e9s par l'unique Sauveur, mais que seule une minorit\u00e9 doive conna\u00eetre le Fils fait homme. Pourquoi des vocations si oppos\u00e9es : conna\u00eetre et ne pas conna\u00eetre la grande manifestation divine? Si nous croyons que Dieu agit avec une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans bornes et sans distinction de personnes, comment voir l\u00e0 une oeuvre digne de lui?
Certains croyants aujourd'hui aimeraient penser que seuls le langage et la culture nous s\u00e9parent de ceux qui ne partagent pas nos convictions et que la v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 retrouver au-del\u00e0 de nos croyances. La r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne s'oppose \u00e0 ce genre de concessions : m\u00eame si nous acceptons que Dieu se soit manifest\u00e9 de bien des fa\u00e7ons et que d'autres religions s'appuient sur des proph\u00e8tes qui ne sont pas les n\u00f4tres, mais que nous devons respecter, le Fils, lui, est unique tout comme Dieu est un. 
Cependant, sans renier l'universalit\u00e9 du salut chr\u00e9tien, nous pouvons \u00e9largir notre vision traditionnelle. Durant des si\u00e8cles on a voulu se rassurer en rabaissant ces autres sagesses et religions : ce ne sont que que balbutiements humains, disait-on, l\u00e0 o\u00f9 Dieu nous donne la pleine lumi\u00e8re. Pourquoi ne pas reconna\u00eetre qu'il y a l\u00e0 deux chemins tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais \u00e9galement voulus par Dieu, m\u00eame si l'Esprit du mal y a sem\u00e9 la confusion?
Nous croyons en notre vocation privil\u00e9gi\u00e9e, mais nous ne pouvons pas en conclure que Dieu ne sauve les autres que "par dessus le march\u00e9". Dieu sauve les uns en se manifestant, et il en sauve d'autres en les laissant chercher (Ac 1,27) ; cette contradiction apparente est sans doute une exigence de la "saintet\u00e9" de Dieu. Car Dieu se d\u00e9couvre tout en restant cach\u00e9_; il ne peut pas promettre et s'engager quelque part sans aussit\u00f4t replonger dans le myst\u00e8re ou, si l'on pr\u00e9f\u00e8re, nous replonger dans notre condition de cr\u00e9ature. 
Dieu est Saint: cela signifie qu'il nous \u00e9chappe toujours, et d'autant plus que nous sommes t\u00e9moins de son action toujours impr\u00e9visible. Les \u00e9v\u00e9nements que nous vivons, avec leur bonne part de trag\u00e9dies et de scandales, nous apparaissent alors comme un jeu divin: nous les voyons se d\u00e9rouler sur un fond de r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 il n'y a plus que le myst\u00e8re de la libert\u00e9 divine. {C}Notre Dieu est un feu d\u00e9vorant {/}(Dt 4,24), et nous restons interdits face aux initiatives et \u00e0 l'exub\u00e9rance de ses richesses insaisissables, souvent redoutables.
Pas de t\u00e9n\u00e8bres en Dieu: en lui tout est lumi\u00e8re (1Jn 1,5). Mais cette lumi\u00e8re n'est pas la n\u00f4tre et elle nous aveugle. On pourra donc parler d'une face obscure de Dieu, obscure pour nous, bien entendu. Quel est le croyant qui, sortant de la pri\u00e8re, ne se retrouve pas soudain d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un malheur impr\u00e9vu : "Comment Dieu peut-il permettre...?" 
Ce myst\u00e8re d'une lumi\u00e8re qui se donne et qui se refuse est au coeur de l'oeuvre du salut. Les tensions qui en Dieu m\u00eame se nouent et s'ach\u00e8vent dans le retour \u00e0 l'unit\u00e9 des Personnes divines, sont la raison derni\u00e8re des contradictions inscrites dans le plan de salut avec ses chemins divers. 
Le Dieu Saint a voulu la chose la plus inconcevable pour la raison humaine : faire que des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s reviennent \u00e0 lui dans son \u00e9ternit\u00e9. Il a pris l\u00e0 des risques \u00e9tonnants : que peuvent-ils et que doivent-ils conna\u00eetre de Dieu? Quelles exp\u00e9riences doivent-ils faire au cours de leur existence si limit\u00e9e dans le temps, que doivent-ils deviner de l'Etre sup\u00e9rieur dont ils proviennent pour que leur vie pr\u00e9sente soit un pr\u00e9lude de l'\u00e9ternit\u00e9? Quels traumatismes leur sont-ils n\u00e9cessaires pour les pr\u00e9parer \u00e0 cette m\u00e9tamorphose? 
Mais il y a plus. La Bible nous laisse clairement entendre que dans ce monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu, un \u00eatre sup\u00e9rieur rebelle \u00e0 Dieu a pes\u00e9 lourdement dans notre histoire. Quelle que soit l'id\u00e9e qu'un chr\u00e9tien se fasse du d\u00e9mon, il ne pourra pas le nier sans enlever quelque chose au salut apport\u00e9 par J\u00e9sus. Nous en avons dit quelques mots dans un paragraphe ant\u00e9rieur. Or c'est la mani\u00e8re habituelle de Dieu que de respecter les volont\u00e9s libres qui se sont dress\u00e9es contre lui: il sait reprendre son oeuvre \u00e0 partir de ce qu'on a g\u00e2ch\u00e9. Voici donc une humanit\u00e9 profond\u00e9ment ali\u00e9n\u00e9e dans laquelle Dieu met en oeuvre une sagesse tr\u00e8s haute et qui nous d\u00e9passe. Nous connaissons tr\u00e8s mal le jeu qu'il m\u00e8ne sur les terres qu'on croit lui avoir prises, m\u00eame si la Bible nous a d\u00e9voil\u00e9 les grandes lignes de cette r\u00e9demption.
Nous devons donc \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9s lorsque nous cherchons \u00e0 \u00e9valuer les valeurs spirituelles des diverses religions. On le fait g\u00e9n\u00e9ralement avec l'id\u00e9e que tous les hommes devraient se retrouver unis dans une m\u00eame religion_; mais est-ce \u00e0 nous d'en d\u00e9finir l'esprit? Dieu partage-t-il nos pr\u00e9jug\u00e9s sur ce qui est spirituel et ce qui ne l'est pas? La recherche de l'int\u00e9riorit\u00e9, lorsqu'on n'est pas poss\u00e9d\u00e9 d'abord par l'amour filial et le d\u00e9sir d'une rencontre, est-elle un fruit de l'Esprit? Et l'adoration, quel go\u00fbt a-t-elle pour Dieu si on le maintient \u00e0 distance? Nous savons que l'esprit rebelle est homicide (Jn (,44) et qu'il se pla\u00eet \u00e0 corrompre, mais il tol\u00e8re volontiers les bonnes oeuvres, et la religion, et les miracles, et la sagesse, quand il les a vid\u00e9es de ce que Dieu appr\u00e9ciait davantage.
Il est inutile d'en dire plus pour montrer \u00e0 quel point l'oeuvre du salut nous d\u00e9passe. Impossible de comparer les m\u00e9rites des uns et des autres_; erreur que de vouloir d\u00e9cider de ce qui est spirituel, d\u00e8s qu'on a perdu le point de rep\u00e8re qui est le Christ. En revanche nous pouvons penser que dans cette confusion Dieu gagne et sauve sur tous les tableaux, m\u00eame s'il nous demande d'y apporter la lumi\u00e8re et d'\u00eatre les t\u00e9moins de l'unique Sauveur.
Dieu a pr\u00e9vu que des peuples entiers ne conna\u00eetraient pas le Sauveur durant leur vie sur terre, car cela est bon et n\u00e9cessaire, au moins dans l'\u00e9tat pr\u00e9sent de l'humanit\u00e9. Ils chercheront \u00ab_le divin_\u00bb \u00e0 leurs risques et p\u00e9rils, m\u00eame si Dieu se r\u00e9serve de leur donner l'illumination int\u00e9rieure (Jn 1,9). Leur ignorance m\u00eame au sujet du Christ les aura aid\u00e9s \u00e0 approfondir d'autres aspects de la condition humaine. Dieu ne les a-t-il pas confi\u00e9s, plus que nous, \u00e0 la M\u00e8re Nature? Ne disons pas qu'ils ont \u00e9t\u00e9 moins aim\u00e9s: Dieu aime chacun et chacune d'un amour total qui les transfigurera dans toutes leurs dimensions lorsque l'heure sera venue: aucun d'eux ne regrettera d'avoir fait son chemin sans les richesses (mais aussi le poids) de la r\u00e9v\u00e9lation. 
Mais Dieu a voulu se manifester \u00e0 un peuple qu'il a fait sien, car cela aussi \u00e9tait n\u00e9cessaire. L'appel d'Abraham d'abord, l'appel \u00e0 croire au Christ ensuite, ont fait na\u00eetre un peuple, non pas sup\u00e9rieur aux autres, mais diff\u00e9rent. Ce peuple est tr\u00e8s r\u00e9ellement privil\u00e9gi\u00e9 car Dieu s'est donn\u00e9 lui-m\u00eame. Non seulement nous le connaissons, mais nous nous essayons d\u00e8s ici-bas \u00e0 ce qui sera le sort de tous dans l'\u00e9ternit\u00e9, la relation d'amour mutuel dans la tendresse et la fid\u00e9lit\u00e9. Et ce peuple joue un r\u00f4le essentiel dans l'histoire humaine m\u00eame s'il y a inscrit bien des pages peu reluisantes. Parmi ceux qui ont exp\u00e9riment\u00e9 les richesses de l'amour du Christ, qui h\u00e9siterait \u00e0 dire qu'il a re\u00e7u la meilleure part? Faut-il pour autant penser que ce privil\u00e8ge imm\u00e9rit\u00e9 nous donne une sup\u00e9riorit\u00e9 sur ceux qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s? Saint Paul a r\u00e9pondu \u00e0 cette question dans l'\u00e9p\u00eetre aux Romains ch. 3.
C'est le moment de regarder de plus pr\u00e8s la contrepartie du don de Dieu. Si la r\u00e9v\u00e9lation de la Bible ne nous offrait que s\u00e9curit\u00e9 et faisait de nous des mod\u00e8les de vertu, nous pourrions parler d'in\u00e9galit\u00e9. Mais c'est le Dieu Saint qui nous a fait approcher de lui, et nous allons nous br\u00fbler au feu de sa saintet\u00e9. Qui portera le poids de ce premier commandement : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton \u00e2me, de toutes tes forces"? Et qui fera mieux que ces ap\u00f4tres \u00e0 qui J\u00e9sus reprochait \u00e0 chaque instant leur peu de foi? L'histoire biblique est celle d'une longue s\u00e9rie de trahisons et d'incompr\u00e9hensions qui trouvent leur digne suite dans l'histoire de l'Eglise. Dieu a toujours permis que son peuple manque les occasions historiques et qu'il ne livre qu'au compte-gouttes le message dont il \u00e9tait porteur. Le peuple choisi est donc plus que tout autre un peuple de p\u00e9cheurs, et voici l'\u00e9quilibre r\u00e9tabli (Mal 1,11-12). 
Il faudrait beaucoup de suffisnce pour croire que nous atteindrons intellectuellement un lieu plus \u00e9lev\u00e9 d'o\u00f9 nous pourrons juger et m\u00e9langer les religions. La Bible reste \u00e0 part car elle est port\u00e9e par les mots {C}\u00e9lection{/} et {C}gr\u00e2ce{/}. Passer l'\u00e9lection sous silence, ce serait renier toute l'histoire biblique. Et cette \u00e9lection est confirm\u00e9e par le mot {C}gr\u00e2ce{/} que seule la foi chr\u00e9tienne met au centre de nos relations avec Dieu. Nous avons re\u00e7u la meilleure part et il n'est pas question de le nier: nous avons d\u00e8s ici-bas ce qui sera la richesse de l'\u00e9ternit\u00e9, le regard mutuel dans l'amour. Le Seigneur lui-m\u00eame nous a demand\u00e9 de lui faire des disciples dans toutes les nations (Mt 28,19).
Cette situation privil\u00e9gi\u00e9e nous incite \u00e0 porter la lumi\u00e8re \u00e0 ceux qui ne partagent pas notre foi, mais ce serait une erreur de croire que le Seigneur les traite moins bien que nous: m\u00eame si nous nous voyons plus riches, cette sup\u00e9riorit\u00e9 n'est que pour un temps. Lorsque nous passerons \u00e0 l'\u00e9ternit\u00e9, riches et pauvres se retrouveront sur un pied d'\u00e9galit\u00e9: les enfants de Dieu dispers\u00e9s deviendront les pierres vivantes d'une seule humanit\u00e9. C'est alors que les pauvres (s'il est permis d'appeller ainsi ceux qui n'ont pas connu le Sauveur) verront celui qu'ils ne connaissaient pas. Dieu attend ce moment pour les combler d'une mani\u00e8re qui laissera muets les privil\u00e9gi\u00e9s. Un renversement de toutes choses inaugure l'\u00e9ternit\u00e9 (Mt19,28_; Ac 3,21_; Ap 21,5).
Alors on comprendra que tous les chemins \u00e9taient n\u00e9cesaires, non pas d'abord compte tenu de la nature humaine, mais bien davantage encore {N}pour que{/} la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et les fantaisies de l'Amour-Dieu puissent se satisfaire pleinement. 

