{N}1,{/}53 D\u00e8s le d\u00e9but de ce livre qui mettra en relief la saintet\u00e9 divine, la Demeure du T\u00e9moignage, lieu de la pr\u00e9sence divine, est isol\u00e9e du peuple par le campement des l\u00e9vites. La pr\u00e9sence de ces \u00e9lus du peuple saint plus sp\u00e9cialement consacr\u00e9s \u00e0 Dieu \u00e9vite que les individus ordinaires, contamin\u00e9s par les mille impuret\u00e9s de la vie profane, ne se br\u00fblent ou se brisent au contact du Dieu Saint. Le texte parle de {C}la col\u00e8re{/}, sans plus, et nous comprenons que cette col\u00e8re d\u00e9signe tout malheur qui pourrait survenir \u00e0 la suite d'un juste d\u00e9plaisir de Dieu. Voici, exprim\u00e9e dans un langage pour nous tr\u00e8s ancien, l'une des grandes lois qui r\u00e9gissent l'existence du peuple de Dieu, c'est-\u00e0-dire la n\u00f4tre. Un peuple \u00e9lu, privil\u00e9gi\u00e9 sous bien des rapports, n'a de sens que s'il est le sel de la terre.   

{N}7,{/}1 {N}LITANIES{/}
Ce chapitre, plus encore que eux qui pr\u00e9c\u00e8dent, peut nous \u00e9tonner avec la r\u00e9p\u00e9tition interminable des m\u00eames chiffes et des m\u00eames offrandes. Il n'est pas question de le raccourcir, pas plus qu'on n'abr\u00e8ge une grande procession ou les cent cinquante {C}Ave Maria{/} du rosaire. La routine de la vie avec l'interminable reprise des m\u00eames t\u00e2ches qu'on finit par accomplir de fa\u00e7on automatique fait partie de l'asc\u00e8se qui pr\u00e9pare aux dons de Dieu. Durant des milliers d'ann\u00e9es les femmes en particulier ont us\u00e9 leurs forces et perdu beaut\u00e9 et sant\u00e9 dans le lavage, la pr\u00e9paration du feu et les raccomodages : peut-\u00eatre n'\u00e9tait-ce pas plus ab\u00eatissant devant Dieu que de s'ennuyer devant la t\u00e9l\u00e9, fuyant d'un canal \u00e0 l'autre, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment  o\u00f9 satisfaire cette "avidit\u00e9 des yeux" dont parle Jean (1 Jn 2,15), qui est fille du monde et non de Dieu. Tous les grands spirituels ont accept\u00e9 de suivre cette route de la fid\u00e9lit\u00e9 dans la monotonie -qui pour de nombreuses personnes est celle du travail peu gratifiant- o\u00f9 l'on finit par \u00eatre si habitu\u00e9 ou si fatigu\u00e9 qu'on y perd la propri\u00e9t\u00e9 de soi-m\u00eame.

{N}8,{/}5{N} LES L\u00c9VITES{/}
Ce chapitre vient compl\u00e9ter ce qu'on a lu dans l'Exode 13,1-4 et 11-15. Isra\u00ebl tout entier appartient \u00e0 Yahv\u00e9. La dixi\u00e8me plaie avec la mort des premiers-n\u00e9s des Egyptiens montre que la revendication de Yahv\u00e9 se concentre sur les premiers-n\u00e9s. Ceux-ci sont donc rachet\u00e9s : en principe ils sont pr\u00e9sent\u00e9s au Temple quand la m\u00e8re, au quaranti\u00e8me jour apr\u00e8s la naissance, vient se "purifier de son sang" (Lev 12 ; Lc 2,22). Mais Dieu exige un don plus personnel : l'une des douze tribus, celle de L\u00e9vi, remplace les premiers-n\u00e9s de tout le peuple et est consacr\u00e9e au culte de Dieu. Cette tribu n'a pas de territoire propre et se consacre au service du Temple ; elle vit des d\u00eemes que les autres tribus lui remettent et qui sont destin\u00e9es au culte.

{N}9,{/}5 Cet \u00e9pisode est une fa\u00e7on imag\u00e9e d'introduire une nouvelle loi \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 de tr\u00e8s nombreux Isra\u00e9lites vivaient dispers\u00e9s dans les pays environnants et se rendaient en p\u00e8lerinage \u00e0 J\u00e9rusalem pour y c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que conform\u00e9ment au rituel biblique. A leur arriv\u00e9e ils devaient se purifier des mille impuret\u00e9s contract\u00e9es au long du voyage et pouvaient n'\u00eatre pas pr\u00eats \u00e0 la date fix\u00e9e.

{N}9,{/}15{N} LA DEMEURE ET LA TENTE{/}
Ici comme en d'autres endroits de l'Exode et des Nombres (3,25), la {C}Demeure{/} dont la construction occupe la majeure partie de l'Exode 25-40 est identifi\u00e9e \u00e0 la Tente du T\u00e9moignage. Il est clair par ailleurs que le livre de l'Exode parle indiff\u00e9remment de Tente du T\u00e9moignage ou de Tente du Rendez-vous.
Disons d'abord que les deux mots {C}T\u00e9moignage{/} et {C}Rendez-vous{/} sont proches l'un de l'autre en h\u00e9breu. {C}T\u00e9moignage{/}, c'est le T\u00e9moignage ou D\u00e9claration Divine que l'on garde dans l'Arche et qui s'exprime entre autres par les Dix Commandements{C}. Rendez-vous{/} : c'est l'endroit o\u00f9 Dieu donne rendez-vous \u00e0 Mo\u00efse quand il veut lui parler (Ex 29,42 ; Nb 12,5 ; 17,7-8). Dans les deux cas il s'agissait d'une tente dans le secret de laquelle Dieu se manifestait au seul Mo\u00efse (Nb 12,5). 
Mais quand on a mont\u00e9 par la suite toute la fiction de la Demeure grandiose, premi\u00e8re \u00e9bauche du Temple de J\u00e9rusalem, on a voulu l'identifier avec cette Tente dont les traditions plus anciennes gardaient le souvenir (voir sp\u00e9cialement Ex 38,21). En r\u00e9alit\u00e9, si l'on voulait une Demeure grandiose pour le culte divin, on r\u00eavait plus encore d'un temps o\u00f9 Dieu donnait rendez-vous \u00e0 son ami et lui parlait face \u00e0 face (Nb 12,7-8). Le livre de Job tout entier est sous-tendu par ce r\u00eave que les proph\u00e8tes ont caress\u00e9 de temps \u00e0 autre (Is 30,20).
Le pr\u00e9sent paragraphe fait  l'\u00e9loge d'un temps o\u00f9 Dieu intervenait personnellement, donnait des ordres et prenait en mains la direction de son peuple. Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l'occasion de rappeler que les livres saints pr\u00e9sentent l'histoire pass\u00e9e comme une grande \u00e9pop\u00e9e o\u00f9 Dieu menait souverainement toutes choses \u00e0 un terme o\u00f9 sa justice et son salut devenaient manifestes. On l'a vu d\u00e8s l'histoire d'Abraham, on le reverra dans le livre de Josu\u00e9 et, beaucoup plus tard, dans les Chroniques. Mais cela, c'est une vue de la foi, et sur le moment ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les acteurs de l'histoire ont eu une exp\u00e9rience passablement diff\u00e9rente : le peu qu'on avait r\u00e9alis\u00e9 avec beaucoup d'efforts contenait bien des ombres et la pr\u00e9sence de Dieu avait \u00e9t\u00e9 habituellement fort discr\u00e8te, m\u00eame si on n'en doutait pas. En divers endroits nous voyons l'\u00e9tonnement, ou m\u00eame le scandale du croyant qui, compare ce qui se passe sous ses yeux avec ce que les traditions rapportent du pass\u00e9 et ne comprend pas que Dieu ait chang\u00e9 (Ps 77) : Pourquoi les cieux sont-ils maintenant ferm\u00e9s et ne r\u00e9pondent-ils plus (Is 63,7-16 ; Ps 74,9-10)? 
Quel d\u00e9sir secret a pouss\u00e9 les hommes de foi \u00e0 faire le pass\u00e9 plus beau qu'il n'avait \u00e9t\u00e9, et Dieu, plus g\u00e9n\u00e9reux? On a d'abord projet\u00e9 sur l'histoire ancienne tout ce qu'on aurait voulu voir dans le pr\u00e9sent, \u00e0 commencer par l'histoire d'Adam, et ensuite celle de Mo\u00efse, puis celle de David ; mais ensuite on a projet\u00e9 sur le futur ce qu'on lisait dans les livres d'histoire, et on a commenc\u00e9 d'attendre. C'est l'aiguillon de l'esp\u00e9rance qui a fait m\u00fbrir en Isra\u00ebl l'attente d'une \u00e8re nouvelle avec un Messie envoy\u00e9 par Dieu. Dans toutes les cultures on avait mis un \u00e2ge d'or au d\u00e9but des temps, mais ensuite on a pris son parti de n'avoir plus qu'un \u00e2ge de fer. Il y a eu certainement sous toutes les latitudes des hommes et des femmes qui ont "esp\u00e9r\u00e9 contre toute attente" (Rm 4,18), mais c'est s\u00fbrement dans la r\u00e9v\u00e9lation biblique que la folie de l'esp\u00e9rance s'est install\u00e9e le plus en profondeur. 

{N}11,{/}13 {N}LES CAILLES{/}
Nous avons dit dans le commentaire que deux traditions ont \u00e9t\u00e9 combin\u00e9es dans ce chapitre : celle de la manne et celle relative aux {C}anciens{/}, qui sont de fait les juges (Ex 18_; Dt 1,9). Il saute aux yeux que le fil du r\u00e9cit passe des plaintes du peuple en 1-6 aux versets 18-23 et qu'il a sa conclusion en 31-35. Cette tradition de la manne doit \u00eatre fort ancienne si l'on en juge par les versets 7-9. Quant aux cailles, comparer Ex 16,12 et Nb 11,18.
Cette histoire du peuple qui veut de la viande est dans la Bible un des exemples de Dieu qui joue avec nos demandes. Il ne suffirait pas de dire : "Dieu exauce nos pri\u00e8res quand il juge que ce que nous lui demandons nous sera utile." Dieu s'int\u00e9resse moins \u00e0 ce que nous demandons qu'\u00e0 notre d\u00e9sir profond, c'est l\u00e0 qu'il veut \u00e9duquer et frapper. Une pri\u00e8re exauc\u00e9e, ce n'est pas la preuve que notre d\u00e9sir \u00e9tait celui de Dieu. En certains cas on s'en mordra les doigts, comme ici avec ces cailles qui arrivent par miracle et qui bient\u00f4t donnent la mort. Une fois de plus il faudra respecter le myst\u00e8re, ou la {C}saintet\u00e9{/} de Dieu.

{N}11,{/}24{N} LES ANCIENS{/}
L'Exode voyait l'origine des juges, choisis parmi les anciens, dans une suggestion du beau-p\u00e8re madianite de Mo\u00efse (Ex 18). Ici par contre, c'est Dieu qui a donn\u00e9 un ordre. Quoi qu'il en soit, ces {C}anciens{/} seront l'autorit\u00e9 la plus profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la tradition isra\u00e9lite. Au temps des rois, le pouvoir central va r\u00e9duire leur r\u00f4le et les manipuler, comme on le voit en 1 R 21,8-12. Ils vont reprendre la premi\u00e8re place dans les communaut\u00e9s des Juifs d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Babylone : Ez 8,1 ; 14,1 ; 20,1...). Au retour d'exil leur autorit\u00e9 se combinera avec celle des pr\u00eatres : le sanh\u00e9drin ou conseil supr\u00eame du peuple juif aux temps du Nouveau Testament comprendra pr\u00eatres, anciens et ma\u00eetres de la Loi. De fait, ces anciens sont les chefs de famille les plus importants. Mais, hors de la Palestine, dans toutes les communaut\u00e9s dispers\u00e9es parmi les nations, les pr\u00eatres n'ont plus de r\u00f4le actif, le Temple n'\u00e9tant plus l\u00e0, et les anciens ont l'autorit\u00e9 dans les synagogues.
Les anciens sont le symbole d'un peuple de Dieu fait de communaut\u00e9s, o\u00f9 les responsables ne se sentent pas sup\u00e9rieurs \u00e0 la communaut\u00e9 et o\u00f9 les probl\u00e8mes se traitent de fa\u00e7on humaine et non administrative. Ils sont une fa\u00e7on de contester l'autorit\u00e9 qui veut s'imposer d'en-haut. La Bible r\u00e9serve le droit du roi et du grand pr\u00eatre, \u00e9lus de Dieu, mais elle sera critique vis-\u00e0-vis des syst\u00e8mes de gouvernement gr\u00e2ce auxquels un chef entend se rendre ma\u00eetre du peuple de Dieu (1Sa 8,11 ; 2Sa 24 ; 1R 12). Lorsque l'Apocalypse nous montre le peuple de Dieu rassembl\u00e9 dans le ciel, en attente de l'entr\u00e9e glorieuse du Christ, ce sont vingt-quatre anciens qui le repr\u00e9sentent et qui si\u00e8gent autour du tr\u00f4ne : il n'y est pas question des rois (Ap 4,4). 
N'oublions pas que dans l'Eglise primitive l'autorit\u00e9 des ap\u00f4tres, authentiques t\u00e9moins du Christ et de la foi, ne diminuait en rien celle des anciens. Pour les choisir on avait suivi le mod\u00e8le des synagogues ; ils pr\u00e9sidaient la communaut\u00e9 et son eucharistie, mais le fait que le mot {C}ancien{/} ait la m\u00eame signification que {C}presbytre{/} ou pr\u00eatre ne signifie absolument pas qu'ils aient \u00e9t\u00e9 l'\u00e9quivalent des "pr\u00eatres" d'aujourd\u00b4hui. Les ap\u00f4tres sont fid\u00e8les \u00e0 l'esprit communautaire du pass\u00e9 tout autant que conscients de leur autorit\u00e9 comme t\u00e9moins du Christ ; ce n'est pas par hasard que Pierre et Jean se donnent le titre d'{C}anciens{/} (1P 5,1 ; 2Jn 1 ; 3Jn 1).
Le don de l'Esprit aux anciens contient divers enseignements. D'une part, dans le peuple de Dieu, l'autorit\u00e9 ne peut d\u00e9cider qu'avec l'inspiration de la sagesse divine ; mais aussi les anciens ont re\u00e7u l'Esprit qui \u00e9tait en Mo\u00efse, c'est-\u00e0-dire que nul ne pourra changer les bases de la r\u00e9v\u00e9lation. C'est une chose tr\u00e8s \u00e9tonnante que le Deut\u00e9ronome pr\u00e9voie l'arriv\u00e9e du Proph\u00e8te qu'il faudra \u00e9couter en tout ce qu'il dira : gr\u00e2ce \u00e0 ce texte l'avenir est ouvert pour J\u00e9sus qui jamais ne cherchera \u00e0 s'appuyer sur l'autorit\u00e9 de Mo\u00efse, m\u00eame s'il rappelle l'inspiration divine de la Loi. 

{N}14,{/}20 Ce qui suit fait certainement allusion \u00e0 des traditions anciennes sur la p\u00e9n\u00e9tration en Palestine de certains clans par le sud : voir le commentaire de Ex 17.8 et la note sur Gn 49.3.

{N}14,{/}11{N} DIEU PARDONNE {/}
La page qui suit et la pri\u00e8re de Mo\u00efse sont bien pareilles \u00e0 ce que nous avons lu en Ex 32,9.13. On en retrouvera des \u00e9quivalents dans J\u00e9r\u00e9mie. Ce dialogue est, bien s\u00fbr, une fa\u00e7on d'exprimer \u00e0 la fois ce que devrait \u00eatre la r\u00e9action d'un Dieu juste, qui punit la d\u00e9sob\u00e9issance, et ce que sera l'attitude du Dieu qui voit plus loin que l'instant pr\u00e9sent. Lui n'est jamais pris au d\u00e9pourvu par nos fautes, il pardonne tout en punissant. On pourrait penser que ce pardon de Dieu n'est qu'une fa\u00e7on de dire qu'il poursuivra son objectif : il punit la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente, laquelle n'entrera pas dans la Terre, mais il n'arr\u00eatera pas l'oeuvre qu'il a entreprise en se choisissant un peuple.
Pourtant le mot {C}pardonner{/} laisse entendre quelque chose de plus. Il n'y a rien en Dieu qui rappelle les petitesses de notre psychologie ; par contre il est \u00e0 la plus haute puissance la capacit\u00e9 de se donner dans la compr\u00e9hension et l'amour ou le jeu mutuel. Quelque profond que soit le myst\u00e8re de Dieu, tr\u00e8s loin de nos cat\u00e9gories humaines, il est souverainement important pour nous de tenir ce mot du pardon qui n'aura de sens que l\u00e0 o\u00f9 il y a regard mutuel et dette vraie que l'amour a reconnue. Ne demandons pas au livre des Nombres, puisqu'il s'agit ici de traditions anciennes, le d\u00e9velopppement et les finesses qui se feront jour par la suite. Ici l'on parle de la {C}patience{/} de Dieu ; bient\u00f4t ce sera la{C} fid\u00e9lit\u00e9{/} ; puis ce sera la conscience d'une relation mutuelle entre Dieu et la personne humaine {C}dans un seul Esprit {/}(1 Cor 6,17). L\u00e0 tout est pardonn\u00e9, et Dieu est plus que patient car il s'est d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9 lui-m\u00eame.

{N}17,{/}1{N} LE DIEU QUI PUNIT{/}
Encore un r\u00e9cit o\u00f9 "Dieu punit". Certains qui lisent rapidement ne voient \u00e0 chaque fois que la m\u00eame le\u00e7on : ceux qui se conduisent mal seront punis. Ici on parlera de ceux qui se r\u00e9voltent contre les repr\u00e9sentants de Dieu. D'autres en garderont l'id\u00e9e d'un Dieu tr\u00e8s irascible et vindicatif et comprendront la plainte des Isra\u00e9lites en 17,27 : A ce rythme-l\u00e0 nous allons tous mourir!
Nous ne devons pas nous \u00e9tonner si dans ces livres Dieu agit avec autorit\u00e9, s'emporte et punit, m\u00eame en des occasions o\u00f9 les coupables ont pu agir par ignorance. D'ailleurs, que lui importe si ses fa\u00e7ons d'agir nous choquent aujourd'hui (voir le livre de Job)?Ce qui est certain, c'est que Dieu s'adapte \u00e0 l'image que nous nous faisons de lui. A la diff\u00e9rence du professeur qui donne sa le\u00e7on sans trop se pr\u00e9occuper de la fa\u00e7on dont elle sera assimil\u00e9e, Dieu parle \u00e0 chacun de nous le langage qui lui est familier. Il prend au mot ceux qu'il reprend et leur donne les signes qu'ils peuvent interpr\u00e9ter par eux-m\u00eames. Si Dieu a choisi de se r\u00e9v\u00e9ler dans un peuple encore primitif, violent, \u00e9pris d'une justice rapide et exemplaire autant qu'indiff\u00e9rente aux motivations des coupables, il ne pouvait qu'adopter leurs moeurs. 
M\u00eame si l'histoire est vraie, que perdaient les coupables? A quelle vie et \u00e0 combien d'ann\u00e9es avaient-ils droit devant Dieu? Peut-on encore parler d'autorit\u00e9 lorsqu'il s'agit de Celui qui d\u00e8s l'origine a vu toutes nos vies? En lui ne comptent plus, ni le nombre de nos ann\u00e9es sur terre, ni les ann\u00e9es qu'on a eues pour profiter de sa retraite, ni les souffrances qui nous ont men\u00e9s \u00e0 notre maturit\u00e9.

{N}18,{/}1 Ce chapitre r\u00e9affirme plus qu'aucun autre la sup\u00e9riorit\u00e9 des pr\u00eatres sur les simples l\u00e9vites. On sait que jusqu'\u00e0 la r\u00e9forme de Josias on ne faisait pas de distinction entre ces deux termes. La venue \u00e0 J\u00e9rusalem de tous ceux qui officiaient dans les sanctuaires de province maintenant \u00e9limin\u00e9s fut l'occasion de les r\u00e9duire \u00e0 un rang inf\u00e9rieur \u00e0 celui des pr\u00eatres du Temple de J\u00e9rusalem. C'est alors qu'on voulut enraciner cette situation nouvelle jusque dans les livres de Mo\u00efse, et l'on y inscrivit la distinction entre l\u00e9vites et "_fils d'Aaron_". On trouve d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 les pr\u00e9occupations et les mesures de d\u00e9fense des castes privil\u00e9gi\u00e9es qui, jusque dans l'Eglise, ont nourri le cl\u00e9ricalisme. 

{N}21,{/}33 On trouvera en maints endroits de la Bible les deux noms associ\u00e9s de Sihon, roi de Heshbon et Og roi de Bashan. De fait Og est un personnage l\u00e9gendaire et ce paragraphe a \u00e9t\u00e9 introduit pour appuyer les revendications d'Isra\u00ebl sur le territoire de Bashan, \u00e0 l'autre c\u00f4t\u00e9 du Jourdain, un territoire que, de fait, ils n'ont jamais occup\u00e9.

{N}35,{/}11 Peut-\u00eatre faut-il traduire ici: "_vous trouverez devant vous des villes qui seront pour vous des cit\u00e9s de refuge_". Et il faudrait comprendre que les Isra\u00e9lites doivent garder leur caract\u00e8re de places de refuge \u00e0 ces villes qui l'\u00e9taient d\u00e9j\u00e0.  

{N}22,{/}9 {N}BALAAM{/}
Voir la note \u00e0 propos de Gn 32.27. Les peuples de l'autre rive du Jourdain gardaient le souvenir d'un certain Balaam, lequel \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 l'histoire comme un vrai et puissant proph\u00e8te du Dieu de P\u00e9nuel. On voit ici que l'auteur sacr\u00e9 est partag\u00e9 entre deux pr\u00e9sentations de Balaam : il ne pouvait pas nier la tradition qui faisait de lui un homme de Dieu, mais si Balaam, connu pour la vigueur de ses reproches, venait maudire Isra\u00ebl, il \u00e9tait un agent du mal. C'est ainsi que par moments il nous montre Balaam parlant famili\u00e8rement avec Yahv\u00e9, et l'instant d'apr\u00e8s Yahv\u00e9 se met en col\u00e8re parce que Balaam r\u00e9pond \u00e0 l'appel de Balac. C'est la sympathie \u00e0 son \u00e9gard qui domine le r\u00e9cit : le proph\u00e8te redout\u00e9 proclamera cette fois qu'Isra\u00ebl est un peuple de justes (23,10 et 21) et qu'il a l'avenir pour lui. Par contre, dans la tradition post\u00e9rieure, Balaam sera consid\u00e9r\u00e9 comme un proph\u00e8te perverti qui se laisse acheter : Nb 31,16 ; 2 P 2,15 ; Jde 1,11 ; Ap 2,14.
Ici, une fois de plus, nous voyons dans la Bible des traditions qui s'opposent. On pourra y voir l'incoh\u00e9rence d'un r\u00e9cit qui a puis\u00e9 \u00e0 des sources diverses ; on peut aussi le lire comme une Parole de Dieu qui nous appelle \u00e0 d\u00e9passer les sch\u00e9mas partisans. Le point de vue de Dieu ne co\u00efncide pas habituellement avec les classifications passionnelles de la "vraie religion".

{N}24,{/}1 Il y a quelque trente ans on a d\u00e9couvert pr\u00e8s de P\u00e9nuel les restes d'un sanctuaire sur les murs duquel \u00e9taient peintes les strophes d'un po\u00e8me attribu\u00e9 \u00e0 un proph\u00e8te qui devait y avoir rendu ses oracles, et c'\u00e9tait Balaam. Ces restes datent du huiti\u00e8me si\u00e8cle avant notre \u00e8re, et c'est le temps de J\u00e9roboam II en Isra\u00ebl. Les po\u00e8mes que nous lisons en 23,7; 23,18; 24,3... reprennent les m\u00eames formules et doivent s'\u00eatre inspir\u00e9s des fresques de ce sanctuaire. Ils ne font mention que d'Isra\u00ebl et de Jacob, deux noms qui \u00e9taient de fait ceux du royaume de J\u00e9roboam II. A quelle victoire faisaient-ils allusion en 24,17? Il est fort probable que le texte a \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9 un peu plus tard, apr\u00e8s la chute du royaume du nord, pour mieux l'appliquer aux rois de Juda descendants de David.

{N}35,{/}22{N} LE GRAND PRETRE{/}
Voyez la prescription des versets 25 et 28 : {C}jusqu'\u00e0 la mort du Grand Pr\u00eatre{/}. 
Le Grand Pr\u00eatre n'est pas seulement charg\u00e9 d'accomplir des rites. A partir du moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 par une onction tr\u00e8s solennelle (Ex 29 ; Lev 8), il est et restera jusqu'\u00e0 sa mort un rempart contre les fl\u00e9aux divins. Comme on l'a vu dans les \u00e9pisodes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Aaron, c'est lui qui prot\u00e8ge le peuple contre la col\u00e8re de Dieu (Nb 17,12). C'est lui qui a le privil\u00e8ge redoutable d'entrer chaque ann\u00e9e \u00e0 la F\u00eate du Pardon jusque dans le sanctuaire le plus recul\u00e9 du Temple, le Saint des Saints (Heb 9,7). C'est l\u00e0 qu'il verse sur le couvercle de l'Arche, l'Instrument de l'Expiation, le sang de la vache sacrifi\u00e9e (Nb 19). Les habits sacr\u00e9s qu'il porte sont une partie essentielle du rite, de l\u00e0 la place qu'occupent dans l'Exode leurs r\u00e8gles de fabrication (Ex 28 et 39). Au temps de J\u00e9sus, sous l'occupation romaine, le gouverneur gardait ces v\u00eatements et ne les livrait qu'au moment de la F\u00eate, pour les r\u00e9cup\u00e9rer aussit\u00f4t: c'\u00e9tait le moyen de mettre le Grand Pr\u00eatre \u00e0 sa merci. 
La mort du Grand Pr\u00eatre est l'occasion d'une amnistie semblable \u00e0 celle qui accompagnait l'ann\u00e9e du Jubil\u00e9. Au temps de J\u00e9sus, les dames de la famille du Grand Pr\u00eatre prenaient un soin sp\u00e9cial des prisonniers et elles leur faisaient des aum\u00f4nes pour qu'ils n'aient pas l'id\u00e9e de demander \u00e0 Dieu de h\u00e2ter leur sortie de prison en faisant mourir le Grand Pr\u00eatre. Le pr\u00e9cepte qu'on lit en Ex 22,27 vise sp\u00e9cialement le Grand Pr\u00eatre. On comprendra donc que cet {C}oint {/}ou{C} Messie{/} du Seigneur soit un personnage sacr\u00e9 (en langage biblique, une personne sainte), quels que soient ses c\u00f4t\u00e9s n\u00e9gatifs. Voir \u00e0 ce sujet la pr\u00e9sentation du Christ comme le Grand Pr\u00eatre des temps nouveaux en Heb ch. 5-10. 

