{N}1,{/}1 Il faudrait allonger beaucoup la traduction de ces premiers versets si l'on voulait exprimer tout ce que Luc a condens\u00e9 en peu de mots. 
{C}Les \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu parmi nous{/}. En r\u00e9alit\u00e9 Luc emploie, sans doute volontairement, un verbe qui peut avoir deux significations diff\u00e9rentes: "qui est pleinement digne de foi", et: "qui marque un accomplissement". Accomplissement: on peut comprendre que ces \u00e9v\u00e9nements accomplissent toute l'esp\u00e9rance du peuple de Dieu; le sens est plut\u00f4t celui-ci: ces \u00e9v\u00e9nements ont atteint leur terme et se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames, autrement dit: c'est la bonne nouvelle d\u00e9finitive.

{N}1,{/}2 Luc r\u00e9fute d'avance ceux que son t\u00e9moignage pourrait g\u00eaner et qui affirment \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, sans aucune preuve, qu'il a \u00e9crit longtemps apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, sans la pr\u00e9sence de t\u00e9moins s\u00fbrs, et qu'il s'est content\u00e9 de rumeurs ou de fabulations th\u00e9ologiques pour nous parler d'\u00e9v\u00e9nements aussi lourds de sens que l'Annonciation ou la R\u00e9surrection. Les {C}t\u00e9moins{/} (le mot grec doit \u00eatre pris au sens strict: t\u00e9moin oculaire) et {C}serviteurs de la parole{/} sont pour Luc les ap\u00f4tres et non pas n'importe quel croyant.

{N}1,{/}4 Apr\u00e8s avoir tout \u00e9tudi\u00e9 depuis le d\u00e9but. Luc a accompagn\u00e9 Paul dans son voyage \u00e0 J\u00e9rusalem (Ac 21), il est m\u00eame fort probable qu'il s'y est retrouv\u00e9 plusieurs fois au sein des communaut\u00e9s les plus anciennes, celles de J\u00e9rusalem et de C\u00e9sar\u00e9e. C'est l\u00e0 qu'il a d\u00fb rencontrer les ap\u00f4tres et peut-\u00eatre m\u00eame Marie.
{C}L'enseignement que tu as re\u00e7u.{/} Le grec dit: les choses dont tu as \u00e9t\u00e9 "kat-\u00e9quis\u00e9"; ce verbe qui d\u00e9rive du mot "\u00e9cho" d\u00e9signe l'enseignement que le disciple apprend par coeur et est capable de redire comme un \u00e9cho de la parole du ma\u00eetre. Ceci confirme que l'\u00e9vangile a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 partir des traditions orales ou d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites qui formaient la base de la cat\u00e9ch\u00e8se.

{N}1,{/}8 Zacharie \u00e9tait du clan, ou du groupe d'Abias. Sur les classes des pr\u00eatres et leur service dans le Temple, voir 1Ch 24,10 et Ex 30,7. Le texte nous dit qu'Elisabeth \u00e9tait une fille de Aaron, ce qui signifie tout simplement qu'elle appartenait \u00e9galement \u00e0 une famille de pr\u00eatres. Si, comme nous le dit l'\u00e9vangile, Elisabeth \u00e9tait parente de Marie, il y a quelque probabilit\u00e9 de que Marie \u00e9galement ait \u00e9t\u00e9 de famille sacerdotale, c'est-\u00e0-dire de la tribu de L\u00e9vi, ce qui justifie la mission confi\u00e9e \u00e0 Joseph en Mt 2,20.
{C}Il fut d\u00e9sign\u00e9 par le sort.{/} Offrir l'encens \u00e9tait un honneur exceptionnel. Le Grand Pr\u00eatre n'entrait qu'une fois l'an dans la pi\u00e8ce la plus retir\u00e9e du Temple, le Saint des Saints. Les pr\u00eatres n'avaient acc\u00e8s qu'\u00e0 la pi\u00e8ce ant\u00e9rieure o\u00f9 chaque jour l'un d'eux venait offrir l'encens; l\u00e0 se trouvaient, avec l'autel de l'encens, le chandelier \u00e0 sept branches et la table des pains qu'on renouvelait chaque semaine (Heb 9,1-8). 

{N}1,{/}12 {C}La peur l'envahit{/}: le texte original reprend les mots de Gn 15,12.

{N}1,{/}17 Il passera en avant du Seigneur: comme le h\u00e9raut qui pr\u00e9c\u00e8de son seigneur et lui ouvre le chemin. Mais nous pouvons aussi comprendre: il cheminera (agira) en pr\u00e9sence (c'est-\u00e0-dire au service) du Seigneur. 

{N}1,{/}18 {C}Zacharie dit: Comment puis-je croire cela{/}? Bien des auteurs font observer que dans les r\u00e9cits bibliques d'une vocation ou d'une mission, il est habituel que la personne appel\u00e9e fasse des objections: la mission est trop difficile: Abraham et Sara sont \u00e2g\u00e9s (Gn 17,17), Mo\u00efse ne sait pas parler(Ex 4,10), G\u00e9d\u00e9on est un inconnu (Jg 6,15)... On en conclut parfois rapidement que ces objections ne sont qu'un artifice litt\u00e9raire. Il est vrai qu'on reconna\u00eet un peu partout une m\u00eame fa\u00e7on de d\u00e9velopper le r\u00e9cit, mais ce n'est pas une raison suffisante pour ne voir partout que des fables: on a trop de t\u00e9moignages vivants qui viennent confirmer cette r\u00e9action de personnes appel\u00e9es de Dieu. Le doute de Zacharie est la r\u00e9action normale d'un \u00eatre de chair et de sang face \u00e0 l'acte de foi qui lui est demand\u00e9. Il est rare qu'on s'engage avec Dieu sans avoir mesur\u00e9 les risques et les difficult\u00e9s de la d\u00e9cision. Les objections de Zacharie, de Joseph et de Marie n'ont rien de standard, elles nous aident \u00e0 voir l'attitude profonde avec laquelle ils accueillent l'appel. La question de Marie n'a rien \u00e0 voir avec celle de Zacharie: elle demande quel chemin elle devra suivre: \u00bfrestera-t-elle vierge ou non? Zacharie, par contre, h\u00e9site \u00e0 croire au miracle.
{C}Je suis Gabriel{/}, Gabriel, l'un des sept anges les plus grad\u00e9s, selon les traditions juives. Et le texte ajoute: "qui se tient devant Dieu", car il \u00e9tait l'un des sept qui peuvent entrer au conseil divin. Gabriel est aussi celui qui annonce les derniers temps en Dn 8,16 y 9,21. 

{N}1,{/}27 {C}Marie{/}. Dans la Bible ce nom n'appara\u00eet nulle part ailleurs que dans les r\u00e9cits sur Miriam, la soeur d'Aaron (Ex 15,20; Nb 12; Mi 5,4). Marie et Joseph vivent \u00e0 Nazareth, un village de Galil\u00e9e dont personne n'a parl\u00e9 dans l'histoire avant J\u00e9sus.

{N}1,{/}31 Le document que Luc reproduit ici adopte volontiers le style des livres historiques de la Bible. Il reprend ici les paroles m\u00eames de Gn 16,11-12 qui rapportent la naissance d'Isma\u00ebl.

{N}1,{/}34 Le texte dit: "Comment sera-ce possible si je ne connais pas d'homme? Cette question peut s'interpr\u00e9ter de diverses fa\u00e7ons:
- Marie comprend que Dieu va r\u00e9aliser cette oeuvre imm\u00e9diatement, et pour l'instant elle est seule,
- ou bien Marie dit que jusqu'\u00e0 ce moment elle n'a pas eu de relations,
- ou bien Marie dit qu'elle n'a pas eu et ne pense pas avoir de relations avec aucun homme, concr\u00e8tement, avec Joseph.
La seconde interpr\u00e9tation es difficile \u00e0 soutenir: si Marie, presque mari\u00e9e, pensait avoir d'ici peu des relations avec Joseph, l'ange devrait s'exprimer de fa\u00e7on plus claire pour dire qu'elle restera vierge jusqu'\u00e0 la conception de ce fils qui ne na\u00eetra pas comme les anciens personnages auxquels on fait allusion, que ce soient Isaac o G\u00e9d\u00e9on (Gn 18,10; Jg 13,3).

{N}1,{/}35 {C}La puissance du Tr\u00e8s-Haut... l'Esprit Saint... le Fils de Dieu{/}. Luc nomme intentionnellement les trois personnes divines, \u00e9galement impliqu\u00e9es dans cette venue de Dieu au monde.

{N}1,{/}39 Il serait difficile de trouver dans la Bible un pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 cette visite. Marie, qui a plus re\u00e7u, est celle qui va trouver Elisabeth. Son voyage, apparemment, r\u00e9pond \u00e0 une intuition proph\u00e9tique: elle n'est pas all\u00e9e pour aider une cousine, mais parce qu'elle avait une mission \u00e0 remplir. On ne pourrait trouver qu'un rapport lointain avec le transfert de l'arche en 2S 6: l\u00e0 aussi nous lisons qu'elle {C}resta six mois{/} et que David {C}sautait{/} devant l'Arche (6,11 et 16).

{N}1,{/}46 {C}Marie dit alors{/}. Quelques manuscrits et auteurs anciens lisent: "Elisabeth dit alors...". Bien des auteurs voient dans ce cantique de Marie, le Magnificat un chant de l'Eglise primitive que Luc aura adapt\u00e9 au cas de Marie et qui pouvait aussi bien convenir \u00e0 Elisabeth. Il est fort douteux que Marie l'ait compos\u00e9 de fa\u00e7on spontan\u00e9e \u00e0 partir de citations bibliques et qu'elle l'ait transmis \u00e0 Luc quarante ans plus tard. On peut penser que Luc a recueilli ce cantique et l'a ins\u00e9r\u00e9 ici parce qu'il convenait parfaitement \u00e0 la situation; il est fort possible qu'il l'ait lu dans le document m\u00eame qu'il traduisait. De toute fa\u00e7on, habitu\u00e9 comme il est \u00e0 peser chacun de ses mots, il est difficile de penser qu'il ait rapport\u00e9 \u00e0 quelque autre qu'\u00e0 Marie ces mots: {C}Tous les \u00e2ges me diront heureuse, {/}m\u00eame si des formules semblables se trouvent sur les l\u00e8vres de personnages antiques._

{N}1,{/}68 Ce que nous avons dit \u00e0-propos du Magnificat vaut \u00e9galement pour le cantique de Zacharie. Il suffirait sans doute de supprimer les versets 76 et 77 pour retrouver une composition de l'Eglise primitive de Palestine. Elle doit \u00eatre bien ancienne car elle se sent encore identifi\u00e9e au peuple d'Isra\u00ebl. Ici encore on c\u00e9l\u00e8bre la dimension historique du salut apport\u00e9 par J\u00e9sus.

{N}2,{/}1 Le texte parle d'un d\u00e9cret du C\u00e9sar Auguste. {C}Le C\u00e9sar{/}: c'\u00e9tait un titre de l'empereur, en souvenir de Jules C\u00e9sar, le grand anc\u00eatre. Auguste signifie: "divin", et c'\u00e9tait le surnom que l'empereur Octave, neveu de Jules C\u00e9sar, s'\u00e9tait fait attribuer avec modestie en l'an 27 avant le Christ. L'empire romain avait soumis tout le Moyen Orient et son gouverneur en Syrie avait autorit\u00e9 sur la Palestine o\u00f9 r\u00e9gnait H\u00e9rode.

{N}2,{/}4 Le texte dit: "car il \u00e9tait de la maison et de la famille de David". La {C}maison{/} incluait les ministres et les serviteurs de David. En parlant de la {C}famille{/}, on pr\u00e9cise que Joseph \u00e9tait un descendant au sens strict.
2.4 Le texte_dit: "il \u00e9tait de la maison et de la famille de David." C'est une expression consacr\u00e9e dont le second terme pr\u00e9cise le premier: il ne s'applique qu'aux descendants, tandis que la maison englobe aussi les familiers et les serviteurs.
{C}Il monta en Jud\u00e9e.{/} Comme Marie en 1,39, parce que les monts de Juda atteignent les 800 m\u00e8tres d'altitude \u00e0 J\u00e9rusalem comme \u00e0 Bethl\u00e9em et de toutes part on monte vers la capitale.
{C}Avec Marie son \u00e9pouse{/}. Comme Matthieu en 1,18, Luc pr\u00e9cise que Marie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e \u00e0 Joseph au moment de l'Annonciation, et mari\u00e9e au moment de la naissance de J\u00e9sus.

{N}2,{/}6 Bien des personnes se sentent un peu frustr\u00e9es lorsqu'on les prive de Marie et Joseph cherchant en vain un g\u00eete et allant se r\u00e9fugier dans une \u00e9table apr\u00e8s qu'on leur a ni\u00e9 l'acc\u00e8s au caravans\u00e9rail. Le mot grec {C}kataluma{/} qu'on traduit souvent par: "auberge" ou "caravans\u00e9rail" se retrouve en deux autres endroits du Nouveau Testament: Mc 14,14 et Lc 22,11: c'est la salle haute o\u00f9 J\u00e9sus c\u00e9l\u00e8bre la Derni\u00e8re C\u00e8ne. Si nous cherchons dans l'Ancien Testament grec, le mot d\u00e9signe parfois un refuge pour les nomades dans le d\u00e9sert (c'est sans doute le sens ancien), mais aussi la salle d'un banquet de sacrifice, des chambres d'une habitation priv\u00e9e, un logement quelconque. Il n'y a pas lieu de renier la tradition tr\u00e8s ancienne qui situait la naissance de J\u00e9sus dans une grotte situ\u00e9e dans le centre de l'ancien village de Bethl\u00e9em ; c'est l\u00e0 que saint J\u00e9r\u00f4me a v\u00e9cu des ann\u00e9es lorsqu'il traduisait la Bible en latin. Le sens de l'hospitalit\u00e9 en ce temps et dans ces circonstances rend presque impossible de croire que Joseph et Marie n'aient rien pr\u00e9vu et n'aient pas \u00e9t\u00e9 accueillis. Au contraire on imagine tr\u00e8s bien la ma\u00eetresse de maison leur disant: "Vous ne pouvez pas accoucher au milieu de tous ces hommes: derri\u00e8re c'est la r\u00e9serve, et nous y avons des b\u00eates, mais ce sera mieux pour vous".

{N}2,{/}12 {C}Et voici son signalement{/}. Le signe qui leur est donn\u00e9 n'est pas seulement un moyen de le reconna\u00eetre: c'est le signe qui permet de comprendre qui sera cet enfant. C'est le m\u00eame qu'indiquait Is 7,14: la Vierge met au monde un enfant qui grandit dans une pauvret\u00e9 extr\u00eame. Le signe donn\u00e9 aux pasteurs r\u00e9v\u00e8le celui qui fera sortir notre salut de sa propre humilit\u00e9 et pauvret\u00e9.
{C}Un sauveur qui est le Messie-Seigneur{/}. Les deux mots accol\u00e9s pr\u00e9cisent que ce Messie est \u00e9galement le Dieu Seigneur. Comme en Is 7,14, Marie est nomm\u00e9e la premi\u00e8re en 2,16.

{N}2,{/}14 Une multitude de l'arm\u00e9e c\u00e9leste. Cette manifestation surnaturelle fait penser \u00e0 d'autres qui suivront au long de l'histoire de l'Eglise plus qu'elle ne ressemble \u00e0 celles qu'on lit dans l'Ancien Testament. Voir pourtant Gn 28 et Is 6,2. Dieu veut proclamer les merveilles qu'il est en train d'accomplir et ses oeuvres ne sont jamais cach\u00e9es pour tous. Les anges les r\u00e9v\u00e8lent aujourd'hui aux pasteurs comme hier Balaam le faisait malgr\u00e9 lui (Nb 24) et comme demain le feront les enfants dans le Temple et les proph\u00e8tes du Nouveau Testament (Ep 3,5).
Le texte dit: "Paix aux hommes de la complaisance". Deux interpr\u00e9tations sont possibles: paix aux hommes parce que Dieu se compla\u00eet en eux: Dieu aujourd'hui s'est rendu proche pour l'humanit\u00e9. Ou bien: paix aux hommes en qui Dieu se compla\u00eet, c'est-\u00e0-dire \u00e0 ceux qu'il a choisis (Dn 2,23; Lc 3,22). 

{N}2,{/}19 {C}Marie, pour sa part{/}. Un indice qui invite \u00e0 penser que Marie est directement ou indirectement \u00e0 l'origine de ces informations.

{N}2,{/}22 Dans le commentaire de 2,7 nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de ce {C}premier-n\u00e9{/}. Voir \u00e0 ce sujet la note relative \u00e0 Ex 12.12 qui rappelle la valeur permanente de cette loi, ou au moins de son esprit, pour le peuple de Dieu. Pour toute naissance la m\u00e8re devait se purifier ; dans le cas du premier-n\u00e9 l'enfant \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 et rachet\u00e9.

{N}2,{/}34 {C}Il apportera, soit la chute, soit la r\u00e9surrection{/}: c'est bien ce qu'on pouvait attendre de celui qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en Isra\u00ebl une pierre de scandale (Is 8,14-17), et qui devait le rester parmi nous. 
{C}Il sera un signe de division,{/} comme l'avaient \u00e9t\u00e9 les grands proph\u00e8tes qui l'annonc\u00e8rent (Jer 1,17-19; Is 50,5-7).
{C}Par ce moyen sera mis \u00e0 nu le fond des coeurs{/}: Jean reviendra sur ce r\u00e9sultat du minist\u00e8re de J\u00e9sus (3,19; 9,41); "de la multitude" dit le texte comme en Mc 14,24: c'est une allusion \u00e0 Is 53,11-12 qui oppose le seul Serviteur de Yahv\u00e9 \u00e0 la multitude de ceux qu'il sauve. Lorsque Luc \u00e9crit ces paroles et mentionne l'\u00e9p\u00e9e qui transpercera l'\u00e2me de Marie, il pense sans doute \u00e0 la crucifixion et au texte de Za 12,10: Ils verront celui qu'ils ont transperc\u00e9. 

{N}2,{/}39 Ils retourn\u00e8rent en Galil\u00e9e. Cette observation de Luc exclut tout ce que nous conte Mt 2 et appuie l'opinion g\u00e9n\u00e9rale selon laquelle ce chapitre de Matthieu pr\u00e9sente la future mission de J\u00e9sus sous forme d'images populaires qui viennent moins de faits certifi\u00e9s que des l\u00e9gendes traditionnelles relatives aux grands acteurs de l'Histoire Sainte: Abraham, Mo\u00efse...

{N}2,{/}49 Le texte pourrait se traduire "dans les choses de mon P\u00e8re", mais c'est une expression h\u00e9bra\u00efque qui signifie: "chez".

{N}3,{/}2 El texte dit: "durant le pontificat d'Anne et de Ca\u00efphe". Notation importante car on reconnaissait un caract\u00e8re sacr\u00e9 \u00e0 la personne du Grand Pr\u00eatre: de fait il \u00e9tait le responsable du peuple \u00e9lu, devant Dieu et devant les hommes. Il n'y avait en droit qu'un seul Grand Pr\u00eatre et il l'\u00e9tait \u00e0 vie, mais ces ann\u00e9es-l\u00e0 le pouvoir \u00e9tait \u00e0 la merci du gouverneur romain. Anne, ex-grand pr\u00eatre et beau-p\u00e8re de Ca\u00efphe jouissait d'une grande autorit\u00e9 (Jn 18,13). 

{N}3,{/}4 On sait que les \u00e9vang\u00e9listes ont adapt\u00e9 ce texte qu'ils copiaient de la Bible grecque (les LXX). Le proph\u00e8te disait: Une voix crie: "Dans le d\u00e9sert pr\u00e9parez le chemin du Seigneur... " Et eux \u00e9crivent: Une voix crie dans le d\u00e9sert: "Pr\u00e9parez...
Il est facile de voir que pour Luc{C} le Seigneur{/}, qui pour le proph\u00e8te \u00e9tait Yahv\u00e9, devient le Christ - nous l'avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9. 

{N}3,{/}7 -9 Est identique \u00e0 Mt 3,7-10. Mais Matthieu pr\u00e9cise que l'invective visait un groupe de Pharisiens ou Sadduc\u00e9ens qui sans doute \u00e9taient venus s'informer (Jn 1,19) alors que Luc la destine au peuple qui vient se faire baptiser. 
{C}Qui vous a dit que vous \u00e9chapperez \u00e0 la Col\u00e8re qui vient?{/} La {C}Col\u00e8re{/} est un de ces mots qui permettent de parler de Dieu sans le nommer ni blasph\u00e9mer son nom en lui attribuant directement des sentiments humains. La Col\u00e8re est une menace suspendue sur la t\u00eate des coupables. C'est une sentence d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9e et qui va se r\u00e9aliser \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance (Is 26,10 ; Sg 18,23). Certains n'h\u00e9sitent pas \u00e0 parler de Col\u00e8re pour d\u00e9signer une grande \u00e9preuve (Pr 11,4 ; Sir 7,16), tellement ils sont convaincus que l'\u00e9preuve ne s'abattrait pas sur le peuple s'il n'avait pas \u00e9t\u00e9 infid\u00e8le (1Ma 2,49).
La menace du feu n'est pas un \u00e9l\u00e9ment secondaire de la pr\u00e9dication de Jean: fid\u00e8le \u00e0 l'enseignement des proph\u00e8tes, il voit la venue du Seigneur et de son Messie comme l'heure d'un jugement. Jean voyait-il ce jugement comme une fin du monde? Sans doute pas davantage que les proph\u00e8tes. Ceux-ci reconnaissaient dans les trag\u00e9dies pr\u00e9sentes une premi\u00e8re r\u00e9alisation du jugement qui pesait sur toute l'histoire. Mais le cas de Jean est sp\u00e9cial car il est certain qu'il s'est pr\u00e9sent\u00e9 comme celui qui pr\u00e9c\u00e9dait le Messie (outre le t\u00e9moignage des \u00e9vangiles il faut lire Ac 18,25 et 19,4).
Chez Jean Baptiste on se convertit parce qu'on sait que le mal sera s\u00e9v\u00e8rement puni. J\u00e9sus n'\u00e9limine pas cette perspective (Mt 18,8 ; Lc 13,5), mais il en ouvre d'autres. Toutes les personnes n'ont pas les m\u00eames motivations ; J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 chacun selon l'image de Dieu qu'il porte en lui. Il parle de feu et de g\u00e9henne \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 l'\u00e9cole des proph\u00e8tes.

{N}3,{/}10 Jean partage avec les Ess\u00e9niens du d\u00e9sert la conviction d'une venue imminente du Jugement: le R\u00e8gne de Dieu am\u00e8nera le ch\u00e2timent des p\u00e9cheurs. Mais Jean ne les suit pas lorsqu'il offre le salut \u00e0 tous; les Ess\u00e9niens consid\u00e9raient que seuls ceux qui se joignaient \u00e0 leurs communaut\u00e9s seraient sauv\u00e9s. Jean montre un chemin de salut m\u00eame aux publicains et aux {C}soldats{/}, des Juifs qui faisaient office de troupes auxiliaires pour le compte des Romains.

{N}3,{/}16 Un plus fort que moi. Le Puissant, le fort, le valeureux, le vainqueur est Dieu, et son Messie est \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s: Is 11,2; 49,25; 53,12. Voir Mt 12,29
{C}Dans l'Esprit Saint et le feu{/}: peut-\u00eatre faut-il comprendre que ce sera l'un ou l'autre.

{N}3,{/}23 Les g\u00e9n\u00e9alogies selon Matthieu et selon Luc sont fort diff\u00e9rentes. On sait que la g\u00e9n\u00e9alogie peut choisir la paternit\u00e9 de sang ou la paternit\u00e9 adoptive, qu'elle peut sauter des \u00e9chelons, mais nous aimerions en savoir plus. Certains ont imagin\u00e9 qu'une des deux \u00e9tait la g\u00e9n\u00e9alogie de Marie, ce qui semble impossible. O\u00f9 Luc est-il all\u00e9 chercher celle-ci? Il n'y a pas de r\u00e9ponse.

{N}4,{/}5 Dans la litt\u00e9rature juive du temps de J\u00e9sus nous trouvons un texte relatif \u00e0 ce th\u00e8me. Dans une vision, Dieu montre \u00e0 Satan le Messie glorieux qui du sommet d'une montagne, domine l'univers; Satan tombe \u00e0 terre et doit se soumettre. D'autres textes nous montrent le Messie descendant du ciel vers la multitude des fid\u00e8les assembl\u00e9s sur les parvis du Temple. De telles images ne manquent pas entre les chr\u00e9tiens, mais ici l'\u00e9vangile ne parle que de l'ob\u00e9issance de J\u00e9sus \u00e0 son P\u00e8re.

{N}4,{/}16 {C}Il se leva pour faire la lecture{/}. Le pr\u00e9sident de la synagogue pouvait faire appel \u00e0 toute personne qu'il jugeait capable de lire et de commenter les lectures du jour (Ac 13,15). {C}Il trouva le passage{/} (il ne le choisit pas), soit qu'il ait pris le texte fix\u00e9 par la liturgie pour ce sabbat, soit qu'il l'ait trouv\u00e9 par hasard.

{N}4,{/}18 Au dernier vers le texte dit de fa\u00e7on pr\u00e9cise: "renvoyer affranchis ceux qui sont \u00e9cras\u00e9s". Ce dernier mot a une signification assez \u00e9tendue. Dans le texte d'Isa\u00efe 58,6 il s'agit plut\u00f4t de ceux qui sont \u00e9cras\u00e9s par leurs dettes; mais le mot recouvre toutes les formes de l'\u00e9crasement des faibles dans n'importe quel syst\u00e8me. 

{N}4,{/}21 Le texte dit: "Aujourd'hui cette Ecriture s'est accomplie \u00e0 vos oreilles". Cela doit se comprendre: cette proph\u00e9tie vient de s'accomplir comme d\u00e9j\u00e0 vous \u00eates en train de l'entendre. J\u00e9sus part d'un fait: sa pr\u00e9dication et les miracles accomplis \u00e0 Capharna\u00fcm et que la rumeur a rapport\u00e9s aux gens de Nazareth. Ce sont l\u00e0 les signes pr\u00e9curseurs d'une gr\u00e2ce, une ann\u00e9e jubilaire accord\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame.
Et Luc ajoute: tous s'\u00e9tonnaient de ces {C}paroles de la gr\u00e2ce{/} qui tombaient de ses l\u00e8vres. La m\u00eame expression se lit Ac 14,3 y 20,32: l\u00e0 nous voyons qu'il s'agit d'une {C}proclamation de la gr\u00e2ce{/} que Dieu maintenant accorde aux hommes. 
Pourtant, le retournement des auditeurs dont parle la fin du verset 22 ne manque pas de nous surprendre. Au d\u00e9but du commentaire nous avons dit que Luc avait sans doute voulu joindre en une m\u00eame sc\u00e8ne deux r\u00e9actions diverses, l'une favorable, l'autre hostile, des gens de Nazareth. Mais ce n'est pas du tout certain.
Nous traduisons par: {C}tous l'approuvaient{/} un verbe qui signifie "lui rendaient t\u00e9moignage" mais qui, avec une forme grammaticale \u00e0 peine diff\u00e9rente pourrait se traduire {C}tous{/} {C}protestaient contre lui{/}. C'est donc d\u00e8s le d\u00e9part qu'ils sont \u00e9tonn\u00e9s et choqu\u00e9s du commentaire que J\u00e9sus leur donne: non seulement parce qu'il s'appuie sur le texte pour donner une valeur exceptionnelle \u00e0 sa propre pr\u00e9dication et aux gu\u00e9risons qu'il op\u00e8re, mais encore parce qu'il supprime le dernier vers d'Isa\u00efe qui pour eux \u00e9tait le plus important car il parlait de la vengeance de Dieu contre les oppresseurs de son peuple. J\u00e9sus \u00e9liminait cette revanche sur l'\u00e9tranger, et il allait le redire de fa\u00e7on plus claire encore avec les exemples donn\u00e9s aux versets 25-27.

{N}4,{/}24 {C}Aucun proph\u00e8te n'est bien re\u00e7u dans sa patrie{/}. J\u00e9sus avait s\u00fbrement m\u00e9dit\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9 depuis longtemps: il s'\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 Capharna\u00fcm pr\u00e9voyant la difficult\u00e9 qu'il y a pour un charpentier de village \u00e0 convaincre ses voisins de sa mission divine.

{N}5,{/}19 {C}Au travers des tuiles{/}. Ce petit d\u00e9tail nous montre fort bien comment l'\u00e9vang\u00e9liste, lorsqu'il reproduit la tradition orale sur les faits et gestes de J\u00e9sus, adapte pour le moins le d\u00e9cor et les gestes. Marc (2,4) nous disait comment, dans une maison palestinienne couverte de roseaux enduits d'argile, on avait fait une ouverture. Luc parle pour des Grecs qui ne connaissent que la couverture de tuiles.

{N}5,{/}36 Pour rapi\u00e9cer un vieux v\u00eatement. Pour certains ce rapi\u00e9\u00e7age que J\u00e9sus refuse \u00e9tait seulement la r\u00e9forme des interpr\u00e9tations erron\u00e9es de la Loi que pouvaient donner les pharisiens et les ma\u00eetres de son temps. Il est bien plus probable que J\u00e9sus refuse de compl\u00e9ter et expliciter la Loi, c'est-\u00e0-dire la religion de l'Ancien Testament, telle qu'elle se pr\u00e9sentait au terme d'une longue tradition o\u00f9 se m\u00ealaient intimement l'humain et le divin, l'essentiel et l'accessoire.
J\u00e9sus laisse de c\u00f4t\u00e9 le moule des pratiques juives et nous fait passer \u00e0 une autre \u00e9tape, celle-l\u00e0 d\u00e9finitive, que l'Ancien Testament annon\u00e7ait (voir Mt 5,17 et Heb 10,9). Lorsque nous disons que J\u00e9sus porte la Loi \u00e0 sa perfection, il ne s'agit pas seulement d'un pas en avant sur la voie d'une foi mieux comprise ou d'une morale plus parfaite: J\u00e9sus r\u00e9oriente toutes les perspectives \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement neuf et inattendu qu'est la mort et la r\u00e9surrection du Messie.
Il faut des hommes nouveaux et de nouvelles formes de pens\u00e9e pour garder le vin nouveau qui symbolise une nouvelle cr\u00e9ation (Jn 2) et le don de l'Esprit (Ac 2,13; Ep 5,18). Luc, disciple de Paul, montre le risque couru par l'Eglise si elle accepte de se mettre \u00e0 la mode des juda\u00efsants ou jud\u00e9o-chr\u00e9tiens de son temps; ils refusent de reprendre \u00e0 la base la vision que la communaut\u00e9 juive avait de la {C}justice {/}ou perfection religieuse avant que J\u00e9sus ne vienne.

{N}6,{/}14 {N}LA LISTE DES DOUZE{/}
Voir la note plac\u00e9e en Marc 3.14. 
Il est certain que J\u00e9sus en a choisi douze, un chiffre plein de sens dans le peuple des douze tribus: Lc 22,30; Ac 1,15-26; Ap 4,4; 21,12.
Il se peut que certains des Douze n'aient pas retenu l'attention de l'Eglise et que la tradition, pr\u00e9occup\u00e9e pour garder une liste de douze, y ait inclus des disciples de la premi\u00e8re heure qui s'\u00e9taient signal\u00e9s \u00e0 l'attention de tous. Il y a des liens, r\u00e9els ou forg\u00e9s par la tradition, entre l'ap\u00f4tre Philippe et le diacre de ce nom (Ac 6 et 8).
La liste des Douze n'est pas identique dans les trois \u00e9vangiles synoptiques, auxquels il faut ajouter Ac 1,13. On ne sait pas s'il faut traduire "Judas de Jacques" par "fils " ou "fr\u00e8re" de Jacques. Cependant on voit qu'il remplace Thadd\u00e9e (appel\u00e9 Lebb\u00e9e dans certains manuscrits anciens) que citent Matthieu et Marc. Thadd\u00e9e est-il le m\u00eame que "Judas de Jacques"? Ou bien \u00e9tait-il l'un des Douze et se serait-il retir\u00e9, ou aurait-il \u00e9t\u00e9 vite oubli\u00e9, remplac\u00e9 \u00e0 ce moment par Judas de Jacques? Luc nous parle du remplacement de Judas Iscariote (Ac 1,15), il n'\u00e9tait pas oblig\u00e9 de nous parler d'autres possibles remplacements, d'autant plus ais\u00e9s qu'il y eut un temps o\u00f9 l'on donnait le titre d'ap\u00f4tres \u00e0 certains qui passaient pour fondateurs d'\u00e9glises. Par ailleurs, il n'y a aucune raison d'identifier Barth\u00e9lemy avec Nathana\u00ebl: le fait que Jean 1,45-50 nous montre ce dernier entre les premiers disciples ne prouve pas qu'il ait \u00e9t\u00e9 du nombre des ap\u00f4tres. 
Simon le {C}z\u00e9lote{/} est appel\u00e9 le {C}canan\u00e9en {/}en Mt 10,4. Ce terme, en h\u00e9breu, a le m\u00eame sens que z\u00e9lote: le fanatique. On avait l\u00e0 des terroristes pr\u00eats \u00e0 assaillir les romains ou leurs collaborateurs.

{N}6,{/}43 {C}Il n'y a pas d'arbre sain{/}. Luc rapporte ces sentences \u00e0 la conscience droite. Il est n\u00e9cessaire de purifier notre esprit et nos jugements pour qu'ensuite nos paroles et nos actes produisent des fruits de bont\u00e9.

{N}6,{/}46 Dans tout ce discours Luc nous donne des sentences courtes de J\u00e9sus que Matthieu a trouv\u00e9es et recopi\u00e9es comme lui dans son Sermon sur la Montagne. On notera que certaines d'entre elles avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 quelque peu modifi\u00e9es. Ici, par exemple, seuls des convertis pouvaient invoquer J\u00e9sus de cette fa\u00e7on: {C}Seigneur! Seigneur{/} {C}!{/}

{N}7,{/}2 Comparer avec Jn 4,46 qui, semble-t-il, rapporte la m\u00eame gu\u00e9rison. Cela permet d'appr\u00e9cier le genre de pr\u00e9cision qu'on peut attendre des r\u00e9cits de miracles. On voit entre autres que Jean parle d'un "fonctionnaire du roi". Mais quelques ann\u00e9es plus tard les romains se substitu\u00e8rent au roi et les synoptiques, oubliant ou ignorant la situation ancienne nous parlent d'un "centurion" romain. Il est \u00e9galement possible qu'on ait fondu deux gu\u00e9risons obtenues sur les m\u00eames lieux et qui avaient des points de ressemblance. 

{N}7,{/}13 Na\u00efm, village proche de Sunem o\u00f9 Elis\u00e9e avait ressuscit\u00e9 un mort (2R 4,8). {C}Il le rend \u00e0 sa m\u00e8re{/}, comme avait fait Elie (1R 17,23). Ailleurs reviendra cette comparaison de J\u00e9sus et d'Elie, sp\u00e9cialement en 9,27-62. Et la foule parle d'un {C}grand proph\u00e8te{/} car dans la Bible il n'y a qu'Elie et Elis\u00e9e qui aient ressuscit\u00e9 des morts.
{C}Dieu a visit\u00e9 son peuple{/}: il s'est souvenu de lui et est intervenu, comme en Gn 50,24; Rut 1,7 et Lc 1,68.

{N}7,{/}21 La r\u00e9ponse de J\u00e9sus est tir\u00e9e de Is 61,1, le m\u00eame texte que J\u00e9sus commente dans la synagogue de Nazareth: Lc 4,18.
{C}Les pauvres entendent une bonne nouvelle{/}. La pr\u00e9dication de J\u00e9sus r\u00e9alise ce que le proph\u00e8te disait de lui-m\u00eame lorsqu'il lui \u00e9tait demand\u00e9 d'annoncer aux exil\u00e9s de Babylone le pardon de Dieu et le retour \u00e0 leur terre. J\u00e9sus souligne que les pauvres se reprennent \u00e0 esp\u00e9rer. Voil\u00e0 qui, aujourd'hui encore, mesure l'authenticit\u00e9 de notre \u00e9vang\u00e9lisation, et non pas la multiplication de nos aides ou la publication de documents sur notre amour pour les pauvres. 

{N}7,{/}30 On pouvait difficilement imaginer les gens bien prenant le chemin du d\u00e9sert, se m\u00ealant \u00e0 la foule des ignorants et se d\u00e9shabillant dans le Jourdain. Mais si \u00e7'avait \u00e9t\u00e9 le chemin pour rena\u00eetre?

{N}7,{/}33 {C}Il a un d\u00e9mon{/}. Voil\u00e0 qui nous montre que la langue grecque, et l'\u00e9vangile, parlent souvent de "d\u00e9mons" pour un d\u00e9sordre psychologique ou une excentricit\u00e9. Cela ne venait \u00e0 l'id\u00e9e de personne que Jean ait \u00e9t\u00e9 poss\u00e9d\u00e9 du d\u00e9mon.

{N}7,{/}35 Comparer avec Mt 11,19. Matthieu dit que "la Sagesse a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par ses oeuvres", c'est-\u00e0-dire: les r\u00e9sultats ont montr\u00e9 qu'elle avait vu juste. Luc dit que "la Sagesse a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9e par ses enfants", c'est-\u00e0-dire: ses enfants ont su voir qu'elle avait bien agi. 

{N}7,{/}37 Cette femme qui peut se permettre d'entrer chez Simon n'est pas n'importe qui: elle est de son milieu, elle a de l'argent, et ce n'est pas une prostitu\u00e9e, m\u00eame si sa vie n'a pas \u00e9t\u00e9 exemplaire. Luc ne la nomme pas, mais il a tout fait pour qu'on reconnaisse Marie de B\u00e9thanie, la parente de Marthe et de Lazare (Jn 12,3).

{N}8,{/}3 J\u00e9sus a trouv\u00e9 sans peine le langage que pouvait entendre le peuple pauvre auquel il appartenait, mais bien des amis lui sont \u00e9galement venus du milieu plus ais\u00e9 et plus instruit. Les femmes, ces laiss\u00e9es pour compte de la soci\u00e9t\u00e9 religieuse, le devinaient mieux du fait qu'elles ne jugeaient pas toute la vie et les personnes \u00e0 travers les lunettes et les \u00e9tiquettes des partis et des dogmes. J\u00e9sus a eu avec certaines d'entre elles des \u00e9changes en profondeur: Marie n'a peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 pour lui moins que Pierre et que Jean. Comme le temps lui a \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9, il n'a pas eu \u00e0 se d\u00e9fendre de ces amis et bienfaiteurs qui n'auraient pas manqu\u00e9 de l'accaparer et de donner \u00e0 son \u00e9vang\u00e9lisation les bases solides de la sagesse humaine.

{N}8,{/}12 Luc montre ici ce qui lui tient \u00e0 coeur: pour les emp\u00eacher de croire de d'\u00eatre sauv\u00e9s. Oubliant le semeur et les semailles, il pense au salut: il n'y a pas de salut sans la foi, laquelle demande qu'on ait entendu le message. D'entr\u00e9e il identifie la semence et la Parole de Dieu; et au moment de conclure la parabole, il c\u00e9l\u00e8bre ceux qui \u00e9coutent la Parole et la mettent en pratique.

{N}8,{/}16 {C}Faites bien attention \u00e0 la fa\u00e7on dont vous \u00e9coutez{/}. Chez Luc ces courtes paraboles viennent confirmer celle du Semeur et nous disent que la meilleure pr\u00e9paration pour en savoir plus est de bien tirer profit de ce qu'on a d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u. Celui qui accueille cette doctrine comme un secret pr\u00e9cieux doit la faire sienne \u00e0 tel point qu'il puisse la transmettre \u00e0 d'autres et \u00eatre lumi\u00e8re pour le monde. Alors il lui sera donn\u00e9 une compr\u00e9hension plus profonde des choses de Dieu.

{N}8,{/}43 {N}TA FOI T'A SAUVEE{/}
De nombreux manuscrits anciens ont pour ce verset un texte plus long et plus proche de Mc 5,25. Ce d\u00e9tail compte peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la parole de J\u00e9sus: {C}Ta foi t'a sauv\u00e9e{/}. On la trouve chez Matthieu et Marc dans le m\u00eame r\u00e9cit, quatre fois encore dans Luc (7,50 ; 17,19 ; 18,42 et Ac 14,9). De quelle foi s'agit-il? Si mal inform\u00e9s qu'aient \u00e9t\u00e9 les malades, ils en savaient assez pour consid\u00e9rer J\u00e9sus comme un proph\u00e8te (Mc 6,15), et ils s'\u00e9taient approch\u00e9s de lui avec la m\u00eame certitude: "Dieu a visit\u00e9 son peuple!" (Lc 7,16).
Voici donc la foi comme on la rencontre dans le peuple tout simple et sans th\u00e9ologie. Et J\u00e9sus est le premier qui la met en valeur. Si nous nous reportons aux r\u00e9cits de miracles de l'Ancien Testament qui peuvent se comparer avec ceux de l'\u00e9vangile -en fait on ne les trouvera gu\u00e8re que dans les chapitres consacr\u00e9s \u00e0 Elie et Elis\u00e9e (1 R 17 ; 2 R 1-7)- la foi n'est pas absente, mais elle n'est pas le plus important (Nb 21,9). Les r\u00e9cits mettent en relief le charisme du proph\u00e8te, et le proph\u00e8te qui, lui, a la foi et le charisme, demande \u00e0 Dieu le miracle. L'\u00e9vangile de son c\u00f4t\u00e9, celui de Marc tout sp\u00e9cialement, t\u00e9moigne de la puissance de J\u00e9sus qui, \u00e0 la diff\u00e9rence du proph\u00e8te, ne demande rien \u00e0 Dieu et donne un ordre. Mais Luc se pla\u00eet aussi \u00e0 rappeler les paroles de J\u00e9sus qui s'efface devant le pouvoir de la foi chez les croyants tout simples. 
Ce pouvoir de la foi est regard\u00e9 de haut par bien des personnes, et l'on pense aussit\u00f4t: "C'est la m\u00eame foi qui am\u00e8ne aux charlatans leur client\u00e8le". On n'y voit qu'une autosuggestion qui en certains cas donne un coup de fouet dont on avait besoin, mais n'a gu\u00e8re de valeur sur le plan m\u00e9dical et encore moins sur le plan religieux. 
La parole de J\u00e9sus nous invite bien plut\u00f4t \u00e0 envier cette foi non instruite qui souvent reconna\u00eet les proph\u00e8tes mais ne fait pas grand usage de l'Eglise install\u00e9e: elle est une de nos grandes richesses. Dans le monde autour de nous, au d\u00e9part de tout ce qui est grand il y a eu la foi, sinon sous la forme: "Dieu a visit\u00e9 son peuple", au moins dans sa version la\u00efcis\u00e9e: "la Providence, ou la chance, nous aidera". Dans toutes les religions ce langage est entendu. 
Cette foi, l'Ancien Testament la montrait en action (relire Heb 11) mais il n'en parlait gu\u00e8re. Les \u00e9crits du Nouveau Testament par contre font \u00e0 chaque instant l'\u00e9loge de la foi, mais le plus souvent il s'agit de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise de la foi au Christ Seigneur. Car ces livres nous parlent de croyants qui vivent consciemment leur vie nouvelle de baptis\u00e9s, et l'important de la foi "selon le Christ" (voir la note en Ac 4.12), c'est qu'elle donne acc\u00e8s aux biens surnaturels. On est donc un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du terrain o\u00f9 se d\u00e9battent les pauvres gens. Mais ici l'\u00e9vangile nous rappelle cette grande majorit\u00e9 de nos fr\u00e8res humains pour qui le pain du lendemain n'est pas assur\u00e9 et pour qui m\u00e9decins et services de sant\u00e9 sont un luxe hors de leur port\u00e9e. Leur foi mal ou peu instruite, tr\u00e8s conditionn\u00e9e par les besoins du moment (2 R 4,39 ; Jn 2,3), n'en a pas moins de valeur aux yeux de Dieu. Un optimisme irraisonn\u00e9 les invite parfois \u00e0 penser que Dieu doit les tirer d'affaire, et Dieu se reconna\u00eet dans cette id\u00e9e qu'ils se font de lui.

{N}9,{/}7 {C}Jean a \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9{/}. Le peuple pensait qu'Elie reviendrait dans les derniers temps (Mal 3,23; Sir 48,10), y avec lui reviendraient les proph\u00e8tes et les martyrs. On consid\u00e9rait Jean comme un martyr et il reviendrait s\u00fbrement pour punir H\u00e9rode. Sa mort s'ajoutait \u00e0 beaucoup d'autres de patriotes ex\u00e9cut\u00e9s ou crucifi\u00e9s: de telles injustices inspiraient la certitude que le jugement \u00e9tait proche. D'autres associaient J\u00e9sus et Jean: J\u00e9sus faisait les miracles que Jean n'avait pas faits.

{N}9,{/}10 Cette mention de {C}Bethsa\u00efde{/} semble contredire Jn 6,1, mais le texte n'est pas s\u00fbr et Bethsa\u00efde manque en bien des manuscrits.

{N}9,{/}51 {C}Le temps o\u00f9 il devait \u00eatre enlev\u00e9 de ce {/}monde: ceci \u00e9voque la figure d'Elie (2R 2,1). {C}Il prit r\u00e9solument:{/} le texte dit: il durcit sa face. Ce mot visage va revenir en diverses expressions tr\u00e8s h\u00e9bra\u00efques: il avait envoy\u00e9 devant sa face... (52) parce que sa face \u00e9tait tourn\u00e9e vers J\u00e9rusalem (53)... les envoya devant sa face (10,1). Ce style nous indique que le voyage \u00e0 J\u00e9rusalem s'inscrit dans la grande tradition de l'histoire sainte: comme les p\u00e8lerins montaient \u00e0 J\u00e9rusalem pour y rencontrer la face, c'est-\u00e0-dire la pr\u00e9sence divine, de m\u00eame J\u00e9sus chemine imperturbablement vers le lieu de sa Passion qui sera aussi celui de sa glorification.
J\u00e9sus suit le chemin plus direct qui traverse la Samarie, avec les probl\u00e8mes pr\u00e9visibles en un pays hostile. Pour la question de Jacques et Jean (les fils du tonnerre: Mc 3,17) voir 2R 1,10.

{N}9,{/}56{C} J\u00e9sus les reprend{/}. De nombreux manuscrits ajoutent: Vous ne savez pas de quel esprit vous \u00eates; le Fils de l'Homme n'est pas venu pour perdre mais pour sauver (ver 19,10).

{N}10,{/}1 Ces instructions de J\u00e9sus aux soixante dix ou soixante douze disciples sont pratiquement les m\u00eames que celles donn\u00e9es aux ap\u00f4tres en 9,1. Il semble bien que Luc, aussi bien que Matthieu, disposaient de deux textes assez semblables. Matthieu les a fondus en un seul, Luc en aura plac\u00e9 un en 9,1 et l'autre ici m\u00eame.

{N}10,{/}17 On remarquera la forme tr\u00e8s h\u00e9bra\u00efque de la r\u00e9ponse de J\u00e9sus avec la reprise des mots qu'on lui offre. Les disciples disent: {C}Ton nom{/}, et J\u00e9sus r\u00e9pond: {C}Vos noms{/}. Les disciples se r\u00e9jouissent et J\u00e9sus dit: ne vous r\u00e9jouissez pas. Satan tombe du ciel, et ce sont les noms des disciples qui sont \u00e9crits dans le ciel. On notera aussi que les disciples parlent des {C}d\u00e9mons {/}qui leur sont soumis et J\u00e9sus dit: les {C}esprits{/} ; et pour lui l'adversaire, ce ne sont pas ces esprits, mais {C}Satan{/}.

{N}10,{/}27 Matthieu et Marc nous donnent la question du ma\u00eetre de la Loi relative au premier commandement. Seul Luc en fait un pr\u00e9alable pour une seconde question relative \u00e0 qui est le prochain. Il n'est pas impossible que ce ma\u00eetre ait donn\u00e9 la r\u00e9ponse \u00e0 la premi\u00e8re question, mais seul J\u00e9sus pouvait penser \u00e0 mettre les deux commandements sur le m\u00eame plan.
{C}Fais cela et tu vivras {/}: c'est la formule qui accompagne les commandements en divers endroits du Deut\u00e9ronome (8,1).

{N}10,{/}29{N} LE PROCHAIN{/}
Les commentaires rabbiniques de la Bible les plus anciens -ils sont contemporains des \u00e9vangiles- montrent comment les ma\u00eetres se divisaient sur la question de qui est le prochain. La question pos\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus \u00e9tait donc fort actuelle. Et les interpr\u00e9tations du mot {C}prochain{/} allaient de la famille tr\u00e8s proche aux familiers, \u00e0 tout fr\u00e8re juif, m\u00eame aux pros\u00e9lytes qui ne sont pas encore pleinement juifs. Mais personne n'allait au-del\u00e0 de cette barri\u00e8re \u00e0 la fois nationale et religieuse. 
La r\u00e9ponse de J\u00e9sus est donc absolument neuve. Comme l'a montr\u00e9 le philosophe Henri Bergson, passer du prochain membre du m\u00eame groupe social \u00e0 un prochain qui peut \u00eatre toute autre personne, ce n'est pas seulement un \u00e9largissement, c'est acc\u00e9der \u00e0 un autre monde. L'amour du prochain qu'on essayait de pratiquer entre Juifs et Grecs dans l'Eglise primitive en d\u00e9pit des m\u00e9fiances mutuelles (c'\u00e9tait l'une des grandes pr\u00e9occupations de Paul: 2 Cor ch. 8-9) \u00e9tait une richesse nouvelle donn\u00e9e au monde. Saint Jean, pour sa part le voyait bien comme un commandement tr\u00e8s nouveau (Jn 13,34 ; 1Jn 2,8). Si aujourd'hui la r\u00e9ponse de J\u00e9sus ne nous semble plus si extraordinaire, c'est tout simplement parce que cette parabole a d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9 les consciences. Cependant cet amour du prochain continue d'appara\u00eetre comme une nouveaut\u00e9 dans le monde actuel lorsqu'il ne s'agit pas seulement d'aider un prochain "lointain" dans des cas individuels marginaux, mais que cet amour permet la rencontre d'\u00e9l\u00e9ments sociaux entre lesquels existent des barri\u00e8res.

{N}10,{/}33 On trouvera en 2Cr 28,8-15 un certain r\u00e9cit assez curieux o\u00f9 les anc\u00eatres des Samaritains agissent d'une fa\u00e7on semblable. Il semblerait que quelques d\u00e9tails du texte ont inspir\u00e9 la parabole de J\u00e9sus, mais la le\u00e7on est toute diff\u00e9rente: l'humanit\u00e9 des Samaritains \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme une chose tout \u00e0 fait normale, car ils devaient reconna\u00eetre le caract\u00e8re sacr\u00e9 et les privil\u00e8ges de leurs prisonniers du seul fait que c'\u00e9taient des jud\u00e9ens. Eux n'\u00e9taient que des gens du nord, des s\u00e9par\u00e9s! Ici, par contre, J\u00e9sus pi\u00e9tine l'orgueil des siens et nous enseigne \u00e0 d\u00e9passer toute barri\u00e8re de race et tout chauvinisme. 

{N}10,{/}41 {C}Marie a choisi la meilleure part{/}. Les deux soeurs sont d\u00e9peintes ici sous les m\u00eames traits qu'en Jn 11,-40. J\u00e9sus fait reproche \u00e0 Marthe de son activit\u00e9 qui l'ali\u00e8ne, alors que Marie profite du temps limit\u00e9 o\u00f9 elle a J\u00e9sus \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. La parole de J\u00e9sus devient plus significative si l'on regarde de pr\u00e8s la situation de ces deux soeurs. Marie, nous dit-on, est soeur de Marthe: soeur au sens strict, ou peut-\u00eatre cousine ou parente. C'est Marthe qui re\u00e7oit dans sa maison, mais Marie, n'\u00e9tait-elle pas arriv\u00e9e avec le groupe qui accompagne J\u00e9sus? Jean nous affirme que cette "soeur" de Marthe est la m\u00eame Marie qui a vers\u00e9 le parfum sur les pieds du Seigneur (Jn 11,2 et 12,3) et qu'on revoit peu apr\u00e8s en Jn 20,11. Mais si Jean, toujours pr\u00e9cis sur les notations concr\u00e8tes, n'a pas m\u00e9lang\u00e9 les r\u00f4les, cette Marie, \u00e0 qui J\u00e9sus ressuscit\u00e9 appara\u00eet, ne peut \u00eatre que Marie de Magdala.
Il est donc tr\u00e8s possible que cette Marie soeur de Marthe soit arriv\u00e9e avec le groupe qui suit J\u00e9sus (Lc 8,2). Selon la coutume elle devait aller rejoindre les femmes qui font le travail m\u00e9nager pendant que les hommes parlent de choses s\u00e9rieuses, mais elle reste avec les hommes. Et lorsque J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 Marthe, il fait l'\u00e9loge de celle qui a choisi d'\u00eatre itin\u00e9rante avec lui pour le service du Royaume et qui, en sa compagnie, a toute facilit\u00e9 pour recevoir la Parole.

{N}10,{/}42 {C}Une seule chose est n\u00e9cessaire{/}. On trouve un autre texte dans de nombreux manuscrits: {C}Peu de choses sont n\u00e9cessaires{/}. Et d'autres ont ceci: "Peu de choses sont n\u00e9cessaires, en r\u00e9alit\u00e9 une seule". Il semble bien que "peu de choses" est le texte revu dans un milieu monastique qui y trouvait la justification de sa vie mortifi\u00e9e. D'autres ensuite ont voulu concilier les deux versions. 

{N}11,{/}5 La parabole de J\u00e9sus peint sur le vif la situation des familles simples de son temps. La maison de Palestine n'avait qu'une seule pi\u00e8ce et lorsque tous s'\u00e9taient cas\u00e9s sur les tapis et nattes de roseaux, recouverts par les m\u00eames couvertures, on ne pouvait pas se lever pour aller chercher quelque chose sans d\u00e9monter tout l'ensemble.

{N}11,{/}9 On aura remarqu\u00e9 que J\u00e9sus ne parle pas seulement de demander \u00e0 Dieu, mais aussi de chercher, et peut-\u00eatre de demander \u00e0 d'autres qui ont et qui savent ce que nous ne savons pas, m\u00eame si cela nous humilie de para\u00eetre pauvres et ignorants. 
Tout aussi remarquable est l'exemple donn\u00e9 par J\u00e9sus: cet homme ne demandait pas pour lui-m\u00eame, mais pour pouvoir accueillir un ami de passage.

{N}11,{/}12 Une partie des manuscrits anciens dit ici: {C}...combien plus, du ciel, le P\u00e8re donnera...{/}

{N}11,{/}14 Ici, \u00e0 la diff\u00e9rence de Matthieu, Luc n'insiste pas tant sur l'opposition des pharisiens comme sur l'aspect positif de la doctrine de J\u00e9sus: il lib\u00e8re les siens du d\u00e9mon et les invite \u00e0 r\u00e9colter avec lui.

{N}11,{/}27 Cette b\u00e9atitude conclut les instructions donn\u00e9es aux disciples sur la vigilance face au d\u00e9mon. Elle ressemble beaucoup \u00e0 celle qui concluait la pr\u00e9dication en paraboles (8,21).

{N}11,{/}29 {C}La reine du Sud ressuscitera{/}. Dans les versets 31 et 32 l'\u00e9vangile utilise le verbe {C}se lever{/} qui a ici un double sens. La reine du sud sera le t\u00e9moin \u00e0 charge qui se l\u00e8ve pour accuser. Mais aussi ce verbe "se lever" est avec le verbe "se r\u00e9veiller" l'un des deux que le Nouveau Testament utilise pour dire: ressusciter. 

{N}11,{/}33 Luc joint ces deux comparaisons et les rapporte \u00e0 la conscience. La division que produit le passage de J\u00e9sus est due fondamentalement au fait que beaucoup se refusent \u00e0 la lumi\u00e8re alors que Dieu l'a mise en eux-m\u00eames, en leur conscience (2,31-34; Jn 9).

{N}11,{/}41 Notre traduction ajoute au d\u00e9but un {C}pour vous{/} qui n'est pas dans le texte mais qui aide \u00e0 voir que J\u00e9sus parle de fa\u00e7on ironique. Le texte dit: "Faites l'aum\u00f4ne avec ce que vous avez! et voil\u00e0 que tout sera pur pour vous." Beaucoup le comprennent comme si J\u00e9sus disait aux Pharisiens "faites l'aum\u00f4ne avec ce que vous avez". Mais c'est justement ce que les Pharisiens faisaient mieux que quiconque (Mt 6,2) et qui leur donnait bonne conscience. Le mot grec que l'on traduit "ce que vous avez" peut aussi se traduire "ce qui est \u00e0 l'int\u00e9rieur" et certains traduisent: "Faites des aum\u00f4nes qui viennent de l'int\u00e9rieur (c'est-\u00e0-dire du coeur), et tout sera pur pour vous."
On a \u00e9galement discut\u00e9 sur le mot grec qui signifie "avec ce que vous avez" pour savoir s'il fallait le traduire: "avec vos biens" ou: "avec votre superflu", car ensuite on saurait dire aux riches jusqu'\u00e0 quel point ils sont oblig\u00e9s de donner, et si c'est un devoir de justice ou de charit\u00e9. Il est \u00e9vident que de telles discussions n'ont rien \u00e0 voir, ni avec le texte, ni avec la fa\u00e7on dont l'\u00e9vangile consid\u00e8re l'argent.

{N}11,{/}44 Pour comprendre ce verset, rappelons-nous que l'on se rendait impur lorsqu'on touchait un cadavre. La tradition voulait que ce soit la m\u00eame chose quand on mettait le pied sur une pierre plate apparemment inoffensive mais qui couvrait de fait une tombe. Et J\u00e9sus pense au p\u00e8lerin qui, s'\u00e9tant bien pr\u00e9par\u00e9 et purifi\u00e9, s'aper\u00e7oit trop tard qu'il a mis le pied o\u00f9 il ne fallait pas: "\u00c7a ne se voyait pas et j'ai march\u00e9 dessus!"

{N}11,{/}45 Le ma\u00eetre de la Loi se sent vis\u00e9 par les reproches de J\u00e9sus: beaucoup de ces ma\u00eetres appartenaient au parti des pharisiens (Mc 2,16). Vous faites porter aux gens des fardeaux impossibles. C'\u00e9taient l\u00e0 les mots du langage courant: la charge d\u00e9signait les obligations de la Loi. Les intellectuels multiplient les pr\u00e9ceptes n\u00e9gatifs impossibles \u00e0 pratiquer pour les gens ordinaires qui vivent du travail des champs et n'ont ni commodit\u00e9s ni serviteurs. Ils n'ont aucun sens de la r\u00e9alit\u00e9 pastorale: comment sauver tout ce peuple? Quiconque a une responsabilit\u00e9 pastorale se sentira mouch\u00e9 par les reproches de J\u00e9sus pour peu qu'il ouvre les yeux sur ce qui arrive aujourd'hui: quelle absence d'une parole de Dieu annonc\u00e9e aux masses!, et quel aveuglement bien souvent chez les nouveaux ma\u00eetres de la loi!

{N}11,{/}48 Une fois encore une ironie de J\u00e9sus. Il ne r\u00e9p\u00e8te pas ce que disait d\u00e9j\u00e0 le v. 47 (car il dit bien {C}construire{/}, sans aucun compl\u00e9ment), mais il le prend au sens figur\u00e9: on a \u00e9limin\u00e9 les proph\u00e8tes et donc on a le champ libre pour b\u00e2tir les institutions \u00e0 son id\u00e9e. 

{N}11,{/}50 {C}Vous devrez r\u00e9pondre de tout le sang des proph\u00e8tes{/}. La g\u00e9n\u00e9ration de J\u00e9sus \u00e9tait tr\u00e8s convaincue de la vengeance que Dieu r\u00e9clamerait pour le sang des martyrs. Mais elle voyait ces martyrs comme les victimes des ennemis d'Isra\u00ebl, que ce soient les pa\u00efens ou les p\u00e9cheurs. Ici J\u00e9sus affirme que la pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ration, y compris ses guides religieux, est la premi\u00e8re coupable et que c'est elle qui paiera. 
{C}Depuis Abel jusqu'\u00e0 Zacharie{/} (2 Ch 14,20). Celui-ci n'est pas le dernier chronologiquement, mais son assassinat se lisait \u00e0 la fin du livre des Chroniques lequel terminait la Bible h\u00e9bra\u00efque.
{C}Depuis la cr\u00e9ation du monde. {/}On pourra s'\u00e9tonner de cette proph\u00e9tie de J\u00e9sus qui fait retomber sur ses contemporains tout le sang vers\u00e9 depuis la cr\u00e9ation (ou, plus exactement: la fondation) du monde, mais les proph\u00e8tes ne parlaient pas diff\u00e9remment, chacun en son temps. Ce serait mal interpr\u00e9ter ces apostrophes que de penser que les contemporains de J\u00e9sus \u00e9taient plus coupables que n'importe quelle collectivit\u00e9 de quelque autre \u00e9poque. Nous devons comprendre que, dans la mort de J\u00e9sus \u00e9tait pr\u00e9sente, de quelque fa\u00e7on, la violence de toute l'humanit\u00e9.
En trois endroits J\u00e9sus entend dominer toute l'\u00e9tendue de l'histoire et se r\u00e9f\u00e8re aux commencements: en Mt 19,4, pour affirmer l'indissolubilit\u00e9 du mariage; en Mt 13,35 l'\u00e9vang\u00e9liste affirme en son nom qu'il nous r\u00e9v\u00e8le les secrets de notre destin. Ici il nous livre une des cl\u00e9s de notre destin lorsqu'il revendique la premi\u00e8re place entre toutes les victimes. La fin tragique de beaucoup de ses contemporains (ils appartenaient comme lui au peuple dont Dieu a fait son instrument pour le sauver le monde) devait illustrer l'importance de cette heure unique de l'histoire.

{N}11,{/}52 Vous \u00eates partis avec la cl\u00e9 de la connaissance: en ce sens qu'ils ont impos\u00e9 leur propre organisation, leurs propres \u00e9coles et m\u00e9thodes de discussion, et leurs propres th\u00e8mes de recherche. Mais ce n'\u00e9taient pas ceux qui pouvaient faire approfondir l'essentiel de la r\u00e9v\u00e9lation biblique. Et d\u00e9j\u00e0 J\u00e9sus d\u00e9non\u00e7ait l'opposition entre la science des ma\u00eetres et le pain qu'on refuse au peuple croyant. (1Co 8,1). 

{N}12,{/}16 J\u00e9sus reprend l'exemple donn\u00e9 par Sir 11,19. Mais tandis que celui-ci montrait qu'on n'est jamais s\u00fbr de son avenir, m\u00eame quand est assur\u00e9, J\u00e9sus met l'accent sur la convoitise: le riche ne peut plus penser qu'\u00e0 augmenter sa fortune.

{N}12,{/}21 Ce verset manque dans quelques manuscrits. C'est pourtant la r\u00e9ponse \u00e0 la question du v.13. En h\u00e9breu on dit: voici la part de celui qui accumule... et c'est la r\u00e9plique \u00e0 la phrase du d\u00e9but: Dis-lui qu'il me donne ma part. 

{N}12,{/}22 Chez Luc ces paroles et cette invitation \u00e0 la sainte insouciance sont dirig\u00e9es \u00e0 ceux que Dieu a choisis pour en faire les b\u00e9n\u00e9ficiaires de son royaume, comme l'indique la derni\u00e8re phrase qu'on ne trouve que dans cet \u00e9vangile.

{N}12,{/}25 {C}Qui pourra prolonger{/}... Le texte peut se traduire: prolonger sa vie d'un coude (presque un demi-m\u00e8tre), ou: grandir d'un coude. La premi\u00e8re option semble un peu \u00e9trange; la seconde propose quelque chose d'\u00e9norme. Il est fort possible que J\u00e9sus parle de fa\u00e7on ironique, comme on le lit en d'autres passages de Luc: m\u00eame si cela nous para\u00eet fantastique, ce ne serait encore que peu de chose devant Dieu.

{N}12,{/}32 {C}N'aie pas peur, tout petit troupeau!{/} Paroles de "consolation", bien dans la tradition biblique qui encourage le peuple des pauvres et leur promet le retour \u00e0 leur terre, avec Dieu qui se pr\u00e9sente les mains pleines des biens du royaume: Mi 7,14, So 3,11-18; Is 41,8-14; 54,3-8. Le petit troupeau est le groupe des disciples qui s'est form\u00e9 autour du Christ comme le noyau du peuple nouveau.
{C}Il a plu \u00e0 votre P\u00e8re{/}: c'est le m\u00eame verbe se complaire qui, en Mt 3,17 exprime le choix de J\u00e9sus comme Messie. {C}Troupeau{/} ou peuple objet d'un choix gratuit de Dieu pour recevoir la foi au Christ.
{C}Vous donner le Royaume. {/}Est-ce que cela signifie: Dieu vous le donnera, ou: il vous l'a donn\u00e9? Il est probable qu'il l'a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9, non seulement parce qu'il les y a introduits, mais aussi en ce sens qu'il leur en confie la responsabilit\u00e9: chacun de ces mots a son \u00e9quivalent dans les promesses \u00e0 Pierre:Mt 16,13-19.
{C}Vendez vos biens. {/}Ces paroles de J\u00e9sus ne suffisent pas \u00e0 expliquer l'essai de mise en commun des biens dans la premi\u00e8re communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem (Ac 4). J\u00e9sus ne parle pas de mettre en commun mais de distribuer. L'Eglise primitive suivait bien plut\u00f4t le mod\u00e8le propos\u00e9 ant\u00e9rieurement par les communaut\u00e9s ess\u00e9niennes. 

{N}12,{/}33 N'oublions pas que se faire une bourse {C}dans les cieux,{/} comme dit le texte qui a gard\u00e9 la formule h\u00e9bra\u00efque, signifie l'avoir aupr\u00e8s de Dieu.

{N}12,{/}35 Le texte dit: {C}Ayez les reins ceints{/}. Cela signifie avoir les pans de sa robe relev\u00e9s et pris dans la ceinture, ce qui permet de travailler \u00e0 l'aise: le travailleur est pr\u00eat. Et de m\u00eame le ma\u00eetre se mettra en tenue de travail pour servir ses propres serviteurs.

{N}12,{/}37 {C}C'est lui qui se mettra le tablier{/}. Cela vaut pour J\u00e9sus lui-m\u00eame (Jn 13,4), et cela s'accorde avec d'autres textes de la Bible qui veulent nous convaincre de la simplicit\u00e9 incroyable de Dieu, de sa cordialit\u00e9 et son esprit de service lorsqu'il veut se manifester \u00e0 ses serviteurs{C} {/}(Gn 18,22; So 3,17).
{C}A minuit ou avant l'aube{/}. L'attente se prolonge. Le texte n'invite pas \u00e0 penser que J\u00e9sus pensait revenir de fa\u00e7on tr\u00e8s proche pour inaugurer le Royaume (voir en Mc 9,1).

{N}12,{/}45 Ces paragraphes s'adressent \u00e0 ceux qui auront la charge de l'oeuvre de J\u00e9sus. Cependant Luc en fait la continuation des avis ant\u00e9rieurs qui demandent \u00e0 tout disciple de J\u00e9sus la fid\u00e9lit\u00e9 dans son travail. Quelle que soit la certitude que Dieu fait son oeuvre et que son Royaume se d\u00e9veloppe avec ou sans nous, le chr\u00e9tien a le sens de sa responsabilit\u00e9. 
La {C}foi{/}, dans la langue grecque, est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9. Le disciple a jug\u00e9 que Dieu est cr\u00e9dible ; Dieu \u00e0 son tour le juge cr\u00e9dible et lui confie une charge en m\u00eame temps que l'Esprit lui conf\u00e8re une capacit\u00e9 (un charisme) personnelle (Rm 12,5-8 ; 1Co 12,4-11). Sous quelque angle que l'on prenne l'Evangile, on y retrouvera toujours cette r\u00e9ciprocit\u00e9 entre Dieu et nous, entre le P\u00e8re et ses fils et ses filles.

{N}12,{/}56 Luc donne ici le m\u00eame "dit du Seigneur" que Matthieu a repris dans son \u00e9vangile (16,2). Mais il a perdu l'opposition h\u00e9bra\u00efque entre ciel et terre qui \u00e9tait chez ce dernier.
{C}Vous n'\u00eates pas capables d'identifier le temps pr\u00e9sent!{/} Il et difficile d'interpr\u00e9ter l'histoire. Pourtant il peut se pr\u00e9senter un ensemble de faits qui invitent \u00e0 reconna\u00eetre un tournant de l'Histoire Sainte. Le minist\u00e8re de J\u00e9sus marque une de ces \u00e9tapes. Les \u00e9v\u00e9nements qui se rapportent \u00e0 la ruine de J\u00e9rusalem marqueront une autre \u00e9tape (Lc 21,28).
{C}Vous p\u00e9rirez tous pareillement{/}. C'est une menace pour chacun de ceux qui ne se convertissent pas, dans le m\u00eame sens que cette autre parole: celui qui veut sauver sa vie la perdra (9,24). C'est aussi une menace pour la collectivit\u00e9_qui va \u00e0 un d\u00e9sastre et qui perdra tout aussi bien son Messie.

{N}13,{/}11 On notera que la maladie est attribu\u00e9e \u00e0 une influence d\u00e9moniaque; Luc, tout sp\u00e9cialement, ne distingue pas nettement possession et maladie. J\u00e9sus n'a pas rejet\u00e9 cette conviction que l'esprit du mal a quelque part en nos maux corporels.

{N}13,{/}19 Ces deux courtes paraboles que Matthieu a jointes \u00e0 d'autres paraboles du Royaume (Mt 13) sont ici mieux plac\u00e9es dans leur contexte. Car J\u00e9sus ne contait pas des paraboles \u00e0 tout moment, il le faisait pour commenter des faits que venaient de se pr\u00e9senter. Ici Luc conclut la premi\u00e8re partie de son voyage de J\u00e9sus de Galil\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem (9,51-13,21): la mission tout sp\u00e9cialement a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les progr\u00e8s du royaume de Dieu.
On notera ici une des adaptations de d\u00e9tail du texte \u00e9vang\u00e9lique en fonction de ses lecteurs. Pour un Palestinien (Mt 13,31), la moutarde est une plante malodorante qu'on s\u00e8me dans le champ; pour Luc, qui est grec, c'est une plante m\u00e9dicinale qu'on garde \u00e0 port\u00e9e de main dans son jardin. 

{N}13,{/}22 De nouveau Luc nous rappelle que J\u00e9sus monte \u00e0 J\u00e9rusalem: c'est qu'il fait commencer ici une autre section de cette partie de son \u00e9vangile (voir en 9,51). A continuation il nous donne diverses paroles de J\u00e9sus qui \u00e9clairent ou annoncent l'incr\u00e9dulit\u00e9 d'Isra\u00ebl \u00e0 son \u00e9gard.

{N}13,{/}25 Ces m\u00eames paroles de J\u00e9sus se lisent en Mt 7,22; ce paragraphe en fait un dialogue de J\u00e9sus avec de mauvais chr\u00e9tiens. Ici J\u00e9sus parle pour ses compatriotes: il nie les privil\u00e8ges de ses fr\u00e8res selon la chair (8,19) et les droits de la race d'Abraham.

{N}13,{/}31 Avis bien intentionn\u00e9, ou rapport int\u00e9ress\u00e9? J\u00e9sus r\u00e9pond par une parole de m\u00e9pris pour H\u00e9rode: ce n'est pas le lion, ce n'est qu'un renard. J\u00e9sus ne s'\u00e9loigne pas par peur de la mort, mais parce que la mort l'attend \u00e0 J\u00e9rusalem.

{N}13,{/}34 {C}Combien de fois ai-je voulu r\u00e9unir tes enfants{/}! R\u00e9unir les enfants d'Isra\u00ebl, c'\u00e9tait l'oeuvre des temps messianiques (Is 49,6; Ez 36-37). Non seulement mettre fin \u00e0 la division de Juda et d'Isra\u00ebl, le p\u00e9ch\u00e9 originel de la nation, mais aussi r\u00e9unir les nombreux Juifs qui avaient \u00e9migr\u00e9 \u00e0 d'autres nations (Jn 7,35).

{N}14,{/}7 Les deux paragraphes qui suivent nous aident \u00e0 voir que J\u00e9sus reprenait tr\u00e8s souvent les enseignements de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. En 14,7-9 il reprend Pr 25,6; mais ici Luc donne un accent propre en insistant sur le mot qui signifie aussi bien {C}invit\u00e9{/} que appel\u00e9: J\u00e9sus s'adresse \u00e0 ceux qui sont appel\u00e9s \u00e0 la foi et \u00e0 l'Eglise, tout comme dans la parabole qui suit au verset 15. Quant au v.11, il r\u00e9sume bien des textes des proph\u00e8tes_(Is 2,11-18; Ez 21,31). J\u00e9sus, comme avant lui les proph\u00e8tes, s'ins\u00e8re dans une culture s\u00e9culaire, mais m\u00eame lorsqu'il n'innove pas, ces le\u00e7ons de sagesse s'ins\u00e8rent dans une vision nouvelle de l'existence: aujourd'hui Dieu s'est rendu pr\u00e9sent.

{N}14,{/}15 {C}Heureux celui qui prendra part au banquet!{/} J\u00e9sus r\u00e9pond que sans doute le banquet est pour plus tard, mais c'est aujourd'hui que se font les invitations.
{C}Il envoya son serviteur{/}, selon la coutume orientale: ce serviteur est J\u00e9sus.

{N}14,{/}21 {C}Tu am\u00e8neras ici les pauvres{/}. Ceux qu'on a \u00e9t\u00e9 chercher dans la ville m\u00eame sont les pauvres d'Isra\u00ebl, et ils remplaceront les gens de bonne condition. Ensuite on ira voir au dehors, dans les autres nations, et on les obligera eux aussi \u00e0 profiter du banquet.

{N}14,{/}25 {C}Une foule nombreuse faisait route avec J\u00e9sus{/}. J\u00e9sus parle, non pour le groupe r\u00e9duit des disciples, mais pour tous ceux qui sont tent\u00e9s de le suivre. C'est ici que Luc place l'une des sentences de J\u00e9sus qui ont caus\u00e9 le plus de scandale: "Si quelqu'un vient \u00e0 moi sans se d\u00e9tacher de son p\u00e8re..." On sait que le texte original dit: "vient \u00e0 moi sans {C}ha\u00efr {/}son p\u00e8re..." On sait aussi que ce {C}ha\u00efr{/} est le d\u00e9calque d'un verbe h\u00e9breu qui signifie "ha\u00efr" en bien des occasions, mais qu'on emploie aussi lors d'un choix pour parler de ce qui n'a pas eu la priorit\u00e9, et donc qu'on a rejet\u00e9, ou moins aim\u00e9, et donc d\u00e9test\u00e9 en quelque sorte \u00e0 ce moment. Matthieu a bien senti que ce mot pouvait \u00eatre mal interpr\u00e9t\u00e9 par des non-Juifs et il a chang\u00e9 la tournure en Mt 10,37. Il reste que J\u00e9sus vit avec l'\u00e9vidence de ce tout qu'est Dieu face au rien que sont les sentiments, les passions et les n\u00e9cessit\u00e9s du temps pr\u00e9sent. Tout amour est porteur d'\u00e9ternit\u00e9, mais aucun amour n'est vrai s'il pr\u00e9f\u00e8re ce dont on jouit dans le temps \u00e0 ce qui est l'Unique et l'\u00e9ternel.

{N}14,{/}28 {C}Construire une tour{/}: il s'agit du petit observatoire qui permet de surveiller la vigne (Mc 12,1). Surveiller et prot\u00e9ger sa propre existence pour une vie plus responsable; savoir mener la guerre sans r\u00e9mission qui ne s'ach\u00e8vera qu'avec le triomphe du Royaume.

{N}14,{/}34 Luc applique cette sentence \u00e0 celui qui se risquerait \u00e0 suivre J\u00e9sus sans avoir renonc\u00e9 \u00e0 tout.

{N}15,{/}1  {C}Les publicains{/}. Tous \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme p\u00e9cheurs, sans faire de distinction entre les hauts fonctionnaires qui se remplissaient les poches gr\u00e2ce \u00e0 leur collaboration avec l'\u00e9tranger, et les petits fonctionnaires qui acceptaient sans trop de scrupules un travail discut\u00e9. La plupart des textes disent ici: {C}Tous(!){/} les publicains... 

{N}15,{/}4 {C}Il laisse les quatre vingt dix neuf autres dans la campagne{/}. Le texte dit dans le d\u00e9sert, mais ce mot d\u00e9signe habituellement les terrains incultes et arides que l'on abandonne aux troupeaux. C'est ainsi qu'on parle du "d\u00e9sert de Juda". L'opposition entre quatre-vingt dix neuf et une nous projette dans un autre monde qui est celui de la mis\u00e9ricorde. Ici Dieu n'agit pas comme en d'autres textes bibliques \u00e0 la fa\u00e7on d'un roi juste pr\u00e9occup\u00e9 de faire justice aux pauvres, mais comme le P\u00e8re qui aime le p\u00e9cheur. Il n'a que faire des statistiques et des bilans positifs de son gouvernement sur le monde; il oublie tout cela pour jouir d'une relation inou\u00efe avec une seule personne qu'il a sauv\u00e9e de sa propre m\u00e9chancet\u00e9.

{N}15,{/}11{N}LA MISERICORDE {/}
Le pr\u00e9sent chapitre o\u00f9 Luc r\u00e9unit ses trois paraboles sur la mis\u00e9ricorde de Dieu a valu \u00e0 son \u00e9vangile d'\u00e8tre appel\u00e9 l'Evangile de la mis\u00e9ricorde. En r\u00e9alit\u00e9 c'est toute la Bible qui proclame la mis\u00e9ricorde divine et le pardon inlassable de Dieu. Mais il est certain que la r\u00e9v\u00e9lation de l'amour de Dieu en la personne de J\u00e9sus a boulevers\u00e9 le sentiment qu'on pouvait en avoir. 
Chez les proph\u00e8tes, Dieu montait sa mis\u00e9ricorde lorsqu'il r\u00e9unissait les dispers\u00e9s de son peuple ou leur rendait la terre des promesses. Il s'agissait d'abord d'une mis\u00e9ricorde envers Isra\u00ebl, en un temps o\u00f9 la valeur de la personne humaine ne s'\u00e9tait pas encore impos\u00e9e, et o\u00f9 le peuple passait avant les individus (Si 37,25). Dieu pardonnait la faute et la r\u00e9bellion, mais c'\u00e9tait toujours apr\u00e8s avoir puni, car il voulait montrer que la justice est souveraine dans l'ordre divin. La pi\u00e9t\u00e9 des fid\u00e8les s'appuyait, comme dans toute religion v\u00e9cue, sur les faveurs que chacun a re\u00e7ues de Dieu, et que lui seul conna\u00eet, surtout lorsqu'elles r\u00e9v\u00e8lent qu'il a \u00e9t\u00e9 sensible a notre humiliation, qu'elles portent le sceau de son intervention et montrent qu'il a r\u00e9pondu \u00e0 notre pri\u00e8re. De nombreux psaumes sont t\u00e9moins d'une telle exp\u00e9rience. 
Mais dans l'\u00e9vangile, et en la personne de J\u00e9sus, Dieu s'est fait humain, et sa mis\u00e9ricorde nous touche d'une tout autre mani\u00e8re. Il y a d'abord le fait que Dieu n'est pas seulement dans les hauteurs, ou dans l'inconnu de son myst\u00e8re, mais qu'il a voulu nous rencontrer sur notre terrain. Lorsque J\u00e9sus se loge chez Zach\u00e9e, cela signifie que pour chacun des humains il y aura une heure o\u00f9 la communion avec Dieu sera tout aussi vraie, et la communication tout ausssi simple qu'avec l'ami le plus intime. Et c'est ainsi que les paroles de pardon ou de r\u00e9confort nous atteignent au plus profond.
Les trois paraboles qu'on lit dans ce chapitre d\u00e9veloppent les aspects de la parole prononc\u00e9e par J\u00e9sus \u00e0 propos de Zach\u00e9e: \u00abLe Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui \u00e9tait perdu\u00bb. Chercher est ici tout aussi important que sauver, car il souligne un d\u00e9sir personnel de Dieu: comme si l'Infini pouvait manquer de quelque chose! La femme cherche la pi\u00e8ce qui lui manque, et c'est normal qu'elle fouille partout. Lorsque le berger laisse en plan les quatre vingt dix neuf brebis, il y a l\u00e0 quelque chose d'irrationnel. Le p\u00e8re qui fait la f\u00eate au retour de l'irresponsable et sacrifie le veau gras qu'il a refus\u00e9 au fils ob\u00e9issant, c'est beaucoup plus discutable. 
On pourra dire que la parabole veut choquer pour \u00eatre mieux entendue. On peut aussi voir dans cette parole de Dieu la r\u00e9v\u00e9lation d'une stupidit\u00e9 divine dont Paul nous parle en 1Co 1,25 (on traduit toujours {C}folies{/} en 1Co, parce qu'il y a des folies dont on s'honore, alors que {C}stupidit\u00e9{/} serait peu convenable... ). Les chemins de Dieu sont myst\u00e9rieux, mais l'amour dont il nous aime et ce qu'il veut trouver en nous dans l'\u00e9ternit\u00e9 n'est pas moins \u00e9tranger \u00e0 nos id\u00e9es religieuses. Il n'est pas tout \u00e0 fait faux de dire que Dieu cherche des p\u00e9cheurs.

{N}16,{/}8 Le ma\u00eetre {C}admira{/}. C'est ici la traduction normale du verbe grec qui signifie tout aussi bien: {C}louer{/}.
{C}Les fils de ce monde. {/}Cette tournure h\u00e9bra\u00efque pourrait se traduire: les gens de ce monde, c'est-\u00e0-dire ceux qui sont \u00e0 l'aise dans la fa\u00e7on de vivre et de penser de ce monde. 
{C}Le maudit argent{/}. Le texte original dit ici: "le malhonn\u00eate Mamon". C'\u00e9tait le nom d'un dieu aram\u00e9en qui s'entendait en affaires, et on ne l'utilisait que pour dire du mal de l'argent. Cela n'emp\u00eachait pas d'ailleurs de bien l'aimer. Au verset 16 nous lisons simplement: "le Mamon". 

{N}16,{/}14 {C}Ce qui s'\u00e9l\u00e8ve haut chez les humains{/}. La Bible rappelait que Dieu sait retourner les in\u00e9galit\u00e9s humaines et humilier les orgueilleux: 1S 2,3; Ez 17,24; Job 34,18-28. Isa\u00efe avait dit que l'orgueil de l'homme est une insulte \u00e0 Dieu (Is 2,16-17). J\u00e9sus le r\u00e9p\u00e8te sous une forme \u00e0 la fois plus simple et plus universelle.

{N}16,{/}16 {C}Vont jusqu'\u00e0 Jean{/}. Matthieu semblait dire que la proclamation de l'Evangile commence avec Jean (11,12). Luc aime mieux dire que Jean ferme l'Ancien Testament..

{N}16,{/}18 {C}Celui qui renvoie sa femme{/}. Cette sentence de J\u00e9sus \u00e9tait une de celles qui paraissaient trop dures: il allait contre la Loi et se mettait tout le monde en difficult\u00e9. C'est la raison pour laquelle Luc place ici cette sentence: J\u00e9sus ne voyait pas l\u00e0 une obligation nouvelle et il ne pensait pas \u00e0 condamner le d\u00e9cret de Mo\u00efse, il se bornait \u00e0 rappeler la loi du commencement, laquelle est toujours valable, quels que soient les accommodements que les soci\u00e9t\u00e9s humaines ont jug\u00e9es sage d'\u00e9tablir et qu'elles ont modifi\u00e9s selon les \u00e9poques.

{N}16,{/}19 Cette parabole n'a pas d'introduction. Lazare: c'est le seul personnage des paraboles de J\u00e9sus qui porte un nom. Ce nom qui signifie: Dieu vient en aide pourrait \u00eatre un enseignement sur le sens de la vie des pauvres. N\u00e9anmoins certains auteurs tr\u00e8s anciens semblent ignorer le nom de Lazare. Il est possible que le verset 27 qui parle d'un r\u00e9surrection chez les riches ait conduit certaines personnes \u00e0 penser que \u00e7'avait \u00e9t\u00e9 le cas de Lazare, l'ami de J\u00e9sus, et qu'on ait introduit son nom dans la parabole.
Le texte dit qu'il s'habillait {C}de pourpre et de byssus{/}: la couleur la plus ch\u00e8re et le lin le plus fin.
{C}M\u00eame les chiens{/}: des animaux m\u00e9pris\u00e9s; c'est un signe de l'humiliation du pauvre.
{C}Dans le repli du manteau d'Abraham{/}. C'\u00e9tait une figure traditionnelle des justes de l'autre monde en attente de la r\u00e9surrection.
{C}Dans le s\u00e9jour des morts. {/}Le texte dit: {C}dans l'Had\u00e8s{/}, un mot qui signifie pr\u00e9cis\u00e9ment ce s\u00e9jour. La parabole d\u00e9crit l'au-del\u00e0 tel que le concevaient les contemporains de J\u00e9sus. En attendant la r\u00e9surrection des justes, les d\u00e9funts \u00e9taient confin\u00e9s sous terre dans un pays myst\u00e9rieux. L\u00e0 des fronti\u00e8res infranchissables s\u00e9paraient divers domaines. L'un appel\u00e9 paradis \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux justes, lesquels auraient droit \u00e0 un corps de lumi\u00e8re. Les mauvais \u00e9taient ailleurs, sans autre espoir que de ressusciter sous une forme \u00e9coeurante.

{N}17,{/}5 Pour ces paroles, Matthieu dit: si vous aviez (r\u00e9ellement) la foi (17,20); Luc par contre dit: {C}si vous avez la foi{/}, supposant que les disciples l'ont au moins quelque peu.

{N}17,{/}10 Le texte utilise pour ces serviteurs le terme "non n\u00e9cessaires" ; ils ne sont pas inutiles, vu que Dieu compte sur leur travail, mais ils ne sont pas du nombre de ces techniciens ou de ces cadres qu'il est difficile de remplacer. Ils ne sont que de la main d'oeuvre, et celle-ci ne manque jamais ; le patron pense qu'ils doivent \u00eatre bien contents d\u00e9j\u00e0 qu'on leur ait "donn\u00e9" du travail.

{N}17,{/}11 Comme il faisait route vers J\u00e9rusalem. Cette mention ouvre une nouvelle section de l'\u00e9vangile, comme en 9,51 y 14,25. Aux fronti\u00e8res de la Galil\u00e9e et de la Samarie: cette pr\u00e9cision justifie la pr\u00e9sence d'un samaritain parmi les juifs. Les l\u00e9preux, reclus \u00e0 la suite de leur maladie, vivaient tr\u00e8s souvent group\u00e9s.

{N}17,{/}21 {C}Le Royaume est au milieu de vous{/}. On pourrait comprendre_que le Royaume est une r\u00e9alit\u00e9 "int\u00e9rieure" \u00e0 la personne, mais c'est peu probable. Le plus normal et le plus conforme \u00e0 la langue est de placer cette affirmation de J\u00e9sus \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de bien d'autres qui nous disent que le Royaume est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, \u00e0 la porte, \u00e0 notre port\u00e9e. 

{N}17,{/}25 Faisant contraste avec la p\u00e9ricope ant\u00e9rieure, celle-ci nous parle de la venue glorieuse du Fils de l'Homme pour \u00e9tablir son royaume.
{C}La manifestation du Fils de l'Homme. {/}Le texte utilise la formule h\u00e9bra\u00efque: {C}aux jours{/} du Fils de l'Homme. J\u00e9sus use de pr\u00e9f\u00e9rence ce titre quand il \u00e9voque sa venue glorieuse: le Fils de l'Homme est J\u00e9sus lui-m\u00eame apr\u00e8s son entr\u00e9e dans la Gloire divine. En ce jour, ou: ces jours-l\u00e0, le Fils de l'Homme fera r\u00e9alit\u00e9 ce qu'on attendait du "jour de Yahv\u00e9" dont parlaient les proph\u00e8tes, un jour qui est aussi bien ch\u00e2timent (Am 5,18; So 1,15; Jl1,15; Ez 22,24), que salut (Is 11,10; 13,6), y qui n'est autre que le jour du Jugement (Mal 3,19; Is 26). Jean parlera du dernier jour (6,39).

{N}17,{/}33 Ce que nous lisons ici se trouve exprim\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s semblable en quatre autres endroits (Mt 16;25; Mc 8,35; Mc 13,15; Lc 9,24). Mais Luc a ici deux verbes qui lui sont propres. {C}Gagner{/}, ou {C}Acqu\u00e9rir{/} sa vie (Ac 20,28; 1Tm 3,13) au lieu de "sauver_sa vie" ; pour beaucoup l'erreur est de vouloir en tirer profit pour soi, de chercher la r\u00e9ussite personnelle. Et l'autre verbe, {C}porter \u00e0 la vie {/}(1Tm 6,13), s'applique tout sp\u00e9cialement \u00e0 la sage femme lorsqu'elle fait l'accouchement: J\u00e9sus nous invite \u00e0 faire l'accouchement de notre moi \u00e9ternel.

{N}18,{/}1 {N}LE VISAGE HUMAIN DE DIEU{/} 
Ces paraboles o\u00f9 J\u00e9sus donne a Dieu un visage si humain ne manqueront pas de choquer certains de ceux qui ont une formation philosophique. Dans un premier temps, on est \u00e9mu par cette humanit\u00e9 de Dieu; ensuite, on se reprend et la parabole n'est plus qu'une comparaison \u00e0 laquelle on ne doit pas trop se fier. Dieu n'est-il pas l'Unique et l'Un, le Saint et le Tr\u00e8s-Haut? C'est ici pourtant que la foi voit plus clair que la raison. Le Dieu des philosophes, quand on veut bien lui conc\u00e9der les capacit\u00e9s que poss\u00e8de toute personne digne de ce nom, reste g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l'image des professeurs. J\u00e9sus nous invite \u00e0 voir en lui tout ce que nous admirons chez les gens vraiment intelligents, lesquels manient volontiers l'humour et la fantaisie, chez les amants, qui ne connaissent gu\u00e8re la mesure, chez les parents inquiets pour leurs enfants. Il est bien certain que ces paraboles ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'origine de peintures de Dieu et de pratiques religieuses qui souvent ont oubli\u00e9 le myst\u00e8re de l'Infini; il faut toujours nous m\u00e9fier des certitudes de notre pr\u00e9dication et des discours interminables sur celui que notre th\u00e9ologie conna\u00eet si peu. Mais on sera plus indulgent envers les exc\u00e8s de la pi\u00e9t\u00e9 populaire si l'on se rappelle que la mission propre de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne est d'ouvrir un \u00e9tat de communion simple et confiante entre Dieu et ses enfants. Elle a laiss\u00e9 \u00e0 d'autres la prosternation et elle ne nous en parle gu\u00e8re que lorsqu'elle \u00e9voque la cit\u00e9 c\u00e9leste: Ap 4,10; 5,14; 7,11...

{N}18,{/}22 Cet homme a eu le malheur de donner \u00e0 J\u00e9sus l'un des qualificatifs propres \u00e0 Dieu, la Bont\u00e9, et J\u00e9sus lui donne la r\u00e9ponse qu'il m\u00e9ritait, lui demandant l'impossible comme Dieu seul sait faire: tout sacrifier, tout d'un coup, et sans savoir o\u00f9 on le m\u00e8nera. 

{N}19,{/}7 {C}Je vais rendre quatre fois plus{/}. C'est ce que demandait la Loi: Exode 21,37. {C}Si j'ai extorqu\u00e9{/}: c'est le mot grec "sycophante": il faudrait traduire: si j'ai fait du chantage, et c'est ainsi que Zach\u00e9e pouvait s'enrichir, surtout s'il travaillait pour les Romains.

{N}19,{/}11 Luc situe cette parabole \u00e0 J\u00e9richo, et c'est l\u00e0 qu'\u00e9tait le palais d'Arquela\u00fcs, fils d'H\u00e9rode. Il \u00e9tait all\u00e9 chercher \u00e0 Rome la confirmation du testament de son p\u00e8re qui le faisait son h\u00e9ritier, et les opposants avaient envoy\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation pour qu'il soit d\u00e9bout\u00e9. Ce fut en vain et d\u00e8s qu'il rentra, il les fit ex\u00e9cuter. La parabole reprend ces souvenirs et nous parle des comptes que les disciples devront rendre au Christ lorsqu'il reviendra glorieux. Elle mentionne \u00e9galement le jugement pendant sur Isra\u00ebl qui n'a pas reconnu son Messie. A continuation nous lirons diverses annonces de la destruction de J\u00e9rusalem.

{N}19,{/}39 {C}Quelques pharisiens dirent{/}... \u00bfAttitude hostile, ou invitation \u00e0 la prudence comme en 13,31? Ils sont g\u00ean\u00e9s de ce que le peuple adresse \u00e0 J\u00e9sus ces acclamations r\u00e9serv\u00e9es au Messie alors qu'eux-m\u00eames sont loin de le reconna\u00eetre pour tel. Mais selon l'habitude J\u00e9sus rench\u00e9rit et sa r\u00e9ponse rappelle Mt 21,16.
De fait, s'il faut situer cette entr\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem \u00e0 la f\u00eate des Tentes, plusieurs mois avant la Passion (voir le commentaire de Mt 21,1), les affrontements dans le Temple que l'on va lire peuvent bien avoir motiv\u00e9 la d\u00e9cision des autorit\u00e9s de faire arr\u00eater J\u00e9sus, et c'est alors que J\u00e9sus s'\u00e9loigne: Jn 10,40 y 11,53. 

{N}20,{/}9 {C}Il la loua \u00e0 des fermiers{/}. Si nous jetons un regard sur le texte d'Isa\u00efe 5 que J\u00e9sus vient de citer et que Marc d\u00e9veloppe en 12,1, les menaces sont pour la vigne. Ici elles sont pour les travailleurs. Isra\u00ebl n'est pas le Royaume, mais il travaille dans cette vigne; et ce sera la m\u00eame chose pour l'Eglise.
{C}Il \u00e9tait parti \u00e0 l'\u00e9tranger, {/}c'est-\u00e0-dire au loin, car les loyers ne se payaient que tous les cinq ans.
{C}Il fera p\u00e9rir ces fermiers{/}. Dans la parabole les fermiers cherchent \u00e0 s'approprier l'h\u00e9ritage, un d\u00e9sir fort compr\u00e9hensible dans un temps d'oppression sociale comme celui que connaissaient alors les Juifs. Mais, quels sont ceux que repr\u00e9sentent ces rebelles? En 20,19 les chefs se sentent vis\u00e9s, mais il est probable que al parabole ne s'adresse pas seulement \u00e0 eux: la vigne est le Royaume, et aucun peuple ne peut se l'approprier. Cela vaut aussi bien pour la communaut\u00e9 pr\u00e9sente de l'Eglise comme elle valait pour Isra\u00ebl.

{N}20,{/}13 {C}Je vais envoyer mon fils que j'aime{/}. C'est l'un des passages de l'\u00e9vangile o\u00f9 J\u00e9sus donne le plus ouvertement son identit\u00e9, et c'est la raison pour laquelle bien des interpr\u00e8tes voudraient que la parabole ne lui doive que bien peu de choses mais qu'elle soit presque enti\u00e8rement ce que l'Eglise en a fait par la suite. Selon eux, J\u00e9sus parlait en paraboles, c'est-\u00e0-dire au moyen de r\u00e9cits dont il faut seulement retenir le sens global sans chercher une signification pr\u00e9cise pour chacun des d\u00e9tails, comme c'est le cas lorsqu'il s'agit d'une all\u00e9gorie (voir par exemple Ez 17). Or ici l'on trouve bien des d\u00e9tails qui sont clairement des allusions, et ce ne peut \u00eatre l'oeuvre de J\u00e9sus.
Il est facile de r\u00e9pondre que les auteurs contemporains de J\u00e9sus, que ce soit dans le monde juif ou dans le monde grec, m\u00ealaient couramment la parabole et l'all\u00e9gorie, et que personne jusqu'ici n'a prouv\u00e9 que seul J\u00e9sus ne pouvait pas le faire. Il n'y a aucune raison pour attribuer a priori \u00e0 l'Eglise ce qui ici est une allusion, et tout particuli\u00e8rement la mention du Fils aim\u00e9 envoy\u00e9 apr\u00e8s les serviteurs qui, eux, ne sont que proph\u00e8tes.

{N}20,{/}20 On peut lire \u00e0 continuation des controverses de J\u00e9sus avec divers interlocuteurs; il en sort vainqueur: {C}personne n'osait plus l'interroger{/} (40). Matthieu pr\u00e9sente une discussion avec les pharisiens puis une autre avec les sadduc\u00e9ens: ces deux groupes symbolisaient pour lui toute l'opposition \u00e0 J\u00e9sus et il les nomme habituellement c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te (3,7; 16,1; 22,34). Luc, par contre, rappelle l'hostilit\u00e9 des pharisiens durant le minist\u00e8re en Galil\u00e9e, mais ensuite les d\u00e9charge de toute responsabilit\u00e9 dans sa condamnation \u00e0 mort et ne les joint pas \u00e0 ses adversaires. 
{C}Rendez donc \u00e0 C\u00e9sar ce qui est de C\u00e9sar: {/}non ce qui appartient \u00e0 C\u00e9sar, mais ce qui est de son ressort.

{N}21,{/}24 Pour bien des experts les paragraphes 20-24 o\u00f9 Luc nous transmet les proph\u00e9ties de J\u00e9sus sur la ruine de J\u00e9rusalem contiennent trop de pr\u00e9cisions pour n'avoir pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements. C'est le seul argument vraiment s\u00e9rieux qu'ils invoquent pour situer cet \u00e9vangile \u00e0 une date tardive: certains s'empressent de le reporter aux ann\u00e9es 80-85. De fait il n'y a aucune difficult\u00e9 \u00e0 croire que J\u00e9sus a proph\u00e9tis\u00e9 la destruction de J\u00e9rusalem, comme le d\u00e9montre le souvenir qu'en gardait la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne. On ne peut pas nier a priori que le texte ait subi quelques retouches \u00e0 la suite du si\u00e8ge et de la prise de J\u00e9rusalem en l'an 70, mais qu'en sait-on? Est-il s\u00fbr que Luc donne trop de d\u00e9tails pr\u00e9cis, comme fait quelqu'un qui a vu la proph\u00e9tie r\u00e9alis\u00e9e? Pour qui a d\u00e9j\u00e0 eu entre les mains certaines proph\u00e9ties des temps modernes, proches de nous et bien dat\u00e9es, et qui sait comment elles se sont r\u00e9alis\u00e9es, cette proph\u00e9tie n'est pas plus pr\u00e9cise ni plus \u00e9tonnante. Il suffisait que Luc ait quelque id\u00e9e de la fa\u00e7on dont les arm\u00e9es romaines agissaient en pays conquis pour qu'il rapporte les paroles de J\u00e9sus dans les termes o\u00f9 il l'a fait.

{N}21,{/}37 Il passait la nuit en plein air sur le mont dit des Oliviers: voir de m\u00eame Mc 11,11. Durant les jours du p\u00e8lerinage J\u00e9sus se logeait comme bien d'autres dans les environs de J\u00e9rusalem. Il allait \u00e0 B\u00e9thanie en franchissant le mont des Oliviers. Mais il ne faut pas confondre cet h\u00e9bergement \u00e0 B\u00e9thanie avec la coutume qu'il avait de passer une partie de la nuit en quelque lieu isol\u00e9 pour y prier tranquillement. C'est ainsi qu'il allait au jardin de Geths\u00e9mani (22,39; Mt 26,36) sur le versant de la colline.

{N}22,{/}1 La P\u00e2que et les Pains sans levain \u00e9taient \u00e0 l'origine deux f\u00eates distinctes mais une tradition s\u00e9culaire les avait associ\u00e9es (Dt 16,1-8). On sacrifiait l'agneau au soir du 14 Nisan (nous dirions: la veille au soir), et la semaine des pains sans levain commen\u00e7ait le 14, c'est-\u00e0-dire le 13 au coucher du soleil selon la fa\u00e7on h\u00e9bra\u00efque de compter les jours. Alors, dans chaque maison, on jetait tout ce qui restait de pain lev\u00e9 (1Co 5,8).
{C}Satan entra en Judas{/} (3): nous le lisons de m\u00eame en Jn 13,2.

{N}22,{/}10 {C}Un homme viendra \u00e0 votre rencontre{/}. J\u00e9sus \u00e9tait recherch\u00e9 par la police: Jean le dit sans ambages: 7,45; 11,8; 12,53. Il n'\u00e9tait pas question qu'il entre dans la ville pour y c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que. Il semble donc bien que celui qui le re\u00e7oit est un ami, peut-\u00eatre appartient-il au parti des Ess\u00e9niens qui c\u00e9l\u00e8bre la P\u00e2que cette ann\u00e9e-l\u00e0 trois jours avant la date officielle (voir la note sur la Date de la P\u00e2que en Jean 18,18). 
La maison dans laquelle J\u00e9sus c\u00e9l\u00e8bre la C\u00e8ne est celle d'un de ses disciples \u00e0 J\u00e9rusalem, un homme de bonne situation. C'est l\u00e0 probablement que les ap\u00f4tres se r\u00e9unissaient apr\u00e8s la mort de J\u00e9sus et c'est l\u00e0 que commen\u00e7a l'Eglise. Ceux qui l'identifient avec la maison mentionn\u00e9e en Ac 12,12, la maison de Jean Marc (l'\u00e9vang\u00e9liste Marc) et de sa famille font observer que Marc est probablement ce jeune homme qui accompagnait J\u00e9sus quand on l'arr\u00eata (Mc 14,51). Il avait d\u00fb suivre le groupe des Douze apr\u00e8s la C\u00e8ne c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans sa maison.
J\u00e9sus a-t-il c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la P\u00e2que juive avec ses disciples? C'est un point discut\u00e9. Si l'on s'en tient au texte de Luc 22,21 (et de m\u00eame dans Matthieu et Marc), il semblerait que J\u00e9sus c\u00e9l\u00e8bre la P\u00e2que juive et que ce repas, cette C\u00e8ne, est la Derni\u00e8re au cours de laquelle il c\u00e9l\u00e8bre l'Eucharistie. Mais normalement la P\u00e2que se c\u00e9l\u00e9brait dans la pi\u00e8ce la plus ouverte, celle du rez-de-chauss\u00e9e: m\u00eame dans cette maison amie J\u00e9sus s'isolera avec les Douze dans la chambre haute. Il n'y a rien de surprenant \u00e0 ce que J\u00e9sus ait r\u00e9pondu ici comme en bien des endroits en donnant un autre sens aux mots: on l'interroge sur la P\u00e2que et il pr\u00e9pare la vraie P\u00e2que qui est l'Eucharistie. Lorsque nous lisons en particulier l'\u00e9vangile de Jean, il semble bien que tout se d\u00e9roule dans l'esprit de la Nouvelle Alliance, laquelle abolit l'ancienne P\u00e2que parce qu'elle en est l'accomplissement, ou la r\u00e9alisation nouvelle \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9.

{N}22,{/}19 Un certain nombre de manuscrits anciens coupent le verset 19 apr\u00e8s {C}Ceci est mon corps{/}, et omettent le verset 20 tout entier. Faut-il penser que les autres ont corrig\u00e9 le texte de Luc et lui ont ajout\u00e9 ce qui lui manquait pour \u00eatre d'accord avec les autres \u00e9vangiles? Le plus probable est que ce sont les premiers qui ont corrig\u00e9 Luc et ont supprim\u00e9 20 et la fin du 19, car les versets 17-18 parlaient d\u00e9j\u00e0 d'une coupe de vin distribu\u00e9e et ils voyaient l\u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition. Cette mention d'une coupe distribu\u00e9e avant le pain partag\u00e9 suivi d'une deuxi\u00e8me coupe, consacr\u00e9e celle-l\u00e0, n'avait en r\u00e9alit\u00e9 rien d'anormal puisque le rituel de la P\u00e2que en comportait plusieurs. D'autres manuscrits, \u00e9galement d\u00e9concert\u00e9s, ont supprim\u00e9 le verset 20 (non la fin du 19) et ont fait passer le verset 19 avant les v.v. 17-18 pour r\u00e9tablir l'ordre traditionnel: pain, vin.
On ne peut exclure cependant la possibilit\u00e9 de que la seconde coupe ait \u00e9t\u00e9 absente du r\u00e9cit de Luc. Dans ce cas il se pourrait que la premi\u00e8re coupe soit celle du r\u00e9cit traditionnel. Luc aurait r\u00e9parti entre la cons\u00e9cration du pain et celle de la coupe les paroles de J\u00e9sus qui accompagn\u00e8rent cette c\u00e9l\u00e9bration, d\u00e9bordant largement la formule tr\u00e8s r\u00e9sum\u00e9e qu'en a gard\u00e9e la liturgie. Avec la premi\u00e8re coupe (qui serait de fait la seule), nous aurions la proclamation par J\u00e9sus de sa propre P\u00e2que, c'est-\u00e0-dire de son passage par la mort et la r\u00e9surrection; avec la fraction du pain nous aurions l'institution de l'eucharistie.

{N}22,{/}31 On notera l'opposition entre: vous secouer, et: j'ai pri\u00e9 pour toi.. De nouveau J\u00e9sus rappelle la primaut\u00e9 de Pierre, et cela dans le domaine le plus essentiel et le plus spirituel: pour affermir la foi.

{N}22,{/}38 Peut-\u00eatre faut-il rappeler que durant des si\u00e8cles les partisans du pouvoir politique des papes et de leur autorit\u00e9 temporelle sur les rois s'appuy\u00e8rent sur cette phrase, affirmant que les deux \u00e9p\u00e9es symbolisaient le pouvoir spirituel et le pouvoir politique et que les deux \u00e9taient pour le successeur de Pierre.

{N}22,{/}41 Le texte dit ici de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise: il s'arracha \u00e0 eux. Cela signifie que J\u00e9sus prend cong\u00e9 de fa\u00e7on brusque, il vainc le d\u00e9sir naturel de pouvoir compter sur un r\u00e9confort humain et ne veut d'autre refuge que la pri\u00e8re.
Les versets 43 et 44 manquent en de nombreux manuscrits tr\u00e8s anciens. Pourtant on peut soup\u00e7onner qu'ils ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s du texte parce qu'ils r\u00e9v\u00e9laient la faiblesse humaine de J\u00e9sus d'un fa\u00e7on d\u00e9concertante pour ceux qui affirmaient sa divinit\u00e9. Quoi qu'il en soit, cette apparition d'un ange qui vient r\u00e9conforter le Fils de Dieu ne manque pas de nous surprendre: lequel d'entre les ap\u00f4tres a pu en parler? Tr\u00e8s probablement Luc a voulu exprimer une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure en se servant de ces mots qui faisaient allusion \u00e0 l'histoire d'Elie (1R 19,4).

{N}22,{/}49 Les ex-z\u00e9lotes qu'\u00e9taient tel ou tel des Douze (ver Mt 10,4) n'avaient pas perdu leur capacit\u00e9 de d\u00e9fense.

{N}22,{/}52 Luc mentionne ici les grands pr\u00eatres et les Anciens: Mt 26,47 les nommait au d\u00e9but de cet \u00e9pisode comme ceux qui avaient envoy\u00e9 la troupe. Il est \u00e9vident qu'en d\u00e9pla\u00e7ant cette mention, Luc a perdu une pr\u00e9position ({C}envoy\u00e9s par{/} les grands pr\u00eatres) et du coup il fait arriver de nuit \u00e0 Geths\u00e9mani des autorit\u00e9s sup\u00e9rieures qui s\u00fbrement ne sont pas venues en personne.

{N}23,{/}11 Ils lui pass\u00e8rent un habit {C}somptueux, {/}largesse d'un roi qui veut rivaliser avec Pilate dans l'art de la moquerie, ou{C} blanc, {/}comme pour un fou. Ce geste est-il seulement, chez Luc l'\u00e9quivalent de ce qu'on lit en Mt 27,28? Il ne serait pas \u00e9trange que tous, petits et grands, aient profit\u00e9 de l'occasion pour faire montre des sentiments vils qui leur \u00e9taient communs.{C} {/}Et quand on manque d'imagination, on retombe dans les m\u00eames banalit\u00e9s.

{N}23,{/}34 Ce verset manque en de nombreux manuscrits: peut-\u00eatre a-t-il \u00e9t\u00e9 copi\u00e9 sur Ac 7,60.

{N}24,{/}13 Ce r\u00e9cit de Luc r\u00e9unit diverses traditions et les compose de fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9e. C'est une des pages de l'\u00e9vangile o\u00f9 l'on d\u00e9c\u00e8le le plus facilement une structure sym\u00e9trique autour d'un centre qui est le verset 22: elles disaient qu'il est vivant. Apr\u00e8s ce verset on retrouve les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments qui l'ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, dans l'ordre inverse:
13. ils partent de J\u00e9rusalem
14. ils parlent de ce qui est arriv\u00e9
15. J\u00e9sus s'approche
16. leurs yeux ne le reconnaissent pas
17. J\u00e9sus ouvre le dialogue
Et ensuite:
29 ils invitent J\u00e9sus
31 leurs yeux s'ouvrent
J\u00e9sus dispara\u00eet
32. ils parlent de ce qui s'est pass\u00e9
33. ils reviennent \u00e0 J\u00e9rusalem
Et de m\u00eame s'opposent 19-23 y 27-24:
proph\u00e9tie  - proph\u00e8te
la croix  - qu'il souffre
nous esp\u00e9rions  - lents \u00e0 croire
s\u00e9pulcre  - s\u00e9pulcre
{C}Ils se lev\u00e8rent pour retourner \u00e0 J\u00e9rusalem{/}. Comme les femmes qui reviennent du s\u00e9pulcre vers les ap\u00f4tres et comme les ap\u00f4tres reviendront du mont des Oliviers \u00e0 J\u00e9rusalem: c'est de ce centre que l'Eglise rayonnera quand ils auront re\u00e7u l'Esprit.
{C}Il est apparu \u00e0 Simon{/} (34). Cette apparition \u00e0 Simon avant les autres ap\u00f4tres est rappel\u00e9e en 1Co 15,5.

{N}24,{/}45 {N}C'ETAIT DANS L'ECRITURE{/}
Luc nous montre J\u00e9sus ressuscit\u00e9 donnant aux ap\u00f4tres et \u00e0 l'Eglise les bases d'une interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne des Ecritures (24,27 et 46-47). 
{C}Le Messie devait souffrir et ressusciter{/}. Il serait difficile de trouver un seul texte qui le dise explicitement. Mais toute l'histoire biblique est faite de morts et de r\u00e9surrections. Plusieurs psaumes sont l'action de gr\u00e2ces d'un fid\u00e8le qui s'est vu au bord de la tombe et \u00e0 qui Dieu a rendu la vie. Le fameux po\u00e8me du Serviteur qu'on lit en Is 53 parle sans aucun doute, dans l'intention de l'auteur, de la minorit\u00e9 fid\u00e8le qui assurera le futur d'Isra\u00ebl. Mais de fait Dieu a voulu qu'il parle de cette minorit\u00e9 fid\u00e8le sous la figure d'{C}un{/} Serviteur. Dieu a permis qu'il parle de mort injuste et de r\u00e9surrection, de pardon des p\u00e9ch\u00e9s et d'une post\u00e9rit\u00e9 de justes, pour exprimer le destin de ce peuple fid\u00e8le. C'est assez pour que nous appliquions ce texte \u00e0 celui qui r\u00e9sumait en sa personne la "descendance d'Abraham" et le destin du peuple \u00e9lu. 
Une parole de J\u00e9sus en Jn 10,35 nous rappelle qu'on ne peut changer l'Ecriture. On pourra dire qu'en tel ou tel endroit les mots ont d\u00e9pass\u00e9 la pens\u00e9e de l'auteur, qu'ils sont arriv\u00e9s l\u00e0 par hasard... C'est un fait qu'ils y sont, et m\u00eame s'il faut d'abord chercher l'essentiel du message, le mot qui surprend, ou l'image insolite doivent toujours \u00eatre re\u00e7us comme un appel \u00e0 la r\u00e9flexion. Dans une discussion l'opposant pourra dire que la r\u00e9ponse de J\u00e9sus en Jn 10,35 n'\u00e9tait pas contraignante et qu'il tirait \u00e0 lui le texte ; de m\u00eame il sera fort difficile de lui prouver par A plus B que l'Ecriture annon\u00e7ait la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus si au d\u00e9part il n'a pas reconnu J\u00e9sus comme le Messie. Une discussion purement rationnelle des textes ne m\u00e8nera que tr\u00e8s rarement \u00e0 la foi: dans l'\u00e9pisode de la Tentation en Mt 4 et Lc 4, le d\u00e9mon fait un excellent usage des textes qu'il cite.
C'est que l'interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne de l'Ecriture ne se limite pas \u00e0 une recherche rationnelle qui remet les textes dans leur contexte pour ne rien dire de plus que ce que l'auteur sacr\u00e9 a voulu dire. Lorsque J\u00e9sus dit: "C'\u00e9tait dans l'Ecriture", il ne s'agit pas d'abord de prouver que c'\u00e9tait \u00e9crit. Il vaudrait mieux dire que la r\u00e9surrection de J\u00e9sus donne \u00e0 l'Ecriture une dimension qui lui \u00e9chappait auparavant. Il y avait d\u00e9j\u00e0 une interpr\u00e9tation juive qui se brodait \u00e0 mesure que s'\u00e9largissait l'exp\u00e9rience du peuple de Dieu, mais maintenant les faits nouveaux obligeaient \u00e0 une relecture des textes. En Mt 13,52, n'est-il pas question d'un ma\u00eetre de la Loi qui, apr\u00e8s avoir fait l'exp\u00e9rience du Royaume de Dieu, d\u00e9couvre des tr\u00e9sors nouveaux dans le texte ancien?
La lettre est un instrument avec lequel l'Esprit joue librement, et l'exp\u00e9rience de tous les jours nous enseigne que la sagesse du livre sacr\u00e9 p\u00e9n\u00e8tre dans les coeurs sans toujours passer par les chemins de la logique. Bien souvent une image sugg\u00e8re une ligne de pens\u00e9e, on fait le rapprochement avec d'autres images que nous offre le livre, avec d'autres passages o\u00f9 se retrouvent les m\u00eames mots, et les fils se nouent pour \u00e9tablir une interpr\u00e9tation ou pour d\u00e9couvrir le jeu de Dieu dans les situations que nous vivons. 
Le croyant, ou le proph\u00e8te qui relit l'Ecriture ne trahit pas les textes, mais il leur donne une vie nouvelle et, au terme, il aura fait oeuvre po\u00e9tique, au sens premier de ce mot: le po\u00e8te est celui qui cr\u00e9e. La po\u00e9sie ne rel\u00e8ve pas d'abord du genre didactique, et c'est la m\u00eame chose \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 pour l'Ecriture. Dieu est tout aussi po\u00e8te que professeur -et m\u00eame un peu plus, et c'est l'Esprit Saint qui insinue la v\u00e9rit\u00e9 au del\u00e0 de la lettre. Que cela plaise ou non, ce type d'interpr\u00e9tation po\u00e9tique ou proph\u00e9tique est g\u00e9n\u00e9ralement plus puissant que l'ex\u00e9g\u00e8se rationnelle pour illuminer l'esprit. Le danger d'\u00e9lucubrations farfelues ou perverses existe toujours, et la seconde lettre de Pierre s'\u00e9l\u00e8ve fortement contre les{C} interpr\u00e9tations personnelles{/} (2P 1,20). Voir la note plac\u00e9e en cet endroit sur l'Inspiration de la Bible. C'est pour cela qu'on lit l'Ecriture en Eglise ; cela ne veut pas dire qu'on se contente de r\u00e9p\u00e9ter ce qu'ont dit les anciens ou ce que dit la hi\u00e9rarchie, mais on regarde suffisamment autour de soi pour s'assurer qu'on reste dans le fil de la tradition et qu'on ne se perd pas.
C'est ainsi qu'a proc\u00e9d\u00e9 la proph\u00e9tie dans l'Eglise primitive, et l'Ecriture nous en a laiss\u00e9 deux mod\u00e8les insurpassables avec la lettre aux H\u00e9breux et l'Apocalypse. Un livre a facilit\u00e9 l'essor de cette proph\u00e9tie, et c'est celui des Psaumes. On croyait qu'il \u00e9tait tout entier l'oeuvre de David, et par ailleurs le Messie \u00e9tait fils de David. Ces deux donn\u00e9es r\u00e9unies ont amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper maintes recherches sur tel ou tel verset des psaumes. On reconstruisait les soucis et la pri\u00e8re de David, et \u00e0 partir de l\u00e0 on cherchait \u00e0 comprendre mieux le myst\u00e8re du Christ. 
Dans les deux passages de Luc que nous avons cit\u00e9s, J\u00e9sus s'en tient \u00e0 ce qui sera la base de la pr\u00e9dication apostolique, et c'est \u00e0 ces premi\u00e8res le\u00e7ons que Luc se r\u00e9f\u00e8re quand il nous dit que J\u00e9sus a instruit ses ap\u00f4tres par l'Esprit Saint apr\u00e8s la R\u00e9surrection (Ac 1,2).

{N}24,{/}47 Il faut que la conversion et le pardon des p\u00e9ch\u00e9s soient proclam\u00e9s en son nom (Ac 2,38; 3,19; 5,31). On peut interpr\u00e9ter: on pr\u00eachera la conversion et le pardon en vue de lui appartenir, ou bien: on pr\u00eachera la conversion avec son autorit\u00e9.
{C}La puissance qui vient d'en haut. Cette expression est d\u00e9riv\u00e9e d'une autre:{/} la force du Tr\u00e8s-Haut (Lc 1,35). Elle d\u00e9signe l'Esprit, don du P\u00e8re.

