{2}EVANGILE SELON SAINT MARC {/}

D\u00e8s la fin du premier si\u00e8cle ou au d\u00e9but du deuxi\u00e8me apr\u00e8s J.-C., des textes affirment que le deuxi\u00e8me Evangile est l'oeuvre de Marc: il a accompagn\u00e9 Pierre \u00e0 Rome, o\u00f9 il a retrouv\u00e9 \u00e9galement Paul, et il met par \u00e9crit, avec fid\u00e9lit\u00e9, l'enseignement de Pierre.
N'importe quel lecteur qui compare cet \u00e9vangile \u00e0 ceux de Matthieu et de Luc notera imm\u00e9diatement qu'il est nettement plus court que ces deux autres. Mais il s'inqui\u00e9tera aussi de ne rien trouver sur la naissance de J\u00e9sus et sur les ann\u00e9es qu'il a v\u00e9cues \u00e0 Nazareth. Et s'il lit le commentaire qui accompagne le paragraphe final de l'\u00e9vangile ([Mc_16,9] - [Mc_16,20]), il sera bien surpris de voir que le texte primitif de Marc ne disait rien des apparitions de J\u00e9sus ressuscit\u00e9 mais s'arr\u00eatait \u00e0 la d\u00e9couverte du tombeau vide. Autrement dit, l'\u00e9vangile de Marc lui semblera amput\u00e9 de son d\u00e9but et de sa fin normale.
Et pourtant il n'en est rien. Comme les autres \u00e9vangiles, celui de Marc est n\u00e9 de traditions orales concernant J\u00e9sus de Nazareth et qui peu \u00e0 peu se trouvaient consign\u00e9es par \u00e9crit. Ces textes partiels circulaient de communaut\u00e9 en communaut\u00e9; ils ne pr\u00e9tendaient pas dire tout ce qu'on aurait aim\u00e9 savoir, mais ils donnaient la base \u00e0 partir de laquelle on pouvait transmettre le message de la foi, et c'\u00e9tait le t\u00e9moignage des ap\u00f4tres qui avaient suivi J\u00e9sus durant sa vie publique. Le livre des Actes nous indique le point de d\u00e9part et le terme de ce t\u00e9moignage dans le discours de Pierre relatif au remplacement de Judas: "Voyons donc parmi ceux qui ont \u00e9t\u00e9 disciples avec nous depuis le temps o\u00f9 Jean baptisait jusqu'au jour o\u00f9 J\u00e9sus nous a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9; il faut que l'un d'eux soit avec nous le t\u00e9moin de sa R\u00e9surrection" ([Ac_1,21] - [Ac_1,22]).
Mais comment Marc a-t-il ordonn\u00e9 ces traditions si intimement li\u00e9es au t\u00e9moignage des ap\u00f4tres? Son Evangile comprend deux parties, et chacune d'entre elles commence avec une manifestation divine: pour la premi\u00e8re, c'est la parole divine lors du Bapt\u00eame de J\u00e9sus par Jean, pour la seconde c'est la Transfiguration. La premi\u00e8re partie de l'Evangile se d\u00e9roule en Galil\u00e9e, la province de J\u00e9sus, la seconde en Jud\u00e9e et \u00e0 J\u00e9rusalem, le coeur de la nation juive et le centre de l'Histoire Sainte. Et ces deux parties de l'Evangile de Marc sont comme les deux versants d'une m\u00eame aventure; la premi\u00e8re partie montre la force et la nouveaut\u00e9 de J\u00e9sus: impact de son enseignement, miracles, assurance face aux adversaires: l'esp\u00e9rance messianique des foules se fixe sur lui, et c'est la multiplication des pains. Et puis, vient la d\u00e9sillusion et c'est la seconde partie. La foule ne suit pas; J\u00e9sus refuse d'\u00eatre ce qu'on voulait qu'il soit; mont\u00e9e d'une opposition face \u00e0 laquelle J\u00e9sus para\u00eet impuissant. Et pour finir, sa mort en croix qui semble enterrer toute sa mission.
L'Evangile de Marc est dans un certain sens, la chronique d'une grande esp\u00e9rance mise au tombeau. A la fin de cette lecture, toute personne de bonne foi ne peut que s'\u00e9tonner, comme \u00e7'a \u00e9t\u00e9 le cas pour quantit\u00e9 des contemporains de J\u00e9sus, m\u00eame de ceux qui ne l'ont pas suivi jusqu'au bout: comment est-il possible, et comment Dieu a-t-il permis qu'une telle personne ait \u00e9t\u00e9 mise en croix? C'est bien le scandale \u00e0 partir duquel Pierre commen\u00e7ait sa pr\u00e9dication dans les jours qui suivirent la Pentec\u00f4te et proclamait le Christ ressuscit\u00e9 ([Ac_2,23] et [Ac_2,36]; [Ac_5,30]). Et c'est l\u00e0 que Marc termine son livre, avec la d\u00e9claration de l'officier romain qui reconna\u00eet que le crucifi\u00e9 \u00e9tait vraiment Fils de Dieu ([Mc_15,39]). L\u00e0 s'arr\u00eate le document et la parole est alors \u00e0 l'ap\u00f4tre ou \u00e0 l'\u00e9vang\u00e9lisateur. C'est lui qui donnera son t\u00e9moignage sur la R\u00e9surrection, qui retrouvera le fil conducteur de toute cette affaire et qui, \u00e0 partir du scandale de la croix, proclamera le Christ Sauveur, exactement comme faisait Pierre.
