{N}3,{/}8 {N}LES SEPT NATIONS{/}
Ici les nations qui doivent \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de la terre de Canaan sont au nombre de six. La m\u00eame liste se retrouvera ailleurs : Ex 3,17 ; 23,23 ... ; Jos 12,8. En Dt 7,1 on leur ajoute les Guirgachites, ce qui permet de parler de {C}sept nations{/}, comme en Jos 3,10. La liste est presque la m\u00eame en dix endroits, plus courte en quelques autres. Il n'y a gu\u00e8re l\u00e0 qu'une enum\u00e9ration traditionnelle qui ne vaudrait rien pour un atlas. Lorsque les Isra\u00e9lites sont entr\u00e9s en Cana\u00e1n, ils y ont trouv\u00e9 une population m\u00e9lang\u00e9e d'amorr\u00e9ens (ils \u00e9taient de la m\u00eame souche qu'Abraham) et de hittites. Ces derniers, venus du nord, avaient occup\u00e9 le pays durant un temps et formaient une classe sup\u00e9rieure. Du fait que ce peuple canan\u00e9en se pr\u00e9sentait comme une mosa\u00efque de tout petits royaumes, la Bible leur donne parfois le nom de ces principaut\u00e9s ; ils sont appel\u00e9s{C} j\u00e9bus\u00e9ens{/} \u00e0 J\u00e9rusalem Jerusal\u00e9n (2 Sa 5,6),{C} hivvites{/} et {C}guirgachites{/} en d'autres endroits (voir Gen 10,17).
On aura not\u00e9 avec quelle tranquilit\u00e9 on parle de leur enlever la terre qu'ils occupent. Lorsque les \u00e9crivains de ces livres se tournaient vers le pass\u00e9, ils se rendaient compte que la conqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 une pi\u00e8ce essentielle de la fondation d'un peuple de Dieu diff\u00e9rent des autres peuples, et donc qu'il y avait l\u00e0 une volont\u00e9 de Dieu. Ces textes continuent d'inspirer certains protagonistes des conflits actuels du Moyen Orient, comme s'il justifiaient de nouvelles conqu\u00eates. Il y a l\u00e0 une interpr\u00e9tation fondamentaliste du texte sacr\u00e9 : ce qui \u00e9tait volont\u00e9 de Dieu en un certain temps est consid\u00e9r\u00e9 par quelques uns comme une r\u00e8gle pour aujourd'hui, comme si le peuple de Dieu, ses droits et devoirs, sa base territoriale et ses institutions devaient ce qu'ils \u00e9taient il y a trente si\u00e8cles.

{N}3,{/}21 {N}LES \u00c9GYPTIENS D\u00c9TROUSSES{/}
N'oublions pas que ce paragraphe a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit bien des si\u00e8cles avant le Sermon sur la Montagne. Prendre \u00e0 l'ennemi, que ce soit par la force ou par la ruse, prouvait que Dieu \u00e9tait en train de rendre une dignit\u00e9 \u00e0 son peuple humili\u00e9 ; la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu lui attribuait les d\u00e9pouilles de l'ennemi. Ce d\u00e9tail doit provenir des traditions qui ont inspir\u00e9 le r\u00e9cit de la dixi\u00e8me plaie. Celles-ci provenaient sans doute de certains groupes qui furent expuls\u00e9s \u00e0 l'occasion d'une plaie : les \u00e9trangers \u00e9taient facilement consid\u00e9r\u00e9s comme les responsables d'un fl\u00e9au, leur pr\u00e9sence devait avoir alt\u00e9r\u00e9 l'ordre de la nature. Il y avait donc un tel d\u00e9sir de les voir partir qu'on faisait tout pour acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9part.

{N}4,{/}27 {N}AARON{/}
Aaron n'\u00e9tait le fr\u00e8re de Mo\u00efse qu'en un sens tr\u00e8s large (voir en 4,14-17) ; c'est ce que le pr\u00e9sent paragraphe, oeuvre du premier r\u00e9dacteur, laisse entendre. En 6,20 un r\u00e9dacteur plus tardif fera de Aaron le fr\u00e8re de sang de Mo\u00efse.
{C}Aaron, le l\u00e9vite{/}, doit avoir \u00e9t\u00e9 une autorit\u00e9 reconnue par quelque groupe du d\u00e9sert, peut-\u00eatre bien les l\u00e9vites. Aaron et les siens ont d\u00fb se ranger aux c\u00f4t\u00e9s de Mo\u00efse pour son oeuvre de r\u00e9forme. Le {C}Mont de Dieu{/} qu'on mentionne ici doit avoir \u00e9t\u00e9 un lieu sacr\u00e9 autre que l'Horeb ; on les aura identifi\u00e9s par la suite, comme en 3,1 et 17,6, deux endroits o\u00f9 le texte para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9.
Pourquoi entrer dans ces d\u00e9tails? Ces observations nous font voir que la r\u00e9v\u00e9lation de l'Exode n'a pas \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e par Dieu comme un ensemble de miracles, avec un proph\u00e8te, Mo\u00efse, qui dirige tout et r\u00e9alise infalliblement l'oeuvre de Dieu. Au contraire elle a beaucoup de ressemblance avec l'histoire de notre temps, avec l'histoire plus commune et sans doute moins grandiose que vivent aujourd'hui bien des groupes chr\u00e9tiens. Dieu intervient en quelques occasions pour ouvrir un chemin et indiquer une mission, mais il nous guide aussi gr\u00e2ce aux rencontres que nous faisons et aux obstacles qui nous barrent le chemin. On cherche, on a des doutes, on re\u00e7oit des alli\u00e9s, on d\u00e9couvre des fr\u00e8res dont certains flanchent ou trahissent ; on prend des d\u00e9cisions que l'on croit bonnes mais qui ne tardent pas \u00e0 compromettre gravement l'avenir de nos combats. Il est difficile de dire par quels chemins Dieu a conduit le grand proph\u00e8te et fondateur d'Isra\u00ebl ; les images grandioses que les livres sacr\u00e9s nous ont laiss\u00e9es de lui sont plus aptes \u00e0 nous rappeler l'importance de cette r\u00e9v\u00e9lation qu'\u00e0 nous dire ce qu'ont \u00e9t\u00e9 la vie et les exp\u00e9riences spirituelles de Mo\u00efse.

{N}6,{/}2{N} UN NOM POUR LES INTIMES{/}
Nous avons comment\u00e9 \u00e0 propos de 3.14 le nom de Yahv\u00e9. Ici est mise en relief l'importance de ce don, fait \u00e0 Isra\u00ebl, d'un nom divin qui n'avait pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux Patriarches. Si Isra\u00ebl devient le peuple de Dieu, lui, de son c\u00f4t\u00e9, se doit de lui r\u00e9v\u00e9ler quelque chose de son secret. "Dieu" n'est pas vraiment un nom propre, et on l'attribue a des dieux qui ne sont qu'eux-m\u00eames (voir l'allusion ironique de Paul en 1Cor 8,5) ;Yahv\u00e9, par contre, sera le nom propre que dont on se servira pour l'invoquer (3,15). Nous reconnaissons l\u00e0 l'esprit profond de l'alliance, laquelle signifie confiance mutuelle. Ce n'est pas un hasard si, dans le r\u00e9cit de l'Eden, alors qu'on parle \u00e0 chaque instant de Yahv\u00e9 Dieu, le serpent ne peut prononcer le nom sacr\u00e9 et dit seulement : "Dieu".
Le don de ce nom sacr\u00e9 suffit \u00e0 faire pr\u00e9voir les difficult\u00e9s qu'auront les croyants lorsqu'ils voudront \u00e9tablir un dialogue en profondeur avec ceux qui ne partagent pas leur foi. La r\u00e9v\u00e9lation divine nous a mis \u00e0 part.
Ce paragraphe insiste sur la continuit\u00e9 entre les promesses faites aux anc\u00eatres et la pr\u00e9sente r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 Mo\u00efse. Le texte voit l\u00e0 une preuve de la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu \u00e0 travers les si\u00e8cles : nous pourrions parler d'une continuit\u00e9 dans le plan de Dieu. Dans la Bible il n'y a pas d'exemple d'une parole communiqu\u00e9e \u00e0 un proph\u00e8te qui soit un pur commencement, car toujours on part d'une tradition ant\u00e9rieure et les commencements sont pour nous hors d'atteinte.

{N}10,{/}20{N} YAHV\u00c9 ENDURCIT LE COEUR{/}
Nous avons dit \u00e0 propos de 10.1 le sens qu'il faut donner \u00e0 l'expression biblique "endurcir le coeur" que nous traduisons {C}maintenir dans son ent\u00eatement{/}. Bien des fois la Bible para\u00eetra rendre Dieu responsable des d\u00e9cisions humaines, comme en Is 6,10 y Jn 12,40. Il n'est pas question pour autant de dire que l'auteur se faisait une id\u00e9e erron\u00e9e de la libert\u00e9 humaine : il s'exprimait dans un langage diff\u00e9rent du n\u00f4tre (Jg 2,14). Car d\u00e8s qu'on croit en l'existence de Dieu, la libert\u00e9 humaine devient un myst\u00e8re. Il nous est impossible de concilier de fa\u00e7on satisfaisante pour la raison cette libert\u00e9 et la toute puissance ou l'omniscience de Dieu. Nous prenons librement nos d\u00e9cisions, mais le r\u00e9sultat sera en fin de compte ce qui est conforme au plan de Dieu (Pr 16,1). Et non seulement cela : nous sommes tellement immerg\u00e9s en Dieu  (Ac 17,28), que nous n'avons pas pu d\u00e9cider et agir sans que ce soit de quelque fa\u00e7on avec lui. M\u00eame si nous avons fait tort au prochain, celui-ci voit notre m\u00e9chancet\u00e9, mais il doit aussi voir l\u00e0 la main de Dieu (2 Ma 5,17 ; 7,18). Car il veille \u00e0 ce que tout tourne au bien de ceux qui l'aiment.

{N}12,{/}12{N} LA MORT DES PREMIER-N\u00c9S{/}
{C}Je frapperai tout premier-n\u00e9 en Egypte{/}. Nous avons comment\u00e9 cette expression en 11.1. Voir \u00e9galement le commentaire de Gen 22. Ici il convient de remarquer comment les auteurs de l'Exode insistent sur le geste souverain de Dieu. Ce massacre voulait justifier l'offrande \u00e0 Dieu des premier-n\u00e9s et le rachat des premier-n\u00e9s d'Isra\u00ebl selon les lois du chapitre 13.
Mais il en ressort aussi pour Isra\u00ebl une dignit\u00e9 particuli\u00e8re du fils a\u00een\u00e9. La Bible invite la famille \u00e0 croire en la vie et \u00e0 \u00eatre f\u00e9conde, non pas pour sa propre satisfaction, mais comme une mission \u00e0 remplir. Le fils a\u00een\u00e9 et les pr\u00e9mices sont ce qu'il y a de meilleur, et ils sont pour Dieu. Les offrir, c'est payer la dette qu'on a vis-\u00e0-vis de Dieu pour avoir \u00e9t\u00e9 choisi de pr\u00e9f\u00e9rence aux autres nations.
Isra\u00ebl appartient \u00e0 Dieu, est consacr\u00e9 au culte de Dieu, et la Bible lui enseigne cette maxime que Gandhi avait entre les sept commandements de la moralit\u00e9 sociale : "il ne peut y avoir de culte sans sacrifices". Il n'y aura pas de culte qui ne contienne et n'accepte une certaine forme de mort ; la lettre aux H\u00e9breux s'en souviendra (Heb 9,22) lorsqu'elle verra dans le culte sanglant du Temple l'expression d'une loi profonde inscrite dans le plan du salut, laquelle devait s'accomplir en J\u00e9sus.
La Nouvelle Alliance offerte aux baptis\u00e9s n'est d\u00e9j\u00e0 plus l'int\u00e9gration \u00e0 un peuple diff\u00e9rent des autres, et nous ne pouvons pas davantage payer un don de Dieu qui nous a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 de personne \u00e0 personne dans la foi et l'amour. Cette alliance inclut pourtant une perspective de mort : Jean rappellera que le salut de J\u00e9sus n'est pas seulement purification, dont le signe est l'eau, mais aussi sacrifice, dont le signe est le sang (1Jn 5,6)

{N}14,{/}30{N} LE DIEU SAUVEUR{/}
Il y a s\u00fbrement bien peu de gens qui honorent quelque divinit\u00e9 sans attendre d'elle un peu ou beaucoup d'aide dans leurs difficult\u00e9s : "Tire-moi de ce mauvais pas..., sauve-moi de l'ennemi qui me poursuit..., gu\u00e9ris-moi de cette maladie... " On cherche bien l\u00e0 son salut. C'est pourtant dans un sens tr\u00e8s diff\u00e9rent que l'on entendra le salut offert par les grandes religions, et l'on parlera du salut bouddhiste, du salut musulman, du salut chr\u00e9tien... Cette fois il y a la conscience d'un mal profond qui affecte la condition humaine, l'aspiration \u00e0 une vie plus heureuse dans l'au-del\u00e0 de la mort, la foi en un chemin qui nous est offert si nous ob\u00e9issons \u00e0 certains pr\u00e9ceptes ou si nous entreprenons certaines r\u00e9formes dans notre vie.
En ce sens il est bien vrai que toute la Bible nous offre le salut, mais ce n'est pas un message donn\u00e9 tout entier d\u00e8s le d\u00e9part. Il n'y a pas de salut qu'on puisse offrir \u00e0 tous sans qu'ils aient fait eux-m\u00eames un certain chemin. Il faut \u00e0 l'enfant, puis au jeune, puis \u00e0 l'adulte, bien du temps et des exp\u00e9riences pour qu'il puisse discerner ce qui est bon pour lui et ce qui lui fait mal, ce qui n'est qu'appparence et ce qui est vraie richesse et vrai bonheur. Et toutes les exp\u00e9riences que la Bible nous conte vont dans un m\u00eame sens : l'homme ne peut pas s'en tirer tout seul. Il part avec de grands projets et de belles intentions, mais toujours, t\u00f4t ou tard, il retombe. Bien des peuples consid\u00e9raient que les dieux sont jaloux de nous ; la Bible \u00e9limine ces soup\u00e7ons d\u00e8s le chapitre 3 de la Gen\u00e8se, et c'est alors qu'elle donne un premier message d'esp\u00e9rance, sans donner de pr\u00e9cision : il y aura \u00e0 la fin une victoire de l'humanit\u00e9 sur le mal.
Mais cela ne se fera pas sans Dieu. Ce que la Bible met en relief, lorsque la troupe de Mo\u00efse est d\u00e9livr\u00e9e de ses poursuivants, quelque part sur les bords de la Mer des Roseaux , ce n'est pas d'abord qu'on a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, mais qu'il y a eu un Dieu Sauveur : {C}Yahv\u00e9 s'est fait mon lib\u00e9rateur, c'est lui mon Dieu, le Dieu de mon p\u00e8re{/} (15,2). Le texte montre clairement qu'Isra\u00ebl \u00e9tait incapable de se tirer d'affaire, et qu'il n'a m\u00eame pas eu le courage de regarder le danger en face, mais Yahv\u00e9 est intervenu de fa\u00e7on gratuite en sa faveur. Il est intervenu, \u00e0 la fois par fid\u00e9lit\u00e9 aux promesses qu'il avait d\u00e9j\u00e0 faites aux p\u00e8res (15,2), et parce qu'il voulait faire d'Isra\u00ebl son partenaire (15,13).
Ce passage de la mer n'\u00e9tait sans doute qu'un tr\u00e8s petit incident au regard de l'histoire, et le salut offert \u00e0 des nomades qui voulaient s'\u00e9chapper peut nous sembler bien \u00e9tranger aux grandes questions qui tourmentent l'humanit\u00e9. Pourtant l'essentiel est d\u00e9j\u00e0 dit. Il faudra des si\u00e8cles pour d\u00e9couvrir toute l'ampleur du salut que Dieu offre \u00e0 l'humanit\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 dans cette page on affirme que l'homme ne se sauve pas par ses propres forces. C'est l'affaire de Dieu et de {C}sa gr\u00e2ce{/} (15,13), ou, si l'on veut, de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Et l'on est d\u00e9j\u00e0 sauv\u00e9, en un certain sens, lorsqu'on sait que Dieu est un Dieu qui intervient et qui aime ; il est \u00e0 la fois le partenaire et le but.
L'homme restera pour Dieu un partenaire peu fid\u00e8le et toujours incertain : la Bible nous parlera longuement du p\u00e9ch\u00e9 de l'homme. La r\u00e9conciliation avec Dieu et le pardon des p\u00e9ch\u00e9s seront au coeur du salut annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes lorsqu'ils annonceront une \u00e8re de paix et de r\u00e9conciliation avec la nature. Et de m\u00eame dans le Nouveau testament, notre r\u00e9conciliation avec Dieu P\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 la mort de J\u00e9sus restera l'\u00e2me du salut chr\u00e9tien.

{N}20,{/}24{N} AUTELS DE PROVINCE{/}
L'autel est de terre, ou de pierres brutes (v.5), parce qu'on se d\u00e9fie de toute construction ou accessoire du culte qui puisse inclure des images. {C}Dans tous les lieux... {/}: cette loi est t\u00e9moin de la longue p\u00e9riode durant laquelle les isra\u00e9lites ont eu divers lieux de culte. 
Selon certains textes du Deut\u00e9ronome, Mo\u00efse lui-m\u00eame aurait parl\u00e9 d'un sanctuaire unique, qui devait \u00eatre celui de J\u00e9rusalem. De fait d'autres textes montrent que jusqu'\u00e0 la fin du royaume de Juda les rois lutt\u00e8rent contre ces sanctuaires de province : 2 R 18,4 ; 23,8_; 23,15... Ici on se contente de demander que le sanctuaire de province soit l\u00e9gitim\u00e9 par une manifestation de Yahv\u00e9 en cet endroit. Et, bien entendu, chacun de ces sanctuaires, habituellement construits sur l'emplacement d'un sanctuaire canan\u00e9en, se procurait une l\u00e9gitimit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des traditions tr\u00e8s antiques et tr\u00e8s authentiques. Les livres de la Gen\u00e8se et de l'Exode en mentionnent quelques unes : Gen 8,20 ; 12,7 y 8 ; 13,8 ; 26,25_; 35,7 ; Jos 4,20. 

{N}23,{/}32{N} "TU NE FERS PAS DE CADEAU A TON ENNEMI"{/}
Ce texte est un de ceux qui justifient la parole de J\u00e9sus en Mt 5,43. En 23,9 on rappelle avec une force \u00e9tonnante les droits de l'\u00e9tranger en Isra\u00ebl, parce que Yahv\u00e9 est le Dieu juste et d\u00e9fenseur de la justice. Cela n'emp\u00eache pas de r\u00e9affirmer qu'Isra\u00ebl doit s'emparer de la terre de Canaan et qu'aucune consid\u00e9ration d'opportunit\u00e9 ou d'avantages r\u00e9ciproques ou de droits d'autrui ne peut s'opposer \u00e0 cette volont\u00e9 de Dieu : tout autre peuple et toute autre culture doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s de la terre promise.

{N}24,{/}9{N} VOIR DIEU ET S'APPROCHER DE LUI{/}
Dans ce paragraphe \u00e0 la fois si laconique et si beau, la tradition ancienne maintient que ces \u00e9lus {C}virent Dieu{/}. Sur ce point comme sur d'autres la Bible parle selon les endroits des langages oppos\u00e9s. 
D'une part les livres sacr\u00e9s nous montrent que Dieu est le "tout autre": l'oeil humain ne saurait le voir.
Mais par ailleurs le privil\u00e8ge du peuple de Dieu est li\u00e9 au fait que Dieu s'est manifest\u00e9 et veut se manifester davantage encore \u00e0 ceux qu'il a pris pour lui ((Ex 33,16 et 18 ; Dt 4,7 et 32 ; Ba 4,4). C'est ainsi que Yahv\u00e9 se prom\u00e8ne dans le jardin d'Adam, qu'il se laisse voir de dos par Mo\u00efse (Ex 33,23), lequel {C}contemple l'image de Yahv\u00e9 dans une vision claire{/}, tr\u00e8s diff\u00e9rente des visions et des songes des visionnaires (Nb 12,8). Cette familiarit\u00e9 pourtant reste le privil\u00e8ge de quelques uns, tandis qu'il convient au peuple de craindre Dieu et de redouter son approche, car ainsi il observera ses commandements avec une plus grande fid\u00e9lit\u00e9 (Dt 5,5 et 25 ; Heb 12,20). Mais parmi les promesses que les proph\u00e8tes transmettront au peuple de Dieu, et qui devront s'accomplir dans les temps du Messie, nous trouvons en bonne place celle-ci: {C}Tous me conna\u00eetront{/}: Is 54,13 ; Jer 31,33.
Dans la Bible nous trouvons \u00e0 plusieurs endroits l'expression: "aller voir Dieu". Mais alors le verbe {C}voir {/}signifie "se pr\u00e9senter", ou "visiter", et il s'agit du p\u00e8lerinage \u00e0 un sanctuaire: Ex 34,23 ; Ps 42,3 ; Ps 84,8. Seulement pour Jacob et Mo\u00efse on trouve l'expression: "j'ai vu Dieu" (Gen 32,31), ou "Dieu s'est fait voir \u00e0 moi" (Ex 3,16).

{N}25,{/}40{N} LA LITURGIE CELESTE{/}
Ces longs chapitres consacr\u00e9s d'abord \u00e0 la description de tous les objets du culte que Mo\u00efse doit faire fabriquer dans son d\u00e9sert, ensuite \u00e0 la r\u00e9alisation de ces m\u00eames objets, ne sont s\u00fbrement pas ce qui nous attire le plus dans le livre de l'Exode. Et pourtant ils \u00e9taient de premi\u00e8re importance pour celui qui a fait la derni\u00e8re r\u00e9daction de ce livre. Il est facile de v\u00e9rifier que le r\u00e9cit interrompu en 24,18 reprend directement en 31,18, et que le bloc des chapitres 25-31 se termine sur un rappel du sabbat dont la conclusion occupe les premiers versets du chapitre 35. Il est donc clair que les chapitres 25-31 et 35-40 ne font qu'un seul ensemble et qu'on les a ins\u00e9r\u00e9s dans le livre, tel qu'il existait ant\u00e9rieurement.
Dans la version ant\u00e9rieure, l'aboutissement du livre \u00e9tait la c\u00e9l\u00e9bration de l'alliance perp\u00e9tuelle entre Dieu et Isra\u00ebl avec, aussit\u00f4t apr\u00e8s, le p\u00e9ch\u00e9 originel d'Isra\u00ebl, la f\u00eate du veau d'or. Mais le livre, tel qu'il est entr\u00e9 dans la Bible, a trouv\u00e9 un nouvel ach\u00e8vement : l'alliance de Dieu avec Isra\u00ebl trouvera son expression parfaite dans le culte qu'Isra\u00ebl rend a Yahv\u00e9 dans son Temple.
Nous avons indiqu\u00e9 bri\u00e8vement dans le commentaire de 25.1, que toute cette vision de la Tente-sanctuaire au d\u00e9sert avait comme deux fondements. D'une part on gardait le souvenir d'une tente abritant les objets sacr\u00e9s du groupe nomade (pour Isra\u00ebl c'\u00e9tait essentiellement le coffret appel\u00e9 {C}arche{/}) qui l'accompagnait dans ses d\u00e9placements. D'autre part, on voulait affirmer que le Temple de J\u00e9rusalem n'\u00e9tait que la reprise d'un grand sanctuaire mobile, la Tente, que Mo\u00efse lui-m\u00eame avait fait r\u00e9aliser dans les origines, \u00e0 la mesure d'un peuple immense de 600.000 hommes... La Tente, c'\u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 le Temple, et ce devait \u00eatre l'expression de la fid\u00e9lit\u00e9 d'Isra\u00ebl \u00e0 l'Alliance. Ces chapitres consacr\u00e9s \u00e0 tout le mat\u00e9riel du culte et qui r\u00e9gissent le domaine de Dieu, se placent donc logiquement l\u00e0 o\u00f9 on les a plac\u00e9s, avant toutes les autres lois que l'on trouvera dans le L\u00e9vitique et les Nombres.
La Tente -ou, plus tard, le Temple- est le lieu o\u00f9 la liturgie se d\u00e9roule selon les lois donn\u00e9es par Dieu lui-m\u00eame. C'est ce que signifie ce verset 25,40 {C}: Veille \u00e0 tout faire selon le plan que je t'ai montr\u00e9 sur la montagne{/}. Et de m\u00eame en 26,30 et 27,8. Ce n'est s\u00fbrement pas par hasard que les artisans de la Tente Sanctuaire sont appel\u00e9s dans ce r\u00e9cit Bezaleel et Oholiab, des noms qui signifient: \u00ab_A l'ombre de Dieu_\u00bb et \u00ab_Le P\u00e8re est ma tente_\u00bb 
On retrouvera cette id\u00e9e d'un culte terrestre \u00e0 l'image de la liturgie c\u00e9leste dans d'autres passages de la Bible : Sg 9,8 ; Sir 24,9-11. Dans le Nouveau Testament le discours d'Etienne en fait mention (Ac 7,44). Il est bon de le rappeler si nous voulons comprendre ce que dit l'\u00e9vangile de Jean sur le Temple qui est le corps -nous devrions dire : la personne- de J\u00e9sus (Jn 2,21). La lettre aux H\u00e9breux \u00e9voque le Temple c\u00e9leste o\u00f9 le Christ est entr\u00e9 porteur de son propre sang (9,11-12), et bient\u00f4t elle passe (10,19) \u00e0 une autre image : le Temple est le corps du Christ.
L'Apocalypse de Jean parlera encore de ce Temple c\u00e9leste o\u00f9 se prononcent les jugements de Dieu sur l'histoire, \u00e0 partir de 11,19 et jusqu'au chapitre 16. Au terme de l'histoire, le Temple dispara\u00eet de la sc\u00e8ne, car dans l'\u00e9tat final, Dieu est tout en tous : 21,22. 
Tout ce rappel n'est peut-\u00eatre pas inutile, vu que notre christianisme occidental a oubli\u00e9 cette longue tradition qui, au contraire, marque profond\u00e9ment la liturgie de l'Eglise grecque.

{N}31,{/}18 Le r\u00e9cit de Mo\u00efse sur le Sina\u00ef reprend ici \u00e0 l'endroit exact o\u00f9 il s'arr\u00eatait en 24,18. 
{C}Les deux tables du T\u00e9moignage{/}.  Dans le texte h\u00e9breu de l'Ancien Testament comme dans le grec du Nouveau Testament, le m\u00eame mot signifie {C}t\u00e9moignage {/}et {C}d\u00e9claration{/}. Ce que l'Arche d'alliance contient, c'est une d\u00e9claration des conditions de l'Alliance conc\u00e9d\u00e9e par Dieu \u00e0 Isra\u00ebl. Nos modernes Constitutions contiennent habituellement un pr\u00e9ambule \u00e0 la suite duquel viennent les articles. Il en va de m\u00eame dans la Bible, mais ici le pr\u00e9ambule n'est pas en ensemble de principes ; ce sont bien plut\u00f4t des faits qui pr\u00e9c\u00e8dent et justifient le don de la Loi. C'est ainsi que le Pentateuque entier (de la Gen\u00e8se au Deut\u00e9ronome) est appel\u00e9 dans l'h\u00e9breu {C}La Loi{/}. Or quand on lit la Gen\u00e8se, on y trouve bien peu de lois, mais toute cette pr\u00e9histoire d'Isra\u00ebl pr\u00e9pare l'\u00e9lection du peuple par Dieu moyennant les lois de Mo\u00efse. Le mot h\u00e9breu que nous traduisons par {C}La Loi{/} signifiait au d\u00e9part {C}l'enseignement{/} : Dieu \u00e9claire le chemin qu'il propose, ou qu'il donne, ou qu'il impose, \u00e0 ceux qu'il a choisis.

{N}33,{/}20 Il est facile de voir que cet \u00e9pisode ressemble beaucoup \u00e0 ce que nous trouvons en 1 R 19,10-13. Rappelons-nous que les pr\u00e9sents paragraphes proviennent selon toute probabilit\u00e9 des groupes de proph\u00e8tes qui entouraient Elie et Elis\u00e9e au huiti\u00e8me si\u00e8cle avant le Christ. Le temps de Mo\u00efse \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lointain et l'on avait sur son compte plus de traditions orales que d'\u00e9crits.  Il est fort probable que le souvenir de l'exp\u00e9rience d'Elie est venue d'abord. Ensuite on aura pens\u00e9 que Mo\u00efse devait avoir eu une exp\u00e9rience de Dieu assez semblable \u00e0 celle-la. Le verset 1 R 19,9 nous parle de {C}la{/} {C}grotte{/}. Il s'agit sans doute l\u00e0 d'un lieu sacr\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sign\u00e9 et que Mo\u00efse a peut-\u00eatre visit\u00e9. En Ex 33,6-7, par contre, l'insistance sur la mis\u00e9ricorde de Dieu qui toujours ch\u00e2tie mais maintient ses promesses semble correspondre davantage au langage des proph\u00e8tes qu'a la situation de Mo\u00efse et de ses h\u00e9breux.

{N}40,{/}36 Il y a eu certainement, tout au long de l'aventure du Sina\u00ef, des signes tr\u00e8s frappants de l'intervention de Dieu, de vrais miracles. On ne voit pas comment auraient pu na\u00eetre toutes ces traditions sur les merveilles du d\u00e9sert s'il n'y avait rien eu. On a beaucoup orn\u00e9, ajout\u00e9, mais l\u00e0 comme partout, on ne pr\u00eate qu'aux riches. Nous ne saurons jamais comment se sont pr\u00e9sent\u00e9es les choses. Des \u00e9v\u00e9nements qui, vus \u00e0 distance, pouvaient n'\u00eatre que le produit du hasard, ont \u00e9t\u00e9 vus comme des oeuvres de Dieu par ceux qui les ont v\u00e9cus et ressentis en chair propre, et qui ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par mille d\u00e9tails concrets qui ne laissaient pas de place au doute. Ceux qui ensuite ont transmis les souvenirs \u00e9taient incapables de sauvegarder cet environnement, les faits perdaient leur sens divin et devenaient ordinaires. Sachant qu'il y avait eu du merveilleux, ceux qui transmettaient la tradition l'ont exprim\u00e9 \u00e0 leur fa\u00e7on en multipliant les prodiges, comme on fait dans les belles histoires. D'une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il est permis de dire qu'on a invent\u00e9 des miracles pour remplacer ceux qu'on ne savait plus raconter dans leur v\u00e9rit\u00e9.
Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de la manne et des cailles dans le commentaire de 17.8. Pour la nu\u00e9e, c'est un fait que lorsque commence un petit cyclone dans le Sina\u00ef (et la chose n'est pas rare), il se signale fr\u00e9quemment par un tourbillon qui enl\u00e8ve les grains de sable si fins qu'ils forment une poussi\u00e8re cristalline impalpable : une vraie colonne lumineuse qui se d\u00e9place lentement, toute miroitante dans la lumi\u00e8re du soleil. Il est plus que probable que la nu\u00e9e de l'Exode provient de t\u00e9moignages relatifs \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes. L'important, dans ce cas, c'est l'interpr\u00e9tation qu'on en a donn\u00e9e. La Nu\u00e9e \u00e9tait une belle image, donn\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame, capable d'exprimer bien des choses pour lesquelles on n'a pas de mots : c'est la pr\u00e9sence myst\u00e9rieuse de Dieu-avec-nous, \u00e0 la fois lumineuse et obscure. 

