{N}1.1:{/} {N}LES INTERPRETATIONS DE L'ECRITURE
LE FONDAMENTALISME{/}
L'interpr\u00e9tation que nous donnons des chapitres 1-3 de la Gen\u00e8se est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qu'on en aurait donn\u00e9e au si\u00e8cle pass\u00e9, lorsqu'on y voyait comme une description de la fa\u00e7on dont Dieu avait cr\u00e9\u00e9 le monde et tout sp\u00e9cialement l'homme. Et de m\u00eame l'interpr\u00e9tation du p\u00e9ch\u00e9 d'Adam aurait \u00e9t\u00e9 toute diff\u00e9rente. Cela nous invite \u00e0 dire ici quelques mots sur ces interpr\u00e9tations divergentes de l'Ecriture.
La divergence vient de ce qu'on peut donner des r\u00e9ponses tr\u00e8s diff\u00e9rentes \u00e0 la question suivante: \u00e9tant donn\u00e9 que les Ecritures sont \u00e0 la fois Parole de Dieu valable pour tous les temps et parole humaine conditionn\u00e9e par le temp\u00e9rament de son auteur, par sa culture et par les n\u00e9cessit\u00e9s de son temps, comment distinguer la part de ces deux \u00e9l\u00e9ments afin de bien discerner le message que Dieu nous adresse aujourd'hui?
Une premi\u00e8re r\u00e9ponse est celle que donnent les fondamentalistes. Nous avons tous entendu la parole {C}fondamentalisme{/}, m\u00eame si nous n'avons pas une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce qu'elle signifie. En simplifiant un peu, c'est une fa\u00e7on de lire l'Ecriture o\u00f9 l'on interpr\u00eate tous les textes  comme si Dieu avait \u00e9crit lui m\u00eame le livre sans tenir le moindre compte de son auteur. De l\u00e0 une double erreur:
- d'abord, parce que cela n'a pas de sens de prendre un texte sans se demander d'abord ce que son auteur a voulu dire.
- ensuite, parce qu'une page ou un livre d\u00e9termin\u00e9 perd une partie de sa valeur comme parole de Dieu si nous les s\u00e9parons de l'ensemble de l'Ecriture. Car chaque livre a ses limites et ses accents propres, et nous devons tenir compte de l'ensemble de l'Ecriture si nous ne voulons pas fausser les perspectives.
Celui qui ne remet pas le texte dans le contexte de son temps perd une dimension importante de l'Ecriture, laquelle est une histoire et une p\u00e9dagogie de Dieu. D\u00e8s les commencements, d\u00e8s le temps des Patriarches jusqu'\u00e0 la venue de J\u00e9sus et le temps des ap\u00f4tres, toute l'Histoire Sainte a \u00e9t\u00e9 un long processus o\u00f9 les efforts humains, l'influence des proph\u00e8tes et les \u00e9v\u00e9nements internationaux se sont unis \u00e0 la pression continue de l'Esprit de Dieu pour faire cro\u00eetre et m\u00fbrir en Isra\u00ebl une r\u00e9v\u00e9lation unique. Celui qui oublie cette p\u00e9dagogie de Dieu \u00e0 travers la vie de son peuple parlera, bien s\u00fbr, d'Histoire Sainte, mais pour lui elle se limitera \u00e0 une s\u00e9rie de guerres et d'\u00e9preuves o\u00f9, constamment, le peuple choisi a manqu\u00e9 de fid\u00e9lit\u00e9 alors que Dieu manifestait sa justice et sa mis\u00e9ricorde. Bien des choses lui \u00e9chapperont, et comme il ne tiendra pas compte de l'\u00e9poque o\u00f9 chaque livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, il ne verra pas comment chacun de ces livres juge l'histoire \u00e0 partir de l'exp\u00e9rience et du niveau de maturit\u00e9 que la communaut\u00e9 avait acquise en son temps. 
Cette erreur d'interpr\u00e9tation des fondamentalistes a des cons\u00e9quences plus d\u00e9sastreuses encore dans le cas des premiers chapitres de la Gen\u00e8se. Ils pr\u00e9f\u00e8rent ignorer tout ce que le r\u00e9cit biblique du jardin d'Eden a emprunt\u00e9 aux r\u00e9cits mythologiques du Moyen Orient, et ils interpr\u00e8tent ces pages comme si un ange les avait souffl\u00e9es \u00e0 l'auteur sacr\u00e9: bien s\u00fbr, Dieu a pris de la boue (bien qu'il n'aie pas de mains), il a souffl\u00e9 (bien qu'il n'ait pas de bouche), et il a parl\u00e9 au premier homme (en quelle langue?), et il l'a appel\u00e9 Adam, un nom qui n'aurait de sens que bien des si\u00e8cles plus tard quand appara\u00eetrait l'h\u00e9breu, et puis est arriv\u00e9 un serpent qui parlait, et la femme a trouv\u00e9 tout normal qu'un serpent se mette \u00e0 parler... A partir de telles certitudes le fondamentaliste niera que Dieu ait pr\u00e9par\u00e9 la venue de son Fils et de l'esp\u00e8ce humaine d\u00e8s le d\u00e9but de la cr\u00e9ation. Il n'admettra pas que Dieu ait pr\u00e9par\u00e9 l'esp\u00e8ce humaine par la mont\u00e9e laborieuse et les mille inventions qui ont men\u00e9 \u00e0 son terme l'\u00e9volution des \u00eatres organis\u00e9s et d\u00e9j\u00e0 dot\u00e9s d'une \u00ab_\u00e2me_\u00bb (nous ne disons pas \u00ab_un esprit_\u00bb, car l'Ecriture fait la distinction: [1Ts_5,23]. Le fondamentaliste devra refuser les {C}faits{/} \u00e9tablis par la science (nous ne disons pas les {C}th\u00e9ories {/}propos\u00e9es par des hommes de science), mais en m\u00eame temps il deviendra aveugle au dessein de Dieu et croira pouvoir condamner \u00e0 l'enfer tous ceux que Dieu n'a pas conduits vers le message et la foi chr\u00e9tienne.
En r\u00e9alit\u00e9, nous n'avons pas le droit de condamner sans plus le fondamentalisme, car aussi bien les Juifs que J\u00e9sus lui-m\u00eame et les ap\u00f4tres ont interpr\u00e9t\u00e9 l'Ecriture jusqu'\u00e0 un certain point comme font aujourd'hui les fondamentalistes. Cela venait de ce qu'ils n'avaient ni la vision scientifique de l'Histoire comme nous l'avons aujourd\u00b4hui, ni la culture qui en d\u00e9coule: pour mieux dire, l'Ecriture destin\u00e9e aux hommes de tous les temps ne livre pas \u00e0 toute \u00e9poque et en chaque culture toutes les richesses qui doivent en \u00eatre extraites. Pour ne donner qu'un exemple, nos p\u00e8res dans la foi ignoraient que les livres dits "de Mo\u00efse" avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits bien des si\u00e8cles apr\u00e8s lui, et de m\u00eame ils \u00e9taient convaincus que l'ensemble des Psaumes avaient David pour auteur. Cependant les effets de cette ignorance \u00e9taient limit\u00e9s du fait qu'ils baignaient dans la culture h\u00e9bra\u00efque qui avait produit ces livres. Bien plus, la tradition de la communaut\u00e9 juive se chargeait de limiter les exc\u00e8s qui pouvaient r\u00e9sulter d'une interpr\u00e9tation de tel ou tel livre hors du contexte global de l'Ecriture. Si nous revenons aux chapitres du Jardin d'Eden, le nom d'Adam \u00e9voquait ins\u00e9parablement pour eux le p\u00e8re de la race et la race tout enti\u00e8re, de m\u00eame que chaque peuple nomade donnait son propre nom \u00e0 l'anc\u00eatre suppos\u00e9 dont il pensait \u00eatre le descendant. Pour cela m\u00eame ils s'abstenaient de conclure du p\u00e9ch\u00e9 d'Adam que sa faute ait eu plus de cons\u00e9quences que n'importe quelle autre r\u00e9bellion du peuple de Dieu: le p\u00e9ch\u00e9 d'Adam, c'\u00e9tait le p\u00e9ch\u00e9 des \u00ab_fils d'Adan_\u00bb. Mais c'allait \u00eatre tout diff\u00e9rent lorsque, des si\u00e8cles plus tard, les th\u00e9ologiens d'occident prendraient l'histoire d'Adam au pied de la lettre et n'y verraient que le p\u00e9ch\u00e9 du premier homme. 
Le fondamentalisme limit\u00e9 de J\u00e9sus et des ap\u00f4tres (qu'on nous pardonne cette expression) ne leur permettait pas de retrouver dans l'histoire biblique tous les aspects d'une p\u00e9dagogie divine dont en fait ils ne doutaient pas. Mais ils n'y perdaient pas grand chose car ils vivaient en des temps o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements politiques les plus importants ne modifiaient pas notablement la culture religieuse et les valeurs de la vie quotidienne. Tant que la communaut\u00e9 et la famille assuraient la transmission de  la foi, cette foi demandait avant tout l'ob\u00e9issance \u00e0 des pratiques et le maintien de conduites \u00e9prouv\u00e9es et indiscut\u00e9es. Les choix \u00e9taient simples: suivre la Loi ou \u00eatre un p\u00e9cheur. Ce n'\u00e9tait pas tr\u00e8s important pour les croyants de voir l'histoire comme une p\u00e9dagogie de Dieu ou de discerner un dessein de Dieu dans les \u00e9v\u00e9nements au milieu desquels ils vivaient (voir pourtant [Mt_16,2]). 
Les r\u00e9volutions culturelles de notre si\u00e8cle nous ont remis sur un terrain mouvant. Qu'il s'agisse de donner un sens actuel aux \u00e9v\u00e9nements et aux discours de la Bible qui tous s'ins\u00e8rent dans un monde disparu, ou que l'on cherche \u00e0 discerner ce qui est transitoire dans la doctrine de l'Eglise et ce qui ne peut changer, ou que l'on cherche \u00e0 comprendre l'\u00e9volution rapide des communaut\u00e9s d'Eglise, il nous faut approfondir les \u00e9volutions de la foi et de la pratique dont l'Ecriture elle-m\u00eame nous donne maints t\u00e9moignages. C'est alors que la vision fondamentaliste peut nous induire en erreur, car elle tend \u00e0 transformer les t\u00e9moignages tr\u00e8s divers et les exp\u00e9riences souvent divergentes relat\u00e9es par l'Ecriture en \u00ab_une_\u00bb religion codifi\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame et qui n'aurait jamais chang\u00e9. Dans ces conditions l'Ecriture ne tarde pas \u00e0 c\u00e9der la place \u00e0 un cat\u00e9chisme, lequel bien s\u00fbr est n\u00e9cessaire et s'appuie sur l'Ecriture, mais n'en est pas pour autant le sacrement de la Parole et ne donne pas la vie.
Nous ne pouvons pas nous \u00e9tendre davantage sur ce point des interpr\u00e9tations de l'Ecriture sans avoir d'abord pr\u00e9cis\u00e9 les 4 points suivants:
Qui a choisi les livres qui composent la Bible et fix\u00e9 le Canon de l'Ecriture? Que sont les livres Deut\u00e9rocanoniques? Voir la note \u00e0 propos de [Esd_7,2].
Qu'entend-on par l'Inspiration des livres sacr\u00e9s? Que valent nos Traductions de l'Ecriture? Voir en [2Tm_3,16].
Peut-on parler de l'Inerrance, c'est-\u00e0-dire de l'absence d'erreurs dans la Bible? Voir en [Jn_10,35].

{N}1.2:{/} {N}LE CHOIX DES LIVRES: LE CANON OFFICIEL{/} [Esd_7,1]
On remarquera que dans ce chapitre Esdras est appel\u00e9 bien des fois {C}scribe instruit dans la Loi de Yahv\u00e9{/}, ou {C}scribe de la Loi du Dieu du ciel{/}, ou charg\u00e9 de faire respecter cette Loi. Comme il est dit dans l'Introduction, on consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement qu'Esdras a r\u00e9uni le premier noyau des livres de la Bible. Les livres de Mo\u00efse appel\u00e9s "La Loi" en formaient l'essentiel. Loi de Yahv\u00e9 pour les Juifs, Loi du Dieu du ciel pour les secr\u00e9taires du roi Darius qui identifiaient le Dieu des Juifs avec le Dieu du ciel.
C'est seulement avec Esdras que la Loi de Dieu va s'identifier avec un ensemble de livres tenus pour sacr\u00e9s: voir \u00e0 ce sujet [2M_2,13] qui attribue cette initiative, sans doute \u00e0 tort, \u00e0 N\u00e9h\u00e9mie. 
C'est donc bien ici qu'il convient de nous demander comment on reconna\u00eet les livres inspir\u00e9s. Nous achetons une Bible et nous disons qu'elle contient les livres inspir\u00e9s, que c'est le livre de la Parole de Dieu... Mais, qui a d\u00e9clar\u00e9, et \u00e0 partir de quels crit\u00e8res, quels \u00e9taient les livres inspir\u00e9s? Cette question est fondamentale car, catholiques ou protestants, quelle que soit l'\u00e9glise \u00e0 laquelle nous appartenons, toute notre foi repose sur ces Ecritures. Il n'y aura donc pas de foi chr\u00e9tienne s'il n'y a pas une autorit\u00e9 capable de d\u00e9cider quels sont les livres inspir\u00e9s et de nous dire ensuite quel cr\u00e9dit nous pouvons donner \u00e0 ces livres: en quoi sont-ils diff\u00e9rents des autres livres \u00e9crits par des sages, ou des saints ou des proph\u00e8tes? Dans quelle mesure nous livrent-ils la v\u00e9rit\u00e9 unique et \u00e9ternelle qui n'est autre que Dieu lui-m\u00eame en tout son myst\u00e8re? 
{N}LE CANON DES ECRITURES{/}
On appelle "canon" (d'un mot grec qui signifie {C}r\u00e8gle{/}, ou {C}droit comme une r\u00e8gle{/}) la liste officielle des livres sacr\u00e9s qui fixent et qui fixeront toujours la foi. Il n'y a de s\u00e9curit\u00e9 dans la foi chr\u00e9tienne que si Dieu a donn\u00e9 aux ap\u00f4tres de J\u00e9sus, et par eux \u00e0 l'Eglise, une assistance sp\u00e9ciale de son Esprit pour qu'elle d\u00e9termine sans erreur quels livres sont ou ne sont pas les livres \u00ab_inspir\u00e9s_\u00bb au sens chr\u00e9tien du terme. On retrouvera cette question \u00e0 propos des livres dits \u00ab_deut\u00e9rocanoniques_\u00bb.
Essayons de voir comment ces livres saints ont m\u00e9rit\u00e9 d'\u00eatre reconnus par Isra\u00ebl d'abord, par l'Eglise ensuite.
Au d\u00e9part un texte est r\u00e9dig\u00e9 par quelque proph\u00e8te, par un pr\u00eatre ou un saint homme habitu\u00e9 \u00e0 parler des choses de Dieu. Parfois il sera conscient d'agir sous l'impulsion de l'Esprit, mais pas n\u00e9cessairement (voir \u00e0 ce sujet la premi\u00e8re page du livre de Sirac ou le dernier paragraphe de 2Ma). Cet \u00e9crivain dit ce qu'il pense devoir rappeler \u00e0 ses contemporains, et il le fait avec la conviction d'\u00eatre l'interpr\u00e8te de la foi d'Isra\u00ebl ou de la foi de l'Eglise. Mais il n'a probablement pas id\u00e9e de la fa\u00e7on dont un jour son \u00e9crit prendra place dans une Bible.
L'auteur est mort et son livre est d\u00e9pos\u00e9 dans une biblioth\u00e8que rudimentaire comme il pouvait y en avoir \u00e0 cette \u00e9poque. Alors il faut compter avec les hasards de la vie: livres br\u00fbl\u00e9s, perdus, oubli\u00e9s... Mais voici que cet ouvrage \u00e9chappe aux d\u00e9g\u00e2ts du temps_; il peut alors tomber entre les mains d'un pr\u00eatre ou d'un lettr\u00e9 qui le trouve utile mais inadapt\u00e9 aux besoins de son temps et d\u00e9cide de le r\u00e9viser. Il ne garde qu'une partie du livre, il le fond avec un autre \u00e9crit ou il le reprend de sa main. Ensuite il est possible que le livre soit lu volontiers et que plusieurs l'apprennent de m\u00e9moire, et de m\u00eame il se peut que la communaut\u00e9 se divise \u00e0 son sujet.
Vient alors un temps o\u00f9 la communaut\u00e9 religieuse, qu'il s'agisse des autorit\u00e9s d'Isra\u00ebl ou, plus tard, de l'Eglise, voyant se multiplier les livres sacr\u00e9s, sent l'urgence de d\u00e9cider quels sont les livres o\u00f9 elle reconna\u00eet la parole de Dieu, et quels sont ceux qui, pour int\u00e9ressants qu'ils soient, n'auront pas de reconnaissance officielle. On tient compte de l'opinion des croyants les plus dignes de foi, de l'avis des experts de l'Ecriture, et l'on fixe le {C}canon{/}, c'est-\u00e0-dire la liste officielle des Ecritures.
A partir de ce moment, sachant que les autorit\u00e9s du peuple de Dieu jouissent de l'assistance de l'Esprit Saint, les croyants font un acte de foi et reconnaissent ces livres comme inspir\u00e9s par Dieu. Ils savent que m\u00eame si le livre est pass\u00e9 par bien des mains, il est, dans son \u00e9tat final, partie int\u00e9grante du message que Dieu veut laisser \u00e0 son peuple pour tous les lieux et tous les temps. Comme on le voit, l'action de Dieu a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s discr\u00e8te tout au long de ce processus, exactement comme elle l'est dans l'histoire pr\u00e9sente du monde et dans nos vies. Dieu a \u00e9t\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s du premier auteur, il a \u00e9t\u00e9 avec le pr\u00eatre ou le secr\u00e9taire qui a r\u00e9vis\u00e9 et peut-\u00eatre d\u00e9figur\u00e9 le texte original; il a \u00e9t\u00e9 dans l'incendie qui a d\u00e9truit certains livres tenus pour sacr\u00e9s, et il a \u00e9t\u00e9 avec les lecteurs qui se sont attach\u00e9s \u00e0 tel ou tel autre livre et l'ont sauv\u00e9 de l'oubli. Les hommes et le hasard ont eu beau jeu, mais Dieu a toujours tenu la carte ma\u00eetresse et c'est lui qui enl\u00e8ve le livre ou plut\u00f4t qui nous le laisse estampill\u00e9.
Ce que nous venons de dire vaut pour tout l'ensemble des livres qui composent la Bible: c'est la communaut\u00e9 religieuse, juive d'abord, chr\u00e9tienne ensuite qui les a choisis et reconnus et on nous demande l\u00e0 un acte de foi sans lequel nous n'avons plus de Livre Sacr\u00e9. La foi est une d\u00e9marche dans laquelle nous reconnaissons et choisissons en m\u00eame temps le Peuple et son Livre. Nous ne savons pas et nous ne saurons sans doute jamais par quel chemin tel ou tel livre est entr\u00e9 dans ce Canon ou R\u00e9gle des Ecritures, mais c'est un fait qu'il y est entr\u00e9 et que la communaut\u00e9, juive ou chr\u00e9tienne ne l'a jamais reni\u00e9. 
{N}APR\u00c8S ESDRAS{/}
Il semble bien que le permier noyau de la Bible constitu\u00e9 par Esdras ordonnait d\u00e9j\u00e0 les livres selon deux cat\u00e9gories: la Loi et les Proph\u00e8tes. La Loi, c'est-\u00e0-dire les cinq livres dits de Mo\u00efse_; les Proph\u00e8tes, c'est-\u00e0-dire aussi bien les livres historiques d'inspiration proph\u00e9tique que les \u00e9crits des proph\u00e8tes. C'est sans doute un peu plus tard qu'apparut la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie, celle des Ecrits, \u00e0 mesure qu'on r\u00e9unissait ces livres de caract\u00e8re divers mais qui peuvent habituellement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une \u00ab_litt\u00e9rature de sagesse_\u00bb. Le prologue du livre de Sirac \u00e9crit sans dodute en 190 avant le Christ, est le t\u00e9moin d'une \u00e9poque o\u00f9 cette structure s'\u00e9tait impos\u00e9e.
Le fait de regarder ces livres comme des livres sacr\u00e9s n'emp\u00eachait pas que certains se jugent autoris\u00e9s \u00e0 en faire des \u00e9ditions revues o\u00f9 \u00e0 leur joindre de nouveaux \u00e9crits, comme cela fut le cas \u00e0 Qumr\u00e1n. Car on voyait dans ces Ecritures l'expression de la foi du peuple de Dieu, et certains se consid\u00e9raient comme les interpr\u00eates authentiques de cette foi. D'autres livres venaient donc s'ajouter, aussi bien dans la collection h\u00e9bra\u00efque que dans la bible grecque des Septante: il n'y avait d'ailleurs pas de cloison \u00e9tanche entre les deux, du fait que jusqu'en Palestine on utilisait les Septante. 
Mais cette situation ne pouvait durer: il fallait bien qu'un jour les autorit\u00e9s prennent position et fixent un seul canon des livres sacr\u00e9s. Il fallait aussi qu'elles d\u00e9cident si le livre \u00e9tait termin\u00e9 ou s'il restait ouvert \u00e0 de nouveaux \u00e9crits. La venue de J\u00e9sus et la constitution de l'Eglise allaient pr\u00e9cipiter cette nouvelle \u00e9tape. _
{N}LE CANON JUIF FIX\u00c9 \u00c0 JAMNIA{/}
Apr\u00e8s la ruine de J\u00e9rusalem et du Temple qui termina la r\u00e9volte et la guerre juive contra les arm\u00e9es romaines, les Pharisiens, seule force vive survivante entre les partis ou \u00ab_sectes_\u00bb qui avaient divis\u00e9 la communaut\u00e9 juive, firent de leur mieux pour restaurer les institutions religieuses. C'est \u00e0 l'Ecole Synagogale de Jamnia, dans les ann\u00e9es 80-100 de notre \u00e9re, que s'\u00e9tablit une liste des livres consid\u00e9r\u00e9s comme n\u00e9cessaires et dont le caract\u00e8re sacr\u00e9 exigeait qu'on se purifie apr\u00e8s les avoir touch\u00e9s. Le premier crit\u00e8re pour les choisir \u00e9tait l'acceptation g\u00e9n\u00e9rale de ces livres et leur usage de fait dans la liturgie. On garda la version h\u00e9bra\u00efque d'Esther que les ess\u00e9niens de Qumran rejetaient pour son manque d'esprit religieux, on re\u00e7ut Daniel et les Chroniques, et l'on rejeta l'ensemble des livres qui ne figuraient que dans la Bible grecque, bien que plusieurs d'entre eux (1 Maccab\u00e9es, Sirac, Judith) ne fussent que les traductions d'un original h\u00e9breu.
Ce Canon ne fut pas propos\u00e9 en forme de loi, mais il s'imposa et l'on consid\u00e9ra d\u00e8s ce moment que le livre \u00e9tait termin\u00e9. Sous le nom de La Loi, les Proph\u00e8tes et les Ecrits, soit: Thorah Nebiim u-Ketoubim (en abr\u00e9g\u00e9 TaNaK), la Bible h\u00e9bra\u00efque atteignait sa forme d\u00e9finitive.
{N}LE CANON DE L'EGLISE{/}
L'Eglise n'en \u00e9tait pas encore pr\u00eate pour une telle d\u00e9marche: elle se contentait d'utiliser la Bible grecque sans discuter la valeur de ses livres. Son attention allait se concentrer sur l'usage des \u00e9crits qui commen\u00e7aient \u00e0 se multiplier dans la mesure m\u00eame o\u00f9 elle s'\u00e9tendait \u00e0 de nouveaux pays et o\u00f9 disparaissaient l'un apr\u00e8s l'autre les ap\u00f4tres de J\u00e9sus, ceuxqui avaient \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins officiels et l'autorit\u00e9 surpr\u00eame de la foi. Les traditions orales contenant faits et gestes de J\u00e9sus s'ajoutaient \u00e0 un certain nombre de lettres envoy\u00e9es par les ap\u00f4tres ou qu'on avait \u00e9crites sous leur nom. Les relations \u00e9taient fr\u00e9quentes entre les divers pays riverains de la M\u00e9diterrann\u00e9e et l'on mit en commun les richesses. Rome avait l'Evangile de Marc, les grandes lettres de Paul, les Actes. De Syrie probablement on re\u00e7ut Matthieu, la lettre de Jacques. L'Asie mineure et les villes grecques apport\u00e8rent leur contribution. Une phrase de la seconde lettre de Pierre, \u00e9crite vers l'ann\u00e9e 125, nous montre que d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque les lettres de Paul \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des textes inspir\u00e9s, \u00ab_de m\u00eame que les autres Ecritures_\u00bb, sans doute les livres de l'Ancien Testament [2P_3,16].
Tout ne fut pas re\u00e7u avec la m\u00eame consid\u00e9ration. Tout au long du deuxi\u00e8me si\u00e8cle de notre \u00e8re on \u00e9carta des Evangiles ou des Actes, de fait plus tardifs que les n\u00f4tres, qui semblaient s'\u00e9carter de la foi apostolique ou relever de la fantaisie. Tel ou tel d'entre eux, comme {C}l'Evangile de Thomas{/}, peut cependant avoir gard\u00e9 des paroles authentiques de J\u00e9sus qui ne nous sont pas parvenues autrement. Comme pour le canon juif, le principal crit\u00e8re semble avoir \u00e9t\u00e9 l'acceptation g\u00e9n\u00e9rale d'un texte et son usage liturgique_; mais il s'en ajoutait un autre: on voulait que cet \u00e9crit provienne d'un ap\u00f4tre ou de son entourage direct. Ceci explique que les Ep\u00eetres dites Catholiques, \u00e9crites pour la plupart dans les deux g\u00e9n\u00e9rations suivantes se pr\u00e9sent\u00e8rent comme des lettres de Pierre, de Jude, de Jacques. 
M\u00eame s'il faut attendre la fin du quatri\u00e8me si\u00e8cle pour trouver dans des conciles et des documents faisant autorit\u00e9 la liste des livres du Nouveau Testament tel que nous l'avns aujourd'hui, d\u00e8s la fin du deuxi\u00e8me si\u00e8cle l'accord \u00e9tait pratiquement r\u00e9alis\u00e9 sur l'ensemble. Seuls deux livres restaient en discussion, et pour des raisons semblables: les orientaux n'acceptaient pas la lettre aux H\u00e9breux parce qu'ils voyaient bien qu'elle n'\u00e9tait pas de Paul, et les romains ne voulaient pas reconna\u00eetre l'Apocalypse, \u00e9tant convaincus qu'elle n'\u00e9tait pas de l'ap\u00f4tre Jean.

{N}1.3:{/} {N}L'INSPIRATION DE L'ECRITURE{/} [2Tim_3,16]
{C}Tous les textes de l'Ecriture sont inspir\u00e9s de Dieu{/}. Il est \u00e9galement possible de traduire cette phrase:{C} Toute Ecriture inspir\u00e9e est utile... {/}
Sans doute la traduction serait-elle plus vraie si nous disions: "Toute Ecriture (est) porteuse de l'Esprit de Dieu". Car il ne suffit pas de dire que la Bible a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite sous l'impulsion de l'esprit: les textes ne deviennent pour nous Parole de Dieu que dans la mesure o\u00f9 nous restons sur le terrain de l'Esprit. On sait que la Bible n'est pas d'abord un livre culturel, mais ce serait encore peu de dire que c'est un texte religieux. Ce texte n'est {C}utile pour enseigner, reprendre, redresser{/}... que dans la mesure o\u00f9 l'on a r\u00e9serv\u00e9 la place de l'Esprit. La liturgie orientale de Saint Jean Chrysostome est tr\u00e8s parlante \u00e0 cet \u00e9gard: le livre des Evangiles est d\u00e9pos\u00e9 avec le pain et le vin sur la table des offrandes et il est port\u00e9 \u00e0 l'autel entour\u00e9 des m\u00eames rites. Toute la liturgie montre que les deux sacrements de la Parole et de l'Eucharistie sont sur le m\u00eame plan, et l'on invoque l'Esprit \u00e0 la fois sur le pain et le vin pour qu'ils soient corps et sang du Christ, et sur le livre pour qu'ils soit porteur du souffle de Dieu.
C'est ainsi que le m\u00eame texte se pr\u00eate \u00e0 des commentaires d'esprit tr\u00e8s divers. Et ce'st aussi la raison pour laquelle la compr\u00e9hension de la Bible ne d\u00e9pend pas d'abord de quelque nuance de l'h\u00e9breu ou du grec mais des dons de connaissance dont Paul nous parle en divers endroits: ils sont la condition de tout apostolat f\u00e9cond ([Rm_10,2]; [Ef_1,17]; [Fil_1,9]; [Col_1,9]; [Col_3,10]  - sin olvidar [Jn_17,1]).
{N}L'INSPIRATION DE L'ECRITURE{/}
Nous avons dit ailleurs que le livre sacr\u00e9 est tout entier l'oeuvre, \u00e0 la fois de Dieu et de celui qui l'a r\u00e9dig\u00e9. L'auteur s'est mis \u00e0 la t\u00e2che, peut-\u00eatre sans savoir la promotion que Dieu lui donnerait, croyant seulement faire oeuvre utile, et il y est entr\u00e9 avec ses pr\u00e9occupations tout autant que les limitations de sa culture. Dieu pour sa part a ordonn\u00e9, ou planifi\u00e9, \u00e0 la fois l'\u00e9criture et les avatars post\u00e9rieurs du livre (voir la note sur le Canon des livres saints). Lui qui se r\u00e9v\u00e8le de mille mani\u00e8res tout au long des temps, il a voulu que ce livre ait une valeur sp\u00e9ciale, non pas si on le consid\u00e8re seul, mais dans l'ensemble de la Bible. Car celle-ci fait corps avec le Christ, Parole de Dieu.
Lorsque nous cherchons \u00e0 savoir un peu comment ces livres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits, comment on les a reconnus comme Parole de Dieu, bien des probl\u00e8mes apparaissent, et il nous semble parfois que le parcours sans emb\u00fbches qui les a men\u00e9s jusqu'\u00e0 la canonisation doive beaucoup au hasard: pourquoi a-t-on retenu tel livre plut\u00f4t que tel autre? Avait-on besoin d'Abdias, ou d'Esther, ou de la lettre de Jude? C'est bien s\u00fbr: vue apr\u00e8s coup, la reconnaissance des livres sacr\u00e9s doit quelque peu \u00e0 la chance. Mais si nous nous pla\u00e7ons du point de vue de Dieu, ce n'est pas de la chance: pour Dieu il y avait d'abord un but \u00e0 atteindre, et ce but pr\u00e9c\u00e8de les \u00e9v\u00e9nements qui y aboutiront selon des trajectoires qu'aucun observateur humain n'aurait pu pr\u00e9voir. Dans son plan il y a eu d\u00e8s le d\u00e9part le salut qu'apporterait le Christ_; et de m\u00eame il a voulu nous laisser une r\u00e9v\u00e9lation \u00e9crite dont on d\u00e9couvrirait tout le sens lorsque l'Esprit serait donn\u00e9 au peuple de Dieu: c'est dire qu'il a voulu  la Bible comme un instrument dont son Esprit saurait faire usage, soit pour orienter la foi de l'Eglise comme un corps, soit pour les croyants qui \u00e0 toute \u00e9poque y chercheraient un r\u00e9confort. 
Si nous le prenons ainsi, nous \u00e9chappons au dilemme insoluble auquel beaucoup se sont heurt\u00e9s et qu'on pourrait exprimer sch\u00e9matiquement en ces termes: Ou bien tous les mots sont inspir\u00e9s, mais alors, comment ne pas attribuer \u00e0 Dieu toutes les erreurs et faiblesses du livre? Ou bien seul le sens du message est inspir\u00e9, et les faiblesses du r\u00e9cit ou les ignorances qu'on y trouve sont la part de l'\u00e9crivain_; mais alors, qui reconna\u00eetra le message s'il n'est pas dans les mots? On se contente trop souvent d'une r\u00e9ponse facile mais tr\u00e8s insuffisante: on dit que l'inspiration garantit le message religieux, mais elle laisse courir les erreurs sur des points historiques ou scientifiques. C'est vrai, bien s\u00fbr, dans une certaine mesure, mais si nous regardons comment les auteurs sacr\u00e9s eux-m\u00eames ont utilis\u00e9 les textes qu'ils lisaient dans leur Bible, nous voyons que pour eux tous les mots \u00e9taient porteurs de sens: voir les discussions de Paul en [Gal_3,1], tout sp\u00e9cialement \u00e0 propos de {C}descendants {/}et {C}descendant{/}. Et puis, si l'inspiration ne couvre que le message religieux, qu'est ce qui est partie du message religieux? Que les femmes doivent avoir la t\u00eate couverte \u00e0 l'\u00e9glise? Le message est-il vraiment ind\u00e9pendant des mots et des phrases qui font le texte, et la Bible est-elle d'abord un message?
Nous devons donc maintenir que tout le texte est inspir\u00e9, mais il est clair que nous l'entendons dans un sens tout diff\u00e9rent de la fa\u00e7on dont les musulmans, par exemple comprennent l'inspiration du Coran. Pour eux le texte et tous les mots du texte ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s par Dieu en arabe, et c'est ce texte qui est inspir\u00e9: on ne devrait m\u00eame pas le traduire. Pour un chr\u00e9tien, au contraire, le texte biblique est un sacrement, et c'est pourquoi l'Esprit n'est jamais encha\u00een\u00e9 \u00e0 la lettre de l'original. De l\u00e0 d\u00e9coulent deux cons\u00e9quences:
1.Si nous d\u00e9couvrons dans le texte des erreurs, ou plut\u00f4t, des choses qui choquent notre culture, cela ne nous troublera pas: ce texte est un instrument \u00e0 la fois parfait et imparfait dont l'Esprit veut tirer parti et saura tirer parti. L'Evangile pourra s'exprimer et produire ses fruits dans d'autres cultures_; les exemples pass\u00e9s ne s'opposeront pas \u00e0 la recherche d'un style de vie nouveau: Jean le dit express\u00e9ment en [Jn_16,12] - [Jn_16,13].
2.L'inspiration du texte original se retrouvera dans les traductions de l'Ecriture, m\u00eame si l'on sait, comme le dit un proverbe, qu'une traduction est toujours quelque peu une trahison.
{N}LES TRADUCTIONS DE LA BIBLE{/}
C'est un fait que l'immense majorit\u00e9 des croyants, m\u00eame lorsque l'Eglise (ou leurs \u00e9glises) les ont press\u00e9s de lire la Bible, n'en ont jamais connu que des traductions. C'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas dans la communaut\u00e9 juive. Au temps de J\u00e9sus, selon des estimations raisonnables, 8% de la population de l'empire romain, soit environ six millions, \u00e9taient des Juifs. Au m\u00eame moment, ceux de Palestine ne devaient pas passer le demi-million. La Bible grecque, c'est-\u00e0-dire avant toute autre traduction celle des Septante, \u00e9tait donc sans aucune comparaison la plus utilis\u00e9e. Elle \u00e9tait utilis\u00e9e jusqu'en Palestine, au coeur du pays \u00ab_h\u00e9breu_\u00bb par de nombreuses communaut\u00e9s, et c'est elle que citent les \u00e9crits du Nouveau Testament. En voil\u00e0 assez pour faire comprendre la situation fausse et marginale de certaine tendance \u00e9litiste qui, \u00e0 l'int\u00e9rieur m\u00eame de l'Eglise, regarde de haut quiconque n'a pas pour le moins une teinture d'h\u00e9breu, et voudrait discr\u00e9diter les \u00e9crits du Nouveau Testament d\u00e8s qu'ils se d\u00e9marquent des traditions et de la culture juive.
A part quelques exceptions, les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes et les ap\u00f4tres eux-m\u00eames n'ont connu de parole de Dieu que la traduction des Septante. Or cette traduction, tr\u00e8s fid\u00e8le pour le Pentateuque, l'est beaucoup moins pour les autres livres et nage souvent sans complexes dans les textes proph\u00e9tiques. L'ensemble de l'Eglise, qui s'est appuy\u00e9 sur elle, a-t-il donc \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de cette partie inali\u00e9nable de la Parole de Dieu qu'est l'Ancien Testament? Le chapitre 15 des Actes pr\u00e9sente \u00e0 cet \u00e9gard un cas particuli\u00e8rement int\u00e9ressant: l'ap\u00f4tre Jacques justifie sa position par un texte d'Amos qu'il cite selon la traduction grecque [Am_15,17]. Or celle-ci n'a rien \u00e0 voir avec le texte original! On comprend que dans les d\u00e9buts de l'Eglise beaucoup aient consid\u00e9r\u00e9 que la version des Septante n'\u00e9tait pas moins inspir\u00e9e que le texte h\u00e9breu. 
A la fin du troisi\u00e8me si\u00e8cle l'Eglise romaine s'adapte \u00e0 l'\u00e9volution de la langue et passe du grec au latin_; un si\u00e8cle plus tard Saint J\u00e9r\u00f4me r\u00e9alise la version latine de la Vulgate qui restera la Bible officielle de l'Eglise Catholique jusqu'au milieu du XX\u00ba si\u00e8cle. J\u00e9r\u00f4me, reprenant sur ce point les vues d'Orig\u00e8ne, donnait la priorit\u00e9 au texte h\u00e9bra\u00efque, et c'est ce texte qu'il a traduit. Mais on sait qu'en d\u00e9pit de sa science et de ses m\u00e9rites, la traduction contenait bien des erreurs. C'est pourtant ce texte qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00each\u00e9, comment\u00e9, dont les mots parfois erron\u00e9s ont inspir\u00e9 bien des rapprochements entre tel ou tel texte, ouvrant des perspectives sur la vie spirituelle. 
Voici une r\u00e9alit\u00e9 qu'on ignore trop facilement quand on discute sur l'inspiration ou la non inspiration du texte: finalement, ce sont les traductions qui portent l'Esprit dont vit le peuple de Dieu. Na faut-il pas dire tout simplement que l'Esprit qui agit par le texte original inspir\u00e9, agit tout aussi librement par le moyen des traductions, avec des plus ou des moins selon qu'elles soient excellentes ou b\u00e2tardes, mais en gardant toujours sa libert\u00e9.
{N}TRADUCTIONS SERR\u00c9ES ET VERSIONS PASTORALES {/}
Ce que nous venons de dire pour les grandes versions grecque et latine ne vaut pas moins pour les versions modernes. Le traducteur, puisqu'il travaille pour un auditoire d\u00e9termin\u00e9, aura pour souci de lui donner, en une autre langue, tout ce qu'il peut lui rendre du texte original. Celui qui s'adresse \u00e0 des \u00e9tudiants, d\u00e9j\u00e0 familiaris\u00e9s avec les langues et l'histoire ancienne, se permettra d'utiliser des mots choisis ou rares qui calquent bien les mots h\u00e9bra\u00efques_; il ne fera pas difficult\u00e9 de forcer la phrase fran\u00e7aise pour \u00e9pouser les p\u00e9riodes d'une lettre de Saint Paul o\u00f9 une seule phrase peut s'\u00e9tendre sur plus de dix lignes. Il aimera que la connaissance du texte biblique s'inscrive, intellectuellement et sur le plan de la sensibilit\u00e9, parmi les autres connaissances que le lecteur a de l'antiquit\u00e9 classique.
Celui qui s'adresse \u00e0 un public moins pr\u00e9par\u00e9 fera davantage attention aux accents du texte, \u00e0 ce qui doit occuper le point fort de la phrase, m\u00eame s'il lui faut pour cela changer l'ordre des mots, car on n'ordonne pas de la m\u00eame fa\u00e7on ce qui est important et ce qui ne l'est pas en h\u00e9breu, en grec et en fran\u00e7ais. Sachant que la plupart des \u00e9crivains sacr\u00e9s parlaient un langage ais\u00e9ment compr\u00e9hensible pour leurs auditeurs, il se gardera de tout ce qui ferait de sa traduction un \u00ab_langage de livres_\u00bb_; il ne fera pas des apostrophes de Paul un discours acad\u00e9mique. M\u00eame s'il sait que tout le texte est inspir\u00e9, il n'h\u00e9sitera pas \u00e0 remplacer deux mots grecs par un seul mot fran\u00e7ais qui dit la m\u00eame chose, ou \u00e0 mettre deux mots fran\u00e7ais l\u00e0 o\u00f9 un seul ne saurait exprimer le mot h\u00e9bra\u00efque. Il fera ainsi ce que fait tout traducteur: celui qui voudrait faire du mot \u00e0 mot et mettre un article en fran\u00e7ais chaque fois qu'il le trouve en anglais ou ne pas le mettre lorsqu'il n'est pas dans l'anglais ne ferait qu'un pi\u00eatre travail. 
On conna\u00eet le grand signe de la Pentec\u00f4te et de la venue de l'Esprit. C'est dans toutes les langues que les auditeurs de Pierre entendent les louanges de Dieu, non plus seulement en h\u00e9breu, dans le langage sacr\u00e9, mais chacun dans la langue de ses p\u00e8res. La diversit\u00e9 des langages sera donc une n\u00e9cessit\u00e9 dans l'Eglise et dans les traductions de la Bible. On ne pourra pas dire qu'une traduction est plus vraie qu'une autre tant qu'on ne se sera pas plac\u00e9 dans la perspective propre de chacune d'entre elles: l'Eglise n'est pas tout enti\u00e8re occup\u00e9e \u00e0 former des sp\u00e9cialistes, et c'est le simple peuple d'abord qui doit \u00eatre \u00e9vang\u00e9lis\u00e9 dans sa propre langue.
..
{N}L'USAGE DES TEXTES INSPIR\u00c9S {/}[2P_1,21]
Ce texte vient compl\u00e9ter celui de [2Tim_3,16] sur l'usage des textes bibliques. L'auteur s'oppose aux novateurs qui s'appuient sur une interpr\u00e9tation in\u00e9dite de quelques textes pour remettre en cause la foi traditionnelle. Ce paragraphe donne pour entendu que la v\u00e9rit\u00e9 est donn\u00e9e par Dieu \u00e0 son peuple et qu'elle est gard\u00e9e \u00e0 l'int\u00e9rieur du peuple de Dieu. L'Ecriture, n\u00e9e de ses exp\u00e9riences et proclam\u00e9e sous l'impulsion de l'Esprit, ne livre sa v\u00e9rit\u00e9 qu'\u00e0 ceux qui font partie de ce peuple et vivent de son esprit. Ce texte justifie l'intervention de la hi\u00e9rarchie pour d\u00e9fendre l'h\u00e9ritage de la foi et l'interpr\u00e9tation traditionnelle d'un texte dans toute la mesure o\u00f9 la foi d\u00e9pend de cette interpr\u00e9tation. On sait pourtant que plus d'une fois la hi\u00e9rarchie a voulu s'appuyer sur des textes bibliques pour justifier des conceptions l\u00e9gitimes mais discutables qu'elle confondait ind\u00fbement avec la foi.
En r\u00e9alit\u00e9 notre texte d\u00e9passe ce probl\u00e8me. Si la hi\u00e9rarchie peut et doit intervenir face \u00e0 des interpr\u00e9tations personnelles qui menacent la foi, ce n'est pas parce qu'elle seule aurait la cl\u00e9 des Ecritures, mais parce qu'elle est partie du jeu de l'Esprit. Elle a eu sa part dans la formation des livres saints, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des proph\u00e8tes, des sages et des responsables de la communaut\u00e9 humaine, parfois en conflit avec eux; et de m\u00eame elle a sa part dans l'interpr\u00e9tation des Ecritures qui est d'abord oeuvre de l'Esprit. Ce serait une erreur de croire que la cl\u00e9 des Ecritures est entre les mains des sp\u00e9cialistes qui \u00e9tudient la Bible \u00e0 partir de disciplines humaines, que ce soient l'histoire, la linguistique ou la sociologie. L'\u00e9tude scientifique du texte sacr\u00e9 ou de son contexte historique aide \u00e0 mieux le comprendre, mais l'exp\u00e9rience spirituelle et les faits nouveaux de l'action missionnaire sont les points d'appui d\u00e9cisifs pour l'action de l'Esprit, et c'est l\u00e0 que le "ma\u00eetre en religion instruit du Royaume de Dieu" trouve \u00e0 renouveler son tr\u00e9sor [Mt_13,52]. 
On comprendra donc qu'un m\u00eame texte puisse donner lieu \u00e0 des commentaires d'esprit tr\u00e8s divers. Pour un commentaire charismatique ou po\u00e9tique le choix des mots est tr\u00e8s important car il commande en partie les r\u00e9sonnances qu'on cherchera dans d'autres passages inspir\u00e9s. Par contre, pour celui qui enseigne ou qui est enseign\u00e9, la simplicit\u00e9 du langage est essentielle. Pour celui qui reprend, le texte n'est que le support d'un avertissement qui vise et frappe directement les personnes et les actes dans les circonstances pr\u00e9sentes. C'est ainsi que la compr\u00e9hension de la Bible ne d\u00e9pendra pas d'abord de quelque teinture d'h\u00e9breu et de grec, ou des disputes qui se sont multipli\u00e9es dans les universit\u00e9s sur la fa\u00e7on de r\u00e9interpr\u00e9ter des textes, parce que leur langage ou leur t\u00e9moignage choquent les esprits p\u00e9tris de science rationnelle. L'important, ce sont les dons de connaissance que Paul souhaite souvent \u00e0 ses lecteurs ([Rm_10,2]; [Ep_1,17]; [Ph_1,9]; [Col_1,9]; [Col_3,10]) et que l'\u00e9vangile de Jean met en bonne place au chapitre 17.

{N}1.4:{/} {N}L'ABSENCE D'ERREURS DANS LA BIBLE{/} [Jn_10,35]
{C}On ne peut changer l'Ecriture{/}. Avec cette r\u00e9partie qui surprend fort ses auditeurs, J\u00e9sus nous invite nous aussi \u00e0 regarder de plus pr\u00e8s bien des textes bibliques que nous n\u00e9gligeons et que nous ne savons pas approfondir parce qu'ils ne cadrent pas avec notre fa\u00e7on de penser et nos propres convictions religieuses. Fallait-il que la certitude du Dieu unique dont le Nom est incommunicable bouche l'horizon et ferme la porte \u00e0 une authentique communion avec lui? Ne pouvait-on pas dire que Dieu se fait pr\u00e9sent \u00e0 l'int\u00e9rieur m\u00eame de l'humanit\u00e9? Et justement l'Evangile de Jean met en relief la divinit\u00e9 de l'Envoy\u00e9 de Dieu, tout autant que la volont\u00e9 de Dieu de nous diviniser nou-m\u00eames_; les adversaires de J\u00e9sus en restaient au niveau des pr\u00e9ceptes et des traditions qu'il nous faut observer pour que Dieu nous classe parmi les bons.
Mais c'est un fait aussi que cette parole de J\u00e9sus touche le th\u00e8me de \u00ab_l'Inerrance_\u00bb, c'est-\u00e0-dire de l'absence d'erreurs dans l'Ecriture: {C}on ne peut la changer{/}. Or, semble-t-il, depuis un si\u00e8cle ou deux les arguments se sont multipli\u00e9s qui semblent mettre en \u00e9chec le caract\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9 divine qu'on accorde aux livres sacr\u00e9s.
{N}L'INERRANCE DE L'\u00c9CRITURE: L'AVOCAT DU DIABLE{/}
Pour un croyant l'absence d'erreurs dans la Parole de Dieu va de soi, mais encore faut-il pr\u00e9ciser quel genre de v\u00e9rit\u00e9 nous attendons de cette parole. Il suffit par exemple de comparer deux r\u00e9cits du m\u00eame fait dans les diff\u00e9rents \u00e9vangiles pour voir que les contradictions de d\u00e9tail sont nombreuses: comparer  [Mt_20,30] et [Mc_10,46]; [Mt_18,1] - [Mt_18,3] et [Mc_9,33] - [Mc_9,35]. Il nous faut donc admettre que Dieu n'a pas dict\u00e9 aux auteurs des livres sacr\u00e9s un compte-rendu officiel de ce qui s'est pass\u00e9. Les t\u00e9moignages et la fa\u00e7on de les transmettre oralement jusqu'au moment o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 mis par \u00e9crit ont ob\u00e9i \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale: les meilleurs t\u00e9moignages d\u00e9pendent toujours en partie de celui a vu et qui sans m\u00eame le vouloir donne d\u00e9j\u00e0 une certaine interpr\u00e9tation de ce qu'il a vu. 
A mesure que s'est d\u00e9velopp\u00e9e la culture moderne, des difficult\u00e9s beaucoup plus grandes se sont pr\u00e9sent\u00e9es. Il y a eu d'abord le d\u00e9veloppement des sciences, et l'on a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s g\u00ean\u00e9 par l'opposition entre la vision du monde et des origines de l'homme que donnait la science et celle qu'en avaient les auteurs de la Bible, en particulier dans les premiers chapitres de la Gen\u00e8se. Alors les chr\u00e9tiens se sont divis\u00e9s. Pendant que les fondamentalistes s'attachant \u00e0 la lettre du r\u00e9cit, en arrivaient \u00e0 nier les faits scientifiques les plus \u00e9tablis, les autres devaient reconna\u00eetre que la \u00ab_v\u00e9rit\u00e9_\u00bb du r\u00e9cit biblique n'\u00e9tait pas dans la description de nos origines, mais dans la place que ces pages attribuaient aux cr\u00e9atures et \u00e0 l'homme dans le dessein de Dieu. Voir \u00e0 ce sujet la note plac\u00e9e en [Gn_1,1].
Puis sont venues les difficult\u00e9s historiques. Il a fallu reconna\u00eetre que les auteurs de la Bible ne disposaient pas de nos moyens pour enqu\u00eater sur le pass\u00e9, mais qu'en revanche ils voyaient dans l'histoire pass\u00e9e une illustration de l'action de Dieu dans le pr\u00e9sent: la fresque restait vraie m\u00eame si tous les faits n'\u00e9taient pas v\u00e9rifi\u00e9s. 
Ensuite il y a eu l'\u00e9volution de la morale. Bien des lois h\u00e9rit\u00e9es de la Bible et consid\u00e9r\u00e9es jusqu'alors comme s'imposant \u00e0 toute personne de bonne foi, ont cess\u00e9 d'\u00eatre \u00e9videntes pour nos contemporains. Ne fallait-il pas relativiser en particulier les prohibitions sexuelles de la Bible? Voir \u00e0 ce sujet le commentaire de [1Co_7,1].
Le mouvement d'\u00e9mancipation f\u00e9ministe a soulev\u00e9 \u00e0 son tour une objection redoutable: la Bible a \u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re \u00e9crite dans le cadre d'une culture patriarcale. Les exp\u00e9riences religieuses sur lesquelles elle se fonde ont \u00e9t\u00e9 dans leur immense majorit\u00e9 v\u00e9cues et interpr\u00e9t\u00e9es par des hommes, alors que les femmes n'avaient pas le moyen de s'exprimer ni de d\u00e9couvrir leur propre identit\u00e9. Que vaut l'image du Dieu m\u00e2le, guerrier et dominateur, qui ressort de tant de pages? Et l'inf\u00e9riorit\u00e9 proclam\u00e9e de la femme ([1Tm_2,11] - [1Tm_2,15]), ne jette-t-elle pas un doute sur tout le message humain de l'Ecriture?
Une derni\u00e8re remise en cause est venue du regard plus impartial qu'on a jet\u00e9 sur les autres religions. A partir du moment o\u00f9 l'on admet que Dieu a pr\u00e9vu effectivement le salut de tous les hommes et non seulement de ceux qui croient et sont baptis\u00e9s, que valent tant de discours qui semblent dire que sans l'Evangile, sans le bapt\u00eame, sans la foi au Christ, il n'y a pas de salut? Voir \u00e0 ce sujet les notes plac\u00e9es en [Mc_16,15] et [Ap_22,3]. 
Il faut donc bien dire ici quelques mots sur l'Inerrance des Ecritures.
{N}L'INERRANCE: LE SACREMENT DE LA PAROLE{/}
Le livre sacr\u00e9 est tout entier oeuvre de Dieu et tout entier l'oeuvre d'un auteur humain, comme il est dit dans la note sur l'Inspiration \u00e0 propos de [1Tm_3,16]. Dieu ne l'a pas dict\u00e9. Il n'a pas fait pression sur l'auteur pour qu'il dise ce qu'il n'aurait jamais pens\u00e9 de lui-m\u00eame et pour qu'il le dise \u00e0 contresens de sa propre culture. L'oeuvre de l'Esprit a \u00e9t\u00e9 plus discr\u00e8te car l'Esprit sait se faire notre esprit. Dieu et l'homme: l'homme a apport\u00e9 son exp\u00e9rience religieuse et celle de sa communaut\u00e9, chacune d'elles avec ses limitations_; Dieu a fait que ce livre prenne sa place dans un ensemble o\u00f9 devait s'inscrire toute la r\u00e9v\u00e9lation n\u00e9cessaire \u00e0 tous ceux qu'il voudrait appeler \u00e0 conna\u00eetre son Fils Unique. C'est \u00e0 partir de ce double projet, de Dieu et de l'homme, qu'on pourra parler d'erreurs ou d'absence d'erreurs dans l'Ecriture. 
Il faut avouer que l'emploi habituel du terme {C}inerrance {/}pour traiter ce sujet{C} {/}est bien maheureux. On se place d\u00e8s le d\u00e9part sur une position d\u00e9fensive: l'adversaire attaque: Votre Bible contient des erreurs! Et on r\u00e9pond comme on peut. Le fondamentaliste tient t\u00eate_; pour reprendre la petite histoire cont\u00e9e par Di Melo, le pr\u00e9historien lui dit: On vient de trouver des os dans un terrain vieux de 30.000 ans, votre cr\u00e9ation de l'homme il y a 5.000 ans n'est qu'une fable! Pas du tout, r\u00e9pond le fondamentaliste, mais Dieu a plac\u00e9 des os \u00e0 cet endroit pour mettre \u00e0 l'\u00e9preuve notre foi. La grande majorit\u00e9 des croyants r\u00e9pondra simplement que si l'inspiration de l'auteur garantit la v\u00e9rit\u00e9 du message religieux, elle ne le lib\u00e8re pas de ses limites humaines et des donn\u00e9es de sa culture. Sans doute vaudrait-il mieux rappeler que la V\u00e9rit\u00e9 ne'st pas autre que Dieu. 
Dieu se r\u00e9v\u00e8le et se communique, mais c'est toujours pour nous mettre dans le vrai, jamais pour nous donner des v\u00e9rit\u00e9s dont nous pourrions faire un petit trait\u00e9 et qu'il suffirait de bien regarder pour avoir toujours la bonne r\u00e9ponse. Au lieu de vouloir d\u00e9fendre la Bible et de parler d'inerrance de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, dans l'abstrait, nous devrions nous demander si quelquefois nous avons eu l'impression que la Bible nous mettait dans l'erreur, ou si nous avons craint qu'elle ne nous pousse \u00e0 un mauvais choix. Nous rencontrerons s\u00fbrement bien des textes et des jugements o\u00f9 nous retiendrons les partis pris et les limitations de l'auteur: cela est propre de toute culture et de toute oeuvre humaine. Mais si nous avons abord\u00e9 le texte avec le regard de la foi, toujours se d\u00e9gagera la certitude d'avoir touch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. La page, lue avec foi et replac\u00e9e dans l'ensemble de la Bible, ne nous trompera pas. On d\u00e9couvrira que tout l'Ancien Testament est une longue p\u00e9dagogie de Dieu, que bien des v\u00e9rit\u00e9s ne se font jour que peu \u00e0 peu, et que certaines r\u00e9sistent jusqu'\u00e0 la venue de J\u00e9sus. Mais s'il est besoin d'une cl\u00e9 pour interpr\u00e9ter cette longue marche et r\u00e9introduire des acteurs trop absents ou trop n\u00e9glig\u00e9s (comme ont \u00e9t\u00e9 les femmes), on la trouvera en la personne du Fils de Dieu fait homme_; Dieu a ordonn\u00e9 toute la r\u00e9v\u00e9lation de fa\u00e7on qu'elle conduise \u00e0 lui, et c'est en lui qu'elle s'ach\u00e8ve.
Dans le texte de Jean que nous avons cit\u00e9, J\u00e9sus s'appuyait sur une phrase et sur un mot pr\u00e9cis. Le lecteur moderne a donc le droit de se demander s'il peut s'appuyer avec la m\u00eame certitude sur les mots qu'il rencontre. Mais peut-\u00eatre fera-t-il fausse route s'il veut trouver des crit\u00e8res simples, faciles d'appliquer, qui nous permettraient de lire sans erreur les mots inspir\u00e9s. Pourquoi veut-on savoir si chaque mot est n\u00e9cessaire et infaillible? L'histoire nous enseigne que lors des discussions religieuses entre adversaires qui croyaient \u00e9galement \u00e0 l'inerrance de la Bible dans le moindre mot, cette fiabilit\u00e9 a rarement r\u00e9concili\u00e9 les positions divergentes. Et lorsqu'il s'est agi de nos propres choix, combien de fois avons-nous soupes\u00e9 la confiance que nous pouvions faire \u00e0 tel ou tel mot de la Bible? Le probl\u00e8me \u00e9tait ailleurs.
L'usage de la Parole de Dieu est comme un jeu qui engage toute la personne_; les r\u00e8gles en restent cach\u00e9es \u00e0 celui qui regarde la Bible de l'ext\u00e9rieur (comme fait le d\u00e9mon lors de la Tentation de J\u00e9sus). Le croyant qui re\u00e7oit la Bible comme une r\u00e9v\u00e9lation de la Sagesse divine, la m\u00eame qui s'est pleinement manifest\u00e9e en J\u00e9sus Christ, saura faire les discernements n\u00e9cessaires. Mais alors il y aura encore place pour nos propres erreurs, car notre culture et notre exp\u00e9rience religieuse ne sont pas plus assur\u00e9es que celles des si\u00e8cles pass\u00e9s. 

{N}1.5:{/} {N}L'ECRITURE ET LE LIVRE AUX TEMPS BIBLIQUES{/} [Jer_36,18]
{N}L'\u00c9CRITURE{/}
Lorsque Abraham parcourait les terres incultes de Palestine, contournant les cit\u00e9s de Canaan ou du delta du Nil, cela faisait d\u00e9j\u00e0 dix si\u00e8cles que l'\u00e9criture y \u00e9tait en usage: cela ne veut pas dire, bien s\u00fbr que les nomades comme Abraham en avaient l'intelligence. Aux deux extr\u00e9mit\u00e9s du fameux "croissant fertile", en Babylonie et en Egypte, les besoins du commerce avaient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l'invention des syst\u00e8mes graphiques. En Egypte, on avait invent\u00e9 les hi\u00e9roglyphes (peintures sacr\u00e9es), un syst\u00e8me de dessins sh\u00e9matis\u00e9s qui correspondaient chacun \u00e0 des objets \u00e0 des syllabes. En M\u00e9sopotamie, l'\u00e9criture dite cun\u00e9iforme{N} {/}(en forme de coins), o\u00f9 les empreintes du roseau sur l'argile correspondaient principalement \u00e0 des syllbes. L'\u00e9criture \u00e9gyptienne \u00e9tait trop li\u00e9e \u00e0 la langue pour bien s'adapter \u00e0 d'autres langages; l'\u00e9criture cun\u00e9iforme, par contre fut adopt\u00e9e par tous les peuples de M\u00e9sopotamie, de Syrie et de Canaan.
L'\u00e9criture \u00e9tait devenue n\u00e9cessaire pour la diplomatie, le commerce, l'administration. Au temps o\u00f9 Mo\u00efse conduisit sa troupe hors d'Egypte, il \u00e9vita la route des fortins o\u00f9 un officier anotait chaque jour les entr\u00e9es et les sorties. En ces m\u00eames ann\u00e9es, les \u00e9gyptiens de la cit\u00e9 royale du pharaon Akhenaton se servaient de dictionnaires Egypto-Babyloniens pour faire leurs traductions. Les livres circulaient et l'on a retrouv\u00e9 dans les fouilles de Palestine et de Syrie aussi bien les hi\u00e9roglyphiques \u00e9gyptiens que la litt\u00e9rature babylonienne \u00e9crite encun\u00e9iforme.
{N}L'ALPHABET{/}
Lorsqu'au dixi\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus Christ Salomon r\u00e9unit les premiers lettr\u00e9s d'Isra\u00ebl, on venait d'entrer dans l'\u00e8re de l'alphabet. Cela faisait d\u00e9j\u00e0 vingt si\u00e8cles que l'on avait l'\u00e9criture, mais on \u00e9tait de plus en plus insatisfait des syst\u00e8mes d'\u00e9criture: ils demandaient trop d'efforts pour apprendre, aussi bien \u00e0 lire qu'\u00e0 \u00e9crire. Apr\u00e8s bien des essais, une nouveaut\u00e9 \u00e9tait en train de s'imposer, et c'\u00e9tait l'alphabet de vingt-cinq \u00e0 trente lettres, avec sa distinction des voyelles et des consonnes, un instrument capable de s'adapter \u00e0 toutes les langues. C'est au pays des Ph\u00e9niciens, sur les terres de Byblos, de Tyr et de Sidon, que les besoins du commerce avaient encourag\u00e9 la recherche et qu'elle avait abouti. L'alphabet -ou l'un des alphabets- ph\u00e9niciens fut bient\u00f4t adopt\u00e9 un peu partout sauf en Egypte, et tout sp\u00e9cialement dans les principaut\u00e9s du pays de Canaan. C'est de lui que d\u00e9rivent toutes les \u00e9critures occidentales ou s\u00e9mitiques (comme l'arabe).
Les textes bibliques ont donc \u00e9t\u00e9 \u00e9crits d\u00e8s cette \u00e9poque dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 sans doute la majorit\u00e9 ne savait pas lire, mais o\u00f9 l'administration et le Temple n'auraient pas cru pouvoir se passer de textes \u00e9crits. Au temps des rois il n'y avait pas un poste militaire qui n'ait au moins un officier capable de recevoir et d'envoyer des messages. Pour ce qui est de la Bible, apr\u00e8s neuf si\u00e8cles de tradition orale (pour l'histoire d'Abraham), apr\u00e8s trois si\u00e8cles de tradition beaucoup plus orale qu'\u00e9crite (pour Mo\u00efse), on \u00e9tait entr\u00e9 dans l'\u00e8re du livre.
{N}LA BRIQUE ET LE PAPYRUS{/}
Sur quoi \u00e9crivait-on? On \u00e9crivait sur n'importe quoi, sur tout ce qu'on avait sous la main: le bronze, la pierre, le rev\u00eatement de pl\u00e2tre des sanctuaires, les d\u00e9bris de c\u00e9ramique. Mais d\u00e8s les d\u00e9buts, c'est-\u00e0-dire d\u00e8s le trenti\u00e8me si\u00e8cle av.J.C., on vit appara\u00eetre les deux grands supports de l'\u00e9criture, la brique et le papyrus. 
Les peuples de M\u00e9sopotamie \u00e9taient grands consommateurs de {C}briques d'argile cuite{/} [Gn_11,3]. Vingt si\u00e8cles av.J.C. ils ne connaissaient rien de mieux pour r\u00e9diger sur briques aussi bien les po\u00e8mes que les ch\u00e8ques. Le savant proc\u00e9d\u00e9 du contrat \u00e9crit et scell\u00e9 sur une brique que l'on enveloppait dans une nouvelle couche d'argile sur laquelle on r\u00e9p\u00e9tait l'\u00e9criture, apr\u00e8s quoi on laissait le tout s\u00e9cher lentement, rendait la fraude impossible. Les annales des rois comme les grands textes religieux \u00e9taient ainsi grav\u00e9s pour l'\u00e9ternit\u00e9_; au huiti\u00e8me si\u00e8cle av.J.C. on avait class\u00e9 sur les rayons de la grande biblioth\u00e8que d'Assurbanipal plus de briques-documents  qu'il n'en avait fallu pour construire les murs.
Les Egyptiens, de leur c\u00f4t\u00e9, s'\u00e9taient tourn\u00e9s vers un mat\u00e9riel plus maniable: {C}le papyrus{/}. D\u00e8s le trenti\u00e8me si\u00e8cle av.J.C. on d\u00e9cortiquait certain roseau du Nil et, avec les bandes d'\u00e9corce, on confectionnait des feuilles dont le format pouvait atteindre 40x50cm. Chaque feuille \u00e9tait compos\u00e9e de deux couches: dans la premi\u00e8re les bandes d'\u00e9corce \u00e9taient horizontales, et dans la seconde elles \u00e9taient verticales. La premi\u00e8re formait le beau c\u00f4t\u00e9 de la feuille, plus facile \u00e0 \u00e9crire puisqu'on \u00e9crivait en lignes horizontales, de droite \u00e0 gauche, bien s\u00fbr -ce qui est le signe d'un esprit conservateur-, et de haut en bas: c'\u00e9tait l'int\u00e9rieur du rouleau. Mais on pouvait \u00e9crire aussi sur l'autre face: le rouleau \u00e9tait alors \u00e9crit \u00e0 l'int\u00e9rieur et \u00e0 l'ext\u00e9rieur [Ez_2,10]. Le rouleau standard \u00e9tait form\u00e9 de vingt feuilles coll\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, habituellement de demi-hauteur, ce qui faisait 20cm de haut et quelque sept m\u00e8tres de long.
Le seul inconv\u00e9nient du papyrus, et il est grand, c'est qu'il se d\u00e9t\u00e9riore vite \u00e0 l'humidit\u00e9. Il n'y a gu\u00e8re qu'en Egypte qu'on en ait retrouv\u00e9 dans les r\u00e9gions tr\u00e8s s\u00e8ches. Mais alors la s\u00e9cheresse m\u00eame a rendu le papyrus tr\u00e8s friable (c'est le cas des papyrus conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es) alors qu'il est ferme quand il est frais_; on pouvait laver l'encre et \u00e9crire un nouveau texte, comme on faisait pour le cuir. Dans les fouilles de Palestine on retrouve souvent le sceau d'argile qui servait \u00e0 relier une liasse de papyrus, mais les papyrus ont disparu depuis longtemps. 
On \u00e9crivait avec de {C}l'encre{/} ([Jr_36,18]; [3Jn_13,1]) faite de suie et de gomme. Comme nos grands p\u00e8res le faisaient encore pour l'encre de Chine, on avait un pain d'encre dure et on la d\u00e9layait au moment de l'utiliser. Pour les titres et les notes en marge, on avait de l'encre rouge. On \u00e9crivait avec un roseau taill\u00e9 dont on avait m\u00e2ch\u00e9 la pointe. Le scribe arrivait donc avec son mat\u00e9riel_[Ez_9,2]: la palette sur laquelle il \u00e9crivait, les pains d'encre et les roseaux-plumes. Il \u00e9crivait normalement assis en tailleur ou \u00e0 genoux, jusqu'au temps o\u00f9, \u00e0 Qumr\u00e1n, on pr\u00e9f\u00e9ra l'asseoir devant de longues tables.
{N}LE PARCHEMIN{/}
Le cuir \u00e9tait peu utilis\u00e9. On parlait alors de {C}parchemin{/} [2Tm_4,13], du nom de la ville de Pergame sp\u00e9cialis\u00e9e dans la pr\u00e9paration des peaux pour cet usage. Son emploi ne s'est d\u00e9velopp\u00e9 qu'au cours de l'\u00e8re chr\u00e9tienne, depuis le moment o\u00f9 l'exportation du papyrus vers l'occident s'est ralentie jusqu'au moment o\u00f9 l'on a fabriqu\u00e9 le {C}papier{/}, invent\u00e9 depuis tr\u00e8s longtemps par les Chinois et que les Arabes avaient fait conna\u00eetre. Le parchemin pouvait s'utiliser en rouleaux, et les Juifs avaient conserv\u00e9 cet usage. Le livre fait de feuilles cousues ne s'utilisait que pour les besoins du commerce et pour prendre des notes. Le {C}livre{/}, fait de feuilles de papyrus ou de parchemin pli\u00e9es, coup\u00e9es et reli\u00e9es, \u00e9tait alors appel\u00e9 un {C}codex{/}, du nom des plaquettes de bois qui en faisaient la couverture. Les chr\u00e9tiens, \u00e0 la diff\u00e9rence des Juifs, y eurent recours assez rapidement pour les textes bibliques_; sans doute faut-il voir l\u00e0 la marque du milieu social auquel beaucoup d'entre eux appartenaient: gens de classe moyenne et du commerce, non illettr\u00e9s, mais plus int\u00e9ress\u00e9s par l'aspect pratique que retenus par des scrupules artistiques ou litt\u00e9raires. 
Pour ce qui concerne nos textes bibliques, la grande majorit\u00e9 des documents \u00e0 travers lesquels le texte original nous est parvenu sont des codex ({C}codices{/} au pluriel), et il s'agit de parchemins. Il n'y a gu\u00e8re qu'en Egypte qu'on ait retrouv\u00e9 des textes du Nouveau Testament \u00e9crits sur papyrus, que ce soient des rouleaux ou des fragments. Mais ces papyrus sont souvent bien plus anciens que nos plus anciens parchemins.
{N}LES SCRIBES{/}
L'usage du papyrus, mat\u00e9riel p\u00e9rissable, demandait qu'on ait recours \u00e0 de nombreux scribes pour recopier les livres et autres documents importants. Dans les pays du Moyen Orient le scribe \u00e9tait un personnage lettr\u00e9, hautement consid\u00e9r\u00e9, souvent un fonctionnaire, comme {C}Baruch, le secr\u00e9taire{/}, -secr\u00e9taire et ministre du roi- qui se fit le secr\u00e9taire de J\u00e9r\u00e9mie: [Jr_32,1]_; [Jr_36,1]; [Jr_43,1]. 
La chose \u00e9tait toute diff\u00e9rente dans le monde romain: le soin de la culture y \u00e9tait habituellement laiss\u00e9 \u00e0 des gens obscurs, parfois \u00e0 des esclaves grecs qui avaient derri\u00e8re eux une tradition culturelle. Apr\u00e8s les invasions barbares, le travail du scribe fut avant tout l'affaire des moines_; ils avaient \u00e0 coeur de conserver les richesses de la pens\u00e9e antique et ce travail qui demandait autant de soin que de patience convenait fort bien \u00e0 leur \u00e9tat. De l\u00e0 est venue l'expression: un travail de b\u00e9n\u00e9dictin.
Il \u00e9tait toujours possible que le scribe commette des erreurs. C'est pourquoi, d\u00e8s la plus haute antiquit\u00e9, on avait \u00e9tabli des contr\u00f4les: par exemple, on mettait un signe toutes les dix lignes, on notait \u00e0 la fin du livre le nombre exact de lignes. Ces r\u00e8gles atteignirent leur maximum de rigueur lorsqu'au temps de J\u00e9sus les {C}massor\u00e8tes{/} renforc\u00e8rent les contr\u00f4les pour toute copie d'un texte biblique. Alors on comptait toutes les lettres du livre et l'on indiquait quelle lettre tombait au milieu. Cela explique que m\u00eame si, apr\u00e8s des si\u00e8cles, il n'y avait pas de manuscrits qui ne contienne des erreurs, ces erreurs alt\u00e8rent tr\u00e8s rarement le sens du texte.
Les diff\u00e9rences les plus notables entre les copies dont nous disposons et leurs originaux sont souvent des explications ou {C}gloses{/}, ajout\u00e9es par un scribe pour pr\u00e9ciser le sens d'un mot ou d'une phrase qui lui semblait difficile \u00e0 comprendre pour le lecteur. Et il n'est pas rare que l'explication soit erron\u00e9e. Les scribes montraient habituellement un grand respect pour le texte, mais il leur arrivait de mettre dans la marge, soit une note explicative de quelque expression, soit la correction d'une erreur qu'ils avaient commise: on en a un exemple en [1Co_4,6]. Dans le cas des livres de l'Ancien Testament, il est beaucoup plus difficile de parler de gloses, car ces livres sont parfois le r\u00e9sultat d'une longue gestation. Dans ce cas, des textes plus anciens ont \u00e9t\u00e9 repris, combin\u00e9s, r\u00e9orient\u00e9s par de nouveaux auteurs agissant en toute responsabilit\u00e9: c'est le r\u00e9sultat final, tel qu'il est entr\u00e9 dans la Bible, qui est livre inspir\u00e9.

{N}1.6:{/} {N}LES TEXTES ORIGINAUX DE LA BIBLE
OU SONT LES TEXTES ORIGINAUX DE LA BIBLE?{/}
C'est la premi\u00e8re question que l'on pose souvent dans ce domaine. Elle part d'une pr\u00e9occupation critique: puisque la Bible est traduite dans toutes les langues, \u00e0 partir de quels textes se fait la traduction? Et puis, si les traductions diff\u00e8rent, \u00e0 quel texte les experts peuvent-ils se r\u00e9f\u00e9rer pour dire quelle est la bonne traduction.
Il est difficile de bien r\u00e9pondre si l'on n'a pas pr\u00e9cis\u00e9 d'abord que, dans le cas de la Bible, le texte original ne signifie pas la m\u00eame chose que lorsqu'on discute par exemple sur le texte original d'un roman de Balzac.
Pour les oeuvres modernes, il y a un ou des auteurs, lesquels \u00e9crivent un manuscrit. Ce manuscrit est le texte original: l'\u00e9diteur a pour mission de le publier. On pourra se demander si l'\u00e9diteur, ou la censure, n'a rien chang\u00e9 au texte original, et tr\u00e8s souvent on retrouvera le manuscrit \u00e9crit de la main de l'auteur. La Bible est n\u00e9e dans un tout autre contexte. La majorit\u00e9 des livres de l'Ancien Testament ont eu une longue histoire avant que n'arrive le moment o\u00f9 la communaut\u00e9 religieuse les prend \u00e0 son compte et d\u00e9cide de les diffuser. Le manuscrit est pass\u00e9 par bien des mains, il a \u00e9t\u00e9 recopi\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 parfois tr\u00e8s modifi\u00e9. Et cela, jusqu'au moment o\u00f9 la communaut\u00e9 regarde comme un livre sacr\u00e9 qu'on devra d\u00e9sormais reproduire tel qu'il est: ce sera l'original. Voir: {N}Le canon des Ecritures. {/}
De fait, c'est dans les quatre derniers si\u00e8cles avant l'\u00e8re chr\u00e9tienne que s'est constitu\u00e9e la collection des livres sacr\u00e9s du peuple d'Isra\u00ebl connue comme la {N}Tanak{/} (c'est-\u00e0-dire en abr\u00e9g\u00e9: Loi-Proph\u00e8tes-Ecrits): c'est notre Ancien Testament. Pour le Nouveau Testament, par contre, tr\u00e8s peu d'ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es entre l'\u00e9criture du manuscrit et sa promotion au rang de livre reconnu et retransmis par la communaut\u00e9: quelque dix \u00e0 trente ans pour les Evangiles. Les lettres de Paul, sauf cas exceptionnel, n'ont pas \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9es; il est seulement probable que deux ou trois des \u00e9p\u00eetres actuelles r\u00e9unissent plusieurs billets de Paul dont on a mis bout \u00e0 bout les paragraphes les plus importants. M\u00eame si, pour quelques uns de ces livres, il y a eu des h\u00e9sitations durant trois si\u00e8cles avant de les reconna\u00eetre comme inspir\u00e9s, de fait, on se gardait bien de les retoucher. 
{N}DES COPISTES AUX MUSEES{/}
Il doit \u00eatre clair que pour aucun des livres de la Bible on n'a le manuscrit original au sens moderne de ce terme: on n'a que des copies. La raison est simple: les manuscrits se d\u00e9t\u00e9rioraient rapidement et il fallait les recopier: voir le document: {N}Le livre et l'\u00e9criture{/}, tout sp\u00e9cialement le paragraphe: {N}Les scribes{/}. 
Depuis des si\u00e8cles les experts se sont affair\u00e9s pour retrouver les manuscrits les plus anciens, car moins ils ont \u00e9t\u00e9 copi\u00e9s, moins th\u00e9oriquement ils contiennent d'erreurs. Ils ont aussi fait un \u00e9norme travail de comparaison entre tous les manuscrits dont ils disposaient, pour voir les diff\u00e9rences; ensuite on essaye de retrouver la piste des diverses erreurs. C'est le m\u00eame probl\u00e8me que pour le professeur dont les \u00e9l\u00e8ves se sont pas mal copi\u00e9 le travail les uns des autres. Avec un peu de bon sens, et en appliquant les r\u00e8gles de la critique dite textuelle, on arrive \u00e0 savoir qui a copi\u00e9 qui, et quel \u00e9tait le travail original.
Pour l'Ancien Testament h\u00e9breu, on sait qu'au 10\u00e8me si\u00e8cle de notre \u00e8re les Juifs se sont inqui\u00e9t\u00e9s des nombreuses petites diff\u00e9rences entre les divers manuscrits existants. Ils ont alors choisi celui qui leur semblait le meilleur, ils en ont fait le texte officiel et ils ont d\u00e9truit tous les autres. Heureusement on a depuis d\u00e9couvert quelques manuscrits anciens qui avaient \u00e9chapp\u00e9 au b\u00fbcher et qui ont permis de corriger certaines erreurs du texte officiel. La bible dite de Kittel est l'\u00e9dition critique la plus connue: elle montre ces divergences, tenant compte des nombreuses versions et manuscrits anciens; elle sugg\u00e8re les possibles restaurations du texte l\u00e0 o\u00f9 il semble avoir \u00e9t\u00e9 corrompu
Le texte grec de l'Ancien Testament avait l'inconv\u00e9nient de n'\u00eatre pas, la plupart du temps, le texte original, mais la traduction d'un original h\u00e9breu. C'\u00e9tait souvent une bonne traduction, mais une bonne traduction n'est pas l'original. En revanche on avait, pour le grec, de beaux manuscrits sur {N}parchemin{/} datant du 4\u00e8me si\u00e8cle de notre \u00e8re, c'est-\u00e0-dire bien plus anciens que les copies actuelles du texte h\u00e9breu. En bien des cas, on y lisait un texte plus proche de l'original h\u00e9breu ancien que le texte officiel h\u00e9breu dont nous disposons aujourd'hui et ils ont aid\u00e9 \u00e0 retrouver le sens premier.
Pour le Nouveau Testament, le travail de critique donne des r\u00e9sultats beaucoup plus satisfaisants du fait que les copies dont on dispose sont tr\u00e8s proches dans le temps des manuscrits des auteurs. Non seulement on a pour l'ensemble du Nouveau Testament des textes entiers sur {N}parchemin{/} datant du 4\u00e8me si\u00e8cle, mais on a des textes partiels copi\u00e9s sur {N}papyrus{/}, certains d\u00e8s le d\u00e9but du 2\u00e8me si\u00e8cle, c'est-\u00e0-dire quelque cinquante ans apr\u00e8s l'apparition du livre. On y trouve par exemple les \u00e9p\u00eetres, ou les quatre \u00e9vangiles, ou tel ou tel livre, ou m\u00eame seulement quelques pages d'un livre du Nouveau Testament que des personnes priv\u00e9es avaient recopi\u00e9es.
Ce travail sur les textes eux-m\u00eames a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 par l'\u00e9tude de toutes les oeuvres \u00e9crites depuis le premier si\u00e8cle par les auteurs chr\u00e9tiens. Ils citent les textes de la Bible, ils les commentent, ils discutent du sens des textes ou de leurs variantes avec ceux qui n'ont pas la m\u00eame vision de la foi. Il n'y a gu\u00e8re de versets du Nouveau Testament qui n'ait \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 par plus d'un auteur. Voil\u00e0 donc un moyen de savoir ce qu'ils lisaient dans leur Bible, et ce n'\u00e9tait pas autre chose que ce que nous lisons aujourd'hui.
Un travail \u00e9norme a donc \u00e9t\u00e9 fait depuis plus d'un si\u00e8cle pour retrouver le texte original au-del\u00e0 des innombrables petits d\u00e9tails pour lesquels les manuscrits diff\u00e9rent. Le travail a \u00e9t\u00e9 payant: m\u00eame si l'on discute et l'on discutera toujours sur le texte exact de nombreux versets, il y a bien peu d'endroits o\u00f9 le sens soit gravement alt\u00e9r\u00e9. On peut dire sans crainte d'erreur qu'aucun texte de l'antiquit\u00e9, aucun texte sacr\u00e9 d'une autre religion n'a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une telle critique et ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 une telle authenticit\u00e9. 
{N}OU SONT NOS TEXTES ORIGINAUX?{/}
Le lecteur comprendra maintenant que nous parlions, non des originaux, mais de {N}nos{/} originaux: ce sont en r\u00e9alit\u00e9 les copies les plus anciennes et les plus s\u00fbres. Ils sont un peu partout dans tous les grands mus\u00e9es et les anciennes biblioth\u00e8ques europ\u00e9ennes, soit qu'ils proviennent de la chr\u00e9tient\u00e9 europ\u00e9enne ou qu'ils aient \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s du Moyen Orient par les fouilleurs (et parfois les bandits) de l'arqu\u00e9ologie. Il est bien inutile d'aller les consulter sur place, si ce n'est pour la curiosit\u00e9 de voir ce qu'\u00e9taient certains ouvrages d'une qualit\u00e9 exceptionnelle. Pour ceux qui aiment savoir et citer quelques noms, rappelons les grands codices (pluriel de codex: voir {N}Le livre et l'Ecriture{/}) aux noms connus: le {C}Vaticanus{/}, le {C}Sina\u00efticus{/}, l'{C}Alexandrinus{/}, le {C}Codex Bezae{/}; et puis les fameux {C}papyri Bodmer{/} (papyri: pluriel de papyrus).
Aussi bien le texte h\u00e9breu de l'Ancien Testament, et sa version grecque, que le texte grec du Nouveau Testament, sont publi\u00e9s \u00e0 tr\u00e8s bon march\u00e9 et se trouvent, pour le moins, dans toutes les librairies bibliques. On y lit un texte o\u00f9, pour tous les d\u00e9tails qui varient selon les manuscrits, les experts ont choisi la variante la plus probable; bien plus, dans presque toutes les \u00e9ditions, des notes signalent pour tous les d\u00e9tails douteux les variantes qu'on trouve dans certains manuscrits.
Finalement, rien ne nous s\u00e9pare de la Lettre de la Bible, si ce n'est notre capacit\u00e9 personnelle et notre effort pour nous instruire et d\u00e9velopper notre culture. Quant \u00e0 recevoir la Parole de Dieu, ce n'est pas seulement une affaire d'\u00e9tude: n'oublions pas que le livre est inspir\u00e9, c'est-\u00e0-dire qu'il est porteur de l'Esprit et il n'est re\u00e7u que par celui qui est ouvert \u00e0 l'Esprit de J\u00e9sus.

