{2}LES LIVRES DEUT\u00c9ROCANONIQUES{/}

Les cinq livres qui suivent: Tobie, Judith, Baruch, la Sagesse de Salomon, la sagesse de Ben-Sirac, ne se trouvent pas dans la Bible h\u00e9bra\u00efque. Ils ne se trouvent pas non plus dans les Bibles destin\u00e9es \u00e0 des protestants. C'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas pour les livres des Maccab\u00e9es. Ce fait pose une question tr\u00e8s grave: s'il y a d\u00e9saccord sur certains livres, avec quels crit\u00e8res a-t-on accept\u00e9 les autres? Ne doit-on pas aller plus loin et avouer qu'il n'y a de certitude pour aucun livre, mais seulement une opinion commune?
C'est le moment de redire que la Bible n'a pas toujours exist\u00e9. Durant des si\u00e8cles la Parole de Dieu a \u00e9t\u00e9 avant tout ce que livraient oralement les pr\u00eatres et les proph\u00e8tes. L'id\u00e9e m\u00eame d'une Bible, recueil des Ecrits sacr\u00e9s, ne s'est fait jour que peu \u00e0 peu, apr\u00e8s le retour d'Exil, en particulier avec Esdras. La Bible est n\u00e9e \u00e0 la fois des proph\u00e8tes et de la communaut\u00e9 croyante, juive, puis chr\u00e9tienne.
Au temps de J\u00e9sus, tous consid\u00e9raient les livres de Mo\u00efse comme Ecritures. Les saduc\u00e9ens mettaient les proph\u00e8tes \u00e0 un rang inf\u00e9rieur, alors que tous les courants religieux, les pharisiens entre autres, les tenaient pour inspir\u00e9s. Mais avec le temps, d'autres livres r\u00e9unis sous le nom d'Ecrits, ou Livres Sapientiaux, \u00e9taient venus s'ajouter sans aucune r\u00e8gle aux premiers, sans qu'on sache bien quel degr\u00e9 d'autorit\u00e9 il fallait leur accorder.
Une partie de ces livres \u00e9taient \u00e9crits, non pas en h\u00e9breu, mais en grec, car la majorit\u00e9 des Juifs vivaient dans les pays de langue grecque. Ces livres venaient donc s'ajouter dans la traduction grecque de la Bible, avant de circuler en Palestine o\u00f9 beaucoup comprenaient cette langue. De ce fait il y avait plus de livres dans la Bible grecque utilis\u00e9e \u00e0 l'\u00e9tranger et souvent m\u00eame par les synagogues de Palestine.
Ce n'est qu'apr\u00e8s la destruction de leur nation par les Romains, que les Pharisiens convoqu\u00e8rent un concile \u00e0 Jamnia pour r\u00e9organiser la communaut\u00e9 juive (en l'an 95). Ils fix\u00e8rent la liste des Ecritures inspir\u00e9es, excluant syst\u00e9matiquement tous les livres \u00e9crits en grec: Dieu, pensaient-ils, ne pouvait avoir parl\u00e9 que dans la langue du peuple juif.
Mais d\u00e9j\u00e0 l'Eglise avait sa pratique. Les  ap\u00f4tres avaient utilis\u00e9 la Bible grecque sans faire de diff\u00e9rence entre ses divers livres, et les discussions se concentraient sur les \u00e9crits apostoliques, pour savoir lesquels devaient \u00eatre inclus dans le Nouveau Testament. En 382, un d\u00e9cret du pape Damase \u00e9tablit d\u00e9finitivement le canon de la Bible chr\u00e9tienne, d\u00e9j\u00e0 g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9; il retenait certains livres de la Bible grecque rejet\u00e9s par les Juifs \u00e0 Jamnia, ceux qu'on a appel\u00e9s deut\u00e9rocanoniques, c'est-\u00e0-dire, les livres de la seconde collection.
Douze si\u00e8cles plus tard, quand les protestants se s\u00e9par\u00e8rent, ils ne mirent pas en discussion le "canon", c'est-\u00e0-dire le choix des livres du Nouveau Testament, mais ils se divis\u00e8rent en ce qui concerne les deut\u00e9rocanoniques; finalement ils pens\u00e8rent plus s\u00fbr de les exclure, et ils les appel\u00e8rent "apocryphes", c'est-\u00e0-dire, non authentiques.
A partir du moment o\u00f9 l'on reconna\u00eet dans l'Ancien Testament une lente p\u00e9dagogie de Dieu, on saisit l'importance de ces livres, produit des trois derniers si\u00e8cles avant J\u00e9sus, qui font la liaison entre les livres h\u00e9bra\u00efques, et ceux du Nouveau Testament, \u00e9crits en grec. Ils sont le t\u00e9moin des d\u00e9buts de la foi en la r\u00e9surrection des morts, et des premi\u00e8res intuitions qui pr\u00e9parent la r\u00e9v\u00e9lation du Verbe et de l'Esprit.
Les discussions au sujet des deut\u00e9rocanoniques nous rappellent, s'il \u00e9tait besoin, que s'il n'y a pas une Eglise pour d\u00e9cider avec pleine s\u00e9curit\u00e9 quels sont les livres inspir\u00e9s, personne ne pourra dire ce qui est parole de Dieu. Pour qu'il y ait une Bible chr\u00e9tienne, il faut d'abord qu'il y ait une Eglise h\u00e9riti\u00e8re des ap\u00f4tres.
